
Le
schéma de l'icône de la Pentecôte, représenté ci-contre d'après l'icône
prototype du 17è siècle, sur l'iconostase du Monastère Stavronikita au Mont
Athos, illustre cette venue des langues de feu sur les douze apôtres qui
symbolisent l'Eglise.
Le cadre de la fête est la maison où se tenaient les apôtres à cet
instant. Ils sont assis sur un exèdre, un banc de bois à haut dossier, en
forme de demi-cercle, déjà utilisé dans l'antiquité pour les enseignements
dans les écoles de philosophie. Mais ici, la place du Maître reste vide.
De chaque côté du creux central, sont assis en deux groupes les douze apôtre
:
En haut, les apôtres Pierre bénissant et Paul tenant le livre de ses écrits.
Puis les quatre évangélistes tenant le saint Livre : Matthieu et Lue à la
droite, Jean et Marc à la gauche.
Puis, en allant vers nous : à la droite : les apôtres Simon, Barthélémy et
Philippe ou Jude ; et à la gauche : André, Jacques et Thomas.
Tous ceux qui ne tiennent pas l'Evangile tiennent le rouleau, symbolisant ce
qui est écrit pour eux dans la loi et les prophètes. En bas au centre de
l'exèdre s'ouvre une cavité noire, où se dresse en buste le prophète Joël
portant les douze rouleaux, car il prophétisa la descente de l'Esprit Saint.
Remarquons qu'il est légèrement plus grand que les apôtres. Dans certaines
icônes, c'est un empereur, représentant de l'oecouménè, c'est à dire du
monde chrétien. Ce personnage suggère donc l'imminence de la formation de l'Eglise
Sur les apôtres ainsi assemblés, l'irruption soudaine de l'Esprit se
manifeste iconographiquement de trois façons :
1 . Des cieux figurés par l'arc-de-cercle gris bleu en haut de l'icône
sortent douze canaux conduisant des langues de feu qui viennent se poser
au-dessus de la tête de chacun des apôtres. Remarquons que dans notre icône,
les apôtres ne sont pas auréolés. Dans beaucoup d'icônes russes , ils le
sont, et la langue de feu vient jusque dans l'auréole.
2. Un voile rouge est artistiquement pendu sur le haut du bâtiment où se
trouvaient les apôtres, et qu'on figure, comme toujours, de l'extérieur pour
montrer que le bâtiment n'enferme pas
3. Les apôtres manifestent une parfaite unité et un grand dynamisme. Par la
perspective inversée, ils nous apparaissent tous égaux : on a en effet représenté
légèrement plus grands ceux qui sont en haut, que ceux qui sont proches de
nous. Donc ce qui est loin vient vers nous et ce qui est proche s'efface légèrement.
Les apôtres sont à la fois avec nous, car ce demi-cercle s'ouvre vers nous,
et en Dieu qui est au-delà de tout.
Enfin, mais cela peut se dire de chaque icône, tous les éléments représentés
resplendissent de la lumière incréée des énergies divines. L'exèdre,
particulièrement fait l'objet d'un fin travail de lumières d'or (assist).
Cet exèdre est pour nous le signe que l'Eglise qui naît à cet instant de
l'Esprit Saint, est parfaitement unie.
Quand un seul apôtre, Pierre, prit la parole et s'adressa à tous les
habitants de Jérusalem qui entouraient les apôtres, les soixante-dix et sans
doute la Mère de Dieu, il ne parlait pas de lui-même, mais selon ce que lui
inspirait l'Esprit. Notons que la Mère de Dieu n'est pas représentée, bien
que les Actes signalent sa présence dans les réunions de prière des apôtres
(Actes 1 : 14). En effet, elle est celle qui a enfanté le Verbe dans le
silence Ce jour-là furent baptisées " environ trois mille âmes
" (Actes 2 : 41).
Après la Pentecôte, " les apôtres parcouraient la terre et parlaient
au peuple du Seigneur et du Royaume des Cieux, mais leurs âmes languissaient
et aspiraient à voir le Seigneur. Aussi ne craignaient-ils pas la mort, mais
allaient avec joie à sa rencontre ; et s'ils désiraient vivre sur terre, c'était
uniquement par amour pour Ies hommes. " (Starets Silouane, 20è s.)
Elisabeth Hériard