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 "Pâque du P. Christian Blanc"

 
Quelle vie !
26-10-1939
11-04-2010
 
 
Enfance à Dunière sur Eyrieux (Ardèche)
 
Travail à l'usine aux Ollières
 
Service militaire en Algérie
 

 
Les années 70 à Valpré (Lyon)
 
Les années 80 en Afrique
 
Les années 90 à Strasbourg
 
Les années 2000 à Québec
 
 
Retour à Lorgues, puis Albertville

 
Homélie du P. Marcel Poirier
 

                                                 Funérailles du P. Christian Blanc, a.a.

                                                         16 avril 2010 - Montmartre

 Ac 4, 32-37

 Ps 117

 Mt 16, 13-17

 

            Frères et Soeurs,

 Le P. Christian n’aurait pas accepté que l’on néglige la Parole de Dieu pour parler d’abord de lui en cette occasion.  Mais rien ne nous empêche d’examiner comment la Parole de Dieu a imprégné toute sa pensée et son action.  Les passages retenus ce soir réfèrent à certains aspects de sa vie et font écho à des thèmes qui lui étaient chers :

 - la centralité de la personne du Christ dans sa prédication et son enseignement (développée en 3 points; ce qui lui aurait plu...) et

- l’importance accordée à la communauté comme lieu où la foi se reçoit, se fortifie et se vit.

 

Centralité de la personne de Jésus le Christ

 La foi en Jésus, un engagement personnel

 Jésus, – bien avant Christian, – aimait interroger ses auditeurs et souvent, il répondait à ses interlocuteurs par une question qui les renvoyait à eux-mêmes.  On observe ici la même dynamique:

“Le Fils de l’Homme, qui est-il d’après ce que disent les Hommes ?”

 Les disciples peuvent facilement répondre à cette question, car ils connaissent l’opinion de leur entourage.  De fait, ils s’expriment sans hésiter, car leur réponse ne les engage pas.  Mais pour suivre Jésus, on ne peut pas se limiter à simplement endosser l’opinion et les options du groupe.

Or Jésus s’intéresse peu à ce que pense la foule, d’où la 2e question, plus dérangeante : 

“Pour vous, qui suis-je ?”

Les disciples doivent prendre position.  Or tous, – du moins plusieurs selon le texte, – ont répondu à la 1ère question; seul Pierre prend la parole en réponse à la 2e demande.  Les autres se taisent-ils parce qu’ils ne savent pas trop comment se situer face à Jésus ? Sans doute. Que répondrions-nous à une question aussi directe: “Pour vous qui suis-je ?”

Christian avait bien compris que c’est là la question fondamentale pour tout chrétien.  Le danger nous guette constamment de nous accrocher aux opinions dominantes, sans aller au fond des choses, au fond de nous-mêmes.  Malheureusement, trop de gens se laissent porter par le courant, y inclus quand il s’agit de la foi : on va à l’Église, on “pratique, on adopte des prières, des rites, etc... quand et parce que tout le monde le fait : et plus tard, on occupe son temps autrement lorsque les autres ont modifié leurs comportements.  La foi, ou plutôt la religion,  purement culturelle fluctue au rythme des saisons qui affectent la société.

Les remises en question de notre époque ont au moins un bon côté : elle nous forcent à prendre position personnellement.  Le vrai disciple doit s’engager envers le Maître.  La foi devient alors adhésion à la personne et au message du Christ, indépendamment de l’opinion des autres.  Cela ne réduit en rien la dimension communautaire de la foi en Jésus, comme nous le verrons plus loin.

Croire en Jésus  - Mais qui est Jésus ?

Les apôtres ont mis du temps à comprendre que se mettre à la suite de Jésus ne signifiait pas seulement l’accompagner sur les routes de Galilée ou de Judée.  Elle les engageait sur une route intérieure longue et jonchée d’obstacles.  Pierre répond à la question de Jésus; il trouve les mots justes, mais sans en mesurer la portée, sans vraiment comprendre comme la suite le démontre quand il refuse d’entendre parler de souffrance et de mort, quand il tente d’empêcher Jésus de monter à Jérusalem.

La difficulté de Pierre et des disciples ne vient pas d’une opposition extérieure, mais de l’idée qu’il s’est forgée du Messie et de sa mission.  Or les idées que nous nous faisons de Dieu et de sa relation aux humains trop souvent viennent entraver notre marche intérieure.

Christian en avait une conscience aiguë, d’où ses efforts constants pour évacuer les visions fausses que nous entretenons sur Dieu.  Il a pu à certains moments paraître comme le pourfendeur de certaines dévotions ou formes de piété traditionnelles.  De fait,  à ses yeux, elles empiétaient sur le rôle et la place du Christ comme unique médiateur entre Dieu et l’humanité.  Lorsqu’il le faisait, c’était par souci de fidélité à l’enseignement du Christ et ses arguments visaient à nous river à l’essentiel de la foi chrétienne, ie l’adhésion à la personne de Jésus Christ.

Les difficultés des Apôtres ressemblent aux nôtres.  Il leur fut difficile de passer de l’image d’un Dieu Tout-puissant, juge et vengeur, à celle que présentait Jésus, un Dieu-Père, miséricordieux, pauvre, désarmé devant la violence des hommes, un Dieu mendiant l’amour de ses enfants et dépendant de leur réponse libre.

À la question de Jésus, Pierre a su trouver la bonne réponse.  Jésus le reconnaît et il signale à Pierre que c’est le Père qui lui en a soufflé les mots: il s’agit d’une réponse qui vient d’ailleurs, dont le sens ne se découvre que par la médiation et la prière.

Pour se situer correctement devant Jésus, il ne suffit pas d’avoir le bon vocabulaire.  Il  nous faut écouter la Parole de Dieu, lire et relire les Évangiles, les étudier, les méditer.  Cela est d’autant plus nécessaire que nous sommes assaillis par des distractions de tout genre et soumis à un déferlement d’opinions où notre esprit et notre coeur risquent en permanence de s’embourber.  

Plusieurs d’entre vous ont été touchés et remués par la prédication de Christian.  L’aisance et la passion qu’il y mettait illustraient ses talents naturels.  Mais ne nous y trompons pas;  sa prédication s’appuyait sur de longues heures de lecture, d’étude et de méditation.  S’il savait rejoindre les coeurs, c’est qu’il reconnaissait dans ses propres questionnements les interrogations des autres auxquels il prêtait une oreille attentive.

Il lisait beaucoup ; il se tenait à l’affût des découvertes permettant d’approfondir le sens de l’Évangile.  Il accueillait tous les questionnements, mais sans jamais remettre en cause sa foi en Jésus ressuscité.

La rencontre de Jésus précède la morale

Pas de moralisme dans la prédication ou l’enseignement de Christian.  Non pour éviter les sujets embarrassants qui déchirent l’Église et en noircissent l’image.  Il savait que les exigences élevées de l’Évangile ne deviennent acceptables que pour la personne qui a rencontré Jésus Christ.  Ces exigences vont jusqu’à l’amour de l’ennemi, le refus de la violence au risque de sa propre vie, au pardon, etc...  De telles exigences n’ont de sens que pour celui ou celle qui a mis toute sa confiance dans le Christ.  Et de telles exigences ne s’imposent pas; on ne peut que les proposer à celui ou celle qui a reconnu en Jésus la voie vers la vie.

Nos contemporains n’aiment pas qu’on leur fasse la morale.  Ils réagissent le plus souvent  à une prédication trop longtemps axée sur le permis et le défendu, et pas assez sur la relation au Christ.  Christian l’avait bien compris d’où son insistance obstinée à tout centrer sur la personne de Jésus.  C’est la rencontre du Christ qui transforme la personne de telle sorte que l’effort moral surgit d’une exigence intérieure et n’est plus perçu comme un ensemble de normes qui s’imposent à la personne de l’extérieur et limitent sa liberté.  L’effort moral vient alors comme une réponse à l’amour du Père, un amour que nos échecs, nos erreurs, nos maladresses et nos fautes ne pourront jamais entamer.

La foi se vit en communauté

La foi en Jésus se vit en communauté.  La description de la 1ère communauté chrétienne entendue en 1ère lecture, a quelque chose d’idyllique, une sorte de lune de miel pour ces croyants, où tout est beau et parfait.  Une lecture plus attentive nous laisse entrevoir que tout n’était pas parfait, mais l’idéal y était, inscrit dans le coeur de chacun.

Saint Luc, l’auteur des Actes des Apôtres, nous donne en exemple la mise en commun des biens.  Un exemple fort.  Lorsque des gens acceptent volontairement de se partager leurs biens ou de se départir ce qui constitue leur sécurité, c’est qu’ils sont en pleine confiance.  C’était le cas : 

“La multitude... avait un seul coeur et une seule âme.”

            Sur quoi reposait cette belle unanimité ?  Sur la foi en Jésus ressuscité.

“C’est avec grande force que les Apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur.”

Les 1ers chrétiens se rassemblaient autour des Apôtres pour nourrir et fortifier leur foi.  Leur assemblée offrait un lieu naturel où mettre en pratique l’enseignement de Jésus sur l’amour du prochain.  – Il est étrange que l’expression “pratique religieuse” n’évoque plus que la participation au rite dominical alors qu’elle devrait désigner tous nos efforts pour mettre l’Évangile en acte. –

La communauté primitive n’a pas cherché à inventer un nouveau système économique qui imposerait la mise en commun et instaurerait un égalitarisme plat.  On peut remarquer que l’initiative du partage est laissée à chacun.  Mais la rencontre communautaire permettait de connaître les besoins particuliers et d’y répondre adéquatement.

“On ... distribuait une part à chacun des frères au fur et à mesure de ses besoins.”

De là le constat : “Aucun d’entre eux n’était dans la misère.”

Le texte réfère à la pauvreté matérielle; on pourrait y ajouter aujourd’hui la misère qui vient de l’isolement, de la solitude ou encore du mépris, etc...

La foi en Jésus ne peut se détacher de cet élément central de son enseignement qu’est l’amour fraternel.  Le partage du pain rappelait à ces hommes et à ces femmes qu’on ne peut pas être uni au Seigneur si on ignore volontairement le frère qui marche à nos côtés.

Pour Christian, la communauté chrétienne ne pouvait donc se réduire au rite de l’eucharistie dominicale.  On ne peut pas dire “ma messe”, “ma communion”.  Le rite eucharistique impersonnel uniquement pour satisfaire un besoin individuel est un non sens.  Pas de communion avec le Christ sans ouverture aux frères et aux soeurs.  La participation à l’eucharistie dominicale implique des rencontres personnelles, la création de liens, le partage des préoccupations et des joies, en d’autres mots le partage de la vie, librement, tout en respectant les affinités entre les personnes, mais sans s’y enfermer.

Une telle communauté, qui entretien la foi et stimule le goût de vivre de ses membres sera missionnaire par son existence même et par le témoignage explicite de certains de ses membres.  Elle provoquera certains d’entre eux à un engagement plus large.  Ce fut le pari de l’équipe que Christian a dirigée et nous en cueillons aujourd’hui les fruits.

Conclusion

Ce soir, nous en prenons acte, Christian n’est plus là pour nous rappeler la place centrale que le Christ doit occuper dans nos vies.  Nous n’entendrons plus sa voix nous répéter que la foi en Jésus se vit en communauté et dans le concret de la vie.

La maladie a progressivement transformé son corps en une prison et l’a dépouillé de tous ses moyens.  Rude épreuve pour un homme de fière allure.  Aucun signe de révolte ou de désespoir chez lui.  L’épreuve n’a pas effacé son sourire ni étouffé son humour.  Ses Frères assomptionnistes d’Albertville en témoignent de même que les personnes qui avaient entretenu un contact avec lui.  Il nous a offert un bel exemple de cette confiance en Dieu qu’il avait si bien prêchée.

Il a maintenant rejoint le Père qui lui a rendu la parole.  Christian l’a sûrement reprise cette parole, non plus pour discourir, mais pour interroger Celui qui peut donner les réponses, à moins que la seule présence du Dieu-amour ait fait fondre toutes ses questions.

Rendons grâce à ce Dieu qui offre la paix à tous ceux et celles qui cherchent.  

AMEN.

 

 

 

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