Funérailles
du
P.
Christian
Blanc,
a.a.
16
avril
2010
-
Montmartre
Ac
4,
32-37
Ps
117
Mt
16,
13-17
Frères
et
Soeurs,
Le
P.
Christian
n’aurait
pas
accepté
que
l’on
néglige
la
Parole
de
Dieu
pour
parler
d’abord
de
lui
en
cette
occasion.
Mais
rien
ne
nous
empêche
d’examiner
comment
la
Parole
de
Dieu
a
imprégné
toute
sa
pensée
et
son
action.
Les
passages
retenus
ce
soir
réfèrent
à
certains
aspects
de
sa
vie
et
font
écho
à
des
thèmes
qui
lui
étaient
chers
:
-
la
centralité
de
la
personne
du
Christ
dans
sa
prédication
et
son
enseignement
(développée
en 3
points;
ce
qui
lui
aurait
plu...)
et
-
l’importance
accordée
à la
communauté
comme
lieu
où
la
foi
se
reçoit,
se
fortifie
et
se
vit.
Centralité
de
la
personne
de
Jésus
le
Christ
La
foi
en
Jésus,
un
engagement
personnel
Jésus,
–
bien
avant
Christian,
–
aimait
interroger
ses
auditeurs
et
souvent,
il
répondait
à
ses
interlocuteurs
par
une
question
qui
les
renvoyait
à
eux-mêmes.
On
observe
ici
la
même
dynamique:
“Le
Fils
de
l’Homme,
qui
est-il
d’après
ce
que
disent
les
Hommes
?”
Les
disciples
peuvent
facilement
répondre
à
cette
question,
car
ils
connaissent
l’opinion
de
leur
entourage.
De
fait,
ils
s’expriment
sans
hésiter,
car
leur
réponse
ne
les
engage
pas.
Mais
pour
suivre
Jésus,
on
ne
peut
pas
se
limiter
à
simplement
endosser
l’opinion
et
les
options
du
groupe.
Or
Jésus
s’intéresse
peu
à ce
que
pense
la
foule,
d’où
la 2e
question,
plus
dérangeante
:
“Pour
vous,
qui
suis-je
?”
Les
disciples
doivent
prendre
position.
Or
tous,
– du
moins
plusieurs
selon
le
texte,
–
ont
répondu
à la
1ère
question;
seul
Pierre
prend
la
parole
en
réponse
à la
2e
demande.
Les
autres
se
taisent-ils
parce
qu’ils
ne
savent
pas
trop
comment
se
situer
face
à
Jésus
?
Sans
doute.
Que
répondrions-nous
à
une
question
aussi
directe:
“Pour
vous
qui
suis-je
?”
Christian
avait
bien
compris
que
c’est
là
la
question
fondamentale
pour
tout
chrétien.
Le
danger
nous
guette
constamment
de
nous
accrocher
aux
opinions
dominantes,
sans
aller
au
fond
des
choses,
au
fond
de
nous-mêmes.
Malheureusement,
trop
de
gens
se
laissent
porter
par
le
courant,
y
inclus
quand
il
s’agit
de
la
foi
: on
va à
l’Église,
on
“pratique,
on
adopte
des
prières,
des
rites,
etc...
quand
et
parce
que
tout
le
monde
le
fait
: et
plus
tard,
on
occupe
son
temps
autrement
lorsque
les
autres
ont
modifié
leurs
comportements.
La
foi,
ou
plutôt
la
religion,
purement
culturelle
fluctue
au
rythme
des
saisons
qui
affectent
la
société.
Les
remises
en
question
de
notre
époque
ont
au
moins
un
bon
côté
:
elle
nous
forcent
à
prendre
position
personnellement.
Le
vrai
disciple
doit
s’engager
envers
le
Maître.
La
foi
devient
alors
adhésion
à la
personne
et
au
message
du
Christ,
indépendamment
de
l’opinion
des
autres.
Cela
ne
réduit
en
rien
la
dimension
communautaire
de
la
foi
en
Jésus,
comme
nous
le
verrons
plus
loin.
Croire
en
Jésus
-
Mais
qui
est
Jésus
?
Les
apôtres
ont
mis
du
temps
à
comprendre
que
se
mettre
à la
suite
de
Jésus
ne
signifiait
pas
seulement
l’accompagner
sur
les
routes
de
Galilée
ou
de
Judée.
Elle
les
engageait
sur
une
route
intérieure
longue
et
jonchée
d’obstacles.
Pierre
répond
à la
question
de
Jésus;
il
trouve
les
mots
justes,
mais
sans
en
mesurer
la
portée,
sans
vraiment
comprendre
comme
la
suite
le
démontre
quand
il
refuse
d’entendre
parler
de
souffrance
et
de
mort,
quand
il
tente
d’empêcher
Jésus
de
monter
à
Jérusalem.
La
difficulté
de
Pierre
et
des
disciples
ne
vient
pas
d’une
opposition
extérieure,
mais
de
l’idée
qu’il
s’est
forgée
du
Messie
et
de
sa
mission.
Or
les
idées
que
nous
nous
faisons
de
Dieu
et
de
sa
relation
aux
humains
trop
souvent
viennent
entraver
notre
marche
intérieure.
Christian
en
avait
une
conscience
aiguë,
d’où
ses
efforts
constants
pour
évacuer
les
visions
fausses
que
nous
entretenons
sur
Dieu.
Il a
pu à
certains
moments
paraître
comme
le
pourfendeur
de
certaines
dévotions
ou
formes
de
piété
traditionnelles.
De
fait,
à
ses
yeux,
elles
empiétaient
sur
le
rôle
et
la
place
du
Christ
comme
unique
médiateur
entre
Dieu
et
l’humanité.
Lorsqu’il
le
faisait,
c’était
par
souci
de
fidélité
à
l’enseignement
du
Christ
et
ses
arguments
visaient
à
nous
river
à
l’essentiel
de
la
foi
chrétienne,
ie
l’adhésion
à la
personne
de
Jésus
Christ.
Les
difficultés
des
Apôtres
ressemblent
aux
nôtres.
Il
leur
fut
difficile
de
passer
de
l’image
d’un
Dieu
Tout-puissant,
juge
et
vengeur,
à
celle
que
présentait
Jésus,
un
Dieu-Père,
miséricordieux,
pauvre,
désarmé
devant
la
violence
des
hommes,
un
Dieu
mendiant
l’amour
de
ses
enfants
et
dépendant
de
leur
réponse
libre.
À la
question
de
Jésus,
Pierre
a su
trouver
la
bonne
réponse.
Jésus
le
reconnaît
et
il
signale
à
Pierre
que
c’est
le
Père
qui
lui
en a
soufflé
les
mots:
il
s’agit
d’une
réponse
qui
vient
d’ailleurs,
dont
le
sens
ne
se
découvre
que
par
la
médiation
et
la
prière.
Pour
se
situer
correctement
devant
Jésus,
il
ne
suffit
pas
d’avoir
le
bon
vocabulaire.
Il
nous
faut
écouter
la
Parole
de
Dieu,
lire
et
relire
les
Évangiles,
les
étudier,
les
méditer.
Cela
est
d’autant
plus
nécessaire
que
nous
sommes
assaillis
par
des
distractions
de
tout
genre
et
soumis
à un
déferlement
d’opinions
où
notre
esprit
et
notre
coeur
risquent
en
permanence
de
s’embourber.
Plusieurs
d’entre
vous
ont
été
touchés
et
remués
par
la
prédication
de
Christian.
L’aisance
et
la
passion
qu’il
y
mettait
illustraient
ses
talents
naturels.
Mais
ne
nous
y
trompons
pas;
sa
prédication
s’appuyait
sur
de
longues
heures
de
lecture,
d’étude
et
de
méditation.
S’il
savait
rejoindre
les
coeurs,
c’est
qu’il
reconnaissait
dans
ses
propres
questionnements
les
interrogations
des
autres
auxquels
il
prêtait
une
oreille
attentive.
Il
lisait
beaucoup
; il
se
tenait
à
l’affût
des
découvertes
permettant
d’approfondir
le
sens
de
l’Évangile.
Il
accueillait
tous
les
questionnements,
mais
sans
jamais
remettre
en
cause
sa
foi
en
Jésus
ressuscité.
La
rencontre
de
Jésus
précède
la
morale
Pas
de
moralisme
dans
la
prédication
ou
l’enseignement
de
Christian.
Non
pour
éviter
les
sujets
embarrassants
qui
déchirent
l’Église
et
en
noircissent
l’image.
Il
savait
que
les
exigences
élevées
de
l’Évangile
ne
deviennent
acceptables
que
pour
la
personne
qui
a
rencontré
Jésus
Christ.
Ces
exigences
vont
jusqu’à
l’amour
de
l’ennemi,
le
refus
de
la
violence
au
risque
de
sa
propre
vie,
au
pardon,
etc...
De
telles
exigences
n’ont
de
sens
que
pour
celui
ou
celle
qui
a
mis
toute
sa
confiance
dans
le
Christ.
Et
de
telles
exigences
ne
s’imposent
pas;
on
ne
peut
que
les
proposer
à
celui
ou
celle
qui
a
reconnu
en
Jésus
la
voie
vers
la
vie.
Nos
contemporains
n’aiment
pas
qu’on
leur
fasse
la
morale.
Ils
réagissent
le
plus
souvent
à
une
prédication
trop
longtemps
axée
sur
le
permis
et
le
défendu,
et
pas
assez
sur
la
relation
au
Christ.
Christian
l’avait
bien
compris
d’où
son
insistance
obstinée
à
tout
centrer
sur
la
personne
de
Jésus.
C’est
la
rencontre
du
Christ
qui
transforme
la
personne
de
telle
sorte
que
l’effort
moral
surgit
d’une
exigence
intérieure
et
n’est
plus
perçu
comme
un
ensemble
de
normes
qui
s’imposent
à la
personne
de
l’extérieur
et
limitent
sa
liberté.
L’effort
moral
vient
alors
comme
une
réponse
à
l’amour
du
Père,
un
amour
que
nos
échecs,
nos
erreurs,
nos
maladresses
et
nos
fautes
ne
pourront
jamais
entamer.
La
foi
se
vit
en
communauté
La
foi
en
Jésus
se
vit
en
communauté.
La
description
de
la 1ère
communauté
chrétienne
entendue
en 1ère
lecture,
a
quelque
chose
d’idyllique,
une
sorte
de
lune
de
miel
pour
ces
croyants,
où
tout
est
beau
et
parfait.
Une
lecture
plus
attentive
nous
laisse
entrevoir
que
tout
n’était
pas
parfait,
mais
l’idéal
y
était,
inscrit
dans
le
coeur
de
chacun.
Saint
Luc,
l’auteur
des
Actes
des
Apôtres,
nous
donne
en
exemple
la
mise
en
commun
des
biens.
Un
exemple
fort.
Lorsque
des
gens
acceptent
volontairement
de
se
partager
leurs
biens
ou
de
se
départir
ce
qui
constitue
leur
sécurité,
c’est
qu’ils
sont
en
pleine
confiance.
C’était
le
cas
:
“La
multitude...
avait
un
seul
coeur
et
une
seule
âme.”
Sur
quoi
reposait
cette
belle
unanimité
?
Sur
la
foi
en
Jésus
ressuscité.
“C’est
avec
grande
force
que
les
Apôtres
portaient
témoignage
de
la
résurrection
du
Seigneur.”
Les
1ers
chrétiens
se
rassemblaient
autour
des
Apôtres
pour
nourrir
et
fortifier
leur
foi.
Leur
assemblée
offrait
un
lieu
naturel
où
mettre
en
pratique
l’enseignement
de
Jésus
sur
l’amour
du
prochain.
– Il
est
étrange
que
l’expression
“pratique
religieuse”
n’évoque
plus
que
la
participation
au
rite
dominical
alors
qu’elle
devrait
désigner
tous
nos
efforts
pour
mettre
l’Évangile
en
acte.
–
La
communauté
primitive
n’a
pas
cherché
à
inventer
un
nouveau
système
économique
qui
imposerait
la
mise
en
commun
et
instaurerait
un
égalitarisme
plat.
On
peut
remarquer
que
l’initiative
du
partage
est
laissée
à
chacun.
Mais
la
rencontre
communautaire
permettait
de
connaître
les
besoins
particuliers
et
d’y
répondre
adéquatement.
“On
...
distribuait
une
part
à
chacun
des
frères
au
fur
et à
mesure
de
ses
besoins.”
De
là
le
constat
:
“Aucun
d’entre
eux
n’était
dans
la
misère.”
Le
texte
réfère
à la
pauvreté
matérielle;
on
pourrait
y
ajouter
aujourd’hui
la
misère
qui
vient
de
l’isolement,
de
la
solitude
ou
encore
du
mépris,
etc...
La
foi
en
Jésus
ne
peut
se
détacher
de
cet
élément
central
de
son
enseignement
qu’est
l’amour
fraternel.
Le
partage
du
pain
rappelait
à
ces
hommes
et à
ces
femmes
qu’on
ne
peut
pas
être
uni
au
Seigneur
si
on
ignore
volontairement
le
frère
qui
marche
à
nos
côtés.
Pour
Christian,
la
communauté
chrétienne
ne
pouvait
donc
se
réduire
au
rite
de
l’eucharistie
dominicale.
On
ne
peut
pas
dire
“ma
messe”,
“ma
communion”.
Le
rite
eucharistique
impersonnel
uniquement
pour
satisfaire
un
besoin
individuel
est
un
non
sens.
Pas
de
communion
avec
le
Christ
sans
ouverture
aux
frères
et
aux
soeurs.
La
participation
à
l’eucharistie
dominicale
implique
des
rencontres
personnelles,
la
création
de
liens,
le
partage
des
préoccupations
et
des
joies,
en
d’autres
mots
le
partage
de
la
vie,
librement,
tout
en
respectant
les
affinités
entre
les
personnes,
mais
sans
s’y
enfermer.
Une
telle
communauté,
qui
entretien
la
foi
et
stimule
le
goût
de
vivre
de
ses
membres
sera
missionnaire
par
son
existence
même
et
par
le
témoignage
explicite
de
certains
de
ses
membres.
Elle
provoquera
certains
d’entre
eux
à un
engagement
plus
large.
Ce
fut
le
pari
de
l’équipe
que
Christian
a
dirigée
et
nous
en
cueillons
aujourd’hui
les
fruits.
Conclusion
Ce
soir,
nous
en
prenons
acte,
Christian
n’est
plus
là
pour
nous
rappeler
la
place
centrale
que
le
Christ
doit
occuper
dans
nos
vies.
Nous
n’entendrons
plus
sa
voix
nous
répéter
que
la
foi
en
Jésus
se
vit
en
communauté
et
dans
le
concret
de
la
vie.
La
maladie
a
progressivement
transformé
son
corps
en
une
prison
et
l’a
dépouillé
de
tous
ses
moyens.
Rude
épreuve
pour
un
homme
de
fière
allure.
Aucun
signe
de
révolte
ou
de
désespoir
chez
lui.
L’épreuve
n’a
pas
effacé
son
sourire
ni
étouffé
son
humour.
Ses
Frères
assomptionnistes
d’Albertville
en
témoignent
de
même
que
les
personnes
qui
avaient
entretenu
un
contact
avec
lui.
Il
nous
a
offert
un
bel
exemple
de
cette
confiance
en
Dieu
qu’il
avait
si
bien
prêchée.
Il a
maintenant
rejoint
le
Père
qui
lui
a
rendu
la
parole.
Christian
l’a
sûrement
reprise
cette
parole,
non
plus
pour
discourir,
mais
pour
interroger
Celui
qui
peut
donner
les
réponses,
à
moins
que
la
seule
présence
du
Dieu-amour
ait
fait
fondre
toutes
ses
questions.
Rendons
grâce
à ce
Dieu
qui
offre
la
paix
à
tous
ceux
et
celles
qui
cherchent.
AMEN.
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P.
Christian
Blanc"