Les commentaires 

de l'évangile du dimanche année A 2001-2002 

par le Père Christian Blanc

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24 nov. 2002 - 34° dim - Christ Roi

17 nov. 2002 - 33° dim du temps de l'Eglise A

10 nov. 2002 - 32° dim du temps de l'Eglise A

3 nov. 2002 - 31° dim du temps de l'Eglise A

27 oct. 2002 - 30° dim du temps de l'Eglise A

20 oct. 2002 - 29° dim du temps de l'Eglise A

13 oct. 2002 - 28° dim du temps de l'Eglise A

4 oct. 2002 - 27° dim du temps de l'Eglise A

29 sept. 2002 - 26° dim du temps de l'Eglise A

22 sept. 2002 - 25° dim du temps de l'Eglise A

15 sept. 2002 - 24° dim du temps de l'Eglise A

8 sept. 2002 - 23° dim du temps de l'Eglise A

1er sept. 2002 - 22° dim du temps de l'Eglise A

25 août 2002- 21° dim du temps de l'Eglise A

18 août 2002 - 20° dim du temps de l'Eglise A

11 août 2002 - 19° dim du temps de l'Eglise A

4 août 2002- 18°dim du temps de l'Eglise A

28 juillet 2002- 17°dim du temps de l'Eglise A

23 juin 2002 - 12° dim du temps de l'Eglise A

16 juin 2002 - 11° dim du temps de l'Eglise A

9 juin 2002 - 10° dim du temps de l'Eglise A

2 juin 2002 - Fête du Corps et Sang du Christ

Hors de l'amour pas de salut... !  

                        (Matthieu 25, 31- 46 / 34° dim du temps de l'Eglise A)

Amour-salut, ces deux mots vont ensemble. Dans sa fresque du jugement dernier, Mathieu en fait une alliance qui semble aussi incontournable que primordiale.

Qui veut être sauvé doit aimer !

Sans qu’il soit nécessaire d’ailleurs de connaître le Christ ! Par contre nul ne peut l’être s’il ignore l’autre, celui qui se trouve dans le besoin. « Venez les bénis de mon Père » s’entendront dire au moment du jugement, à l’heure où chacun sera dévoilé dans sa vraie réalité, ceux qui auront pratiqué le secours envers l’affamé, l’assoiffé, le dépouillé, l’étranger, le malade, le prisonnier ou…. Inutile de limiter la liste de tous les affligés. Ce Christ qu’ils n’ont pas connu, ils en étaient pourtant tout proches en servant les autres. « J’avais faim, soif…et vous m’avez… » dit le Fils de l’homme siégeant sur le trône de gloire. Celui qui aime en répondant aux besoins de qui est dans la détresse, vit déjà une communion avec le Christ. Et le salut est-il autre chose que cette communion commencée avec les autres et qui s’épanouit en Dieu ? Le comprenons-nous ainsi ? Ne pensons-nous pas trop souvent que pour être sauvé il faut faire des choses pour Dieu ou pour le Christ ? Mais à la réflexion que peut-on faire pour Dieu ? Qu’attend-il de nous ?. Des paroles précédentes nous l’ont dit. Dieu s’en remet à l’homme de son avenir en humanité et de notre avenir et il attend de notre part inventivité, audace, créativité. Aujourd’hui le message ne se fait-il pas encore plus précis et pressant.

Faire pour Dieu n’est-ce pas faire d’abord pour les autres ?

«  J’avais faim, j’étais nu.. et vous m’avez… Chaque fois, dit le Juge universel que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères c’est à moi que vous l’avez fait » Cette alliance de mots nous provoque. Elle doit nous faire réfléchir sur l’organisation de notre vie chrétienne et ecclésiale. Dieu nous laisse à notre audace pour restaurer par l’amour l’homme blessé par le malheur.

Là est le passage obligé pour le salut…

Et il en est ainsi pour tous les hommes, que l’on connaisse ou pas le Christ. En effet ce sont toutes les nations qui sont rassemblées devant le Christ au moment décisif de sa venue. Chaque personne est alors reçue ou éloignée selon son parcours envers les autres. Ni culte, ni prières, ni dévotions en tout genre ne sont pris en compte. Non, seul l’amour de l’autre fait la différence entre ceux qui entrent dans la communion avec le Christ et ceux qui ne le peuvent pas parce qu’il ne l’ont pas pratiqué. Cela ne veut certainement pas signifier que l’humanité serait divisée en deux catégories d’individus, d’un côté les « tout » bons et de l’autre les « franchement » mauvais. Mais il s’agit toujours d’insister sur le fait que seul l’amour envers l’autre nous sauve, c’est-à-dire nous donne accès à Dieu puisque c’est ainsi que Dieu le veut.

Amour des hommes les uns envers les autres et salut vont ensemble.

Hors de l’amour pas de salut.

Pouvons-nous dire plus ?

Oui, poser encore une question : Mais « qui » est l’amour ?

 

 

« Il » (nous) confie sa fortune.. !  

(Matthieu 25,14-30 / 33° dim du temps de l'Eglise A)

Il n’est pas sûr qu’en lisant cette parabole, ce soit bien cet aspect qui soit d’abord retenu. Nous sommes tellement habitués à y lire la valeur de nos talents que tout naturellement cette interprétation devient l’unique façon de la comprendre au risque de passer à côté de son sens réel.. Les talents dont il est question seraient-ils, comme on le répète, nos qualités et aptitudes à développer absolument pour devenir un bon et fidèle serviteur ? Seraient-ils, quel qu’en soit le nombre reçu, cinq, deux ou un, ces aptitudes particulières à mettre en œuvre pour le plein épanouissement de soi ou de celui des autres ? Et voudrions-nous nous montrer, qu’il ne serait pas bon d’imiter le serviteur à l’unique talent qui, complexé d’en avoir si peu, se contenterait de le garder enfoui ? Est-ce le but de ce récit ? N’y a-t-il pas en cette parabole une plus grande bonne nouvelle ? Revenons alors au titre et prenons mieux conscience de la réalité du royaume. Il nous est dit que « l’homme partant en voyage, confie sa fortune (tous ses biens) à ses serviteurs » Étrange confiance n’est-ce pas ? Immense confiance surtout ! A partir des talents, ces lingots d’or ou d’argent, Mathieu, sans penser finance, souligne cette grande, cette très grande confiance faite à des serviteurs. Une « fortune » partagée et dont tous (tous les hommes ?) vont être responsables quoiqu’il en soit de la part de chacun. Sommes-nous maintenant sur la voie d’une bonne compréhension ? Posons-nous encore quelques questions. Entre autres : A qui nous fait penser cet homme parti en voyage mais qui doit revenir ? A Dieu peut-être ? A Dieu bien sûr, qui nous confierait une fortune, la vie, le monde et tout ce qui s’y trouve, par exemple. On peut l’entendre ainsi en effet. De présence discrète, Dieu nous confierait la terre, à charge de chacun de bien l’aménager, de la rendre habitable, et de porter du fruit. L’idée n’est pas mauvaise mais peut-être trop proche encore de la conception des talents évoquée au début. Faut-il s’en contenter ou chercher encore ailleurs ? Le contexte pourrait-il fournir quelques éclaircissements ? Notre parabole se trouve dans le chapitre vingt-cinq de Mathieu. Jésus marche vers sa passion. Il parle de sa venue et de la fin et prépare ses disciples aux événements qui vont arriver, à la séparation qui s’en suivra et aux responsabilités qui deviendront les leurs. Pourquoi dés lors, ne pas voir en cet homme qui part en voyage, Jésus lui-même qui s’en va et qui confie sa fortune, c’est-à-dire lui-même, ses faits et gestes et le don de sa vie? Immense confiance faite à l’homme de la part de Dieu qui s’en remet à nous de son projet d’amour. Confiance immense ! En avons-nous conscience ? De la part de celui, qui entre départ et retour nous laisse tout à fait libres de le choisir ou pas, de devenir partenaires ou de refuser de se préparer à entrer dans sa joie. Ces images nous parlent, elles nous disent que Dieu n’est pas, selon notre imagination : âpre au gain (il confie sa fortune) et dur au point de moissonner là où il n’a point semé. Mais combien de fois ne le voyons-nous pas… ainsi ? Et l’Esprit du Christ a du mal à nous convaincre du contraire ?

Les fausses idées sur Dieu ont la vie dure !

Il se confie à nous que voudrions-nous de plus ? Sa fortune est lui-même tel qu’il se donne dans le Christ. Nous en voilà responsables et pour nous et pour les autres. De nos idées sur lui découlent bien des conséquences…De notre façon de lui rendre la confiance dépend notre avenir : Avec lui dans sa joie ou…. !

Mais retenons surtout : Il confie sa fortune et sans craindre le paradoxe traduisons :

Dieu nous « appartient » !

Quand lui appartiendrons-nous ?

 

Cultive la ressemblance… ! (Matthieu 25,1-13 / 32° dim du temps de l'Eglise A)

Bizarre ce titre pour une parabole qui semble dire autre chose. « Veillez » ne conviendrait-il pas mieux ? En effet, n’est-il pas question d’attente et de rencontre ou d’accompagnement ? N’est-il pas écrit également que le moment de la « venue » surprendra par sa soudaineté ? Être prêt paraît donc essentiel, puisque ne sont connus ni le jour ni l’heure ! D’où la nécessité de veiller. Pourtant en méditant plus attentivement cette parabole, on ne cesse de s’interroger sur l’à propos de « veillez » Car qu’est-ce que veiller ? Faire attention ? Éviter de s’endormir ? Garder un vif désir ? Chercher à voir ? Être en alerte comme un guetteur ? Comme la sentinelle aux aguets scrutant la nuit ? Or est-ce bien ces différentes attitudes qui sont mises en valeur dans notre passage évangélique ? Parler de veille n’est-ce pas mettre l’accent sur l’acuité du regard, sur une perception vigilante, sur un discernement, sur une concentration des facultés, afin de reconnaître le moment venu la personne attendue et dans le cas qui nous occupe l’époux annoncé et qui se fait longuement attendre. Mais n’est-il pas écrit, à propos des jeunes filles : que toutes se sont endormies ? Où donc alors est leur veille ? Et de plus ce sommeil ne leur a pas été reproché ? Aussi un doute s’insinue : la « veille » ainsi comprise avec un brin de coloration ascétique, rend-elle bien compte de tout le sens de la parabole ? Sans doute pas !

Car s’il faut veiller il semble bon d’ajouter mais à quoi ? L’histoire de l’huile indispensable pour garder les lampes allumées dans la nuit du monde, peut-elle nous mettre sur la voie d’une compréhension plus satisfaisante ? Mais oui semble-t-il, surtout si l’on opère un rapprochement entre cette huile nécessaire et la réponse finale du Seigneur aux jeunes filles insouciantes. Ne leur dit-il pas, alors qu’elles tambourinent en criant : « Seigneur, Seigneur » : «  En vérité je vous le dis, je ne vous connais pas ! » (Mat 25, 14)

Je ne vous connais pas ?

Mais qui doit reconnaître qui ? N’aviez-vous pas dans l’idée qu’il fallait veiller pour reconnaître le Seigneur au moment de sa venue ? Or voilà les rôles inversés ! C’est lui qui reconnaît ou ne reconnaît pas. Le sens de cette réponse couplé à celui de l’huile peut-il finalement nous révéler quelle signification est celle de la parabole ? Il semble bien, car s’il s’agit d’être connu plus que de connaître soi-même, on peut se demander alors qu’est-ce qui va permettre au Seigneur de nous connaître ?

Que faut-il pour être connu par lui ?

Voilà que s’ouvre alors devant nous tout le sens de la vie chrétienne. Pour être connu par le Christ ne faut-il pas laisser sa vie, son être, sa personne s’imprimer en nous ? Avec toute notre histoire et tout ce que nous sommes n’est-ce pas devenir son frère ? Une sorte de réplique de ce qu’il fut : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »(Jn 13, 34) Loin d’être une fin de non-recevoir plus ou moins cruelle, la réponse de l’époux ressort de la nature de la foi et de la vie chrétienne. Pour être avec le Christ dans la salle des noces ne faut-il pas avoir le cœur façonné par lui ? Alors, seulement, il peut y avoir connaissance, communion, « vie avec » Et pour cela il faut de l’huile, celle que l’on ne peut que puiser abondamment dans la Parole de vie, la Bonne Nouvelle du salut.

Revenons donc à notre titre . Veillez oui ! Mais à quoi :

Cultive la ressemblance !

N’est-ce pas l’ultime nécessaire ?

La bonne place… !  (Matthieu 23,9-10 / 31° dim du temps de l'Eglise A)

Ah! Cette place.. Comme elle est difficile à tenir ! Tout, en effet, ne porte-t-il pas à la délaisser? Personne, spontanément, ne lorgne vers elle qui pourtant est la bonne. Difficile à tenir cette place! Manifestement les scribes, membres du parti des pharisiens, ne l’ont même pas trouvée. D’où ces propos cinglants de la part de Jésus, entendus dans l’évangile de ce dimanche. Ces savants, bons connaisseurs des Écritures occupent une place importante et irremplaçable. Jésus le souligne en reconnaissant leur compétence, ils enseignent « dans la chaire de Moïse » et en encourageant leurs auditeurs « à faire et observer tout ce qu’ils peuvent dire » à propos des Écritures. Mais quelque chose ne va pas dans leur façon de faire. Ils sont même dangereux.

Quel est donc leur péché ?

Souvenons-nous des polémiques qu’ils dirigeaient contre Jésus, de leur approche apparemment sympathique mais de leur intention perverse. « Maître nous savons que tu es franc…etc.. (Mt 22, 15. Ils disent mais leur cœur ne suit pas. Maître, toujours maître…Mais ils ne l’écoutent pas (Mt 22, 24; 22,36), ils ne veulent pas l’écouter, ils ne l’écouteront pas. C’est que l’écouter est un risque. En effet Jésus n’est pas un moraliste. Quelqu’un qui prodiguerait des conseils avisés pour l’agir humain. Il est le Sauveur ! Entendre sa parole engage envers lui jusqu’à l’attachement à sa personne. Les scribes pharisiens ne l’ont pas compris ou n’ont pas voulu le comprendre. Enfermés en eux-mêmes, uniquement préoccupés de soi (du moins ceux dont il est question dans cet évangile ), ils ont dressé l’oreille et peut-être deviné le risque. Aussi n’ont-ils pas voulu l’écouter de peur d’être entraînés… à le suivre. Ils savaient, sans doute, beaucoup de choses sur Dieu, de bonnes choses d’ailleurs, puisque Jésus recommande de les écouter mais, on peut le dire, ils « n’aimaient pas Dieu » Ils parlent vraisemblablement éloquemment de lui mais lui refusent leur être. Ce n’est pas pour rien, que tout au long des polémiques entretenues contre Jésus, celui-ci les a constamment renvoyés à eux-mêmes et invités à se rendre à la vérité. Ce n’est pas pour rien encore que la dernière de la série des polémiques se termine par une pressente invitation à aimer : « Tu aimeras… » Leur péché donc, celui qui les plonge dans le malheur (lire plus loin « Malheurs à vous scribes et pharisiens… » Mat 22 13-36) : Ils n’aiment pas.

Ils n’aiment pas Dieu dont pourtant ils font profession de parler. Aiment-ils mieux les autres, ceux qui les écoutent ? La réponse tourne court…En effet pour leurs auditeurs ne sont-ils pas plutôt un danger ? Car en écoutant leur enseignement on peut être tenté de reproduire leur comportement. De reproduire en soi, cette façon de se faire valoir, de dire et de penser l’inverse, de vouloir attirer sur sa personne, en s’étalant sur la place publique, les regards des autres. Non les scribes pharisiens n’aiment pas vraiment et en cherchant à s’aimer eux-seuls, ne font que leur propre malheur. C’est qu’ils ne savent pas être à leur place.

Ils prennent celle d’un autre, de celui dont ils parlent. Ils attirent sur eux les regards et les mouvements du cœur qui devraient aller à Dieu. Pour être à leur place, à la vraie place, ils auraient dû faire ce qu’ils ont refusé : suivre le Christ. Mais alors quelle conversion pour rejoindre cette place véritable ! Celle en dehors de laquelle il n’en est pas d’authentique et qui concerne tout le monde, celle de serviteur, occupée même par Dieu en Jésus-Christ. N’est-ce pas péché majeur de l’oublier, de ne pas vouloir l’entendre ou de faire le contraire ? Péché des origines !

Ami, tu n’es que serviteur !

(Mt 22, 36)

Là, est la bonne place… Ma vraie place !

 

Tu aimeras...! (Matthieu 22,34-40 / 30° dim du temps de l'Eglise A)

Voici un commandement qui ne souffre aucune exception. Il s'adresse à tous les hommes. Il exprime la vocation de chacun. Pour le chrétien, a fortiori, il n'est pour lui pas d'autre façon d'être lui-même, pas d'autre mission, non plus. Tu aimeras… un commandement donc, une obligation pour réussir sa vie et dont l'accomplissement n'est jamais achevé. Tu aimeras, pas à moitié, pas à tiers temps, pas selon tes goûts, mais avec toute l'énergie de ton être, jusqu'à l'épuisement de ta vie, jusqu'à ce que tu deviennes toi-même amour.

L'amour donc, voilà le grand mot ! Aimer vraiment, la grande affaire ! Tout est là, dit Jésus, en réponse au légiste mandaté par ses pairs, les pharisiens. L'avaient-ils donc oublié ? Ne le savaient-ils pas ? Ne l'avaient-ils jamais su ? Lui, le légiste plongé dans les Ecritures ne l'avait-il jamais compris ? Tu aimeras… ! Envers Dieu, rien de plus ! Et envers les autres de même comme envers soi-même. Dés lors, tout n'est-il pas simplifié dans la compréhension de la Loi. Au diable les six cent treize commandements répartis en trois cent soixante cinq interdictions et deux cent quarante huit préceptes.

Il suffit d'aimer… quelle libération !

Pour penser à Dieu, pour répondre à son désir d'alliance, il suffit d'aimer. Plus de tracasseries religieuses méticuleuses, plus de fausse importance accordée à des pratiques qui n'en ont pas, plus, non plus, d'arrogance pieuse résultat de conduites sacralisées effectuées pour elles-mêmes et pour le sentiment d'autosatisfaction qu'elles procurent. Le légiste, venu interroger Jésus, comme ceux qui l'avaient envoyé, les pharisiens, connaissait sans aucun doute les éléments de la réponse de Jésus. N'en avaient-ils jamais perçu l'importance ? N'avaient-ils pas su en discerner la signification, eux que Jésus traitent d'hypocrites, et de sépulcres blanchis ? Pourtant Jésus n'invente rien en citant Deutéronome 6,5 et en y accolant Lévitique 19,16. Sauf qu'il dit, (est-ce là, la nouveauté ?) que l'amour de Dieu et celui de l'autre comme pour soi, donnent le sens de toutes les codifications ou pour le dire autrement, que tous les autres commandements dépendent de ces deux-là. Aucun autre service de Dieu ne peut les remplacer, aucune autre relation à l'autre ne peut leur être substituée.

Tu aimeras le Seigneur…et ton prochain comme toi-même… Un impératif !

L'ai-je compris ainsi, moi qui me dit ami de Dieu et chrétien ou même moi qui délaisse toute référence explicite à Dieu. L'ai-je compris et puis-je dire où j'en suis ? L'amour n'est pas un aspect de ma vie il est, ou doit être, ma vie, que je me tourne vers Dieu, que je vive avec les autres ou que je me situe face à moi-même. Son exigence est terriblement envahissante !

Mais je n'ai pas le choix car hors de l'amour rien ne subsiste.

Peut-être me demanderai-je, est-ce possible ? Et d'ailleurs, que peut bien vouloir dire «  aimer Dieu » ? Moi, créature puis-je aimer Dieu ? Spontanément je dirai non, sauf à me souvenir que c'est Dieu d'abord, qui m'aime et me pousse à lui répondre. Ou peut-être, plus exactement, à l'exemple de la « comblée de grâce », que c'est Dieu qui m'invite à l'accueillir en le laissant envahir ma vie, mon être. A me souvenir aussi, que Dieu nul ne l'a jamais vu sauf celui qui est descendu du ciel. « Aimer Dieu » ne prend-il pas alors une connotation spécifique quand je crois au Christ ? Que réclame-t-il à Pierre, ce Jésus qui par trois fois lui demande « m'aimes-tu ? », sinon de le suivre éperdument, de lui faire une confiance totale, de vivre de lui. Aimer Dieu ne passe-t-il pas par cet attachement corps et âme au Christ. Et où nous emmènera-t-il, sinon dans le Père où il vit lui-même et dans la communion avec les autres, jusqu'où lui-même est allé ?

Tu aimeras… n'est pas seulement une exigence (même si ç'en est une tout de même) c'est aussi un visage, une vie d'homme assumée en Dieu, celle du Christ. Aimer, peut-il vouloir dire attache-toi à lui de tout ton cœur, de toute ta force, de tout ton esprit ?

En lui ton chemin deviendra le sien : celui de l'amour !

Ce que le légiste ne semble pas avoir compris, 

est-ce si sûr que je l'ai bien saisi ?

 

 

Rendez-vous à Dieu…! (Matthieu 22,15-21 / 29° dim du temps de l'Eglise A)

C’est l’appel que j’entends dans cet épisode du piège déjoué. C’est  l’appel qui s’adresse à travers, pharisiens et hérodiens, à tous les hommes qui ferraillent avec Dieu, refusent, fuient la rencontre et s’enfoncent dans leur mensonge. C’est l’appel qui s’adresse donc à nous.

Rendez-vous à Dieu !

Que se passe-t-il en effet dans cette nouvelle polémique entre Jésus et des responsables du peuple ? A vrai dire rien de bien nouveau…Seulement  la nouvelle manifestation d’une opposition systématique qui cherche à se justifier par tous les moyens. Et qui ne cesse d’inventer des chausse-trappes pour venir à bout de Jésus de Nazareth. Mais quel sera le piège adéquat qui lui fermera la bouche une bonne fois pour toutes et le disqualifiera définitivement ? Pas facile, car il est habile le Seigneur ! Non pas qu’il utilise l’arme de son adversaire, le mensonge, mais parce qu’il « est »  dans la vérité  et qu’il débusque naturellement les faux procès qui lui sont faits. Pas besoin pour lui d’employer de subterfuges, il suffit qu’il se place sur le terrain de son adversaire, le terrain de l’intention, pour faire sauter le piège apparemment le mieux ficelé, en mettant son adversaire en face de sa propre contradiction.

Pharisiens et autres gens qui s’opposent au Christ sont-ils l’illustration de ce qui se passe dans les cœurs en général ? Quand la pression de l’amour se fait sentir chercherait-on par tous les moyens à y échapper ? De sorte que rien ne change dans notre vie et celle du monde ?

Nous sommes faits pour Dieu, car créés à son image, et ô combien, préférons-nous tourner notre vie vers d’autres divinités ! Il est vrai que Dieu personne ne l’a jamais vu et que donc on peut lui faire dire des tas  de choses, et avoir sur lui bien d’autres images que celle par laquelle il nous a façonné. Ne trouve-t-on pas l’illustration de cette difficulté viscérale de se « rendre à Dieu » dans ce récit évangélique d’aujourd’hui ? Que veulent-ils ces pharisiens associés aux hérodiens, sinon coincer Jésus, une bonne fois pour toutes.   La trouvaille paraît implacable et le tribut payé à César un terrain idéal pour enfoncer Jésus. Mais que lui reprochent-ils ? De ne pas être selon ce qu’ils pensent de Dieu ? D’être bons avec les méchants et de remettre en cause des positions religieuses qui semblaient bien établies ? Tout cela sans doute, avec en plus la peur d’être déstabilisés et de devoir se convertir. Mais avec Dieu le mensonge ne paie pas. Aussi sans agressivité, sans calcul longuement ruminé, Jésus retourne la situation. L’impôt du à César ? Mais où est le problème ? N’avez-vous pas déjà trouvé la solution ? Devoir utiliser l’argent frappé à l’effigie de l’empereur païen , est-ce bien cela qui vous chagrine ? Non, rendez donc à César ce qui est à César et préoccupez-vous du vrai problème, celui qui souille votre cœur et qui concerne votre relation avec moi. L’homme, à l’effigie de qui a-t-il été frappé ? N’est-il pas créé à l’image de Dieu ? (Gn 1, 26) Vous êtes à l’image de Dieu, « rendez donc à Dieu ce qui est à Dieu » c’est-à-dire vous-mêmes.

Rendez-vous à Dieu..!

Ne cultivez pas l’opposition systématique, ne nourrissez pas des idées de meurtre, accueillez Dieu tel qu’il se présente. Et ne se présente-t-il pas à vous ? Pourquoi ne le reconnaissez-vous pas ? Quand Jésus invite ses interlocuteurs malveillants à  rendre à Dieu ce qui lui appartient ne les oriente-t-il pas vers la reconnaissance de son identité ?

  Le Christ, n’est-il pas « Dieu avec nous »?

Franchiront-ils ce seuil  de la reconnaissance ?

Mais rendez-vous donc au Christ !

Un appel encore valable pour ne pas nous tromper de Dieu.

 

L'Amour fait-il peur ? (Matthieu 22,1-14 / 28° dim du temps de l'Eglise A)

Au fil des paraboles méditées de dimanche en dimanche, depuis les ouvriers de la onzième heure (Mt 20,1-6) jusqu’à cette invitation aux noces du Fils (Mt 22, 1-14) en passant par celles des deux fils (Mt 21, 28-32) puis des métayers homicides (Mt 21,33-46) une impression s’amplifie et s’impose : l’Amour (de Dieu) qui nous presse, n’est pas accueilli et pire encore, déclenche agressivité et haine. Regardez, dans la parabole d’aujourd’hui, ce qui arrive aux deux groupes de serviteurs envoyés l’un après l’autre, avertir les invités : ils essuient un refus, reçoivent des coups et certains y laissent leur vie.

L’Amour (de Dieu) ferait-il peur ?

La question vaut la peine d’être posée. Qui veut y répondre ? L’Amour de Dieu, répétons-le, nous presse. En effet, ne veut-il pas en son Fils faire aboutir l’alliance commencée avec Abraham ? D’où ces paraboles qui parlent de noces. Dieu nous veut dans une telle intimité avec lui, dans une telle alliance intérieure, que le mariage devient la réalité humaine la plus appropriée pour l’exprimer. Ce roi, tout le monde comprend bien qui il est, veut célébrer les noces de son fils. Mais de quelles noces s’agit-il sinon de celles du Christ avec toute l’humanité, et avec chacun de nous en particulier ? Cette image du mariage exprime donc à sa façon, l’intimité incroyable de la rencontre proposée. Il ne suffit pas d’honorer, simplement, une invitation ou d’assister à une cérémonie et encore moins, de profiter d’un banquet. L’invitation va plus loin, elle engage notre vie avec Dieu, comme l’amour humain engage ou devrait engager, l’être de l’un envers l’autre. Trop loin peut-être, trop loin sans doute ! D’où les réticences, les excuses et cette agressivité meurtrière. Cependant serait-ce ridicule de dire que Dieu dans le Christ, veut nous « épouser » ? L’image est forte mais n’exprime-t-elle pas au mieux la réalité ultime de notre relation avec Dieu venu nous chercher en Jésus le Christ ? Qu’en pensons-nous ? Notre expérience spirituelle ressemble-t-elle à de tels propos ? Dieu nous aime disons-nous mais jusqu’où ? Jusqu’à faire alliance avec nous? Une alliance du cœur, une alliance du don.

Et cela peut-être fait-il peur ?

Où sommes-nous dans la salle des noces ? La deuxième parabole complétant la première nous pose cette question. Avons-nous revêtu la robe de noce ? Quel est-il cet homme installé au banquet sans l’habit de fête ? Que lui manque-t-il ? Aurait-il oublié de se vêtir convenablement comme il se doit en pareille circonstance ? Que lui manque-t-il ? Rien bien sûr qui concerne l’extérieur, bienséance ou vêtement. Mais à la question du maître il ne répond rien.

Son cœur serait-il vide ?

L’Amour nous presse. Qu’en est-il de notre réponse ? L’Amour (de Dieu) nous ferait-il peur ? Et pourtant en lui est notre vie. Et sans lui n’y a-t-il pas que ténèbres et grincements de dents?

Pas faciles ces paraboles ! Trop fortes, sans doute, pour mon expérience…! Mais qui ne sent que s’exprime en elles l’enjeu de notre vie ?

Le roi célèbre les noces de son Fils. Il est temps de dire oui et d’aller très loin dans l’amour, jusqu’à revêtir le Christ.

Telle est la vraie robe de noces.

N’aie pas peur !

 

L'Amour nous presse  (Matthieu 21,33-43 / 27° dim du Temps de l'Eglise A )

Dans cette parabole qui tourne à  l’allégorie, Jésus en s’adressant aux chefs des prêtres et aux pharisiens, décrit les amours tumultueuses de Dieu avec l’humanité. Il y a dans le Père ce désir ardent de voir l’humanité, à l’image d’une vigne, porter des fruits, de bons fruits. Isaïe déjà ( Is.5, 2) avait utilisé l’image. Il déplorait que les soins prodigués à la vigne n’aient pas donné les résultats escomptés. Pourtant ces soins furent nombreux autant qu’attentionnés. Il suffit de se rappeler l’histoire des prophètes. Suscités, chacun, pour redire au peuple et à ses dirigeants, une alliance de vie, ils   furent tous copieusement malmenés.

Dieu a du mal à se faire comprendre.

 L’Amour ne saisit pas facilement les cœurs. Et que peut faire Dieu quand le cœur se refuse ? Il attend et se propose encore. Peut-il faire autre chose ? Là où les prophètes ont échoué, le Fils va-t-il réussir ? A lui aussi le même traitement et jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais en lui l’Amour pleinement exprimé ne s’éteindra pas. Désormais en Lui (le Fils) un nouveau peuple est né : le Royaume dont l’Église est le sacrement :

(le sacrement pas le Royaume !) Sommes-nous comme sarments bien greffés, en qui circule la sève de la vie ? Ou pour employer une autre image, faisons-nous vraiment, activement, partie de la nouvelle construction dont la Christ est  la pierre angulaire ?

Qui me le dira ? Quelqu’un ? Personne ? Je ne sais ! D’où l’urgence de me poser la question. Et de prendre en compte les raisons de la faillite du premier peuple : Se conduire en propriétaire de l’humanité (Mt 21, 38) Se conduire en propriétaire de notre propre humanité ! Ce que Jésus de Nazareth n’a jamais fait, sachant toujours rapporter au Père et sa vie et sa mort et toute son action. L’Amour nous presse…

Le Royaume avance… Seuls ceux qui se laissent saisir par le Christ en font partie.

Appelés à la vie depuis toute éternité, choisirions-nous la mort ?

Ma vie appartient à Dieu,

Il est l’Amour et dans le Christ, le Père nous presse…

 

 

Quelle résistance…! (Matthieu 31,28-32 / 26° dim du temps de l'Eglise A)

Pourquoi une telle résistance ? Les grands prêtres et les anciens ne sont-ils pas bien préparés à recevoir la révélation qu’ils attendaient et que maintenant ils côtoient ? Que se passe-t-il pour qu’ils résistent à ce point à la bonne nouvelle sur la bonté de Dieu et la vocation de l’homme ? Jésus de Nazareth est-il si déroutant par rapport à l’idée que ces gens se font de Dieu, qu’il en soit méconnaissable ? Pourtant, Jésus de Nazareth venu appeler tous les hommes se laisse aborder aussi bien par les savants que par les humbles. Pourquoi ne rencontre-t-il pas le même accueil ? Ceux qui semblent près de Dieu par leurs pensées et leurs comportements en sont finalement très loin. Ils semblent toujours dire « oui Seigneur » mais en fait ne perçoivent pas la voix de Dieu et donc ne conforment pas leur être à sa Parole. (cf. Un père avait deux fils Mat. 21, 28) Pensent-ils n’avoir plus rien à apprendre ? Sont-ils tellement encombrés par leur savoir ? Ne font-ils confiance qu’à eux-mêmes ? Bien des questions se posent. D’où vient cette opacité du regard : « Et vous, voyant cela, vous ne …vous êtes pas davantage repentis… » (Mat. 21,32) ? D’où vient cette imperméabilité à la Parole du Christ chez des personnes préoccupées de Dieu en permanence ? Cette attitude de résistance opiniâtre étonne et détonne. Sans se décourager, cependant, Jésus essaie de leur faire comprendre qui il est. Ne s’efforce-t-il pas constamment de les faire réfléchir ? D’où le but de cette histoire des deux fils : « Un oui peut cacher un non et vice-versa ». Jésus se rend bien compte que Lui, la bonne nouvelle, trouve, ô surprise ! un écho plus favorable chez ceux qui écornent la morale. Que ces derniers se laissent toucher par sa présence, qu’ils s’ouvrent plus largement à la vie nouvelle (réalisation de la Promesse) .

Cette différence d’attitude entre les grands prêtres, anciens et les collecteurs d’impôts, prostituées n’a-t-elle pas de quoi nous provoquer dans notre vie chrétienne ?

Le phénomène religieux, avec son ensemble (nécessaire) de rites, d’habitudes, de vocabulaire, de pensées répétitives, sa langue de bois…etc.. , ne risque-t-il pas de prendre le dessus sur la relation de foi avec le Christ ? Ne sentons-nous pas au fil des dimanches (peut-être même des jours) combien la Parole du Christ bouscule, remet en cause. Cette Parole provoque en permanence, affermit ou renverse nos positions.

Si cette petite parabole, propre à Mathieu, trouve place dans l’évangile n’est-ce pas pour nous alerter sur les dangers de l’enfermement « religieux » ? Déjà la communauté à qui s’adresse Mathieu ne courait-elle pas ce danger ? Le « religieux » aliène s’il n’est pas croissance d’une relation avec Dieu et donc transformation de la vie par le travail en soi de sa Parole. Il est inquiétant d’apprendre que l’on peut avoir un comportement religieux et cependant manquer le Christ !

Inquiétant n’est-ce pas ?

Face à ce signal comment réagissons-nous ?

Opposons-nous de la résistance au Christ ?

 

« Dieu est bon. ! » (Matthieu  (20,1-6a) / 25° dim du temps de l'Eglise A)

Il donne bien du fil à retordre cet évangile (des ouvriers de la dernière heure) qu’il ne faut pas prendre au pied de la lettre, comme s’il présentait le fonctionnement d’une entreprise mais qu’on ne peut pas non plus renvoyer dans un autre monde comme si le royaume des cieux n’avait rien à faire avec la vie d’aujourd’hui. De fait, rémunérer des ouvriers, sans tenir compte du nombre d’heures de travail conduirait vite une entreprise à la faillite. En ce sens cet évangile n’est pas le modèle à suivre. Mais alors que veut-il nous dire ? Mais aussi à qui s’adresse-t-il ? S’adresse-t-il à des chrétiens de longue date, engagés dans la foi et qui se plaignaient de ne pas être mieux traités que les nouveaux arrivés ? Peut-être, car l’évangile ne parle pas en l’air. L’on entend d’ailleurs quelquefois des réflexions de ce genre. N’est-ce pas qu’une vie « donnée » au Seigneur mérite plus que celle qui se met à le suivre sur le tard ? Si telles étaient nos idées, voilà qu’il nous faut en changer. Dieu n’envisage pas la relation avec ceux qui travaillent à sa vigne selon le nombre d’heures ou d’années effectuées. Ne souhaite-t-il pas avant tout que tous puissent trouver place dans son champ ? Et que les derniers comme les premiers bénéficient du même bonheur d’être avec lui, car en fin de compte ne sont-ils pas privilégiés ceux qui depuis longtemps sont à l’œuvre pour le royaume ? Cette parabole met tous les hommes sur un pied d’égalité. Aucun ne mérite mieux que l’autre, comme si à travail pénible ou plus compétent devait correspondre une récompense proportionnée. Cette logique de la récompense qui gère nos relations humaines, en général, et professionnelles en particulier, n’est pas celle de Dieu. Elle est, par contre, celle des premiers embauchés. Évidemment la logique de Dieu, c’est un peu dur à comprendre ! Mais comme Lui qui est bon ne peut changer d’attitude, il nous reste à savoir comment « incorporer » (un peu !) de cette bonté dans toutes nos relations et nos activités humaines.

Dieu est bon !

Cette affirmation est assurément le cœur de la parabole. Il appelle tous les hommes, si différents soient-ils, au vrai bonheur : « être avec lui ». Il les appelle avec insistance. Leurs réponses arrivent sur le tôt comme sur le tard. L’essentiel est qu’elles arrivent. Et tous reçoivent le même « salaire ». Lequel ? Devinez ? Sommes-nous suffisamment familiarisés avec cette façon divine et excessive de procéder ? Peut-être pas autant que nous oserions le prétendre quand nous en parlons tranquillement. Car ce sont nos réactions à vif qu’il faut surprendre pour savoir ce que nous pensons vraiment. Et ce sont nos réflexes immédiats qu’il nous faut connaître pour pouvoir les éduquer selon les mœurs de Dieu.

Dieu est bon !

Cette parabole veut nous le dire et pourtant nous y flairons comme un relent d’injustice. Drôles d’hommes que nous sommes de penser toujours en termes de mérite ! Dieu est bon ! Cette parabole confirme et illustre le passage évangélique qui précède celui d’aujourd’hui. Il est intéressant de faire le lien entre les deux. Un homme riche recherche ce qu’il doit faire de bon pour avoir la vie éternelle (Mat. 19,16). Jésus le reprend sur la formulation de sa question :  « Pourquoi, m’interroges-tu sur le bon ? » Car lui dit-il : « Unique est celui qui est bon. » (Mat. 19,17) La bonté est quelqu’un qui déroute peut-être mais qui s’offre à chacun du matin jusqu’au soir.

Les premiers qui répondent l’ont-ils bien compris ?

Les derniers qui entendent le saisissent-ils bien ?

Qu’on se le dise : Dieu est bon pour tous !

Vais-je, enfin, mieux vivre ?

 

Calme-toi…! (Matthieu 18,21-35 / 24° dim du temps de l'Eglise A)

Attention ! Gare à mon amour-propre ! Si quelqu’un craint pour le sien, qu’il n’aille pas plus loin dans la lecture méditée de l’évangile de ce jour. Car me semble-t-il, ce que dit la Parole de Dieu en ce dimanche, m’interdit toutes revendications personnelles. Mon sentiment d’injustice, si chatouilleux quand des fautes sont commises contre moi, risque d’en prendre un coup. Mais de quoi s’agit-il ?

Jésus répond à Pierre, sous forme imagée, qu’il faut toujours pardonner. Sept fois ou soixante-dix sept fois sept fois cela veut dire toujours. Le pardon vrai est sans limite.

Sans limite !

Démarche exorbitante, surhumaine, impossible, trop exigeante ! N’y a-t-il pas quelques cas où vraiment le pardon n’aurait plus lieu d’exister, qu’il deviendrait même indécent de vouloir l’exercer, presque une prime donnée à l’injustice ? « Quand mon frère commettra une faute contre moi… » « Il faut », selon Jésus, lui pardonner autant de fois qu’il commettra des fautes contre toi. Autant de fois ? Donc toujours !

Mais pourquoi donc ?

Parce que toi-même tu es endetté jusqu’au cou, incapable de rembourser ta propre dette. N’est-ce pas ce que dit la parabole. Pierre qui posait à Jésus la question du pardon n’est-il pas endetté vis-à-vis d’un roi ? Et n’es-tu pas dans la même situation, toi qui veux suivre le Seigneur ? « Je suis » par grâce, « je suis » par pur amour, « je suis » par don et je l’oublie, finissant par croire que « je suis » par moi-même. Faux, dit Jésus ! Par rapport à l’amour dont tu es le fruit, et que tu malmènes, tu es toujours en dette, une dette impossible à rembourser , sauf que tu dois t’en souvenir lorsque ton frère pèche contre toi. Cette parabole va très loin. Non seulement elle parle d’un pardon incessant mais elle dit pourquoi il doit en être ainsi. Et cette révélation est terrible pour notre moi imbu de lui-même qui s’offusque d’être offensé à la moindre peccadille. Cette révélation la voici : Ton frère ne te doit rien, même celui qui pèche contre toi ne te doit rien. Par rapport à l’amour qui t’enfante, par rapport à la gratuité qui te fait être, n’est-ce pas toi qui déjà es en dette ? Ne va donc pas y ajouter un manque d’amour en ne pardonnant pas ! Ou plus exactement en oubliant que par rapport à cette dette colossale, l’amour qui te porte, qu’est-ce que l’autre pourrait bien te devoir ? Autant dire rien !

Est-ce une juste appréciation de la parabole ? Est-ce jusqu’à ce point que nous entraîne la foi dans le Christ ?

Quand tu te sens blessé…par ton frère, calme-toi ! Et regarde plus loin… En amont cet amour qui te porte, en aval cet amour qui t’attend, au présent cet amour qui guérit et rassemble.

 

Être et vivre ensemble ! (Matthieu 18,15-20 / 23° dim du temps de l'Eglise A)

Est-ce d’être religieux qui me rend très sensible à la vie communautaire ou plus simplement le fait que la vie communautaire fasse partie de la suite du Christ ? Les deux sans doute ! En effet qu’est-ce qu’un chrétien sans communauté ? Sans cet engagement de son être dans des relations rapprochées avec ceux qui, comme lui confessent le Christ ? Et en lui se reconnaissent frères ? Pas frères en général ! Mais dans des liens qui prennent toute la vie et la transforment. La foi au Christ ne nous « oblige-t-elle » pas à la fraternité bien concrète d’hommes et de femmes qui au départ sans nécessairement se connaître sont amenés à la fraternité par le Christ lui-même. Que serait une assemblée eucharistique qui se composerait d’individus « religieux », « dévots », « pieux » même, mais qui ne chercheraient pas à entrer en relation, à partager leur foi, à s’engager ensemble dans le témoignage ?

Serait-elle encore l’eucharistie du Christ ?

Le creuset où se constitue son Corps, le lieu où chacun se laisse amener à plus de fraternité envers celui qui cède à la même pression intérieure de l’Esprit. Sans cela serait-elle encore l’eucharistie du Christ dans toute son efficacité ? Ce lieu, encore, où ceux qui ne reconnaissant pas le Christ comme fils de Dieu et Sauveur peuvent « toucher » en voyant la communauté, les effets d’une foi authentique, capable de créer de la communion.

Préparant cette méditation, je tombe sur les lignes qui suivent et que je vous livre, trop content de trouver confirmation de ce qui précède : « A la suite de l’Ancien Testament, qui a révélé Dieu comme lié à un peuple, l’Évangile arrache l’homme à sa solitude et le montre inséré dans une communauté. » Les racines communautaires de notre foi plongent donc dans le dessein de Dieu, lui qui est « Communauté ». Ces racines nous précèdent. Mais poursuivons notre citation : « Le christianisme est une religion de la communauté » Et quelles en sont les conséquences ? « L’accomplissement de notre personnalité, notre accès à Dieu et par conséquent notre vérité, notre joie de vivre, tout absolument tout se joue dans la manière dont nous nous relions les uns aux autres. » Or notre penchant naturel, malgré la structure communautaire inscrite dans nos gènes, tout autant que bien souvent nos choix (N’est-ce pas d’ailleurs notre péché ?), tendent vers l’individualisme. C’est-à-dire, (mais est-ce une définition valable ?) vers une façon d’être où chacun profite des autres, sans entrer vraiment en relation. A l’inverse d’ une relation où l’autre deviendrait pour moi celui dont j’écoute l’être. Ajoutons pour en terminer avec la citation :  « En donnant naissance à l’Église, le Christ ne crée pas une religion nouvelle, il manifeste que l’homme ne peut exister réellement que par ses liens. Être image de Dieu, c’est cela et l’Église le révèle en le réalisant déjà. » (Marcel Domergue. In Découvrir la Parole de Dieu. Salvator 1986)

Être et vivre ensemble, soyons en conscients : un impératif pour le chrétien. Jusqu’où la chose est-elle comprise ainsi ? Cette vie, évidemment, comporte ses exigences. Une communauté est un corps vivant, avec sa façon d’être et ses codes. Pas étonnant que des membres puissent s’en écarter. « Si ton frère a commis un péché… »(Mat 18,15), (une faute grave et publique)… Alors que faut-il faire pour maintenir la cohésion et l’unité de la communauté ? La démarche proposée, en Mat. 18,15… est patiente, graduelle. Respectueuse de la personne, elle aboutit pourtant à une décision. Car si le frère persiste dans ses errements, alors doit être établi le constat, sans pour autant condamner, qu’il s’est exclu lui-même.

La vie communautaire est précieuse. Elle est comme le milieu naturel du chrétien. Là où Le Christ est présent. (Mat. 18, 19) Elle est aussi fragile et peut être mise en péril par le péché. A bâtir constamment elle est aussi une grâce à recevoir.

En ai-je fait le choix ?

N’est-elle pas un impératif de la vie de disciple du Christ?

Que fais-tu pour que vive ta communauté, l’Église ?

 

Sauver sa vie… ! ? (Matthieu 16,21-27 / 22° dim du temps de l'Eglise A)

……Quelques points de suspension, au début de cette méditation, juste le temps de prendre en compte cette exclamation et/ou cette interrogation. Que ressentons-nous ? Reflète-t-elle une préoccupation de notre part ? Quel sens y mettons-nous ? Cela vaut-il la peine que nous y réfléchissions ? En quel sens la comprendre ? Voyons !

Sauver sa vie ?

L’expression n’est pas absente du langage courant, sous cette forme ou sous une autre. Sauver sa vie… devient synonyme de « se tirer d’un mauvais pas » d’émerger d’une situation périlleuse, de sortir vainqueur d’un conflit dont on pouvait faire les frais. Familièrement on emploie aussi « sauver sa peau » « sauver sa tête » selon les circonstances et le danger dans lequel on pouvait être.

De ce sens commun, inscrit dans le petit Robert, peut-on passer directement à l’évangile du jour ? Sûrement pas ! Employer les mêmes mots, ne dit pas la même chose dans la vie tout court ou dans la vie évangélique.

Et même ces mots qui nous occupent n’exprimeraient-ils pas le contraire ?

Il suffit de relire ce que Jésus confie à ses disciples. A Pierre épouvanté par ce qu’il vient d’entendre sur le dénouement (rejet, mort) de la vie du Messie, du Fils du Dieu Vivant, Jésus déclare : « En effet, celui qui veut sauver sa vie la perdra.. » (Mat.16, 25) étrange réponse et comment la comprendre ? En quoi « vouloir » sauver sa vie la mènerait à la perdition ? Est-ce le fait de « vouloir » sauver sa vie qui est en cause ? Quoi, pourtant de plus naturel ? Eh bien non semble dire Jésus ! Si « toi » tu veux sauver ta vie, tu la perdras » Drôle de façon de voir ! Sauver sa vie au sens fort où Jésus l’entend serait-il donc impossible à l’homme ? Nous y voilà. La nouveauté introduite par Jésus et qui change tout, c’est le rapport qui se crée avec lui. « …En effet …qui perdra sa vie « à cause de moi » la trouvera… » (Mat. 16, 27) « A cause de moi » et tout est dit car l’homme est incapable de se sauver lui-même. On entend bien à quel niveau doit être compris le verbe « sauver », non pas éviter la mort physique mais exister en Dieu par le Christ pour toujours.

« Exister en Dieu », partager sa vie ici déjà et pour toujours ?

Ces choses sont-elles audibles pour nos oreilles contemporaines ? Dieu a-t-il tant d’attraction que nous rêvions d’une vie ininterrompue avec lui ? Ces questions ne nous agitent peut-être pas tous les jours, mais quand l’occasion se présente pourquoi ne pas y réfléchir ? D’autant plus qu’il y va de notre vie ? « Sauver » : arracher à la mort une vie qui ne s’en tiendrait qu’à l’horizon de la conquête du monde (Mat. 16, 26) L’homme, ce qui fait qu’il est homme, peut-il se perdre ? Apparemment oui ! Si pour « exister » (être), l’homme ne cherche qu’à augmenter son avoir (savoir, pouvoir ou richesses) alors il ne sera plus rien. Vouloir se sauver grâce aux biens en tout genre est une illusion. Pour être sauvé il faut passer par l’incontournable « à cause de moi » et tout ce que cela suppose et qui est dit dans ce passage. Cette mention aurait aussi pu servir de titre. Mais gardons celui qui est proposé et tenons les deux ensemble : « sauver sa vie et à cause de lui, la perdre » De sorte que notre vie ne se trompe pas d’objectif, et qu’elle soit amenée par Lui jusqu’au plein épanouissement définitif.

Sauver sa vie ?

Quel chemin empruntes-tu ?

Qui suis-tu ?

 

Consentir pour recevoir la foi !  ( 21° dim du temps de l'Eglise A )

Comment parvient-on à découvrir l’identité de Jésus ? Comment entre-t-on plus avant dans la connaissance de ce nom, de son être ? C’est un mystère profond que celui de l’adhésion au Christ, à laquelle certains parviennent et d’autres pas ? Qu’est-ce qui se passe ou qui ne se passe pas ? Les uns croient, les autres pas, alors que les conditions de vie sont identiques…Mystère et secret de chacun ! Pourtant dans l’évangile de ce dimanche quelque chose me trouble et que je rattache à tort ou à raison à ce que je viens d’écrire. Alors que Jésus interroge ses disciples sur ce que les gens disent de lui, et qu’il les interroge directement eux aussi sur ce qu’eux-mêmes pensent de lui, Pierre donne sa réponse. Elle est juste. Jésus se reconnaît dans la confession de Pierre. Et il l’en déclare bienheureux : « Heureux-tu, Simon-Pierre…Car Pierre vient d’accueillir une révélation. Il n’en est pas arrivé à déclarer la messianité et la filiation de Jésus (son identité) uniquement au terme de sa réflexion ou de son intuition. « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela » (Mat. 16,17) Ce n’est pas…! Mais quoi alors ? « Mais mon Père qui est dans les cieux » Voilà où je voulais en venir. Voilà ce qui me fait toujours réfléchir, voilà pourquoi je dis « consentir » Est-ce que Pierre n’a pas été illuminé par une lumière venant d’ailleurs ? N’a-t-il pas été « instruit » de l’intérieur par le Père ? Il me semble que l’émergence de la confession de foi doit toujours se passer ainsi pour tout le monde. Reconnaître en Jésus de Nazareth, le Messie, le Fils du Dieu Vivant, ne peut être que susurré de l’intérieur, entendu au cœur. N’est-ce pas le sens de la béatitude adressée à Pierre par Jésus ? Mais est-ce tout pour rendre compte de cette démarche ? Ne faut-il pas un élément supplémentaire ? Et le mot qui en rend le plus compte n’est-il pas « consentir » ? C’est-à-dire adhérer à cette motion intérieure, « consentir » à ce que, ce qui est dit, ne soit pas ce que l’on voit de l’extérieur. Car qui pourrait déduire de ce qu’il voit : Jésus de Nazareth, que celui-ci est bien le Messie, le Fils du Dieu Vivant ? Beaucoup et des plus savants ne sont pas allés jusque-là. Ils sont même partis en sens inverse. Pourtant ne recevaient-ils pas de l’intérieur le même témoignage sur le Christ. Un refus subtil est-il donc possible ? Et aussi un ensablement du cœur, un étouffement de la voix intérieure ?

Est-ce juste, comme réflexion ? Si tout homme mis en face du Nom du Christ ressent en lui le désir de le connaître, que lui reste-t-il à faire pour recevoir la foi (qu’il ne peut obtenir par ses propres moyens) ? Que lui reste-t-il, sinon de « consentir » au mouvement intérieur qui le traverse et lui donne de confesser qui est Jésus de Nazareth ?

« Consentir  »

Consentir pour croire…

 

 

Comme tu le veux ! 20° dim du temps de l'Eglise A

N’est-elle pas étonnante la finale de notre passage évangélique ? Celle qui donne son titre à notre méditation. Comment faut-il la comprendre ? L’évangéliste nous y conduit au terme des trois rebondissements d’une demande de salut.

Une femme crie vers Jésus de Nazareth. Elle implore pitié en l’appelant très justement « fils de David ». Lui ne répond rien ! Pourquoi ? Insensibilité ? Parce que la demanderesse est étrangère, une cananéenne  (les cananéens étant les autochtones du territoire occupé par les hébreux) ? Parce qu’il ne veut pas outrepasser sa mission réservée aux brebis (tout le peuple) perdues de la maison d’Israël ? Ce silence surprend, choque. Comme choque d’ailleurs, et même encore plus, la réflexion des disciples. Ne suggèrent-ils pas à Jésus d’accorder satisfaction à cette femme pour qu’ensuite elle les laisse tranquille ?

Pourtant, la demande de cette femme est réelle. Loin d’exprimer un caprice, elle ne demande rien de moins que la guérison de sa fille. Pour l’instant sa supplique se heurte contre un mur, mais elle l’a fait rebondir : « Seigneur, viens à mon secours ! » Prosternée, devant le Seigneur elle renouvelle sa requête avec insistance. Jésus va-t-il l’entendre ? Pas d’avantage ! Ce n’est pas facile quand on est une étrangère de se faire entendre ! Le pain de la Parole ne se distribue qu’aux enfants (de Dieu), pas aux petits chiens (les païens) ! Quels propos dans la bouche de Jésus ! Reprend-il à son compte la façon de voir de son époque ? Aux yeux des juifs, les païens n’étaient-il pas appelés des chiens ?

Le besoin de guérison de sa fille et sa foi en Jésus de Nazareth ne désarment pas cette cananéenne, cette mère ! Acquiesçant à ce que vient de dire Jésus, elle trouve aussitôt la réplique : les petits chiens se contentent de miettes.

Jésus « vaincu » par tant d’audace, de foi, d’amour, accède à la demande de l’étrangère : que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! » La fillette fut délivrée !

Ne restez-vous pas pantois devant cette scène, une imploration si forte qui obtient gain de cause ? Une supplication efficace (pour quelqu’un d’autre !) qui obtient ce qu’elle veut ? Est-ce cela la foi ? Une confiance éperdue envers le Christ, fils de David et Seigneur ?

« Femme, ta foi est grande, que tout se fasse comme tu le veux ! » Ce « Comme tu le veux » est gigantesque ! » Il semble même impressionner Jésus et lui faire prendre conscience de l’ouverture de sa mission aux païens.

Quelle femme cette cananéenne !

Elle sait se qu’elle veut.

Bien des commentateurs mettent l’accent sur l’accueil de l’étranger tellement important encore aujourd’hui !

Pourquoi pas ? Mais, cette foi, cette prière, ne valent-elles pas la peine d’être mise en valeur ?

Alors et pour terminer… De l’admiration au questionnement…

Qu’est-ce que je veux et que vaut ma prière ?

 

L'autre rive    19° dim du temps de l'Eglise A

Qu’est-ce qui a bien pu motiver la décision de Jésus ?

En effet, au terme du repas festif, au cours duquel les cinq pains et les deux poissons partagés ont servi à nourrir une foule nombreuse, Jésus « oblige » ses disciples à monter en barque et à le précéder sur l’autre rive. Dans le même temps, il renvoie cette foule, il est vrai rassasiée, qu’il n’avait pas voulu congédier auparavant.

Que cherche donc Jésus ? A être seul, à l’écart, sur la Montagne, pour prier ? Nous savons que telle était son intention avant que la foule ne le rejoigne ! Est-ce alors pour répondre à un besoin de son être qu’il oblige les uns à le précéder et les autres à retourner chez eux.

Jésus seul !

Il sait s’abstraire du monde pour être seul et prier, les raisons qu’il avait de le faire avant ne sont telles pas encore plus pressantes maintenant ? La préoccupation de Jésus est d’être reconnu pour ce qu’il est. Or ne vient-il pas de se passer quelque chose qui aurait pu rendre plus confuse son identité ? Certes Matthieu ne mentionne pas ce que rapporte Jean au chapitre six. Mais ne peut-on penser qu’il en était de même à la fin de la multiplication des pains (miracle du partage) rapportée par Jean : « Jésus sachant qu’on allait l’enlever pour le faire roi, se retira à nouveau seul dans la montagne ».

C’est une idée tenace, voyant les performances de Jésus, de vouloir le faire roi, de lui confier le pouvoir politique. Or il n’en veut pas. « Son Royaume n’est pas de ce monde » (Jn 13,36) Mais qu’il est difficile d’être compris : Même encore après la résurrection les disciples caresseront l’espoir d’un règne nouveau inauguré par le messie, assurant politiquement le triomphe du peuple d’Israël. Au jour de l’Ascension, ils l’interrogeaient encore (Ac 1,6) sur la restauration de la royauté en Israël.

Comment faire alors pour « pousser » les disciples dans la foi véritable ? Le temps de la prière sera-t-il propice pour y voir plus clair ? Toujours est-il que l’objectif semble bien être celui que nous évoquons, puisque Jésus vers la fin de la nuit revient vers eux. - La rive terrestre est encore loin nous-dit-on, les vents étaient contraires - Mais la rive de la foi se rapproche.

Jésus qui marche sur la mer… est-il un fantôme ? Fantomatique plutôt le rôle politique que l’on voudrait lui faire jouer. Ici en cette fin de nuit, n’est-il pas plus que cela ? Ne domine-t-il pas les éléments de la création ?

Il est temps de passer sur l’autre rive ! Ce qu’il est, Pierre va l’apprendre à ses dépens – Seigneur, si c’est bien toi… oui c’est bien moi, avance Pierre. Mais pour avancer jusqu’au Christ, il faut une foi totale.

Pesons bien le poids de ces mots : une foi totale, l’autre rive c’est Lui. Et l’on n’y passe que parce qu’il nous tend la main.

Les disciples ont-ils compris ? Ils se prosternent ! N’adore-t-on pas que Dieu ? Ont-ils compris ?

Il est temps de passer sur l’autre rive et de savoir vraiment qui est le Christ (Ou tout au moins ce qu’il n’est pas !)

Il est temps !

Notre vie a besoin d’absolu !

 

« Il ne résiste pas … ! »

Serait-ce, ce qui aujourd’hui peut nourrir notre foi ? Pourquoi pas ? Que découvre-t-on dans cet évangile, dit de la multiplication des pains ? Ceci :

Que Jésus ne résiste pas à l’appel de la foule.

Tel n’était pourtant pas son programme. N’avait-il pas décidé de se rendre dans un endroit désert, à l’écart ? Mais devant la foule attroupée avant qu’il ne débarque, il ne résiste pas , « il craque ». La foule est là, il veut être avec. Bel exemple ! Il n’est pas artisan de la Bonne nouvelle de telle heure à telle heure. Il l’est à plein temps. La foule doit le sentir..; elle le suit, le poursuit. Elle pressent qu’il peut lui donner ce dont elle a besoin. Elle ne s’y trompe pas. En effet, sitôt arrivée prés de lui, il l’a prend en pitié et guérit les infirmes. Jésus n’est que désir d’annoncer le royaume. Loin d’être enfermé dans sa tour d’ivoire, élaborant de grandes synthèses, il est, il veut être au contact de l’homme. Quand la foule vient vers lui, il l’accueille et ne la renvoie pas. Jésus l’homme du contact, de la relation. L’homme aussi de la communion. Au soir tombant la foule est toujours là. Les disciples s’inquiètent. Ne vaut-il pas mieux la congédier ? Réaction de bon sens ! Les disciples n’en manquent pas et nous non plus ! Le Christ voit autrement. Non seulement il ne la renverra pas, mais il charge ses disciples de la nourrir. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » Il ne résiste pas à apaiser la faim. Avec les cinq pains et les deux poissons « confiés » au Christ, le miracle se produira. Miracle de la puissance bienveillante de Dieu, et miracle du partage. La mise en commun des biens donne à chacun ce dont il a besoin. Ce qui pourrait paraître multiplication des pains pourrait aussi s’interpréter miracle du partage. Toujours possible, tant les biens sont nombreux dans le monde ! Reste leur répartition aux bons soins des hommes. « Donnez-leur… » Ne faut-il pas entendre cet ordre comme un commandement de portée universelle et…à la portée de l’humanité. Dieu donne amplement les biens nécessaires, mais l’homme qu’en fait-il et que pourrait-il en faire ?

Le miracle, plus que des pains, serait que l’homme partage.

Dans ce désert qu’est le monde, les affamés sont nombreux. Partager les richesses « nourrirait » le cœur de ceux qui les possèdent pendant que ceux qui n’en ont pas, recevraient leur juste part. Quand l’homme qui répugne au partage universel, se justifie, Dieu lui dit :  « Donnez..». Jésus ne résiste pas à donner, il va même plus loin. Car le récit prend, au verset dix-neuf, une connotation eucharistique. « Il prit les pains…Il prononça la bénédiction…Il les rompit… » Le Christ rejoint ce besoin de communion avec Dieu, terme consommé de l’existence humaine. Non seulement le Christ guérit (Mat 14,14) non seulement il donne du pain mais il se donne. La surimpression des deux réalités nous instruit : celui à qui Dieu se donne ne peut pas rester indifférent aux besoins des autres. Ne nous faut-il pas entrer dans ce mouvement de don pour que les hommes n’aient plus faim … ?

Sauf, bien sûr, de ce Dieu qui ne résiste pas !

 

 

« Tout vendre… ? »

Faut-il aller jusque là ? Se débarrasser de tous ses biens… mais pour vivre de quoi ensuite ? Existe-t-il une réalité qui mérite un tel dépouillement ? Qu’est-ce qui vaut ainsi la peine qu’on lui sacrifie tout ? Avons-nous donné à notre vie une telle radicalité ? Sentons-nous qu’il manque à notre existence actuelle un investissement plus fort vers l’essentiel ? Quelle est l’emprise de l’accessoire ? Sommes-nous unifiés ? Aurions-nous encore à découvrir ce que nous pensions déjà connaître ? Ma vie que vaut-elle selon moi ? Ai-je réussi à lui donner de la profondeur ? A quitter la surface ? A entrer dans le combat des vraies questions ? L’enjeu de la vie « être », ne nous faisons-nous pas trop souvent avoir par « l’avoir » ?

Pour l’instant, arrêtons là ce questionnement. Prenons conscience qu’avec l’évangile d’aujourd’hui, il y a de la radicalité dans l’air.

« Tout vendre », voilà la formule qui nous est proposée. Matthieu l’illustre à travers le comportement de ces deux hommes fascinés par leur découverte. L’un ne s’y attendait pas, l’autre cherchait depuis longtemps. Mais sitôt en présence de leur trouvaille, sans hésitation aucune, afin de l’acquérir, ils vendent tous leurs biens. A notre tour « tout vendre » mais pour quelle acquisition ? Quel est ce bien vers lequel l’évangéliste veut nous conduire et pour lequel il veut déclencher chez nous un réflexe de radicalité ? Ne l’appelle-t-on pas le royaume ? Une réalité à la fois présente et presque insaisissable. Mathieu ne présente pas moins de sept paraboles pour essayer d’en dire la nature. Tout vendre pour acquérir ? Entrer dans le royaume ? (Quelle est la bonne formulation ?) Mais parler de royaume n’est-ce pas un peu trop abstrait ? Évoquons plutôt la personne du Christ. N’est-ce pas par rapport à lui qu’il est question de royaume ? N’offre-t-il pas sa personne comme lieu de rencontre de l’homme avec Dieu, comme lieu de découverte de l’homme que nous sommes ?

Tout vendre pour se saisir de notre identité dans le Christ !

N’est-ce pas ce à quoi nous sommes invités par Mathieu. Les biens possédés ou désirés obscurcissent souvent la vision de nous-mêmes, tout comme ils estompent notre regard sur les autres et nous aveuglent sur le rôle du Christ et de son évangile. D’où la nécessité de « tout vendre. »

Où en suis-je ?

Le Christ m’a-t-il ébloui au point de …?

Ai-je saisi la chance quand « Il » s’est présenté ?

 

 

Se déclarer pour lui... !

La tâche est dure ! Le résultat pas toujours évident ! Annoncer la bonne nouvelle du Christ relève souvent du défi, même si à certaines époques les cœurs s’ouvrent plus facilement. Il en était ainsi au temps de Jésus de Nazareth… Qu’en est-il aujourd’hui ? Ceux qui portent le souci de la foi le savent bien. Comment faire pour que la Parole du Christ soit entendue ? Bien des voies ont été explorées depuis le Concile Vatican II. D’innombrables propositions sont offertes s’adressant à tous quel que soit l’âge ou la situation. A vues humaines pourtant, l’impact semble minime. Le monde va son chemin ne gardant qu’une vague référence aux choses du sacré, désertant toujours plus les lieux où retentit la parole du Christ.

Où est la faille ?

Y-a-t-il une défaillance quelque part ? En voudrait-on trop : que tout le monde découvre le Christ ? Faut-il au contraire s’accommoder de n’être que du levain dans la pâte, la graine gorgée de vie tombée en terre ? Faut-il accepter que d’une génération à l’autre plus rien ne soit transmis ? Que chacun chemine à son rythme et non selon des échéances prévues comme l’était la « sacramentalisation » de la vie ? Ne faut-il pas prendre acte de la situation actuelle sans tomber pour autant dans l’indifférence, baisser les bras, se replier sur soi ? Que de questions n’est-ce pas autour de ce souci de proclamer la foi dans le Christ ? Que de conversions, pour soi en perspective, encore, pour s’établir soi-même dans une confiance totale, dans une référence absolue au Christ. Les hommes sont moins méchants aujourd’hui vis à vis des chrétiens. Mais l’indifférence ambiante n’est-elle pas un poison tout aussi mortel ? Une certaine « tolérance » ne chloroforme-t-elle pas toute préoccupation envers la foi de l’Eglise ? Modestes il nous faut l’être, mais convaincus encore plus et imaginatifs constamment. Quant à être convaincants.. ?

Toujours est-il qu’il ne faut pas caler !

Jésus le dit à ses disciples : «  Ne craignez pas les hommes. » (Mat 10,33) Ce qui ne passe pas aujourd’hui, sera connu demain. « Ne cessez pas de proclamer sur les toits ce que je vous dis dans les ténèbres » Craignez surtout ceux qui peuvent anesthésier votre âme, éroder votre attachement au Christ, dissoudre vos convictions dans l’informel et le « tout se vaut. »

Dans ce monde soyons nous-mêmes quoiqu’il en soit de notre différence comme disciples du Christ. Vivre et proclamer sans peur nos convictions évangéliques (ce qui suppose de s’imprégner de l’évangile !), proclamer ce qui fait la spécificité de notre foi. Jésus de Nazareth ne dit-il pas: « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes..? (Mat.10, 33)

« Se déclarer pour lui »

Le faisons-nous suffisamment ?

 

 

Devenir son peuple… !

Tout ne va pas bien dans le monde, c’est évident ! L’état du monde saute aux yeux. Ces foules fatiguées et abattues, on les voit encore aujourd’hui. Elles sont toujours aussi dépressives. Qu’est-ce qui les mine de l’intérieur ? Que leur manque-t-il ? Des chefs, des bergers ? Mais n’y en a-t-il pas plus qu’il n’en faut ? Des gourous ? Mais ne sont-ils pas légion ? Alors ? Plus s’accroît le bien-être matériel et plus évolue le bien être social, plus se développe l’accès à la culture et plus sont répartis les fruits de la science, plus également s’accentue le mal vivre et plus on cherche encore un bonheur qui se dissipe. Que faire alors ? L’humanité est-elle vouée à marcher sans autre objectif que de subsister dans l’existence, de se reproduire dans l’attente de jours meilleurs, de s’organiser pour mieux vivre sans illusion sur les résultats. Quelle est cette inconnue qui empêche de résoudre le problème ? La clef du sens a-t-elle été perdue ? Celle du bonheur égarée ? Jésus prend pitié, (souffre dans ses entrailles) de ces foules qu’il voit. Il les sent perdues, abandonnées, sans but, sans avenir. Est-ce parce que ces populations ne sont que des « foules » ? Or qu’est-ce qu’une foule ? De l’humanité qui se côtoie ? Qui va d’un côté ou de l’autre ? Qui peut se propulser en criant, protestant, délirant ou qui déambule individuellement sans voix, sans passion, mécaniquement ? Soit métro, boulot, dodo ou un déchaînement de passions ? La foule c’est de l’humain brut, ensemble d’individus côte à côte mais pas « avec », pas faisant un ensemble ré-uni. L’humanité, quelle immensité ! est-elle encore trop « foule » ? Et malgré tous les correctifs apportés par les hommes pour souder dans un même idéal, une même identité, de vastes populations et même tous les peuples, reste-t-elle encore trop moutonnière ne sachant pas très bien où elle va et n’ayant personne pour le lui dire ? Avec la simplicité qui le caractérise, Jésus perçoit le besoin profond et dénonce le mal. Il annonce et fait annoncer par ses disciples que le royaume de Dieu est tout proche. Que le mal des hommes vivant en « foule » va être guéri. Que l’humanité, la moisson, est mûre pour advenir à son identité véritable. Quitter l’anonymat desséchant et la dureté de la « foule » pour réaliser la communauté de ceux qui se reconnaissent frères et partagent.

Avec Lui, le Christ, le moment est venu.

Il est temps maintenant que l’homme advienne à l’identité enfouie en lui. Qu’il soit un peuple, le peuple de Dieu, la communauté du Christ. Le projet est en route. Il prend forme et devient église. Celui qui rassemble est toujours le même. Et il appelle pour les envoyer, des ouvriers avec le même programme : guérir les malades du non-sens, ressusciter les moribonds de la misère, appeler les exclus et les réintégrer, chasser tous les démons du « chacun pour soi » Existe-t-il une autre solution? Un autre remède au mal du monde ? Oui ? Si non, quittons la foule, cet ensemble de « quant à soi » anonymes et regagnons la communauté. La guérison du mal n’est pas seulement dans la potion administrée à l’individu mais surtout dans la volonté de consentir à la communauté, fondement de l’humanité.                           Dieu lui-même n’est-il pas « communauté » ?

O Homme ne l’oublie pas : tu es communauté. De la part du Christ voici ta véritable identité.

Deviens ce que tu es : son peuple, son corps.

 

Sommes-nous pécheurs ?

Pour certains la réponse ne fait aucun doute, pour d’autres, même la question ne va pas de soi. Suis-je pécheur ? Que répondre ? Globalement, sûrement mais dans le détail, au moment de passer à l’aveu, que puis-je dire ? évoquer mes faiblesses, faire état de mes ignorances, prendre en compte mes échecs ? Oui bien sûr ! Mais en quoi suis-je responsable ? N’est-ce pas le résultat de mes limites, des événements, des situations, une conséquence normale du fait que je sois homme ? En quoi suis-je coupable ? En quoi devrai-je en faire l’aveu à une autre personne, à un prêtre par exemple ? N’est-il pas nôtre ce raisonnement ? Ne l’avez-vous pas entendu ? Bien que chacun puisse sentir et reconnaître ses propres failles, constater ses manques, éprouver un sentiment diffus de n’être pas vraiment bon, bien peu de monde accepte aujourd’hui d’en être responsable car… tant de facteurs interviennent ! En effet, bien des composantes de notre vie échappent à notre contrôle. Cependant ne nions pas trop vite notre responsabilité, sans quoi nous perdrions ce qui fait notre dignité, mais prenons plutôt à notre compte la façon de s’exprimer de l’évangile d’aujourd’hui.

Jésus n’a pas peur des pécheurs. Il les fréquente, mange avec eux, les appelle à le suivre, (à vivre ?) et même les défend, à sa façon, comme un médecin. Aux pharisiens déboussolés Jésus justifie son comportement. Qui a besoin du médecin ? N’est-ce pas le malade ? Le pécheur est un malade.

Je viens le guérir.

Tiens ! je suis malade. L’expression est plus parlante. C’est vrai. Ne sommes-nous pas tous malades sur le plan de notre humanité ? Sommes-nous aimés et aimant autant qu’il le faudrait ? Quelque chose ne va pas bien chez moi ! Le malade sent bien l’enfièvrement de son corps et de son cœur. Il en perçoit bien les symptômes sans trop savoir les causes. Mais ce qui compte pour lui, n’est-ce pas de tout faire pour guérir ? Je suis malade, Seigneur, je perçois les signes de ma maladie : ce frère que j’ai blessé ou par qui je me suis senti blessé, cette paresse qui me tient, ce défaut qui récidive, ce cœur lourd, jaloux, envieux, cette fermeture ou cette fuite, ses besoins permanents et cette frustration continue…etc.. Ma responsabilité est engagée mais dans quelle mesure ? Je ne sais exacte-ment. Par contre, je sens mes lourdeurs, mes faux-fuyants, mes illusions et mes fausses sécurités, mes étourdissements.

L’essentiel : par-dessus tout, je veux guérir, atteindre cette libération pour aimer en vérité et je viens vers toi Seigneur puisque tu es venu pour moi. Sommes-nous pécheurs ? Réponse : je suis malade ! Mais surtout je connais le médecin qui agit aujourd’hui dans l’Eglise et par l’Eglise.

Ce médecin,

le consultons-nous assez ?

 

Vivre par Lui.. ?

Qui le souhaite ? Qui déjà, a conscience de cette possibilité ? Et pourtant quelle possibilité ! Les mots de l’Évangile sont forts. Trop ? écoutons-les d’abord : « De même que le Père qui est vivant, m’a envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange, vivra par moi » (6,57) Non, vous n’avez pas mal entendu. Il est bien écrit : « Celui qui me mange, vivra par moi » « Manger » « Me manger » Où sommes-nous donc ? Encore dans l’Évangile ? Nous pouvons être heurtés, d’autant plus d’ailleurs que le verbe « manger » ne rend pas bien, paraît-il, l’idée, qui le serait mieux par « croquer » ou « mâcher » Quel réalisme ! Est-il acceptable ? Les auditeurs de Jésus s’en offusquent : « Ce qu’il dit là est intolérable, on ne peut continuer à l’écouter » (6,60) Jésus s’en rend compte et les interroge : « Cela vous heurte ? » En effet ils le sont. Et nous? Pourtant on ne peut s’y tromper. Le même réalisme : « Ma chair à manger, mon sang à boire » se répète tel quel pendant six versets de suite. « Croire » réclame-t-il d’aller jusqu’à l’acceptation de tels propos ?

L’évolution du chapitre six de Jean nous renseigne. En effet jusqu’à notre passage d’aujourd’hui, Jésus donne la guérison aux foules toujours plus nombreuses et suppliantes. Puis brusquement, il change de ton. A ces foules malades et affamées de vie, Jésus se désigne lui-même, pain de vie (6,35) Surprise et récriminations!. Qui est-il ce fils de Joseph pour prétendre être le pain descendu du ciel ? (6,42) Mais, bien loin d’atténuer ces affirmations, Jésus abonde au contraire dans le réalisme. Lui qui en donnant la guérison faisait revivre, désire aller plus loin. Que l’homme vive éternellement! ( 6,51 ) Qu’il accueille la vie même du Christ en confessant qu’il est la Parole ! Qu’il mange sa chair et boive son sang, puisque le Christ le dit ! Que le Christ soit tellement reconnu comme le Vivant, qu’il puisse nous donner ce qu’il est! Nous transfuser: « sa vie, sa parole, son amour afin qu’ils deviennent nôtres, nous transforment et nous conduisent à l’avenir promis » A travers ce pain/corps, ce vin/sang, dans la foi, mangé, bu, le croyant assimile donc la vie du Christ ressuscité. Est-ce audible ? Convenons-en, le chemin est long de la guérison obtenue à l’accueil de la vie même du Christ, lui qui veut nous faire vivre de Lui. Tous ne le parcourent pas. «Beaucoup de ses disciples s’en allèrent » Mais est-ce suffisant pour dire que c’est impossible ? « En vérité, en vérité je vous le dis, si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang vous n’aurez pas la vie en vous »

En vérité ?

Alors pour vivre par Lui, que dire sinon « Je crois » ?

Je crois Seigneur puisque tu le dis !

 

 

Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation