Les commentaires 

de l'évangile du dimanche année C  2006-2007

par le Père Christian Blanc

        

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Remonter

   

 10 juin 2007  Saint-Sacrement  Lc 9, 11-17
 3 juin 2007  Sainte Trinité  Jn 16, 12-15
 27 mai 2007  Pentecôte  Jn 14, 15... 26
 20 mai 2007  Ascension  Lc 24, 46-53
 13 mai 2007  6°dim.de Pâques C  Jn. 14, 23-29
 6 mai 2007  5° dim. de Pâques C  Jn 13,31...35
 29 avril 2007  4° dim. de Pâques C  Jn 10,27-30
 22 avril 2007  3° dim. de Pâques C  Jn 21,1-19
 15 avril 2007  2° dim. de Pâques C  Jn 20,19-31
 8 avril 2007  Dim. de Pâques C  Lc 24,1-12
 1er avril 2007  Dim. des Rameaux C  Lc 22,14-23,56
 25 mars 2007  5° dim. carême C  Jn 8,1-11
 18 mars 2007  4° dim. carême C  Lc 15,1...32
 11 mars 2007  3° dim. carême C  Lc 13,1-9
 4 mars 2007  2° dim. carême C  Lc 9,28-36
 25 février 2007  1° dim. carême C  Lc 4,1-13
 18 février 2007  7° dim. ordinaire C  Lc 16,27-38
 11 février 2007  6° dim. ordinaire C  Lc 16,17...26
 4 février 2007  5° dim. ordinaire C  Lc 5,1-11
 28 janvier 2007  4° dim. ordinaire C  Lc 4,21-30
 21 janvier 2007  3° dim. ordinaire C  Lc 1,1...4,21
 17 janvier 2007  2° dim. ordinaire c  Jn 2,1-11
 7 janvier 2007  Epiphanie C  Mt 2,1-12
 31 décembre 2006  Sainte Famille C  Lc 2,41-52
 24 décembre 2006  Nuit de Noël  Lc 2,1-14
 24 décembre 2006  4°dim Avent C  Lc 1,39-45
 17 décembre 2006  3° dim Avent C  Lc 3,10-18
 10 décembre 2006  2° dim Avent C  Lc 3,1-6
 3 décembre 2006  1er dim Avent C  Lc 21,25...36

En cliquant sur les références bibliques ci-dessous vous obtenez le texte... Merci à www.aelf.org pour les liens Bibliques

"Son Règne !" 10 juin 2007 - fête du Saint-Sacrement C

Evangile : Lc 9, 11-17 Le Christ nourrit son peuple

Partis pour l’annoncer (le règne) les disciples, de retour, rendent compte à leur maître de leur première mission. (Lc 9, 1 et 10) Mais, à peine ont-ils eu le temps de se mettre à écart, qu’une foule nombreuse vient rompre leur retraite. Jésus, toujours prêt à répondre aux sollicitations des hommes, se met à enseigner de nouveau le royaume et à rendre la santé à ceux qui en avaient besoin.

Son Règne ?

Les gens de son époque étaient-ils si friands d’en entendre parler ? Cela correspondait-il à ce qu’ils recherchaient ? Jésus attire. Peut-on savoir pourquoi ? Donne-t-il à entendre une bonne nouvelle qui concerne l’homme dans son rapport à Dieu, comme jamais celui-ci ne leur fut présenté ? Quand il parle du règne, comme ici, à Bethsaïde, que comprennent les gens ? Est-ce qu’il leur laisse entendre que sa propre façon d’être doit devenir la leur ? Qu’il est en son pouvoir, comme c’est le cas dans ce que nous lisons, de rassembler les hommes, de les faire exister dans des rapports de frères ?

Son Règne ?

Le développement sur les pains qui suit l’enseignement du règne, a-t-il quelque chose à voir avec ce règne annoncé ? Serait-ce que, pour ceux qui écouteront le Christ, un rassemblement (Lc 9, 14) est possible fait de fraternité. Que, par lui, la faim des hommes trouvera enfin la nourriture appropriée ? Une nourriture que lui seul peut donner, car ce serait par son geste et sa parole qu’elle pourrait fournir à l’homme la vie qui lui ferait défaut. Dans la scène des pains qui rappelle la Cène, (Lc 9, 16) n’est-ce pas lui qui prend l’initiative de nourrir cette foule, alors que les disciples, en hommes réalistes, se sentent dépassés pour nourrir cinq mille hommes sans avoir ni l’argent ni les pains qui seraient nécessaires ? Mais justement dans la pensée du Christ, il n’est pas nécessaire d’aller chercher du pain. Le peu qu’il y a, deux poissons et cinq pains sera bien suffisant. Car ce que le Christ donne est d’une autre nature que ce que les hommes, s’ils le veulent, peuvent se procurer. En effet comment comprendre alors ce qui va se passer ; tous en eurent assez au point qu’il en restait douze pleins paniers, si l’on ne perçoit pas qu’il s’agit d’une faim que seul le Christ peut apaiser. Ce geste du pain donné à satiété, renvoie à l’autre Cène où le Christ offre sa vie à manger, en créant un lien entre le pain : son corps, entre le vin : son sang. C’est alors que s’ébauche le règne qu’il enseignait aux foules (Lc 9, 11). En transfusant sa vie sous les signes du pain, du vin, à ceux qui croient en lui, il  forme ces groupes de cinquante (Lc 9, 14) disons communautés, qu’au nom du Christ les disciples doivent rassembler et alimenter. (Lc 9, 13 et 14)

Son Règne ?

Ce que la quantité ne pourrait réaliser pour apaiser la faim des foules, le Christ le rend possible avec quelques pains et quelques poissons, vecteurs d’une nourriture qu’il est seul à donner, car il s’agit de sa vie. La quantité, nous le savons trop bien, nourrit mal et même à certain cas ne nourrit plus du tout. A travers quelques biens de notre vie humaine, le Christ fait passer la vie, la sienne, dont nous avons besoin pour apaiser la faim qui gît au fond de l’homme. Une faim , comme une aspiration à plus d’humanité, celle que le Christ a lui-même réalisée. Pour établir son règne le Christ n’impose rien. Il ne s’installe pas au-dessus de notre humanité pour la téléguider ou même la dominer. Il s’offre en nourriture à qui veut l’écouter. S’il instaure son Règne, c’est là où bat le cœur de l’homme, pour qu’il sache comment penser en vérité, aimer réellement, œuvrer pour toute l’humanité.

Manger le pain du Christ, cest consommer sa vie.

Ma vie en communiant acceptera-t-elle d’être conduite par lui.

Ai-je accepté

son Règne ?

 

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"Tout don" 3 juin 2007 - Dimanche de la Sainte Trinité C

Evangile : Jn 16, 12-15 L’Esprit nous conduira vers le mystère de Dieu

Que voyez-vous, qu’entendez-vous dans les trois versets évangéliques d’aujourd’hui, qui puisse vous éclairer sur le fait que Dieu soit Père, Fils et Saint Esprit ? Ces trois petits versets peuvent-ils être suffisants pour nourrir notre foi dans le Dieu véritable ? Mais qu’entendons-nous d’abord ? C’est le Christ qui parle. Sur le point de passer de ce monde à son Père, il  signale à ses disciples qu’il n’a pu tout leur dire de ce qui le concerne. Qu’ils auront d’autres choses à apprendre car ils n’étaient pas encore en mesure de les porter ? Trop faibles, trop limités ou peut-être  pas dans les conditions favorables. En effet, la distanciation physique d’avec le Christ que va provoquer sa mort, n’était-elle pas une situation plus favorable pour une meilleure compréhension, pour une plus juste appréciation de son identité ? Ce travail de connaissance, nécessaire pour les disciples qu’ils sont, un autre l’accomplira.

Un autre ?

Oui, le Christ parle bien d’un autre, en citant l’Esprit de Vérité. Et Celui-ci ne viendra pas révéler sa vérité personnelle, différente ou même  complémentaire de celle du Christ ; non, il viendra faire connaître le Christ, faire entrer dans une relation de plus en plus intime avec le Christ. Car connaître, nous le savons bien, va au-delà du notionnel, puisque bibliquement ce verbe évoque le « conjugal ». L’Esprit, pourrait-on dire, se met donc à notre service pour développer notre relation avec le Christ. Et il se met aussi au service du Christ pour que nous le connaissions. Ainsi pouvons-nous noter que l’Esprit mène une action pour « l’autre » et non pas pour lui-même. « En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :  il redira tout ce qu’il a entendu … » (Jn 16, 13) N’est-ce pas dans cette attitude « pour l’autre » que nous pouvons déjà saisir un peu mieux le « comportement » de Dieu Trinité ? Car cette attitude, nous la retrouvons également chez le Christ. Toujours dans ces mêmes versets, nous l’entendons nous dire que tout ce qui appartient au Père lui appartient également. Entre le Fils, Jésus, et le Père existe une intimité telle qu’ils ne sont que l’un pour l’autre. Le Christ n’est rien sans le Père et le Père n’est rien sans le Fils.

Tout don !

Chacun donne à l’autre ce qu’il a, ce qui lui appartient. (Jn 16, 15) L’Esprit, en reprenant ce qui est du Fils pour le faire connaître, le faire vivre en nous, reprend en même temps ce qui est du Père, puisque tout ce qui appartient au Christ appartient au Père. Cette co-naissance, cette « naissance avec » que l’Esprit accomplira est aussi découverte et entré dans l’intimité du  Père. Chacun est pour l’autre le tout de son existence. L’Esprit pour le Christ, le Christ pour le Père, le Père pour le Christ et le Christ pour nous. A la veille de passer de ce monde à son Père, le Christ nous ouvre cette possibilité d’entrer par une co-naissance dans la réalité de cet « exister pour ». Là se trouve probablement cette vérité tout entière qu’il convient de mieux comprendre et pour laquelle nous avons besoin de l’Esprit qui bien sûr la connaît, car il la vit lui-même. Inutile d’ajouter que cette connaissance de Dieu, à partir du Christ que révèle l’Esprit, nécessite un effort continu pour renaître à la vie même de Dieu qui nous est destinée, pour exister « pour l’autre », pour entrer dans le don total de soi.

Tout don !

N’est-ce pas tout ceci qui était repérable dans les quelques versets de l’évangile de ce jour ? N’est-ce pas à cette connaissance que le Christ est venu nous inviter ? N’est-ce pas pour cela que l’Esprit met en œuvre son souffle ? N’est-ce pas cela le sens de notre destinée ? 

Que voyons-nous en ces versets ?

 Un mouvement de lun vers lautre.

Qu’entendons-nous ?

Quil nous sera donné den vivre à notre tour.

Tout don !

Faut-il chercher ailleurs le sens de notre vie ?

Bonne fête de la Trinité !

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"Défenseur !" 27 mai 2007 - Dimanche de la Pentecôte C

Evangile : Jn 14, 15... 26 « L'Esprit Saint vous enseignera tout»

C’est ainsi que le Christ appelle Celui que les disciples reçoivent à la  Pentecôte. Le Christ l’avait promis. D’une certaine façon, il devrait prendre sa place pour garder les disciples comme il les a gardés. « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur pour qu’il soit à jamais avec vous l’Esprit de Vérité. » (Jn 14,16-17)

Un Défenseur ?

Serions-nous en péril, faut-il être assisté de façon permanente ? Ne sommes-nous pas assez grand pour nous défendre seul  ? Faut-il un avocat qui plaide notre cause ? Mais devant qui d’abord ? Devant Dieu, les autres ou bien nous-mêmes ? Dieu n’est pas si méchant qu’il faille s’en défendre ou plaider sa clémence pour toutes nos exactions. A regarder le Christ, visage humain de Dieu, on ne peut en déduire qu’il se montre intraitable quand il s’agit de l’homme. N’est-il pas au contraire toujours prêt au pardon, à remettre debout celui qui est tombé et de plus, sans qu’il soit nécessaire de longtemps le prier ? Devant le Père, il n’est pas nécessaire que quelqu’un nous défende, car le Père, Celui du fils prodigue, conserve et manifeste son amour quel que soit l’homme et son comportement. Face à Dieu, en sommes-nous d’accord, il n’est pas besoin d’avoir un Défenseur ? N’est-ce pas Dieu lui-même qui vint à notre rencontre en envoyant le Fils ? Il n’a pas attendu la perfection de l’homme pour venir lui offrir un amour qui seul peut le convertir en le rendant plus apte à communier en Dieu. Nous sommes devant Dieu, chacun est devant Lui, infiniment aimé depuis la création et pour l’éternité, et toutes nos incartades ne changeront rien à un amour constant qui ne cesse d’aimer, quoi qu’il en soit  de l’accueil qu’on lui fait.

Un Défenseur mais contre qui ?

Serait-ce face aux autres ? Le nouvel envoyé pour faire comprendre le Christ et remplir à son tour le rôle de protecteur, nous épargnera-t-il les mauvais coups des autres ? Va-t-il nous assurer d’être bien protégé contre nos ennemis ? Dorénavant, avec lui, pouvons-nous espérer vivre tranquillement sans être inquiété par les assauts du mal ? Un avocat ne sert-il pas à cela, défendre ses clients de ceux qui les attaquent ? Mais l’Esprit Saint, Défenseur, peut-il empêcher l’autre de faire ce qui est mal et de porter atteinte à mon intégrité, physique, morale, psychique ? Je regarde le Christ, Jésus de Nazareth ; n’était-il pas conduit par l’Esprit du Seigneur ? Après la scène du Baptême, lui le fils bien aimé, va immédiatement être conduit au désert par l’Esprit pour y être tenté par l’adversaire de Dieu. Et le reste de sa vie publique ne sera-t-elle pas un « combat » permanent face à des opposants qui veulent le prendre au piège pour mieux l’éliminer ? L’Esprit avait-il déserté le bien-aimé du Père révélé au baptême ? Ne l’assistait-il plus au cœur des controverses ? Que n’avait-il changé le cœur des adversaires ? Non, les  choses allaient leur train, les opposants continuaient à entraver la route de Celui qui devait les sauver en maintenant lui-même jusqu’au bout amour et vérité. L’Esprit, le Défenseur, nous assiste sans doute, face à nos détracteurs, mais ne nous épargne pas de mener le combat. Si donc son action bénéfique n’est ni, pour nous, une plaidoirie en face du Père, ni une action qui neutraliserait la force de l’adversaire, quel va être le lieu de son intervention ?

En nous ?

Serait-ce que l’Esprit prendrait notre défense en nous défendant tout simplement nous-mêmes contre nous-mêmes ? N’aurions-nous pas le sens du meilleur pour nous-mêmes ? Serions-nous attirés par ce qui ne convient pas ? Par toutes sortes d’illusions qui nous donnent gagnant mais qui en fin de compte ne nous grandissent pas, ne nous réalisent pas ? Le monde n’est-il pas rempli de toutes sortes de misères que l’homme s’inflige à lui-même, qui pourraient être évitées et qu’il cherche d’ailleurs à corriger après coup comme il peut ? Dans sa vie privée comme dans sa vie publique, chacun doit lutter pour se garder lui-même et ne pas dériver. L’Esprit plaide le vrai à notre liberté pour que chacun atteigne sa propre vérité. Pour que chacun devienne comme le Christ fut. Pour que sur cette terre chacun malgré tous les contraires, apprenne à mieux aimer. Sommes-nous intimement persuadés que nous ne pouvons pas seuls, parvenir à nous réaliser ? Si l’Esprit nous protège, c’est de nous-mêmes qu’il le fait, non en prenant notre place, car par ailleurs, tout en devant être aidés, nous sommes bien les seuls à pouvoir décider dans quelle direction notre vie peut s’engager.

Un Défenseur !

Serons-nous assez humbles pour accepter son aide et mener notre vie selon la Vérité qui fut celle du Christ et qui nous est destinée. Notre plus grand ennemi : n’est-ce pas d’abord nous-mêmes quand nous puisons ailleurs que dans la Parole du Christ, la lumière nécessaire pour accomplir nos vies ?

Viens, Esprit de Vérité !

Défends-moi contre moi !

Viens, tu es le Défenseur !

 

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"Ils savent... ?" 20 mai 2007 - Ascension du Seigneur

Evangile : Lc 24, 46-53 Les dernières paroles et l'Ascension de Jésus

Enfin, ils savent ! Enfin l’humanité a la possibilité de savoir. Il n’est pas sûr qu’elle veuille, mais Dieu s’est montré et toute l’humanité a maintenant la possibilité avec « exactitude » de savoir qui Il est. Dieu n’est plus l’au-delà invisible, il s’est rendu présent au point d’être vu et touché. Certes, il faut plus que nos yeux pour discerner sa présence et plus que le toucher pour découvrir son être, mais au-delà des premières perceptions, Dieu est là, présent en visibilité à notre humanité.

Ils savent maintenant !

Ce ne fut pas facile de dépasser « l’inné » d’une conception de Dieu. Ce fut un long travail de découvrir en l’homme venu de Nazareth une origine autre que celle de tout le monde. Ils ont dû cheminer à l’intérieur d’eux-mêmes pour comprendre que Dieu, Jésus de Nazareth, leur parlait, les instruisait, les transformait. Ils furent souvent à côté du message, car tout en vivant prés de Dieu, ils ne percevaient encore que les gestes d’un homme, et posaient des questions tout à fait hors sujet. Ils ont vécu des moments difficiles de doute et de souffrance et la remise en cause de ce qu’ils avaient cru en suivant ce rabbi qui les avaient appelés.

Mais maintenant ils savent !

Longuement préparés sans être trop brusqués, ils ont enfin compris « qui » était Dieu pour eux. Non qu’ils aient exploré toute «sa « Réalité », impossible projet, mais ils savent maintenant où mieux la situer, dans quelle direction ils doivent encore chercher, sur quelle figure ils doivent se centrer. L’expérience est immense et elle fut décisive. En l’homme de Nazareth, Celui dont le Nom surpasse tout autre nom, ils ont reconnu : Dieu.. Après la mort du Fils qui a été fait homme, ils ont fait l’expérience de sa résurrection. Ils l’ont « revu » vivant, mais d’une façon telle qu’il n’était plus comme avant, tout en étant le même. En cette nouvelle présence accordée pour un temps (au soir de Pâques en Lc 24, 50 ou quarante jours plus tard en Ac, 1, 4), ils ont reçu confirmation que ce qu’ils avaient vécu en étant avec lui, faisait réellement partie du plan prévu par Dieu pour notre humanité, dévoilé plus ou moins au long des Écritures (Lc 24, 44-45); que son Nom est porteur du pardon que Dieu accorde aux hommes et qui doit être proclamé à toutes les nations. (Lc. 24, 47) Ils savent donc maintenant :

Que Jésus Christ est Dieu !

Le geste qui va suivre exprime leur confession. Alors que Jésus, en train de les bénir, les quitte et disparaît (Lc 24, 51), eux, en réponse de foi, « se prosternent » devant Lui. Ce geste d’adoration qui ne vaut que pour Dieu (Lc 4, 8) est adressé au Christ. Il clôture l’évangile que Luc a rédigé.

Ils savent !

Que leur manque-il encore ? De recevoir la force, le souffle qui les fera témoins pour que d’autres à leur suite, et parce qu’eux l’ont fait, trouvent et reconnaissent que Dieu qu’ils ont cherché est le Seigneur Jésus.

Dieu est-il Jésus Christ ?

Jésus Christ est-il Dieu ?

Sommes-nous de leurs disciples ? Avons-nous bien compris l’identité du Christ et bien perçu aussi que, s’il fut  Dieu lui-même marchant sur notre terre, il mérite l’absolu de notre engagement ? Reconnaître qu’il est Dieu, ce n’est pas jouer sur des raisonnements, mais reprendre à notre compte ce qu’il a vécu comme « être vers les autres » et recevoir de Lui le souffle nécessaire pour ici, sur la terre, reproduire sa vie et donc en témoigner. (Lc 24, 48)

Ils savent !

Ils savent qui est Dieu !

Ils retournèrent au Temple et exultaient de joie. (Lc 24, 53)

Le savons-nous autant ?

 

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"Chez moi... ?" 13 mai 2007 - 6° Dimanche de Pâques C

Evangile : Jn 14, 23-29 La promesse de la venue de l'Esprit

Suis-je « son lieu » de résidence ? Son lieu normal d’habitation où il m’est possible de le rencontrer, de le prier, de l’aimer ? Depuis qu’il l’a annoncé, l’ai-je pris au sérieux ? Est-ce que je ne cherche pas ailleurs Celui qui se trouve en moi ou pourrait s’y trouver ?

Dieu où est-il ?

Ton Dieu où est-il, demande l’incroyant ?

Les disciples, à qui Jésus s’adresse, avant son passage de ce monde à son Père, ont vécu une expérience inédite. Ils s’en sont bien rendus compte, même s’ils n’ont pas compris tous ses dires et gestes. Ils ont tellement été bousculés dans leur compréhension habituelle de Dieu, qu’ils ont eu du mal à se situer face à cet homme, à nul autre pareil, qui les a impressionnés, marqués, en contestant vigoureusement la religion des pères, celle des autorités religieuses comme la leur aussi. Mais la façon de faire de Jésus (Christ, en qui ils croient déjà) n’a pas encore complètement renouvelé leur perception de Dieu. Le passage d’une perception ancienne, résultat d’une longue expérience de tout le peuple juif, à une découverte nouvelle de la réalité de Dieu en Jésus de Nazareth, n’est pas encore effectuée quand le Christ arrive sur le point de s’en aller. Pourtant, pour que la mission de Jésus atteigne son but, ce passage devra se faire. Voici que ce moment approche. Avec son départ vers le Père, le Christ s’explique sur son absence et sa nouvelle présence.

Nouvelle présence ?

Il le fait en répondant à Jude qui s’inquiète de ce départ. En effet, rien n’a changé pour Israël avec la venue de Jésus. Celui-ci ne serait-il pas le Messie ? Le Messie ne devait-il pas rétablir Israël dans ses prérogatives de peuple élu ?  Or, à vues humaines, il n’en est rien. D’où la question un peu absconde posée par Jude : « Comment se fait-il que tu doives te montrer à nous et non pas au monde ? En effet le monde, en son ensemble, ne connaît toujours pas qui est le Christ ?

Alors pourquoi ?

Pour toute réponse, Jésus offre sa présence à chaque être humain, Dieu venant habiter l’homme comme en son lieu naturel. Jusqu’à ces propos du Christ, on croyait Dieu présent en bien des endroits, et par excellence dans le Temple. Or voici que son lieu véritable est à l’intime de l’homme. Le Christ s’en va, mais sa présence est encore plus intimement présente. Elle se fait intérieure et trinitaire : « Nous viendrons à lui (chez celui qui garde la parole) et nous habiterons en lui. » (Jn 14, 23). Dieu, pour nous n’est pas quelque part, ailleurs, mais en nous, ou peut-être mieux vaut-il dire, qu’il peut-être en nous. Car cet habitation du Père et du Fils est comme conditionnée par une attitude essentielle : garder la Parole du Christ exprimée pendant son ministère. « Celui qui m’aime gardera (observera, sera fidèle à, obéira à…) ma parole ».(Jn 14, 23)

Où est Dieu ?

Dans le Christ ! L’avons-nous bien compris ? Et en nous, quand la vie du Christ prise au sérieux devient nôtre par décision de lui ressembler. Et avec la volonté de garder la Parole du Christ, nous accueillons le Père qui lui est intimement uni. Mais comme cette réalité divine dépasse nos forces humaines, l’Esprit vient nous enseigner le Christ et comment vivre de sa Parole dans le concret des jours. Ceux qui écoutent l’Esprit découvrent le Christ et vivent en lui sa propre intimité avec le  Père. Le Christ ne se manifeste pas directement au monde par une action extérieure. Mais habitant l’être humain qui accepte de vivre son commandement, régénère l’humanité de l’intérieur d’elle-même.

Où est Dieu ?

Chez qui ?

Chez toi…peut-être !

 

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"Continuez... !" 6 mai 2007 - 5° Dimanche de Pâques C

Evangile : Jn 13, 31...35 Le commandement nouveau

Le temps est venu de passer le relais. Jésus de Nazareth l’annonce à ses disciples : Où je vais, vous ne pouvez venir. » (Jn 13, 33c). Judas ayant quitté la table, la nuit est noire, et la machine à broyer s’est brusquement emballée. Pour les hommes, elle écrasera ce rabbi qui fait cavalier seul. Pour Celui dont la conscience est claire d’être le Fils de l’Homme, le Fils de Dieu, elle offre le moment de pleine révélation. Ce qui va se passer n’est pas l’écrasement d’un homme marginal mais la révélation d’un Dieu toujours aimant. La Gloire de Dieu, son être, ce qu’il est et qui peut-être perçu par notre foi humaine, brillera sur la face tuméfiée du Christ. En vivant la passion sans rejeter ni ses bourreaux ni son Père, Jésus indique le seul sens de la vie : Aimer, au-delà des mots, des maux, au-delà des émotions, des réactions… Aimer en vérité comme si cette attitude ne pouvait être assassinée.

Aimer ?

Avons-nous pris quelquefois la peine de chercher en quoi le Christ fut cet aimant ? Avons-nous pris le temps de nous imprégner de son comportement et de le mettre en œuvre quand arrive le moment des tracas ? Qu’est-ce qui, en effet, dans son comportement, avant, pendant et même après la passion et la mort quand il est ressuscité, révèle l’amour, propose ce qu’est aimer ? Chacun voulant suivre le Christ ne doit-il pas faire l’enquête évangélique sur l’amour dont il a fait la preuve ? Sur le fait qu’aujourd’hui on parle encore de Lui et qui le fait connaître sinon comme Dieu à l’œuvre, au moins comme l’Homme accompli.

Aimer ?

En son dernier moment, quand il est sur la croix, il pardonne aux deux hommes même si l’un ne le tolère pas. Il pardonne à tous. Il l’exprime à son Père en excusant les hommes qui n’ont pas encore compris en quoi consiste « aimer »  et pas compris non plus qu’une relation à Dieu se construit dans l’amour. Judas, qui a quitté la table d’intime communion, n’en est pas moins aimé.

Aimer – pardonner !

Ces deux mots vont ensemble. Et même si le premier comporte bien des nuances, n’est-ce pas le second qui le porte jusqu’à sa perfection ? Est-il possible d’aimer sans vraiment pardonner ? De maintenir l’amour là où il est bafoué ? Là où le mensonge singe la vérité ? Là où le don de soi est rejeté comme le danger extrême qui vient me déranger en m’appelant moi-même à me laisser dépouiller ?

L’amour est transparence.

L’Innocent s’est-il caché, dissimulé ? N’a-t-il pas vécu en plein jour ce qu’il était lui-même ? Et, devant la montée du rejet, n’a-t-il pas répété qu’il n’avait rien à cacher, qu’il pouvait cheminer dans la clarté du jour sur les routes humaines, car en lui la lumière brillait ? (Jn 11, 9-10) Là où la force paraît toute puissante, il s’est laissé conduire sans vouloir se défendre, sinon en démasquant les intentions menteuses de ceux qui l’accusaient pour mieux le condamner. Là où il aurait pu éviter les problèmes en négociant un mauvais compromis, il a laissé prendre sa vie avec le seul désir dans la confiance au Père, qu’elle soit « vue » telle qu’elle est. Il a donné sa vie car elle était la Vie et elle l’est encore aujourd’hui.

Le Christ a-t-il aimé ? Si oui….. Quelle conséquence ne dois-je pas en tirer ?

Peut-être répétons-nous que le Christ a aimé sans avoir réfléchi et perçu par nous-mêmes ce qui était en jeu à partir d’une enquête menée dans l’évangile pour en avoir le cœur net ? Dès lors comment comprendre le contenu de ce commandement laissé à ses disciples entendu aujourd’hui : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ? (Jn 13, 34)

Comme je vous…

On ne peut se contenter de répéter la phrase comme on le fait souvent, sans chercher à savoir ce que fut cet amour qui nous est destiné. Ne s’agit-il pas de se laisser imprégner de ce que fut concrètement l’Amour, afin d’en reproduire les effets, à travers notre vie, non pas sur ou envers le Christ mais en direction des autres disciples : « Aimez-vous, disait-il, à ses disciples, comme je vous ai aimés. » L’amour  « porté » au Christ ne doit-il pas d’abord être celui que chaque disciple s’empresse d’avoir envers les autres… disciples ? Amour provenant du Christ qui aime le premier et lui fera retour quand chaque disciple en le vivant aimera à son tour les autres disciples. Aimez-vous les uns les autres, disait-il à ses disciples. C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on vous reconnaîtra pour mes disciples. ( Jn 13, 35) Le Christ s’en est allé, « victime » de son amour, mais sa mission continue car il importe à l’homme d’apprendre la vérité sur ce qu’il est pour Dieu et doit devenir pour les autres. Il est fait pour aimer et doit en recevoir la force. Alors sur le seuil de la mort et du Don, le Christ à ses disciples disait ce que nous entendons encore : « Aimez-vous, comme … » Autrement dit :

Continuez ce que j’ai fait… Continuez, sans arrêter.

Continuez, vous n’y êtes pas encore arrivés.

Continuez quoiqu’il en soit du prix à payer…

Continuez…

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"Trop fort !" 29 avril 2007 - 4° Dimanche de Pâques C

Evangile : Jn 10, 27-30 Le Bon Pasteur donne la Vie à ses brebis

Ce passage débute par une contestation.. Alors qu’en plein hiver Jésus déambulait sous le portique du Temple, les juifs l’interpellent comme s’ils n’en pouvaient plus d’être dans l’ignorance sur son identité. C’est l’hiver, il fait froid sur terre et dans les cœurs ! Qui est donc le Christ, les juifs cherchent encore. Pourquoi chercher encore ? N’ont-ils pas déjà eu tous les renseignements ? Je vous l’ai déjà dit, leur répète Jésus, mais… Vous ne me croyez pas… pourtant les œuvres que je fais, toutes au nom de mon Père, témoignent vraiment de moi. Faut-il être fermé, buté, tellement opposé pour ne pas voir clair dans ce qui est montré ? Ou bien serait-ce vraiment trop fort de croire que le Christ est l’envoyé du Père et fait « Un » avec lui ?

Trop fort ?

Reconnaissons que oui : Ce qu’il dit est trop fort ! Trop fort pour nos cervelles, trop fort car il faudrait changer l’expérience de Dieu que nous avons en tête. Trop fort, car dire « Dieu » en cet homme Jésus, fait exploser toute pensée humaine. Trop fort de croire au Christ qui s’affirme et se conduit comme « Dieu ». C’est que, si Dieu « est » comme dit et vit le Christ, il faut que l’homme le suive humblement sur son chemin de don qui mène à ce que l’homme n’aime pas, le dépouillement de soi. Nous construisons nos vies sur ce qui est le contraire. Sur l’accaparement, sur le développement d’une suprématie, sur le profit au détriment des autres. Nous tous, sommes plus ou moins comme cela. Reconnaître que Dieu se révèle dans le Christ oblige nos pensées, même les plus pieuses, à se laisser décaper au contact du Christ, Parole vive, et à son engagement qui fut total. Avons-nous vraiment envie de reconnaître Dieu dans l’exigence du Christ et de régler nos vies en marchant derrière lui ?

Ce n’est pas évident !

Il serait plus facile que Dieu soit ce qu’on croit par nos propres moyens, sans qu’il vienne nous dire qui il est réellement. Qu’il soit grand, puissant ne nous surprend pas car on sait les recettes pour gagner son estime, capter sa bienveillance. Comme il serait plus simple que Dieu soit dans le ciel et les hommes sur la terre et qu’il accorde au moment opportun ce dont les hommes, selon eux, ont besoin. Ne serait-ce pas plus simple de penser Dieu tout différent des hommes, mais qui, parce qu’il est Dieu, peut leur venir en aide au nom de sa bonté, sans engager plus loin une relation intime que le Christ est venu, avec obstination, instaurer sur la terre ? Dieu là-haut, nous ici, mais dans une bonne entente où le donnant-donnant préserve d’un changement de vie et pour l’un et pour l’autre. L’homme tient trop à son autonomie, qu’il appelle à tort, liberté, pour imaginer être envahi par la façon d’être de Dieu ou pour émigrer de ce qu’il est ici  dans la réalité de Dieu. Mais voici que, ce que l’homme redoute quand il s’agit de Dieu, une emprise sur lui, un règne, le Christ en fait le centre de son message et de sa vie. Il est Dieu en cet homme de Nazareth pour que l’homme en lui, devienne l’homme en Dieu.

Trop fort ?

Écoutons le Christ, parlant de ses brebis, ceux et celles dont il veut le bonheur en leur donnant sa vie : « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ; je leur donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-28) L’homme est appelé à recevoir ce bien d’une « vie éternelle », dont on sait par ailleurs qu’il est connaissance, au sens biblique du terme, du Père et de son Envoyé. (Jn 17, 3) La vie éternelle : Connaître, renaître en Dieu comme proposait Jésus au vieil homme Nicodème. (Jn 3, 3) Et le Christ répète, audace sans pareille : « Moi et le Père sommes « UN ». En Christ, Dieu se montre à nous tel qu’il est dans son désir de l’homme. Mais n’est-ce pas trop fort pour notre capacité humaine ? Pour saisir la démarche et accepter d’y entrer, il faudrait  d’abord croire. Mais, comme dit le Christ, pour croire il faut écouter sa voix, ce que finalement l’homme ne désire pas.

Trop fort ?

Trop fort probablement ce que livre le Christ de son identité qui en livrant la sienne nous révèle la nôtre ? Les juifs dont on parlait au début de ce texte ne peuvent le supporter. Ce passage commencé par une contestation s’achève en Jn 10, 31 par le début d’une lapidation. Voici ce qu’il advient quand Dieu se manifeste, que l’on n’écoute pas parce que l’on ne veut pas de Dieu tel que Jésus le montre.

Trop fort ?

Dieu « dans » Le Christ ?

Qui ne l’a pas compris ?

 

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"Sans Lui !" 22 avril 2007 - 3ème Dimanche de Pâques C

Evangile : Jn 21, 1-19 Apparition au bord du lac : la pèche miraculeuse (brève : 1-14)

Je regarde le monde et j’entends ses rumeurs. Partout la guerre gronde. Partout les hommes s’affrontent. Et quand la paix s’installe en quelques endroits du monde, on tremble à l’idée qu’elle ne durera pas. La mer, symbole dans la Bible du réservoir des forces négatives, contient toujours autant de monstres prêts à sortir de l’inconscient. L’homme aux prises avec lui-même ne s’en sortira pas. N’est-ce pas le constat, malgré tous les essais, qui s’impose un peu plus chaque jour. N’est-ce pas, malgré l’immense effort qui va en sens contraire, ce que chacun ressent ?

Le monde ne s’en sortira pas ?

Comment harmoniser tant de têtes pensantes qui développent chacune une façon de voir et qui cherchant à mieux convertir l’autre ne font qu’un peu plus l’enfoncer dans sa propre manière de voir ? Les discussions vont bon train et touchent aux choses importantes mais la vérité échappe aux prises de nos filets. Le travail est immense pour qu’enfin la planète tourne dans le bon sens sans crainte de chavirer ou pire d’exploser. Mais un état de vraie stabilité s’instaurera-t-il un jour ? Les causes des méfaits ne tiennent pas aux choses. Elles ont leur origine dans chaque cœur d’homme. Face à la situation qui est celle du monde, l’évangile d’aujourd’hui qui doit se vivre ici, peut-il dire quelque chose ? La pêche miraculeuse après une nuit où elle ne le fut pas, peut-elle signifier un avenir pour le monde ? Ce filet tout rempli de poissons (153 : chiffre pour dire l’universel !) sur le point de craquer mais qui ne craque pas, évoque-t-il, transposé pour les hommes, une bonne nouvelle, une sortie des problèmes, un salut ? Et la braise sur le rivage où est cuit du poisson, préfigure-t-il le repas nourrissant qui régénèrera le monde ? Et par-dessus tout, cette relation fragile entre Pierre et Jésus, plusieurs fois malmenée pendant la vie terrestre, porte-t-elle en germe la possibilité d’un monde pacifié où l’immense foule des hommes infiniment variée, serait enfin régie par la volonté d’aimer ? « Pierre, m’aimes-tu ? » interroge par trois fois, Jésus, le Christ ressuscité. Pierre n’en doute pas mais préfère malgré tout, se fier à ce que le Seigneur en connaît par lui-même. L’homme ne sait pas tellement où il en est et à aucun moment ne peut quitter la foi. Cette relation fragile, répétons-le encore, donne, malgré cette fragilité, une responsabilité à Pierre pour la « guidance » des hommes.

Pais mes brebis !

Notre regard sur le monde doit-il se déplacer jusqu’à cette rencontre qui eut lieu dans l’Histoire, entre un homme ordinaire et l’ homme de Nazareth déjà ressuscité, pour la considérer comme le point vital du monde à transformer ?

« Sans moi… »

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire » disait déjà Jésus dans la parabole de la Vigne. (Jn 15, 5)  Rien faire ? Dans l’amour s’entend ! Cette scène relationnelle sur l’initiative de Jésus qui rétablit Pierre dans une relation vraie, fondée sur l’amour, en lui confiant la responsabilité de guider tous les hommes vers plus de vérité, nous offre-t-elle le lieu, le point réel d’où le monde peut et doit être changé ?

Sans moi…

Sans Lui… ?

Que faut-il en penser ?

 

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"Lui et moi !" 15 avril 2007 - 2ème Dimanche de Pâques C

Evangile : Jn 20, 19-31 Apparition du Christ huit jours après Pâques

Ai-je compris que le Christ est le centre du monde ? Ai-je bien saisi que son chemin terrestre est un chemin de vie ? Ai-je l’intime conviction que Jésus de Nazareth est vraiment ressuscité, et que toute ma vie aujourd’hui doit faire un avec Lui ?

Un avec Lui ?

Si je n’en suis pas là au niveau de ma foi, c’est qu’il reste encore un long chemin à faire. Thomas, qui voulait être sûr que le ressuscité était bien le crucifié du Calvaire, a comme « exigé » d’en faire l’expérience. Et le Christ ressuscité s’est d’une certaine façon « plié » à cette exigence. Thomas alors vaincu et sans toucher les plaies, contrairement à ce que l’on dit ou écrit, (Jn 20, 28) à proclamé la foi portée au maximum : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Proclamation de foi, non à propos de Dieu en général, mais à propos du Christ, l’homme de Nazareth, vraiment mort et ressuscité et dont le parcours de vie a été confirmé, déclaré vrai puisque ressuscité.

Mon Seigneur et mon Dieu.

En lisant l’évangile en sommes-nous rendus-là, à cette même confession de foi ? Et tenons-nous pour vrai tout ce qui s’y trouve proposé ? Dans notre vie à nous, celle de tous les jours, l’évangile du Christ est-il notre pitance, ce qui nourrit notre être et nous fait avancer vers l’unité en Christ ?

Le Christ doit être au centre…

De notre vie s’entend, de chrétien bien sûr, parce qu’il n’est pas d’autre nom pour dire le sens du monde. Certes nous ne le voyons pas et ne le verrons pas car ce n’est pas nécessaire. Ce qui est important ce n’est pas de voir le Christ, mais c’est de croire en Lui. Il a « tout achevé » en se donnant aux hommes et en les appelant en Lui, a ressusciter aussi. Aujourd’hui nous avons sa parole qui le contient tout entier et qu’il donne à « manger ». A chaque manducation, nous, nous l’assimilons et devenons lentement un peu plus ce qu’il est. Ce que nous dit Thomas, c'est l’identité du Christ en qui la foi de l’homme trouve pleinement son objet. Sur la foi de Thomas et des autres apôtres, nous faisons de nos vies une confession de foi, des vies qui par elles-mêmes proclament qui est Christ. Nous ne verrons pas le Christ, ne le regrettons pas, ce n’est pas nécessaire. Ce qui est important, c’est de devenir comme Lui. L’image que l’on cherche du Christ ressuscité, l’homme de Nazareth, elle est en devenir, puisque c’est nous-mêmes qui devenons son être. La foi n’est pas vision au sens où l’on verrait celui en qui l’on croit ; elle est accueil de la Parole pour assimilation en Celui-là même en qui l’on croit.

Lui et moi !

Non pas au sens d’intimité fermée qui exclurait les autres, mais au sens d’une transformation en  Celui confessé comme l’homme par excellence et qui est révélé Dieu. Croire sans voir n’est pas une frustration par rapport à l’expérience de Thomas. C’est l‘invitation normale de la foi au Christ. Croire n’est pas une somme de convictions sur Dieu, ou l’expérience de visions, mais c’est dans un même élan saisir l’unicité du Christ et se laisser transformer en Lui .

Lui et moi !

Comprenez-vous le sens de Pâques ?

En sommes-nous heureux ?

Le Christ–Moi !

 

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Rappelez-vous ! 8avril 2007 - Dimanche de Pâques

Evangile : Lc 24, 1-12 " Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts "

Ce mot, qu’elle importance ? En ce matin de Pâques « deux hommes » en vêtements éblouissants viennent de les prononcer. Ils l’adressent aux femmes venues avec leurs aromates embaumer le corps du Seigneur. Mais la pierre est roulée et le corps est absent. Perplexes, elles ne savent que penser. Leur mémoire s’est figée sur la douleur d’hier. Celui qu’elles suivirent au cours de la passion fut pourtant bien déposé mort dans ce même tombeau. Elles l’ont même constaté. (Lc 23, 55) Mais au matin de Pâques le corps, le cadavre n’est plus là…

Plus là ?

Déjà vous émettez, vous, lecteurs de ces lignes, tout un tas de questions ou de suppositions. Il est vrai que, pour « expliquer » cette chose, il y aurait plus ou moins de raisons. Mais avez-vous remarqué, en méditant ce texte, que les deux hommes debout devant les femmes, n’entrent pas en longues discussions pour évoquer ce qui aurait bien pu se passer entre vendredi soir et le dimanche matin ? Mais, surtout, ils font une chose qui pour nous a toute son importance. Ils stimulent la mémoire comme si les femmes portaient déjà en elles le sens qu’elles cherchaient. Certes le tombeau est vide, mais leur mémoire est pleine des paroles du Seigneur.

Pleine mais endormie !

« Rappelez-vous comment il vous a parlé, quand il était encore en Galilée. Il faut, disait-il, que le Fils de l’homme soit livré aux mains de pécheurs, qu’il soit crucifié, et qu’il ressuscite le troisième jour » (Lc 24, 6b). Ces mots enregistrés en elles (« Et elles se rappelèrent ses paroles » (Lc 24, 8), ne s’étaient pas réveillés. Pourtant ils étaient-là dans un coin de mémoire. Pourquoi n’avaient-ils pas fonctionné avant que deux témoins, venant d’ailleurs, ne les agitent ? Le manque que les femmes constataient, le tombeau vide, et les paroles qu’elles conservaient ne s’étaient pas spontanément rencontrés pour déclencher le sens et provoquer la foi.

Une constatation qui décrit notre histoire….

Enfouies en nous, bien des choses sur Dieu, le Christ, paroles d’évangile, sommeillent en permanence. On les porte en soi et l’on vaque à de multiples d’occupations. Elles sont comme mortes. Puis un jour, on ne sait trop comment, elles deviennent la foi. Si le tombeau est vide, n’attendons pas de voir autre chose que le creux. Mais ce qu’il nous est dit en ce matin de Pâques, c’est que nous portons en nous tout ce qu’il nous faut pour croire au Christ ressuscité. Voulons-nous seulement que s’éveille la mémoire ? Voulons-nous prendre assez de temps durant tout un sabbat, pour que ce qui est disponible afflue à notre conscience ?

Rappelez-vous ?

Il est ressuscité comme il l’avait dit.

Il n’est plus au tombeau.

Cette nouvelle-là vous est-elle étrangère, comme de l’extérieur ?

Ou monte-t-elle en vous embrasant votre cœur ?

Rappelez-vous !

Ce mot, grande importance…

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Jugé…! 1er avril 2007 - Dimanche des Rameaux année C

Evangile : Lc 22, 14 ¦ 23' 56 La Passion (brève : 1-49)

Il le fut ! Les hommes ont eu le dernier mot. Après bien des essais, enfin, il fut arrêté. Le voici maintenant présenté à ses juges… Les griefs retenus sont multiples. Par rapport aux us et aux coutumes Jésus s’est disqualifié. Il s’est même arrogé le droit de modifier la Loi. « On vous a dit, Moi, je vous dis… » (Mt 5, 21 et suivant…) Mais bientôt tout rentrera dans l’ordre. Cet homme à prétention divine aura bientôt quitté les places et les chemins. Les hommes se donnent le pouvoir de dire la vérité quand il s’agit de Dieu. Ils savent, grâce sans doute à leur longue expérience, que Dieu n’est pas capable d’être comme Jésus, cet homme de Nazareth. Que Dieu n’est pas capable d’être l’ami de l’homme et encore moins d’aimer les méchants ! Qu’il ne peut s’abaisser à fréquenter les pouilleux. Qu’il ne peut tolérer les écarts de la Loi, qu’il ne peut s’empêcher de punir le malfrat. Ils savent qui est Dieu et qu’en aucun cas il ne peut être en l’homme Jésus de Nazareth. L’homme a jugé Dieu au tribunal de sa propre science et Dieu a perdu son procès.

Dieu jugé par les hommes !

Ils ont porté sur lui un verdict décisif en affirmant qu’il n’est pas ce qu’il est. Quel pouvoir entre les mains des hommes : savoir qui est Dieu mieux que Dieu ne le saurait lui-même. Ceci ne nous épouvante-t-il pas ? Quand l’homme occupe cette place de juge en face de Dieu, et qu’il peut condamner quelqu’un pour le bien qu’il a fait sous prétexte que ce bien, pourtant réel, ne peut pas être un bien réalisé par Dieu, on peut s’interroger sur le pouvoir de l’homme et sa validité. La chose fait sursauter quand on y réfléchit. Car quand l’homme nie que Dieu puisse aimer les hommes comme Jésus le fit. Il nie Dieu et ce au nom de Dieu lui-même. Cette condamnation de Dieu au nom de Dieu ne corrompt-elle pas en conséquence notre propre humanité ? Car, si Dieu n’est pas Dieu en Jésus Christ, lui qui aime pourtant follement l’homme, alors l’homme n’est pas aimé par Dieu et par personne d’autre de façon absolue. Et si le comportement de Jésus de Nazareth n’est pas celui de Dieu lui-même, alors en quoi un autre Dieu  serait plus Dieu que lui ? Si sa façon de faire en face des malades, infirmes, possédés…Si sa façon de vivre sa relation au Père n’est pas celle de Dieu, alors quel autre Dieu ferait mieux que lui quand il se tourne vers l’homme ? A qui l’homme, à quel Dieu, pourrait-il recourir qui le laisse exister en toute liberté et suscite chez lui la plus grande dignité en même temps que l’expérience d’être aimé malgré tout le mal qu’il peut occasionner ? A qui l’homme, à quel Dieu pourrait-il demander d’être autant respecté que l’on soit bien portant ou franchement perturbé ?

Jugé !

L’homme qui juge Dieu, dans ce procès unique, mais probablement toujours d’actualité, ne comprend-il pas qu’en dénonçant le Christ comme l’adversaire de Dieu, c’est lui, l’homme qui refuse et se prive de cette façon d’être unique,  où il est respecté et par laquelle il est aimé ? En portant sur le Christ un jugement qui refuse de voir Dieu à l’œuvre en lui, les hommes finalement ont préféré ne pas aimer, ni être aimés. Pourtant, malgré le jugement de l’homme, Jésus  n’a pas cessé d’aimer chaque être humain quel qu’il soit et qui, en ce temps de passion, adopte à tour de rôle toutes les positions du doute jusqu’à la condamnation.

Où trouvera-t-on un Dieu qui aime autant l’homme ? Ils ont jugé Dieu chacun à leur  façon : le Sanhédrin en repoussant la vie apportée par Jésus. Hérode en s’amusant avec ce qu’il pensait être un charlatan. Pilate, plus lucide, en condamnant un homme qu’il savait innocent.

Où sommes-nous situés dans ce procès de Dieu ?

Jugé, le Christ et Dieu fut condamné.

Juger ?

Un acte qui porte à réfléchir ?

 

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"Pièges... !" 25 mars 2007 - 5° dim. de carême - C

Evangile : Jn 8, 1-11 Jésus et la femme adultère : « Va, et ne pèche plus »

Il en est au moins deux cachés dans ce passage ! Le premier, plus évident, provient des scribes et pharisiens. Ils tentent une fois encore de prendre Jésus en défaut. Comment va-t-il se situer par rapport à la Loi dans ce cas dramatique de la femme adultère ? Confirmera-t-il le verdict au risque d’entacher sa bonne réputation auprès des publicains ou au contraire prendra-t-il la défense de la femme condamnée au risque, à son tour d’être mis de côté ? Et agréera-t-il l’enchaînement abominable : « Loi, Dieu, Mort » qui devrait faire sursauter mais qui en fait gère les liens de la communauté. « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? (Jn 8, 5)

En effet, qu’en dis-tu ?

Les accusateurs sont loin d’imaginer ce qui va leur arriver. Ils pensaient le piéger, en fait ce sont eux qui vont avoir à décider. Cette femme adultère n’en est pas moins humaine et, quel que soit son crime, mérite le respect. N’est-ce pas la première attitude adoptée par Jésus ? Il la laisse exister sans être devant elle en voulant l’écraser. Au contraire, il s’abaisse en traçant sur la terre, notre terre, la vraie, la seule loi de Dieu, celle de la miséricorde. De quel droit un pécheur en condamnerait-il un autre et au nom de Dieu lui ôterait la vie ? Quelque chose ne va pas dans ce fonctionnement.

Tout homme n’est-t-il pas pécheur ?

Qui oserait jeter une première pierre en oubliant que chacun mériterait la même ? La parole de Jésus a fait mouche. « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre » (Jn 8, 7) De ceux qui entouraient la femme, aucun n’alla plus loin. Chacun se retira, les plus âgés en tête, sans doute plus conscients de leur propre état. Le Christ vient de leur révéler ce qu’ils voulaient occulter. Car en condamnant la femme, n’affirmaient-ils pas à leurs propres yeux leur soi-disant intégrité. Le Christ, le sans péché, vient de marquer des points. 

Dieu vient de parler !

Vis-à-vis de la femme, il y a bien mieux à faire que de la lapider. La loi qu’il modifie, parce qu’il l’accomplit, dénonce le péché, mais ne doit pas écraser l’homme ou la femme dont l’amour manque de fidélité. Quand chacune des consciences s’est éveillée à sa propre réalité, alors le Christ peut prononcer la sentence finale. Est-elle déroutante ? « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11) L’homme ou la femme ne sont pas fait, pour la superficialité, ni pour ce qui les détruit. Or le péché étouffe, empoisonne, accable en détruisant la relation. On ne peut y rester sans perdre une part de l’humanité que Dieu nous a donnée et qu’il ne peut détruire ni se résoudre à voir se gaspiller.

La loi indique le mal, mais Dieu donne sa grâce.

Le schéma « Loi, Dieu, mort » vole ici en éclat et avec lui, le piège où l’on enferme Dieu. Car volontiers nous  pensons que Dieu pourrait bien souhaiter, sinon opérer, la mort des méchants.

L’homme en son comportement se charge bien tout seul de détraquer sa vie et de la conduire jusqu’aux portes de la mort. Face à cette femme accusée par des hommes, Jésus ne condamne personne, mais laisse à chacun l’occasion d’entendre ce que Dieu pense et ce qu’il envisage pour le bien de chacun. Il laisse à tout homme pécheur, qu’il mène une vie plus ou moins débauchée ou qu’il s’en tienne aux règles sans pour autant aimer, la chance de découvrir le cœur aimant de Dieu et d’une certaine façon de se l’approprier.

Le Christ fait vivre, à l’image de sa vie, tout être humain qui se confie en Lui. Les scribes et les pharisiens foisonnent dans le monde comme les obsédés de l’une ou l’autre drogue abondent en tous les points du globe.

Tous pécheurs, parce que tous mal aimants…

Au Christ, les scribes et pharisiens ont voulu tendre un piège. Ils n’ont guère réussi. Mieux ils en sont ressortis plus clairvoyants sur eux. Mais ont-ils compris qu’il ne faut pas enfermer Dieu dans cet enchaînement de loi, de condamnation et de mort ? Et l’avons-nous intégré, nous qui lisons l’évangile ? Chacun est appelé à vivre en vérité. Tous solidaires et également pécheurs.

Dieu ne cesse d’aimer !

« Va, dit le Christ, désormais ne pèche plus. » (Jn 8, 11)

Inutile de vouloir piéger Dieu !

Reconnais-tu Dieu, enfin, pour ce qu’il est ?

 

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" Tous aimés... ! " 18 mars 2007 - 4° dim. de carême - C

Evangile : Lc 15, 1...32 Parabole du père et de ses deux fils

Personne, sans doute, ne veut vraiment le croire ! Et pourtant n’est-ce pas explicite ? Dieu est le même pour tous. Il  traite chacun avec le même empressement, avec la même tendresse, avec le même amour. Jésus l’exprime par sa vie et le développe dans cette parabole. Oui, Dieu aime de la même façon tout être humain, quelle que soit sa situation. Celui qui veut vivre sa vie en rejetant ce qu’il ressent comme une tutelle du Père et celui qui, avec assiduité, poursuit à sa façon son travail sous le toit familial.

Tous aimés !

Toute notre vie, n’est-ce pas ce qu’il nous faut comprendre et expérimenter ? Car cette façon divine n’est pas spontanément saisie. Il faut l’apprendre à ses propres dépens, que l’on soit enfermé dans l’un ou l’autre cas. Prenons d’abord le cas de celui qui s’en va, doté de l’héritage et qui, tête folle, s’en donne à cœur joie jusqu’à l’épuisement. Quand, épuisé, démuni, enfin il réfléchit, il reconnaît qu’il n’était pas si mal sous le toit paternel. Cependant, il n’imagine pas pouvoir y revenir en conservant la même place de fils qu’il occupait auparavant. D’où son élaboration d’un programme de  retour. « Je dirai : Père je ne suis pas digne d’être appelé ton Fils » Baliverne, va lui répondre le Père qui ne réclamant aucune condition va déclencher la fête. Ce que l’homme imagine de la pensée de Dieu se répercute sur lui et freine sa vraie vie.

Dieu aime toujours !

Peut-on le dire  mieux qu’en ce tableau sublime où le fils, un clochard et de l’âme et du corps, est rendu à la vie par un amour constant, qui n’a cessé d’aimer et lui offre une fête ? Qui, en écoutant cela, pourrait se sentir rejeté et refuserait de croire à sa propre dignité ? Au temps où le fils jouait sa vie et avec celle des autres, le Père sur le « seuil » ne cessait de l’attendre, guettant le bon moment pour le serrer dans ses bras. Ne minimisons pas ce que nous dit ce texte. Sachons que le pardon nous est toujours acquis. L’aveu du fils perdu ne fut même pas reçu, car aucune condition ne lui fut imposée sinon celle de se laisser aimer. Dieu n’a pas à pardonner. Il est toujours pardon ou plus exactement, toujours le Don offert. Difficile à comprendre pour le pécheur que nous sommes et qui cherche toujours à formuler quelque chose pour se rendre acceptable. « J’irai chez mon Père et je lui dirai que je ne suis pas digne d’être appelé son fils » Mais constatons-le  bien, ce n’est pas l’intention qui déclenche le Don.

Le Don toujours offert attend d’avoir preneur.

Revenir se suffit à lui-même !

Cette bonté de Dieu sous-estimée par le cadet, pose problème aussi au cœur du fils aîné. Que Dieu soit bon envers son frère devenu vagabond, dépasse les limites. Il en est ulcéré. Quel délire, cette réjouissance pour un fils qu’il faudrait châtier ! Celui dont la vie est réglée par le « service de Dieu », ne peut imaginer que Dieu puisse vraiment aimer un frère aussi désordonné. 

Tous aimés pourtant !

En revoyant sa vie de fils aîné, engagé dans la continuité, il trouve vraiment injuste de ne pas avoir été traité avec autant d’égard. Il se sent mal aimé par ce Père qui  déborde d’amour à l’adresse de son frère. Lui qui n’a pas quitté son père et n’a pas eu à faire retour, n’éprouve pas du tout la chaleur de l’amour. Qu’est-ce que cela veut dire sur la valeur réelle de cette relation   ? Pourquoi celui qui n’a jamais quitté son père se sent-il tellement frustré ? Dieu ne l’aimerait-il pas autant ? Pourtant n’est-ce pas vers lui aussi que le père s’avance, l’invitant à entrer pour partager la fête. Serait-il possible que nous sentions nous-mêmes quelques ulcérations quand nous pensons que d’autres, selon nous, beaucoup moins méritants pourraient aussi avoir la même part en Dieu ? Le fils aîné n’est-il pas le vrai problème posé par cette parabole ? Comment fréquenter Dieu aussi assidûment et ne pas percevoir son être véritable ? Une grande question qui se pose à chacun, comme à l’institution chargée d’annoncer Dieu révélé par et dans le Christ, le Fils du Père. Si tout homme est aimé par le Père du Christ, comment manifester cet amour que l’Église est chargée d’exprimer ? Le monde aujourd’hui vit cette situation. Il y a ceux pour qui Dieu n’est guère nécessaire et qui veulent vivre en toute autonomie. Et puis il y a les autres pour qui Dieu est « tout », d’une certaine façon « l’unique nécessaire », mais qui en croyant le connaître pourrait vivre complètement à côté. On ne peut aimer Dieu qu’en se laissant aimer par lui, qu’en adoptant ses mœurs montrées en Jésus Christ. Personne n’est un paria. Tout humain est aimable. Le fils second comme le fils premier doivent l’un et l’autre constamment découvrir Dieu en Jésus Christ. L’Église et le monde y sont tous deux invités.

Tous aimés par Dieu !

Aimons-nous vraiment Dieu ?

 

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"Punir... ?" 11 mars 2007 - 3° dim. de carême - C

Evangile : Lc 13, 1-9 Sans cesse, Dieu nous invite à nous convertir

 

Dieu ne fait pas cela ! Il ne sait pas punir. Ce qui arrive à l’homme et lui paraît châtiment relève des causes secondes pour lesquelles Dieu n’intervient pas. Pourtant l’idée de châtiment, quand il s’agit de Dieu, colle universellement à notre peau d’humain. D’où nous vient cette idée ? Ce qui se trouve imprégner notre vie, ne représenterait-il qu’un semblant de vérité ? Nous éprouvons confusément que Dieu châtie ; en fait, cela ne serait pas ? Depuis la nuit des temps, l’homme fonctionne en le pensant et ce fonctionnement perdure encore maintenant.

Mais serait-ce faux ?

Nous en trouvons la trace même dans l’évangile aux versets de ce jour. Cependant aussitôt, notons-le, Jésus en réfute l’idée. Jésus prend les devants en posant la question aux gens venus lui annoncer le massacre par Pilate de quelques Galiléens au cours d’un sacrifice. «  Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que les autres Galiléens pour avoir subi un tel sort ? » (Lc 13, 2). Autrement dit, auraient-ils été punis par Dieu ? Détrompez-vous, dit Jésus, ce n’est pas du tout le cas. Pas plus d’ailleurs que pour ces gens qui furent écrasés par la chute d’une tour. Dans l’un et l’autre cas, qu’il soit bien entendu que Dieu ne punit pas. Le dire, l’entendre est une chose, le croire en est une autre. Surtout que subsiste toujours en nous une impression contraire, vieille image de Dieu, éculée, trop humaine, renforcée par l’histoire, pas encore convertie à la Foi en Jésus Christ.

La Foi en Jésus Christ !

Pour affirmer que Dieu ne punit pas, il faut « avoir à croire » une autre vision de Lui. Et cette vision-là, où la trouverons-nous ? En parcourant des livres, par autosuggestion, en scrutant l’univers… ? Cette question nous presse, même si certains font comme si Dieu n’existait pas. Chacun répond pour soi. Pour moi donc, je trouve Dieu, en croyant ce qu’il est et qui est révélé dans le Seigneur, Jésus de Nazareth, Le Christ, le Fils de Dieu. Qu’a-t-il dit ? Qu’a-t-il fait ? Comment a-t-il vécu ? Où a-t-il abouti ? Qu’est-ce qui le motivait ? Comment réagissait-il aux événements, aux personnes ? Comment vivait-il les relations avec les uns et les autres ?

Comment ?

 A travers toutes ces démarches, voyez-vous autre chose qu’une grande bonté pour que l’homme guérisse, et même pour bien plus, pour qu’il soit sauvé ? Ce qui porte plus loin la simple guérison. Sauvé pour qu’il connaisse en Dieu la même vie que Lui. Ce que Dieu « est » ne peut être inventé, il faut qu’il le révèle. Et il se révéla, non dans des mots seulement, ou dans  des images, ni dans les nuages,  ni dans les tremblements, mais dans une personne, en tout homme comme un homme, et qui, vivant à plein l’humain, nous y révèle Dieu. Le récit d’aujourd’hui ne peut être compris que sur ce fond christique, sur le comportement de Jésus, pleine expression du Père. En se fiant à lui, selon ce qu’il vécut, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que Dieu ne punit pas. Dès lors pour se débarrasser de cette fausse idée qui imprègne nos vies, il reste une démarche à faire, un choix, disons le mot, en ce temps de carême, une conversion : celle d’adhérer à la personne du Christ en voyant Dieu exprimé réellement en lui, à travers tout son comportement.

Une conversion !

Celle qui nous permettra de changer notre vision de Dieu, de sorte qu’en voyant vivre le Christ, il soit pour nous évident que Dieu ne punit pas. Sinon, sans cette conversion, nous vivrons et mourrons, en pensant encore malheureusement que mort tragique égale punition. Nous vivrions alors et nous mourrions aussi, en passant à côté du véritable visage de Dieu qui sauve mais qui ne punit pas.

Il ne punit pas !

Et pour vous en convaincre, regardez Jésus Christ.

Dès lors, que chacun hâte sa véritable conversion.

 

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" Le Père... ! " 4 mars 2007 - 2° dim. de carême - C

Evangile : Lc 9, 28-36 La Transfiguration

Que cherche l’homme en ce monde ? Que cherchons-nous, nous-mêmes ? Fondamentalement que souhaitons-nous pour nous ? Pêle-mêle que pourrions-nous répondre ? Le bonheur, l’argent, le plaisir, avoir des enfants, réaliser un rêve… ? La liste, à n’en pas douter, pourrait longtemps être continuée. Mais la question demeure : qu’est-ce qui au fond de moi est le plus nécessaire, ou, pour le dire autrement, quel est le manque le plus grand ? Le désir de l’homme est multiforme, en même temps que sans borne. Certains humains pourtant centrent leur vie sur ce qui, à leurs yeux, leur semble le plus important…

Que cherche l’homme ?

L’homme est un être fragile en tout domaine de son existence. Sa vie est exposée à longueur de journée. Il ne sait pas ce que demain sera fait, même si par certains moyens il cherche à lire l’avenir. Il vit objectivement dans une insécurité permanente même si pour un temps il finit par s’imaginer qu’il est enfin installé. En effet, il en faut peu pour qu’une vie bascule et que le frêle équilibre soit rapidement perturbé. L’homme pourtant, et c’est bien nécessaire, passe son temps ou le plus gros de son temps, à sécuriser sa vie, à prendre moult précautions pour durer le plus longtemps possible. En soi ce n’est pas mal, car sans ce souci permanent la vie ne tiendrait pas. Cependant tout le souci déployé pour rendre plus sûre la vie, ne parvient pas à supprimer la peur de disparaître. Et ce manque de pérennité ne génère-t-il pas une angoisse permanente plus ou moins bien camouflée sous des dehors assurés ou fardée par tous les moyens qui peuvent l’enjoliver ?

Que cherche l’homme ?

Serait-ce d’être sûr de ce qu’il est ? D’être enfin rassuré sur son avenir ? Dans l’obligation permanente de s’insérer dans le rythme effréné de la société, l’homme n’a pas le temps de trop s’interroger. Mais le besoin profond d’être fondé sur une vraie sécurité n’en disparaît pas pour autant. Et ce besoin profond, celui que contredit la permanente précarité, n’est-il pas d’être sûr que rien ne nous détruira ? N’est-ce pas le désir que la mort, qui un jour passera, ne me réduise pas complètement ?

N’est-ce pas « ceci » que cherche l’homme ?

Reste maintenant à savoir ce qui en ce domaine relève de son pouvoir. L’évangile d’aujourd’hui peut-il nous y aider ? A la Transfiguration que s’est-il donc passé ? Jésus de Nazareth qui veut se révéler à trois de ses disciples, que voulait-il leur dire ? Et ce qu’il souhaite leur montrer, a-t-il quelque chose à voir avec nos propos sur le plus profond des besoins de l’homme ?

Que pouvons comprendre en lisant ce passage ?

Quand il prend avec lui trois de ses disciples, Jésus gravit la montagne pour s’y mettre en prière. Il ne veut pas les former par un discours direct, mais les rendre témoins de son lien avec le Père. Le contexte est des plus dramatiques, puisque c’est la passion qui monte à l’horizon. Une passion que les apôtres considèrent déplacée , étant donné que Jésus est le Christ. (Lc 8, 20) Mais le Christ sait ce qui va lui arriver et en ce moment même, il doit y adhérer. L’échange entre lui, Moïse et Elie (Lc 9, 30-31), porte sur ce sujet. Dans ce moment décisif où la perte de sa vie humaine est programmée par le désaveu et la haine, comment Jésus va-t-il réagir ? Portera-t-il l’amour jusqu’au bout de sa pleine expression ? Tiendra-t-il jusqu’au bout sans faillir dans l’amour ? Tiendra-t-il jusqu’au bout en exprimant l’amour plutôt que la violence, plutôt que la vengeance ? Pour accomplir sa mission de rassembleur pacifique et pour faire triompher l’amour, où puisera-t-il l’énergie nécessaire ? N’est-ce pas dans cette communication intime à laquelle assistent, certes de loin, les disciples et qui s’est instaurée entre le Père et lui ? Relation très intense puisque le corps en est transfiguré ! N’est-ce pas en ce colloque intérieur que Jésus de Nazareth puise la force de tenir et d’avancer lucide, en pleine liberté, vers la dépossession de soi, vers le don de lui-même, vers la manifestation d’un amour sans réserve envers ceux qui ne le croient pas. Jésus, le Fort par excellence, reconnu par les hommes de bonne volonté, n’a assumé sa passion selon le don de soi, que grâce à la confiance exprimée à son Père. Cette confiance totale fait rayonner son être, permet le don sans partage, et dépasser la peur. Le secret de Jésus pour aimer comme il aime, est d’être aimé du Père et de lui renvoyer son propre amour de Fils.

Le secret de Jésus ?

L’homme ne peut trouver aucune stabilité en lui-même. Pourtant il la recherche car il ne veut pas mourir. Le Christ, au moment de « passer », lui révèle où chercher et trouver l’assurance de vivre même s’il faut mourir. Il lui révèle que son désir de vivre s’accomplit seulement dans la relation au Père. Mais pas directement comme le fait le Fils mais par l’intermédiaire de celui qui est Fils. En effet, le récit se termine par la vision de « Jésus Seul ». (Lc 9, 36) Car pour trouver son être et tenir solide dans l’amour qui est don de soi-même, l’homme doit partager avec le Fils la relation au Père.

Transfiguration ! Le Père – le Fils !

L’homme qui cherche, trouvera-t-il le fond solide de sa vie ?

Le secret du Fils ?

Le Père !

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Se nourrir... ? 25 février 2007 - 1° dim. de carême - C

Evangile : Lc 4, 1-13 La tentation de Jésus

 

Se nourrir comme il faut est une chose importante. Sans parler diététique, il est une nourriture plus nécessaire que les autres. Dans l’évangile d’aujourd’hui découvrirons-nous laquelle ?

Le Bien aimé du Père est conduit par l’Esprit, au désert. Le diable le précède pour lui tendre des pièges. Jésus, que va-t-il faire, tomber ou résister ? Après quarante jours à rester sans manger, Jésus est affamé. Pourquoi alors, pour apaiser sa faim, ne pas prendre cette pierre et la changer en pain ? (Lc 4, 3) La question est habile et vient à point nommé. Puisqu’il est fils de Dieu, avec les pleins pouvoirs, serait-ce nécessaire de recevoir d’un autre ce que l’on peut soi-même se procurer ?

Mais il y a pain et pain, l’un plus important que l’autre.

L’humain est dépendant et le Verbe fait chair veut être homme réellement. Non, il ne se servira pas lui-même, car la Parole de Dieu est sa vraie nourriture.

La Parole de Dieu du pain très nourrissant ?

Pour vivre sa mission, Jésus se nourrit d’elle. Grâce à elle il vaincra. Il passera la mort et se relèvera vivant.

Cette première tentation, n’est-elle pas l’unique ? Celle de se nourrir de tout à l’exception de Dieu ? Le diable l’a bien compris. Quand l’homme veut seulement se nourrir par lui-même, il tombe dans les pièges tendus par le malin. Il croit être lui-même en dominant le monde (LC 4, 6) en fait il s’adore en adorant Mammon (2° tentation). Ou bien il prend Dieu en otage et se fait illusion en faisant du chantage : « Si tu es Dieu interviens et nous croirons en toi » (Lc 4, 8) (3° tentation).

Mais Dieu se tait. Et l’homme s’enfonce. Il croit être libre en possédant le monde ou en ignorant Dieu. Le Carême qui commence répète à ceux, disposés à l’entendre, que pour bien se nourrir et vivre en homme libre, il faut accueillir, goûter et réaliser la Parole.

« L’homme ne vit pas seulement de pain,

mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » ( Dt 8, 2-3).

Inciter à refuser de le croire n’est-ce pas l’unique et ultime tentation ?

Le dernier verset de ce passage évangélique attire l’attention. L’évangéliste écrit que le diable, ayant épuisé toutes les formes de tentations s’est retiré jusqu’au moment fixé » (Lc 4, 13)

Epuisées… toutes les formes de tentations ?

Les trois qu’il a nommées incluent-elles toutes les autres ? C’est probablement ce qu’il faut comprendre en ajoutant en plus que la première conditionne les deux autres. Refuser la Parole comme vraie nourriture c’est être possédé par ce que l’on voudrait dominer et c’est aussi falsifier le vrai rapport à Dieu. Lues dans cette optique là, les trois tentations en forme surtout une : Vivre comme si en Jésus Christ, Dieu ne s’était pas exprimé pour nous nous nourrir de lui en mangeant sa Parole. Cette tentation ne nous lâche jamais Elle demeure permanente. Le diable s’en est allé jusqu’au moment fixé (Lc 4,13) où à nouveau il tentera sa chance de la même façon en essayant de détourner le Christ de son rapport au Père, de sa fidélité à la volonté du Père. Le monde va son train délaissant la Parole pour se nourrir lui-même de ses propres paroles. Comme le dit la Genèse ce doit être cela l’éternelle tentation.

Se nourrir ?

En ce temps de Carême qu’allons nous choisir ?

Goûterons-nous cette Parole qui veut nous faire vivre ?

 

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« Comme lui ! » 18 février 2007 - 7° dim. du temps ordinaire - C

Evangile : Lc 6, 27-38 La loi du pardon

 

Quelle est la référence qui motive nos vies ? Qu’est-ce qui inspire mon propre comportement ? Mes réactions comme mes façons de faire, par quoi, par qui, sont-elles provoquées ? Par qui, par quoi, suis-je animé ? Après les béatitudes entendues la semaine dernière, voici qui va plus loin… Le Seigneur nous invite à extirper toute violence, toute vengeance, de notre intériorité, de nos comportements. Ne touche-t-il pas alors au plus intime de nous-mêmes ? N’y a-t-il pas en nous un fond inépuisable de tendances agressives ? Une sorte de réflexe pour se garder soi-même en son intégrité ? Attaqué : je riposte ! Attaquant : j’essaie de dominer ! L’autre m’est un danger que je dois circonscrire. L’homme, du premier jet, exprime une violence, comme si pour exister il fallait commencer par réduire l’autre. Est-ce en cela notre état de nature ? Pour que l’homme subsiste et perdure faut-il qu’il soit violent ? La force, n’est-ce pas, en fait, ce qui est le plus important ? N’est-ce pas elle qui organise le monde ?

Violence et force vont ensemble !

Chaque être humain s’accommode plus ou moins de la situation, selon ses possibilités et la force de vivre reçue en héritage. L’homme sorti des mains du créateur, ou si l’on pense autrement, des forces obscures du Cosmos, ne porte-t-il pas en lui la violence comme première nature ? Ne doit-il pas constamment se défendre, d’une façon ou d’une autre et quelles que soient les armes ? Et s’il n’était pas un violent, serait-il encore là ? Pourtant, ce fond violent ne dit pas tout non plus sur la façon d’être homme. Au fur et à mesure que l’humanité avance, elle s’autorégule et si l’on peut dire, humanise la violence. Pour exister ensemble ne faut-il pas apprendre à gérer la violence ? « Œil pour œil, dent pour dent » : une avancée pour brider la violence à défaut de l’exclure. Mais peut-on rêver qu’un jour elle disparaisse ? Et comment faire pour que l’homme reste fort sans user de violence ? Car elle est l’énergie qui lui permet d’aller au-delà de ses forces et de tenir debout. Aimer vos ennemi(e)s, est-ce une meilleure façon d’être ? Arrêter la violence en ne la rendant pas, tout en la subissant sans se soumettre à elle ? Savoir lui dire non, même si elle vous écrase et faire entendre à l’autre qui manie la violence qu’il ne vous soumet pas ? Dans ce comportement l’homme ne perd pas sa force, plutôt il la développe, et atteint le summum de notre humanité.

Est-ce à ce comportement que le Christ nous appelle ?

Tenir parmi les hommes une présence forte qui bannit la vengeance et mieux : qui la transforme en démarche d’amour ? Aimer vos ennemis, en cela, tout est dit ? Aimer tout être humain, en vérité, lucidement, sans se laisser impressionner, sans avoir peur de faire du bien en disant vrai, tout en vérifiant que ce que l’on recherche soi-même est bien la vérité et non, sous des dehors de « vrai », une vengeance plus ou moins camouflée. Il est dur d’être homme, de se tenir debout conscient de ses faiblesses et de vouloir que l’autre soit beaucoup mieux que soi. Il est dur d’être homme, à la fois plein de forces et pour la non-violence.  Il est dur d’être homme comme le Christ le fut.

Est-ce bien son Esprit qui anime nos vies ?

Aimer les autres, tous différents de moi et… plus ou moins ennemis …Dans l’entourage du Christ c’était déjà le cas. Il aima d’une même façon, amis et ennemis.

Il est dur d’être humain

Aimons-nous comme lui ?

 

 

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La vraie vie ? 11 février 2007 - 6° dim. du temps ordinaire - C

Evangile : Lc 6, 17...26 Bénédictions et malédictions de la nouvelle Alliance

En méditant les Béatitudes de Luc pouvons-nous nous poser cette question ? N’est-ce pas qu’elle peut intéresser tout le monde ? Car tout le monde ne cherche-t-il pas à bien vivre ou, ce qui doit être du pareil au même, à vivre heureux ? La vraie vie, la vie heureuse, comment l’obtenir ? Existe-t-il une recette, une méthode ou bien est-elle inaccessible ? Qu’en pense l’opinion, qu’en disent les sondages, qu’en proclament les médias ? Dites-moi les amis, où cherchez-vous la vie heureuse ? Et question complémentaire, quel est le résultat de votre entreprise ? Obtenez-vous ce que vous convoitez, parvenez-vous au bonheur souhaité ? Il se peut qu’il en soit ainsi et que vous soyez satisfaits en profondeur de la vie que vous menez. Mais tout de même, revisitez donc votre vie avec la même question : suis-je sur le chemin qui donne le bonheur ? Il est toujours fructueux de se poser la question, à moins d’être blasé et de ne plus croire en rien, pas même qu’en cette vie le bonheur soit possible.

Donc, la vraie vie ?

Trouvée…Pas trouvée… Introuvable… Par intermittence seulement… ou je ne sais pas ? L’évangile, par la bouche de Jésus, proclame bienheureux les disciples du Christ parce qu’ils sont pauvres. Pauvres ? L’évangile ne détaille pas, du moins à cet endroit-là. Ses disciples sont heureux, dit Jésus, parce que leur pauvreté leur permet, par ailleurs, de « posséder » le royaume de Dieu. (Lc 6,20) Voici un ensemble de mots qui ne court pas les rues, surtout associés de cette façon-là :

« Disciples – pauvres, bienheureux, royaume de Dieu »

Que faut-il en penser ? Cette association serait-elle le secret d’une vie  vraie, d’une vie bienheureuse, donc d’une vie réussie ? Mais comme ces mots, surtout « disciples du Christ » et « Royaume de Dieu » sont inusités dans le vocabulaire habituel du monde, faut-il penser qu’ils risquent bien de ne pas être compris. La vraie vie alors échapperait-elle au monde ?

A chacun de formuler sa propre réponse !

Le Royaume de Dieu, ou le Règne de Dieu, est l’instauration progressive dans nos comportements collectifs, mais en provenance de notre intériorité transformée, des mœurs mêmes de Dieu, perçues, méditées en la personne du Christ et adoptées par ses disciples, ceux qui croient en lui et le suivent.

Ceux-là pour qui le Christ est l’Homme qu’il faut suivre, sont à la fois pauvres et heureux. Ils ne peuvent être, en effet, puisqu’ils sont disciples, différents de leur Maître, qui fut, qui le contestera, pauvre de biens, pauvre de prétention, pauvre de suffisance, ouvert à tous, accueillant à chacun.

La vraie vie passe-t-elle par le Christ ?

Et le bonheur aussi ?

Chacun peut penser le contraire. Nul n’est tenu à croire. Mais la confrontation de ce comportement à la suite du Christ avec d’autres façons de développer sa vie, mérite d’être tentée. A moins que l’on aie peur de se retrouver en situation de lâcher bien des biens et pas mal d’illusions pour se mettre à marcher à la suite de Jésus de Nazareth. Comme cela est arrivé à Zachée (Lc 19,1-10) mais pas à l’homme riche, en quête pourtant de la vie éternelle, donc de bonheur pour toujours. (Lc 18,18-30)

La vraie vie !

Les béatitudes énoncent-elles la recette ? Pour vivre heureux faut-il être pauvre à la manière du Christ ?  Et pour connaître sa manière faut-il le connaître lui et le suivre ?

Vous les pauvres, dit le Christ aux disciples,

vous êtes heureux !

Ont-ils trouvé la vraie vie ?

Réfléchis !

 

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"Eblouissement." 4 février 2007 - 5° dim. du temps ordinaire - C

Evangile : Lc 5, 1-11 La pêche miraculeuse. La vocation des Apôtres

Cheminons avec cette parole de Dieu. Suivons-la pas à pas. Jusqu’où veut-elle nous conduire ? Serait-ce au même endroit où Pierre est parvenu ? Quel chemin a-t-il suivi ? Que s’est-il passé pour lui ? Quel événement dans sa vie et quel changement ? Pour l’instant, pendant que Jésus enseigne, Pierre et ses compagnons de barque lavent leurs filets. Leur sortie nocturne fut infructueuse. Et il y a peu de chance pour que maintenant en plein jour, la pêche soit meilleure. Pourtant, en dehors de tout bon sens, Pierre va obtempérer à l’ordre de Jésus. Il va avancer en eau profonde et jeter à nouveau les filets. Pierre connaît déjà Jésus. Et en ce moment même, il entend et reçoit son enseignement puisqu’il est là présent alors que le Maître enseigne une foule nombreuse. Cependant, répétons-le, partir à la pêche en plein jour n’est pas du tout « raisonnable ». Pierre, en effet, ne perçoit aucune raison de le faire. Pourtant il va le faire. Qu’est-ce qui le décide ? Une quelconque contrainte ? Pas du tout ! Ce qui le décide ? La foi en la parole, « Sur ta parole, dit-il, je jetterai les filets » (Lc 5, 5).  D’où tient-il cette confiance ?

Sur ta parole !

Retenons bien cette réponse. Pourquoi se décide-t-il à jeter les filets ? Parce qu’il accorde toute sa confiance à l’homme Jésus. Soyons sensibles à ce qui est en train de se passer entre le Maître et son disciple. Saisissons la foi dans son jaillissement : Sur ta parole ! Entre Jésus et l’humanité il y a proximité et distance, l’espace où retentit « sa parole ». Pierre en pleine activité professionnelle se détermine sur la parole de Jésus. Quelle confiance ! On en constate le fait. On ne sait trop comment elle s’est élaborée. Mais elle est là, capable de le mouvoir sans autre raison que de faire confiance. Est-ce cela la foi ? Parce que c’est toi, Maître ! Mais est-ce si extraordinaire ? N’est-ce pas là tout fonctionnement humain  : sur la confiance ? Celle que nous donnons à ceux qui, parmi nous, nous inspirent confiance. Pierre donne la sienne au Maître qui enseigne. Il se met alors en route vers les eaux profondes, même si celles-ci recèlent quelques inconnues, car l’expression « eau profonde » comporte une idée de dangerosité.

Sur ta Parole !

La foi est payante. Beaucoup de poissons, trop presque, car il faut requérir de l’aide et les filets, comme les barques de s’enfoncer, risquent de craquer. Mais le plus grand résultat n’est pas encore celui-là. Il est dans le changement qui s’opère chez Pierre, face à la personne de Jésus. Sans saisir complètement le ressort de ce développement, Pierre passe de la confiance envers le « Maître » à la confession de foi de « Dieu » en Jésus. Il fut saisi de crainte, il se jeta aux genoux de Jésus, il se découvrit pécheur. (Lc 5, 8)

Éblouissement !

Éloigne-toi de moi, Seigneur !

Son chemin : De la foi en la parole qui commande, à l’expérience de Dieu (Jésus) qui bouleverse ! La foi en la parole n’est pas d’abord le constat intellectuel que cette parole est vraie. Elle est cet ajustement d’une vie obéissant à cette parole ; elle est accomplissement de ce qu’elle commande : Avance en eau profonde malgré les dangers. Dieu fait bouger notre vie dans le sens de l’évangile. Il n’éblouit pas d’abord l’intelligence après quoi il serait possible à l’homme de se mettre en route. Dieu (Jésus) provoque la décision de l’homme et c’est après l’acceptation par l’homme qu’Il lui dévoile son être et le sien et lui confie une mission.

Sur ta  parole…

Éloigne-toi de moi…

Désormais, ce sont des hommes que tu prendras.

Que de vocations atrophiées pour avoir attendu de comprendre avant de s’engager ! Pars, dit Dieu, à Abraham… ! Avance, dit Jésus… !

Éblouissement

Ce que l’intelligence ne peut saisir par elle-même, l’être l’expérimente, quand saisi par le dévoilement de Dieu, l’humain se découvre dans sa réalité de « non-dieu », de créature. Étape importante mais qui pourtant n’est pas finale. Le trésor découvert n’est pas à usage strictement personnel ou pour une jouissance intimiste, pas plus que pour déprimer dans l’indignité. « Sois sans crainte » dit le Christ qui aussitôt ajoute : « Désormais ce sont des hommes que tu prendras » Ce sont des hommes que tu aideras à sortir du gouffre de leurs peurs et de leurs misères pour les amener à l’éblouissement. L’enchaînement des étapes n’est-il pas révélateur du chemin de la foi ? Croire à la parole du Christ et se mettre en route uniquement dans la confiance, pour être conduit à l’éblouissement de la révélation de l’être de Dieu comme de l’état de créature et recevoir la vraie mission qui vaille, aider les hommes à atteindre leur liberté.

Jésus Dieu :

Éblouissement !

 

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"L'accueillir ! " 28 janvier 2007 - 4° dim. du temps ordinaire - C

Evangile : Lc 4, 21-30 La mission de Jésus est universelle

Le problème est-il là ? Ses concitoyens n’ont-ils pas su l’accueillir ? Pourtant, dans la synagogue ils ont écouté. Ils furent même étonnés du message de grâce qui sortait de sa bouche. Et malgré cela, le contact n’a pas été établi. Que s’est-il donc passé ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné entre Lui et les gens de son village ? Ont-ils émis un doute sur l’authenticité de sa déclaration en prétextant qu’il est le fils du charpentier ?  Parce qu’il est fils du pays, ont-ils voulu tirer parti de Lui et souhaiter intérieurement qu’il exerce son pouvoir à leur profit comme il le fit ailleurs ? Que n’ont-ils pas compris ? Qu’auraient-ils dû comprendre ?

Nul n’est prophète en son pays !

Telle fut la réaction de Jésus. Ce qu’il vient de déclarer,  en reprenant à son compte le passage d’Isaïe, n’aurait-il pas été perçu dans sa véritable acception ? N’ont-ils été sensibles qu’aux avantages que pourrait générer sa présence parmi eux ? N’auraient-ils trouvé aucun intérêt à entendre proclamer qu’il vient libérer les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés quels qu’ils soient d’Israël ou d’ailleurs ? Et que s’est-il passé à Capharnaüm pour que les gens de Nazareth souhaitent qu’il en soit de même chez eux ? Pourquoi aller chercher du côté de Capharnaüm ce que l’on voudrait voir se réaliser à Nazareth ? Ce qui vient d’être proclamé et qui identifie Jésus, ne leur suffit-il pas ? Et pourquoi pour Jésus était-il important que soit inauguré à Nazareth son ministère public ? Que soit déclaré d’abord à ses concitoyens, qui le connaissent d’une certaine façon, qu’il est le Messie dont parlait Isaïe ? Existe-t-il une raison pour que soit déclarée, ici et pas ailleurs, cette révélation époustouflante de son identité ?

Étonnés les gens le furent, mais de quoi exactement ? De ce qu’il soit le prophète ou pour les avantages dont ils pourraient bénéficier ? Cette réaction vis-à-vis du prophète Jésus s’inscrit dans une lignée où d’autres prophètes furent envoyés non pas aux gens d’Israël mais à des étrangers : Elie vers la veuve de Sarepta, Elisée vers Naaman le lépreux syrien.

Serait-ce alors que ce que Jésus pourra faire en terre païenne, il ne peut le réaliser dans son propre village parce que l’on ne croit pas en Lui ? Que ses concitoyens ne sont pas prêts à le suivre ?

Entre lui et eux où se cache l’incompréhension ?

Qu’attendent-ils de Lui qui ne corresponde pas à ce qu’il veut leur donner ? Encore une fois, il nous est donné de saisir sur le vif le fonctionnement de la relation de Jésus avec ses concitoyens. A travers une scène, riche en sous-entendus, il nous est proposé de découvrir l’essentiel de la relation au Christ.

Quelle est-elle plus exactement ?

Il n’est pas sûr par ailleurs que l’on puisse bien la discerner. Serait-ce de l’accueillir pour ce qu’il est ? Serait-ce de lui faire pleinement confiance ? Serait-ce de ne rien attendre d’autre que ce qu’il veut donner ? Serait-ce d’être à son écoute sans plus ? De se laisser conduire de l’intérieur docilement vers Lui ? La suite de cette rencontre ratée, montre-t-elle justement que l’intériorité des gens de Nazareth n’était pas tout à fait au point puisqu’en réaction aux paroles de Jésus, qui avait touché en eux un point sensible, ils manifestent une grande colère avec intention de tuer. Le cœur humain vit bien des contradictions : à la fois étonnement heureux et rejet mortifère. Jésus en fait les frais dans son village. Tout simplement il n’a pas été accueilli par les gens de sa maison.

Mais quel prix faut-il payer pour qu’il le soit ?

Question fondamentale :

Jusqu’où son accueil pour moi ?

 

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"Pour eux...?" 21 janvier 2007 - 3° dim. du temps ordinaire - C

Evangile : Lc 1, 1... 4' 21 Prologue de Saint Luc - « Aujourd'hui, s'accomplit la Parole »

Est-il venu pour eux ? Exclusivement pour eux ? On ne peut s’empêcher de poser la question en écoutant l’homélie prononcée par le Christ, Jésus de Nazareth. Pourquoi est-il venu ? Quel sens, sa vie publique ? En quelques mots, le voici : « La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres, les prisonniers connaissent la délivrance, les aveugles recouvreront la vue, les opprimés retrouveront leur liberté…. » (Lc 4, 18-19).

Aux pauvres… ?

L’idée n’est pas récente, puisque Isaïe l’énonçait (Is 61, 1-2). Mais elle était promesse. Avec le Christ maintenant, c’est une réalité. En Jésus, les pauvres connaissent la pensée de Dieu sur eux et par là même, les riches l’apprennent aussi. L’état de pauvreté dans lequel vivent beaucoup trop d’humains n’est pas réprobation, encore moins punition. Dieu regarde les pauvres avec compassion. Loin de les rejeter il en fait ses amis. La mission de Jésus s’accomplit auprès d’eux. Pauvres, prisonniers, opprimés peuvent compter sur Lui. Leur sort n’est pas scellé une bonne fois pour toutes. Par lui et en lui, chaque pauvre est appelé à quitter sa prison, à percevoir la lumière, à vivre en dignité sans aucune oppression. Bien sûr, Dieu, le Christ aide les hommes avec ses propres moyens, selon sa façon propre. 

Selon sa façon propre ?

Le discours de Jésus impressionne les gens de Nazareth. Mais que comprennent-ils ? Se sentent-ils concernés ? Ce qu’ils viennent d’entendre, le prennent-ils pour eux ? La suite du récit (Lc 4, 22b-30) montrera le contraire. Pourquoi leur réaction ? Ce Jésus qu’ils connaissent et qui est l’un des leurs, malgré ce qu’il leur dit et leur étonnement, serait-il vraiment le messie ? A moins qu’ils ne se sentent pas, comme des prisonniers, des aveugles, des opprimés, et qu’alors son discours ne les concerne pas ? Pourquoi dans la suite du texte (Lc 4, 28-29) leur réaction imprégnée de colère et leur geste dément de vouloir faire taire le Christ en le précipitant du haut de la falaise ? Les pauvres sont sûrement ceux qui sont sans avoir, dépourvus de pouvoir, incultes de savoir, meurtris physiquement, moralement, mais ne sont-ils pas aussi ces gens de Nazareth qui ne le comprennent pas ?

Les pauvres, qui sont-ils ?

En entendant cela et en nous regardant, nous reconnaîtrons-nous comme pauvres, nous aussi ? Car s’il est venu pour tous, il n’en reste pas moins que c’est envers les pécheurs, les pauvres en quelque sorte, qu’il est libérateur, en transmettant sa vie. Avec mes biens souvent péniblement acquis, mon pouvoir, même s’il est petit, mon savoir , même s’il est restreint, ne suis-je pas moi-même un pauvre ? Existe-t-il un manque au plus profond de moi, au point que tout ce que je possède, pense, ne me suffise pas ? Une insatisfaction profonde ? Quand on parle de pauvres, on ne peut s’en tenir à une façon de voir qui voudrait que les pauvres soient seulement une catégorie sociale en marge de toutes les autres. « Il » est venu pour tous, il faut le répéter. Mais ce qu’il apporte, c’est-à-dire lui-même, sa façon d’être avec Dieu et les autres, façon de vivre et de mourir, ne peut être accueillie que par ceux qui se reconnaissent étrangers à leur être, médiocres en amour, en quête d’une vie autre, que le Christ peut donner puisque lui-même l’a vécue.

Il sauve en se donnant.

Sommes-nous impressionnés par cette façon de dire ? Et nous demandons-nous comment nous rendre « pauvres » ? Certes le lien entre « Bonne Nouvelle et pauvreté » ne peut que nous choquer, et nous indisposer, mais pouvons-nous le briser ? Et ce lien établi par le Christ lui-même, au début de sa vie publique, concerne ses disciples mais tout autant, aussi la vie du monde entier. « Bonheur et pauvreté » deux mots qui vont ensemble pour toute l’humanité.

La Bonne Nouvelle pour les pauvres ?

Est-ce là, la vérité ? Et de quelle pauvreté entendons-nous parler ? Celui qui nous l’annonce en trace le portrait. Car ce qu’il a vécu, en toute pauvreté, représente le chemin où chacun doit marcher pour que dans sa vie soient alliés ensemble, bonheur et pauvreté. Est-il d’autres moyens de parvenir en soi, au vrai bonheur humain ? Est-il d’autres moyens de parvenir à soi ? La vie désirée spontanément, apparaît comme déploiement de richesses en tout genre, et l’on voudrait bien croire qu’elle est vie véritable. Mais la vie véritable passe toute richesse, objets de possession, pour ne s’épanouir qu’en l’unique bien de l’homme : être soi avec les autres en Dieu. Cette parole entendue dans la synagogue de Nazareth, Luc a pris la peine de la vérifier et de nous la rapporter comme la vérité. (Lc 1, 1-4). Alors « Bonne Nouvelle et pauvreté », ce concept nouveau a-t-il quelque chance d’être vrai ?

Pour eux ?

Pour moi ?

 

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"Ajustement !" 14 janvier 2007 - 2° dim. du temps ordinaire - C

Evangile : Jn 2, 1-11 Les noces de Cana

Quand il s’agit de foi, n’est-ce pas le bon mot ? Qu’est-ce que la foi sinon l’ajustement de notre être à l’être de Jésus Christ, à ce qu’il est ? Personne n’échappe à cette nécessité. Qui croit au Christ doit constamment s’ajuster à Lui. Dans le récit qui nous est proposé, que voyons-nous, sinon que toutes les personnes présentes doivent trouver leur place en face de Jésus.

Face au Christ !

Nous sommes dans une noce, mais ce que Jean en décrit place Jésus au centre. Invité comme d’autres, dont ses tout nouveaux disciples, c’est Lui qui occupe l’espace. Les autres sont montrés en référence à Lui. Il est question de noce, mais le Christ au centre, qu’est-ce que cela veut dire ? Que « quelque chose » se célèbre entre les hommes et Lui ? Que sa mission ressemble à celle d’un mariage ? Qu’il est venu instaurer avec les hommes une relation d’amour ? Qu’il est venu célébrer ses noces avec l’humanité ? Ce mariage est vraiment particulier : Cherchez donc la mariée, nulle part elle n’est mentionnée ! Et quant au marié, il y est fait allusion quand le maître du repas se demande pourquoi celui-ci fait servir le bon vin à la fin plutôt qu’au début comme cela se fait habituellement. Cette place du Christ, au centre du repas, oblige chaque convive à bien se situer pour devenir disciple.

Devenir disciple !

Marie, la première, n’échappe pas à cet ajustement. Ce n’est pas en famille qu’elle est venue aux noces. Elle était déjà là quand le Christ, avec ses disciples, arriva à son tour. Elle est bien sûr sa mère et c’est même sous ce vocable qu’elle est nommée constamment ; pourtant elle va devoir se situer, de façon différente, en face de son fils. Pensait-elle user de l’influence maternelle ? « Ils n’ont pas de vin », lui dit-elle, comme si elle le sollicitait pour supprimer le manque. Et que s’entend-elle répondre ? Qu’elle ne se situe pas au niveau convenable. « Femme », lui dit Jésus, que me veux-tu ? Nous ne sommes pas sur le même plan : « Mon Heure n’est pas encore venue ». Demandait-elle le vin servi pour une fête et lui aurait-il été répondu qu’il est un autre vin versé pour d’autres noces, celles qui commencent aujourd’hui mais qui s’achèveront quand le don effectif se fera sur la croix ? Lui est-il répondu qu’il lui faut accéder, non plus comme mère, mais comme disciple, à la révélation de la mission du Christ et assister au déroulement concret de l’Heure dont il ne recevra le temps de l’accomplir de personne d’autre que du Père ? La « mère de Jésus » n’a sûrement pas tout compris, mais ce qu’elle a saisi, elle le dit aux servants : « Faites tout ce qu’il vous dira ». Chez La mère de Jésus, l’attitude est constante. N’avait-elle pas dit à l’ange : « Qu’il me soit fait selon ta parole » ? La mère de Jésus, comme tout un chacun, doit se laisser entraîner par Celui qui, avant d’être son fils, est d’abord Fils de Dieu.

Le Fils du Père.

Les servants n’ont d’autres choix à faire. A leur tour, ils se laissent conduire par la Parole du Christ. Ils savent, dit l’Évangile, d’où vient le vin servi tardivement. Ce que le maître du repas ignore totalement. L’indication exprimée par la mère de Jésus, reçue avec empressement, les a mis sur le chemin d’un véritable ajustement. Ce qui n’est pas le cas du maître du repas qui, tout en s’étonnant que le bon vin soit servi à la fin, alors que les convives ont le goût dépravé, ne cherche pas plus loin l’origine du produit. Il s’en tient au passé, à ce qui se fait habituellement. Il marque sa surprise mais il n’avance pas. Le Christ marche vers son Heure et son accomplissement à la croix, mais lui reste sur place. Des « maîtres du repas » qui raisonnent froidement, il y en avait à l’époque, comme il y en a encore aujourd’hui.

Il reste les disciples venus avec Jésus : Ils furent très discrets mais sans doute aussi très présents, car ils perçurent la gloire et crurent dans le Christ. D’emblée ils se sont ajustés et vont continuer à suivre le Seigneur. Mais d’autres ajustements leur seront nécessaires, jusqu’à ce que l’Esprit ait imprimé en eux l’empreinte du Crucifié, accomplissant alors comme Lui, le don total de leur vie. Le Christ, Celui en qui tout homme s’accomplit : Marie, les servants, les disciples ont « vu » ce qu’il fit. Mon propre « ajustement » dépend maintenant de moi.

Femme, homme :

« Quoi à toi et à moi ? »

Le Christ crée un espace !

Saurai-je m’ajuster ?

 

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" Chercheur... ? " 7 janvier 2007 - Epiphanie - Année C

Evangile : Mt 2, 1-12 Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus

Comment les appeler ces Mages venus jusqu’à Bethléem ? Ne sont-ils pas des chercheurs ? Ne scrutent-ils pas les étoiles du ciel en quête de significations qui concernent leur vie ? On les dit astrologues, c’est qu’ils cherchent un lien entre le ballet des étoiles et notre vie ici. On se plaît à les voir quand la nuit est profonde et le silence immense en train d’examiner le sens de notre humanité.

Ils cherchent.

L’humanité en eux exprime son désir, car tout homme, plus ou moins, cherche où découvrir qui il est. Ce qu’il vit, ce qu’il sent en lui-même, ne le satisfait pas, ne le renseigne pas. Il attend comme de l’extérieur ce qui « l’expliquera ». Le monde est si grandiose, complexe, impressionnant, qu’il interroge l’homme quasiment minuscule. Il doit bien y avoir un sens caché quelque part. L’homme à force de scruter parviendra-t-il à savoir ? Ou ce qu’il cherche devra-t-il le recevoir ? Mais que cherche-t-il au juste ? Les hommes de science décryptent le réel et tirent des conséquences pour son exploitation. Mais n’y a-t-il pas une quête qui soit plus grande encore ? Comment décrypter l’homme ? Non pas comment il fonctionne, mais pourquoi il est là, situé dans le monde sans aucune conscience de son point de départ ? Plus l’homme explore en lui les ressacs de son être, plus il se découvre en manque de repères et plus il se rend compte qu’il ne se connaît pas et, pis encore, qu’il ne se possède pas. Pourquoi cette situation ? Relève-t-elle du hasard ou seulement du mystère de sa propre personne encore à déchiffrer ? Où trouvera-t-il sa vérité ? Plutôt que de chercher à trouver quelque chose, n’est-ce pas lui qui se cherche ?

Où va-t-il se trouver ?

Les Mages à leur époque ont fait leur découverte. Selon les éléments qu’ils ont en leur pouvoir, ils marchent vers leur vérité. Ils parcourent une route en suivant leur « étoile » intérieure. Ils se laissent guider, fidèles à ce que, pour l’instant, ils croient vrai. Ils portent une question :

Où est le roi des Juifs ?

Toute quête de soi s’oriente-t-elle ainsi dans la quête d’un autre qui habiterait ici ? Au-delà de toutes les questions, serait-elle la seule qui soit déterminante pour apaiser notre être ? Pris dans leurs observations, les Mages formulaient-ils au fond : Où est le roi des Juifs ? Quand ils sondaient le ciel, était-ce pour trouver l’essentiel sur la terre ? Pour arrêter de rêver à l’ « Habitant » des cieux et rencontrer sur terre Celui, le seul, en qui ils pourraient se connaître ? Pour savoir qui il est, l’homme s’évertue trop souvent à quitter notre monde, alors que Celui qui le révélera à lui-même, habite notre terre, même encore aujourd’hui. Son corps, l’Église, est situé dans l’espace et le temps et vit de sa Parole. L’homme qui cherche l’homme, autrement dit, qui se cherche lui-même, se trouve en découvrant qu’ici sur cette terre, il existe le modèle dont il n’est, lui, rien d’autre que  l’image.

Sur terre le modèle que recherche l’image ?

Ces hommes de quelque part, en lien avec le ciel où évoluent les astres, mais sûrement aussi avec le ciel, vu comme la résidence de la divinité et l’écriture de notre humanité, s’orientent vers un lieu de la terre qui semble les attirer. Ces hommes qui, entre ciel et terre, cherchent, ne sont-ils pas l’humanité en quête d’elle-même ? Les Mages ont trouvé. Ils ont reconnu en Lui qui ils étaient eux-mêmes. L’image, qu’ils portaient, a reconnu son modèle. Ils ont été satisfaits, comblés et tellement changés qu’ils s’en sont retournés par un autre chemin. Tous les chemins sont bons, quand, après avoir parcouru celui qui conduit « au premier né de toute créature », on porte alors en soi le sens de tout ce que l’on est et de tout ce qui est.

La vie en est changée.

Chercheurs, les Mages ? Mais de quoi ou de qui ?

Il nous faut du silence !

Comme eux, me suis-je enfin trouvé ?

 

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"Réapprendre... ?" ! 31 décembre 2006 - Sainte Famille - Année C

Evangile : Lc 2, 41-52 Les parents de Jésus le retrouvent chez son Père

Réapprendre à croire ! N’est-il pas surprenant de suggérer que des chrétiens doivent constamment réapprendre à croire, quand chaque année commence le temps de l’Avent ? Pourtant à quoi servirait le retour liturgique des fêtes du Seigneur si ce n’était pour les revivre chaque fois avec des yeux tout neufs ? Quel recommencement fatigant serait la liturgie, s’il n’était envisagé comme un ré-apprentissage de la foi ! Nous « savons », pensons-nous, puisque depuis si longtemps nous fêtons Noël et Pâques et les événements de la vie du Seigneur. Même ceux qui ont quitté le giron de l’Église ont des idées toute faites sur ces événements et ne voient pas pourquoi ils s’y attarderaient. Ne serait-ce pas en même temps que ceux qui encore les célèbrent, manquent singulièrement de vitalité et qu’ils les reproduisent trop machinalement pour avoir quelques impacts sur ceux qui ne les suivent pas.

Réapprendre à croire, chaque année !

Au début de l’Avent, ne pourrait-on pas dire : « que vais-je découvrir encore cette année que je ne connais pas ? » Et quand arrive Noël, ne pourrais-je pas me dire « serai-je vraiment en phase avec l’événement ? » Événement considérable car n’est-ce pas le Verbe qui s’est fait chair ? Et si le Verbe a vraiment habité sur notre terre humaine, poserai-je encore tout au long de l’année des questions bêtes sur « Dieu » comme s’il n’était pas « né » ? Car, s’il est « né », je sais où le trouver et je peux reconnaître qui il est. En fixant les yeux sur l’enfant de Noël, avec la question sur son devenir, je pourrais lentement percevoir comment fonctionne Dieu dans nos situations humaines et enrichir ma foi, ma vie de ce que je découvrirai. Le goût de Dieu pour moi se développera et la vie avec lui poursuivra sa croissance. Le retour liturgique ne sera plus la roue qui tourne chaque année, en ramenant les mêmes impressions du passé, mais sera ce lieu vital où se parfait ma vie  et la pousse en avant vers sa seule destinée : Le Père.

Réapprendre à croire !

Jésus, au milieu des docteurs, ne nous incite-t-il pas à nous laisser déloger de nos façons de voir et donc à être encore et toujours disposés à apprendre à croire. Marie et Joseph semblaient très bien placés pour connaître l’enfant. Après tout n’avaient-ils pas l’un et l’autre été gratifiés d’annonciation et de songe ? Privilégiés de Dieu, ne détenaient-ils pas « sur lui » tout ce qu’il fallait savoir ? L’enfant pouvait-il encore avoir pour eux quelques secrets ? Et le cœur d’une mère, comme on se plaît à dire pour mettre en valeur le rôle de Marie, n’avait-il pas décelé tout ce qu’était son enfant ? La réponse est bien simple en constatant la surprise de la mère et du père. L’angoisse qu’ils ont vécue, à cause de la disparition de l’enfant, se double de la surprise de l’entendre leur répondre qu’ils auraient dû savoir que Jésus a un père et qu’il doit s’occuper des « affaires paternelles ». (Lc 2, 49). Marie et Joseph invités à comprendre ce qu’ils viennent d’entendre doivent, ne vous semble-t-il pas, encore apprendre à croire ? Ce n’est pas un vain mot puisque Marie elle-même en gardant dans son cœur les paroles entendues doit longuement les porter pour apprendre leur signification. (Lc 2, 51). Vivre dans l’attente, puis célébrer  Noël, enfin suivre le Christ en vivant le parcours liturgique,  c’est refaire le chemin que Joseph et Marie ont parcouru eux-mêmes et apprendre comme eux l’identité du Christ qu’ils connaissaient un peu sans le connaître vraiment.

Apprendre ou réapprendre ?

C’est apprendre constamment qui est chose importante. Mais quand on dit réapprendre, c’est pour casser l’idée que l’on saurait déjà, alors  que, pourtant c’est loin d’être le cas. Le vice de forme de notre vie chrétienne, c’est de croire qu’on croit et de cesser de chercher à savoir. Quelle illusion dommageable ! Elle empêche le monde de se laisser surprendre par l’imprévu de Dieu qui oriente nos vies. Qui se dirait chrétien sans réapprendre à croire serait comme un païen qui referait des gestes sans chercher à comprendre. De dimanche en dimanche, nous allons cheminer, parole après parole ; marcherez-vous au pas de chaque liturgie ? Dans cette réflexion deux idées s’entrecroisent. L’une sur la nécessité de réapprendre à croire à chaque nouvel Avent, l’autre sur cette même nécessité illustrée par Marie et Joseph qui justement, croyant connaître l’enfant qui leur est confié, doivent pourtant encore en faire la découverte.

Pour être chrétien vivant, que faut-il faire ?

Suis-je prêt à réapprendre à croire ?

 

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Dieu... ! 24 décembre 2006 - Nuit de Noël

Evangile : Lc 2,1-14 Naissance de Jésus

Voici qu’en cette nuit, ce mot, si l’on peut dire, mérite d’être exploré. Pour certains, il désigne une suprême réalité que l’homme ne peut atteindre et à laquelle il faut, il est bon, de se plier. Pour d’autres le mot est vide et ne représente plus rien, du moins le disent-ils en s’efforçant d’effacer les traces d’un passé qui les aurait traumatisé. « Dieu » ce mot ne fut-il pas chargé de toutes nos idées, de toutes nos querelles, d’images fabriquées, de souvenirs d’enfance qu’ils soient bons ou mauvais ? Chacun s’est approprié le mot, même hors de toutes les églises, afin d’évaluer ce qu’il disait pour soi. Chacun de plus en plus souvent, au terme de son bilan, règle sa position n’écoutant plus que sa propre voix, celle qui vient de soi et que l’on élabore à partir des éléments que l’on a.

Dieu ! Ce soir, que veut dire ce mot ?

A-t-on envie d’en savoir plus, de mieux s’ajuster aux propos d’évangile que nous souffle l’Esprit ? La-bas à Bethléem, Dieu serait-il né dans l’espace et le temps ? Où plus  exactement le Verbe, la Parole, aurait-elle pris chair ? En l’enfant de Marie aurions-nous « plus », en même temps qu’un homme, le Fils du Dieu vivant ? L’évangile l’affirme, car l’enfant de la crèche lorsqu’il eut bien grandi, se présenta ainsi, comme le fils du Père, en affirmant au grand scandale de ses opposants, que Dieu était son Père. Depuis ce moment-là, pouvons-nous nommer Dieu, mieux, que jamais auparavant ? Dieu, ce mot, de toutes les origines, aurait-il un vrai nom, celui de Jésus Christ ? Un nom propre, un visage que ne comporte pas le nom habituel chargé de toutes les projections humaines ?

Dieu, Jésus Christ ?

Ce soir en cette nuit, il serait temps de se déterminer. Non pas déclarer simplement, verbalement, que Jésus Christ est Dieu, mais prendre enfin au moins conscience que si le Christ est Dieu, tout ce qu’il a dit et fait doit-être pris au sérieux quand on parle de Dieu, qu’on le cherche et qu’on veut le trouver. Le mot Dieu que nous portons en nous, sans doute à notre insu et du seul fait d’être homme, oriente nos pensées vers de lointains espaces où il pourrait résider. Nous fonctionnons alors sur un schéma qui égare nos sens et brouille notre esprit en imaginant Dieu, à la fois différent de nous à cause de sa puissance et ressemblant beaucoup à  nos propres sentiments ou même à nos comportements. Car nous lui prêtons notre visage d’homme. Ce soir il faut apprendre ce que Dieu est vraiment ou plus exactement, il faut admettre que nous devons apprendre ce que Dieu est vraiment. Et pas seulement ce soir mais chaque fois que la Parole avec les sacrements constituent le milieu où l’homme se transforme au contact de Dieu en découvrant et recevant l’identité du Christ.

Noël, Dieu vient se révéler.

Dans l’enfant de la crèche, c’est lui qui nous appelle à faire sa rencontre et plus tard à le suivre en tout ce qu’il fera, en son comportement vis à vis de son Père, en sa façon de faire en face de chaque homme. Hommes de toutes races, en l’enfant de la crèche, là est le Dieu véritable. Hommes et femmes, membres de l’Eglise à vous aussi également sans cesse il faut redire,  là, en cet enfant, est le Dieu véritable et qui le restera tout au long de sa vie jusqu’à sa mort en croix. Noël est un moment, celui de la naissance, émouvant pour le cœur mais qui en soi ne se suffit pas. Dieu aura bien d’autres choses à dire et à montrer pour faire savoir qui il est, et ce qu’ est l’homme également. Voici donc Noël avec le long cortège de toutes animations. Mais Noël au sens fort, c’est d’abord Dieu qui vient, proche de tous les hommes pour que chacun enfin voit de Dieu en Vérité.

Dieu ?

N’hésitons pas à chercher ce que ce mot veut dire.

Humblement confessons que nous ne le savons pas,

Mais surtout qu’il soit associé au nom de Jésus Christ !

Que Noël soit pour vous : Dieu qui se révèle !

 

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"Bienheureux !" 24 décembre 2006 - 4ème Dimanche Avent C

Evangile : Lc 1, 39-45 La Visitation

Deux femmes se rencontrent. Elles sont, dit-on cousines, mais surtout enceintes l’une et l’autre. L’une, dès qu’elle connût son état, s’est élancée vers l’autre de six mois en avance sur elle. Quelle en fut la raison, pourquoi tant d’empressement ? Raison profonde sans doute, puisque Marie va prestement parcourir, de Galilée en Judée, quelques cent cinquante kilomètres. Marie, ayant dit oui pour l’enfant, une œuvre du  Très-Haut, vivant déjà en elle (Lc 1, 32), recevait en même  temps la nouvelle (serait-ce pour elle un signe nécessaire ?) que sa cousine Elisabeth, normalement stérile, portait, elle aussi, un enfant. (Lc 1, 35-36) Dès lors, Marie aurait-elle éprouvé le besoin d’aller vérifier le bien-fondé de sa propre grossesse en allant constater celle d’Elisabeth ? (Lc 1, 36) Mais pourtant, avant toute possibilité de vérification, n’avait-elle pas engagé sa foi, par un « oui » la rendant totalement disponible à l’initiative divine ? (Lc 1, 38) Car, c’est dans un même mouvement que Marie a cru, à la fois, à sa propre maternité et à celle d’Elisabeth. On ne peut donc invoquer le désir d’une vérification, pour croire  à « l’accomplissement des paroles qui, selon Elisabeth, lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 41). Son oui déjà était total.               

Pourquoi alors ce grand empressement ?

Serait-ce pour célébrer, en la partageant, la joie que donne la foi ? En effet, chacune  d’elle exulte, non pas pour cause de maternité à proprement parler, ce qui serait chose humaine, mais à cause de la personnalité de l’enfant qui prend corps en Marie. Marie est venue célébrer, exalter la grande bonté de Dieu, avec Elisabeth, plutôt d’ailleurs, qu’avec une autre personne. Existe-t-il aussi pour ce fait, une raison à découvrir ? Marie aurait-elle eu besoin, malgré sa foi donnée, de s’entendre dire qu’elle était bienheureuse de porter ainsi le Seigneur, par une Elisabeth qui en est toute émerveillée ? Ne serait-ce pas également, que la Bonne Nouvelle, la venue du Sauveur (Jésus= Dieu sauve), ne pouvait être gardée uniquement pour soi, et devait être partagée ? A moins que le contact, par mères interposées, fut déjà nécessaire pour marquer le Baptiste dans son être de futur devancier. A moins encore, que l’Esprit  Saint  pousse, sans autres explications, l’une des femmes vers l’autre afin qu’elles célèbrent ensemble ce moment de l’Histoire où Dieu par le Verbe fait chair vient se manifester ? Dans ce cas-là, n’est-ce pas leur docilité, leur écoute et leur foi en l’action de l’Esprit, qui rend compte, tout simplement, de ce déplacement en vue de la rencontre ? En effet, c’est remplie de l’Esprit qu’Elisabeth exulte en voyant la mère de son Seigneur venir jusqu’à elle. Elle célèbre également la foi de celle qui, bienheureuse, a « cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1, 45). Certains diront plus prosaïquement : Marie s’est empressée de venir porter assistance à sa cousine dont l’âge est avancé.  Mais si cette raison peut, après tout, être invoquée, elle ne peut à elle seule rendre compte de ce déplacement.

Donc toujours, pourquoi un tel empressement ?

Les questions permettent, pour éveiller le sens, de mieux cerner la Parole. Mais il n’est pas nécessaire qu’à toutes les questions soit donnée une réponse. Le questionnement rend sensible une ambiance. A la veille de célébrer liturgiquement Noël, alors que nous méditons la rencontre de Marie et d’Elisabeth, nous nous laissons toucher par leur exultation. Provoquée par l’Esprit, celle-ci monte du plus profond d’elles-mêmes en confessant le Seigneur. Sommes-nous prêts à nous laisser toucher par cette foi chantée que l’Esprit veut aussi nous inspirer ? Le bonheur de la foi est une réalité.

Chacun peut,  s’il le veut être, aussi bienheureux tout au fond de lui-même.

C’est le moment de croire…Soyons des bienheureux…

Avec empressement !

 

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Viens… ! 17 décembre 2006 - 3ème Dimanche Avent C

Evangile : Lc 3, 10-18 Jean Baptiste prépare les foules à la venue du Messie

Viens… ! Voici le cri d’Avent ! N’est-ce pas celui-là qui, sous-jacent, s’entend dans l’évangile de ce dimanche ? Les foules se sont laissées attirer par Jean. Elles ont accepté de plonger dans l’eau de pénitence. Maintenant elles questionnent « que devons-nous faire ? »                               

Que devons-nous faire pour… ?

La question est large, évasive, et manifeste une certaine ignorance. Pourtant la Loi est là pour montrer le chemin. Les foules la posent cependant et en toute confiance à celui qui ébranle les consciences et stimule l’espérance. Il va leur indiquer d’ici quelques instants ce qu’il y a lieu de faire. Mais il est bon de savoir ce qu’il avait dit aux gens, avant que ceux-ci l‘interrogent. « Engeance de vipères » leur avait-il déclaré. Cette déclaration est-elle appropriée ? Jean laisse entendre à ses contemporains qu’ils sont de la même descendance que celle du serpent rampant dans la Genèse. Etaient-ils pris ces gens par la lèpre du mensonge ? Jésus s’adressant aux pharisiens tiendra le même langage :  Votre père est le diable, le père du mensonge. (Jn 8, 44) Cette interpellation, pour dure qu’elle soit, n’en est peut-être, pas moins vraie pour autant. Le mensonge ne ronge-t-il pas beaucoup de relations ? N’est-il pas le contraire de ce que nous désirons et même proclamons, un besoin de transparence, de confiance, de sérénité, d’amitié ? Quand l’auteur biblique veut rendre compte du mal qui se trouve là dans le monde, il présente un serpent en train d’instiller dans notre cœur d’homme une dose de méfiance, pour envenimer la relation à Dieu et instaurer la division dans toutes les relations.

« Engeance de vipères »

Cette filiation nous donne-t-elle le frisson ? Par ses seules forces, l’homme peut-il sortir indemne de cette situation ? Chaque être humain peut-il vaincre, à la force du poignet, la malhonnêteté ? Et les hommes ensemble sont-ils capables de vivre leurs relations en toute vérité ? Les foules qui attendaient (Lc 3, 15) semblent avoir compris que leur propre salut ne viendrait que d’un Autre. De Celui que Jean annonce, très différent de lui, dont il n’est même pas digne de dénouer les lacets de ses chaussures. Jean n’est pas celui-ci, il n’en fait pas mystère. Il prépare simplement sa venue. Celle que les gens attendent et qui du fond de leur détresse appellent :

Viens !

Dans la situation de notre humanité, on ne peut rien attendre en guise de salut, qui proviendrait uniquement des hommes. Inutile, dit Jean toujours aux même foules, de vouloir se soustraire au jugement qui vient. Personne ne pourra échapper à la Vérité qui arrive en personne. Personne ne pourra être sauvé, libéré, c’est-à-dire vivre dans le vrai, s’il ne donne sa confiance à Celui qui vient baptiser dans l’eau et dans le feu.

Personne n’échappera à la confrontation du Vrai ?

Sous des images radicales, la chose nous est bien enseignée : « La cognée se trouve à la racine des arbres ; tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. » (Lc 3, 9) Mais aussi à propos de Celui qui baptisera dans l’eau et dans l’Esprit : « Il tient en sa main la pelle à vanner pour nettoyer son aire et recueillir le blé dans son grenier ; quant aux bales, il les consumera au feu qui ne s’éteint pas ». (Lc 3, 17) Conscientes de leur situation, les foules demandaient : « Que faire ? » Ayant compris que le Messie venait, elles désiraient sa venue. Logés encore à la même enseigne, toujours aux prises avec le mensonge et son inspirateur, sommes-nous conscients de la nécessité d’attendre de Dieu une aide nécessaire pour vivre en vérité ? Jean, en réponse à ses auditeurs, ne conseille pas de se rendre dans le temple pour une offrande de sacrifices. Il leur demande d’assainir les relations de la vie quotidienne, sociales, professionnelles. Que chacun à sa place soit juste face aux besoins des autres ! (Lc 3, 10-14) Mais, même pour cet ajustement, ne faut-il pas que Dieu soit agissant ? Une joie encore très confuse sourd doucement de ce passage de Luc. Nous sommes ce que nous sommes mais pouvons-nous être mieux ? Dieu seul nous sauve, nous libère de toutes nos entraves, afin de vivre dans le vrai.

Ranimons notre espérance.

Viens !

Joie !

 

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"Se tourner... vers" 10 décembre 2006 - 2ème Dimanche Avent C

Evangile : Lc 3, 1-6 Jean Baptiste prépare le chemin du Seigneur

Est-il exact qu’une voix ait retenti dans le désert, il n’y a pas si longtemps mais tout de même deux mille ans ? Est-il exact que des gens l’aient perçue et qu’ils se soient rendus au rendez-vous fixé, là-bas sur les bords du Jourdain ? Est-il exact qu’il s’est pratiqué là-bas un plongeon dans les eaux du Jourdain en vue du pardon des péchés ? Plus on s’éloigne de la source historique,  plus on est porté à penser que ce qu’on lit aujourd’hui dans l’évangile, ou bien n’a pas existé, ou bien a été trafiqué. Alors dans le cas qui nous occupe, l’histoire a-t-elle vraiment enregistré un mouvement de population autour d’un homme du désert qui se nommait Jean ? Souvent on croit que ce qu’on lit en ouvrant l’évangile est une belle histoire. Ne devrait-on pas plutôt penser qu’avec ces écrits on est en plein dans l’histoire ?

En plein dans l’histoire !

Serait-ce pour persuader ses lecteurs de la véracité de ses dires, que Luc prend soin de nommer les officiels, politiques ou religieux, en place à l’époque de l’événement dont il parle ? (Lc 3, 1-2) Par ce rappel historique très précis, en l’an quinze du règne de Tibère, Luc ne veut-il pas insister sur la véracité des faits qu’il veut nous partager ? 

Ce que Luc nous dit et qui concerne Dieu, est-ce vrai ?

L’homme qui, du désert fait entendre sa voix, ne surgit pas, comme par hasard, d’un lieu imaginaire. Situé dans le temps, il porte en lui un message qui concerne les hommes juifs aussi bien que païens. Car l’énumération de provinces à la fois juives et païennes laisse percevoir la portée universelle du message. (Lc 3, 1-2). Jean, fils de Zacharie (et d’Elisabeth), fut pris par la Parole de Dieu, (Lc 3, 3) . Une parole puissante qui l’extirpe du désert et le porte au-devant de ses contemporains. Il proclame un baptême de repentir en vue de la rémission des péchés. Reprenant un oracle du prophète Isaïe (Is 40, 3-5), ce qui adoube Jean comme prophète lui aussi, cette parole invite à se préparer à la venue du Seigneur. De même que pendant la captivité à Babylone, les juifs déportés étaient contraints chaque année de construire une autoroute à travers le désert, en l’honneur de Mardouk, dieu païen, de même un jour, disait Isaïe, c’est le Seigneur qui viendra et prendra la tête de la délivrance. Voici, proclame Jean, que ce moment est là.                       

Il faut se tourner vers Celui qui vient.

Pas de route à construire, mais tout l’être doit s’ouvrir. En plongeant dans les eaux du Jourdain, en signe de repentance, les gens se rendaient disponibles à cette venue du Seigneur. Ils manifestaient le désir de se tourner vers Lui, d’accueillir le vrai Libérateur.

Sommes-nous prêts aujourd’hui ?

Le « dieu » qui habite notre imagination, celui à qui s’adresse notre prière, est-il bien le même que Celui que Jean précède et qui suivra dans quelque temps? Car, dans l’histoire des hommes, Dieu a fait un passage, non pas par ange interposé, mais en être humain bien concret. N’est-il pas nécessaire au moins une fois l’an de se tourner vers l’histoire où Dieu est apparu pour que nous soit rappelé qu’il n’est pas pur esprit, mais engagé lui-même en notre humanité dans la condition même d’une personne humaine ? De tendre notre oreille vers la voix qui proclame que bientôt Dieu est là en personne dans l’homme qui s’appelle Jésus, c’est à dire : Dieu sauve ? Notre foi ne doit pas perdre pied et devenir fumeuse ; c’est en terre humaine que Dieu est apparu. Nous n’avons pas à croire à quantité de choses, mais à Quelqu’un, qui, loin d’être produit par notre imaginaire, a vraiment pris figure humaine.

Se tourner vers et exclusivement vers Lui.

Avant de penser à rectifier nos vies, il faut d’abord se tourner vers le Dieu véridique. Ai-je pensé à réorienter mon regard pour scruter davantage les traits de Jésus-Christ ? Suis-je si sûr d’être bien aligné dans l’axe de sa venue ? L’Avent est le moment où je me mets, à nouveau, en état d’apprendre Dieu. Ou je veux recommencer à croire pour mieux percevoir le visage de Dieu, tel qu’il s’est présenté. Nous vivons trop souvent comme si nous n’avions plus besoin de découvrir qui est Dieu en Jésus Christ, comme si nous savions tout ou tout au moins assez. Ou bien comme si la foi était trop compliquée et qu’il suffirait de se contenter de quelques bribes ou pratiques. L’Avent n’est pas un mime pour reproduire la naissance du Christ, mais le temps par excellence où le désir de Dieu doit se faire pressant. Alors vais-je tourner tout mon être vers Celui qui est venu, qui vient et qui viendra pour qu’il imprime en moi les traits de son visage ? Alerté par la voix qui provient du désert:

Vais-je me tourner du bon côté ?

Suis-je en désir de Dieu ?

 

 

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"La Fin ?" 3 décembre 2006 - 1er Dimanche Avent C

Evangile : Lc 21, 25...36 L'attente de la venue du Fils de l'homme

 

Le monde réussira-t-il, un jour, à vivre dans le respect, la dignité, la paix ? Le pensez-vous possible ? Serait-ce cet espoir qui anime nos sociétés ? L’évolution continue des connaissances, l’amélioration réelle ou possible des conditions de vie, les moyens d’intervention de l’homme sur lui-même, aboutiront-ils à instaurer un règne d’équité où les êtres humains se reconnaîtront semblables et égaux en dignité ? Au point où l’humanité est parvenue aujourd’hui, avec tous les progrès accomplis, est-il possible d’imaginer que soit instauré un jour le paradis ici ? Sinon, alors quel sens donner à cet effort vers le bonheur ? L’homme qui a su améliorer ses conditions de vie, n’a cependant pas réussi à perfectionner son être. Les conflits, aujourd’hui comme hier, de même que les tendances qui les ont générés ne demeurent-ils pas toujours en pleine activité ?

Bref le monde cessera-t-il, un jour, d’être ce qu’il est ?

Atteindra-t-il le rêve caressé d’un paradis retrouvé ou bien s’en ira-t-il indéfiniment de bataille en bataille ? Le mieux-être, le mieux-vivre, pousse toujours les hommes à aller de l’avant, à chercher, en espérant trouver ; mais cet espoir porte-t-il en lui l’assurance d’une réalisation plénière et définitive ? L’Homme accompli existera-t-il un jour ? Questions pertinentes ou oiseuses ? En fait, ne vit-on pas, sans trop se poser ce type de question ? Chacun ne cherche-t-il pas, à travers les péripéties de la vie, à tirer au mieux son épingle du jeu ; et beaucoup de ceux qui se disent croyants, à sauter d’ici en haut sur les genoux d’un « dieu »? Cette terre d’épreuves ne serait-elle qu’un lieu de passage que chacun quitterait en espérant trouver, pour lui, des jours meilleurs… ailleurs…? Le monde a-t-il vocation à s’achever en plénitude ou va-t-il dériver comme un bateau ivre quitté par les hommes les uns après les autres ?

Quel sens a la vie du monde ? Vers quoi le monde s’achemine-t-il ?

Quand Jésus de Nazareth touche à ces grandes questions, quelque temps avant de subir sa passion, il semble qu’il apporte, à sa façon, des éléments de réflexion. Il parle d’abord de sa venue, sur les nuées du ciel pour engranger l’Histoire et le monde dans sa propre existence. Il viendra, nous dit-il, comme le Fils de l’Homme, l’Homme parvenu à son accomplissement, à sa taille définitive. Comme si l’Histoire s’orientait vers cette appartenance au Christ, et même d’une certaine façon, vers son assimilation au Christ. Au-delà des effets négatifs observés et vécus par les humains, il y aurait en même temps une montée de l’humain qui culminerait dans le Christ, la constitution d’une humanité réconciliée, avec Dieu, avec elle-même, avec le Cosmos. L’humanité est-elle en train d’acquérir, malgré les aléas de l’Histoire et de la nature, une maturité identique à celle développée par le Christ durant sa vie terrestre, et qui lentement finirait, grâce à l’Esprit, à l’identifier au Christ ? Le Fils de l’Homme, Jésus de Nazareth, le Fils du Père, sera-t-il, ou, est-il déjà, l’achèvement de l’Histoire ? Quand Il viendra sur « les nuées du ciel », l’humanité se reconnaîtra-t-elle en lui comme en sa propre vérité ? Une gestation, une croissance travaille  et soulève l’humanité vers cette taille adulte accomplie dans le Christ en qui l’humanité devient ?

Ce jour viendra !

Mais jusque là, si l’on en croit l’évangile du jour, le flot habituel de la vie du monde, avec ses secousses, va poursuivre son cours perturbé, chaotique, apparemment insensé. Jusqu’au moment de son retour, semble dire le Christ, il y aura ce qu’il y a depuis l’aube du monde et que nous revivons constamment. L’homme ne connaîtra pas sur terre le règne de la paix. Mais quand le chrétien constate cet état du monde, il doit pourtant relever la tête, ne pas céder à l’endormissement et se conformer au comportement du Christ sur la terre qui lutta pour l’homme jusqu’à son propre engloutissement. Il faut que subsiste, dans le monde du mal et du malheur, le don inscrit dans l’Histoire par le Christ et que ses disciples ont pour tâche de reprendre à leur compte. L’humanité et le cosmos termineront un jour leur course endiablée. Ce sera la fin du monde. Mais ce sera aussi l’entrée dans la plénitude de l’Humain qu’est le Christ, le Fils de l’Homme.

Ce monde prendra fin, mais la vraie fin du monde, c’est le Christ.

La Fin ?

Le Christ ?

Est-ce bien ainsi que nous l’envisageons ?

 

 

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Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation