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Qui pries-tu ? 25 juillet 2004 - 17° Dimanche du temps de l'Eglise (C) Evangile : Lc 11, 1-13 Enseignements de Jésus sur la prière Dieu (dieu) bien sûr ! Car même si ce terme s’emploie indifféremment pour désigner une requête adressée à un semblable, il n’en reste pas moins vrai que « prier » exprime la relation de l’homme à la divinité. Chacun, d’une façon où d’une autre, expérimente ce que prier veut dire : « se tourner vers… » et faire part de notre situation à celui à qui l’on s’adresse pour qu’il y porte remède. L’homme spontanément ressent sa fragilité et en appelle à plus grand que lui. On invoque la divinité et l’on attend d’elle une protection. Si (D)dieu est (D)dieu n’est-ce pas en son pouvoir et de son devoir d’être le secours de l’homme ? N’est-ce pas là, la réalité qui habite tout homme ? Certes, certains rejettent cette façon de se situer dans la vie. Ils nient cette attitude de dépendance pour ne s’en tenir qu’aux possibilités de la nature humaine et n’attendre de secours de nul autre que de soi ou de ses semblables. Mais est-ce la démarche première de l’homme ? L’homme n’émet-il pas spontanément une « prière » envers la divinité ? Si ce geste est inné, ce qui paraît évident, a-t-on encore besoin de l’apprendre ? Existe-t-il trente six façons de s’adresser à « dieu » pour lui faire part de nos besoins ? Tout le monde ne saurait-il pas le faire ? N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’on entend, que pour prier « dieu » nul besoin d’Église ? Donc que faudrait-il apprendre exactement ? Des formules, des manières de faire, des postures, des incantations, des méthodes ? Alors comment comprendre la demande de l’un des disciples de Jésus : « Seigneur apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples. » ? (Luc 11, 1) En effet dans la continuité de notre réflexion pourquoi cette question ? Vraiment, les disciples ne savent-ils pas prier ? Eux qui sont juifs ? Eux qui, pour certains, furent disciples de Jean ? On ne peut imaginer qu’ils n’aient jamais prié. Et l’apprentissage auprès de Jean était-il insuffisant ? Bref, voyez-vous pourquoi veulent-ils apprendre à prier de la part du Christ ? Jésus aurait-il d’autres formules à proposer, des formules plus efficaces ou de vertus plus grandes ? L’enjeu de cette demande est-il, alors, dans la forme ou dans le fond ? N’avons-nous pas trop tendance à penser, nous les chrétiens également, que quelle que soit notre compréhension de Dieu, cela n’a pas d’importance, pourvu que l’intention soit bonne. Nous pensons trop souvent connaître Dieu spontanément sans avoir besoin d’aller chercher plus loin, d’autant plus que cela fut souvent répété « Il » est mystère. Mais Jésus priait-il comme Jean Baptiste ? La question de l’un des disciples requérant pour tous d’être éduqués dans la prière, ne touche-t-elle pas à ce point essentiel de la relation à Dieu ? Lisons bien l’évangile : « Un jour Jésus priait en un certain lieu » (Luc 11, 1) On n’apprend rien du contenu de sa prière mais l’évangile répercute immédiatement la demande qui fait l’objet de note méditation. Alors de ce simple rapprochement entre Jésus en prière et la demande des disciples nous osons tirer cette proposition : Non pas seulement apprends-nous une prière mais apprends-nous à prier « QUI » tu pries ! Apprends-nous à connaître Celui que tu pries. Et effectivement Jésus va ensuite donner l’identité de Celui avec qui il entre en relation. Quand vous priez, priez le Père, Celui que tous doivent reconnaître pour ce qu’il est, Dieu Saint, dont le règne doit venir. Celui qui donne le pain de chaque jour, qui pardonne les péchés, qui est maître de la tentation. Prier, n’est-ce pas alors se mettre en état de connaître le Père tel que Jésus de Nazareth le connaît et tel que l’Esprit, donné lui aussi (Luc 11, 13) le révèle ? Nous sommes alors loin d’une prière spontanée adressée à une divinité évanescente. Nous sommes même loin de la prière que Jean pouvait apprendre à ses disciples. Nous sommes dans le spécifique de la foi chrétienne. Alors oui Seigneur apprends-nous à prier. Car prier n’est-ce pas d’abord apprendre qui est Dieu, pour en faire l’expérience à la manière de Jésus. La réponse de Jésus n’est pas une formule à réciter. Elle est révélation de quelqu’un à trouver et à laisser exister en nous. Alors qui pries-tu ? Laquelle ? 18 juillet 2004 - 16° Dimanche du temps de l'Eglise (C) Evangile : Lc 10, 37-42 Marthe et Marie accueillent Jésus chez elles Faut-il choisir ? De l’attitude de Marthe ou de celle de Marie, laquelle doit-on choisir ? N’est-ce pas bien ce que fait Marthe en s’affairant comme elle le fait ? Elle accueille un hôte et veut le recevoir aussi bien que possible. Comment y parvenir sans soigner le service. Qui n’en ferait autant ? Et qui, en entendant les paroles du Christ, ne se sent pas choqué autant qu’elle a pu l’être ? Qui, intérieurement, n’approuve pas sa façon, on ne peut plus directe, de faire remarquer, combien elle est blessée ? N’est-ce rien d’apprêter le repas et de dresser la table, et pour la circonstance de faire quelques extra, quand l’autre, Marie, la sœur, ne participe pas ? « Seigneur cela ne te fait rien que ma sœur me laisse servir toute seule ? Dis-lui donc de m’aider » (Luc 10, 40) Voilà qui est bien dit ! Servir n’est pas gai, on se sent inférieur, c’est ingrat ! N’avez-vous jamais vécu cette scène-là ? Et très facilement, est-ce qu’on ne dit pas, en pensant à soi, que c’est toujours les mêmes qui se chargent du travail pendant que d’autres, toujours les mêmes aussi, se laissent aller à bavarder. Spontanément nous approuvons notre sœur Marthe. Elle se montre responsable. Elle invite, elle sert. Marie, elle, vit dans les nuages, là aux pieds du Seigneur et ne se rend pas compte du travail de sa sœur. Où est sa charité ? Marthe nous est sympathique. Peut-être est-elle nous-mêmes ? Il ne suffit pas de « parler » ou de « rêver » il faut « faire », ni de tenir salon pendant que l’on cuisine ! D’où nous vient cette difficulté à rejoindre Jésus dans sa façon de voir ? De lui donner raison quand il dit que Marie restera où elle est puisqu’elle a bien choisi ? Dans sa façon de voir quelque chose nous échappe, mais quoi ? Ce morceau d’évangile colle-t-il de trop près à notre réalité ? Sommes-nous pris dedans et ne percevons-nous pas ce qui est important ? Nous minimisons, l’attitude de Marie en la considérant comme simplement en train de bavarder. Justement, n’est-ce pas là-dessus qu’il nous faut ouvrir l’œil ? Marie ne parle pas. Elle écoute. Elle accueille, en son être, la Parole ! Est-ce du temps perdu ? Est-ce peu important ? « Assise aux pieds du maître, elle écoutait sa parole » (Luc 10, 39) Quand le Christ est notre hôte, le Seigneur, comme l’a nommé Marthe, peut-on faire autre chose ? Écouter la Parole ? Dans le feu de l’action et des bons sentiments, et dans le dévouement si empressé de « faire » on pourrait oublier et croire « faire » pour le Christ, avant même de savoir ce qu’il avait à dire. Le Seigneur le savons-nous assez, n’est pas n’importe quel hôte. Que pouvons-nous donc faire pour lui faire plaisir sinon de l’écouter ? N’est-il pas la Parole ? Et n’est-il pas nécessaire d’aller dans l’évangile chercher ce qu’il nous dit et pour chacun de nous qui disons le connaître comme il est important de méditer longtemps cette parole de Dieu qui doit prendre racine en chacun de nos cœurs ? « C’est Marie qui a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée » (Luc 10, 42) Reposons-la question : Laquelle ? Serait-ce d’écouter ce que dit le Seigneur ? Ce que la plupart du temps nous ne savons pas faire. Mais qui, croyons-en Jésus Christ, s’avère être essentiel.
Que faire ! 11 juillet 2004 - 15° Dimanche du temps de l'Eglise (C) Evangile : Lc 10,25-37 Vous êtes-vous posé, déjà, cette question ? Probablement oui car elle est essentielle. Elle est celle d’un maître de la loi, venu trouver Jésus, en vue de le piéger. Et en quoi la question pourrait-elle être un piège ? C’est qu’effectivement à cette époque-là, les groupes religieux répondaient chacun avec leur façon de voir. Mais quelle est la question ? Écoutons-la d’abord : « Maître que dois-je faire pour recevoir la vie éternelle ? » (Lc 10, 25) Donc que faire ? Selon les divers groupes, il était répondu : offrir des sacrifices, se retirer du monde, recevoir le baptême pour être pardonné. Jésus va-t-il choisir ou donner sa réponse ? Jésus n’explique pas. Il invite à comprendre à travers une image. Interrogeons-le nous-mêmes. Sa réponse nous importe. Mais avant de l’entendre, posons-nous un instant ce que « vie éternelle » peut bien vouloir nous dire ? Qu’entendons-nous par-là ? Une vie éternelle ? Celle qui ne finit pas ? Une vie pour toujours et même de toujours ? Serions-nous de toujours, donc sans commencement et sans aucune fin ? (col 1, 17-19) L’idée est séduisante ! L’homme depuis toujours existerait en Dieu et pourrait le rester à moins qu’il ne refuse ? Car quelle est cette vie que l’on dit éternelle ? Comment l’imaginer ? Vie de très grand bonheur mais composée de quoi : plus de pleurs, ni de peurs, ni de larmes, une béatitude qui ne finirait pas ? Est-ce joie solitaire ? Quelle est donc cette vie qui nous pose question et dont il faut savoir quoi faire pour l’avoir ? Ne serait-elle pas une « vie avec » non pas selon ce que l’on imagine mais selon l’évangile : « Or la vie éternelle c’est qu’ils te connaissent toi, le véritable Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3) Donc cette vie intime, de communion divine à travers Jésus Christ, vie déjà commencée pourrait durer toujours ? Et que faire pour… ? A-t-on vraiment envie de vivre en communion et de durer toujours ? Testons un peu le fond de notre foi et est-ce qu’il correspond à notre vrai désir. Vivons-nous déjà avec le grand espoir de ne jamais mourir sinon en ce passage qu’on ne peut éviter mais qui n’est qu’abandon de notre propre vie envers celui qui aime ? Et avons-nous conscience que pour y parvenir il est une façon qui déjà l’anticipe ? La communion au Christ, et par lui à son Père, c’est déjà la vie éternelle ! Alors que nous dit-il pour que nous communions ? Le scribe qui questionne reçoit une réponse à travers une histoire fabriquée par Jésus. Nous la connaissons tous. Prenons la conclusion : Du prêtre, du lévite ou du samaritain quel est celui qui fut le plus proche de l’homme battu par les bandits ? Aucune hésitation, chacun de nous répond, comme le fit le scribe : « Celui, bien sûr, qui a été bon pour lui » (Lc 10, 37) Celui qui n’était ni prêtre ni lévite mais simplement hérétique et dont le cœur vivait. Voici donc la clef de toute éternité : Si tu veux vivre en Dieu c’est-à-dire toujours, « rends-toi proche »… Proche de celui qui a besoin de toi. Rends-toi proche, comme le Samaritain devenu le prochain de cet homme blessé qu’il ne connaissait pas. Le prochain n’est pas l’homme qui vit tout près de moi, mais je suis le prochain lorsque je me rends proche de quiconque a besoin de moi. Est-ce trop subtil ? Disons-le simplement. Le prochain c’est moi quand je me rends proche. Le prochain c’est moi en plein déplacement pour me rendre « auprès de… » L’accent nous le sentons porte sur l’action non sur les sentiments. Et la question est donc comment me fais-je proche ? Alors que faire ? Nous le savons maintenant. Si je ne fais comme Dieu, constamment « allez vers.. » afin de devenir le proche de quiconque, je ne pourrai, c’est sûr, partager avec lui sa vie de communion qui jamais commencée ne peut finir non plus. Notre vie sera ce que nous en faisons déjà. Se faire le prochain de l’autre, quel qu’il soit, donne la clé du bonheur éternel. Celui que tu attends ? Réjouissez-vous ! 4 juillet 2004 - 14° Dimanche du temps de l'Eglise (C)
L’invitation vient du Christ. Elle conclut le retour de mission des soixante douze disciples. Envoyés deux par deux ils avaient pour tâche d’annoncer le Royaume de Dieu. Leur expérience fut forte. Ils s’en ouvrent au Christ : « Seigneur même les esprits mauvais nous obéissaient quand nous leur donnions des ordres en ton Nom » (Luc 10, 17) Jésus ne le nie pas : « Je voyais Satan tomber du ciel comme l’éclair » (Luc 10, 18) Pourtant si grand soit le pouvoir accordé aux disciples et si bénéfique leur action, ils ne doivent point s’enorgueillir. L’important, pour eux, doit résider ailleurs. Ce qui doit les ravir : Que leurs noms soient inscrits dans le livre des cieux. C’est-à-dire ? Qu’existe-t-il de plus gratifiant que le pouvoir dont ils étaient pourvus et que tous les pouvoirs que les hommes fabriquent et que tous les bonheurs qui souvent sont trompeurs ? A notre tour cherchons ! Qu’est-ce qui doit nous ravir et nous donner du souffle ? N’est-ce pas de connaître le Christ et de vivre sa mission ? Les conditions pour le suivre, celles que nous entendions les dimanches passés, peuvent, de prime abord, nous effrayer. Elles peuvent même nous paraître impossibles voire inhumaines. En effet, laisser les morts enterrer les morts, surprend, suivre le Fils de l’homme sans autre sécurité que de lui faire totalement confiance, inquiète, renoncer à faire des adieux légitimes car le temps presse et que l’annonce du royaume prédomine, exaspère. Pourtant en nous faisant partager son expérience le Christ ne veut en rien compresser notre vie, ni l’amputer de ses dimensions normales. La privation pour lui, l’arrachement, n’est pas un but en soi. Mais la passion qui l’anime et qu’il transmet à ses disciples, exige des choix, urge des décisions, provoque des arrachements. Ce fut le cas pour lui, il en sera de même pour nous. Proclamer que Dieu s’approche de chaque être humain, ne laisse aucun répit à celui qui en fait l’expérience. Sa vie alors s’organise en fonction de cette proclamation. « Le royaume de Dieu s’est approché de vous » (Luc 10, 9) Réjouissez-vous ! La joie nous donne rendez-vous ! Le fond du monde d’aujourd’hui ressemble probablement à celui d’hier, même si les conditions de vie ont changé. Le besoin de connaître Dieu et de se connaître en lui, demeure tout aussi vital. Des disciples sont nécessaires pour proclamer la proximité de Dieu, car la connaissance est un don d’abord proclamé et accueilli ensuite. Il faut des passionnés du Christ, des « obsédés » du Royaume, au point que dans la vie tout lui soit référé, pour que le monde sache et vive. Sommes-nous de ceux-là ? Laissons nos illusions à propos du bonheur ! Faisons de notre vie ce que le Christ en dit Et réjouissons-nous de lui appartenir. « Aller vers… » 27 juin 2004 - 13° Dimanche du temps de l'Eglise (C)Evangile : Lc 9, 51-62 Suivre Jésus sans condition sur la route de la Croix C ela pourrait-il être une nouvelle dénomination de Dieu ? « Aller vers… Je suis Celui qui va vers…! » Dieu, Celui qui ne reste pas en place, qui se « déplace » toujours vers l’autre ou même vers l’Autre. Notre mentalité, plutôt casanière, peut-elle comprendre ce mouvement de Dieu ? Ne sommes-nous pas plutôt portés à nous arrêter, pour rester dans le connu, nous enfermer dans le même, nous en tenir au prévisible ou nous replier sur notre propre moi. Toujours sortir de soi s’en aller vers l’autre, toujours quitter son quant-à-soi pour vivre la rencontre, toujours marcher en soi et extérieurement pour aller ailleurs, en quête de vraie vie, nous semble fastidieux et pourtant n’est-ce pas ce qui ressort de l’évangile et plus précisément de la vie même du Christ telle qu’on nous la rapporte dans les évangiles?Jésus n’en finit pas de se déplacer. Il ne cesse d’aller à la rencontre des gens. Et même quand il prend un petit temps de repos et que l’ayant retrouvé, les gens l’assaillent à nouveau, il cède à leur désir et se laisse envahir. Il ne cesse d’aller et venir : Galilée, Jérusalem, Capharnaüm… Et aussi, nous le lisons dans le passage d’aujourd’hui, de Jérusalem vers le Père : « Or comme arrivait le temps où il allait être enlevé de ce monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem » ( Lc 9, 51) Notons bien cet incessant voyage à la rencontre de l’autre, cet incessant aller vers… Venu du Père pour habiter avec les hommes Jésus développe pendant sa vie publique, une vie de rencontre intense jusqu’à l’heure de son retour au Père. Il emporte alors en lui l’humanité pleinement réalisée, sans pour autant cesser, par l’Esprit, de rejoindre encore tous les hommes jusqu’à leur accomplissement final dans la communion du Père du Fils et de l’Esprit. Ce mouvement de sortie de soi, d’aller vers, mais à la suite du Christ, exprime aussi le comportement radical du disciple. Accueilli ou refusé le Christ poursuit sa route, sans se laisser paralyser par l’attitude négative des hommes et entraîne derrière lui ses disciples qui eux voudraient, comme Jacques et Jean, s’arrêter en chemin pour, par exemple, punir les Samaritains de leur refus. (Lc 9, 54) Ne le recevant pas, les hommes, comme les Samaritains de cet évangile, se privent eux-mêmes de sa présence et s’infligent dès lors, si l’on peut dire, leur propre punition. Pourquoi donc alors perdre du temps à vouloir régler des comptes ? Délesté de tout, le Christ, ancré dans sa relation au Père, va simplement mais totalement vers les autres pour les rendre fils et frères. Le suivre, comme il le demande et comme les trois personnages de l’évangile (Lc 9, 57-62) semblent le souhaiter, engage, pousse et requiert la pleine liberté : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête » (Lc 9, 58) Comment mieux indiquer qu’il ne possède rien ou qu’il ne s’est approprié aucun bien, même si par ailleurs « c’est par lui que tout a été fait » ? Fondamentalement enraciné dans sa relation au Père, il va… Se mettre à le suivre évacue les délais. Venir vers la vie ne supporte pas d’atermoiements. Annoncer le royaume envahit la personne. Ce souci qui doit être constant ( peut-il en être autrement ? ) vivifie de l’intérieur les démarches humaines. Enterrer son père, faire des adieux, autant de gestes humains tout à fait respectables mais qui, selon le Christ, doivent être référés à la mission première. Ils doivent être célébrés dans l’esprit du royaume. Refuser le primat du royaume, regarder en arrière (Lc 9, 62), hésiter à s’arracher, fait penser à la femme de Lot, qui, pour s’être retournée, s’est retrouvée figée dans le passé, comme pétrifiée (Gn 19, 26). Aller vers… passer en proclamant le royaume ; poursuivre sa route ; et annoncer encore, dans et par le quotidien des gestes humains, que le Christ est la Bonne Nouvelle ; dépasser les façons de faire habituelles pour les revitaliser ; voici un incessant labeur qui prend tout entier comme le Christ lui-même fut pris tout entier. Que me dit donc cet évangile et comment me parle ce commentaire ? Suis-je mobile dans ma façon de comprendre le Christ à travers l’évangile et suis-je en route dans ma façon d’en témoigner ? « Aller vers… » Pourrait-il être un autre nom de Dieu ? Et pourquoi pas le mien ?
Qui suis-tu ? 20 juin 2004 - 12° Dimanche du temps de l'Eglise (C) Evangile : Lc 9, 18-24 Confession de foi de Pierre et annonce de la Passion « Suivre » est un des maîtres mots de la foi chrétienne. En effet, celle-ci n’est pas adhésion à des théories mais confiance active en Quelqu’un. Elle n’est pas un ensemble de prescriptions mais une réponse de tout l’être à Celui qui appelle à la communion avec Lui. Nous le savons, déjà, mais nous l’oublions souvent. Posons-nous donc la question, à la suite de qui sommes-nous ? Puis-je déclarer que ma vie avance vraiment à la suite du Christ ? Entre proclamer de bouche son Nom et avoir réellement engagé sa vie à sa suite il y a de la marge. La question est donc pertinente. Il est bon de se la poser en ce jour où l’évangile nous y invite. Ma vie avance-t-elle résolument à sa suite ? Comment puis-je le savoir ? Qui va me le dire ? A quoi suis-je donc confronté qui m’oblige à choisir ? En s’adressant à tous, pas seulement aux Douze, Jésus nous éclaire en nous donnant le critère de discernement. Reprenons sa parole : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. » (Lc 9, 23) D’une façon ou d’une autre nous sommes plus ou moins à la remorque de quelqu’un ou de quelque chose. Mais de qui, de quoi ? Prenons le temps du discernement tout en écoutant son appel « Si quelqu’un veut me suivre… » Et puis entendons les conditions. Sommes-nous prêts à les entendre sans les édulcorer ? Ces conditions n’ont rien d’un catalogue de choses à faire. Elles touchent à notre façon d’être, aux décisions que nous avons à prendre et que nous prenons chaque jour, aux choix que nous faisons même dans le quotidien. Donc poursuivons, « si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie lui-même » (Lc 9,23) Notre premier sursaut passé, essayons de comprendre. « Se renier soi-même » ou « renoncer à soi-même » Quelle drôle d’idée ! Ne la trouve-t-on que dans l’évangile ou le monde en parle-t-il aussi ? Doit-on l’interpréter comme l’opposition à l’affirmation outrancière de soi ? Le moi persifleur doit-il disparaître ? Dois-je devenir rien ? Me suis-je fait moi-même sérieusement cette réflexion que pour suivre le Christ je dois me renier moi-même ? « Se renier » avouons-le, est fort ! Un exemple peut-il nous aider à comprendre ? Pensons à Pierre et à son reniement. Que lui arrive-t-il ? Tout simplement qu’au moment de l’épreuve de la passion au lieu de prendre parti pour le Christ il déclare à trois reprises ne pas connaître cet homme et n’avoir jamais vécu avec lui. Il s’est donc soustrait au témoignage, il n’a pas suivi le condamné, il n’est pas resté à sa suite, il a refusé, en quelque sorte, de porter sa croix. Qu’a-t-il suivi alors ? Sa peur, son doute, sa crainte ? A-t-il voulu sauver sa vie ? (Luc 22, 57, 58, 60) Avec le cas de Pierre n’avons-nous pas la pleine illustration de l’invitation du Christ : « Si quelqu’un veut…? » Quand, comment, puis-je à l’inverse, non pas renier le Christ, mais me renier moi-même pour suivre le Christ, pour engager ma vie en la modelant selon la sienne. A quel moment ? Mais à tout moment, dans chaque décision que je prends quotidiennement. « Celui qui… qu’il prenne sa croix chaque jour » (Lc 9, 23) Il aurait été plus facile de suivre le Christ, s’il s’en était tenu à sa qualité de thaumaturge, tel que nous voyons Jésus agir dans le passage évangélique(Lc 9, 12-19) précédent celui que nous méditons maintenant. Il s’agissait alors de cette distribution de pain effectuée par les Douze sur l’ordre de Jésus. Mais suivre Celui qui porte une croix devant une humanité hostile et qui le rejette, requiert une autre attitude de la part du disciple : celle évidemment de ne pas écouter sa peur devant le même rejet et même de courir le risque de perdre la vie. Se renier soi-même, porter sa croix, perdre sa vie à cause de Lui, prennent tout leur sens dans ce contexte évangélique de la suite du Christ et seulement dans ce contexte de la foi. Gardons ces paroles ensemble, éclairons-les par sa Vie, et aussi les unes par les autres. Alors nous sentirons mieux à quel engagement radical nous sommes appelés, puisque c’est à tous que cet engagement est adressé. (Lc 9, 23) « Se renier, porter sa croix, sauver sa vie, perdre sa vie à cause de moi, rougir de moi et de mes paroles » Etonnantes propositions qui nous vident de notre propre façon de voir et de faire pour adopter celle du Christ. Mais seulement valables « Si quelqu’un veut le suivre…! » Aurons-nous plus de lumière, au terme de la méditation de cet évangile, sur ce qu’est suivre le Christ et pour percevoir en fait, en ce moment, qui ou quoi nous sommes en train de suivre ? En effet qui suis-tu ?
Evangile : Lc 7, 36 ¦ 8' 3 La pécheresse pardonnée à cause de son grand amour Que lui est-il arrivé à cette dame qui entre brusquement dans la salle de banquet où l’invité Jésus devient aussitôt et exclusivement l’objet de toutes ses attentions ? D’où lui vient cet épanchement de larmes, de parfum et de longue chevelure ? Que s’est-il passé en elle pour que devant tous ces hommes, elle, une femme, s’exprime de tout son être avec tant d’ émotion ? Car cette femme ne joue pas la comédie, elle ne simule pas une prestation amoureuse. Elle n’est pas venue non plus quérir l’un ou l’autre privilège. Elle est entièrement dans la reconnaissance. Elle exprime un bonheur qui est déjà là, en elle… Rendrait-elle hommage à l’auteur de son être ? A-t-elle vécu une libération ? A-t-elle fait une découverte sur elle-même, en elle-même ? Scrutons ce personnage avec des yeux tout simples. N’empruntons pas, par contre, les verres du Pharisien. Il voit en cette femme ce qu’il pense qu’elle est. Et ce qu’elle est pour lui n’est guère reluisant : une pécheresse ! Ensuite il voit jésus dont il se méfie, car il est inclassable. Serait-il un prophète comme il le laisse entendre ? Mais un homme de Dieu serait plus perspicace ! Or dans ce cas ici il ne l’est pas vraiment car il ne semble pas apercevoir qui est sa visiteuse. Il se laisse approcher et même toucher par elle sans se préoccuper d’en ressortir souillé. Simon le pharisien fixe surtout Jésus car c’est lui avant tout qu’il voudrait surprendre en flagrant délit de fausse identité. La femme, il la connaît et n’estime pas devoir en apprendre davantage. Mais Jésus il ne sait ! Dés lors comment lever son secret ? On a tout lieu de croire que Simon le pharisien n’évoluera ni dans un sens, ni dans un autre. De Jésus il ne comprendra pas l’identité profonde et de la femme il ne saisira pas le mobile de sa joie. Sommes-nous plus avancés ? Les paroles de Jésus adressées à Simon nous révèlent-elles le sens de cette situation ? Cette femme immensément reconnaissante au point d’offrir à Jésus un service d’accueil que l’hôte a négligé, est une pécheresse. Jésus ne le nie pas. Mais elle a trouvé en lui quelqu’un qui l’aime en vérité. Pécheresse…! C’est vrai…! Mais surtout et par-dessus tout, aimée de Dieu. Est-ce là, la cause de son bouleversement ? Est-ce cela qui la fait fondre en larmes de joie ? Le non-amour détruit. Celui que l’on pratique quand il n’est qu’un mime de l’amour véritable. Celui que l’on perçoit dans le regard de l’autre. Cette femme est aimée par l’homme qui est là d’une façon nouvelle. Cet amour l’enveloppe et la rejoint jusqu’au fond d’elle-même. Son péché ne l’a pas empêché d’être aimée et cet amour l’a « redonnée » à elle-même. Elle existe à nouveau « par le don » qu’il lui est fait d’elle-même. Aucune personne humaine ne peut aimer au point de recréer ! En nous il reste toujours quelque chose, un résidu, qui empêche de reconnaître l’autre dans sa réalité comme totalement aimable. Nous avons des canons que nous étalonnons sur nos propres mesures et qui réduisent l’autre à n’être que ce que nous voulons qu’il soit par rapport à nous-mêmes. Dieu, en cela, ne nous ressemble pas ! Ceci loin d’être une idée fixe non fondée et gratuite se laisse découvrir dans la vie de Jésus Christ. Cette femme l’a su, compris, senti, vécu…Dieu n’attend pas pour nous aimer que nous soyons parfaits. Il nous aime et cet amour accepté, par le don de sa vie, il nous refait. Cette femme n’est pas pardonnée parce qu’elle a beaucoup aimé mais elle aime beaucoup parce qu’elle est pardonnée. L’initiative de Dieu précède et régénère celui ou celle qui s’ouvre à lui dans la foi, c’est-à-dire dans l’abandon, la totale confiance. L’homme par ses propres forces ne sait pas aimer. Toute puissance d’aimer est un don. L’ amour humain ne peut donc obtenir le pardon comme si cet amour venait exclusivement de l’homme alors que l’amour est toujours et d’abord le don que Dieu lui fait. Aimer c’est accueillir et vivre du don que Dieu nous fait de notre être. Cette femme a compris. Elle s’est reçue de Dieu. En retour elle exprime, avec ses gestes à elle, sa totale reconnaissance. Simon est à cent lieux de comprendre cela. Quant à moi, l’amour que le Christ me porte m’a-t-il déjà bouleversé ? Si non qu’est-ce j’attends pour me laisser aimer ? Car si l’on veut aimer il n’est d’autre moyen que de s’ouvrir à Dieu sans aucune condition. Avant tout ce que l’on fait, avant comme pendant et après on est aimé Déjà !
Donnez leur... 13 juin 2004 - Corps et Sang du Christ (C) Evangile : Lc 9, 11-17 Le Christ nourrit son peuple Jusqu’au soir elles ont écouté le Christ. Mais la nuit vient, que vont-elles devenir ? Pas d’abri, pas de nourriture, ne vaudrait-il pas mieux les renvoyer chez elles ? Les Douze le suggèrent. N’est-ce pas le bon sens ? Mais Jésus le refuse. Ces foules, à qui il a parlé du royaume de Dieu et dont il a guéri ceux qui en « avaient besoin» (Lc 9, 11) il ne veut pas les renvoyer. D’ailleurs où iraient-elles ? N’ont-elles pas trouvé en lui celui qu’il faut trouver ? Et le royaume dont il les a entretenues ne serait-il qu’une vague espérance ? Il est déjà une réalité en marche. Avec le Christ, le royaume est là, présent. Les Douze sont loin de l’avoir bien compris, mais il est temps pour eux d’en savoir davantage. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Lc 9, 13) Surprise, avec quoi le pourrions-nous, semblent-ils dire ? Pas de pain en quantité suffisante et seulement quelques poissons… ce genre de service ne s’improvise pas. Comment avec si peu apaiser tant de faim ? Devraient-ils acheter des pains autant que nécessaire ? (Lc 9 13b) Mais est-ce bien cela qui leur est demandé ? Jésus n’acquiesce pas à ce nouveau propos. Alors comment s’y prendre pour donner à manger ? Mais oui comment s’y prendre ? La suite de l’évangile peut-elle nous aider ? Lentement, semble-t-il, nous voyons apparaître le rôle des disciples. Ce que l’on peut noter c’est que : « Jésus prit les cinq pains avec les deux poissons, les bénit, les rompit.. » (Lc 9, 16) Puis c’est à ses disciples qu’il donne de les distribuer. Et que s’est-il passé ? Étonnant est le résultat. La faim des hommes est comblée, au-delà même de leur besoin puisque du pain et des poissons il en resta encore douze couffins pleins. Les disciples n’ont pu renvoyer les foules, pas plus qu’ils n’ont eu besoin d’acheter du pain. Qu’ont-ils fait alors ? Ils se sont contentés d’obéir au Christ et de distribuer ce qui était déjà là. Et ce fut suffisant. En effet, il n’est pas dit que les pains furent multipliés mais qu’il y en eut assez. La nourriture existe et même en abondance, bénie, rompue, on se souvient alors quelle est sa provenance. Ne vient-elle pas du Seigneur ? Et donc elle appartient à tous ceux qui ont faim. Qu’attend-il des disciples ? Qu’ils prennent en charge l’homme. Qu’ils sachent d’où vient le pain et par la bénédiction qu’ils le fassent savoir afin que l’homme apprenne à bien gérer sa faim. Cette scène au désert loin d’être un coup d’éclat, ou un coup de magie, manifeste plutôt que dans le monde aride, au royaume de la faim, les disciples du Christ, s’ils sont vraiment disciples, peuvent faire beaucoup et plus qu’ils ne pensent pour apaiser la faim. Puisque Dieu qui donne la création, nous donne encore plus en se donnant lui-même, tous les hommes doivent pourvoir trouver leur nourriture. Mais pour qu’il en soit ainsi Jésus demande à ses disciples, vrais serviteurs, d’être les intendants de sa Parole et de son Corps et de veiller à ce que tout homme reçoive ce dont il a besoin pour apaiser sa faim. Les foules trouveront-elles en nos communautés de quoi nourrir leur vie ? Sommes-nous des disciples Qui lorsqu’ils communient Se sentent envoyés aux foules encore affamées ? Le connaître ! 06 juin 2004 - Trinité (C) Evangile : Jn 16, 12-15 L’Esprit nous conduira vers le mystère de Dieu Est-il important de Le connaître ? N’est-il pas possible d’aller à Dieu… sans passer par Lui ? Peut-on parvenir à « connaître » Dieu sans être disciple du Christ ? Penser que Dieu existe, n’est-ce pas suffisant pour se considérer comme croyant ou même chrétien ? Faut-il aller plus loin ? Quand on a dit de Dieu qu’il existe et qu’il est tout puissant n’a-t-on pas dit suffisamment, n’a-t-on pas tout dit ce qui peut être dit ? A-t-on besoin encore d’en savoir davantage ? Que pourrait-on apprendre que l’on ne sait déjà ? Ce genre de propos vous rappelle-t-il quelque chose ? Serait-ce aussi le vôtre ? Ou, si ce n’est le cas, celui de beaucoup d’autres ? Il est étonnant de constater que la plupart des gens quand il s’agit de Dieu s’en tiennent strictement, avec bonne conscience, aux propos de ce genre : il existe, il est tout puissant. C’est peu d’information, en tout cas bien moins que n’en dit l’évangile. Mais l’évangile parle-t-il de Dieu et/ou du Christ ? Voilà qu’il faut trancher et, beaucoup, là encore, ne l’ont toujours pas fait. Si Jésus Christ est Dieu, c’est ce que croit l’Eglise, nul besoin alors d’aller chercher ailleurs ou bien d’imaginer ce que l’on peut savoir de Dieu et plus profondément qu’elle sorte d’expérience on peut faire avec Lui. Mais trop souvent, Chrétiens, on ne fait pas le lien entre le Christ et ce que l’on pense de Dieu comme si le Christ n’en révélait pas la profondeur. Il est le seul pourtant à refléter « ici » sur la terre des hommes, le visage Divin. Car il l’est lui-même ! Mais voilà ce n’est pas évident. Les hommes l’ont nié et ne continuent-ils pas ? Vérifions nos vies et nos façons de dire. Est-ce bien du Christ dont il est question, quand nous parlons de Dieu ou plus exactement est-ce avec son expérience que nous nous exprimons ? La chose n’est pas facile, on le constate souvent. Et l’on se demande pourquoi nous ne parvenons pas à lâcher notre idée sur Dieu pour prendre la révélation qui nous vient du Christ ? Sommes-nous si peu désireux d’en savoir davantage que nous nous contentions de quelques raisonnements ou de quelques idées simplistes quand il s’agit de Dieu ? Il est grand, tout puissant, bon…. Mais enfin les adjectifs ne suffisent pas. Ce qui nous est donné en Jésus de Nazareth va bien plus loin que ça. Le Christ, au moment de passer vers le Père, savait bien que ses disciples n’avaient pas tout compris de son identité. Et, il les avertissait qu’ils avaient encore bien des choses à comprendre. (Jn 16, 12) L’Esprit Saint les pousserait plus loin dans l’expérience. Il le leur ferait « connaître » c’est-à-dire : il leur donnerait de communier à sa réalité intime. Oui l’Esprit Saint fait « connaître » et amène jusqu’à l’intimité avec le Christ (Jn 16, 13) Et pourquoi cette action de l’Esprit en direction du Christ, sinon parce que Jésus de Nazareth est le seul en qui l’homme peut voir ce qu’il doit devenir et en qui il peut communier en vérité en Dieu ? Et avez-vous remarqué que dans ce même évangile Jésus exprime fortement sa relation au Père ? N’est-ce pas lui qui dit « tout ce qui appartient au Père est à moi ». (Jn 16, 15) L’Esprit pousse à connaître le Fils (qui pourrait, mieux que lui, nous le faire connaître ? ) qui lui-même possède ce qui appartient au Père. Voici que face à Dieu, nous sommes situés en pleine vérité. En découvrant le Christ, grâce au Don de l’Esprit, nous découvrons le Père. Nous sommes amenés dans leur intimité. Le connaître ? C’est l’essentiel pour une foi qui vit : en Lui je trouve Dieu. Et je peux exprimer une foi trinitaire. Gardons donc le Christ au centre de nos vies. Prêts ? 30 mai 2004 - Pentecôte (C) Evangile : Jn 14, 15... 26 « L'Esprit Saint vous enseignera tout» Sommes-nous prêts ? Dieu veut parachever son œuvre. Les disciples ont beaucoup cheminé. Depuis l’appel des premiers jours jusqu’à ce dernier rendez-vous à Jérusalem (Ac 1, 4) que de chemin parcouru, que d’expériences accumulées ! Ceux qui vivaient de pêche vont devenir pêcheurs… d’hommes. Celui qui, sombre fonctionnaire, prélevait les impôts portera la lumière. Mais avant d’en arriver là ils ont suivi Jésus de Nazareth sans toujours bien comprendre où il voulait en venir et jusqu’où les mener. Que voulait-il exactement ? Déroutant autant que séduisant, il parlait de Dieu et de l’homme mais très différemment de ce qu’on en disait traditionnellement. Des religieux savants ou de lui qui donc avait raison ? D’où tenait-il cette façon de dire, impressionnante(Lc 4, 22; 4, 32) alors même qu’on savait où il était né (Mt 13, 54) Il parlait vrai, c’est ce que l’on sentait, mais que devait-on en penser ? Il parlait vrai et dans le même temps qu’est-ce qu’il agaçait ! Quand les juifs savants voulaient le contester il savait répliquer et par sa pertinence il obligeait chacun à mieux se regarder, à se voir de plus près. Les Apôtres, les Douze plus particulièrement, même s’ils ne furent pas les seuls, ont été présents à tous les combats, et furent les témoins de bien des polémiques, ont été auditeurs de toutes les paroles. Dans le débat public comme dans la rencontre beaucoup plus intime ils l’ont vu, entendu, suivi sinon de l’intérieur au moins physiquement et affectivement. Quand ils ne comprenaient pas ils l’interrogeaient. Alors ils parvenaient à saisir quelque chose sans aller jusqu’au bout et percer son secret. Il leur faudra attendre pour encore mieux comprendre… Ils ont été témoins de l’engouement des foules et sans doute aussi de leur enfermement. Quand elles le délaissèrent, ils restèrent près de lui, jusqu’au moment crucial où eux aussi n’y comprenant plus rien, s’écartèrent, envahis par la peur. Au cours des jours, des mois passés à cheminer il leur a demandé ce qu’on pensait de lui et plus directement : « Que pensez-vous de moi » (Mt 16, 15) Mais leur compréhension restait bien au-delà de son identité. D’ailleurs même quand Pierre, au nom de tous, répond « Tu es le Christ… » (Mt 16, 16) ce qui était bien juste, on perçoit tout de suite qu’il n’avait pas vraiment compris. Pourtant ils furent marqués, profondément marqués ! Au point qu’ils purent, au lendemain de Pâques, après leur propre effondrement au moment de la croix, de la mort, du silence, se laisser rassembler par le Ressuscité. Et à ce moment-là comprennent-ils qui est Jésus de Nazareth et savent-ils enfin ce qu’il leur adviendra ? Ensemble rassemblés par le Ressuscité que vont-ils devenir ? Ils posent leur question. Jésus ressuscité va-t-il enfin organiser ce royaume promis au peuple d’Israël, et eux qui l’ont suivi occuperont-ils les places les plus intéressantes ? Seront-ils les premiers à siéger prés de lui, à monter sur les trônes du royaume nouveau ? (Ac. 1, 6) Ils ne savent pas trop, après tant d’expériences, au soir de l’Ascension ce qu’ils vont devenir ou ce qui les attend. Et pire encore qui est vraiment celui qui les a tant séduits ? Quelque chose leur manque encore pour bien comprendre. Avons-nous bien pesé ce que cela veut dire être disciple du Christ ? Essayons de toucher, en évoquant leur vie, à quel dépouillement ils furent amenés ? Ils ne « sont », pour l’instant, que par Celui qui les a appelés et qu’ils ont suivi et qu’ils connaissent mal. N’est-ce pas étonnant ? C’est qu’il reste encore une étape à franchir : suivre le Christ mais pas tout à fait comme avant... Ils l’ont suivi, leur suite fut radicale pourtant elle reste encore un brin inachevée. Ils ne sont que par lui mais pas suffisamment. Et voici le moment où l’Esprit est donné. L’intérieur s’illumine. Ils ne sont plus suiveurs, ils deviennent vivants. Le Christ pour eux n’existe plus devant mais au-dedans. Ils deviennent eux-mêmes parce qu’habités par lui. Leur vie devient la sienne. Entièrement saisis par l’Esprit du Seigneur, le nom de Jésus-Christ ne fait qu’un avec eux. Pentecôte : longuement préparés ils ont enfin trouvé qui était Jésus Christ et ce qu’il leur voulait. Que va-t-il se passer pour nous à Pentecôte ? Sommes-nous prêts à accueillir l’Esprit ? Pour qu’il installe en nous la vie de Jésus-Christ ?
« Est-ce tout ? » 23 mai 2004 - Dimanche de l'Ascension (C) Evangile : Lc 24, 46-53 Les dernières paroles et l'Ascension de Jésus Est-ce tout ? Pourquoi ai-je envie de m’exprimer ainsi au terme d’une lecture de l’évangile de ce jour ? L’Ascension ne m’inspirerait-elle pas ? Aurai-je le sentiment d’un inachèvement ? Ou, reprenant à mon compte la question des disciples au Christ ressuscité, aurai-je le sentiment, qui semble être le leur, qu’il restait peu de chose du passage du Christ ? Ne lui demandent-ils pas avec ingénuité : « Seigneur est-ce en ce temps-ci que tu rétabliras le royaume d’Israël » (Ac, 1, 6) Il était bien temps, en effet, de poser la question à propos de ce qu’ils avaient attendu et qui ne venait pas. : Rétablir le royaume d’Israël ? Voilà qui aurait fort bien couronné l’œuvre du Christ. Le rétablissement du royaume au vu et au su de tout le monde aurait effectivement marqué l’intervention de Dieu et probablement donné aux « Onze » des places intéressantes pour gérer cet empire. Mais en fait rien de tel ! Les apôtres se retrouvent seuls face au monde qui ne semble guère avoir été changé, sans aucune structure, en petit comité, dépourvus de toute implantation significative. Pas de maison « Jésus » centre d’une foi nouvelle, cœur d’une organisation avec pignon sur rue. N’est-ce pas surprenant d’avoir voulu marquer l’histoire et de n’avoir rien imprimé dans les structures du monde ? Jésus, sa mission achevée, ne laisse rien qu’on puisse repérer. N’est-ce pas important d’en bien prendre conscience ? N’est-ce pas important d’y regarder de près ? Ne laissons pas passer une si bonne occasion de méditer sur cette pauvreté en moyens et en hommes ; pour aussi prendre en compte l’échec retentissant d’un homme condamné pour une œuvre décriée. Au moment de l’Ascension, le Christ ressuscité ne lègue rien qui habituellement fait la grandeur d’une vie. Quant aux apôtres, eux qui restent ici, les voici démunis de tout prestige, de toute influence et de tous biens. Quel nom donner à cette situation : pauvreté ? Et comment ne pas s’exclamer, au terme de la vie du Christ, Seigneur est-ce tout ? Alors que notre époque se pose avec acuité des questions sur l’annonce de l’évangile, pouvons-nous puiser à cette situation originelle une inspiration féconde ? Vaut-il la peine d’interroger les « Onze » sur le fait d’être laissés sans rien ? Et pourquoi ne pas rebondir en formulant ainsi une question nouvelle : N’avoir rien, est-ce tout ? Doit-on prendre acte, paradoxalement, de quelque chose de grand ? Ne sentons-nous pas vibrer la vie ? Ne sentons-nous pas que rien ne vient masquer la vitalité d’une foi. Ne sentons-nous pas que la pauvreté des moyens s’accompagne de la plus grande richesse ? Église naissante, vitalité surprenante, contenue et qui va bientôt éclater. Le Christ ne laisse rien au sens de ces héritages, accumulation de toute une vie, à transmettre à la génération suivante. Mais ce rien n’est-ce pas tout ? En fait, que dit Le Seigneur à ses disciples avant de les quitter ? D’abord, ce qu’ils doivent garder : que sa vie fût conforme au dessein de son Père ; que ses souffrances et sa mort, malgré une impression contraire, furent bien celles du Messie dont le nom doit être proclamé à toutes les nations. Car aujourd’hui, celui qui était mort condamné par les hommes, a été relevé vivant et le reste pour toujours. Et puis que le plus grand bien que l’on puisse offrir aux hommes et qu’il leur offre, est d’être pardonné de tout péché par un immense amour qu’il exprime lui-même de la part de son Père. Et que ce nom livré aux hommes et ce pardon offert à tout homme pécheur, expression d’un amour de toujours, seront rendus pour chacun, pleinement lumineux par la grâce de l’Esprit. Pauvreté des moyens mais richesse de vie offerte à tous les hommes, n’est-ce pas l’essentiel, et donc « tout » ce qu’il convient d’avoir ? Ils n’avaient rien ! Qu’avons-nous de trop ? Ils n’avaient rien sinon leur foi en la Parole. Est-ce tout ? Mais n’est-ce pas tout ?
De quelle façon ? 16 mai 2004 - 6° dimanche de Pâques (C) Evangile : Jn 14, 23-29 La promesse de la venue de l'Esprit Voici qui peut nous intéresser ! De quelle façon le Christ reste-t-il présent parmi les hommes alors qu’il est retourné vers le Père ? Comment nous rejoint-il ? Quelles sont les modalités de sa présence ? Quand vous priez, où « imaginez-vous » Dieu ? Où le cherchez-vous ? Ne souhaitons-nous pas de temps en temps que Dieu, dans ce monde complètement fou, se fasse plus perceptible ? N’aimerions-nous pas qu’il intervienne de façon plus manifeste pour remettre les choses et les hommes à leur juste place ? Mais alors quelle idée de Dieu se cache derrière ces souhaits, ces expressions ? Ne sommes-nous pas induits en erreur par notre façon « à nous » de nous représenter Dieu ? Et ne serait-il pas temps de la rectifier, de l’ajuster à la « Réalité » divine ? De quelle façon, donc, Dieu est-il présent au monde et à nous-mêmes ? En quelques versets Jean va nous le dire. Jude, l’un des Douze, s’est étonné d’entendre que Jésus après être passé de ce monde à son Père, réserverait sa manifestation seulement à ses disciples et pas du tout au monde.(Jn 14, 22) « A nous et pas au monde ? » Jude s’en étonne. Pourquoi ? A quoi pense Jude en posant la question ? A quoi s’attendait-il de la part du Christ et pour le monde ? Portait-il en lui l’idée que Jésus installerait finalement sur terre le royaume d’Israël ? Songeait-il que Dieu interviendrait de façon éclatante, publique et spectaculaire comme celle que réclamaient à Jésus ses propres frères lors de la fêtes des tentes :« On n’agit pas en cachette quand on veut s’affirmer…Manifeste-toi au monde ! » (Jn 7, 4) A quel type de manifestation pouvait penser Jude ? Mine de rien avec ces questions nous touchons un point important de la relation avec le Christ ressuscité. Elles en rappellent une autre posée par les disciples dans les Actes des Apôtres au moment de l’Ascension : « Est-ce maintenant Seigneur que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » (Ac. 1,6) Mais le royaume dont parle Jésus, la relation qu’il veut établir avec les hommes n’est pas de l’ordre d’une mise en place de structures extérieures, ni le résultat d’une action d’éclat qui « obligerait » les hommes à le reconnaître ou qui hisserait les disciples au rang de leaders du monde. Sans doute aimerions-nous qu’il en soit ainsi et que Dieu soit moins discret mais… Mais Dieu nous déconcerte. On ne cesse de l’imaginer tout-puissant et on ne perçoit rien directement de cette toute puissance. Dieu est présent au monde à sa façon ! Laquelle ? La réponse de Jésus nous éclairera-t-elle ? Il la formule en des termes d’intériorité, de présence « communionnelle », d’inhabitation, d’intimité. Jésus n’avait d’ailleurs pas dit, contrairement à ce qu’avait cru comprendre Jude, qu’il ne se manifesterait pas au monde mais que le monde ne le verrait plus (Jn 14, 19) lui, Jésus pourtant bien Vivant. C’est que pour le percevoir dans son état de ressuscité il faut être vivant soi-même, ce que le monde n’est pas. (Jn 14, 19) Et qu’est-ce qui maintiendra en vie les « voyants » de Jésus le Vivant ? Le fait de « garder sa Parole ». Jésus sera présent, pas tout seul, avec le Père, chez celui qui gardera sa Parole. « Si quelqu’un m’aime il gardera ma Parole et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous ferons chez lui notre demeure » (Jn 14, 23) Voilà nous y sommes, la présence de Dieu est là, pour l’homme, où la Parole du Christ est gardée, crue, obéie. Cette présence n’est pas perceptible de l’extérieur comme une réalité de ce monde qui serait posée devant nous. Elle est enfouie dans une relation. Elle est présence réelle, perceptible, manifestée à celui qui garde, qui s’attache à la Parole sans aller chercher ailleurs, qui l’approfondit constamment sans illusion sur la connaissance qu’il en a, qui veut la vivre au point de se laisser transformer par elle. Il n’est pas sûr que nous soyons encore tout à fait persuadés de la façon dont le Christ Ressuscité se rend présent à nous. Il n’est pas sûr que nous n’attendions pas qu’il fasse des signes extérieurs, dans le ciel, dans le soleil ou encore ailleurs. Mais il faudra nous y faire, Dieu, le Fils et le Père habitent chez les hommes quand la parole qui nous a été léguée vit en nous et nous transforme grâce à l’Esprit. Arrêterons-nous de parler de Dieu comme si nous ne connaissions pas l’Évangile ? Le rejoindrons-nous là où il nous donne rendez-vous… En nous et entre nous ? Et sa Parole deviendra-t-elle la nôtre ? P. Christian Blanc, a.a. Retour haut de pageQue veut-il ? 9 mai 2004 - 5° dimanche de Pâques (C)Evangile : Jn 13, 31...35 Le commandement nouveau N’en demande-t-il pas trop ? Ne sait-il pas que nous n’y parvenons pas ? Pourquoi nous demander une chose pareille ? Imaginez-vous l’exploit qui nous est demandé ? Rien de moins que de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés ? (Jn 13, 34) Mais personne n’est dupe. Tout le monde sait bien que c’est difficile voire impossible. Nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés ! On voudrait bien, encore que ce ne soit pas si sûr, pouvoir y parvenir entre disciples mais le résultat n’est pas convaincant. Aimez-vous les uns les autres… Aimer, un verbe peut-être un peu trop fort ? Est-ce que supporter n’irait pas mieux ? Supportez-vous les uns les autres. N’est-ce pas ce que l’on pratique en général ? On se supporte. Mais est-ce une substitution adéquate ? Le Christ ne dit-il pas « comme je vous ai aimés » ? Or s’est-il contenté de nous supporter ? Comment a-t-il vécu l’amour ? Le contexte immédiat de notre évangile peut-il nous renseigner ? Notre passage fait partie du chapitre treize, celui du repas au cours duquel Jésus, tel un esclave et parce qu’il est le serviteur de l’homme, lave les pieds de ses disciples. En même temps pendant ce repas, aussitôt la bouchée prise, Judas se retire. Il faisait nuit ajoute le texte. (Jn 13,30) Or Judas sorti, la rupture accomplie, Jésus proclame et ceci doit nous étonner, que : « Maintenant le fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui … Et que si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera. » (Jn 13, 31-32) Quatre fois le mot gloire pour exprimer la nouveauté d’une relation entre Jésus et Dieu son Père. Que vient-il donc de se passer pour que Jésus parle de glorification, d’une glorification réciproque, de sorte qu’à travers le comportement du Fils on perçoive celui du Père et que le Père se sente engagé dans le comportement du Fils au point d’intégrer le Fils dans sa propre Gloire ? Le Fils, au moment de l’action de Judas, accomplit-il déjà pleinement son rôle d’Envoyé aux hommes pour manifester à fond le cœur du Père ? En réagissant comme fait Jésus trouve-t-on en ce verset la définition de l’amour selon Dieu ? Jésus, Judas, le Père, la Gloire ! Ou bien pour le dire autrement, la communion proposée, la communion refusée, la trahison acceptée avec toutes ses conséquences, et la gloire de Dieu manifestée (La gloire de Dieu : son être tel qu’il se laisse percevoir par les hommes)! L’amour a l’état pur ? Restons calmes ! L’exigence est immense. Ce qu’il a fait, il nous demande de le faire, non pas de souffrir comme lui, mais d’aimer comme lui. Y-a-t-il une différence ? Oui très grande. Car il s’agit d’aimer non pas la souffrance mais l’homme qui peut aller jusqu’à faire souffrir, et de continuer d’aimer dans la souffrance. Notre faiblesse supportera-t-elle un tel choc ? Saura-t-elle aimer comme le Christ aimait le traître et l’aimait encore et jusqu’au dernier souffle ? Judas sorti, la rupture consommée, le Christ accepte d’aimer encore. Ainsi Dieu est manifesté dans ce qu’il « est », sa gloire nous apparaît… Aimer, ainsi pratiqué, comme le Christ, ne va pas sans renvoyer à une autre expérience de l’amour, celle d’être aimé. Jésus puise son amour pour l’homme dans celui que le Père lui porte et il le lui restitue en aimant l’homme. Veut-il que nous aimions ainsi ? Cet amour est-il possible si l’on ne se sent pas aimé de Lui ? Et en réponse, j’aime le Christ, moi aussi, en aimant les autres tel que lui m’aime. Nous n’avons jamais l’initiative première de l’amour. Si nous sommes capables d’aimer, c’est que déjà nous sommes aimés. Que veut-il : « Que nous aimions comme Lui » ? Et nous, que souhaitons-nous ? Et où en sommes-nous de l’amour évangélique ? Retour haut de pageIls sont « UN » 2 mai 2004 - 4° dimanche de Pâques (C)Evangile : Jn 10, 27-30 Le Bon Pasteur donne la Vie à ses brebis Comment le croire ? Les interlocuteurs de Jésus, ceux qui l’encerclent, ne s’en rendent pas compte. Ils sont en face d’un homme, perturbateur de leur façon d’approcher Dieu, et ils lui réclament des explications : « Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en haleine ? Si tu es le Christ, dis-le-nous ouvertement. » (Jn 10, 24) Être le Messie donc…? Rien de moins visible, puisqu’il faut encore questionner ! Qu’est-ce qui alors pourrait lever les hésitations ? Accréditer de façon définitive cet homme de Nazareth comme Messie ? Lui, qui par ailleurs, comme preuve, ne semble pas avoir autre chose à présenter, que ce qu’il dit, ce qu’il fait et surtout ce qu’il est. Discours, enseignement, échanges, miracles, guérisons, tous ces éléments de la vie de Jésus de Nazareth n’ont semble-t-il pas été suffisants pour lever les réticences sur son identité et permettre de le reconnaître comme Christ. Que peut-il faire encore ? N’a-t-il pas été assez clair ? A-t-il occulté sciemment des aspects éclairants de sa personnalité ? Bref ! Où faut-il chercher les causes du manque de clairvoyance et de reconnaissance ? Certes, Jésus ne laisse entendre qu’il est le Messie qu’avec beaucoup de précautions, probablement pour ne pas provoquer de fausses interprétations. Mais sa vie ne parle-t-elle pas d’elle-même? Les interlocuteurs manquent-ils encore d’éléments ou bien les éléments qu’ils possèdent ne les inspirent-ils pas ? Car on peut voir un comportement et ne pas comprendre ce qu’il veut dire. Jésus de Nazareth a beau dire et beau faire, les « juifs » qui l’entendent et le voient ne croient pas qu’il soit plus qu’ils ne perçoivent : un homme. Et que devrait-il voir et comprendre ? Qu’il est le Christ ? En effet et c’est ce que Jésus leur fait remarquer : « Je vous l’ai dit… » Mais …! Et voilà où est le problème : « Vous ne croyez pas. Et vous ne croyez pas car vous n’êtes pas de mes brebis » (Jn 10, 25-26) Entre Jésus et ses brebis, il y a une affinité, une réceptivité, une écoute intérieure qui leur permet de discerner Celui qui les connaît, les aime vraiment et que donc, elles peuvent suivre. Mais pourquoi certains le suivent et d’autres pas ? Qu’est-ce qui fait la différence ? La capacité d’écoute, la disponibilité intérieure, laisser Dieu se dire sans vouloir qu’il soit comme je voudrais qu’il soit ? La question brûle les lèvres car elle est permanente et toujours actuelle. Les uns disent qu’ils croient, les autres ne peuvent pas en dire autant. Que se passe-t-il en l’homme, quand, comme c’est le cas dans notre récit d’aujourd’hui, on croit soit disant en Dieu et que l’on refuse de croire au Christ ? Pourtant, le Christ, ne dit-il pas lui-même : « Le Père et Moi nous sommes UN » ? Ne serait-il pas normal quand voyant l’un on reconnaisse l’autre ou qu’en confessant l’un on découvre le lien qui le rattache à l’autre ? Croire à Dieu ne devrait-il pas conduire à croire au Christ ? Et voir Jésus de Nazareth ne devrait-il pas ouvrir à la connaissance du Père ? Apparemment pas, en tous les cas pas automatiquement ! Il peut y avoir un hiatus et il apparaît bien dans cet évangile. Certains pourtant se laissent ouvrir intérieurement, se sentent connus, aimés. Ils reçoivent alors la plénitude de la vie : En faisant confiance à Jésus de Nazareth ils participent à cette « solidité » qui unit le Père et le Fils et que rien ne peut ébranler. (L’expérience de la passion l’a confirmé) Croire au Christ c’est être amené par lui à la solidité d’un amour indéfectible, à la participation d’un don total, d’une réciprocité entièrement ouverte à l’autre. La « réalité » du monde, la vérité du monde, le fond du monde s’exprime à travers ces mots. Mais cette réalité ne se livre qu’à celui qui croit . Face à tant d’audace les « juifs » n’en peuvent plus. « Ils vont de nouveau chercher des pierres pour le lapider » (Jn 10, 31) Cependant Jésus de Nazareth dit vraiment et ouvertement : « Le Père est Moi nous sommes UN » Cette Parole a-t-elle déjà changé notre vie ? Où va-t-elle la changer bientôt ? M'aimes-tu ? 25 avril 2004 - 3° dimanche de Pâques (C) Evangile : Jn 21, 1-19 Apparition au bord du lac : la pèche miraculeuse (brève : 1-14) Pierre sursaute ! Jésus ressuscité l’interpelle ! Au terme d’une nuit infructueuse, le Ressuscité l’interroge. M’aimes-tu ? Que veut dire Jésus ressuscité ? Signifie-t-il à Pierre qu’il n’en a pas toujours été ainsi ? Lui rappelle-t- il sa défection ? Les trois réponses compensent-elles les trois reniements ? On l’entend dire ainsi. Mais il y a plus et surtout plus fort. D’abord que veut dire, ce « m’aimes-tu » de la part du Christ ? Qu’est-ce qu’aimer le Christ ? Pierre répond « oui » avec autant de conviction qu’il est possible. Cependant à la troisième fois, il perce dans sa réponse un soupçon d’hésitation, ce qui l’amène à s’en remettre au Christ : « Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jn 21,17) Comme si finalement à propos de cet amour qui lui est demandé il faisait tout simplement confiance au Christ. Peut-on vraiment savoir si l’on aime le Christ ? Que faire alors sinon s’abandonner à Lui ? Et n’est-ce pas ce que Jésus le Ressuscité a demandé à Pierre tout au long du récit, de lui faire confiance, de s’abandonner à Lui ? Lui faire confiance ! La nuit n’avait pas été fructueuse ! Qu’importe jetez les filets dit le Ressuscité. Et le filet se remplit. Pierre sans aucun pouvoir, nu dit-on, se jette à l’eau en direction du Seigneur, présent sur le bord du lac. Alors du Seigneur, il reçoit l’ordre de ramener sur la rive le filet plein à craquer. De lui il reçoit aussi la nourriture, apprêtée par le Seigneur lui-même : du pain et du poisson grillé. De lui il va recevoir également une mission : la charge de pasteur. Et de lui toujours cette annonce que dans sa vieillesse il sera conduit jusqu’au don total de lui-même. Quel abandon demandé ! Quelle prise de « possession » absolue ! Et pourtant qu’elle liberté ! Quand le Christ ressuscité, dit « suis-moi » il indique que son chemin de vie, vie d’homme parvenue à la résurrection, est celui que le disciple doit suivre. M’aimes-tu ? Souvenons-nous que pour répondre à la troisième interrogation Pierre s’en remet au Christ . A l’évidence il n’y a pas d’autres façons de faire pour l’aimer, que de s’en remettre à lui. M’aimes-tu ? Déjà dans le récit du lavement des pieds la réponse nous était donnée : se laisser faire par le Seigneur pour avoir part avec Lui. Il n’en est pas question, protestait Pierre. Si, dit Jésus, car si je ne te lave pas les pieds tu n’auras pas de part avec moi ! M’aimes-tu ? Comment aimer le Ressuscité ? Nous pourrions nous tromper sur la réponse. N’est-ce pas qu’il faut d’abord l’écouter ce Ressuscité car cette réponse ne peut que nous être donnée ? J’essaie donc d’entendre et d’avancer dans la vie en fidélité au Ressuscité, de recevoir de Lui la mission et de contribuer à faire grandir l’Église. Cette barque et son filet, ce repas partagé, ce don de soi-même auquel chacun des disciples est invité, est un passage obligé vers la communion au Ressuscité. Oui se laisser faire par le Christ, se laisser transformer par son Esprit, se laisser amener jusqu’à cette mort à soi-même comme Lui qui abandonna tout recours à lui-même pour mourir dans la totale confiance envers le Père. Quelqu’un ne disait-il pas pour moi vivre c’est le Christ ? Je me laisse interroger. Est-ce que j’aime le Christ ? Oui, sans doute, mais à la mesure de la place que je lui laisse dans ma vie ! C’est-à-dire ? Voir le Ressuscité ? 18 avril 2004 - 2° dimanche de Pâques (C) Evangile : Jn 20, 19-31 Apparition du Christ huit jours après Pâques Ce n’est plus nécessaire ! Désormais « Heureux, sont-ils, ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 29) L’expérience des Onze, dont celle de Thomas ne se refera plus. Chacun peut, aujourd’hui, croire au Christ ressuscité sans avoir besoin de « constater » sa résurrection. D’ailleurs le pourrions-nous ? L’expérience des Onze n’est pas reconductible. Il nous manque aujourd’hui un élément important de cette expérience des origines. A cause justement de ce que Thomas revendique. Que réclame-t-il ? Reprenons ses paroles : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous et si je ne mets ma main dans son côté, non je ne croirai pas » Thomas un des Douze, a été choisi par Jésus, a vécu avec lui, se trouvait dans le jardin au-delà du Cédron (Jn 18, 1) le soir de l’arrestation. Il connaît donc Jésus et sa vie et sa mort. Une connaissance que nous n’avons pas ! En réclamant de voir dans les mains les traces des clous et la blessure du côté ne formule-t-il pas quelque chose d’important, de capital même ? Jésus de Nazareth, le Christ, serait-il vraiment ressuscité s’il ne portait pas les traces de la passion ? S’il s’était donné à « voir » (ce qui d’ailleurs serait impossible) indemne de ces marques aurait-il été encore lui-même ? Ne devrions-nous pas plutôt penser à un fantôme, à une illusion, à un rêve ? Comment comprenons-nous, nous-mêmes, la résurrection ? Thomas a raison . Thomas veut être sûr que le Ressuscité est bien le même que le crucifié, car si ce n’était pas le cas il n’y aurait pas de résurrection ? Soit sa vie terrestre n’aurait pas été une vraie vie d’homme. Il n’aurait pas vécu authentiquement son histoire d’homme. Il aurait fait semblant d’être nous-mêmes sans l’être vraiment. Soit notre vie terrestre c’est-à-dire notre vie tout court n’aurait pas d’avenir en Dieu. A sa façon Thomas pose réellement la question : qu’est-ce que la résurrection ? Voici une bonne question ? Thomas traité d’incrédule reçoit la réponse et dans le même temps en l’écoutant nous recevons le sens de la résurrection. Jésus ne refuse pas de lui répondre « Porte ton doigt ici, voici mes mains, avance ta main et mets la dans mon côté.» Et Thomas loin d’aller jusqu’au contact physique (ce que l’on dit pourtant habituellement !) confesse Celui qui se révèle, homme ressuscité, comme son Seigneur et son Dieu. Oui Jésus de Nazareth, pleinement homme, mais nié dans son identité, blessé physiquement par les clous et le coup de lance, mort définitivement, vit autrement toute son expérience humaine, son être, son « corps », parce qu’elle est transfigurée, parce qu’elle est passée dans l’être trinitaire de Dieu. Jésus de Nazareth ressuscité se laisse alors appeler « Seigneur et Dieu » L’attitude de Thomas est donc une bonne nouvelle qui permet de percevoir ce qu’est la résurrection. Il en ressort (à l’évidence !) que c’est notre vie humaine, notre corps, c’est-à-dire notre densité historique qui ressuscite d’où l’importance de notre vie sur terre. Thomas ne posait pas une question dénuée de sens. Et pour nous il est important de savoir que les Onze aient pu faire le lien entre Jésus terrestre qu’ils ont connu et le Ressuscité qui se fait reconnaître. En ceci d’ailleurs est leur expérience originale et non reconductible. Reconnaître dans le ressuscité celui qui les avait rassemblés, seuls ceux qui l’ont connu sur terre et ont vécu dans sa proximité pouvaient le faire. Si nous croyons aujourd’hui c’est sur leur expérience. Thomas se trouve dans une posture spécifique qui ne peut être la nôtre. Cela n’empêche pas que nous confessions comme lui et grâce à lui, Jésus, Seigneur et Dieu. Le Seigneur, nous ne le verrons pas comme il l’a « vu » mais nous le vivrons comme il l’a vécu. Enfin ajoutons encore ceci, les deux rencontres avec le Ressuscité signalées par l’évangéliste Jean, se déroulent au cours de ce qui semble bien être une célébration liturgique dominicale. Il est assez facile de le déduire à partir de la mention chronologique : le soir de ce même jour, le premier de la semaine puis huit jours après… L’Eucharistie est toujours le lieu par excellence de la rencontre avec le Vivant. Nous, aujourd’hui, nous ne pouvons plus « voir » le Ressuscité mais nous pouvons en vivre. En chaque eucharistie, au milieu de l’assemblée, Il est là. C’est bien Lui dit Thomas, Nous partageons avec l’apôtre le même bonheur Même si nous ne pouvons « voir » selon son expérience. Nous pouvons croire comme il a cru. Femmes dites-nous ! 11 avril 2004 - Fête de Pâques (C) Evangile (de la Veillée pascale) : Lc 24, 1-12 " Pourquoi chercher le Vivant parmi les morts " Chaque année en célébrant le Ressuscité, il nous faut demander aux récits évangéliques le sens de cet événement qui déborde l’histoire. Sinon nous l’oublierions et nous vivrions la Pâques selon notre imagination. Cette année méditons ce que nous en dit Luc. De bon matin des femmes vont au tombeau. Empêchées jusque là par le temps du sabbat, elles se précipitent dés le lever du jour. Avec des aromates, que viennent-elles faire ? Honorer un cadavre ? Or elles ne trouvent pas ce qu’elles venaient chercher. Car
le corps du Seigneur Jésus a disparu ! De cette disparition que faut-il en penser ? Que le tombeau étant vide le Christ est ressuscité ? Mais ce serait oublier que le corps aurait pu être déplacé, enlevé, volé … L’absence de cadavre ne peut être une preuve. Aussi demandons-nous, devant le tombeau vide, ces femmes que comprennent-elles? Parviennent-elles
à croire à ce qui s’est passé? Sont-elles
convaincues qu’il est ressuscité ? A bien scruter le texte on pourrait en douter. Certes elles font une expérience, celle d’être interpellées. Deux hommes en habits éblouissants se tiennent devant elles. Elles ne regardent pas puisqu’elles baissent les yeux. Dieu serait-il là ? Dieu, en effet ne peut pas être vu, mais elles peuvent l’entendre. Et voici la parole qui leur est délivrée. Pourquoi
chercher parmi les morts celui qui est Vivant ? Pourquoi,
en effet ? Parce qu’elles n’y avaient pas pensé ? Parce
qu’elles avaient oublié ce que Jésus avait dit ? Parce que la résurrection
étant si transcendante elles ne pouvaient la soupçonner avant qu’elle ne
soit réalisée ? Mais ce qui est sûr et qu’elles nous transmettent,
sans même prendre la parole, c’est que le tombeau vide n’est pas le lieu où
l’on peut rencontrer le Christ ressuscité! Mais
alors où aller ? En Galilée ? Ce qu’indiquait Matthieu, Luc ne le dit pas. Si Luc parle de la Galilée c’est simplement pour rappeler des propos énoncés là-bas par le Seigneur alors qu’Il annonçait ce qui vient de se passer. Le souvenir de ce que Jésus avait dit sans avoir été bien compris, maintenant peut nous aider à réaliser ce qui vient de se passer. Le travail de mémoire éveille la conscience au jour qui vient de naître. Et les femmes, sans doute, reçoivent la lumière de la nouvelle Pâques. Mais rien de bien clair ne transparaît vraiment. Rien n’explose chez elles, pas de joie débordante, ni de cris d’allégresse. Ont-elles vraiment compris qu’Il est ressuscité ? Elles parlent cependant et partagent aux apôtres ce qu’elles ont vu et entendu. Pierre se met en route et constate à son tour que le tombeau est vide, mais ne va pas plus loin. En ce matin de Pâques pas de débordement, il y a peu d’enthousiasme. Ni elles ni les apôtres avec Pierre à leur tête ne semblent avoir compris. En ce matin de Pâques ces femmes nous le disent le tombeau est vide mais celui qu’elles cherchaient où vont-elles le trouver ? Ceci nous intéresse. Et
où va s’établir le contact avec lui ? A travers des images, des perceptions, des visions ? Ne nous engageons pas sur de mauvaises pistes, mais vivons dans la foi. La parole est première et touche nos oreilles. Et Luc nous précède sur ce chemin de foi. Les femmes ont constaté le vide du tombeau, et Pierre, comme elles en ce matin de Pâques, se laisse travailler par la parole ensemencée au cours du temps de Galilée. Est-Il ressuscité ? La suite va le dire en insistant surtout sur le lieu où Il peut être rencontré. Alors
où le trouver ce Seigneur Jésus Christ pour mieux le rencontrer ? Arrêtons nos questions et laissons-nous porter jusqu’au prochain passage du chemin d’Emmaüs. Et que découvrons-nous ? Que pour nous aujourd’hui le lieu de la rencontre, reste d’abord celui de la Parole, d’une Parole féconde qui fait l’Eucharistie. Ces femmes, me semble-t-il, sont restées en chemin pour mieux nous indiquer à nous autres aujourd’hui le lieu par excellence où l’on peut communier au Christ ressuscité. Après notre récit, suit celui d’Emmaüs (Lc 24, 13…) et les deux ne font qu’un. De ce matin de Pâques où tout à basculé, la mort est engloutie, nous avons maintenant l’exacte réalité en chaque eucharistie. Celui qui est Vivant, en quittant le tombeau, nous rejoint chaque fois qu’on fait l’Eucharistie. Il est ressuscité, à notre tour de l’être. Est-ce
là le message des femmes ? Dites-nous, femmes? Est-Il ressuscité ? Imprévu ! Déroutant ! 8 avril 2004 - Jeudi Saint Evangile : Jn 13, 1-15 Jésus aux pieds de ses disciples Le geste de Jésus surprend ! Ces apôtres, les convives se son dernier repas, ne s’y attendaient pas. N’est-il pas leur maître ? Ils le connaissent encore mal cependant ils le vénèrent comme quelqu’un de grand. Grand en effet il l’est mais à la façon qu’il a toujours montrée et qu’encore une fois il va nous révéler à travers l’expression d’un geste décisif. Nous sommes avant Pâques, l’Heure est arrivée dont il était question déjà depuis Cana, de passer pour Jésus de ce monde à son Père. Que va-t-il leur laisser ? Quel est son testament ? Ce qui va suivre n’est-il pas époustouflant ? Considérons trois choses : D’abord que fait le Christ aux pieds de ses disciples ? Est-ce bien une place pour un Maître, un Dieu comme lui ? Il n’est pas sûr que lorsque nous parlons de Dieu ce soit à cette scène que nous pensions d’abord. On parle de puissance, de grandeur de magnificence, on cherche des mots ronflants et les mots que Dieu emploie nous on ne les veut pas. Quels enfants terribles ne sommes-nous pas de vouloir qu’il soit autre que ce qu’il veut être envers nous ? Quand Jésus à genoux lave les pieds des siens, se contenterait-il de montrer comment faire ou bien vraiment c’est Dieu qui agit comme cela ? On pourrait hésiter sur la bonne réponse mais Pierre nous confirme que Dieu se tient ainsi devant chacun de nous. Dieu
à genoux, expression de l’Amour, vrai serviteur des hommes ? Mais non pas toi Seigneur proteste notre Pierre ! Image provocante, image déroutante de Dieu, tellement étrangère à tout ce que les hommes imaginent de Lui. Jean-Baptiste en son temps se sentait tellement humble en face du Messie, qu’il n’envisageait même pas d’être suffisamment digne pour défaire la courroie de ses sandales. Et nous trouvons que Jean a tout à fait raison ! Sauf Jésus, qui déjà au temps de Jean, ne partage pas cette opinion. Et voilà qu’aujourd’hui il renverse encore l’ordre de nos idées : Personne
pour le servir c’est lui le serviteur ! Nous venons de le voir, Dieu est « à genoux » et nous que devons-nous faire ? C’est la deuxième idée. Pierre n’en revient pas et refuse aussitôt. Il a tort. Empêcher Dieu d’ agir, de me « laver les pieds » c’est comme si on refusait d’avoir part avec lui.(Jn 13, 8) Pierre finit par comprendre qu’il ne peut refuser sans se mettre en danger de vivre avec le Christ. Comment nous tenons-nous devant le Seigneur ? Que pensons-nous devoir faire ? Le voyons-nous ainsi qu’il vient de se montrer ? Evidemment cette scène personne autre que Dieu n’aurait pu l’inventer. Ne faut-il pas être Dieu pour avoir cette audace, d’être le créateur et se faire serviteur. Alors que pour les hommes les rêves de grandeur consisteraient plutôt à se faire servir. Mais à y bien songer comment voudriez-vous qu’il fasse ? Pour nous, comment l’atteindre s’il ne se mettait pas à notre hauteur ? Mais dans le même tant où Dieu se révèle comme le serviteur il nous invite aussi à le devenir nous-mêmes, ce que j’ai fait pour vous, faites-le entre vous ! D’où une troisième idée à bien considérer : Ce que le Christ a fait, pas seulement pour l’exemple, il invite à le faire chacun à notre tour. Qui veut être avec lui ne peut qu’être comme lui. Mais une autre raison milite dans ce sens. Le Christ va mourir. Le visage de Dieu a brillé sur le sien. Mais maintenant lui disparu qui va nous dire Dieu ? Ce Dieu tel qu’il est et que Jésus révèle pour la première fois. Ne serait-ce pas aux disciples qu’incombent cette charge ? Et de leur attitude envers ceux qu’ils côtoient, enseignent, rencontrent, dépendra pour les gens la juste connaissance du Dieu de Jésus Christ. Se tenir comme lui devant les autres hommes, c’est remplir une charge qu’il ne peut plus remplir et apporter aux hommes ce qu’ils ne trouvent pas par leurs propres moyens. Et trouver pour les hommes le Dieu de Jésus Christ c’est découvrir la source, la Source de toute notre vie. En résumant un peu cela donne ceci : Dieu se fait serviteur, Sa véritable image telle que nous la révèle Jésus de Nazareth. Pour être avec lui, c’est le but de la vie, nous n’avons pas le choix il faut se laisser faire, se laisser transformer, travail de son Esprit. Mais pour que Dieu soit connu tel qu’il s’est révélé il a besoin de nous et pour qu’il soit « vu » nous serons serviteurs. Dieu
aux pieds des apôtres, imprimons cette image, Acceptons donc ce Dieu qui se fait serviteur, laissons-nous transformer Et
nous aux pieds des autres tâchons de l’imiter, serviteurs pour aimer. Ultime tentative ! 4 avril 2004 - Dimanche des Rameaux C Evangile de l'entrée à Jérusalem Luc 19, 28-44 Comment s’est terminée la vie terrestre de Jésus de Nazareth ? Maintenant nous le savons. Ce n’était d’ailleurs pas très difficile à prévoir même à l’époque de la vie publique de Jésus, car la polémique constamment grossissante entre lui et les religieux du temps pouvait bien laisser présager une telle issue. Mais pourquoi Jésus est-il venu à Jérusalem et de plus dans le Temple ? Pourquoi cette entrée orchestrée solennellement rappelant celle d’un roi d’Israël ? N’est-ce pas de sa part l’ultime tentative ? Jusqu’au bout de ce qu’il pouvait faire et avec le moyen qui était le sien, « La Parole » n’a-t-il pas essayé de faire jaillir la lumière dans le cœur des opposants, scribes et pharisiens et docteurs de la Loi. Cette lumière n’a pas jailli, les ténèbres l’ont remplacée, mais elle fut jusqu’au bout proposée. Comment le cœur humain peut-il se fermer à la Vérité, au nom même de la vérité, reste une énigme quasi indéchiffrable ? Car de quoi avait-il peur, ces hommes de science et de pratique religieuse ? Que pouvaient-ils craindre de celui qui s’avance vers le Temple, en prince de la paix ? L’énigme ne sera jamais complètement levée car nous avons trop de connivence avec cette aversion pour le Christ, nous partageons trop le même péché quand il s’agit d’accepter Dieu tel qu’il est, alors que nous nous acharnons à le concevoir différent. Et encore une fois, qu’avaient-ils donc à craindre de lui ? Ne s’avance-t-il pas à la façon des rois anciens montés sur une simple monture, assis sur un âne, en toute humilité ? Est-il entouré de l’apparat habituel et de la garde rapprochée familière aux grands qui se déplacent ? Vient-il soulever les foules contre une main-mise colonisatrice ou même contre un pouvoir religieux omniprésent ? Appelle-t-il à un changement des structures de la société ? Ah ! Rien de tout cela selon les mœurs politiciennes mais à y bien réfléchir oui tout cela mais plus profondément. Peut-être vient-il dynamiter le socle sur lequel chacun bâtit sa vie, et sur lequel toute société spontanément se construit. Ne vient-il pas en effet changer la base sur laquelle nous édifions notre existence ? Du coup lorsque nous entendons sa voix est-ce que ce ne sont pas nos fondements qui chancellent ? Nos constructions qui vacillent ? Rien n’est plus assuré fermement de ce que l’on croyait avant lui. Il ébranle nos constructions humaines et veut nous fonder sur le roc. Et Lui n’est-il pas ce roc ? Celui sur qui on doit bâtir nos vies ? En entrant dans Jérusalem et plus encore en intervenant dans le Temple, envisage-t-il autre chose ? Il veut et vient s’installer au centre de nos vies ! Et nous n’en voulons pas, pas plus qu’ils n’en voulaient ceux qui le refusent et le font condamner. Jésus comme un roi non-violent mais comme Roi tout de même, entre à Jérusalem et se dirige vers le Temple. Comme « Roi » ainsi ses disciples le célèbrent ! « Béni soit celui qui vient, le Roi au nom du Seigneur ! Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! Pourquoi seulement dans le ciel ? Finalement si l’on en croit l’histoire et nos propres expériences, un Roi qui veut régner à l’intérieur de nos vies nous effraie davantage que celui qui trône et domine. Jérusalem, le Temple, lieu par excellence de la présence de Dieu et de la vie du peuple sera défendu par les responsables qui ne veulent pas de ce roi qui les atteint au cœur. Jésus ne cache pas sa douleur, car est évincée avec lui, l’instauration de la paix. En le rejetant Lui, la paix est refusée. D’où sur Jérusalem les pleurs de Jésus ! « Elle n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée. » (Lc 19, 44) Ultime tentative, le Christ est refusé ! Jusqu’au dernier moment il se sera proposé Car il fallait bien que les gens de son peuple en viennent finalement à décider librement.
Exister... ! 28 mars 2004 - 5ème dimanche de Carême C Evangile : Jn 8, 1-11 Jésus et la femme adultère : « Va, et ne pèche plus » Grandiose est cette scène ! Une femme adultère et Jésus le Seigneur ! Ce qui pèse sur elle, l’écrase lentement. Elle ne peut échapper au châtiment. La tradition est là qui remonte à Moïse. Toute femme ou tout homme (eh oui !) adultère n’y échappera pas. La mort s’ensuivra donnée à coups de pierre. Le verdict est connu, a-t-on besoin d’en savoir plus, d’amener cette femme jusqu’auprès de Jésus. Que peut-il dire de plus ? Justement c’est ce qu’on veut savoir. Se montrera-t-il fidèle à la législation des pères ou bien dans l’autre cas, lui aussi mériterait-il ce qu’on s’apprête à faire pour cette femme adultère. Chacun regarde l’autre et attend ; ils veulent piéger Jésus. Jésus qu’ils ne connaissent pas. Silence ! Jésus interrogé ne répond toujours pas. Ce silence est pesant mais il a ça de bon qu’il fait prendre conscience. Puisque déjà le verdict est porté qu’attendent-ils pour l’exécuter. Ce qui va arriver, ils le ne prévoient pas. Une simple question et quel retournement ! Le piège bien ferré, apparemment, est complètement démonté. Ils veulent de la lumière ? Jésus ne l’est-il pas ? Ses propos démasquent et éclairent en même temps. Qui mériteraient d’être lapidés ? Tout homme qui a péché ? Alors si parmi vous quelqu’un est sans péché qu’il lance le premier cette première pierre ! Lumière ! De ceux qui sont ici aucun ne se sent digne, et chacun se retire, y compris et même avant les autres, les plus vieux. Ont-ils compris plus vite ? Du coup Jésus est seul avec cette femme. Lui, le seul qui, sans péché, si telle était la condition, aurait pu condamner. Mais Dieu pourrait-il tuer pour punir ? Tout homme est hors la loi devant Lui. Mais pour corriger l’homme, ou plus exactement pour le rendre plus digne, Dieu emploie autre chose qu’un recours à la Loi. Il offre son Amour. La loi est nécessaire pour dire le bien, le mal, et Dieu ne le nie pas. Mais ce qui est important c’est qu’en voyant le mal on aille vers le bien. Et c’est ce que Dieu veut. Et nous le voyons bien, cette femme condamnée par loi, l’adultère est un mal, s’en va, régénérée « PAR DON » de Dieu. Moi non plus je ne te condamne pas ! Va… désormais ne pèche plus… Parole de Dieu ! Aucun sous-entendu du genre : « pour cette fois… » Ne pèche plus dit L’Amour, pas la Loi, n’est-ce pas l’idéal ? A rencontrer l’Amour, Le Christ, et nous venons de voir comment il sait s’y prendre, « vivre » devient possible. Jésus ne condamne pas ! Dieu ne lapide pas ! Est-ce bien entendu ? Mais que fait-il alors ? Il nous fait exister. EXISTER !
Dieu est Dieu... ! 21 mars 2004 - 4ème dimanche de Carême C Evangile : Lc 15, 1...32 Parabole du père et de ses deux fils Laissons-le exister tel qu’il est. (Drôle d’invitation !) Ne l’affublons pas de nos façons de faire. (Serions-nous capables d’empêcher Dieu d’être lui-même ?) Essayons de comprendre, ajustons-nous à Lui. C’est le cas aujourd’hui. Par une parabole Jésus nous le révèle. Que devons-nous comprendre ? Que nous révèle-t-elle sur Dieu et son mystère ? Rien qui serait vision, perception d’au-delà mais sa façon de faire envers chacun de nous. Un homme avait deux fils….Le plus jeune s’en va. Pourquoi ? Que désirait-il qu’il n’avait pas ? Être loin de son père, vivre sa vie, avoir tout son avoir et rien n’avoir à faire ? Est-ce bien raisonnable ? Nous penserions que non, sans doute avec raison. Mais le père laisse faire et mieux cède à son fils tout ce qu’il lui demande. Puis attend patiemment ce qui va se passer. On est loin cependant de toute indifférence. Connaissait-il la fin ? Que celui qui s’en va, reviendra tôt ou tard ? Comment savoir ? La liberté de l’homme reste une liberté, que personne, pas même Dieu, ne peut contraindre ou forcer. Imaginons le Père qui laisse libre son fils ! Il le laisse…c’est fou, partir sans prévision, dépenser tout son bien, jouer avec les filles, descendre plus bas que terre, vivre ses illusions et assumer aussi ses propres frustrations. Il le laisse. Mais, nous exprimant ainsi est-ce que nous disons juste ? Dieu va-t-il jusque là ? Nous laisserait-il faire quoiqu’il nous en coûte, alors que lui attend impatiemment ? Attend ? Que nous le comprenions ? Est-ce là un des points qu’il nous faut bien comprendre ? Ce garçon va « plonger », gaspiller….et pourrait commettre le pire. Dieu le Père, laisse faire, sans être indifférent, notons-le encore une fois ! Mais Dieu que peut-il faire, retenir, empêcher, ajouter des misères à celles qui se préparent. Parlerions-nous d’impuissance de Dieu ? Pouvait-il infliger de quoi changer le cœur de ce jeune buté ? Pouvait-il empêcher que ce fils, le second, organise sa vie selon ses propres vues ? Dieu et nous… Contemplons ! Nous sommes tous ses fils, nous sommes créés libres mais nous le devenons lorsque nous l’acceptons. Avons-nous vraiment en cette parabole une « image » de Dieu ? Dieu nous laisse faire a-t-il un autre choix ? Mais quelque soit le nôtre le sien ne change pas: il aime. Cet amour dont Dieu aime, l’expérimentons-nous ? Le sentons-nous ainsi ? Nous reconnaissons-nous dans le cadet des fils ? Mais qu’à cela ne tienne vis-à-vis de l’aîné l’attitude est la même. L’aîné plein de rancœur refuse la joie du Père, car fait-il remarquer il ne lui a rien donné. Mais Dieu ne donne rien pas plus qu’il ne retranche. Tout, dit-il lui-même, nous appartient et ce qui est à lui est aussi notre bien. Est-ce si compliqué, pourquoi cette misère, de celui qui s’en va et découvre son père, comme de celui qui reste et qui bien que tout près vit comme un étranger ? Quelle est cette misère ? Et que vaut-il mieux faire pour découvrir le Père ? Et bien sûr, laisser Dieu être Dieu !
Se tourner vers... ! 14 mars 2004 - 3ème dimanche de Carême C Evangile : Lc 13, 1-9 Sans cesse, Dieu nous invite à nous convertir Nous sommes en Carême, parlons donc conversion ! En ce temps d’avant Pâques le mot est bien venu. Mais il peut nous tromper, trop souvent galvaudé. On peut le remplacer par se tourner vers, se re-tourner, faire retour, se repentir, se transformer, et même je viens de lire, changer de comportement. Ce qui se comprend bien en langage courant, veut-il dire la même chose au sens de l’Évangile ? Toute la question est là. Qu’apporte l’Évangile à notre façon d’être ? Et quand Jésus appelle à notre conversion, c’est le cas aujourd’hui avec notre évangile, que veut-il nous dire ? Quel mot emploieriez-vous ? Me convertir c’est…. La suite m’intéresse…. Y-a-t-il nouveauté dans notre façon de voir, ou bien, évangile ou pas, tout du pareil au même ? Le Christ, Évangile en acte, apporte-t-il un sens qui n’existait pas quand il dit conversion, ce mot qui par contre, lui, existait déjà ? Que répondre ? Qui veut répondre ? A ces gens, étonnés de ce qui vient de se passer, Jésus fait d’abord savoir que les victimes de Pilate, en plein acte de culte, n’ont pas été tuées, donc punies, à cause de leur péché. Car ce qui leur est arrivé pourrait bien se produire pour chacun d’entre nous. Ils n’étaient pas pécheurs plus que nous ne le sommes, mais nous, comme eux, le sommes tout autant. Cependant il ajoute : « Si vous ne vous repentez pas vous périrez comme eux ». Alors on ne comprend plus, car on croit re-comprendre que ce qui est arrivé, c’est à cause des péchés. Mais est-ce à cause des leurs plus particulièrement ou de ceux de tout le monde ? Le péché tue… celui de qui que ce soit… nous sommes tous pécheurs… Comment alors imaginer vivre, si déjà l’on est mort parce que l’on est pécheur ? Qui nous délivrera de cette mort certaine ? Vers qui nous re-tourner pour avoir de quoi vivre ? Encore une question qu’il faut bien nous poser. Pour vivre suffit-il de respecter la Loi ? C’est ce que beaucoup pensent mais sans aller plus loin. Sont-ils de l’Évangile ? Pour respecter la Loi a-t-on besoin du Christ ? Que dit-il de la Loi ? On se contente vite de quelques idées vagues et on laisse le Christ en dehors de nos vies. Comme s’il n’avait rien dit de neuf et qu’il serait venu simplement, répéter ce que déjà tout le monde savait. Eh bien non dit Jésus en cet épisode où Pilate est bourreau, si vous voulez échapper à la mort, pas à la corporelle car tout le monde y va, mais à celle qui vous tue dans ce que vous êtes, il faut vous « re-tourner ». Et vers quoi ou vers qui ? Jésus ne le dit pas mais nous le laisse entendre. La Loi insuffisante, n’est vraiment pas capable de nous régénérer, il nous faut un sauveur et c’est donc vers Lui qu’il faut se retourner. Se convertir, ne veut pas dire plus ni même autre chose : se retourner vers et commencer à vivre comme lui a vécu. Et savez-vous comment il a vécu ? Vraiment, le savez-vous vraiment ? Ouvrons donc l’Évangile, relisons un passage, celui de ce dimanche ou un autre, peu importe, essayons de comprendre. C’est par imprégnation qu’on devient converti, ressemblant, que l’on voit mieux ce qu’il est bon de dire au sujet de la foi et que l’on comprend mieux ce qu’y nous reste à faire : devenir humble, petit, « tendu vers » comme un enfant et décentré de soi…. Nous vivons trop de « Loi » et pas assez du Christ. C’est de Lui qu’il faut vivre et Lui c’est l’Évangile !
Dieu supplie... ! 7 mars 2004 - 2ème dimanche de Carême C Evangile : Lc 9, 28-36 La Transfiguration Le temps presse ! Jésus de Nazareth a déjà posé la question. Il a obtenu des réponses plus ou moins exactes, sauf celle qui au nom de tous les apôtres, venait de Pierre. Oui il est important de le savoir : Qui est Jésus de Nazareth ? Bientôt Jésus va s’engager résolument (Lc 9, 51) sur le chemin de Jérusalem. Bientôt va commencer le drame de la fin. Ses proches, les apôtres, les Douze, ceux qu’il a choisis sauront-ils résister à la tentation de le laisser tomber ? Auront-ils compris, envers et contre, tout qui il est ? Seront-ils attachés à Lui contre vents et marées ? Reprendront-ils après ce qu’il a commencé ? Annonceront-ils, vivront-ils le message ? Le vrai visage de Dieu sera-t-il proposé ? Le
temps presse. Le Christ va vers sa fin. Qu’en est-il de la relève ? Cette oeuvre du Christ ne risquera-t-elle pas de courir à l’échec ? Dieu qui s’est fait homme n’a-t-il pas besoin des hommes pour laisser apparaître son unique visage de Père ? Les disciples donc, sont-ils suffisamment au fait de qui il est ? Question permanente et toujours actuelle, puisque encore aujourd’hui pour être reconnu son Nom doit transparaître de notre propre vie. Non Jésus de Nazareth n’est pas Moïse, Non Jésus de Nazareth n’est pas Élie, Non Jésus de Nazareth n’est pas Jean-Baptiste, Non Jésus de Nazareth n’est pas un des anciens ressuscité. Non il n’est pas un homme du passé ! Laissez donc tomber ce qui est « dépassé » et pour avoir de lui le Nom qui lui convient mettons-nous à l’écoute puisque Dieu nous supplie. Dieu avons-nous dit….. ? Marquons un temps d’arrêt. Dieu vraiment supplie-t-il ? Ne
peut-il obtenir tout ce qu’il désire ? Dire qu’il supplie,
est-ce bien respecter l’ampleur de sa puissance ? Avec les mots ne
peut-on pas tout dire et dire n’importe quoi ?
D’où sort d’ailleurs ce « Dieu supplie » ? La réponse évasive des foules (Lc 9, 18-19), les hésitations, les incompréhensions de ses propres disciples suscitent en cette Transfiguration un appel pressent à la reconnaissance. Se laissera-t-on saisir par l’étonnante et radicale nouveauté de : « Celui-ci
est mon Fils, l’Élu, Écoutez-le » (Lc 9,35) Supplication
de Dieu ! Dieu supplie, car il ne peut greffer à notre insu, la foi qui ouvre aux profondeurs de sa présence dans ce Fils de toujours vraiment devenu homme. La greffe de la foi véritable, portant l’homme jusqu’à sa dimension de fils, passe par notre écoute de Celui que le Père nous montre assisté de l’Esprit. Quand à la fin de cette scène Jésus de Nazareth reste seul en face des disciples (Lc 9, 36) le Père supplie toujours et nous supplie encore : Écoutez-le ! Faites-lui totalement confiance ! Toute la foi est là ! Quand on lit l’évangile et entre autre récit celui de l’homme riche, on mesure trop vite ce que l’on doit laisser sans d’abord voir vraiment Celui que l’on doit suivre…Or c’est celui-là qui nous est présenté. Or
c’est le bien-aimé, Jésus de Nazareth Le Fils qu’il
nous faut écouter. Dieu
supplie-t-il ? Vraiment ? Le
temps presse… ! Acceptes-tu Dieu ? 29 février 2004 - 1er dimanche de Carême C Evangile : Lc 4, 1-13 La tentation de Jésus Tel qu’Il est ? C’est-à-dire tel qu’Il se révèle en Jésus de Nazareth ? Ou bien fais-tu ‘’Satan’’ comme cela est montré dans les tentations, Parole de Dieu pour ce premier dimanche de Carême. ‘’Si tu es fils de Dieu’’ lui est-il suggéré deux fois sur trois. ‘’Si tu es fils de Dieu’’ et puisque tu as faim, ordonne à ces pierres de devenir du pain. Mais Jésus ne veut pas. Qu’est-ce qui l’empêche ? Ne serait-il pas fils de Dieu, capable de tout faire y compris de se nourrir en transformant ‘’magiquement’’ ce qui habituellement n’est pas très nourrissant : des pierres ? Eh
bien non il n’est pas ce genre de fils de Dieu. Et pourtant il est fils ! Que faut-il donc comprendre ? La réponse qu’il donne nous suffit-elle ? Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. Acceptes-tu
cette parole ? Jésus refuse de se fournir à lui-même l’aliment dont il a besoin. Attend-il tout du Père ? Conteste-t-il le primat si courant de l’économique sur d’autres nourritures encore plus nécessaires à la vie ? Jésus a jeûné. Le jeûne creuse-t-il une faim bénéfique ? Oriente-t-il vers la reconnaissance que tout vient de Dieu ? Que
la vie et tout ce qui l’entretient est un don ? Tout est don dit le Christ. Tout est dû disons-nous ! La
différence est grande, qu’acceptes-tu de dire ? La deuxième tentation n’attaque pas le Christ selon la formule que nous venons d’entendre, mais lui fait miroiter le pouvoir, la vanité de dominer ce qui lui permettrait de voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre et de les posséder. Curieuse tentation qui laisserait entendre que Dieu ne les possède pas, alors que nous le disons souvent, n’est-il pas tout puissant ? La possession quelle qu’elle soit, la main mise sur les autres, avoir des royaumes sous sa propre tutelle n’est pas le fait de Dieu. Dieu ne possède pas. Le Satan se vante de pouvoir le faire et l’on pense qu’il en est de même pour Dieu et l’on rêve de partager tant soit peu ce pouvoir. Vouloir posséder, se vanter de régner en maître, asservir et se faire servir n’est-ce pas alors vendre son être au diable ? Tu
n’adoreras que Dieu seul. Dieu ne règne pas à la manière de notre imaginaire, de notre façon de faire. Dieu crée, fait advenir dans la liberté. Sa puissance est don de vie. Dieu crée le monde et ce monde ne lui appartient pas. Il le donne à ceux qui à leur tour le donneront aux autres…Le donneront… ! Accepteras-tu ce Dieu, que Jésus nous révèle et qui n’est que pur Don ? Te détourneras-tu de celui qui le singe et qui veut posséder et le monde et les hommes ? Et voici la troisième avec de nouveau l’appellation de fils de Dieu. Es-tu bien sûr, toi ‘’si tu es fils de Dieu’’ que Dieu porte envers toi une telle bienveillance que rien ne pourrait t’arriver de pénible ? Es-tu bien sûr de sa Parole ? De son amour tel qu’il te l’a dit (cf. le baptême) ? Des preuves n’est-ce pas le minimum à exiger afin que tu sois sûr? Jette-toi en bas. Dieu interviendra et tout le monde croira ! N’est-elle pas tapie en nous quelque part cette tentation de demander à Dieu une action d’éclat pour qu’enfin on y croie ? Non,
répond le Christ, on ne met pas Dieu à l’épreuve ! Car
autre est l’être de Dieu… il attire de l’intérieur du cœur. Ce n’est
pas son pouvoir qu’il veut qu’on reconnaisse mais qu’il est don lui-même,
purement Don au point que ce qui est, relève de ce Don. Accepteras-tu que Dieu se taise maintenant puisqu’il nous a tout dit et qu’entre lui et nous il y a connivence puisque s’il est Don nous sommes des donnés ? … Entrer dans le Carême, laisser l’Esprit agir, faire un peu de désert, rien que pour mieux voir Dieu et lui laisser nous dire qui nous sommes pour Lui.
Avons-nous bien compris ? - 22 février 2004 - 7° Dim du temps ordinaire C Evangile : Lc 6, 27-38 La loi du pardon Heureux vous les pauvres … ! Être avec le Christ déjà tout un bonheur… ! La liturgie insiste. La nature reprend tellement vite ses droits. Notre fonctionnement, bien rôdé, ne se laisse pas facilement réajuster à l’Évangile . Alors après les déclarations de bonheur adressées aux disciples voici des précisions : « heureux, pauvres et amour des ennemis » complètent « heureux les pauvres. » Point culminant de l’Évangile sans quoi aimer n’est pas complet et le bonheur encore inachevé. Aucune échappatoire possible : « Aimer ses ennemis » l’absolu pour être heureux, bien que ce soit non-sens aux yeux du monde. Et ceci sans repos… ! Il faut donc être fort en pauvreté de soi pour adopter la façon pratiquée par le Christ. Des hommes, des femmes l’ont bien compris mais quand mon tour arrive, je regimbe. La violence monte en moi dès que, même si c’est peu, l’autre m’écarte. La violence c’est-à-dire la justification de soi au dépend des autres, la dévalorisation de l’autre au bénéfice de soi, la moquerie ou la rouerie, le coup de pied gardé pour la bonne occasion, la critique, la cabale, les sentiments de mort…Tout ce qui, quelle que soit la façon, s’évertue à réduire celui qui me rejette en le rendant jetable. Quel combat en nous, quel jeu de massacre ! La violence m’habite, l’autre m’est un danger. Pendant un temps tout peut paraître étal mais au moindre sursaut voilà le coup de griffes. Regardé à distance, avec un peu d’humour, ce jeu nous fait sourire mais une fois pris en lui c’est plus traumatisant. On se rend malade quand le cœur rumine. On se mine de l’intérieur quand, même sans un geste assassin, on réduit l’autre à moins que rien. C’est que l’autre quand je ne lui pardonne pas, continue puisque nous le rejetons, à nous envenimer. Avons-nous bien compris où trouver le bonheur ? Comment parler plus clair que le fait l’évangile ? Purifier le cœur, le rendre non-violent, respectueux de l’autre même s’il ne l’est pas. Ce bonheur à tout prix, doit assainir le monde. Puis-je me le donner ? Ou dois-je le recevoir ? Quelqu’un l’a-t-il vécu qui peut m’en faire don ou me léguer sa force, sa puissance d’aimer ? Quand les plus grands le frappent, et que tous l’abandonnent il vit à l’intérieur une vraie compassion pour tous ses détracteurs. Jésus de Nazareth ne nous tient pas rigueur de notre égarement qui l’exclut de ce monde. Mais il sait mieux que nous ce qu’est le vrai bonheur. Et pour que nous le vivions comme il l’a vécu il nous donne sa vie. Avons-nous bien compris que pour donner l’amour à tous, même à ceux qui nous aiment, il faut le recevoir ? Avons-nous bien compris, est-ce vraiment entré, que pour être heureux il faut savoir aimer…nos ennemis eux-mêmes ? Avons-nous bien compris ? Père Christian BLANC, a.a.
Vous... ! - 15 février 2004 - 6° Dim du temps ordinaire C Evangile : Lc 6, 17...26 Bénédictions et malédictions de la nouvelle Alliance
Vous… !
Non pas provocation, encore moins accusation mais tout au plus interpellation ou
même simplement constatation. Au
lever du jour, après une nuit en prière, dans la montagne, Jésus appelle ses
disciples et en choisit douze qu’il nomme apôtres. Maintenant avec eux il
descend dans la plaine. Une grande foule de gens l’entoure, ils sont venus de
partout pour le toucher et être guéris. Et en effet les malades sont guéris. C’est
à ce moment-là précisément que Jésus s’adressant à ses disciples
proclame leur bonheur : « Heureux,
vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. » (Lc 6,20) Existe-t-il
un lien dans la pensée de Jésus entre ses disciples et cette foule avide de guérison ? Est-ce
de voir ces foules qui donne à Jésus l’idée du bonheur de ses disciples ? Mais
ses disciples, pourquoi sont-ils heureux ? Parce qu’ils sont pauvres ?
Et quelle est leur pauvreté ? Il est intéressant d’en savoir plus, car
face aux béatitudes nous éprouvons toujours une gêne. On accepte vraiment pas
que la pauvreté soit béatifiée. Pauvreté
n’est pas spontanément synonyme de bonheur. Et le long développement de
Matthieu 6,25-34, si « poétique » soit-il laisse plutôt sceptique.
Vivre comme les oiseaux du ciel et les lys des champs, sans se préoccuper outre
mesure d’amasser pour demain tout en faisant cependant ce qu’il faut pour
aujourd’hui, n’emporte pas vraiment l’enthousiasme. Être
pauvre et heureux… qu’en pensez-vous ? Qui
le pense ? Personne ? Qui le vit ou voudrait le vivre ? -Être
riche et heureux- consone davantage même si tout le monde le dit aussi,
« l’argent ne fait pas le bonheur » N’empêche que tout le monde
tend vers plus de biens dans l’espoir d’un plus grand bonheur. Alors
que veut dire Jésus en regardant ses disciples ? Aimerai-je m’entendre
dire : « heureux toi (vous) le pauvre » ? Il est vrai
qu’il faut immédiatement ajouter « car le Royaume de Dieu est à vous ». Aimerais-je
être désigné ainsi ?
Les disciples à
qui s’adresse Jésus, sont ceux qui « laissant tout, le suivirent »
(Lc 5,11) ou « quittant tout et se levant, (Lévi) le suivait » (Lc
5,27) ou encore ceux qu’il vient de choisir comme « apôtres » (Lc
6,12) sans parler de tous ceux qui le suivent et dont les noms ne sont pas
connus. « Le
suivre », tout de go, leur vaudrait-il cette béatitude ? Dès
lors « le suivre » rend-il pauvre ? (tout quitter) Serait-ce
en cette « suite » que nous trouverions le sens de cette béatitude ? « Le
suivre » rend-il pauvre comme lui ? Mais
aussi riche de bonheur ?
Qu’est-ce que le
royaume de Dieu sinon cet « être avec le Christ » qui constitue la
communauté des sauvés ?
« Le suivre »,
pauvre de biens, riche de sa présence et de celle des autres disciples, égale-t-il
bonheur ? Qui
voudrait répondre oui ? Vous… ?
Père Christian BLANC, a.a
Avance... ! - 8 février 2004 - 5° Dim du temps ordinaire C Evangile : Lc 5, 1-11 La pêche miraculeuse. La vocation des Apôtres Qui a besoin d’entendre cette invitation ? Serait-ce toi, serait-ce moi ? Notre vie, à moins de se laisser aller au fil de l’eau, se construit par des choix, des décisions, des retournements... Et il est bon à certains moments de s’entendre dire : avance... N’est-ce pas ce que Pierre vient d’entendre ? Alors qu’il vient de revenir d’une pêche infructueuse et que vraisemblablement il est inutile d’insister, Jésus l’invite à recommencer. Le moment de pêche bien moins favorable maintenant qu’en pleine nuit ne tente pas beaucoup Pierre. Ne sait-il pas d’expérience que lorsque ça ne mord pas, ça ne mord pas et puis c’est tout ! Mais Jésus ne se situe pas, semble-t-il sur la même longueur d’onde. Aussi comme si de rien n’était, il ordonne à Pierre : « Avance en eau profonde » Pierre ne vient-il pas d’entendre ce que nous aussi avons besoin d’entendre ? « Avance… » « en eau profonde ? » Malgré l’inconfort et le risque de devoir avancer ? En effet, la timidité, la peur, le raisonnement, la paresse, « l’expérience » paralysent. Mais comme c’est Jésus qui parle…Pierre déjà séduit ne peut lui résister. Même s’il raisonne sur le peu de chance de réussir maintenant ce qui n’a pas marché à un moment plus favorable il « avance » parce que « c’est toi » dit-il à Jésus. (Lc 5,5) Le résultat nous le connaissons ! Un filet rempli à craquer, une barque trop petite pour tout transporter et même avec l’aide de la seconde, toutes deux trop chargées « étaient sur le point de s’enfoncer ». (Lc 5,7) Etait-ce là le résultat cherché et obtenu ? Jésus voulait-il que Pierre se porte jusqu’au bout de lui-même dans la confiance ? L’idée sans être à négliger ne semble pas rendre compte suffisamment du vrai motif de la demande de Jésus. Car plus important qu’une abondante pêche, et plus que le dépassement de ses propres possibilités, n’est-ce pas la nouveauté de la relation avec Jésus qui est visée ? D’ailleurs, au terme de cette expédition n’entendons-nous pas un cri de foi ? Pour Pierre qui pourtant le connaissait déjà, quelle découverte ? Tout son être est ébranlé: il tombe à genoux, (adoration) il appelle Jésus : Seigneur (nom réservé à Dieu) et se reconnaît : pécheur ! (Lc 5, 8) Une découverte fulgurante en réponse à l’invitation du Seigneur : « Avance en eau profonde.. » Est-il possible d’en déduire pour le bénéfice de notre vie, que Jésus se révèle Seigneur, au terme d’une certaine audace dans l’engagement sur sa Parole ? Que pour croire au Christ, Seigneur, on ne peut attendre d’avoir en main tous les éléments de la certitude ? Que pour le découvrir dans sa Seigneurie il faut d’abord avancer ? L’engagement de l’être est requis. Dieu ne se donne pas à voir comme un « objet » posé devant soi il se laisse saisir de l’intérieur en même temps que l’on se découvre soi-même. Sa Parole nous atteint qu’en faisons-nous ? Voulons-nous le connaître davantage ? Osons ! De l’expérience négative relancée par l’invitation du Christ à l’expérience du saisissement de son être intime et de la prise de conscience de soi il y a le passage par l’aventure de la mise en route dans la foi. Et du souci de subsistance (pêche de poissons) il y a passage à la mission pour le salut des hommes en même temps que la réalisation du sien propre. Aujourd’hui j’entends : « Avance en eau profonde » j’écoute …. Que… ferai-je ?
Manqué... ! 1er Février 2004 - 4° Dim ordinaire Evangile : Lc 4,21-30 A Nazareth ... Sommes-nous chagrinés de lire ce qui se passe dans l’évangile de ce dimanche ? Après la formidable déclaration qui vient d’être faite les auditeurs changent de ton. L’impression très positive n’aura duré qu’un temps. L’étonnement tourne à la colère. Jésus doit se retirer : « Mais lui passant au milieu d’eux, allait son chemin.. » (Lc 4, 30) Manqué… le rendez-vous ? Ils n’auront donc pas compris qu’il n’est pas que le « fils du charpentier » ? Qu’il n’est pas seulement un proche de Dieu, apte à faire des miracles et à travailler pour leur propre compte, comme le suggère le verset qui suit ? « Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm : fais donc ici de même dans ton pays » (Lc 4,25) Ils n’ont pas compris qu’il venait pour eux mais pour autre chose que ce qu’ils attendaient. Ils n’ont pas compris qu’un temps nouveau commençait, que Dieu en Lui accomplissait sa promesse. Ils n’ont pas compris que Dieu n’était pas seulement celui qui avait parlé par le passé et par des intermédiaires mais que maintenant il s’adressait à eux devant eux. Et ils n’ont pas compris non plus, que Dieu ne se laisse pas circonscrire mais qu’il a pouvoir de vivifier justement ceux qui sont sans prétention et qui le laissent agir. Revivons cette scène, glissons-nous dans la Synagogue. Écoutons les paroles d’Isaïe reprises par Jésus et si l’on peut dire « incarnées » en lui. Elles sont adressées aux pauvres, le sont-ils ? Elles veulent délivrer les prisonniers, le sont-ils ? Elles apportent la lumière aux aveugles, le sont-ils ? Elles portent la liberté aux opprimés, le sont-ils ? Et non semble-t-il, ils ne le sont pas. Alors « Il » ne peut rien faire pour eux. Auraient-ils du se reconnaître dans les paroles d’Isaïe ? Comment au moins ne pas le penser ? Après ce passage du Messie dans leur synagogue, resteront-ils pauvres mais sans bonne nouvelle ? Prisonniers mais sans espoir de délivrance ? Aveugles mais sans possibilité de voir clair ? Opprimés en continuant à s’opprimer les uns les autres ? Probablement la vie va continuer sans autre perspective que celle existante déjà puisque la rencontre se termine sur une volonté de mort. (Lc 4, 29) En contre point à cette réaction de Nazareth, Jésus mentionne deux exemples : la veuve de Sarepta au bord de la famine, visitée par Elie, était une pauvre (1R 17, 9) et Naaman, syrien et lépreux était pauvre mais faillit ne plus l’être en refusant dans un premier temps de se conformer à la demande du prophète Elisée (2R 5, 14) A Nazareth la vie va continuer son cours, en déplorant ses manques, ses impasses mais pas exempte d’un certain bonheur. A Nazareth et…. ailleurs… Cahin-caha les choses vont ainsi depuis longtemps. « Dieu » est passé dans le village, puis s’en est allé plus loin jusqu’à ce que le don de lui-même soit total. Un rendez-vous de vie… manqué pour eux ! Pour cette fois-ci nous ne parlerons pas de nous !
Aujourd'hui ! 25 Janvier 2004 - 3° Dim ordinaire Evangile : Lc 1, 1... 4' 21 Prologue de Saint Luc - « Aujourd'hui, s'accomplit la Parole » Comment dois-je recevoir cette Parole… Aujourd’hui ? Dans la synagogue de Nazara, un des enfants du village, Jésus dit de Nazareth, vient de proclamer une parole prophétique trouvée dans le livre d’Isaïe. L’assemblée écoute avec attention et admiration autant celui qui proclame que ce qu’il vient de proclamer. « Tous avaient les yeux fixés sur lui » (Lc 4, 20) et « Tous lui rendaient témoignage et étaient en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche » (Lc 4, 22) Leur état d’esprit ne durera pas, la suite du texte nous le fait savoir, mais pour l’instant il en est ainsi. Mais qu’est-ce qui met ainsi les gens de Nazareth en état d’admiration ? Le fait que Jésus soit l’un des leurs à la renommée déjà bien établie ? Ou est-ce parce qu’en lui, s’accomplit « aujourd’hui » le passage d’Isaïe ? Ou encore sont-ce ses paroles pleines de grâce qui les enthousiasment ? Ces paroles, c’est-à-dire, qu’il soit chargé de porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, qu’il soit envoyé annoncer la délivrance aux captifs, le retour à la vue aux aveugles et que les opprimés recouvrent la liberté ? Ou bien plus prosaïquement se réjouissent-ils d’avoir parmi eux un des leurs dont ils pourront tirer quelques avantages ? Ont-ils seulement bien compris ce qu’ils viennent d’entendre ? En effet, reprendre à son compte comme le fait Jésus, les paroles prophétiques pour se les appliquer à lui-même, n’est-ce pas un peu fort ? Car ni plus ni moins il se présente comme le Messie. Alors qu’il a grandi parmi les gens du village et que rien jusqu’alors ne laissait supposer une telle identité, le voici personnage capital de l’attente messianique en qui s’accomplissent les paroles d’Isaïe. « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture » (Lc 4, 21) Quelle formidable bombe spirituelle, au milieu d’une assemblée synagogale ordinaire, dans un petit village ignoré de Galilée, lancée par un homme qui jusque là semblait lui aussi tout ordinaire. Quelle bombe spirituelle ! Mais la nouvelle a-t-elle été saisie à la dimension de son importance ? Bombe spirituelle qui ne concerne d’ailleurs pas uniquement le fait que Jésus se déclare le Messie, mais concerne aussi le contenu de sa mission. Et de ce contenu que faut-il en penser ? Très ressemblant aux béatitudes il met en avant ceux que d’habitude on place en dernier ou à « l’ombre » (prison) : pauvres, prisonniers, marginalisés par un handicap, opprimés… Les auditeurs perçoivent-ils le renversement de situation ? Et nous comment nous situer ? Comme des pauvres, des prisonniers, des handicapés, des opprimés ayant « besoin » de lui ? Ou comme des disciples devant aller vers ceux que le monde délaisse ou fabrique ? Nous faut-il occuper les deux positions à la fois ? Quant à Jésus ne va-t-il pas ressembler à l’une ou l’autre de ces catégories ? Dans la synagogue de Nazara, l’échange va tourner court. La colère va remplacer l’admiration et Jésus « devra aller son chemin » (Lc 4, 30). Mais pour nous cet échange avec Lui ne doit-il pas continuer ? « En face » de nous le Messie, mort et ressuscité depuis, qui (est-ce vrai ?) ne peut intervenir efficacement qu’envers ceux qui sont pauvres, marginalisés, prisonniers, opprimés… Alors le Messie peut-il quelque chose pour moi ? Aujourd’hui ?
Une noce... ? 18 Janvier 2004 - 2° Dim ordinaire Evangile : Jn 2, 1-11 Les noces de Cana Mais laquelle ? Que se passe-t-il à Cana en Galilée ? Une noce semble-t-il ? Mais de qui ? Les personnages les plus saillants sont Jésus et sa mère. Leur présence éclipse celle des époux dont il est à peine fait mention. Et que signifie cette absence de vin ainsi que le miracle qui s’en est suivi ? Entre Jésus et sa mère que se passe-t-il ? Invités comme tout le monde ils deviennent les maîtres du jeu. La « mère de Jésus » pour employer la formule de l’évangéliste, sollicite Jésus. Qu’attend-elle de lui ? Qu’il remédie à la précarité de la situation ? Pas de vin pour une noce, évidemment c’est embêtant ! Attend-elle le miracle qui de l’eau fera du vin, où sollicite-t-elle davantage ? Davantage mais quoi ? Jésus à la question de sa mère paraît donner une réponse plutôt brutale, à tout le moins inattendue au point de nous surprendre. Lui fait-il remarquer la distance qui existe entre elle et lui ? « Femme quoi à toi et à moi ? » (Jn 2,4) Lui laisse-t-il entendre qu’en sollicitant de lui du vin pour cette noce, elle n’a pas très bien compris le sens de sa mission ? N’aurait-il pour rôle que de remédier aux déficiences de la nature ou à l’imprévoyance des hommes ? Quelle portée réelle la demande de la « mère de Jésus »? Pouvoir le saisir éclairerait bien notre lanterne sur le sens authentique de ce récit de Cana. La « mère de Jésus », comme la nomme l’évangéliste, et qui probablement « représente » le peuple juif et à travers lui toute l’humanité, va apprendre, comme il nous est donné de le comprendre aussi, le vrai sens de la mission du Christ, qu’elle a mis au monde mais qui a sur elle toute antériorité puisqu’il en est le créateur, « lui par qui tout a été fait » (Jn 1, 3). La « mère de Jésus » va donc apprendre mais que va-t-elle apprendre ? Que Jésus, au centre de cette noce, pour être en vérité son fils n’en est pas moins le véritable époux. Lui, il est l’époux dont les noces sont signifiées à Cana et qui seront pleinement consommées au moment du don total à la croix. Lui, il est l’époux venu consommer les épousailles avec l’humanité toute entière dont « la mère de Jésus » fait partie. Comment la mère de Jésus aurait pu le savoir avant que Jésus ne le lui révèle ? En tant que « mère » elle sollicite un miracle pour le bon déroulement d’une noce de campagne, mais elle commence à découvrir, car le chemin sera encore long, que l’humanité dont elle fait partie devient l’épousée. Jésus de Nazareth se révèle à Cana le Fils du Père avec la puissance créatrice qui est la sienne depuis toute éternité. Il se révèle comme l’époux qui fait entrer l’humanité dans le mystère de communion du Père et de l’Esprit. Le vin de la noce, coule grâce au christ et remplace dans les jarres de pierre, l’eau de l’ancienne alliance qui servait aux ablutions prévues par la Loi. Aussi « la mère de Jésus » ne trouve rien d’autre à dire à ceux qui sont servants et deviendront témoins « Faites tout ce qu’il vous dira » (2,6) Désormais, on sait avec la mère de Jésus et comme elle, vers qui il faut se tourner et pourquoi faire ? Non pas solliciter seulement de quoi remédier à nos manques mais nous laisser amener jusqu’à la joie des noces. Si le mariage est la réalité humaine la plus parlante pour dire la relation avec Dieu, on peut dire, sans craindre le non-sens, en se situant au niveau qui est le sien que le Christ, le Fils, célèbre les noces qui sont les nôtres avec le Père et l’Esprit. Toute l’humanité est invitée, la mère de Jésus y compris, qui sans cesser d’être mère, n’en devient pas moins avec l’humanité entière, l’épousée. Humanité encore inconsciente, le Père dans le Fils t’appelle à aimer et à célébrer dans l’Esprit, les noces authentiques et définitives ! Qui veut bien le croire et en vivre ? C'est Lui... ! 11 janvier 2004 - Baptême du Seigneur Evangile : Lc 3, 15...22 L'Esprit Saint et le Père au baptême de Jésus Personne, dans ce passage évangélique ne pousse ce cri du cœur, mais tout le monde, un jour, dans sa vie, doit, devrait, pouvoir l'exprimer. Il indique la découverte surprenante et éblouie de celui qui, à nul autre pareil, manifeste la profondeur de Dieu, révèle que Dieu aime et qu'il m'aime. "Du ciel une voix se fit entendre :C'est toi mon fils bien-aimé, en toi j'ai mis tout mon amour" (Lc 3, 22) En lui donc l'achèvement de la longue attente commencée aux origines du peuple avec les promesses faites à l'Ancêtre et renouvelées à ses successeurs. En lui le couronnement de la quête de l'humanité pour trouver le roc solide de la vérité. Cette scène s'adresse à toi lecteur d'aujourd'hui. En effet, l'évangéliste ne mentionne aucune réaction de témoins. Il semble même laisser entendre qu'il n'y en avait pas. Le peuple avait déjà été baptisé par Jean, quand Jésus le fut à son tour, par Jean également. Mais Jean n'est pas celui que l'homme cherche, même si pour un court instant le cœur se laisse impressionner. Celui que le cœur de l'homme cherche c'est celui à qui s'adresse la " voix venue du ciel " et sur qui " L'Esprit Saint descendit, sous apparence corporelle comme une colombe " (Lc 3, 22) Le peuple attendait... Bien sûr, il s'agit de ce peuple aux origines abrahamiques mais aussi de ce peuple qu'est l'humanité toute entière en quête de son identité. En effet, comment l'humanité aurait pu supporter d'aller sans but, de se construire sans orientation, de devenir « ce qu'elle ne savait même pas quoi » ? Le peuple attendait comme l'humanité, comme chacun attend : Où est-elle cette expression de moi-même qui me permettra de me reconnaître avec certitude et enfin de me construire à partir d'un point solide, fondamental pour moi mais que je ne puis atteindre par moi-même ? Ce point existe-t-il et doit-il m'être donné ? Il le fut pour Jésus de Nazareth. Dans cette théophanie Jésus est révélé à lui-même comme il nous est manifesté à nous-mêmes. Mais s'il est révélé à lui-même, peut-être que nous aussi pour "être" en vérité, devons-nous l'être à notre tour ? Ce point solide, universel pour tous, personnel pour chacun, le voici donc : Au croisement de la voix du Père et de la descente de l'Esprit, ce point d'illumination, ma place, en lui, le Christ. Longue quête de l'humanité qui émerge et se formule avec plus de précision dans celle du peuple d'Abraham et qui découvre enfin sa place, en Jésus de Nazareth, fils aimé du Père et remplit de son Amour, l'Esprit Saint. Longue quête de toi-même, aux prises avec les images floues de ta propre compréhension des choses et avec les errements intérieurs dans les sables mouvants des illusions de ce monde... Longue quête de toi qui aboutit à ce point de lumière que l'évangile, la Bonne Nouvelle du Père, offre dans son Fils, complètement pénétré de la puissance de l'Esprit. Tu es là devant et que vas-tu faire ? Jésus priait et le ciel s'ouvrit. Et le ciel c'est : Lui se recevant du Père et accueillant l"Esprit. Que faire ? S'ouvrir dans la prière afin que s'ouvre le ciel ?
« Ils ont trouvé… ! » 4 janvier 2004 - Epiphanie du Seigneur Evangile : Mt 2, 1-12 Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus Pourquoi ce long voyage ? Dieu n’est-il pas partout ? Et toutes les façons de s’adresser à lui ne se valent-elles pas ? Quelle importance la façon dont on le perçoit , n’est-il pas en lui-même le même pour tous ? Ces Mages, qui ne sont ni trois ni rois, du moins selon l’évangile, ne sont-ils pas bien placés pour scruter le ciel et en connaître ses secrets. N’ont-ils pas leur façon propre de se rapporter à la divinité et ne vaut-elle pas celle des autres ? Que cherchent-ils alors de plus, en entreprenant ce grand voyage, qu’ils ne trouvent ni chez eux, ni en eux ? Que veulent-ils trouver qu’ils ne connaissent pas encore ? Il serait bien difficile de le savoir en vérité, si l’on s’en tient à spéculer au lieu de les accompagner jusqu’au bout de leur recherche ? Il n’en est pas moins intéressant de poser, ainsi, la question. Oui qu’est-ce qui motive leur déplacement ? Leur quête si grande, les met donc en route. Mais pas seulement sur leur seule intuition puisqu’un astre leur « fait signe » : « Le roi des juifs vient de naître ! » L’attraction de ce roi les touche jusque dans leur lointain Orient. Mis en route vont-ils le trouver ? Jérusalem serait-elle le lieu de la découverte ? Cela serait normal puisqu’il s’agit du « roi des juifs ». Mais à Jérusalem personne n’est au courant, si bien que la démarche des Mages affole toute la population. Les plus lointains pressentent ce que les plus proches ignorent. L’attraction du Christ se moquerait-elle des distances et même des appartenances ? Hérode joue la connivence mais à l’intérieur de lui-même tremble et enrage. Le « roi » recherché ne serait-il pas un concurrent ? Toujours entraînés par leur désir et en partie éclairés par la Parole, les Mages poursuivent leur route au-delà de Jérusalem, l’astre, déjà perçu, étant redevenu leur guide. Vont-ils parvenir au terme de leur quête ? Leur désir sera-t-il comblé ? Et quel désir d’abord ? De voir, de toucher, de vérifier ? Ou cherchent-ils quelqu’un à qui vouer leur vie, à qui faire une confiance sans limite, en qui reconnaître la vérité de Dieu autant que celle de l’homme ? Pourquoi un si long voyage ? Dieu n’est-il pas le même partout ? Dieu ? Nos façons de le voir ne se valent-t-elles pas toutes ? Ou bien existe-t-il une révélation plus exhaustive, plus plénière ? Une connaissance de Dieu offerte à tous les hommes ? Sans dire mot, ces Mages, étrangers et païens (non juifs), nous répondent. Leur besoin d’adoration était-il si pressant ? Et ne pouvaient-ils, nulle part ailleurs, l’exprimer ? Car lorsqu’ils entrent dans la maison (pas la crèche), ils voient l’enfant avec Marie, sa mère et bien au-delà de toute forme de politesse habituelle, ils tombent à genoux et se prosternent. N’est-ce pas l’expression, par excellence, de l’adoration ? Ils ont trouvé Celui qu’ils cherchaient et jettent en lui toutes les puissances de leur être :Il est roi, mais pas seulement des juifs et lui offrent de l’or, il est Dieu et pas seulement au ciel et lui offrent de l’encens, il est Homme et comme tout homme : mortel et lui offrent de la myrrhe. Ils ont trouvé Dieu en cet Homme, surgit du sein d’un peuple mais pour tous les peuples. Ils ont trouvé et peuvent s’en retourner mais par un autre chemin car ils sont transformés. Ils ont trouvé… ! Mais ils avaient aussi bien cherché… N’est-ce pas ?
Perdu et… à retrouver ! 28 décembre 2003 - Sainte Famille (C) Evangile : Lc 2, 41-52 Les parents de Jésus le retrouvent chez son Père Marie et Joseph ont perdu Jésus. Vont-ils vraiment le retrouver ? Bien sûr répondrons-nous puisque nous connaissons la fin de l’histoire ! Est-ce si sûr ? Physiquement, il est vrai, on n’en doute pas. Mais est-ce tout ? Le récit évangélique de Luc ne serait-il que celui d’une escapade : Jésus perdu et retrouvé comme il peut s’en produire dans la vie d’une famille ? Ou bien l’évangéliste nous conduit-il plus loin dans la foi ? Interrogeons-nous encore : Marie et Joseph connaissent-ils bien cet enfant ? Ce qu’ils ont entendu de lui les a-t-ils pleinement renseignés sur son identité : Annonciation à Marie, révélation à Joseph ? On pourrait le croire mais qu’en est-il au juste ? Que signifie alors cette quête angoissée : « Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi » (Lc 2, 48) si ce n’est l’aveu d’une méconnaissance ? La réponse de Jésus, plutôt surprenante, nous incite à le penser. « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être » (Lc 49) Marie et Joseph qui ne comprirent pas ce qu’il disait (Lc 50) ne sont-ils pas invités à changer de niveau de relation ? Cet enfant, celui qui porte les traits de Marie et à qui Joseph imprime une façon de vivre, le leur donc, pourtant, en quelque sorte, ne leur appartient pas. Aussi, en le retrouvant physiquement au Temple, ne viennent-ils pas d’une certaine façon, de le perdre ? Ou, tout au moins, de perdre l’idée qu’ils se faisaient de lui. Et de la perdre à tout jamais pour entrer maintenant, dans une compréhension progressive selon le total engagement de Jésus aux affaires de son Père. D’ailleurs Luc arrête ici son récit des évangiles de l’enfance alors que Jésus n’a que douze ans. Au chapitre troisième nous le retrouverons à l’age adulte, débutant son ministère public. N’est-ce pas nous signifier qu’aussitôt après l’épisode du temple, et par un saut dans le temps, il nous faut nous mettre en quête du vrai visage de Jésus. A travers l’incompréhension de Marie et de Joseph, nous pouvons entendre cet avertissement : Le Christ, on ne le connaît jamais complètement. Bien que vivant dans sa proximité il faut encore apprendre, de lui, qui il est. N’avons-nous pas toujours tendance, en effet, à « envelopper » le Christ (le petit Jésus, en particulier) dans nos idées et encore plus dans nos sentiments, allant jusqu’à penser quelque fois, que plus nos émotions seront grandes envers lui, plus seront grands notre amour et notre foi. Marie et Joseph angoissés le cherchent mais ne retrouvent plus le même. Sans comprendre la réponse de Jésus, ils reprennent, avec lui, la route de Nazareth et la vie de famille. Mais une fracture s’est produite, une distance a été instaurée sans pour autant interrompre la recherche car « Marie gardait dans son cœur tous ces événements » (Lc 2, 51) Désormais, même pour elle, ainsi que pour nous Jésus sera toujours « à retrouver » Père Christian BLANC, a.a
Dieu est né ! 25 Décembre 2003 - Noël Evangile de la messe de minuit Lc 2,1-20 Est-il possible d’énoncer pareille affirmation ? Dieu comment le pourrait-il ? Naître ? Ces mots s’entre-choquent et s’excluent. Et pourtant que fêterons-nous au rendez-vous de Noël ? Le mystère nous enveloppe et nous illumine en même temps. Pour l’heure il faut recevoir la nouvelle et l’accueillir dans sa réalité déroutante : Dieu est né ! Ne cherchons pas cependant à « imaginer » ce que cela veut dire exactement et « comment » cela fut possible. Ne perdons pas de temps à vouloir « expliquer comment » Dieu qui tout-puissant depuis toujours, a pu naître un jour ! A vouloir le faire nous irions tout droit dans une impasse. Celle dans laquelle tant d’hommes tournent en rond quand ils essaient de « penser » Dieu. Mais alors que dit la foi quand elle proclame que « Dieu est né » ? Redisons-le, éliminons d’abord toute prétention à vouloir « expliquer comment » Dieu dont nous avons tous une représentation spontanée (pas nécessairement vraie !) de toute puissance, pourrait naître comme un enfant. Quand, chrétiens nous affirmons que « Dieu est né » nous nous rapportons, simplement et vitalement, à l’expérience de ceux, nos ancêtres dans la foi, qui ont découvert en Jésus de Nazareth l’authentique visage de Dieu. N’ont-ils pas fait l’expérience transformante, que pour les hommes, habitants de cette terre, il n’y avait pas d’autre manifestation plus explicite de Dieu que la venue de Jésus de Nazareth, né selon les évangiles en Judée, à Bethléem. Cette foi, en l’unicité de Jésus de Nazareth, né homme mais venant de Dieu, son Père, les disciples, appelés et envoyés, en font l’expérience du début à la fin de l’Evangile, ou par conformité à la logique de la foi, de la croix glorieuse, dont ils furent témoins, jusqu’à la naissance ordinaire à laquelle ils n’assistaient pas. Que nous révèle, en effet, la Bonne Nouvelle de la nativité. Qu’un enfant est venu au monde, à un moment donné de l’histoire, dans des conditions extérieurement très ordinaires, celles sans doute de ceux qui venaient au monde à cette époque. Il suffit de reprendre les éléments descriptifs du récit de la nativité pour prendre acte des conditions ordinaires de cette naissance : Recensement et voyage, enfantement et dépôt dans une mangeoire. Rien (les ajouts de merveilleux viendront après) dans l’évangile, n’indique autre chose qu’une naissance conforme à toute autre naissance d’enfant. Par contre ce qui sort de l’ordinaire, c’est ce qui passe dans « l’être » des gens, des bergers, « ces petits, marginaux et rejetés » Ce qui n’est pas ordinaire c’est la révélation qui leur ouvre les yeux et leur remplit le cœur. Dieu leur parle en même temps qu’il se montre ! En cet enfant : c’est Moi : Sauveur, Messie, Seigneur. Ange du Seigneur et anges du Gloria : Dieu parle à l’homme et conduit à lui-même en se montrant. L’Enfant déposé dans la mangeoire : Moi ! Les « bergers » l’ont cru, Les pauvres de cœur le croient, Les sages et les savants le refusent. Dieu est né ! Que la foi soit !
« Jusqu’à nous ! » 21 Décembre 2003 - 4ème Dimanche de l'Avent C Evangile : Lc 1, 39-45 La Visitation Exclamation, étonnement, et joie ! Élisabeth, la stérile enfin enceinte, n’en croit pas ses yeux. Quelqu’un vient à elle, encore enfoui dans le sein de sa mère, mais déjà bien vivant et vivifiant. Élisabeth perçoit l’originalité et l’unicité de ce qui lui arrive. Elle n’y parvient pas, notons-le bien, par ses propres forces. La découverte de la profondeur de l’événement lui échapperait si elle ne se laissait instruire. L’Esprit Saint lui fait comprendre de l’intérieur quel est celui qui vient la visiter, qui vient jusqu’à elle. Nous pensons souvent un peu trop vite, par dévotion maternelle, que Marie occupe le centre du tableau. Bien sûr qu’elle s’y trouve mais pas pour elle-même. Elle ne le voudrait pas d’ailleurs, et contrairement à ce que l’on s’évertue à dire, en la regardant, elle ne cesse de détourner les regards vers Celui qui l’a fait ce qu’elle est. Au centre donc du tableau, dit de la Visitation, non pas deux femmes enceintes, cousines liées d’amitié mais Celui par qui toutes deux existent, et qui vient jusqu’à nous. « Dieu », quand notre superbe cesse son arrogance et que notre ignorance se laisse instruire, se manifeste proche en notre réalité humaine, se révèle comme faisant le premier pas, comme en mouvement vers nous. Porté par Marie, parce que venu vers elle et accepté par elle et en elle, il vient vers Élisabeth. Il fait en elle, tressaillir le fils de sa vieillesse dont la mission propre sera d’annoncer aux hommes de son temps et du nôtre que Dieu est venu et vient encore jusqu’à nous. Ce ne sont pas les hommes qui vont le quérir dans les cieux au bout de leurs efforts, ni au bout de leurs raisonnements, qui le découvrent dans toute sa réalité, mais lui qui vient et se révèle dans une action conjuguée avec l’Esprit Saint. Marie comme Élisabeth, et toutes deux ensembles, témoignent de la merveille de Dieu en quête de l’homme, expérimentée dans leur propre vie. La Visitation n’est pas, au plus vrai, la démarche effectuée par la jeune cousine auprès de l’ancienne, mais le mouvement de Dieu…vers… : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 43) Le Seigneur porté par sa mère dont il est lui-même le créateur… ! Oui, d’où vient ce bonheur ? Surprise en effet, l’homme n’est pas habitué à penser Dieu faisant les premiers pas. Il l’imagine avec de tout autres sentiments, il l’imagine surtout à sa façon. D’où superbe et arrogance ! L’homme pourrait-il savoir par lui-même qui est Dieu ? Il le pense, tout le monde le pense. « Je » dit : « je sais qui est Dieu ! » Et le regard de l’homme se tourne vers les airs, quand Dieu se fait proche en venant jusqu’à nous. Ces montagnes et ces collines dont parle Jean, ne sont-elles pas celles de la superbe à niveler et de l’arrogance à raboter, et ces ravins ne sont-ils pas ceux de l’ignorance à combler, afin que venant jusqu’à nous, « IL » soit perçu tel qu’il est. Cesse donc, de penser que tu sais ! Seul l’Esprit nous enseigne, Élisabeth accueille son Seigneur, Le Salut, le Christ vient jusqu’à nous !
« Il vient… ! » 14 Décembre 2003 - 3ème Dimanche de l'Avent C Lc 3, 10-18 Jean Baptiste prépare les foules à la venue du Messie Cri de joie ? Attente intense ? Bonheur à l’approche de la rencontre ? L’annonce de Jean le Baptiste nous poursuit encore aujourd’hui. En ce troisième dimanche de l’Avent notre cœur s’était-il laissé saisir par cette venue annoncée ? Quelque chose a-t-il bougé en nous, provoqué par la Parole ? La vie s’est-elle illuminée de cette nouvelle : Il vient ! Seigneur est-ce bien Toi que j’attends ? Suis-je convaincu que ma vie ouvre sur plus grand que moi ? Sur Toi ? Que dans le brouillard où je me trouve, dans la sécheresse où je séjourne, dans les ténèbres qui m’écrasent : Tu viens ? Que dans les relations qui sont les miennes au travail et ailleurs, et les rencontres fortuites ou prévues : Tu viens ? Seigneur ton nom éclate en moi comme celui d’un libérateur. La foi te pressent, l’espérance te désire, la charité te touche. Tu viens à travers tout ce qui fait ma vie. Rends-moi présent à ma vie ! Tu es là au cœur et pourtant tu viens encore ! Je ne suis pas seul, je saisis déjà un peu ta présence, mais ta proximité va encore s’amplifier, mon désir va encore s’accentuer. Les cœurs fermés, les cœurs déçus, les cœurs endurcis, les cœurs fatigués, les cœurs perdus, les cœurs usés, les cœurs pervertis, les cœurs…. Vont-ils s’ouvrir ? Le mien ? Il vient pour tous. Il est encore temps de laisser l’Esprit nous tourner ver Lui, celui dont Jean nous dit, qu’il est plus puissant que lui. Tout homme est pécheur, inhabile à aimer vraiment mais il vient pour chacun sans exception aucune. Les gens ébranlés par la voix de Jean, lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Et le prophète, avec sa connaissance des choses de la Loi, répondait en substance : que chacun améliore ses propres relations, que chacun prenne en compte les besoins des autres et vive le partage, que chacun fasse au mieux le travail qu’il doit faire. En aucun moment, notons-le, il ne préconise dévotion particulière ou rigueur ascétique, mais par contre, et plus vitalement, un regard honnête sur nos propres relations pour les améliorer. Un changement de vie dans la vie quotidienne ! Belle évolution pour quelqu’un qui vit encore sous le régime de la Loi. Mais pour être au rendez-vous de Celui qui vient baptiser dans l’Esprit et le feu (Lc 3, 16) est-ce suffisant ? Si beau que cela soit ce n’est pas encore tout. Il faut se souvenir que Jésus ne vient pas distribuer des bons points, ni récompenser des mérites, ni couronner l’effort de l’homme. L’important à savoir et à vivre c’est : Il vient ! Dès lors faut-il être occupé à se perfectionner soi-même par soi-même, comme le faisait Marthe aux côtés de Marie( Lc 10, 41). Non sa venue ne se réduit pas à celle d’un censeur. S’il vient c’est pour être accueilli. S’il vient c’est pour être avec moi, à table : Zachée, ce soir je veux loger chez toi (Lc 19, 5), attelé à la même vie « mon joug est doux et mon fardeau léger ». Accueillir ! Voilà qui convient bien. Il vient !
Le Salut... ? 7 Décembre 2003 - 2ème Dimanche de l'Avent C Lc 3, 1-6 Jean Baptiste prépare le chemin du Seigneur ça ne s’est pas passé dans un monde intemporel, ce n’est pas non plus, une belle histoire pour faire rêver, ce n’est même pas une parabole pour délivrer le sens de l’homme. Non c’est autre chose, c’est l’annonce du Salut ! Luc qui nous en rapporte les échos, prend soin d’en préciser la date. Oui il s’est passé quelque chose d’important pour l’humanité tout entière, il y a quelque deux mille ans. Dieu a fait irruption sur la terre des hommes. Dieu ? La chose ne sera pas facile à croire. Car il ne suffit pas de voir pour croire ! Dieu donc « en chair et en os » non pas à travers des visions ou en traversant des rêves, comme depuis des hommes et des femmes ont cru le voir, mais Dieu réellement, fragilement, humainement… Évidemment cela ne s’était jamais produit. Des hommes de Dieu, habités par l’esprit d’un dieu cela existait comme cela existe encore… Mais Dieu en personne ? Le fait ne s’est produit qu’une fois et a duré le temps d’une vie d’homme ou à peu près. Beaucoup l’ont côtoyé sans le savoir, sans le croire faudrait-il dire (il ne suffit pas de voir physiquement pour croire !) D’autres l’ont rejeté comme charlatan, au nom du bon sens, au nom du sens de Dieu qui ne peut lui, Dieu, être homme. Certains, un petit nombre, n’ont pas tout de suite compris, sont restés longtemps sans comprendre mais se sont laissés « ouvrir » à cette vérité, enseigner et transformer par elle. Ils ont saisi de l’intérieur et ont été saisis ! Dieu donc en homme ! Qui, en faisant gamberger ses propres méninges, pourrait parvenir à trouver sensée une telle proposition ? Car qui veut y réfléchir s’y prend mal. Il procède à l’envers. Il commence par se demander qui est Dieu et il s’aperçoit vite que ce qu’il en sait, ou croit savoir, ne colle pas avec cette humanisation. Dieu ne peut pas être un homme. L’inverse non plus d’ailleurs. Pourtant l’affirmation, la réalité est là qui sera célébrée à Noël. Dieu s’est fait homme, Le Verbe s’est fait chair ! A la réflexion n’est-ce pas plus plausible que le contraire. Les essais des hommes pour se faire « Dieu » n’ont guère donné de résultats dignes de marquer l’Histoire. Aussi qui veut saisir le mystère doit d’abord : Écouter. L’esprit humain est drôle qui d’abord veut comprendre avant que d’écouter. Or effectivement il s’agit moins d’abord de chercher à comprendre ce que peut bien vouloir dire « Dieu-Homme » que d’écouter ce qui est dit de cet homme venu de Dieu et ce que lui-même dit et fait comme Dieu dans sa vie d’homme. Mais qui écoute… ? …Au point de pouvoir entendre la Parole faite chair tout en expérimentant à l’intérieur de soi, la véracité de la chose entendue ? Pourtant une voix crie, précédant la venue de Dieu en chair d’homme ; une voix pré-perçue bien des siècles auparavant par Isaïe. Elle retentit dans l’histoire au moment où Tibère règne sur la terre, et qu’il faisait administrer la Galilée par Hérode Antipas, et la Judée par Ponce Pilate. C’était donc dans l’Histoire ? Les oreilles des hommes d’aujourd’hui peuvent-elles entendre les échos de la voix du précurseur, elle même annonciatrice d’une autre Parole vivante : Jésus de Nazareth Dieu lui-même ? Vaste et douloureuse question ! Car si Dieu s’est montré ainsi, n’est-ce pas au bénéfice de l’homme ? Et le connaître, c’est-à-dire renaître de Lui : N’est-ce pas le salut ? Quelle route faudra-t-il tracer, quelle montagne aplanir, quel ravin combler pour que : « Tous voient le salut de Dieu » ? Debout « devant Lui » ! 30 novembre 2003 - 1er Dimanche de l'Avent C Lc 21, 25...36 L'attente de la venue du Fils de l'homme Devant qui te tiens-tu ? Quel est le référent qui te permet de vivre ? N’avons-nous pas, qui que nous soyons, une « silhouette » plus ou moins bien dessinée, une ombre qui rattache notre vie à plus grand qu’elle ? Et quand tu pries, qui pries-tu ? Et quand tu penses « Dieu » où « à Dieu » à qui penses-tu ? Ces questions pour inhabituelles qu’elles soient, peuvent pourtant venir à l’esprit en méditant l’Évangile de ce jour. Dans cette parole de Dieu dominicale il est encore question de chamboulements, de secousses, de bouleversements cosmiques. La terre des hommes connaîtra-t-elle jusqu’à la « fin » les convulsions d’un monde qui ne parvient pas, par lui-même à trouver sa stabilité ? Et pour reprendre une question déjà posée : Le paradis terrestre ne sera-t-il jamais instauré sur la terre ? Mais allons plus au cœur de la Parole et approfondissons notre interrogation du début : « Devant qui te tiens-tu ? » En effet, Qui se présente-t-il au centre du monde venant sur les nuées en puissante gloire ? Qui apparaît au terme de l’Histoire sur les nuées du ciel ? Qui ? Il est facile de répondre puisque la réponse est donnée : Le Fils de l’homme. Situés que nous sommes, dans ce monde si nous regardons sa fin qui voyons-nous donc ? Le Fils de l’homme bien sûr ! A moins que vous ne voyiez quelqu’un d’autre ? Voyez-vous quelqu’un d’autre ? Jésus qui suggère ainsi le temps de la fin en parlant du Fils de l’homme, parle probablement de sa propre personne. Dans cette grande fresque apocalyptique nous serait-il alors suggéré qu’il n’est d’autre grandeur que celle du Fils de l’homme, c’est-à-dire de Jésus de Nazareth mort et ressuscité assimilant l’humanité qui se tourne vers lui comme son propre corps ? Non nous ne voyons aucun autre que Lui. Lui dont il importe de connaître le parcours et le comportement. Lui qui, pour être reconnu en gloire, doit être connu en sa vie terrestre. Lui qui jusqu’à la fin de sa vie, à quelques exceptions près, a essuyé le refus. Lui qui venant dans sa gloire, c’est-à-dire dans la manifestation de ce qu’il est, rencontre encore le chaos qui pourrait bien être les derniers soubresauts du refus. Lui donc, Jésus de Nazareth au centre du monde, Vient plus puissant que toutes les puissances que nous connaissons ou imaginons. Puisqu’il est ainsi posé devant nous, reprenons alors notre questionnement : Devant qui te tiens-tu ? Toi qui dis ne pas croire devant qui te tiens-tu ? Toi qui au contraire dis croire, même question : Devant qui ? Conscients de la méprise à l’encontre de Jésus de Nazareth telle que l’évangile la révèle, sommes-nous sûrs que Jésus de Nazareth, le vainqueur de la mort et le Fils qui vient, se trouve bien au centre de notre vie comme il nous est présenté encore aujourd’hui au centre du monde ? Es-tu sûr que tu ne t’égares pas vers d’autres dieux ou substituts de dieux. Je le répète vois-tu quelqu’un d’autre venir sur les nuées du ciel ? Apocalypse veut dire (non pas catastrophe) mais dévoilement, révélation, levée du voile. N’est-ce pas ce qui nous est avant tout dévoilé : Lui et aucun ou aucune autre ? Devant qui te tiens-tu ? Quand tu pries ou pense Dieu ou à Dieu ? Recentrer sa foi Temps de l’Avent Debout « devant Lui » exclusivement ! ?
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