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Choisir le Bonheur 13 février 2011 - 6° Dimanche ordinaire - Année A Mt 5 17-37 Lectures de ce jour Après avoir défini l’identité de ses disciples comme le sel de la terre et la lumière du monde, Jésus nous rappelle aujourd’hui que cette vocation de disciple a comme rôle de faire advenir au monde la présence de Dieu même. Toute l’Écriture Sainte tend vers l’accomplissement de l’Alliance entre Dieu et les hommes, grand projet que Paul appelle « le dessein bienveillant de Dieu ». Ce qui est nécessaire pour cela, c’est la conversion du cœur de l’homme, un travail long et exigeant. Choisir la Vie Pour accomplir cette conversion, Dieu a donné à Moïse la Loi. La Loi de Moïse devrait montrer au monde deux faces du nom de Dieu : justice et clémence. Jésus dans son discours sur la montagne précise et affine la compréhension de la Loi. Les premiers commandements étaient de simples balises qui disaient le minimum vital en quelque sorte, pour que la vie en société soit simplement possible : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas tromper. Au long des siècles on avait affiné la Loi, on l'avait précisée, au fur et à mesure que les exigences morales progressaient. Jésus s'inscrit dans cette progression : il ne supprime pas les acquis précédents, il les affine encore : « on vous a dit... moi je vous dis... » Pas question de gommer les étapes précédentes, il s'agit d'en franchir une autre : « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ». Comment peut-on être juste pour manifester la justice même de Dieu ? Au-delà de la Loi Jésus propose de s’engager sur ce chemin de justice en respectant la vie, en maîtrisant le désir et en faisant attention aux promesses. En ce qui concerne le respect de la vie, il faut franchir trois étapes : la première, tu ne tueras pas, la deuxième, tu t'interdiras même la colère et la troisième, tu iras jusqu'au pardon. Jésus définit la colère comme déjà une agression contre le frère, un attentat contre les relations communautaires : « Qui hait son prochain, disait aussi un rabbin, appartient à ceux qui versent le sang. ». Dans le domaine du désir, première étape, tu ne commettras pas l'adultère en acte, deuxième étape, tu t'interdiras même d'y penser, et troisième, tu éduqueras ton regard à la pureté. Ce qui est en jeu ici, c’est la compréhension de l’indissolubilité chez un être humain du corps et du cœur. L’œil est le canal du cœur, le véhicule du désir vers son objet, tandis que la main - que l’on tend - évoque le passage à l’acte. Jésus proclame donc qu’il vaut mieux nous infliger certains renoncements à notre portée, tant pis pour la douleur momentanée, que d’en arriver à l’irréparable. Enfin, en matière de promesses, première étape, pas de faux serments, deuxième étape, pas de serment du tout, que toute parole de ta bouche soit vraie. Dans n’importe quelle société il y a la défiance instinctive à l’égard de la sincérité d’autrui et c’est pour cela qu’on a recours aux serments. Jésus nous invite à dépasser cela et à renforcer la vérité des relations par la limpidité du « oui » et du « non » suivie de la cohérence de nos paroles avec nos actes. Cette simplicité suppose un accord entre les disciples qui remettent à Dieu de sonder la pureté des paroles de chacun. La sagesse de la Liberté
La justice que Jésus
décrit, propose et vit lui-même, englobe toutes les implications des
commandements et incite les disciples, chacun d’entre nous, à agir sur
nous-mêmes pour aller au-delà de la Loi en accomplissant la Loi. Cette
justice et aussi la « sagesse tenue cachée » dont saint Paul nous fait part
sont aussi le chemin de liberté que Ben Sirac le Sage nous rappelle :
l'homme est libre, libre de choisir de faire le mal ou le bien. Choisir le
bien, c'est aussi choisir le bonheur. « La vie et la mort sont proposées aux
hommes, l'une ou l'autre leur est donnée selon leur choix. Car la sagesse du
Seigneur est grande. » P. Edouard Shatov, a.a.
La lumière qui brille et qui éclaire 6 février 2011 - 5° Dimanche ordinaire - Année A Mt 5 13-16 Lectures de ce jour Comment accomplir la mission que Jésus confie à ses disciples ? C’est le thème principal de l’évangile de ce cinquième dimanche du temps ordinaire. Matthieu, pour caractériser la mission des disciples de l’Église et donc de chacun de nous, nous propose trois images : le sel de la terre, la lumière du monde, et la lampe sur le lampadaire. Le sel de la terre Le sens originel de cette métaphore est difficile à cerner. Beaucoup plus facile de regarder sa présente application : le sel donne de la saveur et – dans un monde sans réfrigérateur ! – empêche la décomposition. Le sel est aussi l’élément nécessaire de « l’alliance du sel » chez le peuple d’Israël, qui signifie la pérennité d’un pacte. La vocation des disciples, c’est de donner de la saveur au monde et d’en assurer la survie devant Dieu. Les disciples sont là pour révéler au monde la saveur de leur vie. Les hommes ne nous attendent pas pour vivre des gestes d'amour et de partage. Les aliments existent avant de recevoir le sel. Cela nous en dit long sur la mission que Jésus confie à ses disciples, donc à nous. Personne n'a besoin de nous pour exister, mais apparemment nous avons un rôle spécifique à jouer : annoncer la Bonne Nouvelle. Evangelizer, c'est dire que « le royaume est au milieu de nous, dans tout geste, toute parole d'amour » ; c'est là que l’humanité attend les disciples du Christ, qu’elle nous attend, si j'ose dire : pour lui révéler le Nom de Celui qui agit à travers les disciples : puisque « là où il y a l'amour, là est Dieu ». La lumière du monde Dans l’évangile de Matthieu, cette image nous renvoie au livre du prophète Isaïe qui nous rappelle la vocation de Jérusalem, lumière placée sur la montagne pour attirer les peuples vers Dieu, et la vocation d’Israël, « lumière des nations ». Cette lumière n’existe pas pour elle-même. Elle existe toujours en relation avec les autres. Ce qui revient à dire que l'Eglise n'existe pas pour elle-même. Elle n’existe que pour le monde. Voilà qui nous remet à notre place, comme on dit ! L’Écriture Sainte répète en permanence au peuple d'Israël qu'il est le peuple élu, certes, mais au service du monde ; cette leçon-là reste valable pour nous. Ce service a été accompli d’une manière exemplaire par Jésus Christ, « la lumière du monde » selon l’évangile de saint Jean. C’est à cette vocation christique que le Seigneur nous appelle. Lumière du monde, nous sommes là pour mettre en valeur la beauté de ce monde : c'est le regard d'amour qui révèle le vrai visage des personnes et des choses. L'Esprit Saint nous a été donné précisément pour que nous puissions entrer en résonance avec tout geste ou toute parole qui vient de lui. La lampe sur le lampadaire. La lumineuse attirance des disciples constitue un devoir. La lampe de la mission évangélique est allumée pour être vue, ce qui veut aussi dire pour être utilisée. Cette notion de service est soulignée par la phrase : « on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ». Dans le monde de l’Antiquité, le boisseau n’a pas valeur d’éteignoir, mais de lieu de rangement de la lampe lorsqu’elle ne sert pas. Ce qu’on demande à la lampe, ce n’est pas d’être jolie, mais d'éclairer ; et d'ailleurs, si elle n'éclaire pas bien, si on n'y voit rien, comme on dit, on ne verra pas non plus qu'elle est jolie ! Jésus nous invite à nous engager à ce service, à commencer le chemin des béatitudes. Pour ce chemin, le livre d’Isaïe nous propose les gestes de libération, les gestes de partage. C’est tout simplement l'imitation de l'œuvre de Dieu lui-même ; Israël a expérimenté bien souvent l'action du Dieu libérateur et la compassion du Dieu miséricordieux ; et ce qui lui est demandé, c'est de faire les mêmes gestes à son tour. Décidément, l'homme, chacun d’entre nous, est vraiment fait pour être l'image de Dieu ! « Alors ta lumière jaillira comme l'aurore... ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi ». P. Edouard Shatov, a.a.
Le Chemin du Bonheur 30 janvier 2011 - 4° Dimanche ordinaire - Année A Mt 5, 1-12a Lectures de ce jour Après la révélation de l’identité de Jésus, comme manifestation de Dieu lui-même, après l’appel que Jésus lance à ses disciples, l’évangile de ce quatrième dimanche du temps ordinaire nous dit le sens de la mission du Christ et de la communauté. Cette mission consiste dans l’annonce par des paroles et des actes que Dieu ne veut que du bonheur pour l’homme. Ce n’est pas extraordinaire en tant que tel. Les maîtres de plusieurs courants philosophiques, les idéologues des doctrines politiques et religieuses, promettent tous le bonheur à l’homme. Le bonheur ou « l’avenir radieux » est toujours à la mode. La question est : « Quel bonheur et à quel prix ? » Ce qui est étonnant dans l’annonce de Jésus, c’est que dans sa promesse et l’affirmation du bonheur, il semble ne prêter attention qu’aux valeurs qui ne sont pas à la mode dans le monde d’hier et d’aujourd’hui. Jésus dessine pour l’homme le chemin du bonheur. Dans toutes les béatitudes il y a un lien, presque intrinsèque, entre la vie intérieure et la vie manifestée aux autres. Le premier pas à accepter, c’est de reconnaître que tout homme se situe devant Dieu comme un pauvre qui n’a rien à revendiquer, mais de lui faire confiance pour juger de son bon droit. « Heureux les pauvres de cœur » - cette attitude spirituelle nous invite à apprendre l’humilité et à maîtriser notre orgueil. Cela nous mène directement vers la « douceur » - à la paisible confiance entre les disciples, le refus de s’imposer et de se rebiffer. L’incarnation de cette béatitude, c’est Jésus lui-même, «doux et humble de cœur », serviteur, prophète non-violent. Ce n’est pas facile, et les croyants vont devoir traverser des difficultés en refusant la violence. La troisième béatitude affirme cela mais promet en même temps « aux affligés » - les croyants qui traversent les épreuves et mettent leur espérance en Dieu - le réconfort divin. L’humilité et la douceur nous font connaître que l’attention et l’amour de Dieu s’adressent à tout homme. Cette reconnaissance fait que les disciples du Christ doivent de toutes leurs fibres aspirer au triomphe des droits de Dieu en eux-mêmes et dans le monde : ceux-là « seront rassasiés » par Dieu, comblés par lui dans leur attente. Ces quatre béatitudes nous mènent vers un agir précis, formulé comme ceci : « Heureux les miséricordieux ». La miséricorde chez Matthieu revêt deux aspects : c’est d’abord le pardon entre frères, condition du pardon de Dieu. C’est aussi l’aide concrète apportée aux nécessiteux que le judaïsme appelle « œuvres de miséricorde », sur lesquelles le Christ juge les hommes à la fin de l’évangile de Matthieu (chapitre 25). Ces miséricordes, comme pardon, purifient notre cœur et le rendent capable de voir Dieu. Saint Bernard fera remarquer que ne pas adopter une attitude de miséricorde, ni la pureté de cœur, ni la vision de Dieu, est impossible. L’ordre des béatitudes a son importance et selon ce grand saint on ne peut pas l’éviter. La vision de Dieu fera de nous des « faiseurs de paix ». C’est l’évocation de tous ceux qui travaillent pour réconcilier leurs proches. La réconciliation est l’œuvre de Dieu lui-même, et c’est pour cela que « les artisans de paix » reçoivent la filiation de la part de Dieu. Toutes ces attitudes suscitent l’opposition, la persécution, parce qu’elles manifestent un Royaume inacceptable pour les tenants de la violence et de la domination. C’est ce chemin-là que Jésus propose à ses amis : « Heureux êtes-vous ». La dernière béatitude indique la mission des disciples. Ils sont « prophètes », vivant une identité de destin avec Jésus (« à cause de moi »). Ce chemin n’est pas lié aux origines, à l’éducation ou au système social ou politique. Il ne s’agit pas d’être fort ou « superman ». Il s’agit, comme écrit le prophète Sophonie de « chercher le Seigneur, la justice, l’humilité » et de reconnaître avec saint Paul que cela aussi est avant tout un don Dieu. P. Edouard Shatov, a.a.
Royaume des temps nouveaux ! 23 janvier 2011 - 3° Dimanche ordinaire - Année A Mt 4, 12-23 Lectures de ce jour Les temps nouveaux sont commencés. Après avoir été reconnu par Jean-Baptiste comme l’Agneau de Dieu, celui qui rétablit le lien entre Dieu et les hommes, Jésus, commence son ministère publique. La fin d’un monde Pour Matthieu, la disparition de Jean-Baptiste marque la fin d’une ère, celle de « la Loi et des prophètes ». Elle sera continuée par la mission du Fils de Dieu. Mais auparavant Jésus se retire et ce retrait a une double signification. Tout d’abord Jésus se retire devant l’hostilité, ici d’hostilité d’Antipas, responsable de la mort de Jean. Mais ce retrait est aussi un passage à un nouveau territoire, celui de la Galilée, le carrefour des nations. Ce déplacement est présenté dans l’évangile de Matthieu comme le plan prévu par Dieu lui-même : « ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe ». Jésus choisit la Galilée parce qu’elle symbolise le monde païen. C’est évident que l’Emmanuel promis à Israël s’adressera d’abord au peuple élu. Mais en même temps Matthieu affirme dès le début de son évangile que la mission du Christ s’adresse à tous. Au temps de l’évangéliste, les noms de « Zabulon et Nephtali » évoquaient l’exil et la dispersion, plaie ouverte avivant l’espoir de tout le peuple de Dieu. Ce qui est affirmé ici par l’évocation de nom de Galilée, c’est que tous les peuples sont inclus dans le projet de Dieu. L’annonce du Royaume C’est à tout homme que Jésus proclame le Royaume des Cieux et il appelle à la conversion. « Le Royaume des Cieux » est une tournure juive pour éviter de dire, par respect pour Dieu, l’imprononçable nom divin. Ce royaume est celui du roi et le domaine sur lequel il exerce son pouvoir. Il s’agit d’une réalité qui n’est pas perdue dans les nues, mais qui a pour objet Dieu. Dans son annonce de la venue du Royaume Matthieu lance d’emblée : « Convertissez-vous ! » L’efficacité du règne de Dieu dépend directement de l’accueil que lui réserve l’homme. Cela vient de la pensée juive : la royauté bienfaisante de Dieu s’exerce sur son peuple dans la mesure où celui-ci désire ce pouvoir et s’y soumet. La référence biblique qui l’annonce est la finale du Cantique de la mer Rouge : « Que (désormais) le Seigneur règne sur nous toujours et à jamais » (Ex 15, 18). D’où aussi l’adage rabbinique : « C’est le peuple qui fait régner le roi et non le roi qui règne pour lui-même ». Cette perspective suppose la conversion de chacun, la prise sur soi du « joug du Royaume ». Le chemin de conversion Pour nous tourner vers le Royaume, saint Paul nous invite à nous mettre au travail pour bâtir notre unité. Dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, il écrit : « Je vous exhorte à être tous vraiment d’accord ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensée et de sentiments ». Il semble que la communauté de Corinthe, de la ville cosmopolite, multiculturelle et multi-religieuse de l’époque, soit divisée et que de bâtir l’unité soit pour elle une urgence. Saint Paul souligne que l’obstacle à cette unité se manifeste très souvent dans les disputes. Pouvons-nous donc suggérer que le chemin de la vérité et de l’unité n’est pas une polémique pour définir qui a raison et qui a tort, mais la recherche de la vérité et de la révélation de Dieu plus grande que chacun d’entre nous puisse l’imaginer séparément ? L’unité de l’Église de Corinthe, et la nôtre par extension, dépend d’un travail commun à nous édifier mutuellement pour la gloire de Dieu. Comment pouvons-nous faire une telle chose ? Paul nous rappelle par les exemples qu’il emploie pour exhorter les frères et sœurs de Corinthe que nous devons exprimer nos convictions avec amour dans la vérité et avec vérité dans l’amour. Demandons à Dieu de vivre cela lors de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et tout au long de notre vie. P. Edouard Shatov, a.a. Qui donc est Dieu ? 16 janvier 2011 - 2° Dimanche ordinaire - Année A Jn 1, 29-34 Lectures de ce jour Au début de ce Temps dit Ordinaire, les lectures nous invitent à reconnaître et à approfondir notre sens de l’identité de Dieu et de Jésus Christ qui est la révélation ultime. « Le Verbe s’est fait chair, il a demeuré parmi nous ». Ce verset, qui ouvre la lecture de l’évangile, nous précise tout de suite que, par cette incarnation du Verbe, chacun d’entre nous est impliqué dans le processus que la tradition orientale a appelé – la divinisation ou l’adoption divine de l’humanité. « Par lui, deviendront fils de Dieu tous ceux qui le reçoivent ». Aujourd’hui Jésus Christ nous est présenté sous deux appellations : l’Agneau de Dieu et le Fils de Dieu. Le Nom de Dieu L’identification de Jésus comme « Agneau de Dieu » est une expression unique de Jean et se trouve seulement deux fois dans son évangile. A deux reprises cette expression est placée dans la bouche de Jean-Baptiste (Jn 1, 29.36) et mise en rapport soit avec l’agneau pascal dont le sang versé atteste le passage du Dieu Sauveur (Ex 12), soit avec le Serviteur souffrant humble et soumis comme l’agneau conduit à l’abattoir (Is 53, 7). Dans les deux cas, il s’agit d’une annonce de la croix. Dès le tout début de l’évangile l’image implique la souffrance et l’abandon du Christ livré. Ce n’est pas un titre qui diminue l’importance du Christ, c’est plutôt un titre qui souligne son intronisation royale. Jésus se voit reconnaître sa condition de Christ-Messie et reçoit un certain nombre de titres glorieux, comme celui de Fils de Dieu dans notre passage. Loin d’être déjà persécuté, il est salué par le Baptiste. « Agneau de Dieu » est une désignation messianique et royale. Plus tard nous apprendrons que la royauté de Jésus n’est pas de ce monde et qu’elle s’exerce dans le dénuement de la croix. Mais on n’en est pas là au tout début de l’évangile : la première manifestation de Jésus atteste son pouvoir royal et sa capacité d’enlever le péché du monde (Jn 1, 29). Cette différence du Royaume du Christ des autres formes de l’exercice du pouvoir est soulignée par une autre image du monde animal : la colombe venant du ciel. Agneau et Colombe : deux images de non-violence et de douceur. Cela correspond bien à l’être de Jésus et à son appartenance au monde de Dieu. Un autre titre est celui de Fils de Dieu. Les yeux de chair de Jean-Baptiste voient d’abord un homme et c’est par la grâce de la révélation de Dieu qu’il lui est donné de voir en Jésus le Fils de Dieu. « Je ne le connaissais pas » et « j’ai vu l’Esprit descendre du ciel » : voilà deux phrases pour comprendre l’expérience unique que Jean venait de vivre. C’est cette révélation du Fils de Dieu qui est annoncée dans le livre d’Isaïe comme en préfiguration : « Tu es mon Serviteur, en toi je me glorifierai ». Et cette révélation, donnée en Jésus, est adressée à toute personne humaine : « Je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». Fils et filles de Dieu Ces deux titres soulignent la place exceptionnelle et unique de Jésus dans l’histoire du Salut. Ils soulignent aussi la sollicitude de Dieu vis-à-vis du genre humain dans sa totalité. L’Agneau de Dieu vient dans le monde pour que le monde soit sauvé et transformé dès maintenant. Le Fils de Dieu appelle ses disciples pour que son Règne, qui n’est pas de ce monde, avance dans nos vie. Le baptême de Jésus, décrit dans l’évangile de Jean, a un lien direct avec le baptême de chacun d’entre nous. C’est ce baptême qui selon saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens qui nous sanctifie et nous apporte la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père. P. Edouard Shatov, a.a.
Baptisés dans le Christ 9 janvier 2011 - Baptême du Seigneur - Année A Mt 3, 13-17 Lectures de ce jour Après la Nativité de notre Seigneur à Bethléem, sa fuite en Égypte et son retour à Nazareth en terre d’Israël, l’évangile de ce dimanche attire notre attention sur le Baptême de Jésus Christ. Il nous rappelle que le Seigneur vient établir une Alliance avec son peuple et achever la libération promise. L’Apôtre Pierre dans les Actes des Apôtres nous dit que Dieu ne fait pas de différence entre les hommes, mais, quelle que soit leur race, qu’il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Dieu nous a tous appelés « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour » - c’est le sens de la fête que nous célébrons aujourd’hui. Dieu nous a créés et nous sommes le chef-d’œuvre de la création divine. Dès le premier instant de cette création, dès le commencement, Dieu a désiré le bonheur pour la création toute entière. Dieu a créé chaque personne comme son enfant bien-aimé – chacun étant plein de grâce et de bonté. Voilà le mystère qui nous est révélé dans le Christ lors de son baptême : quand les cieux se sont ouverts ; quand l’Esprit a descendu ; quand le Père a parlé. Il sera intéressant de regarder ces éléments. Les cieux, l’Esprit et la Voix « Les cieux s’ouvrirent » - Dieu ne se cache ni de nous ni de quelqu’un d’autre. Le Dieu qui se révèle à ce moment précis est un Dieu qui n’ignore pas sa création. C’est un Dieu qui ne l’abandonne pas quand son œuvre d’amour traverse des difficultés. C’est un Dieu qui décide de nous partager son Amour et de vivre avec nous notre histoire. « L’Esprit de Dieu descend comme une colombe et vient sur lui » – combien de fois avons-nous imaginé Dieu comme un Dieu de vengeance et comme un Dieu qui veut régler ses comptes avec ses sujets désobéissants ? Nous imaginons ce Dieu assez souvent comme un policier qui nous surveille, et qui va même nous punir si cela devient nécessaire. Combien de fois avons-nous imaginé Dieu de cette façon ? Et combien de fois avons-nous présenté cette image de Dieu à nos familles ou à nos amis ? Aujourd’hui, l’évangile nous dit clairement que le Dieu en qui nous croyons, ce n’est pas un Dieu de punition, mais un Dieu de compassion. Par l’Esprit, il descend sur Jésus, et par cette descente il atteint la nature humaine toute entière – comme une colombe, une colombe qui est le symbole de la paix. Ainsi Dieu nous montre que son Alliance avec nous est éternelle et que les êtres humains ne seront pas enlevés de ses mains ou de son cœur par une forme humaine ou surhumaine. Nous demeurerons dans cette Alliance en Christ (par la grâce du Christ) au-delà et contre tout ce qui peut nous arriver dans notre histoire humaine. Ce plan de Dieu, cette complaisance divine pour l’humanité, nous est révélé par la voix du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour ». Ce sont les paroles que le Père adresse non pas seulement à Jésus, mais aussi à chacun(e) de nous. Nous sommes, les enfants bien-aimés de Dieu. C’est une grande consolation pour tous, dont parle le prophète Isaïe : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie ». Comme le Christ nous sommes soutenus par Dieu et affermis dans sa joie. Histoire du Salut Ce mystère de l’élection divine est présent d’une manière cachée dans chaque personne humaine. C’est dans ce mystère que nous recevons la paix du Christ, la paix du Père et de l’Esprit saint, et nous découvrons que nous sommes aimés de toute éternité, au-delà, et malgré, et contre tout ce qui pourrait se passer de répréhensible dans notre vie. Il n’y aura pas de vengeance de la part de Dieu envers l’humanité. Il y aura seulement l’Histoire du Salut réalisée dans un Amour Divin sans mesure. P. Edouard Shatov, a.a.
Venez Adorons ! 2 janvier 2011 - Épiphanie du Seigneur - Année A Mt 2, 1-12 Lectures de ce jour Après l’adoration des anges et des bergers, ce sont les Mages qui viennent rendre hommage au Christ. Ce moment précis dans la tradition occidentale a reçu le nom d’Épiphanie du Seigneur, ce qui veut dire – manifestation de Dieu aux hommes. Qui sont les Mages ? Ce nom signifie à la fois mi-savant, mi-magicien. Les « Mages » de l’Antiquité pratiquent la divination, la médecine, l’astrologie et interprètent les songes. Moïse eut affaire à eux devant Pharaon et les apôtres rencontreront de tels personnages. Chaque fois, une telle rencontre signifie un affrontement entre l’adoration du vrai Dieu et le paganisme idolâtrique. C’est pourquoi la Bible n’aime pas les Mages. Dans notre récit, il ne peut s’agir que de païens, la magie étant bannie d’Israël. Ces mages viennent d’Orient – très probablement de Babylone en Chaldée, car ce sont les Mages orientaux qui sont les plus réputés. Mais Matthieu ne précise pas leur origine. Leurs dons font songer à l’Arabie ou encore à la Perse. Matthieu ne précise pas non plus leur nombre. Dans l’Église d’Occident on en compte traditionnellement trois (un par cadeau offert) dont on a fait des rois. Cet anoblissement reflète une familiarité avec l’Ancien Testament, où dans le psaume 72 par exemple, ce sont les souverains des nations qui viennent offrir au Messie les trésors de leurs pays. Mais Mathieu ne parle pas de rois. Un guide parfait Ce qui va guider les Mages c’est l’étoile. Très souvent on cherche à identifier cette étoile à une comète apparue au temps de Jésus. Cette étoile n’est pas dans la voûte céleste, mais dans la Bible. Elle est un signe qui annonce l’apparition du Messie. La prophétie qu’un jour se lèvera « l’étoile de Jacob », a été faite à Israël non pas par un prophète israélite, mais par Balaam, un païen, que la Tradition considérait comme un interprète des songes, c’est-à-dire un « Mage ». « De Jacob se lèvera un astre, d’Israël surgira un homme ». Chez les juifs ce lien entre l’astre de Jacob et l’avènement du Messie est solidement établi au début de notre ère. On comprend que l’Évangile ait tiré partie de ce beau symbole dans l’histoire des Mages. L’accomplissement de la promesse La prophétie de Michée annonçant que c’est de Bethléem que surgira le berger du peuple d’Israël précise bien l’endroit géographique de l’apparition du Messie. En disant cela, il faut souligner que fidèle à Michée, peu optimiste sur l’avenir de Jérusalem, Matthieu exalte l’humble Bethléem, ville de celui qui sera le Messie des humbles. La mise en valeur de la ville de David et de la promesse faite à ce roi rejoint l’importance de l’ascendance davidique de Jésus, ce sur quoi Matthieu insiste dès le début de son évangile. Nous sommes invités aussi à nous poser une seule question : si Jésus doit être « berger d’Israël » et si Jérusalem semble déjà rejeter son pasteur, commet donc s’accomplira la prophétie ? C’est tout le drame de la mission de Jésus qui s’annonce ici. Dans les cadeaux des Mages se trouve une réponse préfigurée. Ils offrent à Jésus l’or, comme le symbole de sa royauté, par conséquent ils le reconnaissent comme le vrai roi. Ils déposent devant lui l’encens comme le signe de la reconnaissance de Dieu qui vient vivre au milieu de son peuple. Et ils déposent la myrrhe, en soulignant que cet enfant est pleinement humain et qu’il partagera la vie de son troupeau. Les mages nous invitent à reconnaître avec eux en quoi consiste la grâce de Dieu et à entrer dans le mystère du Christ. Ils nous disent que les païens, donc nous aussi, sont associés au même corps, au partage de la même promesse que le peuple élu. Nous pouvons redire avec le prophète Isaïe : « Regarde ! Sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. » P. Edouard Shatov, a.a. Sainte Famille d’une multitude 26 décembre 2010 - Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph- Année A Mt 2, 13-15.19-23 Lectures de ce jour su Après une belle célébration de la naissance de notre Seigneur Jésus Christ, nous sommes invités à continuer notre méditation sur ce que cela veut dire appartenir à la Sainte Famille de Dieu et sur ce que signifie être les enfants bien-aimés de Dieu. Pour nous aider à le comprendre, l’évangile de ce dimanche nous propose de regarder Joseph, Marie et l’Enfant Jésus, dans un moment particulier de leur vie, traditionnellement appelé la fuite en Égypte. Retrait en Égypte – Fuite nécessaire Cet événement survient parce que Hérode “recherche l’enfant pour le faire périr”. Joseph, en suivant le conseil de l’Ange, sauve l’enfant et sa mère. Jésus, dans cet épisode, est semblable à Moïse dans la persécution, bien que l’histoire prenne une tournure différente dans son cas : en effet, si Moïse fuyait une Égypte hostile, c’est le pays d’Israël qui menaçait Jésus. Il semble, qu’au temps où Matthieu rédigeait son Évangile, l’hostilité envers les chrétiens était plus grande en Judée que dans les régions païennes. De plus, l’expression qui est utilisée – « Joseph se retira » – sera reprise par Matthieu pour décrire le comportement de Jésus lui-même. Devant les oppositions à son enseignement et à sa personne, une retraite lui permettait d’ordinaire de faire de nouvelles et fructueuses rencontres. Un autre aspect à retenir de ce retrait, c’est que pour le monde juif l’Égypte symbolise l’oppression. C’est le point de départ de l’Exode. Jésus devient ainsi solidaire de son peuple, assumant l’histoire de ses épreuves. La prophétie du prophète Osée souligne que l’Enfant Jésus, c’est l’enfant Israël. Jésus résume en sa personne la vocation et le destin du peuple élu, avant que l’Évangile par la suite ne révèle que Jésus est le Fils par excellence, le frère de la multitude. Retour dans un pays étrange Après avoir assumé l’expérience de l’exil, Jésus est conduit à Nazareth de Galilée, le lieu de sa mission. A nouveau, sur l’ordre de l’Ange, Joseph revient dans la Terre Promise. Toutefois, il revient en Galilée, pays qui est appelé la « lointaine Galilée », c’est-à-dire le « carrefour des païens ». Par cet événement même, Jésus dès son enfance se trouve comme à pied d’œuvre pour accomplir sa mission universelle. En Galilée, Jésus reçoit un nom étrange – « nazoréen ». Ce nom est surprenant, parce que la prophétie à laquelle se réfère Matthieu ne se trouve nulle part dans l’Ancien Testament. Sûrement Matthieu utilise un jeu de mot avec le terme « nazaréen », habitant de Nazareth. Mais plus encore, il fait référence au terme « nazir » (ou « naziréen »), c’est-à-dire « consacré à Dieu », comme fut Samson, encore enfant, et d’autres gens persécutés pour leur fidélité et qui sont mentionnés dans le livre d’Amos. En effet, la localité de Nazareth a poussé l’évangéliste à un double jeu de mots significatif : Jésus enfant est nazir, totalement consacré à Dieu, comme le révélera sa mission ; on peut aussi l’appeler « nazoréen » (baptiste), puisque plus tard Matthieu nous montrera la mission de Jésus enracinée dans celle de Baptiste. L’Accomplissement Inattendu L’évangile de ce dimanche, en nous présentant la Sainte famille qui protège son enfant, sculpte pour nous le Christ dans toute sa stature, revêtu des costumes de l’Ancien Testament. Il est le nouveau Moïse, le Fils de David, l’Emmanuel, un frère qui assume l’histoire de son peuple, ses exils, ses exodes. Il est l’accomplissement parfait et étrange à la fois des promesses faites à Israël, mais ce sont les païens qui l’accueilleront et se mettront à sa suite. Comme Saint Paul l’écrit aux Colossiens : « C’est lui qui fait l’unité dans la perfection ». C’est pour cela nous sommes invités à rendre grâce au Seigneur et à revêtir notre cœur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience. Alors, dans l’amour fraternel et dans le pardon mutuel nous grandirons comme une seule famille dans la sainteté de Dieu et au sein de notre humanité. P. Edouard Shatov, a.a.
19 décembre 2010 - 4ème Dimanche de l'Avent- Année A Justice du plan de Dieu et Justesse de l’Écoute humaine Mt 1, 18-24 Lectures de ce jour su En ce quatrième dimanche de l’Avent, nous voici déjà tout proche de Noël – de la fête de la Naissance de notre Seigneur Jésus. Mais, ce n’est pas parce qu’on s’approche de l’avènement important que l’attente devient plus détendue ou plus assurée. L’image de cette inquiétude, jusqu’au dernier moment, mais aussi de l’écoute que nous devons apprendre – c’est celle de Joseph, le descendant de David. Dans ce passage de l’Évangile de Matthieu, nous sommes invités à regarder la naissance de Jésus comme un acte du Dieu créateur. Ce passage doit aussi nous faire entrevoir que Dieu agit avec sa puissance créatrice dans la vie de chaque personne humaine. Seulement, dans la vie de Joseph, comme dans nos propres vies, il y a quelques difficultés. Un Homme Juste Joseph est considéré comme un « homme juste ». Et voici qu’un homme juste veut répudier sa femme « en secret », tandis que du point de vue de la Loi cet acte officiel ne peut pas se faire d’une telle manière. La justice de Joseph va se manifester dans le fait qu’en refusant, au début, d’assumer une paternité qui n’est pas la sienne, il va obéir à Dieu qui lui demande d’endosser cette paternité. Ce qui est incompréhensible pour Joseph, c’est que Dieu intervienne directement dans l’histoire de Marie et substitue au processus biologique un acte de création. Joseph ignore l’initiative divine et son sens de la « justice » risque de faire avorter le projet de Dieu, à savoir insérer le Messie dans la lignée davidique. Quand un homme, si juste soit-il, forme un projet qui s’oppose au plan salvifique de Dieu, ce dernier se garde la possibilité d’intervenir dans l’histoire humaine et de ré-ajuster la justice humaine. L’Ange du Seigneur qui apparaît à Joseph, c’est Dieu lui-même. Cette apparition se fait en songe comme Dieu avait l’habitude de le faire au patriarche Joseph, « l’homme aux songes ». L’Entrée de Dieu L’Ange prononce les paroles qui rassurent et enlèvent toute peur. Il révèle à Joseph le secret de son plan de vie pour Jésus et de la mission de Joseph. Le secret que nous devons entendre tous, le voici : Dieu sollicite Joseph, le descendant de David, de donner à l’enfant un nom et par cela de l’adopter. Dans le monde ancien, toute paternité est un acte d’adoption et toute adoption confère les pleins droits de fils à celui qui la reçoit. L’authentique filiation davidique de l’Enfant, pour accomplir le plan du salut, dépend de l’obéissance et de l’écoute de Joseph. Mais le nom de Jésus, que l’Ange prescrit de donner à cet Enfant porte en lui plus qu’une simple filiation, puisqu’il signifie « le Seigneur sauve ». D’autres l’ont porté avant lui : « Josué », le successeur de Moïse, ou « Jésus ben Sirac », l’auteur du livre dit de l’Ecclésiastique. Mais en Jésus, fils de Joseph, fils de David, le nom deviendra réalité, « car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». C’est une précision importante pour ceux qui attendaient le Messie – libérateur de la famine et de la guerre. A cet appel de Dieu Joseph, « le juste », n’émet pas d’objection : il dort. Signe de sa Présence Divine Le signe, qui confirme la vérité de la Parole de Dieu et qui en général accompagne l’intervention directe de Dieu dans l’Histoire, est la réalisation d’une citation de l’Écriture. Matthieu cite la prophétie de l’Emmanuel tirée du livre du prophète Isaïe. Toutefois, le descendant annoncé au roi Achaz fut un roi décevant. Ce n’était donc pas lui qu’avait annoncé Isaïe. Cet enfant sera appelé et reconnu par tous comme « Emmanuel – Dieu-avec-nous ». Cette reconnaissance se fera non pas seulement par le peuple élu, mais aussi par les païens. A la fin de l’Évangile selon Matthieu, le Ressuscité enverra ses disciple vers les païens. C’est cette même mission « préfigurée » dans l’annonce faite à Joseph que Saint Paul rappelle à l’Eglise et donc à nous aussi : « Nous avons reçu par lui la grâce et mission d’amener à l’obéissance-écoute de la foi toutes les nations païennes ». « A son réveil », avec la promptitude du juste, Joseph exécute sa Mission. Par lui, le Messie, conçu en Marie par l’Esprit de la création nouvelle, est affilié à la lignée de David. Il peut à présent se manifester à Israël et aux païens. La rencontre de Dieu avec l’humanité dès à présent se fait face à face.
P. Edouard Shatov, a.a.
Gaudete - Réjouissez-vous dans le Seigneur ! 12 décembre 2010 - 3ème Dimanche de l'Avent- Année A Mt 11, 2-11 Lectures de ce jour sur aelf En ce troisième dimanche de l’Avent la figure principale, proposée à notre joie, est celle de Jean-Baptiste. Nous pouvons nous demander : Pourquoi cela ? Une question pour toute une vie Jean-Baptiste, tout comme chacun d’entre nous qui regardons Jésus de Nazareth, se pose la question à savoir s’il est le Messie, le Christ. « Es-tu celui qui doit venir ? » - cette question fait appel à une désignation chrétienne du Messie inspirée du psaume 118, 26 : « Béni soit celui qui vient au nom de l’Éternel ! » Jean, comme tout être humain, porte en lui le désir de voir le Messie et, en entendant parler de Jésus et de ses œuvres, il guette une confirmation de ses attentes. « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre en autre ? » Ce questionnement sur l’identité de Jésus peut devenir un tourment de sorte qu’il n’y ait plus dans notre vie un espace où nous puissions oublier cette interrogation intérieure : « Es-tu bien le Messie ? Ou devons-nous attendre encore ? » Discerner les signes de la présence divine Jésus répond à l’interrogation de Jean, et l’évangéliste nous présente cette réponse, avant tout, comme un récit sur les œuvres du salut. Cette liste est un rappel de l’accomplissement de la prophétie messianique proclamée par le prophète Isaïe. Le prophète l’évoque dans l’ordre suivant : « Les aveugles voient, les sourds entendent et les boiteux marchent ». Cette série des œuvres-signes de l’action du Messie se prête à une triple interprétation. Les sourds entendent. Il faut se rappeler que le mot grec signifie aussi muet. Cela veut dire que Jésus nous guérit de notre handicap de la communication avec Dieu et avec les autres : nous retrouvons le don de la Parole, reçue ou énoncée. C’est aussi Isaïe qui annonce la résurrection et l’évangélisation des pauvres. La purification des lépreux ne fait toutefois pas partie des prophéties d’Isaïe, mais elle est évoquée comme un miracle opéré par Elisée dans le Second Livre des Rois, au chapitre 5. On peut lire aussi cette description comme un chemin de guérison intérieure que tout homme traverse lorsqu’il rencontre le Messie. Tout d’abord son regard se libère de l’illusion et devient lucide. Dans la vie de chacun d’entre nous, il y a des blessures qui nous ont rendus boiteux et qui nous empêchent de marcher allègrement sur le sentier de notre vie. Ces blessures ou certains traits de notre vie peuvent nous marginaliser et nous éloigner de la société comme si nous étions des lépreux. Et en nous isolant, nous perdons la capacité d’entendre et de dire une parole de guérison, de libération. Jésus vient de nous dépêtrer de tout cela. Une guérison dans la patience C’est peut-être là une résurrection des morts que nous sommes appelés à vivre dès maintenant tout en espérant la résurrection de notre être tout entier. Notre aveuglement est guéri, et nous pouvons regarder le monde avec un regard purifié ; nos blessures sont guéries et nous pouvons marcher en avant ; désormais aucun élément de notre vie n’est une lèpre. Dès maintenant et pour toujours, nous pouvons vivre sans peur avec Dieu et avec les autres. Sans effroi nous pouvons entrer en communion avec Dieu et les autres, et les entendre. Tout simplement, nous sommes rendus capables de recevoir la Bonne Nouvelle dans notre vie, et elle se répand comme tache d’huile, comme une joie communicative.Mais ce chemin demande beaucoup de patience. Saint Jacques exhorte les chrétiens à ne pas gémir les uns contre les autres, mais à prendre pour modèle d’endurance et de patience les prophètes. Cette incitation à la patience se répète comme un refrain chez lui qui s’écrie sans cesse : « Ayez de la patience ! » Sans cette patience, il nous est impossible de rencontrer Dieu et/ou les autres.Si nous acceptons notre propre guérison et la guérison des autres comme une oeuvre du Seigneur, avec patience et endurance, le désert de notre vie devient, comme le Seigneur le prévoit, un lieu de la rencontre avec Lui et ce qui était désert exulte désormais, il fleurit, il se couvre du vêtement de la sainteté, du bonheur et de la joie. P. Edouard Shatov, a.a.
La Promesse qui vient ! 5 décembre 2010 - 2ème Dimanche de l'Avent- Année A Mt 3, 1-12 Lectures de ce jour sur aelf Ce Deuxième Dimanche de l’Avent nous invite pendant cette semaine à prendre le chemin de la conversion et de l’accueil de l’autre. Cela veut dire de rendre notre foi vivante et effective. Dieu vient ! Son jour est proche Cette attitude est présentée par l’Évangile dans la figure de Jean Baptiste. Son nom « Baptiste » évoque bien un courant de réveil prophétique. Le message de Jean se présente non pas comme une invitation, mais comme un impératif : « Convertissez-vous ! ». Cet impératif n’est pas de l’ordre de la « dictature divine ou de la pression prophétique ». Tout simplement Jean croit que la venue du Règne de Dieu est imminente et donc qu’il n y a pas de temps à perdre. Pour Jean, ce qui a été promis par les prophètes va se réaliser et le peuple de Dieu sera enfin libéré. La citation du prophète Isaïe vient confirmer la réalisation de la promesse de Dieu. Autrefois Israël était né au désert, lors de l’Exode, puis au retour de l’Exil, nouvel Exode. A présent, il faut renaître à nouveau, à l’écoute du prophète, et préparer la venue royale de Dieu. Jésus lui-même donne un exemple de cela par son baptême et par son séjour au désert. Ce lien avec les prophètes d’Israël est souligné dans la manière de décrire le mode de vie de Jean. C’est évident surtout dans la référence au prophète Élie dont le retour, selon la tradition juive, inaugure le début de l’intervention divine. Les sauterelles et le miel sauvage permettent de survivre au désert. Ce retrait au désert, ce n’est pas seulement un retour au temps d’autrefois, mais aussi un rejet d’une civilisation condamnée par Dieu. L’appel à la Conversion Alors qu’est-ce qui est condamné par le courant prophétique ? Pour comprendre, regardons la prédication de Jean. Matthieu dessine cette prédication avec une clarté éblouissante : alors que les « clients » du baptême viennent pour recevoir un rite, Jean, lui, parle de conversion. En premier lieu cet appel est adressé aux gens représentant les deux mouvements religieux les plus influents : les pharisiens et les sadducéens. Pourtant, le milieu qui devrait être le plus propice à l’accueil d’un tel message se présente comme le plus fermé. « Engeance de vipères » : cette rude interpellation signifie la bouche dont ne peut sortir que du poison. Il ne s’agit pas ici, pour nous, seulement des responsables religieux d’autrefois ou d’aujourd’hui. Comme croyants, nous devons aussi prendre cette interpellation à notre compte. Pour nous convaincre de cela Jean Baptiste nous invite à examiner deux réalités de notre vie. Tout d’abord « produire du fruit ». Ce verbe « produire » est essentiel pour la tradition juive. Se convertir, ce n’est pas dire ou penser des choses justes sur le vrai Dieu, mais produire ce que celui-ci attend de l’homme : accomplir la volonté de Dieu. Voilà le vrai « fils d’Abraham ». Jean affirme que le baptême ne sauve pas automatiquement et il ajoute l’exigence d’une conversion effective. Une des facettes d’une telle conversion nous est rendue dans la lettre de Saint Paul aux Romains : « Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis ». Deuxième réalité : le baptême de Jean n’est qu’une préparation. Jean affirme que « celui qui vient derrière moi » - expression désignant le disciple -, celui-là est plus fort. Dans l’humilité Jean se remet à celui qui le suit, mais qui est en réalité son Maître de toujours. Le baptême dans l’Esprit et dans le feu est une évocation de l’union avec Dieu de laquelle nul ne pourra nous séparer. Comme dit le prophète Isaïe, il n’y aura plus en nous rien de mauvais ni de corrompu. Le chemin de l’Espérance : Courage et persévérance ! A notre tour nous sommes invités à reconnaître que le rite de notre baptême doit être accompagné d’une conversion du comportement. Nous sommes invités à accepter l’idée que Dieu juge notre vie selon ses propres critères, et non en fonction d’une carte d’identité. Nous devons nous rappeler les paroles d’Isaïe : Dieu ne juge pas d’après les apparences, il ne tranche pas d’après ce qu’il entend dire. C’est aussi une reconnaissance de notre part que notre vie de baptisé est une préparation à une communion beaucoup plus profonde avec Dieu, à la fin des temps. Pour cela, il nous faut avancer avec courage et persévérance afin que nous possédions l’espérance. Ainsi, d’un même cœur, d’une même voix, nous rendons gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, en qui sont bénies toutes les familles de la terre. Notre vie est appelée à devenir la confirmation du fait que Dieu tient toujours ses promesses. P. Edouard Shatov, a.a.
Réveille-toi, ô toi qui dors ! 28 novembre 2010 - 1er Dimanche de l'Avent- Année A Mt 24, 37-44 Lectures de ce jour sur aelf Chaque année le temps de l’Avent nous est proposé comme l’attente du retour du Seigneur Ressuscité. Soyons clair, l’Église pendant quatre semaines se prépare à l’avènement de son Maître et de son Seigneur. L’avènement que nous nous préparons à célébrer n’est pas l’anniversaire de la naissance de Jésus, si sympathique et si romantique cela soit-il. Il ne s’agit pas de juste se préparer à fêter une date importante du passé. Depuis le jour de la Résurrection et de l’Ascension, l’Église attend le retour de Jésus Christ et cette attente doit être active. Si nous fêtons la mémoire de la naissance de l’Enfant Jésus, c’est pour dire que c’est le même Jésus qui va revenir dans la gloire. Il viendra un soir où nul ne l’attend plus ? La question alors qui se pose à nous est : « Quand reviendra-t-il ? » L’Église depuis un certain temps a écarté toute spéculation sur la date de ce retour, sur la date de la fin du monde, tout en soulignant le caractère inéluctable de la venue du Fils de l’homme. Les lectures de ce premier dimanche de l’Avent nous invitent à gérer une histoire qui dure et à nous tenir toujours prêts. Après nous le déluge ? Le récit du déluge est un avertissement. Dans l’Évangile de ce dimanche on n’attire pas notre attention sur l’inconduite de ceux qui furent engloutis, mais sur leur imprévoyance. La vie allait son train, on mangeait, on se mariait et on avait oublié que Dieu pouvait intervenir en juge dans l’histoire humaine à n’importe quel moment de la vie quotidienne. La venue de Jésus ressuscité aura la même brutalité ; elle tranchera dans les relations les plus ordinaires, parmi les hommes occupés aux champs et les femmes vaquant de concert aux tâches ménagères, comme celle de moudre le grain. Alors, l’un sera pris pour son salut, comme autrefois dans l’arche de Noé, l’autre sera laissé aux affres du déluge. On ne dit rien sur le « comment » de ce tri dramatique. Ce qu’on doit retenir, c’est qu’il faut demeurer en état de veille en raison du caractère non-attendu, donc surprenant, de cet événement. Une autre comparaison qui nous est proposée est celle d’un voleur. Dans le monde de Jésus, percer silencieusement le mur fragile d’une maison allait plus vite que de s’attaquer à la porte. Un cambriolage est par nature imprévisible. Pour l’éviter il ne faudrait jamais dormir. La venue du Fils de l’homme est tout aussi imprévisible. Nous sommes donc invités à nous trouver prêts en tout temps. C’est cette attitude de veilleur qu’une fois de plus Saint Paul vient de nous rappeler dans sa lettre aux Romains : « L’heure est venue de sortir de votre sommeil. Car le salut est plus près de nous maintenant qu’à l’époque où nous sommes devenus croyants. Le jour est tout proche ». Nous devons toujours être prêts, rejetant les activités des ténèbres en nous revêtant pour le combat de la lumière. Cette attitude d’attente se manifeste dans la vie honnête, ce qui veut dire une vie qui évite toute démesure et qui tende vers le bien. Une joyeuse surprise ! C’est cette attitude de l’attente de la venue du Seigneur qui est capable dès maintenant de transformer notre monde et de nous avancer sur le chemin de la paix. Une attitude qui change la guerre en paix, les épées en charrues et les lances en faucilles. Cette attente était le rêve du peuple d’Israël annoncé par le prophète Isaïe. C’est cette attitude que le Seigneur enseigne à son peuple pour qu’il puisse suivre ses chemins et ses sentiers. Le venue du Seigneur Jésus, si surprenante soit-elle, ne viendra pas pour nous alors comme un événement terrifiant. Cette rencontre à la fin des temps se présentera devant nous comme l’espérance ultime, un événement vers qui nous marcherons dans la joie et dans la paix. « Venez ! Marchons à la lumière du Seigneur ! » P. Edouard Shatov, a.a.
Le Royaume autrement ! 21 novembre 2010 - Le Christ, Roi de l'univers- Année C Lc 23, 35-43 Lectures de ce jour sur aelf Plusieurs cultures contemporaines accordent aux figures du Roi et du Royaume une importance majeure. Car ces figures protègent l’ordonnance du monde, la stabilité et la paix. Le principe de la succession assure la perpétuation des valeurs nécessaires pour la prospérité et le bonheur. Le roi ne meurt jamais : « Le Roi est mort – Vive le Roi ! » ; c’est la base de toute monarchie. L’élection divine est un autre élément essentiel. Le monarque était très souvent perçu – et cela reste valide encore pour certains même aujourd’hui – comme l’image du Dieu invisible. Seulement, assez fréquemment dans l’histoire, ce principe, considéré bon en soi, a provoqué des perversions comme l’usurpation du pouvoir et des tyrannies sanglantes. Mais ce dimanche, nous sommes invités de regarder l’image du Roi qui se manifeste en Jésus de Nazareth.Le Royaume du Christ se révèle sur la Croix. Scandale pour les juifs et folie pour les païens. La scène racontée par l’évangile de ce dimanche reprend les tentations originelles à l’heure ultime de sa vie. Jésus crucifié sur la Croix affronte des moqueries qui prennent la forme d’une triple tentation. Les abîmes de l’Enfer Tout d’abord il y a la mention du peuple qui regarde. Elle trace une dissociation entre le peuple et les responsables. Très souvent l’attitude que nous adoptons ou celle qui est adoptée à notre égard est celle de simple observateur. Souvent nous voulons juste observer, à partir d’une distance sécurisante pour nous, l’élévation et la chute de réputations, la formation et la dispersion de fortunes personnelles ou collectives. Cette description doit aider tout le monde à prendre conscience de son péché. A leur tour les chefs juifs et les soldats romains expriment les mêmes paroles avec lesquelles le Diable a tenté Jésus au début de l’évangile de Luc : « Si tu es le Fils de Dieu, manifeste-le par un prodige ! ». Les chefs juifs le nomment le Christ de Dieu, l’Élu. Les soldats romains l’appellent le roi des Juifs, selon l’inscription sur la croix. Les uns comme les autres réclament de Jésus de prouver sa messianité en se faisant lui-même bénéficiaire du bien messianique par excellence : le salut. Si Jésus a passé tellement de temps et d’effort pour apporter le salut aux hommes, pourquoi n’en ferait-il pas la manifestation ultime au moment le plus ténébreux de sa vie ? Jésus, comme autrefois au désert, refuse d’user de son pouvoir à son propre bénéfice. Il repousse les tentateurs par le silence. Les portes du Royaume L’autre tentateur, l’un des malfaiteurs, reprend le même refrain : « Sauve-toi toi-même », et il ajoute : « et nous avec ». Est-ce que le Christ va refuser de sauver autrui ? L’autre malfaiteur a une toute autre attitude. Il reconnaît sa faute. Cela est déjà une conversion. Seulement, en reconnaissant que Jésus est Roi, il pense que son pouvoir de sauveur ne se manifestera qu'à la fin des temps, lors de la Parousie. C’est à lui, que Jésus répond. Jésus, le Christ, la Révélation de Dieu, rompt le silence. En recevant la demande du malfaiteur, Jésus modifie son contenu. C’est « aujourd’hui » même, que la mort de Jésus va inaugurer le salut messianique. Le malfaiteur croyant et repenti va entrer avec Jésus dans le Paradis, le lieu où se trouve l’arbre de la vie et où se trouvent les justes. Ce qui est essentiel, c’est d’être avec le Christ. Selon la parole de saint Ambroise de Milan : « Là ou est le Christ, là est le Royaume ». Ces paroles de Jésus en croix sont lumière pour nous, chrétiens, qui lors de notre mort, sommes invités à imiter notre Seigneur. Le présent dialogue est aussi un réconfort pour chacun d’entre nous. Si on invoque Jésus, celui-ci se souvient de nous. Une invitation pour la multitude Saint Paul invite les Colossiens, et avec eux nous aussi, à rendre grâce à Dieu qui « nous a fait entrer dans le Royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés ». Il nous rappelle aussi que cette assurance donnée au malfaiteur repenti s’étend à toute l’Eglise. Jésus est le commencement, le premier-né et tous les autres le suivront. Alors, avec le psalmiste nous pouvons chanter : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur !» P. Edouard Shatov, a.a. Viennent les cieux nouveaux et la nouvelle terre 14 novembre 2010 - 33° Dimanche ordinaire - Année C Lc 21, 5-19 Lectures de ce jour sur aelf Si nous regardons attentivement le monde autour de nous, nous pouvons remarquer qu’il est plein de beauté, mais aussi de blessures, de contradictions, de mal et de péchés. Ce monde, tel que nous le connaissons, est un monde de finitude, et il aura une fin. « Le Jour du Seigneur » - ce n’est pas seulement le dimanche, mais avant tout le Jour de la Révélation de Dieu, de Jésus Christ dans la plénitude de la gloire. Les chrétiens se souviennent encore de temps en temps de cette réalité. Il en reste que ce Jour – la Fin du monde dans notre langage courant – a été annoncé tellement de fois qu’il est devenu presque banal. Il viendra, le Jour du Seigneur Pourtant, dans les lectures de ce dimanche, c’est le thème principal. Nous somme invités à reconnaître qu’il viendra un jour quand il y aura le basculement du monde ancien – le nôtre – vers le monde nouveau. « Le Jour du Seigneur brûlant comme une fournaise » précise le livre du prophète Malachie. Chaque fois que nous entendons ce genre d’expression les vieilles peurs se réveillent et la stupeur nous tétanise. Ces peurs et ces inquiétudes sont tellement fortes que nous oublions que le même prophète Malachie précise que ce Jour apportera la guérison dans son rayonnement. Le prophète de l’Ancienne Alliance veut redonner au peuple de Dieu une espérance. Si l’espérance te fait marcher Malachie n’ignore pas et n’exclue pas les difficultés, mais avant tout veut redonner aux croyants le souffle de vie. Jésus, dans l’Évangile de Luc, veut insuffler à ses disciples la force de tenir la tête haute au milieu des épreuves, leur rappeler que le temps présent a une valeur positive. C’est dans ce monde présent que Dieu fait signe et se révèle. La beauté splendide du Temple de Jérusalem, qui semble être inébranlable, ou les catastrophes innombrables ne doivent pas anéantir ou aplatir l’espérance en Dieu qui vient sauver son peuple. La remarque à propos de l’ornementation du Temple et de sa destruction est étroitement associée à la Parousie, au retour de Jésus Christ en gloire, venant juger l’univers et instaurer le règne de Dieu de façon définitive. Jésus, dans son enseignement, décrit les étapes qui conduiront à la Fin. Tout d’abord, il met ses disciples en garde contre ceux qui se feront passer pour lui. Une autre remarque suit : l’apparition d’imposteurs, de faux prophètes, et même les bouleversements politiques sont des phénomènes périodiques qui en soi ne présagent pas la proximité de la Fin. Pourtant la formule « il faut que cela arrive d’abord » signifie que tous ces événements s’inscrivent dans le dessein de Dieu et portent une signification pour le croyant. Sur les routes de l’Alliance Durant cette attente du monde nouveau les croyants sont invités à travailler dans le monde ici et maintenant. Ce travail, dans l’Évangile d’aujourd’hui, se présente comme une vie dans l’espérance au milieu des épreuves : les persécutions contre les croyants, les guerres et d’autres événements tragiques. Les persécutions sont présentes dès les premiers jours de la communauté chrétienne et il semble cela soit une constante dans la vie de l’Église. Jésus donne à ses disciples le premier motif de confiance au Seigneur dans cette situation difficile. Pour se défendre, il leur dit qu’ils recevront un langage et une sagesse qui ne souffriront pas de réplique. Le Christ ici se présente comme le dispensateur de l’Esprit et de ses dons. Deuxièmement, le Christ révèle que ces persécutions ne viendront pas seulement de l’extérieur, mais toucheront même le cercle des intimes. Pour encourager les siens, le Maître promet que Dieu ne cessera pas de protéger les victimes de la vindicte des hommes, en raison de leur attachement à Jésus. En effet, Jésus Christ nous rappelle que le témoignage, le martyre de notre vie, se trouve juste dans la fidélité et dans la persévérance sur le chemin de la vie quotidienne à la suite du Christ. Avec le psalmiste nous somme invités de jouer la mélodie de l’espérance sur la cithare de notre vie, car « pas un cheveu de notre tête ne sera perdu ». Le monde ancien s’en est allé, un nouveau monde est déjà né. P. Edouard Shatov, a.a.
La Vie est plus forte que la mort 7 novembre 2010 - 32° Dimanche ordinaire - Année C Lc 20, 27-38 Lectures de ce jour sur aelf Tout passe Dans notre existence humaine deux événements majeurs nous échappent à tout jamais : c’est le jour de notre naissance et le jour de notre mort. Le premier, on nous l’a raconté ; le second, on va le raconter à notre place. Ces deux jours de notre vie nous rappellent que tout dans ce monde est d’une extrême fragilité et que tout est périssable. Tout passe : les êtres de chair et les œuvres de pierre. Les derniers plus lentement que les premiers, mais le résultat toutefois est le même. On a beau se divertir, s’oublier ou s’exalter dans la vie, on sait quoiqu’on fasse que la mort arrivera. Qu’y a-t-il au delà de la mort ? Un anéantissement de notre être, une existence spirituelle ou une dissolution de notre être en la Divinité ? C’est la question que toutes les philosophies ou religions abordent et traitent à l’un ou l’autre moment. Que peut-on espérer en fin de compte ? Chemin d’espérance L’évangile d’aujourd’hui met devant nous la résurrection d’entre les morts comme l’espérance ultime. La question qu’on pose à Jésus est à la fois drôle et imparable car elle tend à ridiculiser la foi en la résurrection. Comment va-t-on ressusciter ? Dans quel état ? La question des sadducéens nous montre leur rejet d’une conception matérialiste de la résurrection. Dans l’imaginaire de certains d’entre nous ce retour à la vie est une forme de réanimation du corps, auquel sont prêtées une fécondité merveilleuse et une reprise des activités terrestres. Avec les sadducéens et Jésus nous rejetons en souriant une telle représentation. Pourtant, même aujourd’hui, certains vont refuser la foi en la résurrection à cause de cette représentation simpliste qu’on s’en fait. La réponse de Jésus vient souligner une différence radicale entre la vie terrestre et la vie nouvelle dont on hérite à la résurrection. Dans ce monde-ci, les humains engendrent et meurent ; la sexualité assure la survie de l’espèce. Dans le monde qui vient, où on ressuscite, nous ne connaîtrons plus la mort, et la sexualité prendra une autre dimension. L’expression « semblables aux anges » est très intéressante dans ce contexte. On la rencontre dans plusieurs textes apocalyptiques. Elle souligne que la résurrection n’est pas un retour à la vie terrestre, mais une re-création inimaginable, une transformation radicale de l’être humain. On décrit cette transformation comme un passage de la beauté à la splendeur, de la lumière à l’éclat de la gloire. Cette transformation est une renaissance à la vie en présence du Dieu vivant. Cette réponse, Jésus la fonde sur le texte de la Loi. Jésus recourt à un argument qu’on retrouve dans le milieu rabbinique. La relation que Dieu établit avec son peuple ne peut pas être interrompue durablement. « Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob » renvoient au fait de l’Alliance par laquelle Dieu s’est engagé à oeuvrer pour le salut de son peuple. Dans cette Alliance, l’idée inévitable, c’est que Dieu est toujours fidèle et que cette fidélité est inviolable. Même la mort, adversaire de Dieu, ne peut rien contre cette fidélité. Cette fidélité a été révélée dans le buisson ardent. C’est la même fidélité que Jésus réaffirme comme le fondement de l’Alliance avec l’être humain dans son intégralité spirituelle et corporelle. Voici, je fais toute chose nouvelle ! Jésus nous révèle que Dieu fait toute chose nouvelle. Mais cette création n’est pas un anéantissement de certains aspects de notre vie. C’est une transformation profonde de tout notre être qui mènera chaque instant de notre vie et chaque élément de notre être à sa plénitude. « Rien n’est perdu, mais tout est transfiguré » - peut-on dire peut-être. Sans connaître les détails de la résurrection, nous pouvons être sûrs que Dieu nous donne réconfort et joyeuse espérance, et qu’il affermit notre cœur pour avancer sur le chemin de notre vie. Alors avec Saint Paul et le psalmiste nous pouvons redire : « Et moi, par ta justice je verrai ta face : au réveil, je me rassasierai de ton visage ». P. Edouard Shatov, a.a.
Une Prière Agissante – Une Conversion ! 31 octobre 2010 - 31° Dimanche ordinaire - Année C Lc 19, 1-10 Lectures de ce jour sur aelf Dans le récit évangélique de ce dimanche, Jésus traverse la ville de Jéricho. C’est dans cette ville que le Seigneur rencontre un homme qui n’est pas anodin, comme si l’évangéliste voulait nous faire comprendre que Jésus rencontre chaque être humain d’une manière personnelle. Deux traits caractérisent cet homme : son statut social (c’est un publicain) et son statut matériel (c’est un homme riche). Zachée, c’est son nom, appartient à la catégorie des publicains et il est même un publicain en chef. Comme si saint Luc souscrivait à la vision du livre de la Sagesse, il présente Jésus comme le Maître qui aime la vie, qui a pitié de tous les hommes. En effet, Jésus fréquente et partage ses repas avec des gens peu recommandables. Cet homme, Zachée par exemple, représente aujourd’hui le modèle du pécheur repenti. Toutefois, avant sa rencontre avec le Christ, sa richesse monétaire pouvait constituer un obstacle majeur pour répondre à l’appel évangélique. Des obstacles sur la route du Salut Mais le premier obstacle que rencontre Zachée, c’est la présence de la foule. Zachée est un homme de petite taille. Un trait physique qui décrit très vraisemblablement la perception sociale du pécheur dans la société juive. Cette petite taille empêche Zachée de voir Jésus, même si le désir du publicain en chef de le voir est grand. Cela a une conséquence sur la rencontre. Si Zachée ne peut pas voir Jésus, c’est aussi très probablement qu’il ne peut pas être vu par Jésus. Alors, il faut trouver une solution pour arriver à l’accomplissement de son désir. Zachée, publicain notoire, court donc monter dans un arbre, comme ferait un enfant. La spontanéité de Zachée dépasse le formalisme de son rang social et de sa dignité. Et le résultat dépasse aussi le but qu’il s’était fixé. Voilà que Jésus lève les yeux et voit Zachée. En plus, il s’invite chez lui. Le Seigneur affirme par ses propres paroles – « il faut… » - que cette invitation contient l’accomplissement du salut. Car le Seigneur aime tout ce qui existe. Et Zachée fort heureusement accepte cette proposition qui comble toute son attente. C’est alors que se dresse une autre difficulté à surmonter – l’opinion publique. Les pharisiens et les scribes grondent et se rebellent contre le comportement de Jésus. C’est une attitude qui est aussi présente dans la communauté chrétienne. La visite affichée au pécheur public est inacceptable autant par les pharisiens que par les bons chrétiens qui se croient justes au yeux de Dieu. Alors, pour la seconde fois, Zachée prend, apparemment à l’improviste, une décision inattendue. Il reconsidère son rapport à l’argent. Le publicain s’engage à partager avec les pauvres la moitié de ses biens. En même temps, il prend l’engagement de réparer les torts causés au prochain d’une manière extraordinaire – au quadruple. Ce genre d’aumône est un signe d’une conversion totale. Seul sur son arbre ? Suite à la conversion de Zachée le Jugement de Dieu est rendu public. Le salut de Dieu arrive immédiatement - « aujourd’hui » - dans la maison du pécheur repenti. Dieu est fidèle à sa promesse. En effet, Zachée paraissait être un rejeté, derrière la barrière de sa taille et de la foule, seul sur son arbre ; mais Zachée prouve par sa démarche qu’il appartient au peuple de Dieu. Et Jésus révèle sa mission d’annoncer le salut de l’humanité sauvée par la grâce. Le salut est accordé par Dieu qui en a l’initiative ; mais pour qu’il devienne effectif, il faut que l’homme l’accueille par la conversion. Cette conversion s’exprime jusque dans une démarche concrète à l’égard d’autrui. A l’initiative prise par Jésus au nom de Dieu, Zachée répond en prenant l’attitude appropriée : il accueille Jésus et s’ouvre à Dieu par le repentir et la réparation de ses péchés. La gloire de Dieu – c’est l’homme vivant ! Dans l’intention de ne pas désespérer et d’être toujours ouverts à la présence divine, Saint Paul nous invite aujourd’hui à prier continuellement, afin que Dieu nous trouve dignes de l’appel que le Seigneur nous adresse. Comme Zachée, nous sommes invités à être imaginatifs et prêts à prendre des engagements vis-à-vis des autres. Si nous sommes peureux et hésitants l’Apôtre nous exhorte à ne pas nous laisser effrayer. Une telle attitude rend visible notre prière et notre confiance en Dieu pour qui la gloire c’est l’homme vivant. Nous sommes invités à être un peuple pour qui la gloire c’est de contempler Dieu, comme Zachée, non pas seulement en paroles mais en actes et en vérité. P. Edouard Shatov, a.a.
La Justice sans précédent ! 24 octobre 2010 - 30° Dimanche ordinaire - Année C Lc 18, 9-14 Lectures de ce jour sur aelf Les lectures de ce dimanche nous invitent à méditer sur la question : “Que veut dire, être juste?” Dans le monde juif, être juste n’est pas un mode d’impeccabilité. Être juste reflète la capacité de discerner ce que sont le bien et le mal, et l’engagement dans notre vie à faire plus de bien que de mal. Toutefois, dans la communauté chrétienne, comme dans la communauté juive, se retrouve chez certains individus l’attitude de se croire exclusivement justes. Dans la parabole que raconte Jésus aujourd’hui, il faut voir d’emblée une signification éthique. Nous sommes invités à reconnaître dans l’attitude du publicain un exemple à suivre et dans celle du pharisien une autre à éviter. Se tenir dans la prière
En effet, la prière qui se déroule dans le Temple démontre une attitude parfaite de discernement. En présence du Dieu Vivant et Vrai, nous sommes appelés à devenir nous aussi des êtres vivants et vrais. L’évangéliste nous décrit ces attitudes et puis, la prière du pharisien et du publicain. Le pharisien se tient en action de grâce et il dresse le catalogue de ses vertus. Il observe les commandements de Dieu en allant plus loin que ne l’exige la Loi. Ce n’est pas une caricature. Le pharisien est un homme qui observe la Loi par toute sa vie. Mais cet être humain se croit supérieur aux autres et méprise les autres. Voilà ce que connaissent toutes les communautés croyantes. La conséquence qui s’en suit est qu’il n’y a rien à demander au Très-Haut. Le publicain, par contre, n’ose pas lever les yeux et sa prière est une supplication envers l’Éternel de lui venir en aide. Il se reconnaît pécheur et il implore la miséricorde. Il faut remarquer que dans cette prière d’un pécheur, il n’y a aucune promesse de réparer ses torts. Juste la reconnaissance de son état.
Dieu qui écoute
Dieu déclare juste le publicain et il lui pardonne. Le pharisien qui ne demande rien reste, pour sa part, hors de l’attention de Dieu. La situation se renverse. Celui qui se reconnaît injuste est justifié par l’attention de Dieu. Celui qui s’est montré juste retourne chez lui en ignorant que sa justice n’a pas été reconnue par le Seigneur. C’est cette vérité paradoxale et inattendue que révèle Jésus. Le publicain est pardonné sans avoir au préalable réparé ses torts et s’être réconcilié avec son prochain. Mais c’est à lui, en raison de son attitude d’ouverture et d’accueil du don de Dieu, que la miséricorde et la justice ont été accordées. L’abaissement que Jésus nous révèle est la juste reconnaissance de la réalité telle qu’elle est. Nous sommes invités à reconnaître notre fragilité et à ouvrir notre vie pour tout recevoir comme un don de Dieu. Accueil du don – véritable sacrifice
Dans notre vie, que saint Paul décrit comme « une course », c’est ce changement d’attitude qui est le plus difficile. La renonciation à se voir supérieur aux autres est un véritable sacrifice. Les êtres humains tendent à se croire exceptionnels et au dessus de tous. « Personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné », écrit Paul à Timothée. C’est une reconnaissance de la fragilité humaine commune à tous et Paul la connaît aussi. C’est pour cette raison qu’il ajoute tout de suite : « Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. » Ce qui est important c’est que Dieu, lui, soit fidèle. Nous ne devons pas désespérer même si l’attitude de nous croire supérieurs aux autres nous guette. Il faut juste se rappeler la parabole de Jésus, s’en remettre à Dieu et avancer. Le Seigneur nous sauvera et nous fera entrer au ciel. Les croyants sont invités à ne pas répartir les hommes en justes et en injustes, mais à recevoir Dieu et les autres frères et sœurs comme un don. Cela indépendamment de l’origine, de la race, de la langue et de la nation car Dieu lui-même ne fait pas de différence entre les hommes.
C’est pour cela que nous bénirons le Seigneur en tout temps et que sa louange sera sans cesse à nos lèvres.
P. Edouard Shatov, a.a.
Une prière ! 17 octobre 2010 - 29° Dimanche ordinaire - Année C Lc 18, 1-8 Lectures de ce jour sur aelf À la fin de l’année liturgique apparaît progressivement le thème du Jugement – du Jour de Retour du Seigneur. C’est dans ce contexte du Jugement Dernier que Jésus parle à ses disciples au sujet de la prière : « Il faut toujours prier ! ». Cette prière doit être persévérante, sans découragement. La prière est présentée aux chrétiens comme le chemin de l’attente du Seigneur. Prions sans cesse Dans l’Évangile de Luc, la figure de la veuve, comme celle de l’orphelin et de l’étranger, est le type biblique de la personne sans défense. Elle est en face d’un juge peu empressé à lui rendre justice. Mais l’attitude de la veuve insistante va transformer le comportement du juge. Pour un motif purement égoïste – car cette femme commence à l’ennuyer – il se décide à agir en sa faveur. L’application du récit est solennelle : c’est le Seigneur qui la formule avec autorité. Si un juge inique, qui se moque de la Loi divine et des détresses humaines, en vient à céder aux instantes prières d’une veuve, combien plus Dieu, le juste Juge, écoutera-t-il les supplications et les cris incessants des élus. Les élus qui sont les croyants. Ce passage nous dit que la persévérance dans la prière rapporte. Et les croyants sont appelés à se tenir en prière en attendant le retour du Seigneur. Une Prière Communautaire Cette attente, qui durera peut-être toute notre vie, se présente comme une bataille. Un combat spirituel. Comme si nous étions engagés avec Josué à lutter contre les ennemis de notre dignité humaine. Un combat où la prière persévérante est indispensable. Le livre de l’Exode nous présente Moïse en prière pendant que Josué combat. Ce passage du livre de l’Exode met en évidence la dimension communautaire de la prière, qu’on ne doit pas sous-estimer. Moïse ne peut pas tenir tout seul tout le temps. Il a besoin d’Aaron et de Hour pour lui soutenir les mains et les bras. Il y a des moments où Moïse rencontre Dieu et lui parle face-à-face, mais il y a aussi des moments où il a besoin des autres, juste pour tenir dans la prière. C’est aussi vrai pour chacun d’entre nous. Il y a des moments où les bras nous tombent et où nous ne pouvons pas tenir, même si nous avons le désir et l’intention de prier. En ces moment nous devons être sûrs que nos bras sont soutenus par la prière de nos frères et de nos sœurs. En fait, le livre de l’Exode nous rappelle que nous ne traversons jamais seuls notre vie et notre combat spirituel. C’est une démarche communautaire, même si chacun a sa vocation propre à accomplir. Une nourriture pour la vie de foi Cette prière incessante et persévérante est une nourriture pour la vie de foi. Elle communique la sagesse et conduit au salut. Cette prière forme notre être le plus profond. Cette prière, fondée sur la parole de Dieu, est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer à la justice. En fait, la prière persévérante développe une attitude de confiance : s’en remettre à Dieu en toute chose. Cette prière nous rappelle que nous ne sommes pas des juges. Elle nous dévoile notre vocation d’intercesseurs pour l’Église et pour le monde qui se divise et se déchire. Saint Paul écrit dans sa lettre à Timothée que la prière incessante est la source de notre mission. Elle nous invite au nom de la manifestation de Jésus Christ et de son Règne à proclamer la Parole, à intervenir à temps et à contretemps, à dénoncer le mal, à faire des reproches, à encourager. Cette prière persévérante nous enseigne que tout cela s’accomplit avec une grande patience et avec le souci d’instruire. Jésus invite ses disciples – ce qui veut dire nous aussi – à mettre notre confiance dans le Seigneur, à former une communauté de frères et de sœurs unis par les liens de la charité et du souci mutuel. Nous sommes invités à redire avec le psalmiste : « Je lève les yeux vers les montagnes : d’où le secours me viendra-t-il ? Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre ». P. Edouard Shatov, a.a.
On n’enchaîne pas la Parole de Dieu ! 10 octobre 2010 - 28° Dimanche ordinaire - Année C Lc 17, 11-19 Lectures de ce jour sur aelf Sur les routes de l’Alliance Pour la troisième fois dans l’Évangile de Luc on nous rappelle que Jésus marche vers Jérusalem. La Parole de Dieu marche sur les routes de l’histoire humaine. Jésus de Nazareth marche vers l’accomplissement de sa vie, de la destinée de l’humanité et du projet salvifique de Dieu. Jésus, Dieu et Homme, au lieu d’aller tout droit au Sud fait un détour à l’Est et se rend en Samarie. C’est sur cette terre étrangère de Samarie que se rencontrent des exclus. C’est sur la terre étrangère que se produit la guérison de l’homme par Dieu. Cette trajectoire du chemin du Fils de l’homme nous rappelle que les détours dans notre vie sont inévitables, et qu’en les faisant nous suivons les pas de Dieu. Au delà de toute frontière Dans le passage d’aujourd’hui chaque personnage connaît sa place et personne ne va plus loin que sa condition lui permet. Il n’en reste pas moins qu’au début de cette histoire l’exclusion demeure. Comme dans notre vie – où il y a des gens bien portants et des malades, ceux qui se pensent justes et ceux qui sont à tout jamais relégués dans le nombre des pécheurs. Seulement, cette exclusion est insupportable. Les lépreux de la Samarie l’expriment par un grand cri : « Jésus, Maître, prends pitié de nous. » Jésus, en réponse, ne fait aucun geste surprenant ou spectaculaire. Le Seigneur de la vie dit seulement une Parole et envoie les lépreux se montrer aux prêtres. Une invitation qui signifie et manifeste déjà un commencement de guérison. Dieu ne reste pas sourd aux cris des exclus et des marginaux. Son cœur désire la communion et non pas l’exclusion. Cette absence de geste da la part du Christ met en valeur combien est puissante sa parole. Une parole qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer. Ce que Jésus nous demande, c’est de l’écouter et de suivre le chemin indiqué. Sa Parole ne reste jamais sans résultat. Trop souvent ce sont nos yeux et nos oreilles qui sont trop fermés pour voir et entendre son action salvatrice. Les stéréotypes religieux, culturels et sociaux nous aveuglent et nous perdons de vue la source de ce qui nous fait vivre. Le Samaritain, par contre, est très conscient de la source de sa guérison. Il revient sur ses pas. Un étranger, un homme que rien ne lie à Jésus. Un étranger remercie Jésus et se jette face contre terre. Se jeter face contre terre est un geste de reconnaissance de la présence de Dieu en Israël. Mais le salut que Jésus opère est plus grand que la guérison physique. La guérison physique oui, mais aussi la guérison spirituelle, débouche sur le salut complet si l’être humain reconnaît l’initiative gratuite de Dieu à son égard et s’il répond en s’engageant dans une vraie relation avec Jésus. Une relation d’action de grâce. Telle est la foi qui sauve. Dieu est à l’œuvre en cet âge C’est ce salut et cette foi que nous proclamons chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie. En recevant tout de Dieu en Jésus, nous répondons à l’appel du Christ et nous nous tenons avec lui devant le Père, pleins de reconnaissance et d’admiration. Dieu fait un détour et rejoint notre vie, pour que nous puissions vivre en pleine communion avec lui. Une communion où il n’y a aucune exclusion parmi les frères et sœurs. C’est le mémorial de cette bonne nouvelle que nous célébrons chaque dimanche. Saint Paul nous le rappelle : « Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Évangile. » C’est une action de grâce qui nous fait comprendre que Dieu est ouvert à tous et se donne à chaque être humain sans exception. En Dieu il n’y a pas de marginaux. Il n’y a que des êtres différents qui demeurent dans la communion avec Lui et qui s’échangent des dons mutuels. Pour abolir l’exclusion et guérir le cœur de l’homme, Jésus a accepté le chemin vers Jérusalem et la Croix Glorieuse. C’est la foi au Christ qui a conduit Saint Paul à être enchaîné comme un malfaiteur en prison. La foi qui s’engage dans une relation. Une foi qui n’évite pas les difficultés, mais qui se garde confiante et fidèle en toutes circonstances. C’est grâce à cette foi, qui est don de Dieu, que l’on peut comprendre qu’on n’enchaîne pas la parole de Dieu. Et pour cette parole que rien n’arrête – Jésus Christ – nous rendons grâce à Dieu le Père. C’est cette parole que nous partageons lors de l’Eucharistie. C’est de cette parole que nous voulons vivre tous les jours de notre vie. P. Edouard Shatov, a.a.
L’arbre dans la mer – Pour quoi faire ? 3 octobre 2010 - 27° Dimanche ordinaire - Année C Lc 17, 5-10 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Rien de nouveau sous le soleil Dans notre vie nous aimons les choses qui bougent et changent. Toutefois, notre vie en général est constituée des choses routinières. Un jour succède à un autre jour presque pareil, et il nous semble que tout est figé pour toujours, au point de nous ennuyer et nous agacer. Il peut même nous arriver de perdre le goût des choses qu’on a aimées ou desquelles on a eu au moins la certitude. La réalité de la foi n’échappe pas à cette règle. Dans l’évangile de ce dimanche les disciples reconnaissent avant tout que la réalité de la foi est présente dans notre vie. Le don de Dieu et la Croissance nécessaire La foi est un don de Dieu que chacun d’entre nous, sans aucune exception, reçoit gratuitement. Toute personne humaine reçoit ce cadeau de la part de Dieu, mais faut-il encore le savoir et l’accueillir. La demande des Apôtres au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » manifeste cette certitude. Pourtant très souvent, comme les disciples viennent de le manifester, nous pensons qu’on peut mesurer ce don du Seigneur et qu’il y a un lien direct entre la quantité et la qualité de la foi. En sa réponse, le Seigneur Jésus rappelle à ses disciples qu’il ne s’agit pas de la quantité dans le monde de Dieu, mais de l’acceptation de cette grâce de la foi. Une grâce qui est comparable à une graine de moutarde. Certes cette graine est petite mais elle est appelée à croître. Déjà être capable de planter des arbres dans la mer suppose une force de croissance. Si Jésus dit cela ce n’est pas pour nous inviter à faire des choses inintelligibles, car planter les arbres dans la mer est une absence de bon sens. Qui plante un arbre dans la mer ? Peut-être cela veut dire, tout simplement, que l’arbre qui est symbole de la vie peut se planter et croître dans la mer elle-même symbole du mal. Si on croit on ne fuit pas le monde avec ses souffrances, tragédies et péchés. La foi nous invite à habiter ce monde tel qu’il est, en plaçant notre confiance dans le Seigneur et en prenant l’attitude du service. Cette graine de la foi – ce n’est pas un sentiment, voire un sentimentalisme ou une émotion que d’avoir la foi. Comme le psalmiste nous le chante c’est une certitude que « Le Seigneur est notre Dieu et nous le peuple qu’il conduit » Écoute qui fait vivre Cette reconnaissance du don de Dieu rencontre dans notre vie plusieurs obstacles. Ceux qui sont nommés dans les lectures d’aujourd’hui sont les injustices du monde et la dureté du cœur humain. Les injustices du monde font que les gens vivent dans la misère, la dispute et la discorde. La violence engendre la haine qui fait que certains êtres humains font périr les autres. La dureté du cœur humain – le cœur de l’homme est malade et complique – fait qu’on perd confiance envers Dieu et envers les autres. Le remède proposé ce dimanche est formulé comme une question et une invitation à la fois : « Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ? » Cette écoute da la Parole de Dieu appelle à l’aide une force de confiance, d’amour et de raison. Une Parole qui nous donne des forces neuves. Une Parole qui tend vers son accomplissement et qui ne tarde pas. Une Parole qui dépasse la surdité de notre cœur et qui fait appel aux sources vives de notre désir et de notre être tout entier. Une Parole qui affronte le mal et la souffrance et qui réveille en nous le don de Dieu. C’est cette Parole qui fait que dans l’espérance et la confiance nous pouvons reconnaître le Seigneur avec joie et dire que c’est lui qui nous sauve. P. Edouard Shatov, a.a.
Tournez les yeux vers l’Ordinaire ! 26 septembre 2010 - 26° Dimanche ordinaire - Année C Lc 15, 1-32 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Quand on lit le passage de l’Évangile de ce Dimanche on s’aperçoit que la vie est simple et très complexe à la fois. Simple : car dans la vie du monde il y a les bons et les méchants ; les bons reçoivent à la fin la récompense et les méchants une bonne rétribution, voire la damnation éternelle. La complexité ou la difficulté de ce passage consiste en ce que ces méchants sont représentés dans l’Évangile par un homme qui a des biens et les bons sont représentés par le pauvre Lazare. Faut-il déduire de ce texte que pour entrer dans la béatitude de Dieu il faut être dans la misère et en tomber au point que les chiens lèchent nos plaies ? Certainement pas ! La sainte Écriture a souvent présenté la possession des biens comme un signe de bénédiction et d’assistance de la part de Dieu. Alors, quelle est donc la nuance de notre histoire ? La sainte indifférence ? Si nous regardons attentivement l’attitude du riche et du pauvre nous pouvons remarquer que le premier possède tout le luxe dans le monde tous les jours de sa vie de sorte qu’il en manque la vue des choses et des êtres. Comment a-t-il pu vivre et passer chaque jour par la porte de sa maison sans remarquer un autre homme dans la difficulté extrême ? Comment a-t-il pu laisser obscurcir ses yeux pour qu’ils deviennent l’indifférent et sans compassion vis-à-vis de l’autre. Le pauvre, par contre, dans sa misère reste attentif à sa manière à la présence des autres dans sa vie, même s’il s’agit des chiens qui lèchent ses plaies. Cela paraît comme une aberration, et cela en est une, mais ces deux manières d’être présent au monde divergent complètement. Et pour Dieu la conséquence de ces choix de vie ne peut pas être ignorée. Si nous lisons le texte attentivement il ne s’agit même pas de la condamnation du riche, il s’agit juste d’un constat des conséquences de nos choix. Le riche par sa manière d’être indifférent vis-à-vis des détresses et des désastres des autres se privent de la vie même et de son identité, ce qui est signifié dans notre histoire par l’absence de son nom. Le pauvre en étant confiant et ouvert rien qu’aux chiens, car dans la situation de misère on peut oublier le nom de Dieu, rentre dans l’histoire de salut pour toujours un homme avec un nom - comme Lazare ce que signifie – « Dieu m’a aidé ». L’essentiel est invisible pour les yeux Pour cette attitude de la compassion et de souci des autres l’Évangile nous recommande de prendre comme guide les commandements de la Loi et des Prophètes. Le combat de la foi se constitue non pas dans les choses extraordinaires et spectaculaires, mais dans la poursuite toute simple dans l’ordinaire de nos jours et de nos rencontres de l’amour de Dieu et de notre prochain. Aucun signe extérieur ne pourra ouvrir notre cœur et nous tourner vers les autres si ce n’est pas la reconnaissance toute simple du fait qu’il n’y pas des bons et des méchants dans le monde, mais qu’il y a les hommes et les femmes appelés à être solidaires des uns et des autres dans la vie quotidienne car tous et toutes ils sont les créatures de Dieu. « L’essentiel est invisible pour les yeux ! » disait le petit prince de Saint-Exupéry. Et pourtant la vocation chrétienne est appelée à rendre cet invisible tangible dans notre vie par l’attention au plus pauvre et au plus démuni. La petite voie vers le bien Cette semaine nous célébrerons la Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face qui est Docteure de l’Église. Cette jeune femme, décédée à 24 ans, nous rappelle que la petite voie de la sainteté consiste dans les choses les plus simple de la vie quotidienne et ce n’est pas le nombre de personnes consternées qui compte, mais l’attention aux personnes présentes autour de nous là où nous sommes. Notre voie vers le Seigneur est de prêter attention et de rendre service autour de nous. Cela peut être dans la communauté religieuse, dans notre foyer familial, dans la communauté ecclésiale ou notre lieu du travail. Et si nous doutons de nos forces ou avons des manques sur ce chemin, rappelons-nous les paroles de Sainte Thérèse qu’« on ne peut pas tomber plus bas que les mains de Dieu ! » Alors, osons vivre dans l’amour, la persévérance et la douceur ! P. Édouard Shatov, a.a.
Responsabilité inventive ou imagination responsable 19 septembre 2010 - 25° Dimanche ordinaire - Année C Lc 15, 1-32 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Dans la vie, chacun et chacune d’entre nous avons des biens: petits ou grands, ceux qui allègent notre vie ou ceux qui nous pèsent d’une manière écrasante. De toute manière nous devons les gérer jour après jour. A plusieurs reprises Jésus nous rappelle que cette gérance consiste en ce que nous devons porter des fruits et les porter en abondance (Jean 15, 1-17). Dans l’Évangile de ce 25e dimanche du temps ordinaire la parabole du gérant malhonnête nous dérange ou devrait nous déranger. Est-ce que Dieu, qui est le Bien et la Bonté absolue, peut faire un éloge de la malhonnêteté ? Ou peut-être pouvons-nous supposer que dans cette parabole nous perdons de vue quelque chose d'important. Ce qui était visible pour les auditeurs de Jésus est devenu mystérieux pour nous. Que vais-je faire ? – une question pour toute la vie. La parabole, que Jésus nous conte, met en notre présence un homme, un homme trompeur qui gaspille les biens de son maitre. Il s’avère que cette situation ne peut pas durer éternellement. Il y a une fin à toute chose. Dans toute vie humaine il y a le temps de crise et de remise en question. Et c’est à ce moment-là que la question la plus importante va surgir devant ce gérant comme elle surgit devant nous : « Que vais-je faire ? » Remarquons bien cette manière de poser la question. Il ne s’agit pas juste de se sortir d’une situation embêtante, de sauver ou au moins de préserver sa réputation. Il s’agit de sauver sa vie, car ce gérant ne sait pas faire autre chose. Pour lui comme pour nous, de ne pouvoir rien faire de ce qu’on sait faire, c’est mourir. Comment faut-il procéder quand notre vie humaine, personnelle et sociale, notre vie communautaire ou ecclésiale est mise en danger ? Le gérant malhonnête trouve une solution en essayant de faire ce qu’on n’a jamais fait auparavant. « Je vais trouver des gens pour m’accueillir » C’est assez audacieux d’espérer cela, car on peut supposer qu’on le regardera de travers s’il se fait dénoncer. Faut-il encore prendre de tels moyens ? Le gérant de notre parabole trouve à son problème une solution inédite jusque là. Il ne s’agit pas de justifier les moyens qu’il a utilisés pour s’en sortir, mais d’apprécier la manière imaginative de procéder. A Son image et Sa ressemblance Il semble que Dieu nous appelle n’ont pas seulement pour exercer notre responsabilité, mais pour l’exercer avec une habileté, une imagination, une inventivité. Choisir un sentier nouveau comme Dieu lui-même choisi le chemin de pauvreté pour rendre chacun de nous riche de sa vie et de sa présence pour le bien de tous. Il est vrai que les crises, les difficultés et les conditions de pauvreté existent, mais la Parole d’aujourd’hui nous rappelle que dans ces situations difficiles nous sommes invités à faire preuve de responsabilité inventive et d'imagination responsable pour sortir de ces situations, car dans le cas de la pauvreté (ne parlons pas de la misère – c’est encore plus) il s’agit d'une question de vie ou de mort et pas juste de superflu de l’existence. C’est dans cette responsabilité vis-à-vis des pauvres qu’on peut vérifier si nous suivons Notre Seigneur ou si nous nous trompons nous-mêmes sur notre suite de Jésus Christ. Aujourd’hui il ne s’agit pas de condamner l’argent, mais de dire que l’argent ne peut pas devenir le maître de notre vie mais qu'il n’est qu’un moyen qui doit servir au bien de tous et tout particulièrement au bien des défavorisés. Cette parole nous rappelle que nous avons aussi à renouveler la confiance en nous-même et dans les autres, car Dieu a confiance en nous. Saint Paul nous dit que même le monde politique, le monde des chefs d’État et de ceux qui ont des responsabilités sont dignes de cette confiance. Osons le croire et prenons les moyens spirituels de mettre notre confiance en action. P. Edouard Shatov, a.a.
Chemin de vie… 12 septembre 2010 - 24° Dimanche ordinaire - Année C Lc 15, 1-32 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Habituellement, à partir du récit du « Fils prodigue », l’accent est mis sur la grande miséricorde du Père, ce qui est tout à fait juste. Mais, pour approfondir d’autres harmoniques de ce texte, regardons cette fois-ci plus précisément le chemin de vie de ce fils cadet. Ne nous parle-t-il pas du chemin de vie d’un grand nombre de nos contemporains et peut-être du nôtre : une autonomie revendiquée, une crise salutaire et une fraternité renouvelée… Une autonomie nécessaire ! Le jeune fils, désireux de sortir du cocon familial, réclame donc sa part d’héritage pour courir l’aventure et découvrir la vie. Remarquons, d’emblée, que le père ne lui fait aucun reproche et acquiesce immédiatement à sa demande. De la même manière, nos sociétés occidentales réclament leur autonomie vis-à-vis de Dieu : Soit sous la forme d’un agnosticisme bien commode – « On ne sait pas ce qu’il en est de Dieu ; autant faire, alors, comme s’il n’existe pas »- ; soit sous la forme du refus d’un certain Dieu oppressant et aliénant ; soit, dans de rares cas, sous la forme d’un athéisme convaincu et réfléchi. Dans tous les cas, le Père continue de prodiguer à chacun sa part d’héritage : un souffle de vie, un soleil qui brille, une terre où habiter… Que ce soit au plan de l’histoire de l’humanité ou au niveau individuel, cette autonomie, cette prise de distance n’est-elle pas nécessaire pour grandir vers une relation plus mature avec Dieu ? En effet, le fils aîné, n’ayant pas pris cette distance, n’arrivera pas à sortir de la jalousie et à découvrir la miséricorde du Père… On le sait, ce fils aîné évoque des juifs de l’époque mais aussi, certainement, des gens très pieux d’aujourd’hui, apparemment très fidèles, mais enfermés dans de fausses images de Dieu. Le jeune fils, lui, fera l’expérience de cette miséricorde, pourra laisser tomber ses fausses images du Père –« Je ne mérite plus d’être appelé ton fils… »- et passer de la mort à la vie. Accueillons donc, sereinement, cette autonomie revendiquée par nos contemporains. N’est-elle pas nécessaire pour passer de la mort à la vie ? Une crise salutaire ! Après avoir profité de son héritage et exploré les pays lointains, le jeune fils est rattrapé par une question de vie et de survie, une crise salutaire qui va lui permettre d’aller vers son père et de le découvrir en vérité ! Dans chaque vie survient ce type de crise : perte du travail, vie de couple difficile, confrontation à la maladie, à la mort… Et les questions existentielles, mises entre parenthèses un temps, ressurgissent… Ces questions existentielles se posent non seulement au niveau individuel, mais également sur un plan plus global. Nos sociétés occidentales, après avoir gaspillé les ressources de la planète et vécu « une vie de désordre » (cf. Lc 15,13) s’interrogent : le chemin emprunté est-il le bon ? Pouvons-nous continuer à empoisonner la planète ? Où nous mène cette société de surconsommation ? Peut-on encore se voiler la face sur les rapports injustes que créent nos modes de vie, entre pauvres et riches ? etc… Et ils sont nombreux à tenter de répondre à ces questions, non seulement sur un plan technique mais sur un plan spirituel ! Sauf que… à la manière du jeune fils, leur chemin de conversion (un mot devenu cher au monde de l’écologie par exemple), reste encombré par les fausses images de Dieu, les propos convenus sur le christianisme, mais aussi l’image parfois déroutante renvoyée par l’Église… Cependant, même si ce retour au spirituel emprunte des chemins insolites, la crise vécue n’est-elle pas déjà salutaire ? Une fraternité renouvelée… Le chemin de vie évoqué plus haut, partant d’une autonomie nécessaire à une redécouverte de l’essentiel à l’occasion d’une crise existentielle, ne mènera pas nécessairement au christianisme… Et pourtant, c’est bien le cas, pour un certain nombre de « nouveaux convertis », de « recommençants » ou d’adultes qui se font baptiser ! Quelle est notre attitude face à ce phénomène… Serons-nous, comme le frère aîné, jaloux de ces nouveaux convertis ? Mais cette remarque part, peut-être, d’une fausse certitude… En effet, sommes-nous des frères aînés empêtrés dans nos fausses images de Dieu et nos dévotions surannées, n’avons-nous pas nous aussi fait le parcours du jeune fils ? N’avons-nous pas pris nos distances avec certaines images de Dieu et fait l’expérience de sa miséricorde, n’avons-nous pas dû nous convertir ? Si c’est bien le cas, nous sommes des mieux placés pour accueillir ceux qui viennent à la foi et cheminer avec eux vers une foi plus mature, mais aussi pour accompagner, vers une rencontre personnelle avec Jésus Christ et son Père, tout ceux qui cherchent un nouveau sens à leur vie… Saurons-nous inventer de vrais lieux de rencontre, de dialogue, de fraternité renouvelée pour désencombrer le chemin du retour au Père ou, plutôt, de la découverte, enfin, du Dieu-Père. Le chemin du jeune fils n’est pas l’itinéraire des moutons noirs… C’est le chemin de vie de tous les disciples du Christ !
Apprendre à aimer ! 5 septembre 2010 - 23° Dimanche ordinaire - Année C Lc 14, 25-33 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14,26)… « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tous ses biens, ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14,33) Quelles affirmations ! Il y a de quoi nous faire froid dans le dos ! La suite du Christ implique-t-elle de se couper totalement de nos liens affectifs et matériels à la manière de certaines sectes bien connues ? Une fois de plus, il faut faire l’effort d’interpréter ce passage dans la logique de l’ensemble de l’Évangile et de la tradition chrétienne. Le but n’est-il pas d’apprendre à aimer ? Aimer nos proches, mais aussi s’ouvrir à un amour universel jusqu’à être capable de passer en Dieu… Apprendre à aimer nos proches ! Il est clair que, dans la logique de l’Évangile, avant de vouloir aimer en théorie, il s’agit d’aimer nos proches. Que l’on songe aux commandements anciens (« Tu honoreras ton père et ta mère ») ou à la première épître de saint Jean « Celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, ne peut pas aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1Jn 4,20) L’évangile de ce jour ne nous incite donc pas à nous détourner de l’amour de nos proches, mais à préférer le Christ à nos proches. Qu’est-ce à dire… si ce n’est que l’amour du Christ doit nous apprendre à grandir dans nos amours humaines ? L’amour que le Christ a manifesté pour l’humanité nous révèle le summum de l’amour, il devient une référence pour nos amours humaines, il doit être préféré à tout autre critère. Ainsi, préférer le Christ à l’amour de son père peut vouloir dire se libérer d’une certaine emprise paternelle : dans les sociétés patriarcales en particulier, l’autorité paternelle, sacrée, peut être très destructrice. Préférer l’amour du Christ à l’amour de sa mère peut vouloir dire se libérer d’une mère possessive. Préférer l’amour du Christ à l’amour de ses enfants peut vouloir dire se libérer de l’enfant roi dominateur ou, à l’inverse, de notre propension à considérer nos enfants comme notre bien. Comme le dit si bien Khalil Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants…. Ils viennent à travers vous, mais non de vous, et bien qu’ils soient en vous ils ne vous appartiennent pas ». Bref, préférer l’amour du Christ à nos amours humaines nous permet d’orienter toutes nos relations vers un amour plus juste, plus ouvert, plus respectueux, plus oblatif. Le Christ nous apprend ainsi à mieux aimer nos proches. S’ouvrir à un amour universel ! Sans concurrence et dans la même logique, l’amour du Christ nous invite à dépasser nos liens naturels, de sang, de clan, d’amitié pour avancer vers un amour plus universel. Le Christ, à l’aide de deux petites paraboles, nous dit qu’il ne faut pas oublier le but à atteindre : celui qui veut bâtir une tour doit prévoir sa dépense avant de commencer les travaux, le roi qui part en guerre doit évaluer ses forces avant de se lancer dans une aventure périlleuse… De même, celui qui veut suivre le Christ, ne doit pas viser des bienfaits immédiats (comme les foules qui recherchaient guérisons ou nourriture miraculeuse) mais doit penser au but ultime : une communion universelle de tous les êtres en Dieu ! Et pour atteindre cette communion, nulle autre voie que celle du Christ, celle d’un amour universel qui dépasse les liens familiaux (« Qui est ma mère, qui sont mes frères » Mt 12,48), celle d’un amour universel qui se fait serviteur (« Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » Jn 13,14), celle d’un amour universel quitte à en payer le prix (« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple. » Lc 14,27). Se préparer à notre passage en Dieu ! Si nous avons, bien présent à l’esprit, l’horizon ultime de nos vies, - cette communion universelle de tous les êtres en Dieu -, nous comprenons alors aisément que le but de nos vies, ici–bas, n’est pas de se constituer un patrimoine, ni de cultiver notre clan familial, mais d’entrer dans un certain détachement nécessaire : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient, ne peut pas être mon disciple. » (Lc 14,33) Le passage en Dieu est à ce prix, et le passage en Dieu commence ici-bas ! Non pas un détachement comme une fin en soi, mais pour une qualité d’être plus grande, pour une plénitude de vie, où tous nos liens familiaux, d’amitiés, mais aussi avec les biens de cette terre et les autres êtres vivants seront portés à leur plénitude ! Avons-nous suffisamment le désir de cette plénitude, pour prendre les moyens d’y parvenir et apprendre à aimer à la suite du Christ ? P. Benoît Bigard, a.a. Pour qui ... ? 29 août 2010 - 22° Dimanche ordinaire - Année C Lc 14, 1a. 7-14 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Jésus invité à un repas, le jour du sabbat, voit les convives qui l’entourent se précipiter aux premières places. Cela lui donne à penser. Quelque chose cloche dans ce comportement. Ces gens ne sont-ils pas des pharisiens ? N’ont-ils pas comme souci permanent de se conformer à la Loi de Dieu ? Comment comprendre alors chez eux ce goût des honneurs, cette façon d’être premiers ? Leur pratique religieuse leur en donnerait-elle le privilège ? Il est vrai qu’ils sont méticuleux dans l’observance et même qu’ils en rajoutent dans le plus ascétique. Mais reste en eux ce besoin de m’as-tu vu, d’être considérés et reconnus dans « leur » perfection morale. Serait-ce aussi l’orgueil qui anime leur cœur, l’égocentrisme qui les rend si remuants ? Mais la première place qu’ils cherchent, est-elle bien celle qui leur convient ? Jésus les interroge. Ces places convoitées et que vous vous donnez sont-elles bien pour vous ? En disant servir Dieu ne lui ôtez-vous pas la place qui est la sienne ? Pour qui… ? N’est-ce pas à lui que revient la première ? Mais au lieu de cela, vous voilà attirant les regards de ceux qui vous entourent. Vous dites servir Dieu et vous prenez sa place, tirant parti de lui pour vous faire honorer. Vous qui ne rêvez pas comme première place de vivre à la dernière vous vous trompez de Dieu en vous servant de Lui pour vous servir vous-mêmes. Vous perdez votre temps et vivez dans l’erreur. N’est-ce pas terrible de se tromper ainsi ? Serait-ce très fréquent même encore aujourd’hui ? Dès qu’on parle de Dieu, qu’on prétend être à Lui; il faut se surveiller. Mais il est un critère que Dieu nous a donné et qui ne peut tromper. Car la première place que Dieu doit occuper, en fait, il la laisse libre et l’offre à tous ceux qui n’ont rien à donner; rien à donner bien sûr, selon les mœurs du monde. N’est-ce pas la finale du texte évangélique ? « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins…de peur qu’eux aussi ne t’invitent…Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles… Heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te rendre » (Luc 14, 13-14) Pour qui ? Vous avez bien compris qu’il s’agit de la place qu’on ne peut occuper pour se faire valoir. Dieu seul en Jésus-Christ l’occupe en vérité. Alors vers quoi tous les jours nous précipitons-nous ? Où cherchons-nous à grimper, même si ce n'est pas très haut, pour que l’on soit bien vu ? Pour qui ? Pour Dieu cette première place, mais selon sa façon à lui d’être premier. La sienne n’est pas la nôtre mais il n’en est pas d’autre, quand on veut comme vous et moi, appartenir à Dieu. P. Christian Blanc, a.a, août 2004. Un Salut universel ? 22 août 2010 - 21° Dimanche ordinaire - Année CLc 13, 22-30 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Comme dans l’évangile de ce jour, nous nous posons parfois la question de savoir qui sera sauvé, combien le seront et si nous ferons partie des élus ? Qu’en est-il du salut de ceux qui ne connaissent pas le Christ ? etc… Jésus nous invite à passer de spéculations théoriques : « N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? » (Lc 13,23) à une éthique personnelle de vie : « Efforcez vous d’entrer par la porte étroite ! » (Lc 13,24) Une porte étroite… Une cohérence de vie… Une relation vivante… Une porte étroite… Le contexte de notre passage d’évangile est important. Jésus, c'est-à-dire Dieu fait homme, vient à la rencontre de l’humanité, en prenant chair dans le peuple juif, le peuple élu, le peuple préparé à l’accueil du vrai Dieu. Or, nous le savons, un certain nombre de juifs suivra le Christ mais un grand nombre ne le reconnaîtra pas comme Sauveur. Alors face aux questions liées au salut, à longueur d’Évangile, le Christ proclame que l’enjeu n’est pas de se conformer à la Loi ou de se conforter dans son appartenance au peuple élu, mais qu’il s’agit de l’accueillir Lui-même, de marcher à sa suite puisqu’il est l’unique porte, l’unique chemin, l’unique pasteur pour accéder à la vie en Dieu. Nous imaginons mal, l’aspect révolutionnaire de cette affirmation au sein du judaïsme ! Mais aujourd’hui encore cela fait scandale, comment les chrétiens osent-ils affirmer qu’eux seuls détiennent la vérité et la porte du salut ? En fait, il faut être bien précis dans nos prétentions… nous ne prétendons pas détenir la vérité ni les clefs du salut mais nous prétendons que le Christ est l’unique vérité et l’unique porte du salut. Or c’est justement cette unicité du Christ qui fonde son universalité ! Le Christ ne fait pas nombre parmi les sages de ce monde, ou les fondateurs de religions… Il est le lieu, la personne de la Trinité, en qui Dieu ouvre sa Vie à l’humanité. Ainsi, quelles que soient son appartenance, sa religion, sa non-religion, l’accès à la Vie en Dieu ne peut se faire que par le Christ. L’unique porte… Une cohérence de Vie… Pour entrer par cette porte étroite, les chrétiens sont logés, quasiment, à la même enseigne que tous les autres. Ce n’est pas notre titre de chrétien, notre baptême, notre appartenance ecclésiale, qui nous donnent automatiquement accès à la Vie en Dieu. C’est notre disponibilité à vivre de la Vie du Christ, à vivre sous la mouvance de son Esprit, à vivre de sa Grâce (c'est-à-dire du don gratuit de la Vie de Dieu) qui nous fait entrer dès maintenant, et pour l’éternité, dans la Vie de Dieu. Concrètement cela signifie que ce ne sont ni nos titres, ni nos œuvres qui nous obtiennent le salut mais, la qualité de notre vie, de nos actes, de nos relations atteste, ou non, que l’Esprit du Christ irrigue toutes les dimensions de notre vie. La cohérence de notre vie quotidienne avec le nom de « chrétien » que nous prétendons porter, contresigne notre adhésion au Christ. En tant que chrétiens, nous bénéficions donc de cette connaissance de l’Évangile et de la grâce des sacrements, mais ces « outils », ces « moyens », ne dispensent pas de l’effort nécessaire pour entrer par la porte étroite, de l’effort nécessaire pour une cohérence de vie. Ces remarques sont importantes dans notre prétention à affirmer que le Christ est l’unique porte du Salut. En effet, toute personne peut vivre de la Vie du Christ, peut vivre en cohérence avec l’amour de Dieu et du prochain, même si elle ne connaît pas le nom du Christ : « On viendra du nord et du midi prendre place au festin dans le Royaume de Dieu ! » (Lc 13,29) Une relation vivante… C’est certainement très bien de connaître le nom du Christ, mais c’est encore mieux d’être connu de Lui : « Je ne sais pas d’où vous êtes (« Je ne vous ai jamais connu » chez Matthieu 7,23). Éloignez-vous de moi, vous tous qui faites le mal. » (Lc 13,27) En fait il y a une connaissance du Christ qui n’en est pas vraiment une, comme lorsqu’on dit de quelqu'un que c’est une connaissance, cela veut dire qu’on se connaît de loin… Comme on dit, également, de quelqu’un qu’on le connaît de nom, c'est-à-dire par ouï-dire… Or, on le sait bien, la connaissance, au sens biblique, implique une connaissance intime. Luc dénonce cette fausse connaissance de Dieu chez ceux qui n’ont pas reconnu le Christ et l’on pourrait dénoncer aujourd’hui cette fausse connaissance du Christ chez ceux qui le connaissent de nom, mais qui ne prennent jamais le temps de venir le rencontrer dans la prière, dans la vie ecclésiale, dans le visage des humains en attente de fraternité. Si nous tissons, au contraire, une relation vivante avec le Christ, il nous reconnaîtra au temps du Salut… Et nous serons peut-être étonnés de ceux et celles qu’il reconnaîtra alors que nous les pensions loin de lui… Oserons-nous proclamer à travers une vie cohérente que le Christ est La porte étroite ? Et que c’est pourtant là que se fonde l’universalité du Salut ? P. Benoît Bigard, a.a.
Comme Marie ?... 15 août 2010 - Assomption de la Vierge MarieLc 1, 39-56 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantEn cette fête de l’Assomption, nous célébrons l’exaltation de la Vierge Marie « qui après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. » (cf. Dogme de l’Assomption) Dieu, en faisant bénéficier Marie de cette « résurrection de la chair », lui a communiqué ce qui est également promis à tout croyant. En effet, la destinée de Marie ne peut, en aucun cas, être dissociée de celle que la tradition chrétienne a très tôt reconnue aux martyrs et aux saints, et il n’est pas anodin que ce dogme de l’Assomption ait été promulgué en la fête de la Toussaint ! Si l’Assomption n’est reconnue explicitement qu’à propos de Marie, en raison de ce qu’elle est l’unique « Mère de Dieu », cela n’en signifie pas moins que cette fête préfigure ce à quoi sont appelés tous les croyants… Comme Marie, se laisser habiter par l’Esprit ! Ce n’est pas par ses propres mérites que Marie est devenue la Mère du Seigneur, mais par sa disponibilité à l’action de l’Esprit en elle. À la promesse de l’ange « l’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre » (Lc 1, 35), elle répondit : « Je suis la servante du Seigneur, que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit. » (Lc 1, 38) Prendre conscience de cela est très important, cela signifie que chacun d’entre nous, malgré nos faiblesses, nos limites, notre finitude peut se rendre disponible à l’Esprit, comme Marie. Elisabeth ne lui dit pas qu’elle est bien gentille de venir lui rendre visite, mais qu’elle est « bénie entre toutes les femmes ». L’ange ne lui dit pas qu’il est venu à elle car elle est la meilleure, mais « Réjouis-toi, comblée de grâce ! ». Ne sommes-nous pas, nous aussi, chacun de façon spécifique, comblés de grâces, de dons gratuits de la part de Dieu : d’un corps qui fonctionne (plus ou moins bien), d’une intelligence, de talents mais aussi d’une terre, d’une famille, d’amis, etc ? Saurons-nous, comme Marie, nous rendre disponibles à ces grâces qui nous constituent ? Saurons-nous nous laisser revêtir par l’Esprit ? Comme Marie, devenir croyant ! « Heureuse celle qui a cru… » lui dit Elisabeth. « Elle a cru, c'est-à-dire qu’elle a accepté d’entrer dans le projet de Dieu sur elle, sans tout comprendre. »[1] Croire, ce n’est pas une démarche intellectuelle, on ne peut croire de l’extérieur au projet de Dieu, cela engage toute la vie. Dans un mariage, on accorde sa confiance à celui ou celle envers qui on s’engage, sans savoir par avance où cela nous mènera, sans connaître pleinement l’autre, mais dans l’objectif de construire un projet de vie ensemble. Il en va de même dans la foi. Marie ne connaissait pas d’avance tous les glaives qui transperceraient son cœur de mère : un enfant qui sera d’abord « aux affaires de son Père » (Lc 3,49) ; un enfant qui revendiquera une famille universelle : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » (Mt 12,48) ; un enfant, enfin, qui sera crucifié comme un bandit… À travers ces épreuves, Marie passera de son statut de mère à celui de disciple, mais elle savait bien, dès le départ, que son oui ne consistait pas à écrire une histoire individuelle avec Dieu, mais l’ouvrait à l’horizon large du projet de Dieu pour le monde. Son Magnificat en témoigne admirablement : « tous les âges me diront bienheureuse… son amour s’étend d’âge en âge… il disperse les superbes… il élève les humbles… il se souvient de la promesse faite à nos pères… ». Sommes-nous prêts, comme Marie, à devenir croyants, à entrer dans le projet de Dieu, même si nous ne savons pas jusqu’où cela nous engagera ?Comme Marie, entrer dans la vie de Dieu ! Revenons au cœur de notre fête : si Marie est élevée dans la gloire de Dieu, c’est parce qu’elle s’est laissée habiter par l’Esprit, c’est parce qu’elle est devenue croyante… comme de nombreux autres saints ou martyrs. Cette vie en Dieu, n’est pas une récompense, elle était déjà en œuvre de son vivant. Et c’est ce à quoi tout disciple est appelé ! Contrairement à une certaine croyance, le dogme de l’Assomption ne dit pas que Marie n’est pas morte (même Jésus est mort !), mais il implique que son corps n’a pas connu la corruption, ce dont nous avons une idée par l’exemple de plusieurs saints dont le corps est demeuré intact. Il y a donc bien là une spécificité mais non pas une sortie de notre condition humaine : Marie, simplement, nous précède ! Peut-être quelques-uns d’entre vous bénéficieront-ils de cette incorruptibilité du corps… mais tous nous sommes appelés, comme la mère de Jésus, à entrer dans la vie de Dieu, dans la famille de Dieu, car il nous l’assure : « ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique ! » (Lc 8,21) Comme Marie ? [1] Marie-Noëlle Thabut, L’intelligence des Écritures, Tome 2, page269
Être ambitieux ? 8 août 2010 - 19° Dimanche ordinaire - Année CLc 12, 32-48 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantAmbitieux ? Le qualificatif n’a pas toujours bonne presse, car on l’associe souvent aux personnages sans scrupules, alors qu’au sens premier, l’ambitieux est celui qui désire passionnément réussir. Dieu n’est-il donc pas ambitieux pour le Royaume ? À travers les trois petites paraboles de l’évangile de ce jour, ne nous invite-t-il pas à cultiver, nous aussi, ce désir passionné de réussite en vue du Royaume de Dieu ? Réussir sa vie ! Plusieurs expressions de notre passage parlent d’attente, de veille, de vigilance mais certainement pas dans le désoeuvrement, les mains jointes, et l’abandon apathique à la supposée volonté de Dieu. Au contraire, loin de nous sortir de nos responsabilités humaines, le Seigneur se réjouit de celui ou celle qui fait fructifier ses talents : « Heureux serviteur que le maître en arrivant trouvera à son travail… » (Lc 12,43) Notre réserve, face à l’idée de réussite, vient peut-être d’une fausse représentation du Royaume de Dieu, c'est-à-dire d’une projection dans l’au-delà de ce Royaume. Il y aurait la vie ici-bas, plus ou moins pénible, plus ou moins heureuse et la vie à venir, plus ou moins béatifique, plus ou moins infernale… Oserai-je dire qu’il n’y a qu’Une vie, qu’il n’y a qu’Une réalité qui se déploie depuis cette terre jusque dans « les cieux » ? Si c’est bien le cas, comme je le crois, alors être ambitieux pour sa vie et être ambitieux pour le Royaume de Dieu ne font qu’un ! Si c’est bien le cas, alors travailler au « salut de son âme » et travailler au développement de cette terre ne font qu’un ! Si c’est bien le cas, alors réussir sa vie ici-bas et en Dieu ne font qu’un ! Quelle est notre ambition ? Il va sans dire qu’être ambitieux pour le Royaume, ou en vue du Royaume et être ambitieux tout court, cela n’est pas la même chose : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. »(Lc 12,47) Quelle est donc notre ambition ? Réussir sa vie matériellement ? Réussir sa vie relationnellement ? Réussir sa vie spirituellement ? Encore une fois, si le Royaume commence dès ici-bas, ces différentes dimensions peuvent légitimement nourrir notre ambition. Mais j’ajouterais volontiers un accent peut-être plus évangélique : il s’agirait de réussir sa vie avec les autres, et même, si l’on pense au Christ en croix, de réussir sa vie pour les autres ! Quelle est notre ambition pour les autres ? Pour nos proches, mais aussi pour nos frères, nos sœurs à l’autre bout de la planète ? Connaissant la situation dramatique de bien des personnes dans nos sociétés et de bien des peuples au loin, en tant que chrétiens, nous devrions avoir les ailes grandes déployées pour nous porter là où l’être humain est menacé. Et, nous en sommes de plus en plus conscients, cela va de paire avec un engagement pour une planète plus respectée dans toutes ses dimensions : minérale, végétale, animale… humaine. Quelle est notre ambition ? Vers où nous porterons-nous pour hâter la venue du jour de Dieu, comme dit Pierre (2P 3,12) ? Dans l’espérance ! « Gardez vos lampes allumées… tenez-vous prêts ! ». L’Espérance, le désir confiant est une dimension essentielle pour orienter notre ambition. Nous le savons, notre monde est imparfait et malgré tous nos efforts il est marqué par sa finitude. Mais l’espérance chrétienne, c’est l’assurance que nous ne travaillons pas en vain et que le Royaume de Dieu est déjà là, même s’il ne l’est pas encore en plénitude. « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32) Benoît XVI a longuement développé, dans son encyclique Spe Salvi, la dimension dynamique de cette espérance qui, loin de nous tétaniser dans l’attente d’un Royaume à venir, nourrit notre agir : « Le Règne de Dieu n'est pas un au-delà imaginaire, placé dans un avenir qui ne se réalise jamais ; son règne est présent là où il est aimé et où son amour nous atteint. Seul son amour nous donne la possibilité de persévérer avec sobriété jour après jour, sans perdre l'élan de l'espérance, dans un monde qui, par nature, est imparfait. Et, en même temps, son amour est pour nous la garantie qu'existe ce que nous pressentons vaguement et que, cependant, nous attendons au plus profond de nous-mêmes : la vie qui est « vraiment » vie. » (Spe Salvi § 31)
De nos petites vies étriquées, à l’avènement du Royaume de Dieu, il y a de l’espace pour nos ambitions ! Voulez-vous, vous aussi, réussir votre vie ? Serez-vous ambitieux… …en vue du Royaume ?
Les pieds sur terre ! 1er août 2010 - 18° Dimanche ordinaire - Année CLc 12, 13-21 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant« Être riche en vue de Dieu » ? Ne pas penser à ses vieux jours, ni à ses descendants ? C’est bien beau tout cela, mais nous ne sommes pas des anges ! Et « si la richesse ne fait pas le bonheur… elle y contribue » nous dit la sagesse populaire ! L’Évangile veut-il faire de nous des êtres éthérés et inconséquents, ou bien des êtres incarnés, orientés vers le Royaume et liés les uns aux autres ? Incarnés ! « La vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses. » (Lc 12,15) Premièrement, n’hésitons pas à le redire, l’Évangile ne veut pas nous extraire de notre situation humaine pour faire de nous des anges. Il ne s’agit donc certainement pas de rejeter la dimension matérielle de nos vies pour travailler au salut de nos âmes ! Nous sommes des êtres de chair, c'est-à-dire qui avons besoin de nourriture, d’une maison, de vêtements… pas seulement pour prendre soin d’un corps qui serait une enveloppe encombrante, mais pour vivre tout simplement… Que serait la vie sans le plaisir de la nourriture, sans la beauté d’un espace où je me sens bien, sans des vêtements qui me permettent de me sentir bien et d’entrer en relation avec les autres autrement que sur le mode d’un corps brut dénudé ? Nous ne sommes pas des âmes prisonnières dans un corps, nous sommes des êtres de chair qui n’existent que comme des êtres unifiés avec un corps, un intellect, un esprit mais aussi, dans une mesure différente, avec des vêtements, une habitation, une culture, des relations qui donnent chair à notre être. C’est de cette chair-là dont parle le Credo lorsque nous proclamons que nous croyons en la résurrection de la chair ! Bien sûr l’évangile de ce jour dénonce l’excès de confiance dans les biens matériel, mais ne tombons pas dans une spiritualité désincarnée. L’invitation insistante à nourrir l’affamé, à habiller celui qui est nu, à accueillir celui qui n’a pas de demeure, nous dit bien l’importance de la dimension charnelle de nos vies : nous sommes des êtres incarnés ! Orientés ! « Être riche en vue de Dieu ! », littéralement « auprès de Dieu » c’est-à-dire « en contribuant au Royaume de Dieu ». Peut-être, pour sortir encore de notre vision, par trop dualiste, opposant matériel à spirituel, faut-il nous replacer dans une vue plus large, plus holistique, plus « cosmique » du salut : « la création garde l’espérance, car elle aussi sera libérée… Elle gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,20-21). La création tout entière est orientée vers l’avènement du Royaume ! En effet, avec les problèmes environnementaux, nous devenons de plus en plus conscients que nous ne sommes pas maîtres de la nature, que nous ne la possédons pas comme si nous pouvions en faire ce que nous voulons, nous ne sommes que les gestionnaires de cette terre qui nous a été confiée pour « la cultiver et la garder » (Gn 2,15). Tous nos biens matériels, de notre parcelle de terre à notre ordinateur, en passant par notre voiture et nos vêtements, ne sont que des éléments de la nature, minéraux, végétaux, animaux, transformés à notre service. Que vont-ils devenir après que nous aurons fini de les utiliser ? Vont-ils revenir à la nature ? Pourront-t-ils être libérés en vue de l’avènement du Royaume ? Notre rapport aux biens n’est donc pas simplement de l’ordre du détachement, lié à l’évidence que nous n’emporterons rien dans notre tombe, mais, bien plus, de l’ordre d’une matière que nous devons accompagner vers sa libération, vers sa christification dirait Teilhard de Chardin. La création tout entière, y compris nos êtres charnels, est fondamentalement orientée vers le Royaume. Liés ! L’Évangile dénonce donc les richesses non orientées vers la construction du Royaume de Dieu, l’appropriation des biens de ce monde par quelques-uns au détriment du grand nombre, « l’âpreté au gain » qui entraîne moult injustices et rend aveugle envers les « pauvres Lazare » qui croupissent à nos portes. Mais Jésus Christ va plus loin et semble dénoncer également le désir légitime de transmettre un héritage à ses descendants. Cela ne nous est guère facile à admettre, mais l’Évangile nous invite toujours à dépasser nos attaches naturelles pour entrer dans une fraternité universelle. Nous ne pouvons être heureux tout seuls, ou vouloir uniquement le bonheur de notre clan familial, tandis que le monde qui nous entoure vivrait dans la misère et la douleur. L’avènement du Royaume de Dieu nécessite une fraternité universelle et donc la prise de conscience d’un héritage universel, parcelle de cette terre, qui nous a été prêtée un temps et que nous avons à transmettre aux êtres qui nous suivront, puisque nous sommes tous liés à la création qui chemine vers sa libération. Alors pensez-vous pouvoir atteindre le bonheur sans aucun bien matériel ? Ou désirez-vous vivre les pieds sur terre, en êtres incarnés, orientés vers le Royaume et liés à la destinée de tout le Cosmos ? 25 juillet 2010 - 17° Dimanche ordinaire - Année C Lc 11,1-13 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantDans le passage de Luc proposé à notre méditation ce dimanche, Jésus, à la demande des disciples, donne un enseignement sur la prière, en leur confiant le « Notre Père » d’une part, et à l’aide d’une parabole d’autre part. Or, deux mille ans plus tard, il semble que nous en soyons toujours au même questionnement : comment prier, pourquoi prier ? Plutôt que de répondre au comment et au pourquoi, Jésus nous invite à nous lancer avec hardiesse sur le chemin de la prière : Demandez… Cherchez… Frappez… Osez prier ! Osons demander ! Avez-vous remarqué que la version du « Notre Père », chez Luc, est assez différente de celle que nous récitons ? Pas de « Notre » Père, pas de « cieux », pas de « délivrance du mal » et surtout une demande, et non des moindres, est omise : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ! » (cf. Matthieu). Je ne sais pas s’il faut en tirer de grandes conclusions, mais cela donne au texte de Luc, en cohérence avec le reste de son évangile, une vision beaucoup plus active de la prière et de la vie chrétienne. Même si ce n’est pas correct, on pourrait en effet entendre dans la demande : « Que ta volonté soit faite », une certaine résignation, une passivité, un fatalisme. Luc nous dit, au contraire, que la suite du Christ est active : il s’agit de « laisser les morts enterrer leur morts », pour aller, avec urgence, annoncer le Royaume de Dieu ; de prendre exemple sur le « bon Samaritain » pour faire advenir le Royaume de Dieu pour les petits, les malades et les pécheurs ; de choisir « la meilleure part » qui est disponibilité à l’action du Christ en nous, etc… Ce qui doit motiver notre prière, ce n’est donc pas une religiosité archaïque qui nous inciterait à nous abandonner à une volonté divine pour compenser nos peurs et nos déficiences, mais le désir ardent de l’avènement du Royaume. Voilà ce qui doit orienter toute notre prière ! Demandons donc ce qui est nécessaire à cet avènement, à la fraternité, à la justice, au pardon, à la communion entre les humains et avec Dieu. Demandons ce que Luc résume en un bien unique : « Combien plus votre Père donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11,13) Ne nous creusons pas trop la tête pour savoir quoi demander, mais, comme l’ami importun qui ne demande pas pour lui-même mais pour accueillir un frère, cultivons avec ardeur le désir de l’avènement du Royaume de Dieu et osons demander !Osons chercher ! « Cherchez, vous trouverez ! » (Lc 11,9) Le verbe demander nous vient spontanément à propos de la prière, mais le verbe chercher est plus étonnant ! La prière consisterait donc à demander, mais aussi à chercher ? Cherchez quoi ? Ce n’est peut-être pas la bonne question, le plus important n’est peut-être pas de savoir précisément ce que nous cherchons : le sens de la vie ? Le bonheur ? La plénitude ? Dieu ? L’essentiel n’est-il pas tout simplement de chercher, c'est-à-dire de ne pas vivre comme des repus, sans désirs, sans questions et sans saveurs… que cela concerne la vie courante ou la vie spirituelle ! Une fois de plus, c’est le propos incontournable de St Augustin qui me revient à l’esprit « Trouver Dieu, c’est le chercher sans cesse », car, si nous croyons l’avoir trouvé, c’est que nous nous sommes fabriqué une idole. Chercher Dieu ? Chercher la réponse à mes questions ? Chercher le bonheur pour moi et pour le monde ? Chercher comment contribuer à l’avènement du Royaume ? C’est tout cela la prière. Cultivons donc, avec ardeur, le désir de découvrir le Royaume de Dieu et osons chercher ! Osons frapper ! « Frappez, on vous ouvrira ! » (Lc 11,9) Verbe encore plus étonnant que les deux premiers ! Pour prier : demandez, cherchez, frappez ! Nous trouvons plusieurs allusions, dans les évangiles, à la porte à laquelle on frappe, et que l’on trouve parfois fermée : la porte étroite (chez Luc), la porte du repas de noce (chez Matthieu), la porte des brebis (chez Jean) ; il s’agit donc bien de la porte du Royaume de Dieu, identifiée au Christ. Plutôt que d’utiliser la prière pour marchander avec un Dieu boutiquier, afin d’obtenir le salut à la force de nos sacrifices et de nos mérites, le Christ nous invite à frapper à la bonne porte qui est celle de la miséricorde de Dieu… « Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous. » (Lc 11,4) Invitation à une prière active, car Dieu ne peut pas nous ouvrir si nous ne frappons pas à cette porte du Christ miséricordieux ! Cultivons donc, avec ardeur, le désir d’entrer dans le Royaume de Dieu et osons frapper ! S’agit-il de savoir prier pour commencer à prier ? Certainement pas ! Osons demander, osons chercher, osons frapper ! Osons prier !
Simplifier nos vies ! 18 juillet 2010 - 16° Dimanche ordinaire - Année C Lc 10,38-45 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantPour ce texte trop connu, partons du bon pied ! Marthe et Marie ne sont pas les représentantes de la vie active et de la vie contemplative, ce qui conduirait à une conclusion erronée sur la meilleure part assimilée à la vie contemplative. Le passage de la semaine dernière, qui précède immédiatement celui de ce dimanche, suffit à démentir cette interprétation : c’est bien le Samaritain nourri de compassion active qui est montré en exemple face aux prêtres, passifs, encombrés dans leurs obligations liturgiques de pureté. En cohérence avec l’ensemble de l’Évangile, le récit de Marthe et Marie nous renvoie une fois de plus à l’essentiel : il s’agit de simplifier nos vies pour avancer vers l’unique nécessaire. Désencombrer nos vies… Remarquons d’abord que c’est Marthe qui invite Jésus dans sa maison ! Elle a le goût de l’accueillir, de le servir, de l’entendre certainement aussi mais, pour l’instant, elle est « accaparée par les multiples occupations du service », ou, comme le traduit la TOB, par « un service compliqué ». Avant d’en faire une lecture moralisante contre l’activisme, ne faut-il pas y voir, d’abord, une allusion au judaïsme de l’époque ? Soucieux de servir Dieu comme il faut, mais tellement occupé par les multiples lois et obligations du Temple, Israël rate le moment de la rencontre où Dieu lui-même, en Jésus Christ, vient visiter son peuple ; de la même manière que le prêtre et le lévite de la parabole du bon Samaritain, encombrés par la Loi, passèrent à côté de l’essentiel. Marthe, elle aussi, est encombrée par une loi, celle de la bienséance. Pour recevoir Jésus, ce Rabbi qu’elle admire, elle se sent obligée de mettre les petits plats dans les grands. Ce n’est pas, en soi, une mauvaise chose, et Jésus ne lui en fait pas, a priori, le reproche. Mais, par contre, si cette façon de recevoir entraîne la jalousie envers sa sœur –« ma sœur me laisse seule, à faire le service »- et la rend indisponible à celui qui vient la visiter - « Tu t’inquiètes et tu t’agites pour bien des choses »- alors, oui, il aurait mieux valu un accueil « à la bonne franquette ». Des règles de bienséance, de la façon de faire de notre milieu, d’une morale trop rigide, de quoi devons-nous désencombrer nos vies pour être disponibles à la rencontre ? Cultiver l’écoute… Il en va dans cet Évangile de l’accueil de l’autre, qui est toujours une figure du Christ, mais il en va également de la disponibilité à la Parole de Dieu : « Marie, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. » Plutôt que d’opposer action et contemplation, ne faudrait-il pas opposer une logique de la Loi à une logique de la Grâce ? Marthe croit savoir comment Jésus doit être servi, et elle s’active à accomplir ses obligations d’hôtesse dans ce « service compliqué », comme le judaïsme de l’époque qui croit savoir comment servir Dieu en accomplissant le « service compliqué » de la Loi. Dans cette logique de la Loi, on n’a plus vraiment besoin de Dieu pour être sauvé, le Salut se construit uniquement à la force de ses propres mérites. Marie qui écoute le Seigneur, représente, au contraire, le disciple qui reconnaît en Jésus Christ la Parole faite chair, qui cultive une relation vivante avec Lui et qui reçoit gratuitement de Lui le Salut ! Dans cette logique de la Grâce, nos activités, loin d’être absentes, s’ajustent à la volonté de Dieu par l’écoute de sa Parole et authentifient notre disponibilité à l’action de sa grâce en nous ! Alors, prétendrons-nous que la vie chrétienne se réduit à l’application d’une morale et à l’observation d’obligations et d’interdits ? Ou cultiverons-nous une relation vivante avec le Christ et une écoute attentive de sa Parole pour ajuster sans cesse notre réponse à sa volonté ? Simplifier nos vies ? Désencombrer nos vies, cultiver l’écoute, mais il y a plus… Dans ce verbe « simplifier », il nous faut entendre aussi, aller vers le simple, c'est-à-dire l’unique, l’essentiel, le Bon, le Beau, le Bien : « Elle a choisi la meilleure part », littéralement « la bonne part » -ce qui nous sort du comparatisme auquel nous sommes trop enclins-. Au contraire d’une vie compliquée, où l’accessoire prend toute la place, l’évangile de Marthe et Marie nous invite à une vie simple, unifiée, centrée sur l’essentiel, libérée des soucis pour « bien des choses » qui n’en valent pas la peine. Puisque nous avons pris goût à l’Évangile, ne laissons pas l’accessoire étouffer notre désir, selon l’avertissement de la parabole du semeur : « Ce qui est tombé dans les épines, ce sont ceux qui entendent [la Parole] et qui, du fait des soucis, des richesses et des plaisirs de la vie, sont étouffés en cours de route et n’arrivent pas à maturité. » (Lc 8,14) Comme Marie, comme Marthe, saurons-nous simplifier nos vies et choisir la meilleure part ?
S’ouvrir à la vie ! 11 juillet 2010 - 15° Dimanche ordinaire - Année C Lc 10,25-37 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantUne parabole bien connue est proposée à notre méditation ce dimanche. Elle a même donné lieu à l’expression courante : « faire le bon samaritain », c'est-à-dire être secourable, charitable, avoir un comportement exemplaire. Cette dimension « morale » est, certes, présente au cœur du texte, mais à y regarder de prêt ce passage illustre une nouveauté de l’Évangile et une radicalité qui peut nous interpeller encore aujourd’hui ! Que dit la Loi ? « Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? » La question de départ est posée par un docteur de la Loi -un spécialiste de la Torah- cela n’est pas anodin, et Jésus qui sait qu’on veut lui tendre un piège par rapport à la Torah, répond : « Dans la Loi qu’y a-t-il d’écrit ? Que lis-tu ? » Premier détail intéressant, Jésus sollicite l’interprétation du Rabbin, et laisse entendre déjà que la Loi n’est pas donnée en bloc, mais qu’elle nous offre des repères pour décider nous-même de notre agir. Et la réponse du Rabbin est tout aussi intéressante, il recueille la substantifique moelle de la Torah en rassemblant deux versets dans un double commandement de l’amour. En principe il aurait pu répondre par les 613 commandements de la Torah mais, par sa réponse, il opère un discernement, une lecture intelligente et hiérarchisante de la Loi. Les chrétiens savent-ils toujours faire cette même lecture intelligente et hiérarchisante du dogme, de la morale, de la pratique liturgique ? Ne sont-ils pas trop nombreux ceux qui s’attardent beaucoup trop aux rubriques, aux petits détails à suivre pour la liturgie, ou qui mettent, sur le même pied, des éléments de la foi aussi divers que la virginité de Marie, la dévotion aux anges ou la foi en Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur ? Un des grands apports du Concile Vatican II fut d’opérer cette hiérarchisation des vérités de foi… Mais est-ce bien passé dans les mœurs ? Avant de faire appel à la Loi, il faudrait donc, d’abord, se demander intelligemment : que dit la Loi ? S’agit-il de se mettre en règle ? « Tu as bien répondu. Fais ainsi et tu auras la vie ! » Comme toujours chez Jésus, lorsqu’on lui pose des questions relatives à la vie éternelle, il semble répondre à côté de la question en renvoyant son interlocuteur à sa qualité de vie aujourd’hui : «Fais ainsi et tu auras la vie !» ou dans une traduction plus littérale : «Fais ainsi et tu vivras ! », « Fais ainsi et tu seras un Vivant ! » Nous sommes loin du schéma de départ où il s’agissait littéralement « d’hériter de la vie éternelle », d’après l’expression grecque, comme s’il s’agissait d’une récompense à obtenir après avoir observé scrupuleusement les commandements. Jésus nous redit qu’il ne s’agit pas de se mettre en règle avec la Loi, mais d’avoir un comportement qui, dès aujourd’hui, nous fasse entrer dans la vraie vie, celle qui passera l’obstacle de la mort. L’enjeu n’est donc pas de savoir, par exemple, si la messe du samedi matin compte pour le dimanche… L’enjeu, en célébrant avec notre communauté dominicale, est de cultiver notre communion avec Dieu et avec nos frères et sœurs, une communion qui n’aura pas de fin. Nous sommes loin d’une mise en règle… Une fraternité universelle ! La parabole du Bon Samaritain vient donc illustrer ce qui est déjà dit dans la première partie de notre évangile. Car, en conformité avec la Loi, le prêtre et le lévite, qui tout deux servent au temple, ne peuvent pas s’approcher de l’impureté, de la maladie, du sang, des mourants, des morts. Et, en conformité avec la Loi, ils passent de l’autre côté. Le Samaritain qui est impur aux yeux du Rabbin est présenté dans la parabole comme celui qui, en fait, accomplit l’essence de la Loi. Il ne le fait pas pour correspondre à la Loi mais parce « qu’il fut saisi de pitié » : une expression habituellement appliquée à Jésus dans les évangiles, par exemple devant les foules sans berger… De plus, les Juifs et les Samaritains étaient des frères ennemis ancestraux, ces derniers étant sujets d’un État ne les reconnaissant pas comme Juifs. La parabole actualisée nous parlerait donc d’un Palestinien venant en aide à un Juif ! Cette attitude dépasse de loin ce qu’on attendrait d’un bon comportement moral. Elle relève plutôt d’une disponibilité du cœur, d’une ouverture aux appels de la Vie, indépendamment de toute loi et de toute attache naturelle. Invitation à une fraternité universelle agissante et disponible aux appels de l’Esprit ! Au-delà de tout calcul, de toute loi, de tout dogme, de toute appartenance… Serons-nous, comme le Samaritain, des Vivants ? P. Benoît Bigard, a.a. Comme des agneaux ! 4 juillet 2010 - 14° Dimanche ordinaire - Année C Lc 10,1-12.17-20 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant« Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups » ( Lc 10,3) Que retenons-nous de ce verset ? Les agneaux ou les loups ? Jésus met-il l’accent sur la dangerosité de ceux que nous allons rencontrer ou sur l’attitude que nous devons avoir ? Si l’on entend cette phrase en cohérence avec l’ensemble de l’Évangile, en cohérence avec la vie du Christ et en cohérence avec les destinataires de son propos, n’est-ce pas plutôt l’attitude de l’agneau qui doit nous préoccuper plutôt que le combat des loups ? Combattre ? Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’un certain nombre de disciples interprètent cet envoi en mission en termes de combat et d’opposition au monde. Nous en avions une illustration dans l’évangile de la semaine passée : « Veux-tu que nous ordonnions que le feu tombe du ciel pour les détruire ? » (Lc 9,54) Et tout au long de l’histoire de l’Église, jusqu’à aujourd’hui, les « va-t-en-guerre » n’ont pas manqué ! Mais avons-nous lu le même Évangile ? Est-il écrit : « Je vous envoie comme des loups au milieu des loups ? » ou « comme des agneaux au milieu des loups » ? Avons-nous le même Christ comme ultime référence ? L’Agneau Pascal, qui se laisse crucifier par les hommes ? Ou un général d’armée qui aurait chassé les romains du pays ? Jésus parle, certes, de l’opposition qui ne manquera pas de survenir, mais dans la continuité des passages qui précèdent celui de ce dimanche, il met surtout l’accent sur les exigences radicales de l’Évangile jusque dans les moyens à employer pour l’annonce de celui-ci. Des moyens et des attitudes profondément respectueux de la liberté humaine, qui ne contredisent pas le message, quitte à subir les assauts de la violence... Comme des agneaux au milieu des loups ! Désarmer ? Ceux qui voulaient envoyer la foudre sont interpellés vivement par Jésus... Ceux qui se réjouissent des ennemis vaincus sont invités à se réjouir, plutôt, de la miséricorde de Dieu... Ceux qui seraient désarçonnés face aux refus rencontrés sont invités à secouer la poussière de leurs pieds et à poursuivre l’annonce dans d’autres villages... Nous sommes loin du combat, et même d’un combat politique... Nous sommes loin des rêves de restauration d’une supposée chrétienté, avec la croix en guise de bannière, comme si l’Évangile s’était déjà incarné dans des régimes politiques ! La seule voie de l’évangélisation est celle qui désarme les coeurs : « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu ! » ( Mc 15,39) s’exclamera le centurion au pied de la croix... Et la victoire du Christ, où est-elle, si ce n’est dans le désarmement de la violence, par un amour indéfectible qui ne se laissera pas entraîner sur le terrain du combat ! «Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, présente-lui aussi l'autre» (Mt 5,39) Pas d’autre voie donc, pour l’Évangile, que de désarmer la violence... Comme des agneaux au milieu des loups ! Annoncer la paix ? Nous avions cru que le temps de la confrontation de l’Église et du monde était révolu, notamment depuis le second concile du Vatican, avec des textes comme Gaudium et Spes... Mais, récemment, certaines façons d’aborder les débats, certaines postures, semblent vouloir raviver le combat : peur de « pactiser avec le monde » ; « position de défensive » ; « opposition ouverte »... Que nous sommes loin de l’Évangile ! Car, dans notre texte, quelles sont les implications d’une mission confiée à des agneaux au milieu des loups : « N’emportez ni argent, ni sac, ni sandale... Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : " paix à cette maison "... Là, guérissez les malades et dites aux habitants : "le règne de Dieu est tout proche" » (Lc 10,4-9). Une quadruple exigence : employer des moyens pauvres ; s’approcher suffisament des situations concrètes de chacun ; soigner avant de parler et annoncer la bonne nouvelle d’un Royaume de justice et de paix... Comme des agneaux au milieu des loups ! Alors serons-nous des combattants de Dieu ? Des loups au milieu des loups ? Ou des agneaux, semblables à l’unique Agneau de Dieu ?
P. Benoît Bigard, a.a.
Un sillon de désir ! 27 juin 2010 - 13° Dimanche ordinaire - Année C Lc 9,51-62 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant« Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume de Dieu » (Lc 9,62). En continuité avec la semaine passée, notre page d’évangile nous parle de radicalité pour marcher à la suite du Christ. Nous avions souligné la nécessité de partir du commencement, c'est-à-dire du questionnement existentiel, avant d’en arriver aux conséquences d’une vie cohérente avec l’Évangile : renoncements, croix à porter… Mais pour tracer un chemin, il faut, à la fois, un point de départ et un point d’arrivée. Pour tracer l’itinéraire d’une vie chrétienne, il faut un questionnement de départ et une espérance à l’horizon. Deux mouvements intérieurs, alimentés au même moteur, celui du désir ! Désir de suivre, désir tenace, désir de plénitude… Notre sillon de vie pourra alors se dessiner, un sillon de désir ! Désir de suivre ! Les trois propos radicaux de Jésus : « Le Fils de l’homme n’a pas d’endroit ou reposer sa tête », « Laisse les morts enterrer leurs morts » et « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas fait pour le Royaume », sont des réponses aux désirs exprimés de marcher à sa suite : « Je te suivrai partout où tu iras », je veux bien te suivre mais « permets-moi d’abord… ». Or les réponses de Jésus parlent, en premier lieu, de son propre itinéraire. Elles révèlent un peu plus le véritable Messie : non pas un roi triomphant, mais un serviteur souffrant qui a « pris avec courage la route de Jérusalem. » (Lc 9,51) Lui-même, depuis les tentations au désert, a accepté de mettre la main à la charrue sans regarder en arrière… N’est-il pas éclairant de mettre nos trois expressions radicales en lien avec les trois tentations ? Une vie sous le règne de l’avoir ?... Ou dans la pauvreté : le Fils de l’homme n’ayant pas d’endroit ou reposer la tête ? Une vie sous le règne du pouvoir, de la domination ?... Ou dans la chasteté, c'est-à-dire où l’amour n’est pas exclusif et possessif mais pluriel et mature, orienté vers l’amour universel en Dieu ? Une vie sous le règne de mon propre vouloir ?... Ou dans l’obéissance à la volonté de Dieu : prêt à mettre la main à la charrue avec toutes les conséquences que cela implique ? Ces choix-là, Jésus les a déjà faits au désert. Et il doit les refaire encore à l’approche de Jérusalem, d’autant plus que la tentation devient plus sournoise en passant par ses propres disciples… Le sillon de vie du Christ, qui lui fera porter son fruit, est celui de la route vers Jérusalem, du chemin vers sa Passion. Désirons-nous le suivre ? Désir tenace ! Faire des choix dans la vie, c’est dire non à d’autres possibles ! Cela est vrai en tout domaine de la vie humaine, que l’on pense aux études par exemple. Mais cela est encore plus exigeant lorsqu’il s’agit de choisir de suivre le Christ dans un état de vie particulier : que ce soit dans la vie religieuse, dans le mariage ou dans le célibat consacré. Notre société consommatrice nous porte plutôt, au contraire, à vouloir tout ! Pourtant la sagesse proverbiale nous enseignait déjà : « qui trop embrasse mal étreint ». Que de vies gâchées à croire que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Nous voyons, en particulier dans la vie religieuse, des personnes qui s’engagent quelques années ici puis quelques années là, puis encore ailleurs, jamais satisfaites… Or les vies qui portent du fruit, sont bien plus celles où l’on creuse son sillon, dans un désir tenace. Certes on aurait pu faire d’autres choix, certes des épreuves se présentent, mais quelle joie, les tribulations traversées, de s’apercevoir que notre fidélité est devenue plus mature, que notre sillon de vie prend de plus en plus forme… Puisque l’horizon c’est la plénitude de vie, oserons-nous nous maintenir dans un désir tenace ? Désir de plénitude ! L’Évangile n’exagère-t-il pas quand même ? « Laisse les morts enterrer leurs morts » (Lc 9,60)… « Si quelqu’un vient à moi, sans me préférer à son père, à sa mère, à sa femme, à ses enfants, à ses frères, et à ses soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » (Lc 14,26)… Oui, entrer dans un amour universel est exigeant et demande des détachements et même un dépouillement radical… Mais n’oublions jamais que c’est d’Amour et de Vie dont il s’agit et non pas de rejet de l’autre ou de vie mortifère… L’horizon de notre désir, c’est un amour plus grand et une vie de plénitude. Donc, ces détachements eux-mêmes doivent être vécus et acceptés dans l’amour, non seulement le nôtre, mais également celui des personnes concernées… Sans quoi mieux vaut ne pas les envisager ! Depuis nos questionnements existentiels, jusqu’à l’horizon d’une vie en plénitude, Oserons-nous mettre la main à la charrue, et tracer notre unique sillon de vie ? Un sillon de désir ? P. Benoît Bigard, a.a.
20 juin 2010 - 12° Dimanche ordinaire - Année C Lc 9,18-24 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantLa question peut étonner, car ce n’est pas celle de l’évangile de ce dimanche… Mais, avant d’en venir aux questions liées à l’identité du Christ et aux conditions pour le suivre - au renoncement et à la croix- peut-être faudrait-il commencer par le début, à savoir cette interpellation de Jésus aux tout nouveaux disciples : Que cherchez-vous ? Par où commencer ? N’avons-nous pas, en effet, une fâcheuse tendance, dans le christianisme, à commencer l’annonce de Jésus Christ par la fin ? Nous cherchons à transmettre des valeurs, une morale, une conduite de vie, toutes choses de l’ordre des moyens et non de la fin. Nous allons trop vite à la deuxième partie des propos de Jésus, dans l’évangile de ce dimanche : « …qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix… » Oubliant la prémisse : « Celui qui veut marcher à ma suite… » Une interpellation des jeunes, au pape Jean-Paul II, lors d’une rencontre au stade de Lyon en 1986 formulait bien cela : « Ne nous donnez pas des interdits, mais des raisons d’espérer ! » Que cherchez-vous ? Reprenons la démarche pédagogique du Christ. Deux disciples de Jean-Baptiste, sur les indications de celui-ci, se mettent à suivre Jésus après son baptême au Jourdain. Et Jésus, se retournant, ne leur dit pas, à brûle-pourpoint : « Si vous voulez me suivre renoncez à vous-même, donnez votre vie…. », mais il leur demande plutôt : « Que cherchez-vous ? » (Jn 1,38) À notre tour, si nous voulons annoncer l’Évangile, ne devons-nous pas repartir de ces questions existentielles : Que cherchez-vous ? Quel est le but de votre vie ? Qu’elle est votre quête : trouver un travail ?... Fonder une famille ?... Donner un sens à votre vie ?... Trouver le bonheur ?... La quiétude ?... Soyons à l’écoute de cette quête, même si les réponses peuvent nous désarçonner, et rester parfois du côté du non-dit. Les deux disciples de Jean-Baptiste répondent en effet : « Maître, où demeures-tu ? », une réponse qui n’en est pas vraiment une… Mais à partir de cette quête, un cheminement devient possible : « Venez et voyez ! » Si nous récapitulons la démarche, il s’agit d’abord de susciter le questionnement existentiel - « Que cherchez-vous ? » -, puis de poursuivre sur le mode du cheminement, du compagnonnage et de la proposition ouverte - « Venez et voyez ! » -. Nous sommes loin d’un dogmatisme ! Et ce n’est que bien plus tard que le Christ demandera à ceux qui se sont mis en route à sa suite : « Pour vous qui suis-je ? » Pour vous qui suis-je ? Cette question s’adresse bien aux disciples, et non à la foule. Car c’est l’ensemble du chemin parcouru avec les disciples qui aboutit à cette interpellation. À longueur de pages, l’Évangile nous apprend que l’identité de Jésus ne peut être reçue de l’extérieur, mais uniquement découverte de l’intérieur, grâce à un long cheminement. Comment pouvons-nous donc croire que l’annonce de l’Évangile consisterait à proclamer d’abord que Jésus est le Fils de Dieu ! Une telle proclamation, de l’extérieur, est au mieux sans effet, et au pire elle peut surtout susciter le rejet : que l’on pense aux juifs de l’époque de Jésus qui vont l’accuser de blasphème, où à nos contemporains qui ironisent sur cette foi naïve et obscurantiste… Mais par contre, pour nous-même, où ceux qui ont commencé un bout de chemin cette question devient essentielle : « Pour vous qui suis-je ? » Un prophète ? Un sage ? Dieu fait homme ? Un maître intérieur ? La source de la Vie ?... Alors oui, finalement, après cette réponse qui m’engage, les implications liées à la suite du Christ sont audibles : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive ! » Ce n’est pas le renoncement qui est premier, c’est l’amour, c’est l’attachement au Christ, c’est la certitude d’une plénitude de vie en Lui ! Alors par où commencer ? Par une morale, par des interdits, par des renoncements ? Par une affirmation dogmatique sur l’identité du Christ ? Ou par cette question fondamentale : Que cherchez-vous ?
P. Benoît Bigard, a.a.
13 juin 2010 - 11° Dimanche ordinaire - Année C Lc 7,36-8,3 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivantBelle page d’évangile, mais le texte résiste ! En effet, la parole au centre de cette rencontre entre Jésus et la femme « pécheresse » est ambiguë : « Si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » (Lc 7,47) La logique est mise à mal… Est-ce l’amour manifesté qui suscite le pardon ou le pardon qui suscite l’amour ? Serait-ce utile de lever l’ambiguïté ? Avant d’entrer plus avant dans ce discernement ardu, précisons qu’il ne s’agit pas ici d’une joute intellectuelle ! Une pécheresse ou une femme ? À travers ces questions, il en va de sujets bien d’actualité : qu’elle attitude l’Eglise doit elle avoir envers la femme qui pratique un avortement et les personnes qui l’accompagnent, envers celui qui tente de mettre fin à sa vie et ceux qui l’aident, envers celui ou celle qui se prostitue, envers celui qui détourne de l’argent, etc… Remarquons, de prime abord, la dureté du vocabulaire des accusateurs : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche et ce qu’elle est : une pécheresse. » (Lc 7,39)… Comme si tout son être s’identifiait à son péché : une « pécheresse » ! Jésus interpellera Simon : [Est-ce que] « tu vois cette femme ? », sous-entendu : au-delà de son péché ? Une femme qui manifeste un « grand amour » ! Une femme distincte de « ses péchés » qui ne constituent pas son être profond ! Et Jésus nous interpelle pareillement : une avorteuse, une criminelle, une prostituée, un pédophile, un voleur, un prostitué ? etc... Ou une femme, un homme, d’abord ? Une reconnaissance intéressée ? Mais revenons à notre problème de logique. Première ligne d’interprétation : le pardon est premier, gratuit et suscite l’amour. Cela va bien dans le sens de la petite métaphore utilisée par Jésus : des deux débiteurs, celui à qui le créancier a remis le plus d’argent, l’aimera d’avantage ! Dans cette logique il faudrait alors traduire, comme a choisi de le faire la TOB : « Si je te déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » La première phrase, assez subtile, laisse entendre que le pardon a d’abord été donné et que cela est attesté par les démonstrations d’amour de cette femme. C’est bien dans la logique de l’ensemble de l’évangile : le pardon de Dieu est premier, il est offert gratuitement. D’ailleurs si la femme vient baigner de ses larmes et de ses cheveux les pieds de Jésus, n’est-ce pas parce qu’elle a déjà, au premier contact, perçu qu’elle était aimée malgré ses péchés et déjà pardonnée ? Petite difficulté de cette interprétation, l’amour dont il s’agit n’est-il que reconnaissance intéressée ? (Surtout si l’on pense à l’histoire des débiteurs…) Un pardon mérité ? Faut-il, pour autant, abandonner totalement la deuxième ligne d’interprétation : l’amour manifesté permet le pardon ? « Si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c’est à cause de son grand amour. » Cette traduction de la liturgie, très proche du texte grec original, laisse donc entendre que puisqu’elle a aimé Jésus Christ, ses péchés sont pardonnés… Cela rejoint la finale : « Ta foi t’a sauvée. » (Lc 7,50) Nous voyons bien ici un certain danger, la vision d’un pardon conditionné, d’un pardon mérité… Mais, en même temps, cela nous dit quelque chose d’important : notre amour nous permet d’accueillir le pardon proposé. Car le pardon a beau être gratuit et premier, il s’arrête aux portes de notre accueil ou de notre refus. L’amour de Dieu a beau être gratuit et premier, il ne peut venir en nous qu’à la mesure de notre propre amour… Pourrait-on aller jusqu’à traduire la deuxième partie de notre phrase centrale : « Celui a qui l’on pardonne peu, c’est parce qu’il montre peu d’amour », c'est-à-dire parce que sa capacité d’accueil de l’amour est moindre. (Que l’on pense au fils aîné de la parabole du Fils prodigue…) Aimer d’abord ! Faut-il donc lever l’ambiguïté, choisir entre ces deux logiques ? Peut-être pas… Il faut tenir ensemble que le pardon, puisqu’il est premier, nous rend capable d’aimer, et que l’amour dont nous vivons déjà nous rend capable d’accueillir le pardon de Dieu. C’est un cercle vertueux qui nous permet de grandir dans la mise en œuvre de l’amour et dans l’accueil de la source de cet amour. Alors face à toute personne pécheresse, une seule attitude évangélique possible : aimer d’abord, pardonner d’abord, relever d’abord pour que le cercle vertueux de l’amour puisse se mettre en branle. Pour que notre regard et nos paroles aimantes ouvrent un autre avenir à celui ou celle qui est enfermé dans son péché. Alors condamnerons-nous d’abord ? Mettrons-nous des conditions à notre pardon ? Ou aimerons-nous d’abord ?
P. Benoît Bigard, a.a.
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Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation