Les commentaires 

de l'évangile du dimanche année C 2003-2004

par le Père Christian Blanc

        

Année A 2001-2002* ] Année B 2002-2003 ] [ Année C 2003-2004 ] Année A 2004-2005 ] Année B 2005-2006 ] Année C 2006-2007 ] Année A 2007-2008 ] Année B 2008-2009 ] Année C 2009-2010 ]

 

Année C (2003-2004) de l'Avent au 16 ° dim ordinaire cliquer ici

Depuis le17° dimanche ci-dessous :

 21 novembre 2004  34° dim- Christ Roi C  Lc 23,35-43
 14 novembre 2004  33° dim ordinaire C  Lc 21,5-19
 7 novembre 2004  32° dim ordinaire C  Lc 20,27-38
 31 octobre 2004  31° dim ordinaire C  Lc 19,1-10
 24 octobre 2004  30° dim ordinaire C  Lc 18,9-14
 17 octobre 2004  29° dim ordinaire C  Lc 18,1-8
 10 octobre 2004  28° dim ordinaire C  Lc 17,11-19
 3 octobre 2004  27° dim ordinaire C  Lc 17,5-10
 26 septembre 2004  26° dim ordinaire C  Lc 16,19-31
 19 septembre 2004  25° dim ordinaire C  Lc 16,1-13
 12 septembre 2004  24° dim ordinaire C  Lc 15,1-32
 5 septembre 2004  23° dim ordinaire C  Lc 14,25-33
 29 août 2004  22° dim ordinaire C  Lc 14,1...14
 22 août 2004  21° dim ordinaire C  Lc 13,22-30
 15 août 2004  Fête de Assomption  Lc 1,39-56
 8 août 2004  19° dim ordinaire C  Lc 12,32-48
 1er août 2004  18° dim ordinaire C  Lc 12,13-21
 25 juillet 2004  17° dim ordinaire C  Lc 11,1-13
suite ici...

Merci à www.aelf.org pour les liens Bibliques

 

Question ? 21 novembre  2004 - 34° Dimanche - Christ Roi (C)

Evangile : Lc 23, 35-43 Le Roi crucifié

Est-ce que tout est fini ? Jésus crucifié ! Le peuple le regarde. Face à l’homme, maintenant achevé, les chefs ricanent. Ils le peuvent puisque tout est fini, apparemment du moins. Celui qui pendant quelques années leur a donné tant de fil à retordre vient d’être confondu. La preuve qu’il n’était pas ce qu’il disait être c’est que le voici inanimé. Les commentaires peuvent aller bon train, ils ne seront pas démentis. Voilà la preuve qu’il n’est pas le Messie puisque cloué sur une croix il n’en redescend pas. Comment Dieu en effet se laisserait-il clouer ainsi sur une croix ? Impensable: « Il en a sauvé d’autres qu’il se sauve lui-même s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ? » (Luc 23, 35) Que dire d’autre en effet à Celui qui s’adressait à Dieu comme s’il était son Père? La preuve de sa divinité serait « évidemment » de se sauver lui-même. Or il ne le fait pas. Donc… Les détracteurs du Christ peuvent pavoiser, pour eux le cauchemar prend fin, l’imposteur a été neutralisé.

Dieu ne pouvait être cet homme !

Cet homme ne pouvait exprimer les moeurs de Dieu !

L’idée que l’homme se faisait de Dieu (que nous nous faisons spontanément) a été poussée jusqu’au bout et en cet instant où le peuple regarde le crucifié, cette idée de Dieu semble triompher. Laquelle ? Que Dieu ne peut être ce que le Christ fut ! Et Dieu ne dément pas la logique de l’homme. Aucun événement ne viendra contester cette façon devoir et d’imaginer Dieu, amplifiée encore par l’un des deux larrons mais rejetée, c’est vrai, par l’autre compagnon.

Dieu méconnu !

Le bon larron voit clair, Jésus le rejeté n’avait rien fait de mal. Pourquoi le condamner ? Et en effet pourquoi ? Sans faire intervenir à proprement parler la confession de foi, le bon larron s’en tient à la stricte justice. Jésus ne méritait pas ce qui lui est arrivé. Aussi le bon larron, qui accepte de voir les choses bien en face, triomphe de tous ceux qui préfèrent leurs idées plutôt que de s’ouvrir à la vérité. Dieu ne réagit pas. Il se laisse faire sans même protester, ni même que l’homme soit condamné par lui. Par contre Jésus accueille celui qui lui demande de ne pas l’oublier. Il sera avec lui.

La royauté du Christ s’exprime sur la croix.

Dieu ne se défend pas, il n’a rien à défendre sinon tout à donner. Contemplons sur le bois un amour sans limite et à partir de là faisons entrer en nous le visage de Dieu et comprenons l’amour qu’il réserve à chacun et comprenons l’amour qu’il faut porter aux autres. La croix que nous portons ou qui orne nos murs marque notre appartenance à notre religion mais plus qu’un simple signe elle est le seul programme qui enseigne à aimer. La royauté du Christ, pour nous, deviendra effective quand chacun d’entre nous n’aura qu’une façon de vivre avec les autres celle qui l’a conduit jusqu’au bois de la croix. Le Christ est notre roi, nous n’en avons pas d’autre mais ne nous trompons pas nous n’aurons rien de plus que tous les autres hommes, sinon d’aimer vraiment. N’en sommes-nous pas sûrs ? L’amour crucifié a écrasé la haine et en a triomphé. L’amour a triomphé ? Dégagé de la mort le Christ ne meurt plus. Ressuscité il nous appelle à lui ressembler pendant que son Esprit fait rejaillir en nous l’amour qui l’animait.

Est-ce que tout est fini ?

Les chefs le croyaient.

Mais non, chrétiens, en nous tout continue !

Questions ?

Retour haut de page

 

Tenez bon ! 14 novembre  2004 - 33° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 21, 5-19 Bouleversements et persécutions annoncent le jour du Seigneur

Les événements malheureux du monde, les difficultés innombrables pour parvenir à s’entendre entre peuples et aussi d’individu à individu, nous incitent souvent à penser que la fin du monde est toute proche ; qu’un cataclysme planétaire éclatera bientôt et anéantira cette terre sur laquelle la vie n’est plus possible ! Trop de mal, trop de méchanceté, trop d’exploitation de l’homme par l’homme, trop de maladies découragent et amènent à penser qu’à moins de repartir à zéro, plus rien n’est possible pour changer radicalement une situation complètement dépravée. « C’est la fin du monde » : l’expression fait partie de notre vocabulaire, elle occupe notre champ de conscience car « ça ne peut plus durer comme ça ». Et pourtant l’humanité poursuit sa route et les générations meurent remplacées par d’autres qui refont la même expérience puis disparaissent à leur tour sans connaître non plus ce phénomène unique que sera la « fin du monde ». Ne faut-il pas alors se faire une raison, la fin du monde ne vient pas !

Pourquoi ?

N’est-ce pas que d’abord l’humanité doit s’accepter elle-même et faire son unité !

Oui l’humanité doit s’accepter elle-même et poursuivre la lutte contre son propre mal au lieu de souhaiter un déluge qui soi-disant remettrait les choses en place ou un effondrement généralisé qui pulvériserait le monde. L’humanité doit s’accepter elle-même malgré les situations de conflits quasi insurmontables ou l’effondrement de ce en quoi on avait mis notre espoir. L’humanité doit marcher vers elle-même aussi dur que soit le combat sans baisser les bras.

N’est-ce pas là une idée évangélique ?

Aux gens qui admirent l’intérieur du temple mais à qui il en prédit la chute, Jésus ne répète-t-il pas : tenez bon ? « Ne vous effrayez pas… » (Luc 21, 9) « C’est par votre constance que vous sauverez votre vie » (Luc 21, 19) Ne vous laissez pas accabler, ne vous laissez pas abuser. Dans les situations catastrophiques, des prophètes improvisés donnent leur lecture des événements et préconisent leurs remèdes, mais ne les écoutez pas. L’humanité en marche vers elle-même, trime, certes durement, pour trouver un point d’entente mais il est impossible d’échapper à l’exigence d’être ensemble et de s’accepter les uns les autres. Le chemin de la rencontre des hommes entre eux, jalonné de cadavres reste le chemin obligé même s’il sera encore parsemés de bien des misères. Les hommes se rejettent : depuis l’individu face à un autre individu jusqu’aux nations « qui se dresseront les unes contre les autres » (Luc 21, 10) «  Mais lorsque vous entendrez parler de guerre et de désordres ne vous effrayez pas; car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin » (Luc 21, 9)

Ne vous effrayez pas il faut que cela arrive d’abord !

Car l’humanité, redisons-le, est appelée (vocation) à faire son unité. Malgré un parcours déjà chargé de haine et de violence la route reste à parcourir même si éclateront encore bien des conflits ! Mais l’unité, la fraternité, la liberté ne sont-ils pas le but visé par tous les vœux et discours politiques ou autres ?

Faire l’unité du genre humain ?

Tenez bon !

Laissez à Dieu le soin de déterminer le moment de maturité de l’humanité devenue enfin capable d’accueillir le Fils de l’homme (Luc 21, 27) dans sa pleine manifestation.

Tenez bon !

Vous avez reçu l’enseignement du Christ, vous êtes devenus disciples par le don de la foi, restez fidèles à son projet de salut : le rassemblement dans l’unité des enfants de Dieu dispersés. Ne vous laissez pas abuser par les défaitistes, les sectaires ceux qui invitent à baisser les bras ou ceux qui veulent former de petits groupes de purs pour jouir à l’écart, de leur sentiment (faux) d’être les vrais élus dans un monde de damnés. Ne les écoutez pas ! Restez fidèles au Christ qui fut broyé par la haine sans se départir de son engagement pour le service et l’unité de tous les hommes. Prenez en lui votre modèle pour engager votre vie dans un monde en furie car l’humanité doit se réconcilier avec elle-même. Et les disciples du Christ ne seraient-ils pas les témoins efficaces de cette réconciliation ?

Gardons en vue le but : l’humanité réconciliée.

Payons le prix de l’unité au milieu des massacres du monde.

Et puisque le Christ le dit :

Tenez bon !

Retour haut de page

Pour lui ! 7 novembre  2004 - 32° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 20, 27-38 Les morts ressusciteront (brève : 27...38)

Est-ce ainsi que tu vis ? Drôle de question, n’est-ce pas ? Qui est Dieu pour toi et qui es-tu pour lui ? Oui Dieu, comment le percevons-nous ? Quelle relation avec l’homme ? Et l’homme, quelle compréhension de lui-même ? Quelle conscience de son être, de son origine, de sa fin ? Les uns pensent une chose les autres en pensent une autre. Il n’y a pas sur Dieu comme sur l’homme de paroles exhaustives et contraignantes pour tous. Le sujet est ouvert, les questions subsistent, les réponses varient, la liberté est engagée.

La liberté est engagée.

Au temps de Jésus le problème est le même. Sadducéens et Pharisiens ne croient pas de la même manière. Pour les premiers, l’homme ne sera pas ressuscité contrairement à ce que pensent les seconds. Sans en avoir vraiment conscience, à propos de la résurrection, ils engagent chacun à leur façon une vision de Dieu. Jésus interrogé sur ce sujet contesté va prendre position. Les Sadducéens argumentent. La résurrection énoncent-ils, s’avère impensable car elle aboutirait à des situations cocasses. Par exemple, et ils présentent un cas d’école, à propos de l’application de la loi du Lévirat (Exode.) La survie du peuple hébreux est très importante. Aussi ne peut-on laisser une veuve sans progéniture. Mais alors qu’adviendra-t-il d’elle, s’il y a résurrection ? Admettons qu’elle soit épousée autant de fois qu’elle reste veuve sans enfants. Pourquoi pas jusqu’à sept fois ? Alors disent les Sadducéens au cas où elle ressusciterait de qui serait-elle l’épouse ? De l’un ou de l’autre ou des sept à la fois ? On sent bien dans cet enchaînement quelque chose qui cloche.

Mais quoi ?

Jésus va-t-il lever l’ambiguïté ? Écoutons sa réponse et saisissons mieux le lien entre conception de Dieu et avenir de l’homme. D’abord voici une première clarification : qui dit résurrection dit changement de mode d’être, transformation. Non pas annulation du meilleur de nous-même mais subsistance de celui-ci d’une façon autre, indisponible à nos sens. Nous serons « comme des anges » dit Jésus, expression qui veut tout simplement dire que nous serons dans le monde de Dieu, que nous serons fils de Dieu, apparentés à Dieu. Jésus fait donc savoir aux Sadducéens que pour approcher le sens de la résurrection ils doivent cesser de transposer purement et simplement en Dieu ce qui est vécu sur la terre. Sinon il est vrai on parvient à des situations cocasses, à une impasse, comme celle qui vient d’être énoncée. Mais Jésus n’arrête pas là son argumentation. En effet dit Jésus, en se situant sur le même terrain biblique que ses interlocuteurs, le livre de l’Exode, Dieu se manifeste à Moïse comme le Vivant qui a scellé une alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu s’est engagé vis à vis de l’homme et cet engagement est de même nature que Dieu lui-même, c’est-à-dire éternel.

La mort physique ne peut abroger l’Alliance.

La puissance de Dieu fait subsister l’homme au-delà de la mort et le fait subsister en sa divinité. Tel est l’aboutissement de l’Alliance selon le Dieu d’Abraham d’Isaac et de Jacob, ce Dieu que Jésus vient pleinement nous révéler. D’où ne pas croire à la résurrection revient à ne pas croire au Dieu d’Abraham, à ce Dieu qui s’est engagé irrémédiablement et amoureusement avec l’homme, qui a scellé un pacte d’amour avec lui. Est-ce notre conviction, notre foi ?

Dieu, Le Vivant, nous veut vivants comme Lui.

Avions-nous fait ce lien entre résurrection et Dieu ? Souvent nos objections à propos de la résurrection relèvent des mêmes arguments que ceux des Sadducéens. On ne peut douter de la résurrection et se dire croyant en Dieu. Car Celui qui nous crée nous donne son éternité. Il nous a faits pour Lui donc pour toujours.

Alors, revenons aux questions du début. Dieu comment le percevons-nous ? Quelle relation avec l’homme ? Et l’homme que nous sommes vivra-t-il avec Lui ?

Nous sommes faits par Lui et pour Lui ?

Pour Lui ?

Vraiment ?

Retour haut de page

Trouvé ! 31 octobre  2004 - 31° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 19, 1-10 Zachée : la conversion d'un riche

Zachée n’était pas grand mais haut dans les affaires. Par son métier, percepteur des impôts, rien ne le préparait à devenir un jour quelqu’un de détaché. Pourtant en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire sa vie est transformée. Un regard dans les yeux suite à sa curiosité, une parole chaleureuse pour se faire inviter et Zachée se retrouve complètement changé. Il accueille chez lui celui qui le libère, au point de rembourser, en multipliant par quatre, ceux qu’il aurait volés et d’assister les pauvres avec de l’argent plus ou moins bien gagné.

Quelle libération !

L’argent qui l’attachait et pour le lequel il se vendait, cesse de le séduire. Il trouve beaucoup mieux. Souvent les biens du monde servent de palliatifs dans l’attente du Bien qui pourrait nous combler.

Zachée attendait-il ?

Mais qui n’attend pas ? Derrière toutes les façades des hommes et des femmes et sous les carapaces de ceux qui se protègent et ne donnent à voir que le dessus d’eux-mêmes, une quête, un désir, une attente de bonheur subsistent que rien ne peut combler : choses, argent, voyages, confort, métier, sinon une rencontre vraie. C’est l’autre qui m’éveille à ma réalité, de même que pour lui je suis un vis-à-vis qui s’ouvre à son intimité. Et rencontrer le Christ est-ce aussi du même ordre ? Rencontrer le Christ c’est découvrir la vie ! Je suis quelqu’un pour lui et lui devient l’ami sur qui on peut compter puisque pour moi, mais pour vous aussi, il a donné sa vie. Etes-vous attachés aux choses, à l’argent…? Dans la mesure sans doute où vous n’avez que ça pour donner à la vie un semblant d’existence. Mais quand vient la rencontre qui ne s’achète pas, qui va d’un cœur à l’autre sans aucun apparat et vibre de présence, alors rien ne vaut que ce moment de grâce. Ce qui est vrai des hommes à hauteur de visage et bien plus vrai du Christ.

Zachée peut nous le dire !

Ah!... Que le cœur de l’homme à soif d’être aimé ! Et quand il découvre qu’il est aimé du Christ alors il voit des frères qui sont aimés aussi et qui font circuler cette amitié de vie allant jusqu’à donner pour lui leur propre vie. En est-il bien ainsi quand on rencontre le Christ ? Zachée a-t-il trouvé ce pourquoi il vivait ?

Etait-ce une rencontre avec quelqu’un qui l’aimait ?

A-t-il trouvé ?

Est-ce à n’importe qui que cela peut arriver ?

Retour haut de page

Mon Dieu ! 24 octobre  2004 - 30° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 18, 9-14 Parabole du pharisien et du publicain

Que valent nos prières ? Que nous apportent-elles ? Et que demandons-nous ? Jésus s’en inquiétait. Il vient de déclarer qu’il faut toujours prier sans se décourager, et il enchaîne alors sur une parabole. Deux hommes… disait-il…Et à la fin… l’un fut justifié et l’autre ne le fut pas.

Pourtant n’est-il pas bien cet homme ou plus exactement ce type d’homme qu’est le pharisien ?

D’abord il vient au Temple pour s’adresser à Dieu. Ensuite il vit comme on ne peut mieux vivre. Pas rapace, pas injuste, pas adultère, ne mène-t-il pas une vie exemplaire ? De plus il dompte ses besoins, jeûne deux fois la semaine et scrupuleusement, en plus du prix d’achat, il règle le dixième de tout ce qu’il achète.

Quel homme merveilleux, Dieu doit être content !

Eh bien non justement !

C’est l’autre qui est justifié, un autre type d’homme appelé publicain, celui qui ne fait rien comme son opposé et qui mène une vie plutôt dévergondée : Collaborateurs de l’ennemi romain il perçoit les impôts pour le compte du maître et à son avantage pour un profit personnel. Dieu peut-il agréer sa prière et donc cautionner tout son comportement alors qu’il dédaignerait celui du pratiquant rigoureux de la loi ? Même si notre impression allait dans ce sens-là le problème est ailleurs. Il ne s’agit pas de Dieu qui accueille ou n’accueille pas. Car en Dieu il n’y a pas cette façon de faire. Il est toujours ouvert. Ce sont les hommes qui ne le sont pas.

Car cette parabole décrit une expérience. Jésus depuis des mois voit toute la différence entre les pharisiens qui, vis-à-vis de lui, cherchent à le dominer et les quasi païens, ces publicains de rien qui se laissent toucher par la bonté du Christ et le laisse chambouler leur vie de dépravés.

Notons le paradoxe de cette parabole.

Les gens « biens » tout à fait alignés sur la loi et même en rajoutant, sont en réalité fort éloignés de Dieu. La preuve : le Christ est là et ils ne le voient pas. Ils sont trop sûrs d’eux-mêmes et de leur « sainteté » qu’ils ne doivent à personne et surtout pas à Dieu, mais seulement à eux-mêmes. Ils ne demandent à Dieu que de se réjouir de les voir si bien faits, et de les reconnaître comme ses meilleurs sujets.

Mais n’est-ce pas passer à côté de ce que Dieu est ?

Ce que Dieu veut, se donner, épouser (une image bien biblique), entrer en communion, faire partager sa vie, eux ils n’en veulent pas. Ils sont fermés et enfermés en eux. Et toute la différence est là. Les publicains, les marginaux et autres prostituées se laissent approcher, toucher et même retourner par le Christ jusqu’en leur intimité.

D’un côté les imbus bardés de suffisance, de l’autre des sans lois mais qui se laissent aimer jusqu’à être transformés.

Dans cette parabole le Christ vient de camper deux attitudes complètement opposées et qui existent encore mais plus ou moins larvées.

Que vaut notre prière ?

Quelle est mon attitude quand je suis face à Dieu ?

Est-ce que je vois en moi ce qui est défectueux et m’ouvre totalement à la bonté de Dieu ? Ou est-ce que je justifie tout mon comportement en demandant à Dieu de m’approuver entièrement sans qu’Il entre chez moi… alors que c’est ce qu’il veut pour moi ? Jésus le Christ fit l’expérience, face à lui, des deux comportements. Par l’un il fût reçu par l’autre rejeté.

Que valent nos prières quand nous disons : Mon Dieu ?

Dans l’un ou l’autre cas, le sens n’est pas le même.

Mon Dieu ou bien Moi Je ?

Mon Dieu et puis…

Quoi ?

Retour haut de page

Agit-il ? 17 octobre  2004 - 29° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 18, 1-8 Parabole de la veuve qui demandait justice

Rien n’est moins évident !

Pourtant, Jésus vient d’affirmer aux pharisiens qui le lui demandaient, que le Royaume de Dieu est bien présent au monde. S’ils posaient la question c’est qu’ils ne le voyaient pas. N’en est-il pas toujours de même, aujourd’hui ? Dieu agit-il dans le monde ? Qui voudrait bien répondre ? N’est-ce pas plutôt son silence que tout le monde entend ? Si Dieu vivait vraiment au plus proche de nous, le monde serait-il ce que l’on voit tous les jours ? Pourquoi n’intervient-il pas ? Il est bien difficile de croire à sa présence ? Pourquoi cette discrétion et même ce silence ? A observer le monde en sa totalité, sans faire intervenir autre chose que ce que voient nos yeux, pouvons-nous découvrir à proprement parler l’intervention de Dieu ? Le monde est là bien sûr, magnifique et complexe, l’humanité y vit le meilleur et le pire, mais rien ne nous signale que Dieu y vit aussi, que l’on peut découvrir avec toute évidence que Dieu agit ici. Si son action existe, elle est fort bien cachée alors que ce que l’homme voit avec ses yeux de chair, c’est un fonctionnement qui fonctionne tout seul.

Dieu n’agit-il pas alors ?

Est-ce la conclusion à laquelle on parvient ? Et est-ce la raison pour laquelle on nie son existence ? Dieu n’agit pas ou sommes-nous trop aveugles pour saisir son action ? Car il en est, c’est vrai, qui voient l’action de Dieu à chaque pas qu’ils font. Mais est-ce bien sérieux ? Jésus aux pharisiens ne leur disait-il pas : « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : « Voici il est ici ! Où bien il est là !  Car le Royaume de Dieu est au milieu de vous »  (Luc 18, 20-21)

Donc Dieu serait présent mais imperceptiblement !

Quand nous parlons de Dieu, de sa façon de faire, de son intervention en plein dans notre monde, faisons-nous plus discrets. Dieu qui veut ceci, Dieu qui veut cela, le bon Dieu qui punit ou bien qui punira… Ne parlons pas si fort, mais écoutons d’abord, à quoi nous en tenir à propos du Seigneur présent à notre monde.

Car si Dieu n’agit pas comme nous le voudrions, c’est que déjà il s’est manifesté en une action qui a marqué l’histoire mais que nous oublions. En Jésus le Christ, Dieu n’a-t-il pas fait ce qu’il avait à faire ? Ne nous a-t-il pas révélé ce qui nous importait pour le connaître lui et nous connaître nous ?

Oui Dieu a agi.

Son œuvre est accomplie, faisons donc la nôtre ! Comment ? En nous laissant former par la Parole de Vie. Puisque Dieu a agi en nous donnant le Verbe, le Verbe se propose pour convertir nos vies. Le salut dont on parle n’est pas déplacement d’un lieu de perdition vers la béatitude, il est transformation interne de chacun par appropriation de ce que fut le Christ. Entre le Christ fait chair et le Christ glorieux en sa venue finale nous sommes dans le temps de notre transformation.

Et dans ce processus, où nous sommes actifs tout en nous laissant faire, Dieu ne prend plus la parole mais nous imprime sa vie, celle qu’il nous a donnée en son Fils Jésus Christ.

Et pour se laisser faire que nous faut-il donc faire ?

C’est ici qu’intervient l’évangile du jour où Jésus fait savoir qu’ « Il faut prier sans cesse sans se décourager » (Luc 18, 1). Prier : c’est à dire s’ouvrir, devenir réceptif à ce que Dieu a fait en Jésus Le Seigneur. Prier : Donner à la Parole le droit d’entrer en nous jusqu’à nous pénétrer dans la moelle des os. Prier : se taire et écouter le sens de cette vie tel qu’il nous fait signe à travers l’évangile. Prier : faire silence dans l’attente en désirant ardemment que ce qui nous fut dit en Jésus Christ devienne maintenant ce que nous devons être. Prier…! A chacun de continuer…!

Dieu agit-il ?

Voyons-nous mieux comment et qu’avons-nous à faire ?

Devenir mieux priants : Etre un désir ardent pour ressembler au Christ.

Laissons-nous Dieu, L’Esprit, agir en nous ?

Retour haut de page

Où sont-ils ? 10 octobre  2004 - 28° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 17, 11-19 Guéri de sa lèpre, un Samaritain rend gloire à Dieu

La question est posée par le Christ. Mais la réponse est tout à fait évidente : là où le Christ les a envoyés ! Ne leur a-t-il pas commandé d’aller se montrer aux prêtres. Et n’est-ce pas ce qu’ils sont en train de faire ? Il est vrai qu’en chemin la lèpre a quitté ces hommes. Mais justement, à fortiori, ne doivent-ils pas continuer leur route jusqu’au constat qu’effectuera le prêtre, sans quoi ils ne pourraient pas réintégrer la vie de ceux qui sont indemnes de cette maladie. En plus ils sont bons juifs et consciencieusement se soumettent aux lois de la communauté. Pour pouvoir à nouveau jouir de tous leurs droits il leur faut le billet de réintégration que seuls les prêtres peuvent délivrer. Alors ils continuent leur route et poursuivront leur vie comme elle fut commencée avant d’avoir été interrompue par le mal qui exclut. En ce comportement tout n’est-il pas normal ?

Pourtant le Christ dit : où sont-ils ?

Si les neufs ont suivi le cours normal des choses, comment se fait-il alors que le dixième homme, lépreux lui aussi guéri, n’a pas continué de la même façon ? Qu’a-t-il compris de plus que les autres n’ont pas perçu ? A-t-il établi un lien entre sa guérison et Celui à qui, tous ensemble, ils avaient pourtant demandé de les prendre en pitié ? Aucune description ne vient le confirmer. Ce qui se passe en soi est bien trop mystérieux. Mais en ce samaritain, hérétique de surcroît, quelque chose s’est passé.

Et il fait demi-tour, voici la conversion !

Il rebrousse chemin, tout en glorifiant Dieu, pour venir vers le Christ (le Messie), se jeter à ses pieds la face contre terre et lui chanter ses grâces. A travers sa posture et sa jubilation n’exprime-t-il pas sa confession de foi ?

Le Temple ? Le Christ ?

N’a-t-il pas fait son choix ?

Du coup il est le seul à qui le Christ a dit : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé » Tous furent guéris, un seul fut sauvé, est-ce, ce que nous devons comprendre ? Et les autres où sont-ils ? Les neuf autres (drôle de chiffre) n’ont-ils donc rien compris ? La santé recouvrée, leur perception de Dieu n’a-t-elle donc pas changé ?

Être sauvé c’est croire dans le Christ !

Étaient-ils prisonniers d’une façon de faire ? En eux aucun déclic ? La religion encombre et sclérose le cœur quand elle n’est vécue qu’en démarches extérieures conformément au rite. Est-ce le cas des neuf qui firent sagement ce qui était prescrit ? Et peut-être, plus prosaïquement, faisaient-ils ce raisonnement : « Que m’importe la suite puisque je suis guéri. » Ce qui doit arriver bien souvent dans nos vies ! Les rejetés, comme cet hérétique venu de Samarie, la chose est bien connue à travers l’évangile, se sont laissés toucher plus que les gens pieux, par la bonté du Christ. La lèpre avait réuni et les uns et les autres mais une fois celle-ci disparue la frontière renaît entre les bons et les mauvais.

 

Voici notre dilemme :

Un seul fit demi-tour quand les neuf continuent.

Pourquoi ?

Où sont-ils dit le Christ ?

Peut-être devrions-nous, car ce texte est pour nous, entendre également :

Où sommes-nous ?

Retour haut de page

Prétexte ! 3 octobre  2004 - 27° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 17, 5-10 La puissance de la foi - L'humilité dans le service

« Augmente en nous la foi » est-ce une bonne prière ?

Probablement le sentons-nous ainsi mais qu’en est-il vraiment ? Face aux propositions que Jésus vient de faire, les Apôtres s’affolent. Comment être capables de les assumer toutes ? Éviter le scandale qui, selon Jésus ne peut pas, ne pas arriver et qui rend son auteur tellement pitoyable qu’il eut mieux valu qu’il ne soit jamais né ; pratiquer le pardon, sans jamais s’arrêter, envers celui qui chaque fois revient disant je me repens ; mettre en œuvre une vie où l’argent n’est pas tout, à l’inverse du riche qui ne voit pas Lazare ; s’engager pour toujours dans les liens du mariage malgré les habitudes d’une répudiation pour un oui pour un non ; faire preuve d’habileté au service du royaume autant qu’en déploient les hommes pour les affaires du monde … Toutes ces exigences, faciles à retrouver dans l’évangile, font-elles peur aux Apôtres qui, institués par le Christ, sont chargés de les proposer tout autant que de les appliquer ? S’il n’en était ainsi comment comprendre alors leur prière ?

Mais la foi est-ce que « ça » peut s’augmenter ?

Quand il s’agit de faire ce que Dieu, le Seigneur, nous demande, a-t-on besoin de plus pour faire ce qu’il dit alors que c’est lui-même qui le demande ? Il me semble qu’il y là de quoi faire réfléchir et de quoi purifier notre façon de voir.

La réponse de Jésus ne cesse d’étonner.

Car il ne répond pas, mais oui, voici plus de foi. A travers une image, celle du grain de moutarde, il nous dit que la foi, notre confiance en lui, suffit à faire des miracles, à condition bien sûr de se mettre à la tâche. « Augmente en nous la foi » pourrait bien apparaître comme une hésitation à croire en la Parole, comme une façon pieuse de ne pas se lancer dans la réalisation de ce qui est demandé. Comme la prière de qui tergiverserait au lieu d’aller tout droit jusqu’au but proposé. Sondez donc votre cœur :

Toutes nos belles prières entraînent-elles l’action qu’elles semblent réclamer ?

Et celle apparemment très noble pour augmenter la foi ne veut-elle pas dire : je ne suis pas capable, ce serait mieux plus tard quand j’aurai plus de foi, encore un peu de temps je suis très bien comme cela ? Il y a un travers dans cette façon de faire, c’est que lorsque le Christ parle on se regarde soi-même. Et la prière alors devient comme un prétexte. Que l’on soit ce que l’on est dans notre pauvreté ne le sait-il pas avant que nous fassions semblant de le lui rappeler ? N’est-ce pas aux pauvres que nous sommes, même choisis comme Apôtres, qu’il demande de vivre comme il vivait lui-même. Dés lors que reste-t-il à faire sinon lui faire confiance et puisqu’il le dit de se mettre à l’ouvrage. C’est-à-dire : Éviter d’éloigner par nos comportements ceux qui veulent s’approcher du Christ ressuscité; user et abuser du pardon, sans compter; utiliser les biens pour ce qu’ils sont faits et qui doivent être partagés …etc.

Voilà la foi à l'oeuvre et qui se fortifie quand elle est pratiquée !

Demander plus de foi ne fait que retarder la mise en œuvre de celle que déjà l’on reçoit en recueillant du Christ la Parole de vie. D’ailleurs n’ajoute-t-il pas, toujours dans l’évangile, que nous sommes serviteurs, c’est-à-dire dans l’attitude de recevoir la force de Celui qui, en Maître, nous donne de vivre ce qu’il commande.

« Augmente en nous la foi »

N’est-ce pas un prétexte ?

Qui peut se remplacer par :

Puisque tu le dis Seigneur, Je le fais.

 

Retour haut de page

« Fermé  ! » 26 septembre 2004 - 26° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 16, 19-31 Parabole du riche et de Lazare

Le sort de cet homme présent dans l’évangile ne fait-il pas pitié ? Riche et cossu il mène grande vie. Sa table comme ses habits expriment à l’extérieur ce qui le qualifie : il est riche. Son regard empâté ne voit pas au-delà de ce qui lui ressemble. Accroupi sur le seuil, le pauvre est bien trop bas pour qu’il l’aperçoive. Les chiens seuls s’en occupent. Le décalage est grand entre celui qui a et celui qui n’a pas. Faut-il s’en alarmer, le contester, le supprimer ?

Et Dieu qu’en pense-t-il ?

Celui qui a acquis une immense fortune n’est-il pas un comblé de la divinité et celui qui n’a rien, même pas de quoi manger, n’est-il pas au contraire quelqu’un de réprouvé ? Chacun subit son sort comme « dieu » en décide. Est-ce un raisonnement qui peut s’entendre encore ? Et quant aux pharisiens (Luc 16, 14) qui ricanaient entre eux, en écoutant Jésus à propos de l’argent, ne se faisaient-ils pas, entre eux, ce même raisonnement ?

L’argent, les biens, aveuglent plus qu’on ne veut le croire.

Mais Dieu ne raisonne pas comme on le lui fait dire. Richesse et pauvreté sont un déséquilibre, désapprouvé par Lui et qu’il revient à l’homme de faire disparaître puisque c’est lui qui le fait exister… Il eut fallu bien peu pour que le riche, tel est son nom, ne soit pas enfermé dans son indifférence. Le pauvre demandait juste de quoi manger et encore seulement une petite part, quelques miettes tombées d’une table abondante. Ce que l’homme peut faire pour rétablir le monde dans sa vérité, lui seul, l’homme, le peut. Car Dieu est impuissant face à nos libertés. N’attendons pas de Lui qu’il change notre cœur, notre façon de voir, notre façon de vivre si nous ne voulons pas. Mais soyons assurés qu’il sera avec nous quand nous déciderons d’être, comme il convient, justes, entre nous humains et considèrerons que tout homme est égal en dignité humaine. Mais souffrons-nous vraiment de voir dans la rue des hommes accroupis, des femmes mendier, des jeunes quémander ? Le temps d’une émotion ou d’une répulsion et la vie continue…!

Riches et pauvres coexistent depuis toujours…Alors que faut-il faire pour que les choses changent ?

Le riche, dans l’histoire qui nous est racontée, dépouillé par la mort et devenu poussière, propose son idée. Que le Père Abraham, le Père des croyants, notre ancêtre dans la foi, envoie un messager pour avertir les hommes que l’argent et les biens sont pour le bien de tous. Peine perdue dit Abraham, un mort ressuscité, venant de l’outre tombe, ne convaincrait personne. Rien de sensationnel, même venant du ciel, ce qui est impossible, ne pourrait convertir (Luc, 1, 16. 29 – 30).

Ce que l’homme doit faire, il le sait.

Dieu à maintes reprises le lui a répété. Avant même que le Christ élève la pauvreté au rang de béatitude, Moïse et les Prophètes avaient déjà parlé du pauvre que le riche ne doit pas négliger. (Deutéronome 15, 7-11…) Mais le riche est fermé, emmuré dans son indifférence. Et si par un hasard comme il en existe, le pauvre devient riche il s’empresse à son tour de prendre la même place, celle de la fermeture.

Alors que faire ?

Richesse et pauvreté sont un déséquilibre.

Mais quand l’homme est fermé.

Qu’est-ce qui peut changer ?

Fermé, quelle pitié !

Retour haut de page

Soyons clairs !19 septembre 2004 - 25° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 16, 1-13 L'argent trompeur (brève : 10-13)

Le Christ nous y incite. Qui conduit notre vie ? Dieu ou l’Argent ? L’un ou l’autre ou les deux à la fois ? Que pouvons-nous répondre ? Tellement obnubilés par le fait de gagner ou d’acquérir encore ou la peur de manquer peut-être, ne voyons-nous pas l’emprise de l’argent sur notre propre vie ? Jésus connaissait-il les pièges de l’argent ? Quand il dépeint le fils, muni de sa fortune, ayant tout dépensé sans avoir acheté le bonheur qu’il cherchait, veut-il nous faire entendre que l’argent est trompeur ? Que l’argent ne tient pas ce qu’il semblait promettre ? Et quand le fils aîné toujours en possession des biens qui sont les siens, transpire la tristesse tout autant que son frère, le Christ veut-il nous dire qu’il faut chercher ailleurs la véritable vie ? Qu’il nous faut l’acquérir par une autre façon d’utiliser les biens ou de gérer l’argent ? Car l’argent il est là, disposé à servir, mais…selon notre vouloir…

Mais qui a le courage de vraiment faire le choix entre Dieu et l’Argent ?

Voici pour nous aider l’histoire racontée, adressée aux disciples. Cette histoire, notons-le, vient tout de suite après la grande parabole (Luc 15, 11-32) qui vient d’être évoquée. L’Argent dans cette histoire, qui est celle du monde, règle les relations de tous les hommes entre eux. Cela crée des tensions, des infidélités et beaucoup d’autres maux qui nous coûtent très chers. L’intendant malhonnête a bien trompé son maître, lui qui ne vaut pas mieux, en cherchant à gagner plus qu’il ne lui revenait. La course à l’argent décuple nos énergies et nous rend très malins. L’intendant malhonnête pour se tirer d’affaires procède habilement à tel point que le maître lui-même lui fait des compliments. Jésus a bien noté toute cette énergie et cette habilité et se tournant vers nous, ses disciples, nous force à réfléchir : « Les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la Lumière ! » (Luc 16,8) Mais est-ce irréversible ? Les fils de la Lumière, entre eux, ne peuvent-ils pas devenir, eux aussi, astucieux au service du Royaume ? Et voici la réponse : «  Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, (ou malhonnête selon les traductions) afin que, le jour où il ne sera plus là (la mort enlève tout !) ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. » (Luc 16, 9)

Avec l’Argent trompeur faites-vous des amis !

Est-ce bien cela que le Christ veut dire ? Pour ceux qui sont chrétiens, bien gérer son argent jusqu’où cela engage ? Jusqu’où, dans la compréhension de ce qu’il représente, dans la façon de se le procurer et l’utilisation de ce que l’on en fait ?

Jusqu’où cela engage ?

Est-ce un bien confié qui ne nous appartient pas ? Est-ce un bien à partager avec ceux qui n’en ont pas ? Est-ce un bien avec lequel il ne faut pas biaiser ? Plus grave que l’on ne pense, on se trouve là engagé, car il est dit encore : « Qui est fidèle en très peu de chose est fidèle aussi en beaucoup et qui est malhonnête en très peu est malhonnête aussi en beaucoup ? Si donc vous ne vous êtes pas montrés fidèles pour le malhonnête Argent qui vous confiera le vrai Bien ? » (Luc 16, 11)

« Nul ne peut servir deux maîtres. »

Jésus, n’est-ce pas, s’adresse à ses disciples !

Soyons clairs !

C’est ou Dieu ou l’Argent.

Retour haut de page

Pécheurs ? 12 septembre 2004 - 24° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 15, 1-32 Paraboles de la brebis perdue, de la drachme perdue (et du fils perdu) : la joie du pardon (brève : 1-10)

Le mot ne passe pas. Mais la réalité existe. Les pécheurs, Jésus les fréquente. Certains changent de vie en l’écoutant parler d’autres pas. Les premiers le ressentent comme un libérateur, les autres le rejettent comme un perturbateur.

Qui est pécheur ?

Tous ?

Même ceux qui pensent ne pas l’être ?

L’homme peut-il parvenir seul à se comprendre et seul encore peut-il atteindre au plein épanouissement ? L’homme individuel comme l’homme collectif ne peut pas par ses forces, intellectuelles, volontaires, affectives, si grandes soient-elles, instaurer une vie où chacun a sa place.

Il ne le peut pas !

D’où vient la conviction que ce soit impossible ? De l’expérience ? D’une idée erronée sur l’homme ? D’un pessimisme cultivé sur la nature humaine ? Du résultat du matraquage de la part de l’Eglise ? L’homme ne peut pas par lui-même faire son propre bonheur ! N’est-ce pas le résultat de l’expérience quotidienne et millénaire ? Et par une autre voie l’objet de la Révélation. Est-ce à dire qu’il ne le pourra jamais ?

Jamais, seul !

La misère de l’homme prend naissance dans cette méprise. L’homme pense qu’il peut se modeler tout seul et s’accomplir par ses propres forces. Mais il n’y parvient pas et n’y parviendra pas sans reconnaître qu’il « est » par et pour un Autre. L’expérience d’Augustin rejoint et exprime celle de l’humanité dans sa soif « d’exister ». Le péché de l’homme est un refus ou une acceptation toujours refoulée de l’accueil nécessaire de l’Autre pour son bonheur. L’homme refuse l’Autre pourquoi ? Pourquoi l’homme refuse-t-il Dieu ? Pourquoi ne cherche-t-il pas davantage à faire sa connaissance ? N’est-ce pas au nom d’une suffisance et aussi d’une confusion sur sa propre capacité à se réaliser individuellement, collectivement ?

La racine du péché ?

Cette volonté de puissance solitaire : Je sais, je veux, je peux me donner à moi-même l’être dont j’ai besoin. Mais qui sait par lui-même qui il est ? Et ce qu’il doit devenir pour être vraiment lui, terme pourtant de son accomplissement ?

Ma vie je la reçois c’est aussi simple que cela.

Et de qui ou de quoi ? Les interprétations varient, les hommes balbutient leur origine tout autant que leur fin.

Chrétiens que disons-nous ?

Que l’homme est créé fils et qu’il est donné comme frère ! Un lien relie chaque homme à Celui d’où il vient. L’homme est un relié, le lien le constitue. Plutôt que de s’insurger ne vaut-il pas mieux se mettre à explorer cette condition-là ? Car tout au fond de lui l’homme s’entend appelé. Dieu n’est pas au dehors. Lui et l’homme sont unis. « Écouter » simplement : ce qu’est l’homme s’énonce à l’intérieur de soi. Refuser de le faire, ne pas savoir le faire nous tient loin de nous-mêmes, en état de péché. Et nous voilà parvenus à une compréhension. Le péché ? C’est cet éloignement, où nous voulons rester. Car nous ne voulons pas nous recevoir d’un Autre sans qui pourtant nous ne serions pas. Et quand le Christ parle nous ne l’entendons pas puisque nous sommes ailleurs, éloignés de chez nous. Alors êtes-vous pécheurs, éloignés de vous-mêmes parce que loin de Dieu ? Le reconnaître c’est déjà s’ouvrir à notre vraie réalité. Dieu m’est plus intime à moi-même que moi-même et je suis fait pour lui.

Prodigue ou fils aîné tous deux sont éloignés du Père qui attend,

Et donc par conséquent et de soi et de l’autre.

Pécheurs eux ?

Et moi ?

 

Retour haut de page

 

Réfléchis ... ? 5 septembre 2004 - 23° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 14,25-33 La vraie sagesse, c'est de renoncer à tout pour le Christ

Où vont-elles ces foules qui suivent Jésus de Nazareth sur la route de Jérusalem ? Que pensent-elles, que désirent-elles, quelles forcent les poussent à marcher derrière l’homme de Nazareth ? Ont-elles une juste idée de ce vers quoi il se dirige ? Sentent-elles qu’il est beaucoup plus capable que d’autres de donner à leur vie une impulsion nouvelle, une perspective inédite, un aboutissement suprême ? Donc « de grandes foules le suivaient ».

Et pourquoi le suivaient-elles ?

Nous sommes toujours impressionnés par le nombre, même dans l’Eglise. Combien de participants demandons-nous ? C’est normal mais est-ce automatiquement un critère de réussite et un signe de foi ? En les voyant, celles-là de loin, et aujourd’hui beaucoup d’autres de plus près, nous ne pouvons pas, ne pas exercer notre jugement critique en nous posant la question :

Ces foules qu’est-ce qui les met en branle et que trouvent-elles exactement ?

Jésus de Nazareth ne prend personne au dépourvu. Le nombre ne l’intéresse qui si les motivations s’ajustent à la mission pour laquelle il a été envoyé. Il ne cherche pas à attirer vers lui pour se constituer un groupe, une foule de fans « jésulâtres » Il renvoie chacun à lui-même. « Si quelqu’un veut me suivre… » Qui veut ? Et qui perçoit sa vie chrétienne comme « une suite » c’est-à-dire une « avancée » derrière Quelqu’un qui lui-même réalise la volonté d’un Autre ? Car cela suppose l’imprévu de la route, l’inconnu du chemin, l’ignorance du parcours et donc la confiance totale envers Celui qui mène. Ce risque et cet abandon, les foules le veulent-elles ? Chacun de ceux qui composent cette foule le veut-il ? Celui qui marche devant n’est pas une idée, un commandement, c’est le Christ Vivant aujourd’hui, le même qu’hier déambulant sur les routes des hommes et qui veut transmettre sa vie.

Suis-tu le Christ ?

A quoi est-il possible de le savoir ?

On peut se tromper en pensant oui alors qu’il n’en est rien ! Souvenons-nous des enseignements des dimanches précédents « Seigneur, nous avons mangé et bu en ta présence, tu as enseigné sur nos places… » Et lui de répondre : je ne sais d’où vous êtes, éloignez-vous de moi vous qui commettez l’injustice » (Luc 13, 25) Il ne suffit pas de faire ceci ou cela « pour » ou « devant » lui, comme on dit. Il faut, nous l’entendons dans l’évangile de ce dimanche, « Le préférer » même à ceux qui normalement sont les êtres les plus chers. Et même, car la liste des préférences familiales ne s’arrête pas là, il faut aller jusqu’à le préférer, lui, plus que notre propre vie. (Luc 13, 25 ) Déjà en Luc 14, 15-23 nous touchions du doigt combien les hommes (nous-mêmes) ont des choses plus importantes à faire que de répondre à l’invitation du Seigneur. Avec la parole d’aujourd’hui nous sentons bien la radicalité de l’engagement à la suite du Christ.

« Jusqu’à sa propre vie »

Serait-ce d’ailleurs nous suggérer de façon indirecte mais déjà annoncée dans les possessifs, « son, ma, ses, sa » que lorsque nous disons aimer nos proches c’est plutôt nous qui nous recherchons, notre sécurité que nous cultivons ? Notre attachement n’est-il pas encore trop intéressé ? Notre amour pour les proches est-il aussi fort que nous le pensons et le proclamons ?

Si quelqu’un veut le suivre, ce ne sera pas un amour moindre pour les autres mais un amour plus vrai, celui qui est Don et qui n’attend rien, en retour, pour soi. Car où va-t-il Jésus de Nazareth, sinon à Jérusalem, au lieu du Don lui-même ? Et où nous entraîne-t-il ?

Au même endroit !

Les foules qui le suivent en sont-elles conscientes ?

Quant à moi je m’interroge : Le préfères-tu ?

La réponse, non sentimentale, doit être illustrée par ma vie. De tous les « amours » qui m’habitent lequel a la première place ? Lequel m’agite et prime dans mes choix ?

Auquel ai-je donné la préférence ?

Réfléchis… !

Retour haut de page

Pour qui ... ? 29 août 2004 - 22° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 14, 1...14 Pour avoir part au royaume de Dieu : choisir la dernière place, inviter les pauvres

Jésus invité à un repas, le jour du sabbat, voit les convives qui l’entourent se précipiter aux premières places. Cela lui donne à penser. Quelque chose cloche dans ce comportement. Ces gens ne sont-ils pas des pharisiens ? N’ont-ils pas comme souci permanent de se conformer à la Loi de Dieu ? Comment comprendre alors chez eux ce goût des honneurs, cette façon d’être premiers ? Leur pratique religieuse leur en donnerait-elle le privilège ? Il est vrai qu’ils sont méticuleux dans l’observance et même qu’ils en rajoutent dans le plus ascétique. Mais reste en eux ce besoin de m’as-tu vu, d’être considérés et reconnus dans « leur » perfection morale. Serait-ce aussi l’orgueil qui anime leur cœur, l’égocentrisme qui les rend si remuants ? Mais la première place qu’ils cherchent, est-elle bien celle qui leur convient ? Jésus les interroge. Ces places convoitées et que vous vous donnez sont-elles bien pour vous ? En disant servir Dieu ne lui ôtez-vous pas la place qui est la sienne ?

Pour qui… ?

N’est-ce pas à lui que revient la première ?

Mais au lieu de cela, vous voilà attirant les regards de ceux qui vous entourent. Vous dites servir Dieu et vous prenez sa place, tirant parti de lui pour vous faire honorer. Vous qui ne rêvez pas comme première place de vivre à la dernière vous vous trompez de Dieu en vous servant de Lui pour vous servir vous-mêmes. Vous perdez votre temps et vivez dans l’erreur.

N’est-ce pas terrible de se tromper ainsi ?

Serait-ce très fréquent même encore aujourd’hui ? Dès qu’on parle de Dieu, qu’on prétend être à Lui; il faut se surveiller. Mais il est un critère que Dieu nous a donné et qui ne peut tromper. Car la première place que Dieu doit occuper, en fait, il la laisse libre et l’offre à tous ceux qui n’ont rien à donner; rien à donner bien sûr, selon les mœurs du monde. N’est-ce pas la finale du texte évangélique ? « Lorsque tu donnes un déjeuner ou un dîner, ne convie ni tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins…de peur qu’eux aussi ne t’invitent…Mais lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles… Heureux seras-tu alors de ce qu’ils n’ont pas de quoi te rendre » (Luc 14, 13-14)

Pour qui ?

Vous avez bien compris qu’il s’agit de la place qu’on ne peut occuper pour se faire valoir. Dieu seul en Jésus-Christ l’occupe en vérité. Alors vers quoi tous les jours nous précipitons-nous ? Où cherchons-nous à grimper, même si ce n'est pas très haut, pour que l’on soit bien vu ?

Pour qui ?

Pour Dieu,

cette première place mais selon sa façon à lui d’être premier.

La sienne n’est pas la nôtre mais il n’en est pas d’autre,

quand on veut comme vous et moi, appartenir à Dieu.

Retour haut de page

 

Combien... ? 22 août 2004 - 21° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 13, 22-30 L'appel universel au salut et la porte étroite

Avez-vous une idée du nombre de sauvés ? Est-ce beaucoup, ou peu ? Qui pourrait nous le dire ? Posée au Christ, la question ne reçoit directement aucune précision. Sans doute l’ignore-t-il ! D’ailleurs qui pourrait le savoir ? Même si la question hante nos réflexions, personne ne peut répondre car le nombre dépend de notre liberté et de chaque être humain dans son assentiment au plus digne de l’Homme. Aussi de très générale la question devient-elle personnelle : Serais-je sauvé ? Et même insistante : Veux-tu être sauvé ? Veux-tu « être » vraiment ? Aspires-tu à échapper au mal qui défigure ; à la mort, pas physique, mais à la plus grave celle qui est « morale »? Cherches-tu à éviter toute contrefaçon pour que l’humain en toi prenne toute la place ? Le Christ, incapable de répondre à la question posée, montre par contre le chemin qui conduit à la Vie, celui de l’Homme pleinement accompli.

N’est-ce pas le sujet qu’il traite maintenant ?

Écoutons : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car je vous le déclare, beaucoup chercherons à entrer et ne le pourront pas quand le maître de maison se sera levé et qu’il aura fermé la porte… » (Luc 13, 24-25a) La condition est là, bien mise en évidence :

Efforcez-vous d’entrer, prenez la porte étroite… !

Les gens comprenaient-ils ce qu’il voulait leur dire ? Cela n’est pas prouvé. Qu’en est-il aujourd’hui ? Quelques explications peuvent-elles nous aider ? De « porte » il est question, en Jean 10, 1-21. Jésus tout simplement s’en attribue le nom : « Je suis la porte » (Jn 10, 9). Se considère-t-il de la même façon quand dans notre passage il parle de porte étroite ? Pourquoi serait-ce différent ? On ne connaît pas le salut, c’est-à-dire le plein achèvement humain, si l’on ne s’efforce de passer par la porte « étroite » qu’Il représente. Mais pourquoi étroite ? Parce que la vie du Christ fut toute concentrée sur une volonté qui n’était pas la sienne mais à laquelle, librement acceptée, il communiait pleinement et qui le conduisit jusqu’au renoncement d’être cloué en croix. Dans cette perspective la porte du salut, qui n’est pas un portique, mais une façon d’être, rétrécit le pouvoir et la domination, dégonfle notre enflure et concentre nos forces sur ce qu’on aime guère, s’ouvrir au don total en mourant à soi-même. Ce qui est advenu, au Fils de Dieu fait homme, Paul nous l’explicite dans l’hymne aux Philippiens : « Lui étant dans la forme de Dieu… » Cet abaissement, charte de la vraie vie (donc du salut) « lui a valu d’être souverainement élevé…. et de recevoir le nom au-dessus de tout nom… » (Ph 2, 5)

Voilà qui nous convoque au grand dépouillement !

Il ne suffit pas, bien sûr, d’avoir bu et mangé (Luc 13, 26) ,même en sa compagnie, ou d’avoir entendu son propre enseignement, ni d’avoir célébré, ce qui revient au même, il faut…

A vous de voir !

Quand nous parlons « salut »ou de « vie éternelle »méditons sur la « porte » 

Et s’il nous échappe de demander « combien ? »

Rappelons-nous bien vite, que pour être sauvé

Il faut mourir à soi et vivre pour le Christ

Car en lui est né l’Homme en pleine maturité.

 

Retour haut de page

 

Où est Marie ? 15 août 2004 - Assomption de la Vierge Marie

Evangile : Lc 1, 39-56

Question surprenante peut-être ! Mais qui n’est pas déplacée dans une méditation portant sur l’Assomption. En effet que veut-on dire quand on parle de cet événement, l’Assomption de Marie, la mère de Jésus, l’objet de cette fête ? Utilisé exclusivement pour elle, ce terme d’Assomption, à ne pas confondre bien-sûr avec Ascension, indique ce qu’il en est de son état maintenant. La mère de Jésus n’est-elle pas actuellement dans la même situation que les hommes et les femmes sauvés et décédés et même canonisés ? Est-elle autrement et mieux, plus avancée dans la proximité de Dieu ? A-t-elle atteint la plénitude de la vie, son plein épanouissement humain ? est-elle parvenue à la pleine transformation de son être au point d’être maintenant dans le Christ participante de la vie trinitaire à laquelle aussi toute l’humanité, par pure gratuité, est appelée ? Est-elle déjà ressuscité avec le Christ ?

Où est Marie ?

« C’est une chose d’adhérer à un dogme, c’est autre chose de la comprendre en son sens anthropologique et théologique. » Serait-elle pleinement en Dieu, Père, Fils, Esprit alors que le reste de l’humanité, en route sur la terre ou ayant déjà passé la mort souffrirait encore dans les douleurs de l’enfantement, comme on peut le lire en Rom 18,19-23. En effet, n’est-ce pas la vocation de l’humanité passée, présente et à venir, de passer dans le Christ comme sous un seul chef, de réaliser par grâce son corps à lui qui est la tête. N’est-ce pas ce travail de naissance nouvelle, cet enfantement qui dans les soubresauts du monde donne le sens de l’histoire ?

Or Marie, bien que Mère de (Christ) Jésus, toute comblée de grâce, pourrait-elle échapper à son statut de créature ? Serait-elle sortie de notre humanité, se tiendrait-elle déjà sur l’autre rive, sur la rive de Dieu ? Ou bien sa propre vie, en tout solidaire de la nature humaine, attendrait-elle, elle aussi dans un désir constant, que toute l’humanité soit passée dans le Christ pour être enfin, dans le Christ, complètement en Dieu : Père, Fils et Esprit ?

Où est Marie ?

Voilà bien la question ! Elle a son importance pour savoir ce qu’on dit en parlant de sa fête et en lui adressant notre vénération. Faut-il la voir déjà, comme puissance de Dieu capable d’intercéder et de donner des grâce ? Faut-il la considérer comme déjà sauvée mais, fleur de notre humanité, toujours en attente avec les autres hommes jusqu’à ce que le Christ soit enfin tout en tous ?

Ce qui fut défini, par le Pape Pie XII, peut-il nous éclairer ? Dans sa sobriété cette définition que veut-elle nous dire ? «  A la fin de sa destinée terrestre, la mère de Dieu, vierge sans tâche, a été prise, corps et âme, dans la gloire céleste ». Marie n’est plus des nôtre ? De ce « pâtir » qui nous caractérise, humanité errante, pourtant déjà sauvée, Marie ne serait plus une participante ?

Où est Marie ?

Ce n’est pas l’évangile qui va nous renseigner, car pour cette fête établie par l’Église comme un dogme de foi, l’Église nous donne à lire ce qui fut la rencontre, sitôt l’annonce faite, de la mère du Seigneur avec Elisabeth.

Il est intéressant alors que l’Assomption trace en notre imaginaire une courbe ascendante (ce qui n’est pas ce qu’exprime la définition dogmatique !), la liturgie du jour nous propose un trajet bien plus horizontal, bien que spirituel, d’une femme à une autre. Nous voyons donc Marie, dont la foi est féconde, venir célébrer avec une autre mère, celle du précurseur, les merveilles de Dieu. En l’une comme en l’autre Dieu a tenu promesse, leur vie à chacune d’elle est complètement changée. Celle qui porte « Dieu » dans l’enfant qui va naître fait le déplacement vers celle qui, trop vieille, se pensait délaissée puisqu’elle n’avait pas eu encore d’enfant. Marie à l’aube de sa mission nouvelle inaugure-t-elle ce qui sera constant et qui vient de la foi, un incessant déplacement ? Le Christ n’était pas d’ici, nous ne le sommes pas non plus. Venu à la recherche de ceux qui s’étaient perdus, sa mère l’a suivi, grandissant dans la foi, et l’a suivi jusqu’au bout, ici déjà jusqu’au pied de la croix... et au-delà aussi !

Quand on parle Assomption et qu’on en fait la fête, peut-être tout simplement faut-il regarder vers qui Marie s’en va et comprendre que cette fête confirme son chemin.

Il est chemin de foi

Le même pour tout le monde,

Et même aboutissement.

 

Retour haut de page

Qu'attends-tu ? 8 août 2004 - 19° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 12, 32-48 Se tenir prêts pour le retour du Seigneur (brève : 35-40)

Scrutons un peu notre cœur : qu’attendons-nous ? Ou plus directement qu’attends-tu ? Est-ce facile à préciser ? J’attends… Quoi ? C’est alors une foule de propositions qui se présentent à l’esprit. Elles se précipitent même, des plus simples au plus complexes, des plus superficielles aux plus profondes. Ne passons-nous pas notre vie à attendre ceci, cela ou le reste ? Mais des choses attendues, quelles sont les plus importantes ? Quelle est l’attente qui concerne le plus ma vie, sa réalisation, son accomplissement, son avenir ? Toutes les attentes ne peuvent avoir la même importance, aussi pour moi quelle est donc la plus importante ?

En ce moment même

dans la situation où je me trouve qu’est-ce que j’attends ?

Ne pensez-vous pas que pouvoir le définir concerne prioritairement le cours de notre vie ? Que je sois jeune ou vieux savoir ce qu’on attend donne de l’assurance, de la sérénité, de la liberté. C’est le flou qui crée le malaise, le « je ne sais pas » qui déstabilise, le sans avenir qui rend malheureux, ou aussi le trop grand nombre d’attentes pêle-mêle, qui perturbent.

Insistons un peu : qu’est-ce que j’attends vraiment ?

J’écoute : la réponse est-elle au niveau de notre vocation d’homme ? Qu’attendons-nous de nous, pour nous ? Et pour nous chrétiens, notre attente est-elle à la hauteur des promesses de Dieu ? Quelles sont nos vraies aspirations ? Nos vies sont-elles dynamiques ou médiocres, rétrécies ou largement ouvertes, préoccupées de vraies questions ou occupées par des babioles ?

J’attends, c’est sûr, mais quoi ?

Mesurons maintenant le fossé entre ce que je découvre en moi comme attente et ce que le Christ nous réserve, ce qu’il nous promet. Comprenons-nous d’abord ses paroles ? S’adressant à ses disciples il leur disait, en les invitant à la sérénité : « Sois sans crainte petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le royaume. » (Luc 12, 32) Ce que le Père donne, doit être très important, et doit nous concerner en priorité. Mais le royaume qu’est-ce que c’est ? Ce royaume promis et donné, même sans trop savoir ce qu’il est, nous fait-il vivre ? N’est-ce pas une notion bien abstraite reléguée au terme de l’Histoire ?

Est-ce que j’attends le royaume ?

Esquissons quelques essais de définition : « Depuis la résurrection du Christ et donc depuis sa victoire définitive sur la mort, (le royaume) est le commencement d’un nouvel ordre de choses qui doit s’achever par notre résurrection à tous et par l’instauration d’un règne de Dieu total et souverain » ou « Ce qui nous est promis et que nous attendons dans la certitude de l’Espérance, le royaume, c’est Dieu lui-même » ou encore « Le royaume : Le partage par toute l’humanité du règne de Dieu » Il importe que chacun se dise aussi ce qu’est ce royaume dont la réalité mérite notre attente ainsi que le déploiement de toute notre énergie. Les versets suivants confirment son importance « Vendez vos biens et donnez-les en aumônes. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, ou ni voleur n’approche ni mite ne détruit. Car où est votre trésor, là aussi sera votre cœur «  (Luc 12, 33) Traduisons : « N’ayez qu’une seule affaire en tête, la réalisation de la promesse de Dieu » La suite du passage évangélique renchérit encore à propos du royaume de sorte qu’il est impossible d’échapper à l’urgence absolue de l’attendre pour l’atteindre. « Soyez semblables à des gens qui attendent leur maître à son retour des noces pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera. » (Luc 12, 35) Qu’attendons-nous, qu’attends-tu ? Comment intégrer au quotidien cet objectif de l’attente ? Comment faire pour que le royaume soit la préoccupation primordiale ? Comment, finalement, être de vrais disciples du Christ à qui le Christ dit : « Sois sans crainte petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le royaume ! »

Goûtons-nous à cette certitude ?

Sommes-nous dans cette sérénité ?

Si ce que l’on attend conditionne la vie présente,

notre façon d’être révèle-t-elle notre attente ?

Retour haut de page

 

"Gardez-vous... !" 1er août 2004 - 18° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 12, 13-21 Parabole de l'homme qui amasse pour lui-même

La suite se trouve dans l’évangile de ce jour… Jésus vous livre sa pensée sur un sujet toujours d’actualité. Il s’agit d’héritage et même d’arbitrage. Mais Jésus refuse, vivement, d’être ce qu’on lui demande. Non il ne sera pas juge en matière d’héritage. Ne se sent-il pas compétent ? Ou bien l’argent l’agace ? Ou parce que, et c’est le plus plausible, il est préoccupé par beaucoup plus important ? En effet n’était-il pas en train de traiter bien plus grave ? Tout juste avant d’être sollicité par un homme émergeant de la foule, il encourageait ses amis à ne craindre personne qui peut tuer le corps, mais à reconnaître la grandeur de Celui qui possède la Vie et qui veut la donner. Il invitait à reconnaître Celui pour qui les hommes sont son premier souci. (Luc 12, 4-7) Il poussait ses amis à témoigner de Lui, et même au détriment de leur propre vie physique. Car croire en Lui n’est-ce pas recevoir la Vie ? Cette histoire d’héritage arrive alors en dissonance au milieu de propos infiniment plus vitaux. Mais n’est-ce pas courant de quitter bien vite la profondeur pour remonter vers la superficialité. Cet homme qui entendait Jésus parler, n’est-il pas là pour l’illustrer ? D’un côté le témoignage pour le Christ évoqué jusqu’au martyr et de l’autre une histoire d’héritage. Cet homme aurait pu dire : « Seigneur je veux te suivre » mais non ce qui lui tient à cœur c’est son argent.

L’argent !

En avoir, n’est-ce pas plus intéressant que de suivre le Christ ? Les logiques sont inverses. Le Christ dit dépouillement jusque, et y compris, dépouillement de soi. L’argent au contraire trompète amassez-moi beaucoup, laissez-vous posséder et vous serez considérés. L’appartenance à l’un exclut d’être avec l’autre. Personne n’est à l’abri de cette confusion.

L’argent !

Il nous tourne la tête, s’amuse avec nous, nous fait miroiter des monts et des merveilles. Mais qui rend-il heureux ? Tient-il ses promesses ? Il s’impose à nous et il est très malin car il sait bien qu’on a besoin de lui. On peut le critiquer, on ne peut s’en passer. Ceux qui n’en ont pas savent ce qu’il en est. Mais pourquoi certains n’en ont-ils pas ? L’argent se laisserait-il accumuler de préférence chez les uns plutôt que chez les autres et en vertu de quoi ?

« Prenez-garde dit le Christ de toute âpreté au gain »

Quel est donc le montant de ce que je possède ? Et à quoi me sert-il ? Quelle est mon attitude par rapport à l’argent ? Suis-je de ceux qui dépensent ou bien qui accumulent ? De ceux qui épargnent jusqu’au dérisoire, dont le souci premier est surtout d’épargner ou bien de ceux qui, puisqu’ils possèdent, dépensent sans compter et sans se demander pour quelle utilité ?

L’homme débouté de sa demande ne s’attendait sans doute pas à ce développement sur l’argent. Pour lui comme pour nous, la parabole qui suit remet les choses en place et situe la folie. N’y a-t-il pas deux façons de vivre : Être disciple du Christ, un critère : le dépouillement. Ou se donner à l’argent, comme à un maître puissant et qui passe pour innocent ?

Gardez-vous…!

Cette invitation ne risque-t-elle pas de rester lettre morte ?

Pourtant n’est-ce pas le plus important ?

Retour haut de page

Qui pries-tu ? 25 juillet 2004 - 17° Dimanche du temps de l'Eglise (C)

Evangile : Lc 11, 1-13 Enseignements de Jésus sur la prière

Dieu (dieu) bien sûr ! Car même si ce terme s’emploie indifféremment pour désigner une requête adressée à un semblable, il n’en reste pas moins vrai que « prier » exprime la relation de l’homme à la divinité. Chacun, d’une façon où d’une autre, expérimente ce que prier veut dire : « se tourner vers… » et faire part de notre situation à celui à qui l’on s’adresse pour qu’il y porte remède. L’homme spontanément ressent sa fragilité et en appelle à plus grand que lui. On invoque la divinité et l’on attend d’elle une protection. Si (D)dieu est (D)dieu n’est-ce pas en son pouvoir et de son devoir d’être le secours de l’homme ? N’est-ce pas là, la réalité qui habite tout homme ? Certes, certains rejettent cette façon de se situer dans la vie. Ils nient cette attitude de dépendance pour ne s’en tenir qu’aux possibilités de la nature humaine et n’attendre de secours de nul autre que de soi ou de ses semblables. Mais est-ce la démarche première de l’homme ?

L’homme n’émet-il pas spontanément une « prière » envers la divinité ?

Si ce geste est inné, ce qui paraît évident, a-t-on encore besoin de l’apprendre ? Existe-t-il trente six façons de s’adresser à « dieu » pour lui faire part de nos besoins ? Tout le monde ne saurait-il pas le faire ? N’est-ce pas d’ailleurs ce que l’on entend, que pour prier « dieu » nul besoin d’Église ? Donc que faudrait-il apprendre exactement ? Des formules, des manières de faire, des postures, des incantations, des méthodes ? Alors comment comprendre la demande de l’un des disciples de Jésus :

« Seigneur apprends-nous à prier comme Jean l’a appris à ses disciples. » ? 

(Luc 11, 1)

En effet dans la continuité de notre réflexion pourquoi cette question ? Vraiment, les disciples ne savent-ils pas prier ? Eux qui sont juifs ? Eux qui, pour certains, furent disciples de Jean ? On ne peut imaginer qu’ils n’aient jamais prié. Et l’apprentissage auprès de Jean était-il insuffisant ? Bref, voyez-vous pourquoi veulent-ils apprendre à prier de la part du Christ ? Jésus aurait-il d’autres formules à proposer, des formules plus efficaces ou de vertus plus grandes ?

L’enjeu de cette demande est-il, alors, dans la forme ou dans le fond ?

N’avons-nous pas trop tendance à penser, nous les chrétiens également, que quelle que soit notre compréhension de Dieu, cela n’a pas d’importance, pourvu que l’intention soit bonne. Nous pensons trop souvent connaître Dieu spontanément sans avoir besoin d’aller chercher plus loin, d’autant plus que cela fut souvent répété « Il » est mystère.

Mais Jésus priait-il comme Jean Baptiste ?

La question de l’un des disciples requérant pour tous d’être éduqués dans la prière, ne touche-t-elle pas à ce point essentiel de la relation à Dieu ? Lisons bien l’évangile : « Un jour Jésus priait en un certain lieu » (Luc 11, 1) On n’apprend rien du contenu de sa prière mais l’évangile répercute immédiatement la demande qui fait l’objet de note méditation. Alors de ce simple rapprochement entre Jésus en prière et la demande des disciples nous osons tirer cette proposition : Non pas seulement apprends-nous une prière mais apprends-nous à prier « QUI » tu pries !

Apprends-nous à connaître Celui que tu pries.

Et effectivement Jésus va ensuite donner l’identité de Celui avec qui il entre en relation.  Quand vous priez, priez le Père, Celui que tous doivent reconnaître pour ce qu’il est, Dieu Saint, dont le règne doit venir. Celui qui donne le pain de chaque jour, qui pardonne les péchés, qui est maître de la tentation. Prier, n’est-ce pas alors se mettre en état de connaître le Père tel que Jésus de Nazareth le connaît et tel que l’Esprit, donné lui aussi (Luc 11, 13) le révèle ? Nous sommes alors loin d’une prière spontanée adressée à une divinité évanescente. Nous sommes même loin de la prière que Jean pouvait apprendre à ses disciples.

Nous sommes dans le spécifique de la foi chrétienne.

Alors oui Seigneur apprends-nous à prier.

Car prier n’est-ce pas d’abord apprendre qui est Dieu, pour en faire l’expérience à la manière de Jésus. La réponse de Jésus n’est pas une formule à réciter. Elle est révélation de quelqu’un à trouver et à laisser exister en nous.

Alors qui pries-tu ?

Retour haut de page

 

Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation