Les commentaires 

de l'évangile du dimanche 

 

 30 décembre 2012  Sainte Famille C  Lc 2,41-52
 23 décembre 2012  4° Dimanche de l'Avent C  Lc 1, 39-45
 16 décembre 2012  3° Dimanche de l'Avent C  Lc 3,10-18
 9 décembre 2012  2° Dimanche de l'Avent C  Lc 3, 1-6
 2 décembre 2012  1° Dimanche de l'Avent C  Lc 21,25-28.34-36
 25 novembre 2012  Christ-Roi...  Jn 18, 33b-37
 18 novembre 2012  33° Dimanche T.O.  Mc 13, 24-32
 11 novembre 2012  32° Dimanche T.O.  Mc 12, 41-44
 4 novembre 2012  31° Dimanche T.O.  Mc 12, 28b-34
 28 octobre 2012  30° Dimanche T.O.  Mc 10,46b-52
 21 octobre 2012  29° Dimanche T.O.  Mc 10, 35-45
 14 octobre 2012  28° Dimanche T.O.  Mc 10, 17-30
 7 octobre 2012  27° Dimanche T.O.  Mc 10, 2-16
 30 septembre 2012  26° Dimanche T.O.  Mc 9, 38...48
 23 septembre 2012  25° Dimanche T.O.  Mc 9, 30-37
 16 septembre 2012  24° Dimanche T.O.  Mc 8, 27-35
 9 septembre 2012  23° Dimanche T.O.  Mc 7, 31-37
 2 septembre 2012  22° Dimanche T.O.  Mc 7, 1...23
 26 août 2012  21° Dimanche T.O.  Jn 6, 60-69
 19 août 2012  20° Dimanche T.O.  Jn 6, 51-58
 12 août 2012  19° Dimanche T.O.  Jn 6, 41-51
 5 août 2012  18° Dimanche T.O.  Jn 6, 24-35
 29 juillet 2012  17° Dimanche T.O.  Jn 6, 1-15
 22 juillet 2012  16° Dimanche T.O.  Mc 6, 30-34
 15 juillet 2012  15° Dimanche T.O.  Mc 6, 7-13
 8 juillet 2012  14° Dimanche T.O.  Mc 6, 1-6
 1er Juillet 2012  13° Dimanche T.O.  Marc 5, 21-43
 24 juin 2012  12° Dimanche T.O.  Luc 1, 57-66.80
 17 juin 2012  11° Dimanche T.O.  Mc 4, 26-34
 10 juin 2012  Saint-Sacrement  Mc 14, 12-16.22-26
 3 juin 2012  Dimanche de la Ste Trinité  Mt 28, 16-20
 27 mai 2012  Dimanche de la Pentecôte B  Jn 15, 26-27; 16, 12-15
 20 mai 2012  Ascension du Seigneur B  Mc 16,15-20
 13 mai 2012  6° Dimanche de Pâques  Jn 15,9-17
 6 mai 2012  5° Dimanche de Pâques  Jn 15, 1-8
 29 avril 2012  4° Dimanche de Pâques  Jn 6, 60-69
 22 avril 2012  3° Dimanche de Pâques  Lc 24, 35-48
 15 avril 2012  2° Dimanche de Pâques  Jn20, 19-31
 8 avril 2012  Jour de pâques  Jn 20, 1-9
 1er avril 2012  Dim. des Rameaux B Mc 14, 1-15, 47
 25 mars 2012  5° Dimanche de Carême B  Jn 12, 20-33
 18 mars 2012  4° Dimanche de Carême B  Jn 3,14-21
 11 mars 2012  3° Dimanche de Carême B  Jn 2, 13-25
 4 mars 2012  2° Dimanche de Carême B  Mc 9, 2-10
 26 février 2012  1° Dimanche de Carême B  Mc 1, 12-15
 19 février 2012  7° Dimanche B  Mc 2, 1-12
 12 février 2012  6° Dimanche B  Mc 1, 40-45
 05 février 2012  5° Dimanche B  Mc 1, 29-39
 29 janvier 2012  4° Dimanche B  Mc 1, 21-28
 22 janvier 2012  3° Dimanche B  Mc 1, 14-20
 15 janvier 2012  2° Dimanche B  Jn 1, 35-42
 08 janvier 2012  Dim. Épiphanie du Seigneur B  Mt 2,1-12
 01 janvier 2012  Dim. Sainte Marie, Mère de Dieu B  Lc 2, 16-21

        

 

Le Mystère de la Présence ! 30 décembre 2012 - La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph - Année C

 

Luc 2, 41-52 Lectures de ce jour

 

A l’occasion de cette fête de la Sainte Famille nous pouvons penser à la phrase de saint Jean, dans le prologue de son évangile : « Il est venu chez lui et les siens ne l'ont pas reçu ». Ou plutôt, avant tout, ils ne l’ont pas compris ! Il semble bien que le récit que nous lisons chez Luc dans le deuxième chapitre de son Évangile en soit une illustration. Car ce récit nous présente à la fois une manifestation du mystère de Jésus et de l'incompréhension de ses plus proches.

Dès maintenant

Que la famille de Jésus se soit rendue à Jérusalem pour la Pâque, rien d'étonnant. Que cela ait duré huit jours, rien d'étonnant à cela non plus : les deux fêtes réunies de la Pâque et des Azymes qui n'en faisaient déjà plus qu'une duraient effectivement huit jours. Mais c'est la suite qui est étonnante : le jeune garçon reste au Temple sans se soucier, apparemment, de prévenir ses parents. Les parents de Jésus quittent Jérusalem avec tout le groupe, comme chaque année, sans vérifier s'il est bien du voyage. Cette séparation durera trois jours, chiffre que Luc précise, bien sûr, intentionnellement. Quand ils se retrouvent tous les trois, ils ne sont pas encore sur la même longueur d'ondes : le reproche affectueux de Marie, encore tout émue de l'angoisse de ces trois jours se heurte à l'étonnement tout aussi sincère de son fils : « Comment se fait-il que vous m'ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C'est chez mon Père que je dois être ». Comme si on devrait comprendre ce que saint Jean nous dit dans sa première lettre : « Dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu ! »

Dans l'émerveillement

C’est à cette reconnaissance de la vocation de l’enfant de Dieu que nous devons prêter attention. La manifestation du mystère de Jésus réside, bien sûr, dans l'émerveillement de tous et particulièrement des docteurs de la Loi, devant la lumière qui l'habite de toute évidence. La manifestation du mystère de Jésus réside enfin en cette phrase étonnante dans la bouche de ce garçon de douze ans, accompagné de ses deux parents bien humains : « C'est chez mon Père que je dois être ». Là il s'affirme clairement comme le Fils de Dieu. Ce n’est pas juste un titre royal ; cette parole révèle le mystère de la filiation divine de Jésus. Et ce n'est pas fini : Jésus, aujourd'hui, dit : « Je suis chez mon Père ». Plus tard il dira : « Qui m'a vu a vu le Père ». Ce n'est pas compréhensible, effectivement, même pour ses parents. Jésus ose leur dire : « Ne le saviez-vous pas ? » C’est pour nous dire que même des croyants profonds et fervents sont surpris, désarçonnés par les mystères de Dieu. Ce qui est peut-être important, c’est de se mettre en route pour chercher ce jeune homme et après tout se rendre au Temple, dans le sanctuaire de la présence de Dieu. Et c’est peut-être au lieu de cette Présence que nous devons réfléchir.

Creusant la méditation

Méditer pour comprendre ! L'évangile nous suggère que Marie, elle-même, ne comprend pas tout, tout de suite. Marie retient tout et s'interroge ; elle cherche à comprendre. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements ». Après la visite des bergers à la grotte de Bethléem, nous lisions déjà : « Quant à Marie, elle retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur » (Lc 2,19). Luc nous donne là un exemple à suivre : accepter de ne pas tout comprendre, tout de suite, mais laisser se creuser en nous la méditation. Pas plus que la nôtre, la foi de Marie n'est un chemin semé de roses ! Jésus lui-même, comme tous les enfants du monde, a besoin de grandir ! Le mystère de l'Incarnation va jusque-là : « Il grandissait en sagesse, en taille et en grâce sous le regard de Dieu et des hommes ». Cela veut dire d'une part que Jésus est complètement homme, et d'autre part que Dieu a la patience de nos maturations. Enfin, peut-être que cette méditation de Marie nous révèle que la contradiction dans les paroles de Jésus n’est qu’apparente et peut-être que là aussi il y a une leçon pour nous.

« C'est chez mon Père que je dois être » veut dire une vie donnée au service des hommes, pas forcément dans l'enceinte du Temple. Pour le dire autrement, être chez le Père signifie d'abord être au service de ses enfants.

P. Édouard Shatov, a.a.

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La Visitation du Bonheur ! 23 décembre 2012 - 4° Dimanche de l'Avent - Année C

Luc 1, 39-45 Lectures de ce jour

Ce dimanche, nous sommes encore à méditer un extrait de la Parole de Dieu qui se trouve au tout début de l'évangile de Luc. Ce récit qu’on rencontre au premier chapitre de l’Évangile de Luc, nous l’appelons couramment l’évangile de la « Visitation ». Il a plutôt les apparences d'un récit de famille, mais il ne faut pas s'y tromper : en fait, Luc écrit une œuvre éminemment théologique. Il faut donner tout son poids à la phrase centrale de ce texte : « Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte ». Cela veut dire que c'est l'Esprit Saint en personne qui parle dès le début de l'Evangile pour annoncer ce qui sera la grande nouvelle de l'évangile de Luc tout entier : celui qui vient d'être conçu, c’est le « Seigneur ».

La bénédiction du Bonheur !

L’Esprit inspire à Elisabeth des paroles étonnantes : « Tu es bénie »... « Le fruit de tes entrailles est béni ». Cela veut dire que Dieu agit en toi et par toi, Marie, et qu’il agit en ton fils et par ton fils. Comme toujours l'Esprit Saint est celui qui nous permet de découvrir dans nos vies et celle des autres, tous les autres, la trace de l'œuvre de Dieu. Luc n'ignore sûrement pas non plus que la phrase d'Elisabeth « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni » reprend au moins partiellement une phrase de l'Ancien Testament qu’on trouve dans le livre de Judith (Jdt 13,18-19). Quand Judith revient de son expédition dans le camp ennemi, où elle décapite le général Holopherne, elle est accueillie au retour par Ozias qui lui dit ces paroles. Ces paroles mises dans la bouche de Marie laissent entendre qu’elle est la femme victorieuse qui assure à l'humanité la victoire définitive sur le mal et qui annonce que le fruit de ses entrailles est le Seigneur lui-même. Décidément, ce récit de Luc n'est pas seulement anecdotique !

La ferveur du Bonheur !

Elisabeth dit aussi : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? » Cette parole nous renvoie à un épisode de l'Ancien Testament : l'arrivée de l'Arche d'Alliance à Jérusalem (2 S 6, 2-11). Lorsque David se fut installé comme roi à Jérusalem, lorsqu'il eut un palais digne d’un roi d'Israël, il envisagea de faire monter l'Arche d'Alliance dans sa nouvelle capitale. Mais il était partagé entre la ferveur et la crainte. C’est aussi une étape de l'enthousiasme et de la joie : David réunit toute l'élite d'Israël, trente mille hommes. Lors de cette transportation se produisit un incident qui rappela à David qu'on ne met pas impunément la main sur Dieu. David eut peur que la puissance de Dieu surgisse de nouveau. Toutefois la joie et l’assurance du bonheur ont été plus fortes que sa peur et du coup, David s’est décidé à faire venir quand même l'Arche à Jérusalem. L'Arche du Seigneur est montée à Jérusalem accompagnée par les chants et les ovations du peuple. Au comble de la joie et de l'émotion, David lui-même dansait devant l'Arche. Décidément la joie était plus forte que toute peur !

La demeure du Bonheur !

Il semble que Luc a été heureux d'accumuler dans le récit de la Visitation les détails qui rappellent ce récit de la montée de l'Arche à Jérusalem. Les deux voyages, celui de l'Arche et celui de Marie, se déroulent dans la même région, les collines de Judée. De même que l'Arche entre dans la maison d'Obed-Edom et y apporte le bonheur, de même Marie entre dans la maison de Zacharie et d’Élisabeth et y apporte aussi le bonheur. Comme l'Arche reste trois mois dans cette maison d'Obed-Edom, Marie restera trois mois chez ses cousins. Pendant le transport de l’Arche David dansait devant l'Arche, et le texte qui rapporte cet épisode nous dit qu'il « sautait et tournoyait » ; mais le plus étonnant dans les similitudes est que Luc note que Jean-Baptiste « bondit de joie » devant Marie qui porte l'enfant. Tous les détails que Luc nous rapporte ne sont ni un hasard ni une heureuse coïncidence. L’évangéliste nous donne de contempler en Marie la nouvelle Arche d'Alliance. Or l'Arche d'Alliance était le lieu de la Présence de Dieu. Marie porte donc en elle mystérieusement, cette Présence de Dieu. La Présence de Dieu c’est l’enfant Jésus. Luc nous révèle que désormais Dieu, le bonheur de chacun de nous, habite notre humanité. Vraiment c’est une Bonne Nouvelle !

 

P. Édouard Shatov, a.a.

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L’immersion dans le Bonheur ! 16 décembre 2012 - 3° Dimanche de l'Avent - Année C

Luc 3, 10-18 Lectures de ce jour

Le texte de l’Évangile de Luc dans son troisième chapitre nous trace le chemin de la conversion. Le mot « conversion » veut dire changement de point de vue, ou changement de perspective, du regard. Et s’il y une chose qui peut changer notre regard, n’est-ce pas la recherche du bonheur et de la joie de vivre ? En fait, tous les textes de ce dimanche nous parlent de joie. C’est pour cela même que les vêtements liturgiques de ce troisième dimanche de l'Avent sont roses, en signe de joie. « Soyez dans la joie !» dit saint Paul aux Philippiens. Ce qui ne signifie pas qu’il nous faut voir la vie tout en rose. C’est sur la recherche du bonheur et de la joie que Luc nous entretient.

L’immersion dans l’humanité

Luc nous dit que ceux qui viennent vers Jean-Baptiste, ce sont les petits : la foule, le peuple et les mal-vus ce qui inclut les publicains et les soldats qui les accompagnaient probablement. Humblement, ils demandent : que devons-nous faire ? Une interpellation qu’il faut traduire dans ce contexte par qu'est-ce que se convertir ? Jean-Baptiste a une réponse simple : la conversion se mesure à notre attitude envers notre prochain. En fait, nous, comme les foules qui s'approchaient du baptême de Jean et qui lui demandaient « Que devons-nous faire ? », nous pouvons fort bien répondre à sa place qu’au fond de nous-mêmes nous devinons la réponse ! La réponse de Jean, ainsi que la réponse que nous devinons, se situe dans la droite ligne des enseignements des prophètes : pratiquer la justice, le partage, la non-violence. Jean le Baptise révèle la profondeur de l’être humain dans son attente et on peut se demander: serait-ce lui le Messie ?

L’immersion dans l’Esprit

La réponse de Jean-Baptiste est très claire. Il affirme qu’il n’est pas le Messie mais que lui, Jean, il l’annonce. Quand Luc parle d'une Bonne Nouvelle, il s'agit de celle-là : la venue du Messie. Et Jean révèle le Messie de deux manières : il est celui qui baptise dans l'Esprit Saint et celui qui vient exercer le Jugement de Dieu. Tout d’abord, le Messie est celui qui baptise dans l'Esprit Saint. On savait, depuis le prophète Joël, qu'au temps du Messie, Dieu répandrait son Esprit sur toute chair. Quand Jean-Baptiste baptise il donne au Baptême un sens, celui de la conversion et de la rémission des péchés. Mais Jean annonce lui-même qu'avec Jésus, ce sera encore tout différent : « Moi, je vous baptise avec de l'eau... Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu ». C’est cette phrase « dans l'Esprit Saint et dans le feu » qui devrait faire l'effet d'une bombe. Jean annonce que la prophétie de Joël est en train de s’accomplir et que le Messie est là et que c’est Jésus.

L’immersion dans l’accomplissement

Le Messie vient aussi exercer le Jugement de Dieu. Cet aspect-là de la vocation du Messie était très présent dans l'Ancien Testament. D'abord toute la méditation sur le roi idéal qu'on attendait pour les temps messianiques le présentait comme celui qui ferait disparaître tout le mal et ferait régner la justice. D’autre part, les chants du Serviteur, dans le deuxième livre d'Isaïe, insistaient fortement sur ce point : le Serviteur de Dieu, le Messie, déploierait le Jugement de Dieu. Très habituellement, ce Jugement de Dieu était évoqué comme une purification par le feu (nous retrouvons le mot « feu » ici) et par une opération de tri. Cette image de tri, les auditeurs de Jean-Baptiste la connaissaient très bien. Ce que nous devons nous rappeler, c’est que pour les auditeurs de Jean-Baptiste le tri est une image très positive. Ils savaient que c'est effectivement une Bonne Nouvelle, car ce tri ne supprimera personne : ce feu n'est pas un feu de destruction mais de purification. Jean veut nous dire que comme la pépite d'or est purifiée de ses scories pour être plus belle encore, ce feu nous débarrassera tous de ce qui, en chacun de nous, n'est pas conforme au royaume de justice et de paix instauré par le Messie.  

Jean-Baptiste nous invite aussi à reconnaître que l’imagination de Dieu dépasse tout ce qui est imaginable par nous et que Dieu vient parmi nous. Il nous invite à nous immerger en Jésus-Christ : pleinement humain, plein de l’Esprit Saint, et qui mène à l’accomplissement l’alliance entre Dieu et l’humanité.

P. Édouard Shatov, a.a.

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Jésus-Christ, Chemin de Libération 9 décembre 2012 - 2° Dimanche de l'Avent - Année C

Luc 3, 1-6 Lectures de ce jour

Avant de commencer notre méditation sur l’Évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent, il faut dire que Luc a des raisons qui lui sont propres pour se montrer aussi précis dans ce troisième chapitre de son Évangile, sur la date, les lieux et les personnages du décor qu'il est en train de planter.

 

Le chemin de l’Histoire

 

On peut remarquer au départ qu’il nous décrit déjà les acteurs du drame de la Passion de Jésus. C’est une manière de nous dire entre autres qu'elle se profile déjà à l'horizon. Or il s’avère que la date est très difficile à déterminer même si elle paraît être très précise, car on ne sait pas exactement à quel moment il faut commencer le décompte. Luc présente aussi des personnages politiques et il nomme des lieux. Il nomme deux provinces juives, la Galilée et la Judée, et trois provinces non-juives, situées au Nord du pays : l'Iturée, la Traconitide et l'Abilène. De la sorte  il nous suggère que le salut qui vient concerne à la fois les Juifs et les païens. Dans tout son évangile, on retrouve cette insistance très forte : le salut est ouvert à tout le monde.  Enfin Luc nomme les autorités religieuses, les grands prêtres, Anne et Caïphe. Tout cela nous dit une chose simple et complexe a la fois : Dieu entre dans l’histoire humaine et l’histoire du salut est une histoire qui se passe dans l’épaisseur de l’histoire humaine.

 

Le chemin de l’Accomplissement

 

Deuxième remarque : quand Luc écrit que « la parole de Dieu fut adressée à Jean », il utilise la même formule qui est employée dans la Bible grecque pour Jérémie (Jr 11,1) et pour Osée (Os 1,1). Luc veut nous présenter Jean-Baptiste comme un authentique prophète. Sa prédication est placée sous le patronage du prophète Isaïe. C’est une manière de dire : Jean-Baptiste est un témoin authentique, il vous ouvre les yeux sur l'accomplissement des antiques promesses. Car le grand objectif des écrits du Nouveau Testament est de révéler que Jésus est bien celui qui accomplit le projet de Dieu annoncé dans l'Ancien Testament, le projet de libération de tout esclavage et de tout exil, de notre éloignement de Dieu. Chaque auteur le fait à sa manière, avec son génie propre, mais l'objectif est toujours le même. L’annonce d'Isaïe s'adressait d'abord à ses contemporains. Il les invitait à tracer une « autoroute » en plein désert : combler les ravins, raser les collines, redresser les chemins tortueux, aplanisser la route. Isaïe insistait sur le fait que c’est Dieu qui prend la tête du cortège de notre retour triomphal vers lui. Jean-Baptiste, relisant la prophétie de son lointain père spirituel, y découvre l'annonce d'un autre chemin de libération : désormais ce ne sont plus seulement les exilés à Babylone qui sont favorisés, c'est tout homme qui verra le salut de Dieu.

 

Le chemin de l’Amour

 

En fait, il faut se mettre en chemin. Pour mieux comprendre quel est ce chemin et quelle est la vraie conversion à laquelle nous somme appelés, je vous invite à relire la lettre de saint Paul aux Philippiens. Il écrit : « Dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie et la parfaite clairvoyance qui vous feront discerner ce qui est le plus important ». Remarquons : l'amour est premier. C’est lui qui fait progresser sur le chemin de la conversion et de la connaissance : « Je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la connaissance vraie ». Quand Paul parle de connaissance, il l'entend au sens biblique. D'ailleurs, il n'emploie pas le mot habituel en grec (gnôsis), il invente un terme (epignôsis), qui dit une connaissance d'ordre supérieur à celui de l'intelligence. C’est la  connaissance de l’amour et c’est elle qui nous fait entrer en relation avec la vérité, avec Jésus-Christ, et par ce fait même avec Dieu le Père. Dans la perspective de Paul, le chrétien est l’être humain de l'attente. Il attend le Jour du Christ, c'est-à-dire le Jour du triomphe de l'Amour. Toute l'histoire humaine et toute histoire personnelle y puisent leur sens. Dans cette croissance du monde nouveau, qui ne sera plus bâti que sur l'amour, nous avons notre rôle à jouer : car l'œuvre de Dieu et l'œuvre de l'homme ne sont pas en concurrence ! Au contraire il s'agit d'une collaboration. Nous sommes invités dans notre histoire à collaborer à l’accomplissement de l’amour. Prenons la route de l’amour et faisons notre possible, même si c’est peu de chose, et Dieu fera le reste.

P. Édouard Shatov, a.a.

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Le Témoignage d’Espérance!   2 décembre 2012 - 1° Dimanche de l'Avent - Année C

Luc 21, 25-28.34-36 Lectures de ce jour

La lecture de l’Évangile de Luc, au chapitre 21, au pied de la lettre, peut nous effrayer. Et sûrement il y a de quoi ! Ce genre de texte qu’on appelle apocalyptique est pour nous très souvent synonyme d'horreur alors que la réalité est toute autre ! Le mot « apocalyptique » provient de « apocaluptô », en grec, ce qui signifie « lever le voile » ou révéler, en français.  Une révélation pour comprendre le mystère de Dieu et de l’humain.

Consoler !

 

Tout d’abord les livres apocalyptiques sont écrits en temps de détresse, généralement de guerre et d'occupation étrangère accompagnée de persécution. L’Évangile de Luc au chapitre 21 est une parole pour temps de détresse ; elle décrit des signes effrayants, langage codé pour annoncer que le monde présent passe : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles, le fracas de la mer et de la tempête, les puissances des cieux seront ébranlées ». Toutefois c’est une parole non pas pour nous effrayer mais pour nous consoler. Elle nous réconforte nous, les croyants, dans notre fidélité, et nous donne, si nécessaire face au martyre, des motifs de courage et d'espérance. Cette parole invite les croyants, donc nous aussi, à tenir bon : « Votre rédemption (traduisez votre libération) approche ». Il, nous arrive de connaître des découragements, mais notre défi consiste précisément, dans la confiance que nous devons accorder à la promesse de Dieu.

Révéler !

Deuxièmement, l’Évangile de Luc « dévoile », c'est-à-dire « lève le voile », « révèle », la face cachée de l'histoire. Il annonce la victoire finale de Dieu. L’Évangile annonce la venue du Fils de l'homme. Jésus reprend cette promesse par deux fois, et visiblement il s'attribue à lui-même ce titre de « Fils de l'homme », manière de dire qu'il prend la tête du peuple des Saints du Très-Haut, c'est-à-dire des croyants : « Alors on verra le Fils de l'homme venir dans la nuée avec une grande puissance et une grande gloire ». De ce fait, l’Évangile est tourné vers l'avenir. Malgré les apparences, il ne parle pas d'une « fin du monde », mais de la transformation du monde, de l'installation d'un monde nouveau, du « renouvellement » du monde. Quand il décrit un chamboulement cosmique, ce n'est qu'une image symbolique du renversement complet de la situation. En fait, c'est pour nous dire que « Dieu aura le dernier mot ».

Espérer !

Troisièmement, dans l'attente de ce renouvellement promis par Dieu, l’Évangile nous invite nous, les croyants, à adopter une attitude non pas d'attente passive, mais de vigilance active. Notre quotidien doit être vécu à la lumière de cette espérance. « Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête ». « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s'alourdisse... restez éveillés et priez en tout temps... » « Relever la tête », c'est bien un geste de défi, comme Jérémie nous y invitait dans la première lecture, le défi des croyants. Cette attitude d’espérance est liée d’une manière inséparable à l’attitude du témoignage. Le témoignage de la foi auquel nous invite le prophète Jérémie dans son livre quand il décrit une situation apparemment sans issue, à vues humaines. C’est le témoignage de l'amour que saint Paul évoque et affirme dans sa lettre aux Thessaloniciens : « Que le Seigneur vous donne à l'égard de tous les hommes un amour de plus en plus intense et débordant ». C’est, en effet, le témoignage de notre amour mutuel qui atteste notre espérance.

Nous sommes invités à espérer alors que tout semble s'écrouler. C’est l’invitation et presque l’ordre que Jésus donne à ses disciples : « Redressez-vous et relevez la tête... Vous serez dignes... de paraître debout devant le Fils de l'homme ». « Les hommes mourront de peur », mais vous, vous serez debout parce que vous savez que « rien, ni la vie, ni la mort... ne peut nous séparer de l'amour de Dieu révélé dans le Christ ». Ce triple témoignage : consoler, dévoiler le sens et espérer contre toute espérance, voilà bien le défi chrétien. Un programme admirable pour cet Avent qui commence !

P. Édouard Shatov, a.a.

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Jésus, une autorité fragile !   25 novembre 2012 - Le Christ, Roi de l'univers - Année B

Jean 18, 33b-37 Lectures de ce jour

 

‘Dialogue mystérieux’, voilà ce qu’on peut dire du texte de l'évangile d’aujourd'hui ! En fait, la conversation entre Jésus et Pilate est un véritable chassé-croisé de questions et réponses, de malentendus sur les mots, comme cela arrive souvent dans nos dialogues quotidiens. Jésus et Pilate ne peuvent plus s'entendre, il est trop tard ! On le sent à travers les questions et réponses de nos deux interlocuteurs. Dans cet échange de mots, Jésus se fait le défenseur d’un règne fragile, alors que Pilate, lui, se bat pour décéler la vérité dans les propos de ce curieux personnage.

 

Mystère

 

« Es-tu le roi des Juif ? » Cette question, Pilate n’était pas le premier à la lui poser. Les foules et même ses propres disciples sentaient qu’il y avait quelque chose de royal en Jésus, quelque chose de grand, de noble qui intriguait tous ceux et celles qui le rencontraient. Mais comment se fier à un pouvoir ou à une royauté qui se refuse d’appartenir à ce monde ? Décidemment, cette déclaration de Jésus, tout en ouvrant des perspectives insoupçonnées, ne pouvait qu’accentuer davantage le mystère autour de sa personne. Mystérieux, Jésus l’est aussi dans la mesure où il inaugure l’avènement d’un autre monde, différent de celui que nous connaissons, où sa royauté trouverait son plein déploiement. Cette vision est en même temps une révélation de la destinée de tout humain. Elle recèle une nouvelle dimension de l’existence humaine, laquelle permet à chacun de vivre, dans ce monde qui passe, dans la pleine liberté des enfants de Dieu. Mais comment décrire, en termes de domination et de puissance, un royaume où régner signifie en même temps faire grandir, servir et témoigner de la vérité ?

 

Témoignage

 

Mais si le mystère  persiste autour de la personne de Jésus, il nous faut peut-être chercher à le comprendre à partir de sa mission au monde et du message qu’il y apporte. Il est vrai que la symbolique du Royaume, dont Jésus se sert dans son enseignement, est par excellence un terme à connotation politique. Il faut noter toutefois que le message de Jésus n’est pas un programme politique, du fait que ni ses paroles ni ses gestes ne participent d’une stratégie de prise de pouvoir ou d’un projet gouvernemental. Le message de Jésus est fondamentalement un témoignage rendu à la vérité. D’où le rebondissement sans réponse assurée : « Qu’est-ce que la vérité ? » Pour Jésus, la vérité indique qu’aucun pouvoir, s’il veut être vrai et juste, ne peut se construire sur les mensonges. Ceci veut dire qu’une société humaine ne tient qu’en fonction d’une idéologie qui la tient, la maintient et la façonne. Mais cette idéologie elle-même, pour être respectée et respectable, se doit d’accepter de passer constamment  au crible de la vérité.

 

Adhésion

 

Ainsi, il appartient à toute société, à toute communauté digne de ce nom, d’avoir en son sein des témoins de la vérité, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui, même dans leur faiblesse, se laissent éclairer par cette vérité, sans laquelle ils ne sauraient vraiment émerger. Cependant, il importe de garder toujours à l’esprit qu’on ne possède pas la vérité, mais qu’on en témoigne. C’est donc être dans le vrai que de savoir s’effacer devant la vérité elle-même, de la désigner du doigt, tel Jean Baptiste, tout en diminuant pour la laisser croitre en nous et autour de nous. De ce point de vue, nous sommes des témoins d’une réalité qui nous dépasse. Enfin, c’est en fonction d’un tel témoignage que des gens peuvent reconnaître la vérité et, partant, y adhérer. Et cette reconnaissance et cette adhésion ne peuvent être que le résultat d’un certain cheminement dont l’horizon se trouve être l’homme Jésus, dont l’autorité se manifeste dans sa fragilité assumée.

 

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Se tourner vers l’à venir !   18 novembre 2012 - 33° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 13, 24-32 Lectures de ce jour

Le monde de ce temps est riche, en effet, en catastrophes de tous genres : bouleversements économiques et sociaux, conflits, guerres et révolutions, menaces atomiques, etc. Considéré globalement, cet ensemble disparate de malheurs suggère décidément l’idée d’un grand bouleversement en marche qui génère une forte angoisse existentielle au quotidien de notre existence. Face à cette crise de sens, il devient presqu’impossible de trouver un remède qui permette à l’humain d’intégrer son angoisse face à un avenir incertain.

 

Espérance

 

Or il n’est pas rare, en temps d’incertitude et de crise, de voir des gens s’agiter dans tous les sens. En tant que telle, l’agitation est habituellement reconnue comme un signe d’instabilité, d’impuissance, voire d’insécurité par rapport à ce qui advient. A voir vivre bon nombre de gens, les chrétiens compris, force nous est de constater que cette agitation prend beaucoup d’ascendant, si bien qu’elle s’érige tout doucement en mode de vie normale. Or, nous sommes les acteurs principaux d’une église, d’un peuple qui devrait faire émerger de ladite crise un ordre qui nous convienne le mieux et qui embelli davantage notre existence quotidienne. Mais si, emportés par la tornade, nous ne pouvons plus être des hommes et des femmes d’espérance, nous ne devons guère nous étonner d’avoir le sentiment d’être quotidiennement à la merci des événements. Il n’est donc pas surprenant que notre premier reflexe soit de nous réfugier dans des croyances fallacieuses ou de faire comme tout le monde, et contribuer ainsi au « sauve-qui-peut » général. Pour sa part, Jésus nous suggère le calme et la sérénité comme toile de fond pour meubler notre existence en temps de crises et d’incertitudes.

 

Confiance

 

En nous parlant de ce qui adviendra en ces temps, Jésus veut nous rappeler que le monde et tous ses éléments sont des réalités fugaces, et donc vouées à la déchéance et à la dégradation. Ainsi, même quand nous voyons s'assombrir le paysage du monde ou celui de notre vie, nous n’avons pas le droit de nous décourager. Au contraire, tout cela doit nous aider à relever notre tête, c’est-à-dire, à redresser notre vie, en mettant notre confiance dans la force et la puissance de Dieu. Par ailleurs, cela nous invite également à savoir surtout que malgré ses apparences de solidité, elle ne fait que passer, la figure de ce monde (cf. 1 Cor 7, 29). Cependant, cet appel est loin d’être un reniement de tout ce qui est temporaire, passagère. Le message du Christ a pour but de nous rendre capables de discerner et d’orienter nos vies vers les réalités durables, éternelles. Et, en tant que êtres de passage, c’est dans la temporalité que nous nous préparons à vivre notre éternité. Bien plus, c'est en ces moments d’incertitude que nous sentons davantage le poids de nos limites et que nous éprouvons le besoin de recourir à quelqu'un de plus fort que nous. Ainsi, les terribles événements de ce monde, au lieu de nous terroriser et de nous abattre, devrait nous inciter à lever les yeux vers le Seigneur, notre rédempteur qui vient nous sauver.

 

Conversion

 

Enfin, notre avenir est une dimension constitutive de l’histoire, mais surtout d’une histoire présente, personnelle et collective. Et cet avenir est inscrit déjà comme en germe dans le présent, dans la dialectique du déjà-là et du pas-encore. Mais si aujourd’hui, l’humain semble avoir perdu les clefs de son avenir, c’est parce qu’il se soucie beaucoup du jour et de l’heure de la venue du Christ, au lieu de se préparer à l’accueillir.  Voilà pourquoi, en replaçant notre vie dans ce qu’elle a de fragile, Jésus nous invite à la conversion. En nous convertissant, nous transposons en même temps notre destinée sur une autre échelle des valeurs, celle de l’espérance.

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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D’un cœur simple et joyeux !   11 novembre 2012 - 32° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 12, 41-44 Lectures de ce jour

Doté d’un sens d’observation bien fin, Jésus aimait bien s’enquérir des mobiles qui orientaient l’agir de ses contemporains. Après avoir fustigé l’hypocrisie des pharisiens impressionnistes, on le voit assis en face de la salle du trésor, observant attentivement ceux et celles qui viennent déposer leur offrande dans le tronc. Il faut noter en passant que le temps de l’offrande est, aujourd’hui encore, l’occasion propice pour certains de mettre en valeur leur personne et d’exhiber leur fortune.

 

Vaine gloire

 

En effet, on sait que l’humain est naturellement un être sensible à ce qu’il est, à ce que d’autres pensent et disent de lui. Bien plus, il aime à être considéré, respecté, honoré, voire glorifié. Parfois, ses gestes et nombres de ses attitudes ne visent que la reconnaissance et l’approbation des autres. Or ce style de vie, loin de l’épanouir, le plonge facilement dans l’hypocrisie, l’obligeant ainsi à mener une vie de façade. C’est justement à cette attitude que Jésus veut s’attaquer en parlant des scribes. Le fait de voir les gens riches mettre des grosses sommes dans le tronc n’impressionne pas Jésus. Son regard de vérité va droit au cœur des choses et non à leur superficie. Quant à son cœur, il trouve son matin et sa fraîcheur dans les petites choses, simples et insignifiantes aux yeux de tous, parfois imperceptibles et apparemment insignifiantes. C’est cette vision des choses qui lui permet de voir, dans le geste de la veuve, l’expression d’une générosité véritablement légendaire. Car en offrant tout ce qu’elle avait pour vivre, c’est sa propre personne qu’elle a offerte.

 

Générosité

 

Ceci dit, donner en s’oubliant soi-même n’est pas simple. Car, décidément, pour Jésus, il est manifeste que le don, le partage, la charité supposent avant tout un esprit de sacrifice, de privation, et donc une décision d'ordre intérieur engageant la générosité du cœur. Et cela apparaît clairement dans l’authentique générosité de la veuve, qui, bien entendu, se situe bien au-delà des apparences. Car, lorsqu’elle le pose, son geste traduit un réel sacrifice, une vraie privation de l’essentiel, bien différent du superflu que donne le riche. Bien plus, elle le fait d’un cœur simple et joyeux. Dans sa grande pauvreté elle comprend, mieux que les riches, la détresse et la misère de ses frères et sœurs pauvres. Sa compassion la conduit à se priver de son nécessaire pour soulager, tant soit peu, la souffrance de son prochain. Elle se dépouille elle-même en se privant pour soulager l’indigent qui n’en peut plus… Ce faisant, c’est sa propre vie qu’elle met en danger. Mais si le geste osé de la veuve de Sarepta à l’égard du prophète Elie lui a épargné la mort imminente (1 Rois 17,10-16), la générosité de la pauvre veuve de l’évangile présage le sacrifice ultime du Christ qui nous a valu le salut.

 

A nous de choisir

 

En définitive, notons que de tout temps l'œuvre de Dieu a progressé grâce aux offrandes volontaires des hommes et des femmes de bonne volonté. L’évangile de ce jour nous invite à faire preuve de générosité. Etre généreux, donner sans réserve c’est un chemin accessible à tous et toutes, sur lequel nous nous recevons parfois bien plus que nous donnons. Pourtant, notre vie bascule toujours entre le désir de tout donner et celui de nous réserver la part du lion. A nous de choisir s’il nous faut rester dans la logique du superflu, ou s’il nous faut suivre le Christ dans la logique du don total de soi, avec la pauvre veuve, qui a donné tout ce qu'elle avait pour vivre.

 

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Un Royaume si près, si loin de nous !   4 novembre 2012 - 31° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 12, 28b-34 Lectures de ce jour

Bien chers frères et sœurs,

L’humain est un être en chemin, toujours en quête de son bien-être, de sa propre réalisation, de l’essentiel. Cette mise en route c’est bien entendu l’image de la vie, et plus particulièrement de la vie chrétienne, pèlerinage vers la Cité céleste. Et pour réussir sa quête, l’humain a toujours voulu s’octroyer les meilleurs moyens possibles lui permettant d’oser grand et de viser toujours haut. Et c’est ce que nous percevons dans la démarche de notre scribe. Cet homme en quête de vérité et vivant déjà une réelle proximité avec Dieu à travers le strict respect des commandements, veut en savoir plus sur leur hiérarchie de valeur.

 

Ouverture

 

En lui répondant, Jésus prend soin de donner une précision de l’ordre, non pas seulement de la préséance, mais surtout de l’importance. En effet, pour Jésus, l’option fondamentale de la vie de l’humain, c’est d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force. Mais cet amour focalisé sur Dieu seul ne dit pas tout sur Lui, car Dieu est ouverture et don pour l’humain. Voilà pourquoi Jésus fusionne amour de Dieu et amour du prochain pour donner toute sa consistance à cet amour.

Pour Jésus donc, aimer Dieu qu’on ne voit pas, c’est avant tout aimer son prochain, crée à son image et à sa ressemblance. Ceci conduit l’humain à vivre en syntonie avec toute la création, œuvre de l’immense amour de Dieu. Vécue de cette manière, cet amour devient le chemin du vrai bonheur, le tremplin de la vie parfaite, la manifestation du règne de Dieu. Emerveillé par la réponse de Jésus, le scribe, en vrai disciple, reprend les paroles de son Maître, pour en souligner la densité. Ce qui enchante Jésus.

 

Chemin d’espérance

 

Mais convaincu qu’une telle reprise n’est qu’une répétition passagère de ses paroles, Jésus lui fait tout simplement savoir qu’il n’est pas loin du Royaume. Quel paradoxe ! On s’attendrait à ce que Jésus lui dise : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton Maître ! » Mais non ! Pour Jésus, cet homme n’est pas loin du Royaume, c’est-à-dire qu’il a encore du chemin à faire, d’autant plus qu’il y a un énorme écart entre cette vérité qu’il proclame de tout son cœur, de toute son intelligence, et la réalité de son vécu quotidien.

Ce dialogue entre Jésus et le scribe dépeint de façon réaliste le vécu quotidien de l’humain de tous les temps à la recherche de la cohérence de son existence croyante. Car il ne suffit pas, pour arriver à destination, d’observer scrupuleusement la loi. Ce faisant, Jésus veut orienter notre regard plus loin, bien au-delà de tout ce qui, sur notre chemin, n’est que pure apparence. « Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu », c’est aussi un appel à l'espérance, à la patience d'une découverte, à la perspective d'un chemin que l'on n'a pas fini de parcourir.

 

Appel

 

En définitive, l’évangéliste Marc note que personne n’osait plus l’interroger. Et pourquoi ? Sans doute, parce que tout était si bien dit. Il fallait alors se mettre au travail. Oui, les choses étaient tellement bien dites qu’il ne restait plus qu’à les recevoir, sans plus, et à s’exécuter. C’est ce qui nous reste à faire, car l’amour (de Dieu et du prochain) dit tout. Il nous dit ce qu’est Dieu et ce qu’est l’humain. Que cet amour de Dieu, versé en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné (Rm 5,5), inonde notre existence et la transforme !

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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La foi qui restaure tout !   28 octobre 2012 - 30° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 10, 46b-52 Lectures de ce jour

Ce texte de l’Évangile de Marc au chapitre 10 s'inscrit juste après ceux des dimanches précédents, c'est-à-dire dans la dernière montée de Jésus vers Jérusalem.

L’appel au secours

Jésus a annoncé pour la troisième fois à ses disciples sa passion, sa mort et sa résurrection. Jésus et ses disciples quittent Jéricho, suivis par toute une foule, nous dit Marc. Ils entament la dernière étape avant Jérusalem. Et voilà que Bartimée, le mendiant aveugle se met à crier : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi ! » Marc précise que beaucoup cherchent à le faire taire : effectivement, par les temps qui courent, les disciples et l'entourage de Jésus se passeraient de cette publicité. Mais rien ne fait taire les appels au secours de Bartimée : « Il criait de plus belle Fils de David, aie pitié de moi ! » On ne peut pas savoir ce que recouvre exactement sa demande « aie pitié de moi ». Car on employait la même expression que ce soit pour mendier ou pour prier. Tant il est vrai que nos prières sont bien des demandes d'aumône que nous adressons à Dieu. Jésus l'entend et dit : « Appelez-le ». Jésus, lui, c'est clair, a décidé de ne pas prendre de précautions. Cette fois, au lieu de rabrouer Bartimée, les proches de Jésus l'encouragent : « Confiance, lève-toi ; il t'appelle ». Est-ce cela qui décuple l'audace de Bartimée ? Cette fois, sa demande à Jésus est sans ambiguïté : « Rabbouni, que je voie ! » Immédiatement, sans faire un geste, Jésus lui répond : « Va, ta foi t'a sauvé ». Et aussitôt l'aveugle se mit à voir.

La foi qui ne trompe pas

Jésus fait ici à ses disciples une leçon sur la foi : « Ayez foi en Dieu ». La guérison miraculeuse d'un aveugle à ce moment précis résonne donc certainement comme une révélation de l'identité véritable de Jésus. Un aveugle, le premier, sait ouvrir les yeux et appelle Jésus « Fils de David » (l'un des titres du Messie). Nous pourrons voir que cette guérison est suivie aussitôt de l'entrée triomphale à Jérusalem, où Jésus est acclamé comme le Messie : « Béni soit celui qui vient au Nom du Seigneur. Béni soit le règne qui vient, le règne de David notre père ».  Nous sommes invités ici à faire le rapprochement avec l'annonce de Jérémie que nous avons entendue : « Le SEIGNEUR sauve son peuple, le reste d'Israël... Il y a même parmi eux l'aveugle et le boiteux » (Jr 31). D'autant plus que, à l'époque de Jésus, cette prophétie de Jérémie était considérée comme une annonce du Messie. Chose étonnante, Jésus ne cherche pas à garder secret ce dernier miracle. Aux portes de Jérusalem, Jésus accepte d'être reconnu pour ce qu'il est, le Messie, le fils de David. C'est la première fois que ce titre apparaît dans l'évangile de Marc. Car, désormais, les choses sont claires : Jésus lui-même s'est reconnu comme le Messie en se disant « Fils de l'homme » mais il a aussitôt précisé que ce serait à la manière d'un serviteur et non d'un maître. Cette guérison vient confirmer que Jésus est bien le Messie attendu.

Un appel à espérer contre toute espérance

Le texte de Jérémie que nous venons d'entendre est écrit pour lutter contre le désespoir de ses compatriotes. Il annonce le grand retour des exilés. Bartimée est manifestation de ce retour. Nous devons comprendre qu’aucun aveuglement ne peut empêcher l’être humain à revenir à Dieu son Père. Jésus est la manifestation et la réalisation de ce retour et de la guérison de la blessure humaine par le péché. La paternité de Dieu, qui restaure l’être humain en Jésus, est affirmée très clairement : « Je suis un père pour Israël, Ephraïm est mon fils aîné ». Cette manière de parler de Dieu est récente. On souligne la sollicitude de Dieu pour son peuple. Quand on parle de Dieu en Israël on affirme qu’Il est le Tout-Autre, et sa paternité est d'un autre ordre. Bartimée ose croire qu’en Jésus cette attente devient la réalité manifestée à chaque être humain. Marc précise que l'aveugle s'est levé d'un bond pour venir près de Jésus. Lui, l'humble, s'est, le premier, réjoui dans le Seigneur. Le pauvre, le mendiant, a exulté à cause du Saint d'Israël et est entré à sa suite dans Jérusalem. Il est entré dans son épreuve, mais aussi dans la joie de sa gloire. C’est l’invitation qui est adressée à chacun d’entre nous.

P. Édouard Shatov, a.a.

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Le chemin du Service et de la Liberté !   21 octobre 2012 - 29° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 10, 17-30 Lectures de ce jour

Un passage de l’Évangile de Marc au chapitre 10 met en lumière l’œuvre de la libération opérée par Dieu. « Etre libre » – voilà le rêve éternel de l’être humain. Alors : est ce que ce rêve est pleinement réalisable ?

 

La soif de la libération

 

A l’époque de Jésus, et dans le cercle de ses disciples, tout le monde attendait une libération. De l'occupant romain d'abord, c'est certain, et le malentendu a duré longtemps pour quelques-uns d'entre eux, y compris Judas, probablement. Plus profondément, des croyants attendaient la libération définitive de l'humanité de tout le mal qui la ronge : le mal d'ordre physique, moral, spirituel. Et ils entendaient Jésus leur dire : « Je dois consacrer ma vie à cette œuvre divine de libération de l'humanité ». Toutefois Jésus leur dit aussi que cette œuvre de libération de l'humanité passe par la conversion du cœur de l'homme. Cela va lui coûter la vie, il le sait. Il vient, pour la troisième fois de leur annoncer sa passion, sa mort et sa résurrection. Cette annonce ne fait que confirmer les craintes des disciples. Curieusement Jacques et Jean, les fils de Zébédée, préfèrent ne retenir que la fin du discours de Jésus et ils lui demandent de les rassurer : « Nous qui allons affronter Jérusalem avec toi, dis-nous qu'ensuite, nous aurons part à ta gloire ».

 

Le pas de l’engagement

 

Quand Jésus répond, il leur fait comprendre qu’il ne peut pas éviter le chemin de souffrance et de mort sur lequel les hommes l'entraînent et il leur pose la question si eux, les disciples, sont prêts à s’engager sur ce même chemin. La dernière phrase de Jésus est très curieuse, si on y réfléchit : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi ». D’après le prophète Daniel le Fils de l'homme devait être sacré roi de toute l'humanité. Curieux portrait de roi que ce roi à genoux devant l'humanité au lieu d'être assis sur un trône au-dessus des autres. Jésus se présente non comme un roi triomphant mais comme le serviteur d'Isaïe dont nous lisions le portrait en première lecture : « Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie ». Isaïe disait « Par lui s'accomplira la volonté du SEIGNEUR », c'est-à-dire le salut de l'humanité. C’est-à-dire par la non-violence, le pardon, le service, l'humilité qui sont les seuls moyens de changer le cœur de l'homme. Alors on comprend la phrase de Jésus : « Les chefs des nations païennes commandent en maîtres... Il ne doit pas en être ainsi parmi vous. Vous, mes disciples, qui êtes le noyau et le ferment de l'humanité nouvelle, soyez à l'image du Fils de l'homme, faites-vous serviteurs ».

 

L’épreuve de la souffrance

 

Ce service est assez souvent une œuvre difficile, incomprise. On peut même être persécuté par les autres ou éprouver de la souffrance physique ou moral. L’amour et la sollicitude pour les autres ce sont les dons de Dieu et ce sont des dons gratuits, parce que la gratuité est la définition même du don. Mais en même temps c’est un don qui coûte beaucoup. Le message d'Isaïe, que nous lisons aussi aujourd’hui, nous dit que, premièrement, dans notre souffrance, Dieu est à côté de nous ; deuxièmement, nous pouvons donner un sens à cette souffrance ; troisièmement, nous pouvons contribuer à l'œuvre de Dieu. Isaïe dit à ses contemporains et à nous aussi : « Cette souffrance que les hommes vous ont infligée, vous pouvez en faire un moyen de salut pour eux. Dieu accepte, agrée votre attitude intérieure d'offrande comme un sacrifice et il pardonne à tous, y compris à vos bourreaux. Si vous vivez la persécution dans un esprit d'offrande, d'amour et de confiance en Dieu, elle deviendra un moyen de salut, car Dieu agrée votre attitude comme une offrande pour le salut du monde. Une attitude difficile à accepter ! » C’est par le pardon du Serviteur de Dieu, donc nous parle Isaïe, que s’accompliront le salut, la délivrance, la vraie liberté de l’homme. A partir de ce pardon accordé par Dieu, tous les pécheurs, délivrés de leur culpabilité, peuvent entamer une nouvelle vie. Ce que dit Isaïe, c'est que le salut des bourreaux est dans les mains de leurs victimes. Car seul le pardon accordé par la victime peut convertir le bourreau. L’être humain vraiment peut être libre.
 

P. Édouard Shatov, a.a.

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La Sagesse du Don !   14 octobre 2012 - 28° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 10, 17-30 Lectures de ce jour

Les lectures de ce dimanche, dont l’Évangile de Marc au chapitre 10 en particulier, nous posent une question toute simple mais tellement essentielle : « Que dois-je faire... pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Quelle sagesse faut-il avoir pour ne pas seulement vivre d’une manière digne cette vie limitée que nous connaissons mais pour entrer dans la vie en plénitude, la vie éternelle ?

Acquisition de la justesse

Jésus, dans un premier temps, répond sur le même registre : pour avoir droit à la vie éternelle, voici ce qu'il faut faire : observer les commandements : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne tromperas pas, tu ne feras de tort à personne, tu honoreras ton père et ta mère ». Et l'homme répond à Jésus, peut-être avec un peu de suffisance : « Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse ». Il attend sans doute le brevet de bonne conduite, qu'il mérite d'ailleurs, si réellement il pratique tous ces commandements depuis sa jeunesse, comme il le dit. On pourrait même penser que la vie n’est juste qu’un test où le croyant s’engage à observer des règles qui donnent droit au bonheur. Mais Jésus n'est pas qu’un maître de doctrine, il ne se contente pas de dire ce qu'il faut faire pour être en règle. Les commandements sont une étape, ils ne sont qu'une étape. Cet homme vient de croiser la chance de sa vie : Jésus l'aime et l'appelle à le suivre. En disant cela, Jésus lui révèle que la vie éternelle n'est pas une récompense pour demain, elle est la vie avec lui, tout de suite et pour toujours. Le projet de Dieu de tout réunir en Christ, cet homme est invité à y participer, l'un des premiers.

Le choix de la liberté

Cette proposition de Jésus met le doigt sur ce qui constitue le défi pour cet homme, pour tout être humain. Pour obtenir la vie éternelle, suivre Jésus et s'intégrer au groupe de ses disciples nous sommes invités à exercer notre liberté : « Une seule chose te manque, va, vends tout ce que tu as ». Mais cet homme, tel un drogué dépendant des besoins qu’il s’est créé, saisit que ses richesses le retiennent, qu’il est ficelé, non pas à ses désirs de vie éternelle, mais à ses richesses, à ses succès, à ce qui le possède. Il s'en va tout triste, et sa tristesse résonne comme un aveu. Jésus ne peut que constater : « Il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu ». Jésus qui n'a pas une pierre où reposer sa tête doit admettre que les hommes préfèrent leurs comptes en banque à l'amour qu'il leur propose. Pendant ce temps, Marc nous dit bien que les disciples sont déconcertés, stupéfaits. Traditionnellement, les richesses étaient considérées comme un cadeau de Dieu, comme des bénédictions, comme des fruits que récoltent les gens vertueux. Mais Jésus insiste : « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu ». Jésus veut nous alerter que, trop souvent, ce sont nos richesses qui nous possèdent et non pas le contraire. Nous sommes invités à utiliser les choses au service de l’amour et du bien et non pas à être possédés par nos possessions.

Le don à recevoir

Tout cela nous renvoie la question : « Mais alors, qui peut être libre ? Qui peut être sauvé ? » La réponse de Jésus ne les a peut-être pas rassurés tout de suite ! « Pour les hommes, c'est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu ». Jésus ne décourage quiconque. Il vise seulement à une prise de conscience. Il met les choses à leur place. A Dieu, tout est possible ; Dieu a tous les moyens de nous sauver. Lui seul peut et veut nous libérer. On doit prendre conscience qu’il faut arrêter la logique « de gagner son salut ». Nous sommes invités à accueillir le salut que Dieu donnera. Jésus nous propose un renversement de perspective : le salut ne se mérite pas : il se reçoit dans l'action de grâce. Mais pour cela il faut être libre, il faut savoir quitter tout ce qui nous entrave. Les disciples, eux aussi, étaient dans la logique du mérite : « Nous qui avons tout quitté » (sous-entendu nous avons bien mérité quelque chose). En fait de récompense, Jésus les met en garde et surtout, il leur promet bien plus qu'ils n'auront jamais sacrifié : le centuple de tout. Il leur apprend que seul le don produit le fruit de la joie et de la vie. Jésus leur promet également la vie éternelle, mais comme un don, non pas comme une récompense.

P. Édouard Shatov, a.a.

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Mystère de l’Accomplissement !   7 octobre 2012 - 27° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 10, 2-16 Lectures de ce jour

Après avoir réfléchi sur notre vocation de collaborateurs de Dieu, voici que l’Évangile de Marc au chapitre 10 nous invite à méditer les modalités d’une telle relation. Il faut comprendre que le sujet du divorce, qui faisait et encore fait parler aujourd’hui, est le révélateur de notre perception de toute relation humaine.

Au commencement

Pour répondre à la question des Pharisiens : « Est-il permis à un homme de répudier sa femme ? » Jésus ne donne pas directement de réponse. Il aide ses interlocuteurs à chercher eux-mêmes les éléments de la ou d’une réponse. Sa référence majeure pour décrire la relation de l’homme et de la femme se trouve dans le livre de la Genèse. N'oublions pas que le livre de la Genèse dans le passage que cite Jésus ne parle pas d'un homme ou d'une femme en particulier. La Genèse parle de l'humanité en général dans laquelle hommes et femmes sont indissociables. Un verset que nous avons entendu en première lecture l’exprimait clairement : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ». Cela ne veut pas dire : « Il n'est pas bon pour un homme de rester célibataire », mais que l'humanité n'est complète que dans sa dualité, hommes et femmes. Car c'est seulement dans cette relation de dialogue faite à la fois de distance et de profonde intimité que l'humanité réalise sa vocation d'être image de Dieu.

Quand une pratique existe

C’est à partir de ce point de vue que la pratique du divorce que Jésus connaît bien devient une pratique douteuse. En se référant à la Loi, Jésus reconnaît bien que Moïse n'a rien prescrit du tout sur ce chapitre. Les lois données au Sinaï ne parlent pas de divorce, et pas une seule fois dans l'Ancien Testament, on ne trouve ce qu'on pourrait appeler un code du mariage incluant les conditions à respecter en cas de divorce. La seule chose qu'on peut trouver, et c'est cela que les Pharisiens ont en tête, c'est un passage du livre du Deutéronome (Dt 24, 1) qui reconnaît implicitement que le divorce existe puisqu'il interdit à un homme divorcé de reprendre ultérieurement son épouse, si elle-même entre temps a appartenu à un autre homme. Mais dans cette phrase il n'y a ni prescription, ni permission, ni conditions du divorce, mais seulement le constat d'une situation malheureuse. Le divorce existait bel et bien et la coutume de l'acte de répudiation s'était établie, mais peut-être est-il là le piège tendu par les Pharisiens ?

Vers un horizon nouveau

La réponse de Jésus est d’un tout autre ordre. Jésus la cherche sur un tout autre terrain ! Jésus se réfère au projet de Dieu : « Au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme ». Le mot « commencement » dans la Bible ne veut pas dire un début chronologique, il veut dire plutôt le projet originel, non pas ce qui commence mais ce qui commande la suite, ce dont tout découle. Cette phrase que Jésus cite fait partie du premier récit de création, un récit que tout le monde autour de lui connaissait par cœur. Tous ses interlocuteurs pouvaient compléter le verset entier : « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa ; homme et femme il les créa ». La vraie destinée du couple, c'est d'être l'image de Dieu. Et, aussitôt, Jésus ajoute une deuxième référence prise, celle-ci veut dire, si le couple humain est l'image de Dieu, il est indivisible, indissoluble. Jésus en tire donc la conclusion logique : « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas », c'est-à-dire : « Ce que Dieu a conçu dans l'unité, que l'homme ne le divise pas ».

On est là au cœur du mystère du projet de Dieu : c'est autrement plus élevé qu'une question de propriétaires, comme celle des Pharisiens : puis-je la répudier ? La femme est alors traitée comme un objet qu'on prend et qu'on peut tout aussi bien jeter. L'homme et la femme créés à l'image de Dieu sont des personnes libres qui ne sont propriété de personne, dès lors la dignité est inatteignable. N’est-ce pas une invitation à considérer nos relations humaines d’une manière nouvelle ?

Édouard Shatov, a.a.

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Agir au nom de Jésus !   30 septembre 2012 - 26° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 9, 38..48 Lectures de ce jour

« Au nom de Jésus ! » L’expression est très en vogue aujourd’hui. En effet, beaucoup se déclarent du Christ et sont ainsi convaincus d’agir en son nom. En général, ce sont des groupes, des églises, des communautés, des associations œuvrant au nom du Christ. Mais lorsqu’on les voit vivre, on constate très souvent qu’ils n’agissent pas toujours au nom de ce Christ dont ils se réclament, mais au nom du groupe ou d'une idéologie que ledit groupe défend.

Jalousie

Dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est bien du groupe de Jean qu’il s’agit. En fait, lorsque Jean parle, il utilise un « nous », c’est-à-dire ce groupe de disciples réunis autour de Jésus. Mais dans le message qu’il passe à Jésus, on sent tout de suite qu’il s’agit d’un groupe jaloux, qui se considère comme propriétaire exclusif de la personne et des pouvoirs de Jésus. En réaction au message de Jean, Jésus réagit vigoureusement en lui faisant comprendre que sa mission, son action et son énergie débordent largement les limites des cercles d’influence qui se forment en son nom.

Et c’est cela la vérité, car aucun groupe, si unit soit-il, ne peut prétendre ‘posséder’ le Christ. Et on voit bien que ce qui est en cause dans l’allégation de Jean c’est surtout le rapport de force du groupe face à quelqu’un qui pourtant est honnête. Certes, il utilise la recette de Jésus, mais il l’avoue tout de même, du fait qu’il l’utilise pour la bonne cause, c’est-à-dire celle-là même que le Christ défend. Alors où est le mal ? Pourquoi s’en prendre à quelqu’un qui se permet d’afficher ouvertement sa référence ? ‘Il ne faut pas l'en empêcher’, dit Jésus, car il n’est pas notre opposant, encore moins, un plagiaire.

Tout pour sa gloire

Et Jésus va encore plus loin. Il ne se considère même pas comme étant le propriétaire de son propre nom. Il ne s'en réserve pas l'usage. Ce n'est pas qu'il le délègue, comme lorsqu'il envoie ses disciples là où lui-même devait partir. Simplement, il reconnaît qu’à son nom, tout genou doit fléchir, dans les cieux, sur la terre et sous la terre et que toute langue doit confesser qu’Il est Seigneur à la gloire de Dieu le Père (cf. Ph 2, 10-11). Voilà pourquoi  Il ne voit pas de raison d'interdire à quelqu’un l'usage de son Nom.

C’est dire que pour Jésus, exercer une énergie pour libérer les gens des maux qui les taraudent n’est pas du tout contraire à l’esprit de l'évangile. Cette considération, tout en élargissant l’horizon de notre réalisation, met surtout en relief la visée fondamentale de tout l’agir chrétien : Jésus-Christ, qui devrait être la source et l’achèvement de toutes nos entreprises: « Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au Nom de notre Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père (Col 3, 17).

Scandale ?

Finalement, comme à son habitude, Jésus saisi le ballon au bond pour ‘enseigner’ ses disciples. Et curieusement, son enseignement tourne autour du scandale, parce que justement, c’est un scandale de voir le mal partout ; de se croire propriétaire exclusif du Christ ou de penser que ‘ça ne prend que nous’ pour que tout aille bien. Et c’est cela le véritable drame de la vie chrétienne aujourd’hui. Mais si le nom de Jésus Christ se trouve être la toile de fond de tout ce que nous faisons, il nous sera alors possible d’éviter le scandale. Que le Christ réveille notre audace et notre enthousiasme, afin que renouvelés par sa parole, nous puissions toujours agir en son nom et pour sa plus grande gloire. 

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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La folie des grandeurs…  23 septembre 2012 - 25° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 9, 30-37 Lectures de ce jour

 

C’est souvent dans des conversations intimes que des amis se font des confidences. Pour sa part, Jésus profitait souvent des occasions d’une plus grande intimité pour révéler à ses disciples certaines choses essentielles touchant directement à sa vie et à sa mission. Et c’est pour la deuxième fois que Jésus annonce sa fin cruelle, alors qu’il est en chemin vers Jérusalem, la ville qui tue les prophètes. On est frappé par la brièveté de son message et l’émoi qu’il jette dans le cœur de ses disciples.

 

Épreuve

 

Mais apparemment, les disciples n’y comprennent pas grand-chose. Ils sont plutôt préoccupés par autre chose. C’est que pendant que Jésus est occupé à les préparer pour accueillir avec courage et foi l’épreuve qui approche, les disciples, se préoccupent à s’assurer leur grandeur et primauté. Alors que Jésus pense à la croix inévitable et aux souffrances à venir, les disciples eux, sont préoccupés par les questions de préséance, de hiérarchie. Voilà qui explique leur peur, ou mieux, leur honte à pouvoir lui dire ce de quoi ils discutaient en cours de route. Comment est-ce possible ? Probablement parce que l’idée d’un Messie qui devra mourir ne les enchante pas. Et cela crée déjà une distance entre les disciples et leur Maître. Comme à son habitue, Jésus profitera de cette aubaine pour les rappeler à la raison. On sait que Jésus a toujours été critique par rapport l’ordre des choses. Pour lui, les premiers seront les derniers ; qui s’élève sera abaissé ; les plus comblés s’embauchent pour du pain ; qui garde sa vie la perd ; le plus grand devient le dernier et le serviteur de tous…

 

Grandeur

 

Devenir grand, c’est le rêve inné de tout humain et personne ne doit être blâmé à cause de ses ambitions. Personne d’entre nous n’aspire à la petitesse, encore moins à la bassesse. Il faut s’élever, grandir, émerger, être honoré et glorifié. Mais grandir ne va pas, d’une part, sans effort et sans sacrifice. D’autre part, il ne va pas sans désir de changement, de conversion. Par ailleurs, grandir implique toujours une idée de croissance et d’aspiration à la maturité. Ainsi, pour Jésus, l’enjeu n’est pas de freiner nos ambitions, de nous couper les ailes, ou encore de stopper notre enthousiasme à vouloir nous réaliser. Par contre, Il veut nous éveiller à autre chose. Il veut que nous puissions mener une existence riche et nous ouvre ainsi la voie de la réussite personnelle et communautaire : « Soyez unis les uns aux autres par l'affection fraternelle, rivaliser de respect les uns pour les autres » (Rm 12, 10). C’est un appel à bannir de nos vies conflits, complexes, hypocrisies, rivalités pour nous intéresser les uns aux autres dans une vraie fraternité dans l’humilité et la considération de l’autre.

 

Humilité

 

Enfin, disciples de Jésus, nous vivons dans un monde qui, faute d’imiter son Maître, perd progressivement sa jeunesse et sa candeur. Et tant que nous aurons honte de reconnaître nos faiblesses et de sentir, comme un enfant, que nous avons besoin des autres pour nous réaliser, nous vivrons toujours en marge de la dignité des enfants de Dieu. Jésus est venu nous éveiller à l’audace d’affirmer qu’il n’est pas possible de former un Corps si nous n’apprenons pas à pratiquer l’humilité quotidienne qui commence par le respect et qui doit parfois aller jusqu’au pardon. Cela demeure pour nous tous une exigence très actuelle.

 

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Qui est Jésus pour toi ?         16 septembre 2012 - 24° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 8, 27-35 Lectures de ce jour

 

Il est parfois facile de juger sans connaître, de supposer sans savoir. Et cela nous arrive souvent. Jésus-Christ connaissait bien ses disciples. Mais ceux-ci ne le connaissaient pas assez. Voilà pourquoi aujourd’hui il se décide de les interroger pour s’enquérir de leur niveau de connaissance de sa personne. Après s’être fait une idée de ce que les gens (de l’extérieur) disent de lui, Jésus se tourne alors vers ceux qui partagent sa vie intime, son quotidien. Etonnant de voir que même ceux-ci ont du mal à dire ce qu’il est vraiment.

Savoir et connaître

Ainsi, Pierre, dont on connaît bien la propension à prendre le premier la parole en pareilles circonstances, tente de sauver la situation. Mais Jésus, qui savait bien ce qui allait lui arriver par la suite, précisera d’avance qu’il s’agit là d’une révélation divine faite à Pierre (Mt 16, 13). Oui, une révélation divine car Pierre démontrera par la suite qu’il ne connaît pas encore Jésus-Christ. En fait, Pierre croyait encore à un messie triomphant, puissant et invincible, alors que le fils de l’homme, lui, se veut un Messie crucifié, scandale pour les juifs, folie pour les païens… (I Cor 1, 23).

Il y a une grande différence entre savoir quelque chose de Christ et connaître Christ. Ceci nous fait comprendre qu’il est trop tôt de proclamer que Jésus est le Messie si on n’a pas encore eu le temps de le connaître, d’apprendre de lui. Il faut avant tout faire preuve d’assez d’humilité pour « se laisser instruire par le Christ » (cf. 1ère lecture). Ce préalable est important dans la mesure où il fait faire au disciple du Christ une expérience personnelle de Celui-ci. En fait, si sa parole ne nourrit pas notre quotidien, si nos oreilles se ferment à ses dires et aux motions de l’Esprit, il nous sera difficile de proclamer son message de vie.

Itinéraire

C’est ce qu’en d’autres mots, Saint Jacques veut nous dire dans la 2ème lecture de ce jour. En fait, avoir la foi c’est une chose, mais incarner sa foi dans une action, en est une autre. La foi, en tant qu’adhésion au Christ, nous configure à sa personne. En ce sens, elle n’est pas quelque chose de déjà acquis. Elle est plutôt un itinéraire, un pèlerinage, jamais terminé, mais au cours duquel, grâce à l’attention portée à ceux et celles que nous croisons sur notre route, nous découvrons le visage de Celui qui fait l’objet de notre périple.

On le voit, il est difficile de proclamer le Christ sans d’abord le connaître personnellement, sans l’avoir intériorisé. Et l’intérioriser, c’est renoncer à soi-même, c’est-à-dire refuser de mener une vie égocentrique, centrée sur soi. C’est faire du Christ le centre de notre vie. Paul l’a bien compris quand il disait : « j’ai été crucifié avec le Christ, ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi » (Gal 2 : 20). Renoncer à soi-même, c’est donc renoncer à tout ce qui pourrait détrôner le Christ du centre de notre vie.

Conversion

En définitive, la question posée par le Christ aux disciples nous rejoint dans la vie de tous les jours. Elle se pose aujourd’hui dans un contexte de crise de la foi. Décidément, elle nous invite à aller au-delà des évidences immédiates, du réel quotidien. Nous sommes donc appelés à rejeter nos idées préconçues sur Jésus pour réapprendre à marcher derrière Lui. Et marcher derrière le Christ c’est un appel au renoncement, à la conversion. Car le disciple c’est celui qui s’engage, qui est prêt à donner même sa propre vie pour la cause du Christ. Et la conversion, ce n’est jamais une fois pour toutes. C’est tous les jours qu’il faut se convertir.

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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À l’écart avec Jésus…          9 septembre 2012 - 23° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 7, 31-37 Lectures de ce jour

On sait que le lion, quand il est en face d’une troupe d’antilopes, a toujours voulu isoler sa proie, en l’écartant du reste de la troupe, pour bien l’avoir. Dieu, par contre, aime emmener à l’écart les gens dont il veut sérieusement prendre soin : « Il retire de la poussière le faible, du fumier il relève le pauvre, pour les faire asseoir avec les nobles et leur assigner un siège d'honneur… (I Samuel 2, 8). Il agit de même pour ceux et celles qu’il veut préparer à une mission précise : « Je te mènerai au désert, et je parlerai à ton cœur » (Osée 2,14). C’est le cas d’Abraham, notre père dans la foi, à qui Dieu enjoignit de « quitter » son pays…

 

Quitter

 

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus fait la même chose. Il mène à l’écart le sourd-muet, loin de la foule et de son milieu ambiant. Car cet homme, en plus du fait de ne pas voir et entendre, était comme enfermé dans une prison. Voilà pourquoi il a besoin de le prendre à part pour mieux s’occuper de lui. C’est dire qu’il faut parfois se quitter. Quitter la monotonie du quotidien, quitter ses habitudes régulières pour aller à la rencontre de l’Autre. Et cet Autre, c’est bien le Christ, dont la tendresse pour chacun et chacune de nous est telle que rien d'autre n’a du prix à ses yeux. 

Accepter d’être conduit à l’écart, de se laisser bousculer dans ses habitudes ordinaires, de se laisser mener par quelqu’un d’autre, n’est pas donné à tous. C’est un appel à l’humilité. En effet, Dieu désire que nous dépendions de lui, parce que dépendre de lui est dans notre meilleur intérêt. Et ce sourd-muet en a fait l’expérience : On l’amène à Jésus, et  Celui-ci à son tour l’emmène à l’écart. Et là, il accepte de se faire mettre les doigts dans les oreilles et de se faire toucher la langue ! Notons qu’en agissant ainsi Jésus va à l’encontre de la consigne des compatriotes de ce sourd-muet qui, eux, lui priaient seulement de poser la main sur lui.

 

Faire silence 

 

Par ailleurs, notons que la prière est un des moments privilégiés où il nous est donné de pouvoir nous approcher de Jésus. Car c’est lui qui nous invite à nous décharger sur lui de nous nos soucis car il prend soin de nous (cf. 1 Pi 5, 17). Nous savons aussi que l'être humain a soif d’apaisement, de guérison, de réconfort. Il aime s’assurer que, peu importe ses épreuves, les choses finiront bien. Parce que les assurances divines fortifient notre foi dans les moments d'épreuves. Elles nous relèvent quand nous nous sentons déprimés, nous revitalisent quand nous sommes épuisés et nous fortifient quand nous nous efforçons d'atteindre un but.

Aujourd’hui, le Christ nous invite à le suivre, à nous mettre à l’écart du vacarme du monde, des éclats de voix et de stimulations, pour le contempler face-à-face. C’est là que, dans le silence, on peut encore entendre sa douce voix. Car, comme l’a si bien dit St. François de Sales, "le bruit fait peu de bien et le bien fait peu de bruit". A l’écart, dans le silence, il se produit une rencontre, au bout de laquelle la vie d’un indigent renaît de ses cendres.

 

Croire à l’amour

 

Enfin, c'est Dieu qui élève et non pas les humains même s'Il peut parfois se servir d'eux pour le faire. Il est la source de toute bénédiction. Évidemment, nous le savons, l'élévation suprême des croyants arrivera lorsque notre vie terrestre prendra fin et que nous irons dans la présence de Dieu pour jouir éternellement de sa compagnie (1 Cor 15, 52). Mais en attendant, nous désirons tous être élevés dans notre situation présente, c'est-à-dire que nous avons besoin de sentir qu’il nous aime et prend constamment soin de nous.

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Revisiter sa vie intérieure           2 septembre 2012 - 22° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 7, 1...23 Lectures de ce jour

Il n’existe pas de société sans loi. Cette dernière est nécessaire du fait qu’elle assure une certaine régularité du vivre ensemble. Elle permet ainsi de prévoir, d’organiser la vie malgré l’incertitude de l’avenir. Jésus n’est pas contre la loi. Il récuse plutôt son application purement extérieure. Après la controverse autour de son discours sur le pain de vie, le voici, une fois de plus, aux prises avec les Pharisiens. Ces derniers, très observateurs des lois et des traditions, viennent de remarquer quelque chose d’anormal chez ses disciples: ils mangent sans se laver les mains ! Comment est-ce possible ?

 

Une quête d’identité

 

En fait, à une époque où Israël trouvait son salut dans l’observance des préceptes divins, l’avènement de la civilisation hellénistique vient tout basculer. Avec l’arrivée de la pensée multiple, la Torah n’a plus droit de cité. Comme le constate Alain Touraine, l’idée de modernité remplace au centre de la société Dieu par la science, laissant au mieux les croyances religieuses à l'intérieur de la vie privée. La pensée hellène jouit désormais d’une aura considérable et tend à s’imposer partout comme ‘le’ mode de vie normal.

Dans ces conditions, Israël devait davantage confirmer son identité. C’est alors que naît le pharisaïsme, un mouvement qui s’affirme aussi bien dans l’invention que dans l’imposition des lois à observer afin d’éviter toute impureté. Avec le temps, ces traditions pharisiennes deviendront une véritable pierre d’achoppement dans la nouvelle chrétienté. On sait comment Paul a eu du mal à convaincre ses frères de race, et même son collègue Pierre, de se libérer des traditions anciennes par la conversion au Christ.

 

Un retour à son cœur

 

Mais comment Jésus se situe-t-il par rapport à ces nouvelles traditions ? A l’instar de tous prophètes qui l’ont précédé, Jésus fustige l’invention de pratiques religieuses de façade. Car celles-ci, en plus d’être superficielles vont même jusqu’à supplanter les commandements de Dieu. Pour Jésus, la loi mérite d’être intériorisée car c’est du dedans de l’humain que vient le mal, l’impureté. La souillure n’est pas la résultante du contact avec des incrédules ou de la consommation des aliments impurs: elle est cachée dans le cœur, au plus profond de notre être où rôde le mal.

Et c’est de l’intérieur que Dieu nous regarde. L’humain regarde l’extérieur, alors que Dieu, lui, s’intéresse au cœur. Ainsi, être esclave de la loi c’est perdre sa capacité de discerner, d’intérioriser ce qui est essentiel. On devient tellement « loyal », et donc extérieur, qu’on ne voit plus le cœur des choses. Or, il convient ici de rappeler que la plus grande de toutes les lois, c’est l’amour. Quand l’amour est absent dans tout ce que l’on fait, on tombe dans l’extravagance.

 

Une religion personnelle

 

Immergés aujourd’hui dans une civilisation des façades, nous situons notre foi dans un univers abstrait qui surplombe notre existence sans l’animer véritablement. Le Christ nous invite à revisiter notre vie intérieure, celle qui se déploie sous le regard secret de Dieu. En d’autres termes, il nous incite à découvrir en nous même cette source qui nous fera contempler, au quotidien, le visage de Dieu. C’est aussi un appel à bâtir des liens amoureux et vivifiants entre l’être personnel du croyant que nous sommes et l’être personnel de Dieu (Maurice Zundel).

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Jamais sans Jésus-Christ !           26 août 2012 - 21° Dimanche ordinaire - Année B

Jean 6, 60-69 Lectures de ce jour

Dans son effort de vouloir faire saisir à ses contemporains la portée de sa mission, Jésus s’est souvent confronté à des difficultés énormes. Bien plus que ses paroles parfois dures, ses discours étaient difficiles à comprendre, à assimiler, au point que même ses propres disciples murmurent et en sont visiblement scandalisés. Décidément, Jésus n'en fini pas de défier même ceux et celles qui se déclarent de lui. 

 

Choisir Jésus

 

Et l’Evangile de ce dimanche évoque un des moments les plus terribles de la mission de Jésus. En effet, à la suite de son discours sur le pain de vie, Jésus fait scandale. En affirmant que celui ou celle qui ne mange son corps et ne boit son sang n’a pas la vie lui, il suscite une grave révolte dans le chef de ceux et celles qui l’écoutent. Beaucoup se décident de le quitter.

Décidé de tester la foi de ceux qui semblent lui rester fidèles, Jésus veut surtout les inciter à s'afficher clairement, à prendre position. Il n’a pas peur d’être abandonné. Il ne redoute pas la solitude, mais veut en avoir le cœur net sur les motivations profondes de ceux et celles qui choisissent de restent auprès de lui. Car dans un tel contexte, choisir de rester suppose une conviction profonde.

 

Un appel à la foi

 

En fait, Pierre le sait bien : comparée aux paroles des maîtres et prophètes de son temps, la parole de Jésus est d’un autre ordre. Venue d’en haut, elle recèle une densité et une profondeur uniques. Pour expérimenter l’effectivité de sa puissance dans nos vies, il faut qu’elle soit fondamentalement accueillie dans la foi. Il n’y a aucune magie en ces mots, aucune puissance détachée de l’accueil de la foi.

Par ailleurs, la réponse de Pierre évoque son attachement à ce maître, même s’il le niera par la suite. Ainsi, pour comprendre Dieu que personne n’a jamais vu, il nous faut accueillir Jésus, le verbe fait chair. En lui s’expriment tous les aspects de la Parole de Dieu : une parole créatrice, vivifiante, révélatrice… Mais il faut son Esprit pour pouvoir la comprendre, l’accueillir et la proclamer.

 

A la suite du Christ

 

Enfin, l’Evangile de ce dimanche nous rappelle que Jésus est notre unique Maître. Nous sommes appelés à marcher sur ses traces, malgré la force des vents contraires. Dans un monde toujours enclin au changement, la valeur de la fidélité nous aide à fignoler notre attachement au Christ. Ses paroles, tout en bonifiant notre vie, nous orientent vers l’au-delà, vers l’ailleurs, qui pourtant s’inscrit déjà dans l’aujourd’hui de notre existence. Alors que beaucoup de maîtres nous invitent à des solutions de facilité, à des compromis, tournons-nous vers le Christ en l’accueillant à travers sa parole qui libère.

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Demeurer en Jésus-Christ      19 août 2012 - 20° Dimanche ordinaire - Année B

Jean 6, 51-58 Lectures de ce jour

« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger »? « Comment est-il possible de naître quand on est déjà vieux ? Est-ce qu’on peut rentrer dans le sein de sa mère pour naître une seconde fois » ? (3, 4); « Comment toi, qui es Juif, peux-tu me demander à boire » ? (Jn 4, 9), ... Autant d’interrogations qui découlent du scandale dont Jésus est toujours l’objet, lorsqu’il s’emploie à révéler le secret du Royaume.

Un malentendu

Et voilà qu’aujourd’hui encore, alors qu’il se présente comme « le pain vivant, qui est descendu du ciel », les Juifs amorcent une vive discussion autour de la question. En soi, l’interrogation des Juifs n’a rien d’étonnant, du fait que les propos du Christ ne vont pas toujours de soi. Ils sont toujours l’objet de blocage chez ses auditeurs et interlocuteurs.

Toute la question consiste à savoir où rencontrer Jésus. Car dans l’épisode de la multiplication de pains, à la suite de ce signe pour le moins étonnant, les foules cherchent à s’emparer de Jésus pour le proclamer roi (Jn 6, 15). Cependant lui, ayant pris conscience de ce fait, s’enfui et se fait discret. Ceci va pousser les gens à se mettre à sa recherche.

Du périssable à l’impérissable

Les ayant rencontrés, il ne leur cache pas son impression. En vérité, ces gens raffolent le pain qu’ils ont mangé à satiété. Il leur enjoint de travailler non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que seul le fils de l’homme leur donnera » (Jn 6, 27-27).

Cette nourriture désigne sans ambages l’eucharistie comme étant le lieu privilégié de la rencontre avec lui. A travers ce repas, Jésus met en contraste le pain comme aliment provisoire et périssable avec son corps qui est «le pain vivant» qui procure la vie éternelle. Ainsi, de même que la nourriture est essentielle à entretenir et développer le corps humain, l’eucharistie est indispensable pour développer une autre vie, celle que l’on commence à vivre ici-bas, et que Jésus appelle la vie éternelle.

Vivre pour le Christ

Mais en quoi consiste cette vie éternelle dans le quotidien de notre existence ? C’est avant tout une relation amicale intense et profonde avec Jésus-Christ. C’est cela demeurer dans le Christ. Par ailleurs, c’est puiser à sa vie la force de vivre, même au milieu de doutes et des épreuves de la vie. C’est enfin essayer de voir les choses, les événements et chaque personne sous le regard du Christ lui-même et repartir chaque matin sur un chemin d’espérance.

Puisse sa  présence devenir vraiment efficace pour nous, afin que nous soyons en mesure de repérer, au quotidien, les traces de sa présence dans nos vies.

P. Sébastien Bangandu, a.a.

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Jésus-Christ, pain éternel      12 août 2012 - 19° Dimanche ordinaire - Année B

Jean 6, 41-51 Lectures de ce jour

On connaît l’importance du pain et de la nourriture, en général, dans la vie des humains. Besoin de recouvrer de l’énergie, envie de faire bombance, désir de survie… tout cela peut expliquer les efforts des humains pour une alimentation saine et convenable. Mais tous ces efforts n’arrivent pas toujours à combler la faim et à étancher la soit de l’humain. 

Pain véritable

En fait, si la nourriture est indispensable à l’existence humaine, Jésus veut se servir de cette réalité pour nous montrer qu’il est l’être indispensable en dehors duquel l’humain ne peut se réaliser effectivement. L’allusion faite au pain du désert montre bien la finalité d’une existence qui se contente de survivre. Jésus lui, est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (Jn 10, 10). 

Prendre la route

Ainsi, croire en Jésus-Christ, pain vivant descendu du ciel c’est d’abord et surtout s’éveiller à la conscience d’un Dieu qui toujours se donne pour que nous puissions vivre, déjà ici sur terre, notre éternité. Mais pour y arriver, il nous faut faire du chemin, comme ce fut le cas pour le prophète Élie et les enfants d’Israël. L'image de la route illustre bien la situation de l'humain ici sur terre. Ce pèlerin de l’inconnu, en marche vers sa demeure véritable, a besoin d’une autre sorte de nourriture. Le Christ nous trace déjà la voie en étant lui-même le chemin et le pain de la route (Jn 14,6). Et cette route n’est autre que celle où le Christ s’unit à chacun et chacune de nous à travers sa parole et son pain.

S'ouvrir à la foi

Enfin, c’est dans la docilité de la foi qu’il est possible d’accéder à la présence de ce Dieu qui, depuis toujours, nourrit ses enfants. La marche vers l’Horeb est l’expérience décisive d’une foi fragile et des épreuves qui jalonnent notre existence quotidienne. Prions pour que nous soyons toujours capables de voir au-delà du visible et que la recherche des nourritures terrestres éveille en nos cœurs la soif de Dieu. 


Sébastien Bangandu, aa

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Le Pain de la Parole !       5 août 2012 - 18° Dimanche ordinaire - Année B

 

Jean 6, 24-35 Lectures de ce jour

 

Nous poursuivons notre lecture du chapitre 6 de l'évangile de Jean. Il y a eu d'abord la multiplication des pains dont le récit se terminait par un départ apparemment brusque de Jésus parce que, nous dit Jean « il savait qu'ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne ». C’est après ce retrait que Jésus rejoint ses disciples et c'est dans la synagogue de Capharnaüm que Jésus prononce son grand discours sur le pain de vie qui débute par le passage de ce dimanche.

 

La Parole inattendue

 

Jésus commence de manière très solennelle : alors que les gens lui demandent tout simplement comment il est arrivé là, Jésus ne répond pas directement à la question. Il déclare : « Amen, amen, je vous le dis ». Cette formule dans le Nouveau Testament a exactement la même fonction que la formule très habituelle des prophètes : « Oracle du Seigneur » ou « Ainsi parle le Seigneur ». C’est une  manière de dire : « Attention, ce que j'ai à vous dire est grave, difficile à entendre, mais c'est pourtant bien la vérité ». Jésus prévient ses disciples, donc nous aussi, que le discours sur le pain de vie est certainement l'une des choses les plus difficiles à comprendre. La preuve en est que, par trois fois, les auditeurs vont l'interrompre par des objections ; mais, Jésus, patiemment, peu à peu, va les mener au bout de la Révélation. Car ce qui fait la difficulté de ce discours – mais aussi sa grandeur – c’est qu'il articule tous les éléments de la Révélation du mystère du Christ : vrai homme et pourtant Fils de Dieu, venu dans le monde pour lui annoncer la vérité, et donnant sa vie pour sceller ce témoignage.

 

La Parole qui fait vivre

 

Jésus reparle de la multiplication des pains qui vient d'avoir lieu, mais c'est pour nous dire que très souvent nous en restons à l'immédiat. Nous passons un bon moment, nous apprécions le repas, nous pensons peut-être que les choses étaient bien organisées, mais nous manquons l'essentiel : dans tous ces moments nous aurions dû reconnaître le Père agissant à travers Jésus.  Le Seigneur trace une distinction entre nourriture matérielle et nourriture spirituelle qui était en effet un thème favori de la religion juive. On connaissait par cœur la phrase du livre du Deutéronome : « L'homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3).   Le livre de la Sagesse redit cela : « Ce n'est pas la production de fruits qui nourrit l'homme, mais bien ta Parole qui fait subsister ceux qui croient en toi » (Sg 16,26). D'ailleurs, les auditeurs de Jésus ont très bien compris cette distinction qu'il leur propose « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle... » Ils ont tellement bien compris qu'ils demandent aussitôt : « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? »

 

La Parole qui transforme

 

D'après Jésus, travailler aux œuvres de Dieu, c'est bien simple, il suffit de croire en lui : « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». C'est tout simple ? C'est vite dit ! Si nous reprenons les termes de notre lecture, Jésus se présente comme le fils de l'homme, celui que le Père a marqué de son empreinte et il se présente également comme l'envoyé de Dieu. En fait, nous sommes invités à apprendre peu à peu à connaître le mystère du Christ. Notre intelligence est transformée, renouvelée. Elle n'est plus « en proie aux ténèbres de la pensée », elle baigne dans la lumière. C’est ce que saint Paul nous rappelle dans la lettre aux Ephésiens : « Vivez en enfants de lumière ». Et le fruit de la lumière s'appelle bonté, justice, vérité. Mais c'est un choix à refaire chaque jour : « Il s'agit de vous défaire de votre conduite d'autrefois, de l'homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l'homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l'image de Dieu ». Si Paul le dit, c’est parce que c’est possible. Alors, même si nous avons des moments difficiles, rien n'est perdu.

 

Édouard Shatov, a.a.

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Aux fourneaux de Dieu !       29 juillet 2012 - 17° Dimanche ordinaire - Année B

 

Jean 6, 1-15 Lectures de ce jour

 

Faut-il se nourrir et nourrir les autres ? Si notre réponse est positive, il nous faut définir de quel genre de nourriture s’agit-il et quels sont le but et les conséquences de notre diététique matérielle ou spirituelle. C’est l’un des aspects sur lesquels les lectures – et en particulier l’Évangile de Jean de ce dimanche – nous invitent à méditer.

 

L’épreuve du bon sens

 

Jésus se préoccupe des foules qui l’entourent et il commence par questionner Philippe, l'un des Douze : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ? » L’évangéliste commente : « Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait bien ce qu'il allait faire ». Ici comme ailleurs, Jean  veut insister sur la prescience de Jésus. Toutefois nous devons nous poser la question en quoi consiste la « mise à l'épreuve » des apôtres ? Pour un Juif comme Jean, cette expression semble être un rappel de l'expérience de l'Exode : car la longue pérégrination dans le désert du Sinaï avait été comprise après coup comme un temps de « mise à l'épreuve ».  Le livre du Deutéronome, au chapitre 8, explique cela fort bien : « Le SEIGNEUR ton Dieu t'éprouvait pour connaître ce qu'il y avait dans ton cœur ». Philippe et André, eux, n'ont peut-être pas compris tout de suite que Jésus en appelait à leur foi et ils ont répondu de manière toute humaine, pleine de bon sens.

 

Au-delà de la raison raisonnante

 

A vues humaines, on ne peut pas leur donner tort ! Mais le bon sens et la raison raisonnante ne sont pas toujours bons conseillers. Nous sommes invités comme à  transcender le matériel et à nous rappeler que ce qui est impossible pour nous est possible avec Dieu. C’est pour cela que nous devons nous rappeler l’histoire du prophète Élisée (c’est notre première lecture). Bien intentionné, le serviteur du prophète avait, dans un cas tout à fait semblable, tenu les mêmes propos : un tout petit peu de pain pour cent personnes, ce n'était même pas la peine d'y penser ! Mais Élisée avait passé outre. Jésus fait la même chose, il se contente de dire : « Faites-les asseoir ». Jean précise « qu'il y avait beaucoup d'herbe à cet endroit ». Cela est pour nous faire entendre qu'un « bon pasteur » prend toujours soin d'emmener ses brebis à un bon pâturage et ce bon pasteur c’est Jésus. « Ils s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes ». Les quatre évangiles notent la disproportion entre les cinq pains et les cinq mille hommes (disproportion beaucoup moins accentuée dans la multiplication des pains par Élisée). C’est aussi une manière de dire la générosité de Dieu et la surabondance des dons messianiques.

 

Le service de l’Esprit Saint

 

Si Jésus fait un signe pareil, ce n’est pas pour augmenter sa popularité et devenir la « célébrité d’Israël ». L’évangéliste précise bien que Jésus se retira pour qu’on ne puisse faire de lui le roi. Comme si le Messie avait voulu montrer que ce n’est pas la renommée qui importe, mais le bien généreusement accompli, visible, qui ne cherche jamais cependant à être ostentatoire. « Suivre fidèlement l'appel reçu de Dieu » : voilà qui dit bien que Dieu cherche des collaborateurs pour son projet. C’est cela que Jésus manifeste à ses disciples et que saint Paul rappelle à la communauté d’Éphèse. C’est un appel et une proposition auxquels nous sommes libres de coopérer ou non. Nous sommes invités à coopérer au chantier, et le chantier, c'est le monde entier ; le maître d'œuvre, c'est l'Esprit Saint. Cela dépasse évidemment nos forces mais cela n’est pas nouveau. De tous temps c’est Dieu qui nous aide peu à peu par son Esprit d'amour. C'est le moment de nous rappeler la phrase de Jésus : « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples ! » C’est ce que Paul dit aussi a sa manière : « Supportez-vous les un les autres avec amour » ; ce que cela veut dire n’est pas toujours évident.

 

Et si les gestes de la multiplication des pains ressemblent tellement à ceux de l’eucharistie, c’est peut-être pour nous dire que cet amour fraternel qui nous paraît impossible en fin de compte est possible avec l’aide de Dieu. L’Eucharistie en est un signe, un gage et une espérance.

 

Édouard Shatov, a.a.

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Prendre soin de l’autre !       22 juillet 2012 - 16° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 6, 30-34 Lectures de ce jour 

 

L’Évangile de Marc que nous lisons ce dimanche, comme d’autres lectures, nous aide à comprendre ce que veut dire “prendre soin des autres”. C’est en fait être un disciple en mission d’évangélisation ou ce qu’on appelle être un pasteur.

 

Prendre distance

 

Tout d’abord Marc nous raconte le retour des Douze : « Après leur première mission, les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné. » C'est la première fois que Marc emploie le mot « apôtres », ce qui signifie « envoyés » en mission. Jusqu’ici Marc les appelait les « disciples » (« enseignés »). Cela veut dire que désormais, ils partageront la mission de Jésus. Curieusement, à leur retour, la première chose qu'il leur propose, c'est de prendre de la distance : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » L’évangéliste trace ici un nouveau parallèle : rappelons-nous qu’après sa première journée à Capharnaüm, où Jésus avait abondamment enseigné, guéri les malades, chassé les démons, Marc notait : « Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s'en alla dans un lieu désert ; là il priait. » Jésus s'était arraché au succès et était parti se ressourcer dans la prière.

 

Le repos de la prière

 

Les « envoyés » de tous les temps, donc nous aussi, sont certainement invités ici à en faire autant. Marc répète à deux reprises cette retraite de Jésus et de ses apôtres « à l'écart dans un endroit désert ». Entre ces deux précisions qui forment une « inclusion », Marc a noté la présence de la foule. C’est peut-être sa manière de nous dire : « Ce n'est pas une fuite-dérobade que Jésus leur propose, c'est un ressourcement pour mieux servir la foule ». La prière donc, ce n’est pas une échappatoire de notre vie quotidienne et de notre service des autres. C’est un moment de  confiance et de discernement par excellence. Les moments d’un tel repos sont nécessaires. Nous ne sommes pas obligés à devenir « les activistes de Dieu ». Comme nous le dit le Psaume 126/127 : « En vain, tu retardes le moment de ton repos … Dieu comble son bien-aimé qui dort. » Cette « mise à part » - ce n’est pas non plus une lâcheté ou un élitisme condescendant vis-à-vis des autres, c’est le moment d’appropriation du service de tous.

 

Le service de la miséricorde

 

C’est ce service pour tous que Jésus met en évidence en débarquant. Au bord de la mer Jésus vit donc cette grande foule (cinq mille hommes), et « il fut saisi de pitié envers eux parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. » Il les instruit d'abord, il accomplira une première multiplication des pains, ensuite. L’évangéliste commence ici la réflexion sur deux manières de les nourrir. Quand Marc dit la pitié de Jésus, il utilise le mot grec (« splangna ») qui désigne les entrailles, la profondeur de l'être ; c'est un équivalent du mot hébreu (« rahamim ») que l'on traduit souvent par miséricorde. Rien d'étonnant à ce que Jésus éprouve pour les hommes la pitié même de Dieu, une pitié telle qu'il a envoyé son Fils. Marc, à la différence de Jean, ne développe pas le thème du bon pasteur, mais il est présent ici en filigrane : « Il fut saisi de pitié envers eux parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. » On entend résonner ici les plaintes de Jérémie sur les mauvais pasteurs qui ont mal dirigé le peuple d'Israël. Et, depuis des siècles, on attendait le Messie qui serait un vrai bon berger. Cette fois, nous dit Marc, le Bon Pasteur, le Messie est parmi nous. Et c’est cette présence que tous les disciples sont appelés à reconnaître et à annoncer. Alors, s’accomplissent les paroles du psaume 22(23) : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ».

 

Édouard Shatov, a.a.

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Partager le projet de Dieu !       15 juillet 2012 - 15° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 6, 7-13 Lectures de ce jour 

 

“Proclamer la Bonne Nouvelle” – mais comment le faire ? C’est la réflexion qui se déploie devant nous dans les lectures de ce dimanche et dans l’Évangile d’une manière particulière.

 

Aujourd’hui, dans le texte de l’Évangile nous voyons Jésus envoyer les Disciples en mission munis eux aussi du pouvoir de chasser les démons : « Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie... Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais. » Jésus leur donne également trois consignes : aller deux par deux, n'emporter que le strict nécessaire, ne pas se laisser impressionner par la persécution inévitable.

 

Deux par deux

 

Aller deux par deux : cela semble une pratique habituelle de Jésus. Dans son Évangile, Marc nous donne plusieurs envois en mission de cette manière-la. Il y a là peut-être la trace de la coutume juive selon laquelle un témoignage n'était recevable que quand il était porté par deux personnes au moins. « C'est sur les déclarations de deux ou de trois témoins qu'on pourra instruire une affaire », nous dit le Livre du Deutéronome au chapitre 19. L'évangélisation, donc, est affaire de témoignage, affaire de témoignage communautaire, elle n'est pas une affaire individuelle. Plus tard, les Apôtres garderont cette habitude : ainsi Pierre et Jean vont ensemble prêcher au Temple de Jérusalem, ce que nous racontent les Actes des Apôtres. Paul et Barnabé font équipe longtemps en Syrie et en Asie Mineure et après leur séparation, Paul continue la mission avec Silas.

 

Rien que nécessaire

 

Jésus précise qu’il ne faut emporter que le strict nécessaire. « Il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n'est un bâton ; de n'avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Leurs seuls instruments doivent être ceux de la marche pour la mission. En entendant cette consigne, les apôtres ont probablement évoqué la marche de leurs pères dans la foi, la nuit de la fameuse Pâque de la sortie d'Egypte, « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main ». Etre libre de ceux que peut entraver notre mission ou de nous attarder sans raison. Voilà le début de la longue marche de mobilité, de disponibilité et de liberté d'esprit.

 

La présence bienveillante

 

Et en plus, il ne faut pas se laisser impressionner par la persécution inévitable. D'après le récit de Marc, les apôtres viennent tout juste d'assister à l'échec de Jésus à Nazareth et, depuis le début de l'Évangile, ils ont vu naître et grandir l'opposition des scribes et des pharisiens. Il semble bien que la persécution doit être de tout temps le lot des prédicateurs et des prophètes. La première lecture nous en donne un cuisant exemple avec Amos, renvoyé dans ses foyers au bout de quelques mois seulement de prédication par les paroles dures : « Va-t-en d'ici avec tes visions ».  Apparemment l’humanité a depuis un certain temps le cœur endurci.  Face à cet endurcissement, Jésus ne préconise pas la violence, ni le mépris évidemment, mais la persévérance et la sérénité. C'est peut-être une manière de dire : « Nous respectons votre liberté, nous ne sommes pas venus chez vous pour prendre quoi que ce soit contre votre gré, fut-ce de la poussière. Mais une chose est sûre : le Règne de Dieu, la présence bienveillante au-delà de toute limite, est arrivé ».

 

Mais heureusement, ni les Apôtres ni nous-mêmes, nous ne rencontrerons pas que de l'hostilité et des cœurs endurcis. La croissance irrésistible des communautés chrétiennes dès après la Résurrection du Christ en est la preuve. Nous sommes appelés à participer et à partager « le dessein bienveillant de Dieu » qui est de rassembler l'humanité au point de ne faire qu'un seul Homme en Jésus-Christ, à la tête de la création tout entière.  « Dans sa bienveillance, Dieu projetait de saisir l'univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. »

 

Édouard Shatov, a.a.

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Une vocation dangereuse !       8 juillet 2012 - 14° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 6, 1-6 Lectures de ce jour 

 

Comme nous le savons tous nos vies ont des vocations et des professions plus ou moins tranquilles ou dangereuses. Chacune de nos vocations ou professions est enracinée dans notre histoire, mais en même temps elle la dépasse et la transcende. C’est sur ce mystère de la vie humaine que les lectures de ce jour et l’Évangile en particulier nous font réfléchir.

 

Vocation des Origines

 

Dans l'évangile de ce dimanche Jésus revient pour la première fois dans son village de Nazareth et très probablement sa réputation l'a précédé. Tout commence par des questions bien humaines : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? »  Ces réflexions reflètent une chose toute simple : l’enseignement de Jésus et ce qu'on sait de son action dans la région en font un personnage hors du commun. Or, nous savons bien, nous, d'où il sort.  Jésus est comme nous, rien de plus, donc d'où lui viendraient ses pouvoirs ? Si Jésus était un prophète, on l'aurait su, déjà. Et il y a dans la vie de Jésus l’incompatibilité entre la grandeur de Dieu et la modestie de ses origines humaines. C'est bien le drame d'une partie des contemporains du Christ, semble dire Marc : enfermés dans leurs idées sur Dieu, ils n'ont pu le reconnaître quand il est venu. C’est peut-être aussi notre difficulté.

 

Vocation de fidélité

 

Alors, tandis que nos origines et nos idées toutes faites peuvent nous empêcher de voir Dieu ; Dieu, quant à lui, est capable d’aller au delà des limites de nos histoires humaines. Il les transcende et les dépasse. C’est pour cela que la présence de Dieu, à travers la présence des prophètes, se manifeste même dans les moments les plus difficiles et douloureux. C’est cela que nous raconte notre première lecture. Quand Dieu s'adresse à Ezéchiel cela se produit bien loin de la mère-patrie et du Temple. C’est la première très Bonne Nouvelle de ce livre : Dieu n'est pas assigné à résidence à Jérusalem, il est également présent à Babylone, au bord du fleuve Kebar, là où est déporté son peuple. Ezéchiel voit les cieux s'ouvrir et le voilà plongé dans un univers de beauté indicible. C’est au cours de cette vision que Dieu fera les reproches les plus sévères à son peuple. Cela n’est pas nouveau d’une certaine manière. Mais, ce qui est très étonnant, c’est  précisément qu’à travers la gravité même des reproches adressés par Dieu à son peuple on peut lire la deuxième très Bonne Nouvelle du texte de ce dimanche. Ce peuple est dur et indocile, soit ; eh bien, même cela n'arrête pas la fidélité de Dieu à son Alliance. Quelle que soit l’attitude du peuple, son écoute ou son refus, « ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux », ce qui veut dire : ils sauront que Dieu continue de leur parler, de les appeler.

 

Vocation de faiblesse

 

On comprend donc que les fragilités et les faiblesses de l’histoire humaine, les marques d’origines ou les lieux de naissance, le milieu social ou familial, ne sont pas une cause qui empêchera Dieu d’agir. Il ne faut ni les idéaliser, ni vouloir s’en débarrasser. Dieu nous appelle avec tout notre héritage. C’est peut-être la leçon la plus dure que les contemporains de Jésus et saint Paul avaient tant de mal à accepter. Nous ne saurons jamais ce qu'était concrètement « l'écharde dans la chair » qui faisait tant souffrir Paul. Mais, si je lis bien le texte d’aujourd’hui, c’était une épreuve qui ne permettait pas à Paul de se croire la source absolue et ultime de tout le bien qu’il faisait. L’Apôtre et chacun d’entre nous, nous sommes invités à nous rappeler sans cesse que notre grandeur et la grande mesure de nos bonnes actions viennent de Dieu lui-même. Et c’est en fait, notre plus grande assurance pour avancer sur le chemin de la vie.  « Dans la gloire et le mépris, dans la mauvaise et la bonne réputation, tenus pour imposteurs et pourtant véridiques, inconnus et pourtant bien connus, moribonds et pourtant nous vivons, châtiés sans être exécutés, attristés mais toujours joyeux, pauvres, et faisant bien des riches, n'ayant rien, nous qui pourtant possédons tout ! » Notre faiblesse n'est pas une entrave à l'évangélisation ! C'est peut-être même le contraire.

 

Édouard Shatov, a.a.

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La foi qui donne vie !       1er juillet 2012 - 13° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 5, 21-13 Lectures de ce jour 

La fragilité humaine

 

En ce treizième dimanche du Temps Ordinaire, les lectures – et l’évangile en particulier – nous font comprendre que la vie est le don de Dieu le plus important et la valeur la plus précieuse à laquelle il tient. Dans l’évangile que Marc raconte, deux récits de miracle sont imbriqués l'un dans l'autre. Les trois évangiles synoptiques rapportent les mêmes événements dans le même ordre : la demande de guérison de Jaïre pour sa fillette, puis la guérison de la femme hémorroïsse et enfin la résurrection de la fille[1]. Il y a douze ans que l’hémorroïsse est malade, l'enfant a douze ans. Dans un cas comme dans l'autre, Marc insiste sur le fait que les ressources humaines de la médecine sont épuisées. En ce qui concerne la femme, Marc précise qu'elle « avait des pertes de sang depuis douze ans... – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –… » Quant à la petite fille, il rapporte les propos désespérés des proches de Jaïre : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le maître ? » En fait, tout cela pour souligner l'impuissance des hommes, d’une part, et pour mieux faire ressortir le pouvoir de Jésus, d’autre part.  Marc nous dit que la puissance qui émane de Jésus, mais qui lui échappe aussi pour ainsi dire – « Jésus se rendit compte qu’un force était sortie de lui » – est un pouvoir qui va jusqu'à ressusciter les morts : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ».

 

La bienveillance de la puissance divine

 

La réanimation de la fille de Jaïre est une image et un avant-goût de notre résurrection : comme Jésus a pris la jeune fille par la main, ainsi nous prendra-t-il la main, chacun à notre tour. Le prophète Isaïe ne disait-il pas : « Moi, le Seigneur, je suis ton Dieu qui tiens ta main droite, qui te dis : ‘Ne crains pas, c'est moi qui t'aide’ » (Is 41,13) ? C'est à toute l'humanité qu'un jour le Sauveur dira : « Talitha koum », ce qui signifie « Jeune fille, lève-toi ! » Nous en avons déjà un avant-goût dans le baptême. Mais le passage de la guérison de la femme qui essuie des pertes de sang, intégré dans le récit de la résurrection, nous rappelle aussi que la guérison finale est déjà commencée dans notre vie quotidienne d’aujourd’hui. Ça peut prendre du temps pour que la puissance divine se déploie, mais nous ne devons jamais renoncer à notre espérance malgré la longueur de notre maladie et l’importance de nos fragilités. Notre vie présente est déjà semence d'éternité : « Dieu a créé l'homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu'il est en lui-même ». Peut-être la vie sur terre ne récompense-t-elle pas toujours ceux qui ont bien agi, mais Dieu qui est l'infiniment juste qui finira bien par faire justice. Le texte du Livre de la Sagesse que nous avons comme première lecture nous rappelle cela.

 

La foi qui change le monde

 

Pour participer à la puissance de la vie, de la guérison et de la résurrection de Jésus, il y a une seule condition – y croire : « Ma fille, ta foi t'a sauvée ». La foi, donnée librement, est la condition nécessaire et suffisante du salut. C’est une foi à laquelle n'importe qui peut accéder : Jaïre est un chef de synagogue, l'homme le plus recommandable qui soit, mais à l'autre bout de l'échelle sociale, si on peut dire, il y a cette femme, interdite de séjour en quelque sorte, car sa maladie entraînant des pertes de sang continuelles la mettait en état d'impureté légale. Il est bon de souligner que c'est à cette femme impure que Jésus parle de salut devant tous et qu’il la réintroduit dans la communauté. Cette guérison que procure la foi recrée le lien social et humain. Enfin, cette foi est audacieuse mais discrète à la fois. C’est pour cela que Marc nous rapporte les consignes de silence données par Jésus après chacune de ses manifestations. Il ne s’agit pas de chercher à être vu et de sonner les trompettes, même celles de la puissance divine. Il s’agit bien plutôt de travailler pour le rétablissement de la dignité humaine de chaque personne, pour qu’en croyant en Dieu, chaque être humain expérimente la plénitude de la vie. Car, « Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants ».   

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[1] Douze ans étant l’âge de la maturité sexuelle pour les peuples orientaux, c’est une fillette qui meurt mais une femme qui vient à la vie.

 

Édouard Shatov, a.a.

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Jean Baptiste, un cœur de feu !       24 juin 2012 - 12° Dimanche ordinaire - Année B

 

Luc, 1, 57-66.80 Lectures de ce jour

Doté d’un excellent sens de l'observation, Jésus savait mettre en valeur les qualités et mérites de certaines personnes rencontrées sur son chemin. On se souvient de son compliment à Nathanaël : « Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de fraude» (Jn 1, 48) ; du Centurion il dira : « je n'ai jamais trouvé pareille foi en Israël» (Lc 7, 9) ; il désignera Jean le Baptiste comme étant le plus grand des prophètes » (cf. Mt 11, 9).

 

Éveiller à la foi

 

C’est bien ce prophète hors pair qui est à l’honneur aujourd’hui. En fait, c’est depuis les entrailles de sa mère que le baptiste trésaille de joie à la rencontre du Christ. A sa naissance, il opère déjà une rupture importante avec les traditions de son clan. « Il s’appellera Jean » quoiqu’il n’y ait jamais eu un de sa lignée qui porte ce nom. En ce sens, il est désormais considéré comme le prophète de la nouvelle alliance et le signe avant-coureur de la venue du Christ au monde. Mais avant tout, il se retire au désert, histoire de s’imprégner de la présence de Celui dont il se fera l’honneur de faire grandir, tout en s’effaçant lui-même. Très vite, le message de cet homme de feu et à la parole tranchante fera grand écho dans les cœurs des foules qui accourent vers lui. Bien plus, sa prédication et son baptême vont déclencher une effervescence populaire de réveil, qui galvanise les esprits. Ce succès sera également à l’origine de la ferveur populaire consécutive à sa merveilleuse prédication. Du même coup, cela suscitera la haine d’Hérode qui, craignant de perdre son pouvoir et mais surtout blessé et entamé au plus profond de lui-même par la  vérité du message de Jean, finira par le faire exécuter.

 

Persévérer

 

Malgré tout, la renommée de Jean Baptiste persiste. Si bien que son bourreau, qui pourtant  avait toujours subi son ascendant moral et spirituel, se demande avec inquiétude si Jésus ne serait pas Jean ressuscité (Mt I4, 2). Mais Jésus pour sa part, prend le relais et, défiant l’effet de terreur qu’une telle mort avait causé, il poursuit l’œuvre de prédication de la bonne nouvelle, montrant ainsi que rien au monde ne pourra jamais en arrêter la propagation. C’est que le message du salut demeure éternellement, la parole de Dieu jamais ne passera (1 Pi 1, 25). Célébrer ce grand prophète c’est pour nous une occasion de nous interroger sur notre propre relation au Christ. En fait, si l’expression « ceux qui sont nés de femmes » veut souligner la faiblesse, la fragilité de la condition humaine, elle suggère en même temps qu’il est possible, malgré les pesanteurs de notre nature humaine, de témoigner du Christ. Mais cela doit évidemment se faire dans l’humilité, car c’est à des hommes et des femmes pécheurs et parfois médiocres que Dieu confie la fonction sociale de rappeler, par leur présence, l’urgence de l’essentiel.

 

Témoigner

 

Enfin, la vocation de Jean est d'éclairer le Messie et non pas de lui faire ombrage. N'est-ce pas là aussi la vocation de l'Eglise ? Comme le Baptiste, n'avons-nous pas à dire au monde l'exigence de Dieu ? A témoigner du Christ sauveur sans jamais nous substituer à Lui ? A nous tenir au coté de l'Epoux ? Puisse le Québec d’aujourd’hui et de demain, s’inspirer du merveilleux témoignage de son saint patron et revisiter sa foi au Christ Jésus, en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être (cf. Ac 17, 28). Bonne Saint Jean Baptiste à tous et à toutes !

 

Sébastien Bangandu, a.a.

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Un Règne qui est un peu là !      17 juin 2012 - 11° Dimanche ordinaire - Année B

 

Marc 4, 26-34 Lectures de ce jour

« Quand un arbre tombe, son bruit se fait entendre, mais quand la forêt pousse, pas un bruit», nous dit un proverbe sud-africain. Comme quoi, certains événements impressionnants retiennent vite l’attention des humains alors que l’essentiel s’effectue parfois dans le silence et la durée. Oui, les choses essentielles parfois se réalisent dans la grande indifférence et le mépris. Il en est ainsi du Règne de Dieu.

 

Une présence voilée

 

En fait, alors que certains disciples du Christ demeuraient dans l’agitation quant à sa venue, le Règne de Dieu allait déjà son chemin au milieu d’eux, dans la grande intimité, imperceptible mais efficace. Dévoyés par la recherche des choses de ce monde, il leur était difficile d’apercevoir les traces de ce Règne en la personne même du Christ. Rien d’étonnant à cela car même le précurseur, Jean-Baptiste, en son temps, avait déjà du mal à y croire : « Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Lc 7, 18). Dans un monde sécularisé, où l’on a hâte d’en finir avec tout ce qui fait référence à Dieu, comment croire à la croissance du Règne du Christ. Pourtant, Dieu est toujours à l’œuvre au cœur de notre monde sans que nous ne nous en rendions compte. Les Disciples d’Emaus en ont fait l’expérience : « Nos cœurs n’étaient-ils pas tout brûlants quand sur la route, il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32). Jacob, avait pour sa part, fait la même expérience quand il s’écria : «Vraiment, le Seigneur est dans ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas» (Gn 28, 10).

 

Croire

 

C’est là que se dégage la valeur novatrice des enseignements de Jésus-Christ. Celle-ci réside dans la force cachée d’un Dieu mais qui pourtant est toujours à l’œuvre dans nos vies. Cette réalité nous invite à ne pas désespérer, mais à vivre patiemment notre vie, dans la confiance, car ce Dieu, apparemment absent, continue de travailler notre monde à la manière d’un ferment. Il nous arrive très souvent aussi de nous sentir loin de lui. Croyons qu’il peut venir au moment le plus inattendu, au risque de nous surprendre. Il est déjà là. Il est au milieu de nous. Il est au plus profond de nous. Laissons seulement Dieu être Dieu en nous. N’oublions pas que même le Christ a été confronté à cet apparent silence de Dieu, au cours de sa passion et sa crucifixion et il a crié : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46). Son cri de détresse ressemble à celui de chacun et de chacune de nous aujourd’hui. Mais nous savons que Dieu n’était pas du tout absent, au contraire, il attendait de se révéler au moment voulu. Le vendredi saint a débouché sur le matin de Pâques. Telle est notre espérance chrétienne qui porte et donne sens à notre prière, à notre vie.

 

S’ouvrir à l’Esprit

 

En définitive, on peut s’interroger sur les implications de cette présence voilée de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. Dieu s’est révélé en Jésus-Christ. Et alors où est-il aujourd’hui ? Cette question nous invite à être attentifs à l’Esprit qui nous ouvre davantage à la grâce de Dieu. Car n’oublions pas que tout est grâce et que tout repose sur cette action de Dieu en nous, une action parfois imperceptible, mais extraordinairement prolifique dans ses effets sur notre vie. Vienne ton Règne, Seigneur !

  

Sébastien Bangandu, a.a.

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Le Saint Sacrement, don par excellence !     10 juin 2012 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année B

 

Marc 14, 12-16.22-26 Lectures de ce jour

Pour tout vivant, manger et boire sont des fonctions élémentaires les plus naturelles et les plus universelles. On a besoin de manger et boire pour vivre. Mais bien que manger et boire soient essentiels à la vitalité de l’humain, on ne peut pourtant se permettre de manger et de boire n’importe quoi et n’importe comment. Jésus, qui aimait beaucoup prendre part à des repas, invitait surtout les gens à travailler non pour une nourriture qui se perd, mais pour une nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle (Jn 6, 27).

Partage

Et le repas est rassembleur dans la mesure où l’on est invité à faire communauté, à manger et à boire ensemble, à la même table. Ceci est une invitation à ne pas oublier ce qui fait la richesse de notre ‘vivre-ensemble’. Qu’il soit familial, amical ou communautaire, le repas est avant tout un moment de partage, d’échange,  avec tout ce que cela comporte d'intimité, de fraternité, d'amitié, de chaleur humaine. C’est aussi un moyen extraordinaire pour cimenter nos relations.

Voilà pourquoi Jésus-Christ, pain de vie pour notre salut, se donne à nous comme nourriture et breuvage. Ce faisant, il veut nous communiquer sa propre vie à travers un amour qui est pure ouverture à l'existence des autres, capable de les deviner, de les comprendre, de les aimer et d’être prêt à donner sa vie pour eux. En fait, loin d'être une inclination instinctive, ou une recherche de soi camouflée, l'amour est une décision consciente de la volonté qui nous tourne vers les autres. Ainsi, pour pouvoir aimer en vérité, il faut se détacher de bien des choses, en commençant par se décentrer de soi.

Don

Ainsi, Dieu existe tourné vers nous, dans le mouvement qui le fait sans cesse se donner à nous. Ce don total est réalisé en la personne de Jésus Christ, qui est venu parmi nous pour que nous ayons la vie en abondance. De ce fait, nous sommes bénéficiaires de ce don, et c’est en accueillant ce don par excellence, du corps et du sang du Christ, que peut naître en nous le désir de donner notre vie pour nos frères et sœurs. Si nous vivons dans cette dynamique et nous laissons saisir par ce mouvement, notre vie prend sens et se transformera au quotidien. Par ailleurs, Jésus-Christ, le Verbe éternel que nous proclamons n'est pas une parole abstraite. Il s'est fait chair et sang. De ce point de vue, ce que nous prêchons n'est pas une théorie du salut ni même une idéologie, mais la grâce incarnée dans la vie, la mort et la résurrection d'un homme qui, toute sa vie durant, s’est donné pour les autres. Et le don du Christ à chacun et chacune de nous c’est l’amour, l’énergie pure et lumineuse qui purifie et transforme notre existence.

Proximité

En définitive, Dieu n’a pas seulement parlé, ni accompli des signes prodigieux dans l’histoire de l’humanité, Il s’est surtout fait proche de nous en nous donnant son propre fils, pour que sa vie s’épanouisse en nous. Voilà pourquoi nous sommes tous appelés à entrer dans l’intimité du bonheur du Père grâce à l’action du Fils qui donne sa vie librement et véritablement pour le bonheur de tous ses frères et sœurs. Car, « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn15, 13). A l’instar du Christ, c’est bien nous-mêmes que nous sommes appelés à donner, à travers tout ce que nous faisons pour l’autre.  

Sébastien Bangandu, a.a.

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La sainte trinité, une réelle synergie d’amour    3 juin 2012 - Dimanche de la Sainte Trinité - Année B

 

Matthieu 28, 16-20 Lectures de ce jour

Au terme de la période pascale, il nous a été rappelé les grandes réalités qui redynamisent notre foi au Christ. En effet, de la mort et résurrection de Jésus jusqu’à l’envoi de l’Esprit Saint, en passant par son ascension, le Christ nous a montré le vrai sens de l’amour. Aujourd’hui, il voudrait que nous focalisions notre attention sur la synergie d’amour qui se trouve au cœur même du mystère de la trinité et qui peut être bénéfique pour toute communauté humaine et chrétienne.

 

Rencontre

 

En fait, pour parler de sa relation avec le Père, Jésus avait dit à Philippe : Celui qui m’a vu a vu le Père (Jn 14,9). Et dans la vie courante, on entend souvent dire : « Lui, c’est moi et moi c’est lui. Tout ce que tu lui diras me parviendra ! ». Ceci se dit souvent de deux amis qui s’entendent bien et qui vivent en profonde accointance. Ces deux réalités peuvent bien nous aider à comprendre ce grand mystère.

Par ailleurs, la célébration de la Sainte Trinité offre à l’humanité toute entière un modèle d’unité, c’est-à-dire cette cohésion qui devrait unir tous ceux et celles qui veulent travailler pour l’avènement d’un monde meilleur et du Règne de Dieu. Cette ouverture à l’unité, à la cohésion, permet à toute communauté humaine ou chrétienne d’envisager, d’assumer son propre destin.

 

Relation

 

C’est que Dieu n’est Dieu que parce qu’il est capable de se donner. Et c’est dans ce mouvement de don que Dieu, dans son grand amour a envoyé son fils pour nous sauver et que l’Esprit poursuit l’œuvre du Christ parmi nous. Ainsi, nous célébrons un Dieu communion, qui est aussi relation à l’autre et partage. Au-delà de son abstraction apparente, ‘Trinité’ nous révèle la vraie nature des relations qui devaient lier tous les humains qui se réclament enfants de Dieu.

C’est justement l’essentiel du message de l’évangile d’aujourd’hui où nous voyons le Christ envoyer ses disciples au monde pour être témoins de cet amour. Dès lors, ceux-ci s’emploieront à faciliter la rencontre avec le Christ à travers le baptême, expression par excellence de l’amour trinitaire. Ainsi, le baptême n’est pas un simple rite consacrant l’adhésion à une église quelconque ou à une idéologie. Il est l’expression d’une conversion concrète qui ouvre à une nouvelle expérience de vie dans le Christ.

 

Cohésion

 

Enfin, devenir chrétien, c'est intégrer un courant de vie qui s’inspire constamment de l’amour trinitaire où chacune des personnes trouve sa raison d'être et son bonheur dans le don total de son être à l'autre. C’est dire que notre identité réelle, personnelle, n’est complète que dans notre relation à Dieu et aux autres. Et le jour où nous aurons compris cela, notre monde, ravagé par la haine, le repli sur soi, la division, la violence, le non respect de l’autre, … pourra alors vivre et expérimenter le bonheur que le Dieu trine réserve à tous les humains.  

 

Sébastien Bangandu, a.a.

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Le Témoignage éternel de la Diversité    27 mai 2012 - Dimanche de la Pentecôte - Année B

Jean 15, 26-27 ; 16, 12-15 Lectures de ce jour

Chaque année le dimanche de la Pentecôte nous vivons un rappel extraordinaire du témoignage d’amour de Dieu pour son peuple, pour chacun et chacune d’entre nous. Toutes les lectures de cette fête, et l’Évangile de Jean en particulier, en témoignent.

Témoignage reçu

Le texte merveilleux de Jean, tiré des chapitres 15 et 16 de son Évangile, nous raconte le dernier entretien de Jésus avec ses disciples lors duquel Jésus leur promet cinq fois l'Esprit, qui sera désormais leur soutien. A plusieurs reprises, il lui donne le nom de Paraclet, ce que nous pouvons comprendre comme celui qui est appelé auprès d'eux et qui ne les quittera jamais : « Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous toujours. C'est lui, l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous ». Au moment crucial de son histoire, à la veille de la Passion,  Jésus révèle et témoigne de la sollicitude du Père pour l’humanité. Et pour cela il promet l’Esprit, le Paraclet, cet Esprit que le Père enverra au nom de Jésus, qui leur enseignera toutes choses et les fera se ressouvenir de tout ce que Jésus leur a dit.

Témoignage donné

Cet Esprit Jean l'appelle le « Paraclet », le Défenseur. Il ne s'agit pas de défendre les disciples contre un quelconque jugement de Dieu, mais de les soutenir lorsqu'ils seront traduits devant les tribunaux humains, pour qu'ils puissent témoigner authentiquement du Christ et de Dieu. C’est la vocation même de Jésus. Au cours de la Passion, il a dit à Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ». A leur tour, les disciples n'ont pas d'autre raison d'être que de rendre témoignage au Christ pour que le monde connaisse enfin la vérité du Père. En fait, l'Alliance définitive entre Dieu et l'humanité ne pourra s'instaurer que lorsque l'humanité connaîtra (au sens de « reconnaîtra ») enfin son Dieu. L'effroyable méprise, la méconnaissance de l'humanité à l'égard de Dieu est le problème qui parcourt toute la Bible : depuis le soupçon d'Adam au jardin de la Genèse. Et c’est ce malentendu que le témoignage du Christ et de ses disciples, donc le nôtre aussi, invite à dépasser.

Témoignage à partager

Dieu est le Tout-Autre, comparé à ce que nous nous imaginons très souvent de lui, et nous ne pouvons pas l'atteindre par nos seuls efforts.  C’est Dieu qui vient se révéler à nous. C'est pour cela qu'il nous fait don de son Esprit. La très belle formule de la Prière Eucharistique nous dit : « L'Esprit est le premier don fait aux croyants » pour que, par leur témoignage, le monde parvienne à la connaissance de la vérité de Dieu. Cette œuvre de Dieu, cette vérité de Dieu, pour l’humanité et pour la création tout entière, est bonne. Cette sollicitude de Dieu, cette œuvre de création, n'est pas un acte du passé : comme si Dieu avait lancé la terre et les humains dans l'espace, une fois pour toutes. Elle est une relation persistante entre le Créateur et ses créatures. Quand nous disons dans le Credo « Je crois en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre », nous n'affirmons pas seulement notre foi en un acte initial de Dieu, mais nous nous reconnaissons en relation avec lui. Il ne faut pas confondre cette sollicitude de Dieu avec « la pensée unique ». Le passage  des Actes des Apôtres nous rappelle que les disciples du Christ, inspirés par la présence de l’Esprit, parlent en langues différentes. Cela est pour nous épargner une fausse piste : la piste de la pensée unique, du projet unique. Nous sommes invités à rechercher l’unité, mais ne nous trompons pas de chemin : l'unité n'est pas dans l'uniformité ! La véritable unité de l'amour ne peut se trouver que dans la diversité et dans l’harmonie. C’est le témoignage de l’Esprit que nous sommes invités à vivre et à transmettre.

Edouard Shatov, a.a.

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Une présence surprenante !    20 mai 2012 - Ascension du Seigneur - Année B

Marc 16, 15-20 Lectures de ce jour

Quarante jours après Pâques, nous fêtons l’Ascension de Jésus ressuscité. C’est le jour où il disparaît au regard de ses apôtres. Comme eux, nous avons notre regard tourné vers le ciel. Mais en même temps, nous ne devons pas oublier de regarder vers la terre. C’est cela le message de l’ange aux apôtres : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » En d’autres termes, nous chrétiens, nous sommes « citoyens du ciel » mais nous marchons vers notre patrie définitive qui n'est pas ici-bas et non pas dans un ailleurs indéfini non plus. Oublier notre foi au Christ ressuscité serait pour nous un aveuglement mortel. Mais cela ne doit pas nous faire négliger la mission confiée par le Christ : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples… »

Accueillir la présence de Dieu

Pendant le temps de Pâques, pendant 50 jours,  nous fêtons le Christ mort et ressuscité. Nous méditons le grand passage de Jésus vers son Père. Cette période est là pour raviver et fortifier notre foi. C’était vrai pour les disciples. L’évangile nous dit qu’ils étaient encombrés par le doute. Mais si le Christ ressuscité est resté visible quarante jours, c’est précisément pour les faire passer du doute à la foi. N’oublions pas que le vendredi saint, ils ont subi un grave traumatisme. Ils ont vu leur Maître mis à mort sur une croix et enfermé dans un tombeau. Pour eux, c’était la fin d’une belle aventure. Mais voilà que le jour de Pâques, Jésus ressuscité les rejoint. Sa première parole, un message de paix, est message d’espérance que nous avons à transmettre à notre monde. Beaucoup vivent dans l’indifférence. D’autres sont hostiles à la foi chrétienne sans même savoir pourquoi. Plusieurs parmi nous sommes douloureusement marqués par la souffrance, la maladie, le découragement.

Accueillir notre mission

Nous sommes invités par Jésus-Christ lui-même à accomplir notre vocation et notre mission, à savoir, si je lis bien les textes d’aujourd’hui : à aider les autres dans les moments difficiles de leur vie. Nous sommes invités à leur communiquer l’espérance qui nous anime. Mais cela ne sera possible que si nous l’entretenons en nous. Il ne suffit pas de regarder ce qui va mal dans le monde. Il nous faut aussi regarder vers le ciel. Des moments de ressourcement sont nécessaires. Se ressourcer, c’est prendre du temps pour la prière, le temps de rencontrer les autres et surtout de se rappeler que l’Esprit Saint nous précède dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. A la suite des apôtres, nous sommes envoyés pour proclamer la bonne nouvelle à toute la création. Pour cette mission, nous ne sommes pas seuls. Jésus reste avec nous. Le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur des hommes. Le monde doit pouvoir découvrir en nous quelque chose de l’amour passionné de Dieu pour tous les êtres humains. Il est important que notre cœur soit de plus en plus accordé à son infinie tendresse pour l’humanité. Alors, ne perdons pas une minute. C’est à chaque instant que nous avons à rayonner de cette lumière qui vient de lui.

Accueillir notre vocation

Cette fête de l’Ascension vient donc nous rappeler le but de notre vie. Avec Jésus, nous devons nous rendre compte qu’il y a dans notre vie des passages essentiels d’une rive à l’autre. Nous sommes en marche vers ce monde nouveau qu’il appelle le Royaume des cieux et c’est là que Dieu veut rassembler tous les hommes et toutes les femmes. Comme nous dit la lettre de saint Paul aux Éphésiens : «  Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait ». Ce qui veut dire, si je lis bien : Dieu ne veut que notre bonheur et notre accomplissement. C’est cette bonne nouvelle que nous avons à annoncer aux hommes et aux femmes de notre temps. Rien ne doit l’arrêter. Les violences, les guerres, les catastrophes n’auront pas le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Nous sommes à dix jours de la Pentecôte. Les apôtres en ont profité pour faire une retraite. Avec eux, nous te supplions, Seigneur : Envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre.

Edouard Shatov, a.a.

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La source de l’amour et de la joie    13 mai 2012 - 6° Dimanche de Pâques - Année B

Jean 15, 9-17 Lectures de ce jour

Quand on dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aime », ça veut dire quoi au juste ? Les lectures de ce sixième dimanche de Pâques nous permettent de mieux comprendre ce mystère : d’où il découle et quelles conséquences s’en suivent.

 

Le projet d’amour depuis toujours

 

Tout commence dans le temps de Dieu, dans son amour. Le projet de Dieu pour l'humanité dure depuis toujours ; c’est un projet d'harmonie universelle. Dans sa lettre, Jean dit : « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » et « dès le commencement », c'est-à-dire depuis les origines. C’est cet amour-là que le Christ laisse à ses disciples comme la réalisation du projet de Dieu en lui, Jésus, et comme commandement pour ses disciples. « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui ». Vivre – au sens de la vie éternelle – c’est connaître Dieu ; et pour que nous le connaissions vraiment tel qu'Il est, et pas tel que nous l'imaginons, Il a envoyé son Fils. Tant que Dieu est invisible, comment le connaîtrions-nous vraiment ? En Jésus, parce qu'Il est Dieu fait homme, nous voyons enfin Dieu sur un visage d'homme et dans des gestes d'homme. « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui », c'est-à-dire pour que nous le connaissions.

 

L’accomplissement de la promesse

 

Pour réaliser ce plan d’amour inconditionnel, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, est venu dans le monde. Et nous, les croyants, nous sommes invités à découvrir que nous devons considérer nos frères et sœurs pour lesquels nous sommes appelés à donner nos vies. Voila une proposition inattendue : c’est de croire  que l’autre, ce n’est ni l’ennemi de Dieu ni mon propre ennemi, pas plus qu’un être indifférent à ma vie ; il nous faut comprendre et accepter que l’autre est mon ami de toujours dans le plan de Dieu. C'est un tournant décisif qui s'amorce.  Pour annoncer la Bonne Nouvelle, il ne s’agit pas d’éviter les autres, mais plutôt de les fréquenter ! Dans une première étape du plan de salut de Dieu, le peuple juif a été choisi et, pendant tout un temps de maturation nécessaire, il fallait préserver la foi et donc rester entre croyants. Et c’est vrai aussi pour toute communauté croyante. Mais vient le temps, une nouvelle étape, où il faut ouvrir les portes aux autres, voire les non-croyants ou les quêteurs de Dieu, pour pouvoir leur annoncer à eux aussi la Bonne Nouvelle. Jésus, lui aussi, avait plusieurs fois fait comprendre à ses apôtres que, désormais, la loi ancienne était caduque, et qu'une nouvelle étape s'ouvrait. Etre fidèle à la foi des pères ne signifie pas répéter indéfiniment leurs manières d'agir et de parler. A questions nouvelles, solutions nouvelles.

 

La joie d’aimer et de vivre

 

Cet accueil du plan miséricordieux de Dieu et le dépassement de la peur de l’autre nous fait entrer dans un temps nouveau, pourrions nous dire dans la vie éternelle. Et la conséquence d’un tel comportement est la joie que Jésus promet et donne à ses disciples. « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie ». Voilà une bonne nouvelle pour ce dimanche ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c'est pour les combler de joie. Quand Jésus Christ nous parle, c’est pour nous combler de joie. Et la raison de cette joie, c'est que la vie de Jésus n'a été qu'amour, à l'image de l’amour de son Père : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Nous serons tout à fait dans la ligne de la lettre de saint Jean : quand l'humanité connaîtra enfin Dieu tel qu'Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit les Saintes Écritures, plus on est frappé de cette insistance : le seul problème de l'humanité, c'est de ne pas connaître Dieu, de se tromper sur Lui. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c'est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants. Accueillons cette bonne nouvelle et retrouvons la joie de vivre !

Edouard Shatov, a.a.

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Les fruits de la Parole     6 mai 2012 - 5° Dimanche de Pâques - Année B

Jean 15, 1-8 Lectures de ce jour

En ce cinquième dimanche de temps pascal l’Évangile nous propose une méditation sur la présence du Seigneur dans la communauté de ses disciples et dans le monde en général.

Entrer dans l’Alliance

Jésus parle de vigne et de vin dans des termes qui suggèrent l'Alliance. Il ne faut pas oublier que, dans l'Ancien Testament, la vigne – parce qu'elle demande beaucoup de soins – était une image privilégiée de l'Alliance entre Dieu et Israël : Dieu étant, bien sûr, le vigneron et Israël le vignoble. La fidélité de Dieu était exprimée par la sollicitude du vigneron pour sa vigne, une sollicitude qui peut confiner à la passion. Quant à l'attitude du peuple élu, tantôt docile, tantôt infidèle, elle reflétait la qualité du raisin, comme par exemple dans le livre du prophète Osée : « Israël, vigne florissante, produisait du fruit à l'avenant ». Mais il arrivait très fréquemment que les raisins soient de mauvaise qualité (traduisez qu'Israël était infidèle à l'Alliance). Or, dès qu'on cesse de pratiquer les commandements, c'est toute la vie familiale, sociale, nationale qui est perturbée. Comment alors faire pour que la vigne soit bien soignée et que le raisin soit savoureux au goût, capiteux dans une coupe ?

Prendre soin

La réponse à cette question est surprenante : Dieu lui-même s’engage à prendre soin de sa vigne pour qu’elle porte du fruit. Et, à plusieurs reprises, il  annonce une Nouvelle Alliance. Le peuple rompt cette alliance, mais Dieu y reste fidèle ; et c’est cela que nous sommes invités à apprendre, à accueillir et à accepter. Comme disait le prophète Jérémie : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR ! », car ils me connaîtront tous, petits et grands - oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n'en parle plus ». C'est donc tout naturellement que Jésus, qui vient réaliser cette nouvelle Alliance, en parle en reprenant l'image de la vigne. Jésus n'a même pas besoin de prononcer le mot « Alliance », tout le monde comprend : quand il développe la comparaison de la vigne, il est clair qu'il annonce une Alliance entre Dieu et les hommes qui se réalise en lui. « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Moi, je suis la vigne, et vous les sarments ». Or ce qu'il appelle « demeurer en lui », c'est être imprégné de ses paroles : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous ». Connaitre le Seigneur, ce que Jérémie annonçait, vient enfin de se réaliser. Car le problème de l'humanité c’est de méconnaître Dieu, de ne pas le considérer comme un Père et Jésus vient de renverser les schémas habituels, accomplir la promesse.

Demeurer dans l’Amour

Jésus n'a rien changé à ce message qui semble bien être la base de la Révélation faite à Israël : le Dieu d'amour a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire fait pour aimer. L'étonnant, c'est non seulement que nous avons bien du mal à pratiquer cette religion-là, mais plus gravement, que nous avons bien du mal à l'admettre, tout simplement. Jésus nous rappelle que le fond de notre foi consiste à aimer. Saint Jean le dit clairement dans sa lettre : « En agissant ainsi, (c'est-à-dire en aimant par des actes et non par des discours), nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité ». L’unique vérité qui nous a été révélée, c’est que Dieu est amour et les hommes sont faits pour aimer. « Dieu est amour : qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ». Saint Jean ajoute que l'amour des autres est le meilleur moyen pour avoir le cœur en paix : « Devant Dieu nous aurons le cœur en paix ; notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses ». Effectivement, celui qui consacre son temps à servir les autres est complètement décentré de lui-même. Cette personne ne se laisse plus décourager par le spectacle de ses imperfections. Car au fond on espère et on sait qu’en demeurant sur la vigne et en se tournant vers les autres nous seront heureux et accomplis non pas en niant ou en culpabilisant nos faiblesses et nos difficultés, mais en les transcendant avec la grâce du Seigneur. Et le raisin sera alors toujours bon !

Edouard Shatov, a.a.

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Jésus, un berger sans pareil !     29 avril 2012 - 4° Dimanche de Pâques - Année B

Jean 10, 11-18 Lectures de ce jour

Il est toujours heureux de savoir que quelqu'un s'intéresse à nous, nous écoute, nous comprend, prend soin de nous, … En faisant suite à une objection des pharisiens, Jésus, comme à son habitude, profite de la circonstance pour faire passer son message. Bien que trop familière dans la société juive de son temps, il se saisi de l’image du berger et de ses brebis pour élucider son propos. Grave encore, il s'identifie lui-même au Bon Pasteur.

Connaissance

En effet, pour Jésus, le bon berger connaît ses brebis et celles-ci le connaissent. Il n’a pas besoin d’exhiber des signes visuels sur les brebis, de les charmer, pour les le inciter à reconnaître sa bonté. C’est sa voix qui leur est personnellement reconnaissable. Elles le reconnaissent du fait qu’il entre chez elles par la porte autorisée. En effet, c’est par son incarnation que le Christ est entré dans la bergerie de notre monde. De ce fait, il peut bien nous comprendre et s’occuper de nous, pour avoir épousé notre condition humaine.

Mais cette connaissance mutuelle implique pour chacun et chacune de nous une rencontre ou une expérience au sens fort du terme. Car connaître le Christ c’est exposer notre vie à sa lumière qui l’éclaire et la transforme. De cette façon, nous pouvons vraiment vivre une relation personnelle avec lui. Cela nous permet aussi de savoir bien écouter sa voix, de la distinguer de celle des mercenaires et de lui obéir constamment.

Don de soi

Jésus est le bon berger parce qu’il assure et sécurise la vie de ses brebis en exposant la sienne pour elles. Ainsi, risquer sa propre vie devient le signe qui consacre et légitime l’authenticité du bon berger qui prouve par là qu’il est le propriétaire de son troupeau et non un mercenaire. Jésus-Christ l’a fait en offrant sa vie pour notre salut, alors que le faux berger, l’imposteur, celui pour qui la vie de la brebis n’a pas de prix l’abandonne, l’hypothèque sans insouciance aucune, à l’approche des loups voraces.

C’est dire que la véritable expérience de Dieu conduit inéluctablement au don de soi-même. Et plus on avance dans la connaissance de Dieu, moins on se sent indisposé à se dessaisir de sa propre vie pour le bonheur des autres. Cela n’est possible que si nous vivons attachés au Christ. Car, une vie chrétienne qui se prive de jouir constamment de la proximité de Jésus s’étiole. Se passer de la compagnie de Jésus ouvre la voie vers la déchéance et l’inconfort d’une vie sans horizon. 

Confiance

Enfin, se savoir sous la garde de Jésus, le Bon pasteur, devait nous libérer de nos peurs et des angoisses du monde présent, nous menant ainsi à vivre sans crainte et en confiance notre vie, en sachant qu’auprès de lui est la grâce, la pleine délivrance. En ce jour où nous prions pour tous ceux et celles qui ont reçu la charge de conduire, accompagner, guider leurs frères et sœurs. Offrons-les au Bon pasteur pour qu’à son école, ils deviennent aussi des pasteurs selon son cœur. Car, quoiqu’ils n'arrivent pas parfois à être aussi bons que nous les voudrions, ils sont tout de même l'image la plus proche que nous ayons du Bon Berger dont nous avons toujours besoin. Qu’ils nous rappellent au jour le jour, le visage de Jésus-Christ, pasteur par excellence.

Sébastien Bangandu

 

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Témoins d’une présence !     22 avril 2012 - 3° Dimanche de Pâques - Année B

Luc 24, 35-48 Lectures de ce jour

Quand on doit aller parler aux gens de ce qu’on vient de voir, toucher, ou même expérimenter, c’est différent que quand on raconte ce qu’on ne sait que par ouï-dire. La conviction du disciple, l’efficacité de son témoignage, découlent d’une relation de communion profonde et vivante avec le Christ lui-même. Non parce qu’on l’a vraiment saisi, mais du fait de l’emprise que sa présence exerce sur nous. Les disciples qui rentrent d’Emmaüs parlent de quelqu’un de vivant, de vrai. Pour preuve, alors qu’ils en parlent encore, lui-même est là, au milieu d’eux, dans le vif !

Croire

Cette apparition du Christ au milieu de ses disciples comporte deux aspects différents. Le premier est un effort visant à vaincre l'incrédulité des disciples, leur lenteur à croire à un événement dont ils étaient déjà au courant. Le deuxième est une preuve que le Christ est effectivement ressuscité. Loin d’être un fantôme, il apparaît dans toute son humanité, il peut manger, être touché, vu et entendu. Bien que ce fait ne soit pas une preuve tangible de la résurrection du Christ, il demeure cependant un vrai support à la démarche de celui qui cherche à y croire.

Cependant, à première vue, il peut nous sembler choquant et même inadmissible que ceux qui constituaient l’entourage immédiat de Jésus, ses plus proches, aient mis si longtemps à croire qu’il était ressuscité. Mais cela peut se comprendre dans la mesure où ils étaient témoins oculaires de ses souffrances et de sa mort et connaissaient bien l’endroit où il était enseveli.  A cause de cela, mais aussi du fait qu’ils étaient prisonniers des croyances de leur temps, il leur était difficile de s’imaginer qu’il soit ressuscité.

Accueillir

Voilà pourquoi, de son côté, le Christ doit rafraîchir leur mémoire en leur ouvrant l’esprit au sens des Ecritures. Ainsi qu’il l’avait déjà fait auparavant, le Ressuscité rappelle à ses disciples que l'évènement de la résurrection est, sans nul doute, l’accomplissement de ce qui leur était déjà annoncé par l'Écriture. Mais si Jésus se donne la peine d’ouvrir leur esprit au sens de l’Ecriture, les disciples, de leur part sont appelés à ouvrir leur cœur pour accueillir et intégrer ce grand mystère de notre foi.   

En se rendant instantanément présent au milieu des disciples, le Christ affirme sa présence toujours réelle et active au milieu des siens. Car, là où deux trois sont réunis en son nom, il est au milieu d’eux (Mt 18, 20). C’est dire que le Ressuscité est vraiment présent et agissant dans nos vies, même quand nous ne nous en rendons pas compte. Quelques temps auparavant, les mêmes disciples s’en étaient déjà persuadés : « Nos cœurs n’étaient-il pas tout brulant quand il nous parlait en chemin… ? » Lc 24, 32). Cette présence du Christ se manifeste parfois jusque dans les moments les plus banales de notre vie quotidienne.

Espérer

Enfin, la résurrection est un événement fondateur de notre vie de foi. Elle suscite en chacun de nous une vision nouvelle de la vie, de l’histoire et de notre temps.  Dieu qui a ressuscité Jésus-Christ ressuscite aussi nos propres existences. Face aux difficultés de la vie humaine, les échecs, la souffrance, la violence, la mort, l’espérance de la résurrection ouvre comme une brèche dans le mur de notre incrédulité. Dès lors, nous sommes appelés à devenir des témoins vivants de cette espérance, ses acteurs et ses disciples engagés : « C’est vous qui en êtes les témoins » (Lc 24, 48).

P. Sébastien Bangandu

 

 

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La résurrection du Christ, une affaire de foi !   15 avril 2012 - 2° Dimanche de Pâques - Année B

Jean 20, 19-31 Lectures de ce jour

Croire aujourd'hui représente un réel défi aussi bien pour le croyant lui-même que pour le non croyant. Même si les saintes écritures nous donnent des exemples d’hommes et des femmes de foi qui ont marqué leur temps, il n’en reste pas moins vrai que la foi reste une quête difficile.

 

Une dure épreuve

 

En effet, dès le soir du premier jour de la semaine, l'expérience des disciples nous montre que la rencontre du Christ est une source de bonheur pour le croyant, mais en même temps une dure épreuve surtout quand on doit s'appuyer sur le témoignage des autres pour croire. En effet, tout comme les disciples qui refusent de croire au témoignage des femmes, Thomas résiste à ses compagnons qui lui annoncent avec joie : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Il refuse de croire sans avoir vu de preuve tangible. Mais Jésus lui reproche son incrédulité en déclarant heureux ceux qui croient sans avoir vu. Cette réponse de Jésus nous renvoie à la réalité même du Royaume de Dieu, qui est avant tout une réalité de foi, parce qu’intérieure et invisible à l’œil nu. C’est qu’avant d'être visible, la foi en Jésus-Christ prend d’abord place dans le cœur de ceux et celles qui le reçoivent. Et c’est de l’intérieur que, telle du levain, elle travaille à la  transformation de toute notre existence. Et c’est par la puissance de l’Esprit que le Règne de Dieu s’établit en nous. Or la vie de l'Esprit en nous dépend de la qualité de notre relation personnelle avec Jésus-Christ, laquelle assure le rayonnement quotidien de notre foi.

 

Une foi en quête d’intelligence

 

Mais en opposant le doute aux allégations de ses collègues, Thomas fait aussi preuve de jugement. Car vivre sa foi aujourd'hui invite au discernement et à des choix qui sont en conformité avec l'évangile et l'appel intérieur qui peut être particulier à chacun et à chacune de nous. Ceci permet de vivre une expérience originale, qui est celle de l’intelligence de la foi. Mais au bout du compte, il est important pour celui qui questionne sa foi de savoir que le bonheur vient d’un décentrement, d’une sortie de soi, d’une « conversion » à une vie nouvelle. Et si l’Esprit vit en nous selon ce qu'il veut, il finit par se manifester aussi de manière visible, car la foi vraie engendre la manifestation de la puissance et de la gloire de Dieu, selon que Jésus dit : « Si tu crois tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11, 40). Grâce à cette intelligence toujours en éveil, une interaction continuelle sans cesse plus puissante, se développe entre ce que Jésus a vécu et ce que son disciple a à vivre. En s'adaptant à son temps et à son lieu de déploiement, le témoignage du disciple devient l'écho du témoignage de Jésus-Christ et sa mission prolongera celle de son maître.

 

Reconnaître le Ressuscité

 

Ainsi, la foi est ce cheminement patient et discret qui fait approcher du mystère de Jésus-Christ. Elle est également la voie qui permet de faire du mystère de Dieu une approche plus digne de ce que Jésus-Christ a vécu et de ce que chacun de nous est appelé à vivre pour atteindre, selon la mesure des grâces reçues, la plénitude de la stature du Christ ressuscité. Que Pâques éveille en nous cet élan de foi qui nous fera découvrir, au quotidien, le visage du Ressuscité.

P. Sébastien Bangandu

 

 

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Témoins du grand mystère   8 avril 2012 - Jour de Pâques

 

Jean 20, 1-9 Lectures de ce jour

 

C’est Pâques ! La mort qui, de tout temps terrorise l’humain, est aujourd’hui vaincue par le Christ. Mais d’où lui vient cette force ? Dès les premières lignes de son évangile, Jean note qu’ « il fait encore sombre » quand Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin. C’est bien la situation initiale de l’humanité telle que décrite dans la Genèse. En effet, « avant que la lumière fut, la terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface des abîmes » (Gn 1, 1-2).

 

Une foi difficile

 

La lumière de la Résurrection vient donc réhabiliter l’humanité et redorer son image défigurée par la souffrance et la douleur. Mais cette lumière demeure encore un mystère même pour ceux et celles-là qui ont côtoyé Jésus-Christ de plus près. Pour preuve, jusqu'à cette expérience du tombeau vide, les disciples connaissent un blocage. Certes, ils l’ont vu mort, et pour eux, tout était fini. Malgré cela, et sans avoir tout compris de ce que Marie Madeleine leur raconte, ils se hâtent quand même vers le tombeau.

 

Marie Madeleine elle non plus ne semble pas avoir bien compris ce qu’elle venait de voir. Mais elle se décide de braver les barrières de la tradition pour aller annoncer la nouvelle aux Apôtres. C’est dire qu’avoir la foi au Ressuscité n’est pas du tout facile à vivre. Comme les disciples de l’évangile, nous courons de toutes nos forces pour faire notre propre expérience du Ressuscité. Parfois, comme ce fut le cas pour Pierre devant le tombeau, il n'y a pas de réponse claire au bout de la course. Aucun détail décisif ne saurait trancher le débat une fois pour toutes. Néanmoins, le fait d'y aller nous-mêmes nous permet d’avoir un réel contact avec l’événement. Et c’est ce contact avec le vide qui peut déclencher un mouvement de foi et d’espérance.

 

Communion et témoignage

 

Pris au dépourvu face à un tombeau vide, nous pouvons laisser entrer dans notre cœur l’éclat soudain d’une lumière inespérée. Alors nos yeux pourraient s'ouvrir pour faire écho de la bienveillance de Dieu à notre égard. Ainsi, à la suite de Jean, nous pourrons dire : « J’ai vu et j’ai cru ». C’est justement cette foi que le Christ vient raviver en nos cœurs. Car, comme le dit bien Paul, « si le Christ n’était pas ressuscité, vaine serait notre foi » (I Cor 15, 17). Dès lors, nos propres souffrances et épreuves, notre mort même, ne sont plus sans issue, puisqu'elles se trouvent déjà assumées et vaincues par le Ressuscité qui est vivant en nous.

 

Par ailleurs, la foi au Christ ressuscité nous ouvre à une expérience de communion profonde avec lui. Car si la résurrection de Jésus demeure le cœur de la foi chrétienne, il va sans dire que le cœur de la vie chrétienne est d'intégrer le style de vie du Ressuscité au quotidien de notre existence. De cette communion intime pourra alors jaillir une vie tournée vers les réalités d’en haut (Col 3, 1). Ainsi, transformée par la force du Ressuscité, notre vie devient témoignage de celui qui nous a fait passer des ténèbres de la mort à son admirable lumière.

 

Vulgariser la nouvelle

 

Enfin, le Christ est ressuscité. Il est vivant au milieu de nous. A notre tour, n'attendons pas d'avoir tout compris pour oser inviter le monde à sa rencontre. Témoins d’une réalité qui nous dépasse, allons vulgariser cette bonne nouvelle pour que l’espérance renaisse enfin dans notre monde voué à la fatalité et au désespoir. Merveille plus grande encore que l'œuvre de la Création, la résurrection nous réhabilite et restaure notre dignité de créature merveilleuse de Dieu. Que tous les baptisés découvrent, en ce grand jour de l’histoire de notre foi, la beauté de vivre en syntonie avec le Ressuscité.

 

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Le prix du don de soi    1er avril 2012 - Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur - Année B

Mc 14, 1-15, 47 Lectures de ce jour

Dévoué, tenace, exigeant, jusqu’au-boutiste, impliqué…, c’est le profil qu’on peut bien assigner à Jésus-Christ qui, sachant d’avance tout ce qui l’attendait dans cette ville qui « tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés » (cf. Mt 23, 37), serre ses dents, durcit son visage et prend avec courage la route de Jérusalem. Prendre avec courage la route de Jérusalem c’est, pour Jésus, un chemin d’accomplissement, de réalisation de sa mission rédemptrice.

Une passion

De ce point de vue, Jésus-Christ se présente aujourd’hui plus que jamais comme le porteur du destin de l’humanité. Il est venu pour transformer la Jérusalem terrestre en Jérusalem céleste (cf. Ap. 21, 18), c’est-à-dire ce Royaume du Père où il n’y aura plus ni deuil, ni cris, ni larmes, ni douleurs, car les humains alors se conformeront pleinement, en parfaite conscience, à la volonté de Dieu. Une telle mission pouvait s’avérer encore plus difficile pour Jésus-Christ  s’il n’était pas cet homme du devoir, passionné pour le salut de l’humanité. Dans la vie courante, on sait que les profils du genre Jésus-Christ, souvent recherchés, doivent toujours être gérés avec beaucoup de doigté. En fait, les personnes passionnées sont un vivier à part qu'il faut gérer à bon escient. Avoir de tels profils dans une nation, une église, un organisme, une équipe ou une entreprise est un avantage, mais aussi une rude tâche pour leur dirigeants ou responsables. On sait comment Jésus-Christ, toute sa vie durant, a été aux prises avec les sommités politique et religieuse de son temps.

Un témoignage

Jésus-Christ est ainsi le prototype des prophètes et des esprits éclairés de tous les temps qui ont bousculé, à travers leurs paroles et leurs actions, l’imaginaire de leurs contemporains. Sa passion pour l’humain était si forte qu’elle ne pouvait l’obliger de renoncer à sa mission salvifique. Son exemple nous encourage à témoigner des valeurs de l’Évangile sans compromis. Il nous incite, par ailleurs, à croire fermement que c’est seulement en adhérant sans réserve à la parole de Dieu et en faisant le don généreux de nous-mêmes à nos frères et sœurs que nous pouvons atteindre la plénitude et l’authenticité de la vie.  A la suite de Jésus-Christ, tenace jusqu’au bout de sa mission terrestre, prenons le courage de la vérité. Comme les grands prêtres, jaloux du succès des enseignements et des miracles de Jésus-Christ auprès des foules, comme Juda qui l’a trahi, comme la foule et les disciples qui l’ont abandonné, comme Pierre qui l’a renié, nous l’avons tous, d’une manière ou d’une autre, porté au bois du supplice. Mais Dieu, par sa puissance l’a fait triompher des souffrances et de la mort pour inaugurer notre propre victoire. Aussi nous faut-il nous donner tout entier à lui, pour qu’il nous remplisse de sa vie.

Un appel

Enfin, par sa mort sur la croix pour nos péchés, le Christ est celui qui, en nous, va lui-même combattre, comme un allié vient au secours de son ami. Nous sommes sûrs de sa présence et de son combat victorieux pour nous puisque c’est lui le garant de la vie nouvelle que fera briller en nous la lumière de Pâques. Que dans le quotidien de notre existence, les petits actes de charité fraternelle, posés avec amour, les exigences quotidiennes d’amour et de renoncement envers notre prochain, se transforment en dons et sacrifices susceptibles de nous configurer au Christ dont le don total nous a valu le salut.

Sébastien Bangandu, a.a.

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 L’Apprentissage du Désir   25 mars 2012 - 5° Dimanche de Carême - Année B

Jean 12, 20-33 Lectures de ce jour

En ce cinquième dimanche du Carême, l’Évangile de Jean, nous révèle que Jésus, comme tout être humain, doit apprendre à ajuster le désir de l’homme au désir de Dieu. C’est peut-être là, le plus difficile et le plus nécessaire apprentissage en ce temps de préparation aux fêtes pascales.

Apprendre à voir

Tout d’abord, des Grecs – dans ce cas-là ce sont des Juifs de la Diaspora –  se présentent et s'adressent aux disciples du Seigneur: « Nous voudrions voir Jésus ». Ils veulent non pas seulement l'apercevoir, mais le rencontrer, lui parler. Ils sont « montés à Jérusalem », comme on dit, et ils y sont venus en pèlerins pour « adorer Dieu durant la Pâque ». En même temps ils souhaitent approcher Jésus. Il est difficile de deviner à quel point leur demande est extraordinaire et appropriée. C’est en rencontrant Jésus, qu'ils accompliront leur meilleure démarche d'adoration de Dieu. Mais, bien-sûr, ils ne le savent pas encore. Jésus, lui, fait le rapprochement. Ses disciples viennent lui dire que des Grecs souhaitent le voir et il leur répond : « L'Heure est venue pour le Fils de l'homme d'être glorifié », c'est-à-dire révélé comme Dieu. Dieu fait Homme désire aussi voir les hommes de toutes origines et se révéler à eux, entrer intimement dans leur vie.

Apprendre l’angoisse

Cette entrée ne se fait pas en un tournemain. L’Évangile que nous lisons aujourd'hui nous dit bien les sentiments qui habitent Jésus : l'angoisse mais aussi la confiance, la certitude de la victoire.  Tout d’abord l'angoisse. « Maintenant, je suis bouleversé » : cela résonne déjà comme un écho de sa prière à Gethsémani, de son désir d'échapper à la mort. C’est l'angoisse, oui, mais aussi la confiance. Jésus ne dit-il pas : « Que ta volonté de son Père soit faite », en toute confiance ? Il sait que, de cette mort, son Père fera surgir la vie pour tous. Angoisse, confiance, et pour finir, certitude de la victoire : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi », et encore : « Le prince de ce monde va être jeté dehors ». Dans ces deux phrases apparemment dissemblables, c'est de la même victoire qu'il s'agit : celle de la vérité, celle de la révélation de Dieu. Le prince de ce monde, justement, c'est celui qui, depuis le jardin de la Genèse, nous bourre la tête d'idées fausses sur Dieu. Tandis qu’au contraire, en contemplant le témoignage du Christ sur la Croix, nous pouvons nous rendre compte jusqu'où va l'amour de Dieu pour l'humanité. Nous ne pouvons qu'être attirés par lui. Car le Christ sur la Croix est le signe du triomphe de l'amour.

Apprendre à faire confiance

Ce choix n’est pas facile. Ni pour Jésus ni pour nous. Dans notre deuxième lecture, saint Paul n'hésite pas à dire que Jésus a aussi connu, comme tout homme, un apprentissage : « Il a appris l'obéissance par les souffrances de sa passion ». Ce mot d'apprentissage signifie qu'il a eu, comme tout homme, un chemin à parcourir : le chemin de la souffrance et de l'angoisse devant la mort. Comme Jésus, face à une telle réalité, l'humanité connaît deux attitudes possibles, la peur de Dieu ou la confiance en Dieu. Et parce que Jésus n'a pas quitté la confiance dans le Dieu de la vie, son chemin l'a conduit à la résurrection. Cette confiance qui conduit Jésus à la résurrection est aussi pour chacun et chacune d’entre nous le chemin qui conduit au salut, au bonheur éternel. Car le « salut », c'est précisément connaître Dieu tel qu'il est, c’est-à-dire le Dieu dont l'amour fait vivre. Pour vivre une telle confiance il nous faut, comme Jésus apprendre à prier. Prier, c'est rester en contact avec Dieu, lui faire confiance. Notre plus grande tentation c’est de soupçonner les intentions de Dieu, de penser qu'il nous veut du mal et donc de nous révolter et de ne pas nous confier en lui. Or suivre l'exemple du Christ, semble-t-il, c'est premièrement, oser dire à Dieu notre désir, et reconnaître que le Désir de Dieu correspond à notre bonheur et à notre accomplissement.

Edouard Shatov, a.a.

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La Joie d’être aimé et sauvé    18 mars 2012 - 4° Dimanche de Carême - Année B

Jean 3, 14-21 Lectures de ce jour

Ce quatrième dimanche de Carême est traditionnellement le dimanche « De Gaudete » – « le dimanche de la joie » – en plein milieu de notre route vers la fête pascale. L’Évangile de Jean enracine cette joie dans l’amour même de Dieu. C’est une pensée très claire dès le début de son Évangile, car aujourd’hui nous lisons un passage tiré du troisième chapitre, et c’est déjà une certitude qui demeurera tout au long de l’œuvre johannique.

Sauvés dans l’humanité 

Tout d’abord Dieu nous aime et nous invite à le rejoindre tels que nous sommes. Non parce que nous serions des êtres idéals, parfaits et impeccables. Dieu nous invite à nous approcher de lui avec nos faiblesses et nos blessures, avec même les morsures des serpents venimeux, avec les morsures du mal et du péché. Peut-être devons-nous nous rappeler une fois de plus que Dieu nous aime non pas parce que nous sommes bons, mais que nous sommes bons parce que Dieu nous aime. Et comme Dieu libère le peuple hébreu des morsures mortifères – si je lis bien le texte et l’applique à l’élévation de Jésus sur la Croix – Dieu ne nous sauve pas hors de notre humanité. Dieu épouse notre nature humaine et par cet acte nuptial il nous révèle notre vocation ultime. Notre salut, notre plénitude et notre joie consistent non pas dans le rejet de ce que nous sommes mais dans la transformation de notre humanité pour la rendre toujours plus belle, plus miséricordieuse et entrer ainsi dans la plénitude de l’amour.

Sauvés dans l’amour 

La raison de ces épousailles, c’est l’amour de Dieu, un amour gratuit et généreux. Dans le texte d'aujourd'hui, Jésus lui-même reprend ce thème avec force : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». Il semble qu’il faut que nous nous rappelions sans cesse que le dessein de Dieu est bienveillant. Le passage de la lettre de saint Paul aux Éphésiens est extrêmement répétitif et résonne en écho de l’Évangile. Cette insistance est évidemment intentionnelle : « Dieu est riche en miséricorde », « le grand amour dont il nous a aimés », « le don de Dieu », « sa bonté pour nous », « la richesse infinie de sa grâce ».  Tout cela pour dire que Dieu se tourne vers nous de tout éternité et qu’en lui il n’y a pas de mal ou de méchanceté vis-à-vis de l’être humain, vis-à-vis de chacun  et de chacune d’entre nous. Il s'agit désormais de la conversion de l'homme en profondeur. Quand Jean, au moment de la crucifixion du Christ, écrit : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé », il cite une phrase du livre de prophète Zacharie au chapitre 12 qui dit bien en quoi consiste cette transformation de l'homme, ce salut que Jésus nous apporte : « Alors ils regarderont vers moi, celui qu'ils ont transpercé ». Cela veut dire que l’amour de Dieu nous rendra la possibilité d’aimer de la même manière.

Sauvés dans la foi 

Et c’est là notre difficulté principale. Croire que l’amour de Dieu est la grâce et que nous sommes capables d’entrer dans ce dessein d’amour. On le sait bien, un amour peut être méconnu. La méprise sans cesse renaissante de l'être humain sur les intentions de Dieu est l'un des thèmes majeurs de l'Ancien et de Nouveau Testament. Notre malheur, c'est que cette méfiance nous détourne de Dieu et donc de notre source de vie. Nous devons juste nous rappeler que pour Dieu cela peut être une difficulté mais pas un obstacle dans la communion avec nous. Dieu lui-même nous attire à lui. Comme le dit Jésus lui-même dans l'Évangile de Jean : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». C’est cette vérité que nous sommes invités à accueillir au plus profond de notre cœur. Dieu ne souhaite pas notre malheur, en aucune circonstance. Dieu souhaite l’accomplissement de notre vocation et de notre destinée, et c’est une source de joie inépuisable pour chacun et chacune d’entre nous. La joie d’être aimé, qui nous habite, révèle au monde que nous sommes sauvés, que nous avons vaincu la mort, résultat de la morsure du péché, par notre regard posé sur le Crucifié.

Edouard Shatov, a.a.

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Dieu, est-il un indigné ?      11 mars 2012 - 3° Dimanche de Carême - Année B

Jean 2, 13-25 Lectures de ce jour

En ce troisième dimanche de Carême l’Évangile de Jean nous offre une scène extraordinaire : Jésus se comporte avec indignation et cela juste au début de son ministère public. Si les Évangiles synoptiques situent cet épisode plutôt vers la fin de leurs récits, Jean le place juste au début du sien. Cela a donc de l’importance. Les questions essentielles que ça nous pose pourraient être : « Pourquoi une telle colère ? Où se trouve le véritable lieu de la révélation de Dieu ? » Essayons de comprendre ce qui se passe au Temple ce jour-là.

Les nécessités de la vie : c’est quoi ?

Mettons-nous à la place de ceux qui ont assisté à cette colère de Jésus : il y a longtemps qu'on trouve sur l'esplanade du Temple les marchands d'animaux. Ils sont nécessaires car quand on vient en pèlerinage à Jérusalem, parfois de très loin, on s'attend bien à trouver sur place des bêtes à acheter pour les offrir en sacrifice. Quant aux changeurs de monnaie, on en a aussi besoin : on est sous occupation romaine, et les pièces frappées à l'effigie de l'empereur sont indignes de figurer à la quête ! Et pourtant, en ville, elles sont indispensables. Donc, en arrivant au Temple, on change ce qu'il faut contre de la monnaie juive.  Jésus donc connaît et comprend tout cela et pourtant : qu'est-ce qui lui prend ?  Avant de considérer la colère de Jésus, nous devons nous rappeler que le Temple existe pour maintenir une relation vivante entre Dieu et son peuple. Et cette relation vivante avec Dieu devrait permettre de vivre en amour avec notre prochain. C’est ce que les commandements d’hier et d’aujourd’hui nous rappellent.

Pour qui se prend-il ?

La  violence de Jésus est inattendue, ses paroles encore plus ! Il lance un reproche plus que vif aux vendeurs : « Ne faites pas de la Maison de mon Père une maison de trafic ». Cela laisse entendre qu'il se prend pour un prophète. Souvenons-nous que c’est le prophète Jérémie qui avait lancé : « Cette Maison sur laquelle mon Nom a été proclamé, la prenez-vous donc pour une caverne de bandits ? » (Jr 7, 11). Mais il y a même une autre possibilité. Il se prend carrément pour le Messie, car le prophète Zacharie avait annoncé : « Il n'y aura plus de marchand dans la Maison du Seigneur le tout-puissant en ce jour-là ».  « Ce jour-là » est  le jour de la venue du Messie (Za 14, 10). Et, pire encore peut-être, en parlant du Temple de Jérusalem, Jésus ose dire « la Maison de mon Père ». Si nous écoutons Jésus attentivement nous voyons qu’il reproche aux vendeurs d’animaux et aux changeurs de monnaies d’occuper un espace qui ne leur est pas destiné. Normalement, les marchands de bestiaux auraient dû se trouver dans la vallée du Cédron et sur les pentes du mont des Oliviers. Peu à peu, ils se sont rapprochés du Temple jusqu'à s'installer sur l'esplanade !  Ils devraient être ailleurs. Il  me semble qu’on a oublié que les services du Temple ne sont que des moyens au service de l’amour et que ce n’est plus le cas. Mais c’est aussi une manière de dire qu’avec la venue de Jésus, avec la venue du Messie, la venue de Dieu incarné, le rôle du Temple de Jérusalem est devenu obsolète. Et cela ne peut pas ne pas produire de colère. A partir de cela, la persécution qui attend Jésus va se profiler. Nous sommes encore au tout début de l'Évangile de Jean, mais le procès de Jésus est déjà commencé. A lui, bientôt, s'appliquera pleinement la plainte des persécutés pour la justice : « L'amour de ta maison fera mon tourment ».

Le lieu de la révélation de Dieu

Pour accepter ce que Jésus vient de dire et accomplir, il faut être très bienveillant. Et comme on le sait bien, la bienveillance dans les affaires religieuses est une attitude difficile. Pour reconnaître la gloire de Dieu, il ne faut pas simplement s’émerveiller devant la fumée des sacrifices. Il nous faut contempler le visage de Jésus-Christ, le visage qui se fait tellement bienveillant vis-à-vis des êtres humains qu’il se livrera par amour à la mort. C’est cela que nous sommes invités à redécouvrir avec saint Paul. A force de relire les Écritures et de méditer sur le scandale de la croix du Christ, il a découvert ce que personne n'avait imaginé : non seulement Jésus s’indigne, mais il s’indigne au nom de l’amour, un amour qui le conduira à la croix. Car la croix ne doit pas nous scandaliser, au contraire, elle doit nous émerveiller ! La croix est justement le lieu où Dieu se révèle, où Dieu révèle jusqu’où va son amour pour l’humanité !!! Et c'est en cela qu'elle nous délivre ! Car, enfin, nous connaissons Dieu tel qu'il est !!! La croix est le lieu de la révélation du plus grand amour ! Un amour capable d'aller jusque-là. Et quand l’amour est bafoué Dieu s’indigne !

Edouard Shatov, a.a.

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Si Dieu est pour nous… !     4 mars 2012 - 2° Dimanche de Carême - Année B

Marc 9, 2-10 Lectures de ce jour

Chaque année, le deuxième dimanche de Carême, nous relisons dans les évangiles l'un des trois récits de la Transfiguration.  Ce que d’aucuns remarquent dans ce texte de Marc, et qui a de quoi surprendre, avouons-le,  c’est la consigne étonnante que donne Jésus à ses disciples : « Il leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts ».

 

La gloire de Dieu et de l’Humanité

 

Tout d'abord, rappelons-nous avec les disciples ce qu’ils ont vu.  Jésus leur est apparu en gloire, sur une montagne, entre deux des plus grandes figures d'Israël : Moïse le libérateur, celui qui a transmis la Loi, et Elie, le prophète de l'Horeb. Nous, qui connaissons la suite de l'histoire, si j'ose dire, nous savons – ce que les disciples ne savent pas encore –  que, quelque temps plus tard, Jésus sera sur une autre montagne, crucifié entre deux brigands. Jésus, lui, n’ignore pas que la plus grande difficulté de la foi des apôtres sera de reconnaître en lui ces deux réalités du Messie qui ne font qu’une : il est le Fils bien-aimé du Père, glorieux et exalté ; il est aussi le Serviteur souffrant dont le visage sera rendu méconnaissable. De plus, il est l'image même du Père : « Qui m'a vu a vu le Père », dira Jésus à Philippe la veille de sa mort (Jn 14, 9). C’est une phrase-clé pour entrer dans le mystère du Christ.

 

Les visages de Dieu et de l’Humanité

 

Ces deux images, la gloire et la souffrance, sont deux aspects de l’amour de Dieu pour l'humanité, tel qu'il s'incarne en Jésus-Christ. Saint Paul nous le répète dans la lettre aux Romains : l'amour de Dieu est « manifesté » (rendu visible) en Jésus-Christ (Rm 8, 39). Aujourd’hui l’Apôtre va même plus loin dans cette affirmation. Il nous assure que si Dieu est pour nous, rien ni personne ne pourra quelque chose contre nous ! À plusieurs reprises, Jésus lui-même a relié la gloire et la souffrance en parlant du Fils de l'homme ; mais il est encore trop tôt pour que les disciples comprennent et acceptent ce mystère du Messie souffrant et glorieux. Peut-être, pour l’instant, Jésus veut-il tout simplement leur faire comprendre qu’un vrai amour et qu’une vraie gloire acceptent par sollicitude pour l’autre de traverser même les souffrances les plus terribles et les tourments les plus difficiles. C'est pour cela, probablement, que Jésus leur recommande de ne raconter à personne ce qu'ils ont vu, « jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts ». Car cette contemplation du Christ transfiguré mène les disciples à l’écoute. L'expression « Écoutez-le » retentit à leurs oreilles comme un écho de cette profession de foi qu'ils récitent tous les jours, puisqu'ils sont Juifs, le « Shema Israël », « Écoute Israël ». C'est un appel à la confiance quoi qu'il arrive. Confiance qui sera durement éprouvée dans les mois à venir. La Transfiguration est donc un moment-charnière du ministère de Jésus, c’est peut-être même LE MOMENT : en effet le ministère en Galilée achève, Jésus va maintenant prendre le chemin de Jérusalem et de la croix. Le titre de « Bien-aimé » va dans le même sens : c'était l'un des noms que le prophète Isaïe donnait à celui qu'il appelait le Serviteur de Dieu. Isaïe disait que ce Messie connaîtrait la souffrance et la persécution pour sauver son peuple.

 

La route de Dieu et de l’Humanité

 

Mais Jésus estime que tout cela doit encore demeurer secret. Pourquoi ? Probablement parce que les disciples ne sont pas encore prêts à comprendre – et les foules encore moins – le mystère de la Personne du Christ. C’est aussi un avertissement qui s’adresse à nous. La lueur de gloire, indépendamment de son origine, ne doit pas nous tromper. Ce n'est pas la marque du succès et de la gloire à la manière humaine, c'est le rayonnement de l'amour que nous devons prendre en compte. Pour les disciples, et pour nous aussi, il faut redescendre de la montagne, résister à la tentation de nous installer à l'écart, sous la tente, mais au contraire il nous faut affronter l'hostilité, la persécution, la mort. La vision s'est effacée : « Ils ne virent plus désormais que Jésus seul ». Mais une fois de plus : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? »

Edouard Shatov, a.a.

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Le désert, un creuset pour notre foi     26 février 2012 - 1° Dimanche de Carême - Année B

Marc 1, 12-15 Lectures de ce jour

   C’est dans un contexte de grande terreur que le Christ poursuit la difficile mission de la prédication de la bonne nouvelle. Car Jean-Baptiste vient d’être arrêté, la rumeur se répand comme une traînée de poudre, son exécution prochaine est certaine. L’heure du défi a donc sonné. Dès lors, la menace de mort plane sur quiconque osera s’aventurer sur cette voie.

Faire face

   Mais voilà que Jésus-Christ, qui venait à peine d’être baptisé, expose sa vie en se risquant sur un terrain glissant, sur lequel le Baptiste s’est hasardé il y a peu. Jésus sait déjà ce qui l’attend, mais n’abdiquera jamais devant la violence de ses ennemis et les différentes embuches qu’il rencontrera sur sa route. En partant pour la Galilée, Jésus choisit donc de se mouvoir, contrairement au Baptiste vers qui les gens devaient accourir pour se faire baptiser. Il doit donc rejoindre les gens dans leur milieu naturel, car c’est dans la monotonie du quotidien que l’Évangile nous rejoint. Le message de Jésus-Christ est d’une simplicité légendaire. Il invite le pécheur à s’en remettre à la bonté d’un Dieu miséricordieux, plein de tendresse et d’amour. Dans sa simplicité, le Christ proclame que le Royaume de Dieu est tout proche pour être accueilli par tous ceux et celles qui désirent changer leur vie. De ce point de vue, le Royaume est un appel à la synergie, à une rencontre, au repentir qui est le retour de la créature exilée vers la source de son être. C’est également une ascension qui nous fait passer du terrestre au céleste, du conditionné vers la liberté.

Croire

   Et c’est au sortir du désert que Jésus, revigoré par l’épreuve et enveloppé de la présence du Père, commence son apostolat. En gagnant la Galilée, carrefour des cultures, Jésus-Christ veut aller à la conquête d’une humanité que la misère et le péché défigure. Et c’est à travers le désert, terre désolée et aride, terre de tous les dangers pour le pèlerin de l’Inconnu que Jésus bravera les puissances du mal. Temps de dure épreuve et de la dépossession de soi, le désert l’est aussi du fait qu’il provoque, chez celui qui en fait l’expérience, une soif inextinguible de Dieu. Le renoncement qu’on y vit devient ainsi la source de floraison d’une vie toute tournée vers l’unique nécessaire. C’est le versant eschatologique du Royaume de Dieu, qui fait du désert le lieu véritable de l’épanouissement de la vie. Par ailleurs, la tentation de Jésus au désert est le temps de l'épreuve où il fait l’expérience d’une profonde communion au Père, dans une obéissance filiale indéfectible. C'est une invitation pour chacun à faire de notre carême un chemin de renaissance à la vie nouvelle. Ainsi, si nous vivons notre carême en profonde communion avec le Christ, alors notre vie pourra changer. C’est bien la signification de nos pénitences. Car rien n’est fatal, rien n’est irrémédiable. Tout est possible à celui qui croit (Mc 9, 23).

Filiation

   Enfin, à la lumière des lectures de ce jour, disons que le carême est un choix, une décision à pouvoir marcher résolument vers l’assomption de notre vie, avec un projet de la changer, de la transformer. C’est un appel à revisiter notre baptême et qui, en même temps, nous offre la possibilité de recouvrer notre identité de fils et fille de Dieu. Le baptême de Jésus implique que nous devenions nous aussi artisans de la diffusion de la bonne nouvelle, à travers notre vie et notre activité. Face au défi de la foi qui caractérise notre temps, il y a lieu de nous interroger sur l’impact de notre baptême sur notre vécu quotidien.

Sébastien Bangandu, a.a.

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 L'Évangile, un espace de foi et d'action     19 février 2012 - 7° Dimanche ordinaire - Année B

Marc 2, 1-12 Lectures de ce jour

   La force d’une communauté réside dans son désir inlassable de conduire chacun à devenir pleinement humain, en harmonie avec son univers immédiat, mais surtout en accointance avec la source profonde de son être. En effet, si l’expérience du Christ est une démarche personnelle, il faut dire que la communauté y joue également un rôle très actif, celle de mettre le chercheur de Dieu en contact avec Celui qu’il cherche.

Rencontre du Christ

   Le paralysé dont il est question dans notre Évangile, avait ardemment besoin de recouvrer sa santé physique et spirituelle. En fait, la voie qui donne accès au Christ est parfois bondée d’obstacles. Mais quand la vie d’un être cher est en danger, il faut savoir braver les barricades, mettre en œuvre toutes ses potentialités intellectuelle, humaine, spirituelle, etc. en jeu pour le besoin de la cause. C’est dans ce sens que sa communauté, persuadée qu’il y a encore quelque chose à tenter pour sauver la vie de cet homme, mettra en œuvre tout son potentiel imaginaire et créatif qui rendra possible sa rencontre avec le Christ. Et quand les humains se sentent touchés et concernés par la misère de leur semblable, Dieu ne reste pas en laisse. Il se laisse toucher et, en réponse à leurs appels, il agit parfois en débordant les limites de nos demandes. Pour preuve, en plus de recouvrer sa santé physique, le paralytique se voit aussi réhabilité dans sa vie intérieure par le pardon inconditionnel de ses péchés. C’est dire que pour le Christ, la guérison extérieure est le signe d'une guérison beaucoup plus profonde, d'une "rencontre" avec sa personne, d’une renaissance.

Ouverture à la foi

 

    En accordant son pardon au paralysé, Jésus affirme par là que la pire des paralysies est le péché qui annihile l’humain le sépare de Dieu. Bien plus, Jésus veut nous faire comprendre que le pardon est le seul remède efficace contre tous les maux de notre monde. Par ailleurs, « Lève-toi et marche » est une invitation à nous réveiller de nos torpeurs, de nos paralysies, pour nous remettre en route, pèlerins que nous sommes, d’une réalité qui nous devance toujours. Visiblement, l’Évangile ouvre pour nous aujourd’hui un espace de foi et d’action, en solidarité avec les pauvres et les innombrables victimes des mécanismes de rejet que regorge notre société actuelle. La pratique de Jésus ouvre une histoire renouvelée en lien avec les enjeux humains du présent. Comme la foi des porteurs a valeur d’intercession pour le paralysé, notre communauté, notre maison et nous-mêmes sommes appelés à devenir des lieux de la rencontre du Christ.

 

Action sur le monde

 

   Dans la dynamique de l’Évangile de ce jour et à la suite du Christ qui a toujours porté un regard attentif sur la condition des humains, nous sommes invités à nous laisser toucher et interpeler par la souffrance du monde  et aux besoins réels de ceux et celles qui nous entourent et les aider à prendre en mains leur propre vie. A travers nos différentes activités professionnelles, associatives, pastorales, politiques, veillons davantage à la croissance et à l’émancipation des personnes, des communautés et des nations, rejoignant et collaborant ainsi aux efforts de tous ceux qui travaillent à la promotion de l’humain et pour un monde plus juste.

 

Sébastien Bangandu, a.a.

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Le courage d’oser !           12 février 2012 - 6° Dimanche ordinaire - Année B

Mc 1, 40-45 Lectures de ce jour

     A cause des progrès de la médecine, aujourd'hui, plusieurs d’entre-nous ne connaissent la lèpre que de nom. Pourtant, si elle a disparu dans certains pays qui ont réussi à l’éradiquer, la lèpre fait encore beaucoup de victimes dans certains coins du monde. Par ailleurs, c’est une maladie qui suscite toujours un sentiment d’effroi et de terreur aussi bien chez les victimes que chez leurs proches.

Cause d’exclusion et de rejet

     Dans la société juive, le lépreux, véritable mort-vivant, est l’exclu par excellence. Sa situation est sans espoir et il est condamné de mourir à petit-feu. Aussi, est-il condamné à vivre loin des autres pour éviter de leur transmettre sa funeste maladie, ou mieux, sa funeste malédiction. De plus, la lèpre, maladie redoutée par excellence, était souvent comprise comme une punition divine, conséquence directe des péchés commis. Les récits bibliques qui parlent de la condition du lépreux sont légion. Même l’héroïsme d’un père Damien de Molokai ne suffira pas à éradiquer ce fléau ravageur. Mais Jésus-Christ vient briser cette image tronquée du lépreux en osant poser en sa faveur des gestes d’une densité prophétique et d’un amour incroyables. Il va jusqu’à toucher celui qu’on ne devait pas toucher. Quelle abomination! En fait, en agissant de la sorte, Jésus confirme qu’il est venu pour sauver tous ceux et celles que le Père lui a confiés en se gardant de n’en perdre aucun. En conséquence, il ne peut supporter le rejet, l’isolement, la solitude et la pauvreté dans lesquels vit ce lépreux. Aujourd’hui encore, notre société moderne perpétue ce phénomène de rejet de tous ceux et celles qui sont classés dans la catégorie des « invalides ».

 Prendre son courage

     De son côté, le lépreux fait preuve de courage. Dans un effort de volonté incroyable, il met toutes les chances de guérison de son côté. Il ne se laisse pas écraser par la pesanteur de la loi. Quoiqu’il lui fût interdit d’approcher les gens, il brave la peur et va trouver Jésus dont il reconnaît l’autorité en tombant sur ses genoux et en le suppliant. L’attitude du lépreux qui se déplace, tombe à genoux et supplie est d’autant plus suggestive qu’elle met en valeur la confiance, l’humilité et la prière la prière qui devraient nous soutenir dans nos moments difficiles. Mais hélas! Nous manquons parfois le courage d’oser!  En tout cas ce lépreux semble nous indiquer un chemin vers Dieu. Car, s’il est pauvre de tout, on peut dire qu’il est également riche du fait de sa confiance forte, de son humilité qui lui permet de tout recevoir et sa prière efficace qui finalement lui obtient la purification. En fait, être purifié, c'est avoir la possibilité de renouer avec la communauté et, partant, avec Dieu. C’est être réhabilité et restauré dans toute sa personne pour être davantage encore en mesure de proclamer la bonne nouvelle aux autres. Par ailleurs, ce miracle est la conséquence de la détermination aussi bien du lépreux que de Jésus de se libérer d’un cadre légal qui se plait à étouffer l’éclosion de la vraie vie.

 Se convertir

   Cependant, si la guérison du lépreux est devenue un événement légendaire, c’est que le message que Jésus veut nous livrer dépasse la lèpre et le lépreux. Ce message, c’est l’annonce de la bonne nouvelle aux pauvres de tous ordres et le signe avant-coureur de la venue du Royaume des cieux. En tant que tel, ce message est une pressante invitation à se convertir et à croire à la bonne nouvelle du salut apportée par Jésus-Christ. Et s’il est vrai que chacun de nous a sa lèpre, il n’en reste pas moins vrai que cette conversion nous concerne tous. D’un cœur confiant, ayons le courage d’avancer résolument vers le Christ, notre libérateur, venu pour que nous ayons la vie en abondance.

Sébastien Bangandu, a.a.

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Jésus, un guérisseur hors pair     05 février 2012 - 5° Dimanche ordinaire - Année B

Mc 1, 29-39 Lectures de ce jour

   La journée de Jésus à Capharnaüm, qui a commencé à la synagogue où Jésus a prêché avec autorité et guéri un possédé poursuit son bonhomme de chemin, avec son lot de miracles et guérisons. En effet, si son premier miracle s’est opéré dans un lieu de culte (la synagogue), la suite de l’activité apostolique de Jésus va s’effectuer dans l’intimité d’un lieu privé, la maison de Simon, puis dans un lieu public et, enfin, dans un lieu désert, propice au recueillement et à la méditation.

En privé!

   Dès que la vie humaine est en danger, Jésus ne ménage pas son temps pour s’inviter chez quiconque. En fait, il n'est pas de moment ni de lieu qui lui seraient interdit d'accès ou qu'il se refuserait à habiter. Même si parfois nous nous jugeons indignes de le recevoir, il demeure l’hôte par excellence de nos vies intimes. C’est d’ailleurs là qu’il se fait le plus proche de nous et toujours prêt à nous toucher, à nous relever, pour nous rendre disponible au service de nos proches. L’aventure du Royaume, qui se déploie  à l’improviste "hors de nous", commence dès maintenant "en nous". Le Christ prend dès à présent forme à l'intérieur de chacun de nous. Si nous voulons qu’il opère dans chacune de nos vies, nous devons le laisser entrer maintenant à l'intérieur de nos maisons, de nos bureaux, de nos ateliers, de nos cœurs.

En public!

   Jésus est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10, 10). Tous les miracles manifestent la compassion de Jésus pour tous ceux qu’il rencontre sur son chemin. La puissance et la bonté d’un tel guérisseur ne pouvait que lui attirer des foules sur la place publique. Par ailleurs, la compassion de Jésus à l’égard des malades et de leurs proches est une réaction très humaine devant la souffrance d’autrui. Cette compassion, bien qu’étant l’expression d’un noble sentiment humain, est en même temps un reflet et une manifestation de la miséricorde divine. Car le sens des miracles dépasse le cadre purement humain, puisque Jésus est l’incarnation du Verbe de Dieu, devenu homme pour guérir l’humanité entière de sa maladie principale qu’est le péché, qui éloigne de Dieu.

En prière!

   Après avoir accompli tant des guérisons, et étant donné que tout le monde le cherchait, Jésus pouvait se taper des moments de réjouissance et de repos, histoire de contempler ses exploits et d’en tirer gloire. Mais rien de cela. Il se retire pour rendre grâce à son Père en qui son apostolat prend sa source et son achèvement. En plus de s’adresser à Dieu en tant que Père, Jésus a montré le vrai visage de Dieu en agissant en parfaite conformité avec sa volonté. Dans sa vie terrestre, il a toujours été en contact profond avec le Père et il a exprimé de façon exemplaire comment Dieu se comporte dans ses relations avec l’ensemble de l’humanité. Par la suite, au lieu de rester à Capharnaüm pour goûter aux succès d’un apostolat réussi, Jésus se décide de partir pour un ailleurs. Il sait qu’il est venu porter sa Bonne Nouvelle non pas à quelques uns, à des privilégiés. La Bonne nouvelle doit se diffuser au monde entier et à toute l’humanité. Enfin, tous les temps, les humains souffrent et ont essayé de comprendre et d’expliquer leur souffrance. Mais au-delà de toutes les conjectures, il sied de retenir que la souffrance fait partie de notre condition humaine mortelle. Il faut, en même temps, la combattre bien sûr, mais aussi l’assumer. On a un bel exemple, dans première lecture d’aujourd’hui, d’une réflexion sur notre condition humaine souffrante à travers les souffrances de Job. Le message de Jésus donne sens à notre humanité, nous révèle à nous-mêmes, dit la vérité de ce que nous sommes. A travers toutes ces guérisons et miracles, Jésus entend réhabiliter la condition humaine dans ses assises les plus profondes. Bien plus, il investit l'espace et le temps d'une humanité dès lors transfigurée par sa présence, une humanité guérie, recréée, transfigurée.

Sébastien Bangandu, a.a.

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La force du Bien !  29 janvier 2012 - 4° Dimanche ordinaire - Année B

Mc 1, 21-28 Lectures de ce jour

L’Évangile de Marc que nous venons d’entendre met en lumière l’enseignement et l’autorité de Jésus. Après avoir proclamé la venue du Règne de Dieu, le Seigneur se met à nous expliquer ce que cela veut dire.

Aimer en actes et en vérité

Les mots « enseigner » et « enseignement » reviennent quatre fois en quelques lignes. Au début du texte : « Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». Et à la fin du texte : « Tous s'interrogeaient : Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! » Peut-être, parmi les assistants, certains ont-ils pensé à la promesse que Dieu avait faite à Moïse : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles ». Dans le passage d’aujourd’hui, Marc décrit l'expulsion d'un démon, ce qui  veut dire que pour Marc les deux facettes de l'œuvre de Jésus (enseignement et exorcisme) vont ensemble ; ou même que le meilleur des enseignements est l'action. Une action vraie est celle qui libère l'homme de toute forme de mal.

Es-tu venu pour nous perdre ?

Tout se passe à la synagogue – Marc le précise deux fois – et, qui plus est, un jour de sabbat, ce qui n'est pas non plus sans importance ! Le lieu, la synagogue, et le moment, le sabbat, nous montrent quelle est cette action du Dieu créateur et libérateur que Jésus vient proclamer. Les temps sont accomplis, oui, puisque le Mal est vaincu. Jésus n’agresse pas l’esprit impur, mais ce dernier se sent agressé par cette seule présence de Jésus. Car ce face à face avec le Dieu Saint lui est intolérable, lui qui est l'impur, c'est-à-dire en grec exactement le contraire, l'incompatible avec le Dieu Saint. Et c'est lui qui crie, annonçant lui-même sa défaite : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ». L'esprit impur a tout compris, son interrogation : « Es-tu venu pour nous perdre ? » n'en est pas une. Mis en présence de celui qui sauve les hommes de tout mal, il se démasque lui-même, reconnaissant l'autorité de Jésus. Jésus fait taire l’esprit impur de la même manière qu’il a apaisé la mer lors de la tempête sur le lac. Peut-être parce que ce ne sont pas des belles paroles que Jésus attend, car une déclaration, même exacte, ne constitue pas forcément une profession de foi. Le démon sait qui est Jésus, mais il ne croit pas. Dans les évangiles, très souvent, ce sont les démons qui font les plus belles déclarations, mais ils ne croient pas.

Le signe de la liberté

Encore un cri de la part de l'esprit impur et l'homme possédé est délivré, l’esprit impur est expulsé. Alors les langues se délient pour reconnaître l'importance de l'événement : « Saisis de frayeur, tous s'interrogeaient : Qu'est-ce que cela veut dire ? » Ce récit de Marc se clôt donc sur une question : « Qu'est-ce que cela veut dire ? » Il est très probable qu’ici l’évangéliste nous explique  le rôle des miracles et des actes de puissance de Jésus en général : ils interrogent, ils font signe. Les disciples se sont ceux qui écoutent celui que le peuple d’Israël a attendu si longtemps. En Jésus ils reconnaissent le prophète qui a été promis au peuple de l’Alliance. Ce prophète est choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères ; il est issu du peuple de l'Alliance, il transmet fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre ; et enfin, il est vital de l'écouter. On peut sans cesse être saisis de frayeur et s'interroger : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent ». Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Il s'agit d'aller beaucoup plus loin et de croire en Jésus, en celui qui seul peut libérer l'humanité de toutes les forces du Mal.

Édouard Shatov, a.a.

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Le temps qui compte !  22 janvier 2012 - 3° Dimanche ordinaire - Année B

Mc 1, 14-20 Lectures de ce jour

« Est-ce que le temps compte ? » – Voici l’interrogation à laquelle l’Évangile de Marc, que nous lisons en ce troisième dimanche du temps ordinaire, nous invite à méditer. Et indépendamment de nos réponses positives ou négatives, comment cela affecte-t-il notre vie et quelle direction cela lui donne-t-elle ?

Les moments tournants d’une vie

Notre passage d’Évangile s’ouvre par une mention du temps bien particulière : « Après que Jean eut été livré », nous dit Marc, – l'arrestation brutale de Jean-Baptiste par la police d'Hérode vient de mettre fin à la mission du Précurseur – « les temps sont accomplis ». Voila les temps dans lesquels nous vivons. Jésus vient dans un moment bien particulier de l’histoire et tout l’événement de Jésus-Christ pointe, comme en un sommet, toute l’histoire humaine. Rien ne serait plus comme avant. L’un des aspects de la conversion, dont il est tellement question dans toutes les lectures de ce dimanche, est sûrement l’attention apportée au cours du temps, au repérage des moments tournants de notre propre histoire et de l’histoire des autres, aux moments favorables, aux moments de salut qui changent la face du monde, de notre vie et de la vie des autres. Si nous y pensons, ce sont ces moments-là qu’on appelle « les moments de grâce » ou « les passages de Dieu ». Et c’est précisément cela que Jésus, vient proclamer : le Règne de Dieu est tout proche ! »

Les moments d’accueil et de gratuité

Cette venue de Dieu est la nouvelle la plus extraordinaire du monde. En fait, c’est  LA nouvelle, la Bonne Nouvelle : le Jour de Dieu vient, « le Règne de Dieu est tout proche », – littéralement, dans le texte grec, « le Règne de Dieu s'est approché ». Cela veut dire premièrement que c'est le Royaume qui s'approche de nous et nous n'avons qu'à l'accueillir. Très souvent nous ne croirons jamais assez à la gratuité du don de Dieu. Deuxièmement, c'est déjà une réalité. L’expression, que nous venons d’entendre, est au passé : « Le Règne de Dieu s'est approché ». Ce qui veut bien dire que le don est déjà arrivé.  A partir d’une telle compréhension, si je lis bien, la conversion à laquelle Jésus nous invite, et donc notre vocation même,  consiste peut-être tout simplement à croire que ce don de Dieu est actuel et qu'il est gratuit. Se convertir c'est croire à la Bonne Nouvelle, c’est croire que Dieu est là et qu’il se livre à nous au-delà de toute mesure, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Ou pour le dire autrement c'est croire que la Nouvelle est Bonne : Dieu est amour et pardon, et son amour est pour tous. Quel dommage si nous nous laissions échapper un tel moment de grâce !

Les moments à voir au large

Nous sommes invités à lever les yeux au-dessus de notre horizon quotidien, pour regarder, l'horizon de Dieu, le monde nouveau en train de naître. De la part de Dieu, révélé en Jésus, ce n'est pas d'abord une leçon de morale, mais une invitation à se réjouir. La Bonne Nouvelle de l'imminence du Royaume est la même pour tous, riches ou pauvres, mariés ou non. C’est cela que saint Paul exprime à sa manière, surprenante pour nous aujourd’hui. L’Apôtre cherche à rassurer ses lecteurs quant à leur manière de vivre.  Il ne s'agit pas de quitter sa femme, si on en a une, mais de vivre désormais toutes les réalités de notre vie quotidienne dans la perspective du monde nouveau. Une perspective à la fois proche et certaine. Nous sommes appelés à dépasser la perspective de notre regard  et, du coup, toute notre manière de vivre change. Le monde présent et le monde à venir ne se succèdent pas uniquement comme deux phases distinctes de l'histoire. Ils s’entrecroisent car l’éternité est déjà là, à côté de nous. Comme le dit une chanson : « Le temps qui compte est toujours compté, qu'il soit gagné, qu'il soit gaspillé. En rires qui coulent, en vies qui déboulent. Le temps qui compte est toujours compté ». Alors, accueillons l’éternité des maintenant !

Édouard Shatov, a.a.

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Vocation au creux de notre désir ! 15 janvier 2012 - 2° Dimanche ordinaire - Année B

Jn 1, 35-42 Lectures de ce jour

L’Évangile de Jean que nous lisons en ce deuxième dimanche du temps ordinaire est en fait une sorte de diapason de notre vie pour cette saison de l’année. Nous somme devant le parcours en trois étapes que tout disciple est invité à emprunter, et que tout être humain adopte de toute manière dans ses relations avec les autres.

Venir à l’autre – venir à Jésus

Jean-Baptiste prêche aux abords du Jourdain, et ce jour-là il est accompagné de deux de ses disciples, André, et un autre, dont nous ne saurons pas le nom : certains pensent qu'il s'agit peut-être de l'apôtre Jean lui-même.  Voyant Jésus, Jean-Baptiste dit à ses disciples : « Voici l'Agneau de Dieu » et il n'en faut pas plus pour que les deux disciples quittent leur maître, Jean-Baptiste, pour se mettre à suivre Jésus. Cette désignation de Jésus par le doigt du prophète est surprenante et pourtant, c’est grâce à elle que les disciples s’intéressent à la personne du Seigneur. En utilisant cette appellation, « Agneau de Dieu », Jean-Baptiste pouvait penser au rite de libération de l’esclavage d’Égypte, ou à la description du Messie dans le livre du prophète Isaïe. Peut-être, pensait-il à Isaac et à l’agneau du sacrifice ou encore à Moïse que le livre de l’Exode compare à un agneau. Ce qui est sûr, c’est que les disciples sont attirés par cette désignation et par la curiosité se mettent à suivre Jésus.  

Voir où demeure l’autre – voir où demeure Jésus

Pour qu’ils se retrouvent dans sa demeure, Jésus invite les disciples qui le suivent à répondre à une question toute simple et complexe à la foi : « Que cherchez-vous ? »  Le désir humain semble être la clé de la porte d’entrée de la demeure même de Dieu. C’est peut-être la chose la plus surprenante dans la relation avec Dieu. Pour se retrouver dans sa demeure intime, dans son cœur, il ne s’agit pas de suivre « son plan, son chemin, sa volonté » que nul ne connaît, mais avant tout  d’écouter le désir le plus profond de notre cœur. Et si je lis bien le texte, ce désir qui nous habite, c’est le désir du bonheur ultime, ce qui veut dire, de nous retrouver dans la demeure du Maître de tout bien, chez Dieu.  Le corps humain est habité par Dieu, par son Esprit, et c’est pour cela ultimement que tout être humain est tendu vers Dieu. Jésus invite les disciples à venir et à voir. Saint Paul rappelle cela à sa manière dans la première lettre aux Corinthiens : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ». Cela veut dire, et c'est inouï, fantastique, que notre personne, que notre vie concrète sont un reflet de la présence, de la demeure  de Dieu.

Demeurer avec l’autre – demeurer avec Jésus

 Cette rencontre avec Jésus-Christ a comme conséquence que deux disciples, qui demeurent auprès du Maître, ont maintenant le souci de rencontrer les autres et de leur partager cette rencontre extraordinaire. Cette expérience bouleverse leur vie et ne les renferme pas sur eux-mêmes. Au contraire, ils cherchent les autres et les amènent vers Jésus.  En fait, d’une certaine manière, c’est l’expression parfaite de l’amitié et de l’amour qui nous font vivre et nous font grandir. On ne cache pas une telle nouvelle, on la partage, on l’accueille et on l’apprécie. Les disciples  dans cette amitié deviennent des prophètes, ceux qui transmettent toute la parole du Seigneur et seulement la parole du Seigneur. La vocation de disciple est une vocation prophétique. Pour cela, il s’agit tout simplement de présenter notre désir comme une réponse à la question du Seigneur et dire comme l’enfant Samuel dans la première lecture : « Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute ».

Édouard Shatov, a.a.

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L’Étoile de la Reconnaissance 8 janvier 2012 - Épiphanie du Seigneur - Année B

 Mt 2, 1-12 Lectures de ce jour

Aujourd’hui quand nous célébrons la fête de l’Épiphanie l’Évangile de Matthieu nous livre un récit sur l’espérance incroyable.

La reconnaissance comme la Promesse

Car  la Bible tout entière, et en particulier le Nouveau Testament, est traversée par cette espérance indestructible : l'histoire humaine a un but, un sens. Ce mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de l’Écriture Sainte. Il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c'est le Jour de Dieu pour les prophètes, le Royaume des cieux pour saint Matthieu, le dessein bienveillant pour saint Paul, mais c'est toujours du même projet qu'il s'agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d'amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l'humanité. Ce projet sera réalisé par le Messie et c'est ce Messie que les croyants appellent de tous leurs vœux lorsqu'ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem. Apparemment, si je lis bien le texte d’aujourd’hui, ce projet concerne tout le monde : les païens comme les juifs et c’est cela que l’arrivée des mages a Jérusalem met en perspective.

La reconnaissance comme l’Accomplissement

Tout le monde au temps de Jésus attendait le Messie, – on en parlait –, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. Plusieurs prophéties ont été délivrées jadis à ce sujet. L’une d’entre elles, délivrée par Balaam, dans le Livre des Nombre au chapitre 24, nous dit que le règne du Messie sera signalé par l'apparition d'une étoile. Il y avait aussi une autre prophétie concernant le lieu de la naissance de celui qui est l’accomplissement de la promesse de Dieu. C’est la prophétie du Michée : « Toi, Bethléem, trop petite pour compter parmi les clans de Juda, c'est de toi que sortira le Messie ». C’est à propos de ces prophéties que l’histoire des mages devient extrêmement intéressante. En fait, les mages n'en savent pas tant. Ils sont des astrologues et ils ne partagent certainement pas la foi et l'espérance d'Israël. Ils se sont mis en marche tout simplement parce qu'une nouvelle étoile s'est levée, ce qui très probablement selon leur science signifie un changement majeur dans l’ordre du monde. Ils se sont renseignés, comme n’importe quel scientifique se renseigne, et ils ont étudié très probablement plusieurs hypothèses significatives. La conclusion tirée est : cet événement est lié à l’histoire d’Israël. C’est pour cela, spontanément, qu’en arrivant à Jérusalem, ils vont se renseigner auprès des autorités. Et c'est là, peut-être, la première surprise de ce récit de Matthieu : il y a d'un côté, les mages qui n'ont pas d'idées préconçues ; ils sont à la recherche du Messie et ils finiront par le trouver. De l'autre côté, il y a ceux qui savent, qui peuvent citer les Écritures sans faute, mais qui ne bougeront pas le petit doigt. Ils ne feront même pas le déplacement de Jérusalem à Bethléem, mais ils concevront dans leur cœur le meurtre collectif si nécessaire. 

La reconnaissance comme l’Accueil

Très probablement, dans le récit de la venue des mages, Matthieu nous donne déjà un résumé de toute la vie de Jésus. Dès le début, à Bethléem, il a rencontré l'hostilité et la colère des autorités politiques et religieuses. Jamais, ils ne l'ont reconnu comme le Messie, ils l'ont plutôt traité d'imposteur. Ils l'ont même supprimé, éliminé. Et pourtant, il était bien le Messie : tous ceux qui le cherchent peuvent, comme les mages, entrer dans le salut de Dieu. C’est cela que saint Paul nous dit aussi à sa manière : « Dans le Christ Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, par l'annonce de l'Évangile ». Les mages ont aperçu une étoile, grâce à laquelle ils se sont mis en route et ont pu déposer leurs généreux présents devant l’Enfant. Éviter le meurtre fraternel et devenir les dépositaires des dons de l’amour et de la vie, voici une belle invitation à chacun et chacune d’entre nous.

Édouard Shatov, a.a.

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Icône de la Liberté  1 janvier 2012 - Sainte Marie, Mère de Dieu - Année B

Lc 2, 16-21 Lectures de ce jour

En ce dimanche, quand nous célébrons la solennité de Marie, Mère de Dieu, l’Évangile de Luc est très concis à propos de Marie. L’évangéliste nous livre un récit très court, apparemment anecdotique, mais qui est en réalité profondément « théologique ».

Liberté de l’accueillir

Tout d’abord, nous assistons au moment crucial de l’histoire humaine. La promesse de Dieu, la promesse du salut, de l’accomplissement de la destinée humaine, vient de se réaliser. « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ». Ce mot « accomplissement » est d’une importance extrême. Cela veut dire que pour nous, les croyants l'histoire n'est pas un perpétuel recommencement, elle est une marche progressive de l'humanité vers son accomplissement, vers la réalisation du projet de Dieu, « le dessein bienveillant de Dieu ». Marie donne la naissance au Sauveur  du monde. L’importance de cet événement pour nous consiste dans le fait, que grâce à Jésus de Nazareth qui est le Christ, nous passons de la domination de la Loi à l'obéissance des fils. Nous sommes appelés à vivre dans  une attitude filiale, confiante et  nous pouvons le faire parce que « L'Esprit du Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l'appelant Abba ! », ce qui veut dire « Père ». C’est le cri qui nous sauve et c’est le cri du petit enfant de Bethléem. Nous ne sommes pas des esclaves, mais des fils et des filles, et donc des héritiers.

Liberté d’intérioriser

Pour y croire vraiment, il nous faut peut-être, comme Marie, nous recueillir et méditer ce bouleversement radical de notre destinée ultime. « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». A l'inverse des bergers, que l'événement rend bavards, Marie contemple et médite dans son cœur. L’évangéliste fait peut-être ici un rapprochement avec la vision du Fils de l'homme chez le prophète Daniel. Après sa vision, Daniel avoue : « Mes réflexions me tourmentèrent... et je gardai la chose dans mon cœur » (Dn 7, 28). C’est peut-être pour Luc une manière de profiler déjà devant nous le destin grandiose de ce nourrisson. On sait que le livre de Daniel était bien connu au temps de Jésus, et qu'il annonçait un Messie-Roi, triomphant de tous les ennemis d'Israël. Le nom de l'enfant, déjà, révèle son mystère : « Jésus » signifie « Dieu sauve » et si – à l'inverse de Matthieu – Luc ne précise pas cette étymologie, il a, quelques versets plus haut, rapporté les paroles de l'ange : « Il vous est né un Sauveur » (Lc 2, 11). En même temps, il vit à fond la solidarité avec son peuple : comme tout enfant juif, il est circoncis le huitième jour. C’est pour cela qu’on raconte la présentation au Temple.

Liberté de bénir

Mais dans ce geste de présenter en offrande le sacrifice prescrit par la Loi du Seigneur, si je lis bien, on peut voir une intention ferme de rendre grâce au Seigneur. Ici se profile déjà la vocation de l’Emmanuel (Dieu-avec-nous), de Dieu Incarné qui nous sauve. Cette vocation consiste à faire de sa vie une action de grâce perpétuelle, une Eucharistie, ce que signifie ce mot. C’est cela que nous rappelle aussi la première lecture. La formule « que Dieu vous bénisse » est le souhait que nous nous mettions sous la bénédiction de Dieu. On pourrait dire : Dieu nous propose sa bénédiction (sous-entendu : libre à nous de nous laisser faire ou pas). Ce subjonctif, justement, est là pour favoriser notre liberté. Cette bénédiction,  « bene dicere » en latin, signifie « dire du bien ». Dieu nous dit du bien parce qu’il nous aime. Or la Parole de Dieu est acte, action immédiate : « Il dit et cela fut » (Gn 1). Donc quand Dieu nous dit du bien, sa Parole agit en nous, elle nous transforme, elle nous fait du bien. Quand nous demandons la bénédiction de Dieu, nous nous offrons à son action transfigurante. Et dans cette nature humaine, qui est la nôtre et qui aussi désormais fait corps avec Dieu Incarné, nous sommes appelés à devenir nous aussi une bénédiction. Tout simplement, comme Marie, Mère de Dieu, nous sommes rendus libres de nous mettre tout entier au service de l'accomplissement du projet de salut de Dieu dont le centre est Jésus, celui dont le nom signifie « Dieu sauve ».

Édouard Shatov, a.a.

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