Pain véritable
Prendre la route
S'ouvrir à la foi
Le Pain de la Parole ! 5 août 2012 - 18° Dimanche ordinaire - Année B
Jean 6, 24-35 Lectures de ce jour
Nous poursuivons notre lecture du chapitre 6 de l'évangile de Jean. Il y a eu d'abord la multiplication des pains dont le récit se terminait par un départ apparemment brusque de Jésus parce que, nous dit Jean « il savait qu'ils étaient sur le point de venir le prendre de force et faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira, tout seul, dans la montagne ». C’est après ce retrait que Jésus rejoint ses disciples et c'est dans la synagogue de Capharnaüm que Jésus prononce son grand discours sur le pain de vie qui débute par le passage de ce dimanche.
La Parole inattendue
Jésus commence de manière très solennelle : alors que les gens lui demandent tout simplement comment il est arrivé là, Jésus ne répond pas directement à la question. Il déclare : « Amen, amen, je vous le dis ». Cette formule dans le Nouveau Testament a exactement la même fonction que la formule très habituelle des prophètes : « Oracle du Seigneur » ou « Ainsi parle le Seigneur ». C’est une manière de dire : « Attention, ce que j'ai à vous dire est grave, difficile à entendre, mais c'est pourtant bien la vérité ». Jésus prévient ses disciples, donc nous aussi, que le discours sur le pain de vie est certainement l'une des choses les plus difficiles à comprendre. La preuve en est que, par trois fois, les auditeurs vont l'interrompre par des objections ; mais, Jésus, patiemment, peu à peu, va les mener au bout de la Révélation. Car ce qui fait la difficulté de ce discours – mais aussi sa grandeur – c’est qu'il articule tous les éléments de la Révélation du mystère du Christ : vrai homme et pourtant Fils de Dieu, venu dans le monde pour lui annoncer la vérité, et donnant sa vie pour sceller ce témoignage.
La Parole qui fait vivre
Jésus reparle de la multiplication des pains qui vient d'avoir lieu, mais c'est pour nous dire que très souvent nous en restons à l'immédiat. Nous passons un bon moment, nous apprécions le repas, nous pensons peut-être que les choses étaient bien organisées, mais nous manquons l'essentiel : dans tous ces moments nous aurions dû reconnaître le Père agissant à travers Jésus. Le Seigneur trace une distinction entre nourriture matérielle et nourriture spirituelle qui était en effet un thème favori de la religion juive. On connaissait par cœur la phrase du livre du Deutéronome : « L'homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu » (Dt 8,3). Le livre de la Sagesse redit cela : « Ce n'est pas la production de fruits qui nourrit l'homme, mais bien ta Parole qui fait subsister ceux qui croient en toi » (Sg 16,26). D'ailleurs, les auditeurs de Jésus ont très bien compris cette distinction qu'il leur propose « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle... » Ils ont tellement bien compris qu'ils demandent aussitôt : « Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? »
La Parole qui transforme
D'après Jésus, travailler aux œuvres de Dieu, c'est bien simple, il suffit de croire en lui : « L'œuvre de Dieu, c'est que vous croyiez en celui qu'il a envoyé ». C'est tout simple ? C'est vite dit ! Si nous reprenons les termes de notre lecture, Jésus se présente comme le fils de l'homme, celui que le Père a marqué de son empreinte et il se présente également comme l'envoyé de Dieu. En fait, nous sommes invités à apprendre peu à peu à connaître le mystère du Christ. Notre intelligence est transformée, renouvelée. Elle n'est plus « en proie aux ténèbres de la pensée », elle baigne dans la lumière. C’est ce que saint Paul nous rappelle dans la lettre aux Ephésiens : « Vivez en enfants de lumière ». Et le fruit de la lumière s'appelle bonté, justice, vérité. Mais c'est un choix à refaire chaque jour : « Il s'agit de vous défaire de votre conduite d'autrefois, de l'homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l'homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l'image de Dieu ». Si Paul le dit, c’est parce que c’est possible. Alors, même si nous avons des moments difficiles, rien n'est perdu.
Édouard Shatov, a.a.
Aux fourneaux de Dieu ! 29 juillet 2012 - 17° Dimanche ordinaire - Année B
Jean 6, 1-15 Lectures de ce jour
Faut-il se nourrir et nourrir les autres ? Si notre réponse est positive, il nous faut définir de quel genre de nourriture s’agit-il et quels sont le but et les conséquences de notre diététique matérielle ou spirituelle. C’est l’un des aspects sur lesquels les lectures – et en particulier l’Évangile de Jean de ce dimanche – nous invitent à méditer.
L’épreuve du bon sens
Jésus se préoccupe des foules qui l’entourent et il commence par questionner Philippe, l'un des Douze : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu'ils aient à manger ? » L’évangéliste commente : « Il disait cela pour le mettre à l'épreuve, car lui-même savait bien ce qu'il allait faire ». Ici comme ailleurs, Jean veut insister sur la prescience de Jésus. Toutefois nous devons nous poser la question en quoi consiste la « mise à l'épreuve » des apôtres ? Pour un Juif comme Jean, cette expression semble être un rappel de l'expérience de l'Exode : car la longue pérégrination dans le désert du Sinaï avait été comprise après coup comme un temps de « mise à l'épreuve ». Le livre du Deutéronome, au chapitre 8, explique cela fort bien : « Le SEIGNEUR ton Dieu t'éprouvait pour connaître ce qu'il y avait dans ton cœur ». Philippe et André, eux, n'ont peut-être pas compris tout de suite que Jésus en appelait à leur foi et ils ont répondu de manière toute humaine, pleine de bon sens.
Au-delà de la raison raisonnante
A vues humaines, on ne peut pas leur donner tort ! Mais le bon sens et la raison raisonnante ne sont pas toujours bons conseillers. Nous sommes invités comme à transcender le matériel et à nous rappeler que ce qui est impossible pour nous est possible avec Dieu. C’est pour cela que nous devons nous rappeler l’histoire du prophète Élisée (c’est notre première lecture). Bien intentionné, le serviteur du prophète avait, dans un cas tout à fait semblable, tenu les mêmes propos : un tout petit peu de pain pour cent personnes, ce n'était même pas la peine d'y penser ! Mais Élisée avait passé outre. Jésus fait la même chose, il se contente de dire : « Faites-les asseoir ». Jean précise « qu'il y avait beaucoup d'herbe à cet endroit ». Cela est pour nous faire entendre qu'un « bon pasteur » prend toujours soin d'emmener ses brebis à un bon pâturage et ce bon pasteur c’est Jésus. « Ils s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille hommes ». Les quatre évangiles notent la disproportion entre les cinq pains et les cinq mille hommes (disproportion beaucoup moins accentuée dans la multiplication des pains par Élisée). C’est aussi une manière de dire la générosité de Dieu et la surabondance des dons messianiques.
Le service de l’Esprit Saint
Si Jésus fait un signe pareil, ce n’est pas pour augmenter sa popularité et devenir la « célébrité d’Israël ». L’évangéliste précise bien que Jésus se retira pour qu’on ne puisse faire de lui le roi. Comme si le Messie avait voulu montrer que ce n’est pas la renommée qui importe, mais le bien généreusement accompli, visible, qui ne cherche jamais cependant à être ostentatoire. « Suivre fidèlement l'appel reçu de Dieu » : voilà qui dit bien que Dieu cherche des collaborateurs pour son projet. C’est cela que Jésus manifeste à ses disciples et que saint Paul rappelle à la communauté d’Éphèse. C’est un appel et une proposition auxquels nous sommes libres de coopérer ou non. Nous sommes invités à coopérer au chantier, et le chantier, c'est le monde entier ; le maître d'œuvre, c'est l'Esprit Saint. Cela dépasse évidemment nos forces mais cela n’est pas nouveau. De tous temps c’est Dieu qui nous aide peu à peu par son Esprit d'amour. C'est le moment de nous rappeler la phrase de Jésus : « C'est à l'amour que vous aurez les uns pour les autres que l'on vous reconnaîtra pour mes disciples ! » C’est ce que Paul dit aussi a sa manière : « Supportez-vous les un les autres avec amour » ; ce que cela veut dire n’est pas toujours évident.
Et si les gestes de la multiplication des pains ressemblent tellement à ceux de l’eucharistie, c’est peut-être pour nous dire que cet amour fraternel qui nous paraît impossible en fin de compte est possible avec l’aide de Dieu. L’Eucharistie en est un signe, un gage et une espérance.
Édouard Shatov, a.a.
Prendre soin de l’autre ! 22 juillet 2012 - 16° Dimanche ordinaire - Année B
Marc 6, 30-34 Lectures de ce jour
L’Évangile de Marc que nous lisons ce dimanche, comme d’autres lectures, nous aide à comprendre ce que veut dire “prendre soin des autres”. C’est en fait être un disciple en mission d’évangélisation ou ce qu’on appelle être un pasteur.
Prendre distance
Tout d’abord Marc nous raconte le retour des Douze : « Après leur première mission, les apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné. » C'est la première fois que Marc emploie le mot « apôtres », ce qui signifie « envoyés » en mission. Jusqu’ici Marc les appelait les « disciples » (« enseignés »). Cela veut dire que désormais, ils partageront la mission de Jésus. Curieusement, à leur retour, la première chose qu'il leur propose, c'est de prendre de la distance : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » L’évangéliste trace ici un nouveau parallèle : rappelons-nous qu’après sa première journée à Capharnaüm, où Jésus avait abondamment enseigné, guéri les malades, chassé les démons, Marc notait : « Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s'en alla dans un lieu désert ; là il priait. » Jésus s'était arraché au succès et était parti se ressourcer dans la prière.
Le repos de la prière
Les « envoyés » de tous les temps, donc nous aussi, sont certainement invités ici à en faire autant. Marc répète à deux reprises cette retraite de Jésus et de ses apôtres « à l'écart dans un endroit désert ». Entre ces deux précisions qui forment une « inclusion », Marc a noté la présence de la foule. C’est peut-être sa manière de nous dire : « Ce n'est pas une fuite-dérobade que Jésus leur propose, c'est un ressourcement pour mieux servir la foule ». La prière donc, ce n’est pas une échappatoire de notre vie quotidienne et de notre service des autres. C’est un moment de confiance et de discernement par excellence. Les moments d’un tel repos sont nécessaires. Nous ne sommes pas obligés à devenir « les activistes de Dieu ». Comme nous le dit le Psaume 126/127 : « En vain, tu retardes le moment de ton repos … Dieu comble son bien-aimé qui dort. » Cette « mise à part » - ce n’est pas non plus une lâcheté ou un élitisme condescendant vis-à-vis des autres, c’est le moment d’appropriation du service de tous.
Le service de la miséricorde
C’est ce service pour tous que Jésus met en évidence en débarquant. Au bord de la mer Jésus vit donc cette grande foule (cinq mille hommes), et « il fut saisi de pitié envers eux parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement. » Il les instruit d'abord, il accomplira une première multiplication des pains, ensuite. L’évangéliste commence ici la réflexion sur deux manières de les nourrir. Quand Marc dit la pitié de Jésus, il utilise le mot grec (« splangna ») qui désigne les entrailles, la profondeur de l'être ; c'est un équivalent du mot hébreu (« rahamim ») que l'on traduit souvent par miséricorde. Rien d'étonnant à ce que Jésus éprouve pour les hommes la pitié même de Dieu, une pitié telle qu'il a envoyé son Fils. Marc, à la différence de Jean, ne développe pas le thème du bon pasteur, mais il est présent ici en filigrane : « Il fut saisi de pitié envers eux parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. » On entend résonner ici les plaintes de Jérémie sur les mauvais pasteurs qui ont mal dirigé le peuple d'Israël. Et, depuis des siècles, on attendait le Messie qui serait un vrai bon berger. Cette fois, nous dit Marc, le Bon Pasteur, le Messie est parmi nous. Et c’est cette présence que tous les disciples sont appelés à reconnaître et à annoncer. Alors, s’accomplissent les paroles du psaume 22(23) : « Grâce et bonheur m’accompagnent tous les jours de ma vie ».
Édouard Shatov, a.a.
Partager le projet de Dieu ! 15 juillet 2012 - 15° Dimanche ordinaire - Année B
Marc 6, 7-13 Lectures de ce jour
“Proclamer la Bonne Nouvelle” – mais comment le faire ? C’est la réflexion qui se déploie devant nous dans les lectures de ce dimanche et dans l’Évangile d’une manière particulière.
Aujourd’hui, dans le texte de l’Évangile nous voyons Jésus envoyer les Disciples en mission munis eux aussi du pouvoir de chasser les démons : « Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie... Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais. » Jésus leur donne également trois consignes : aller deux par deux, n'emporter que le strict nécessaire, ne pas se laisser impressionner par la persécution inévitable.
Deux par deux
Aller deux par deux : cela semble une pratique habituelle de Jésus. Dans son Évangile, Marc nous donne plusieurs envois en mission de cette manière-la. Il y a là peut-être la trace de la coutume juive selon laquelle un témoignage n'était recevable que quand il était porté par deux personnes au moins. « C'est sur les déclarations de deux ou de trois témoins qu'on pourra instruire une affaire », nous dit le Livre du Deutéronome au chapitre 19. L'évangélisation, donc, est affaire de témoignage, affaire de témoignage communautaire, elle n'est pas une affaire individuelle. Plus tard, les Apôtres garderont cette habitude : ainsi Pierre et Jean vont ensemble prêcher au Temple de Jérusalem, ce que nous racontent les Actes des Apôtres. Paul et Barnabé font équipe longtemps en Syrie et en Asie Mineure et après leur séparation, Paul continue la mission avec Silas.
Rien que nécessaire
Jésus précise qu’il ne faut emporter que le strict nécessaire. « Il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n'est un bâton ; de n'avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture. Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. » Leurs seuls instruments doivent être ceux de la marche pour la mission. En entendant cette consigne, les apôtres ont probablement évoqué la marche de leurs pères dans la foi, la nuit de la fameuse Pâque de la sortie d'Egypte, « la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main ». Etre libre de ceux que peut entraver notre mission ou de nous attarder sans raison. Voilà le début de la longue marche de mobilité, de disponibilité et de liberté d'esprit.
La présence bienveillante
Et en plus, il ne faut pas se laisser impressionner par la persécution inévitable. D'après le récit de Marc, les apôtres viennent tout juste d'assister à l'échec de Jésus à Nazareth et, depuis le début de l'Évangile, ils ont vu naître et grandir l'opposition des scribes et des pharisiens. Il semble bien que la persécution doit être de tout temps le lot des prédicateurs et des prophètes. La première lecture nous en donne un cuisant exemple avec Amos, renvoyé dans ses foyers au bout de quelques mois seulement de prédication par les paroles dures : « Va-t-en d'ici avec tes visions ». Apparemment l’humanité a depuis un certain temps le cœur endurci. Face à cet endurcissement, Jésus ne préconise pas la violence, ni le mépris évidemment, mais la persévérance et la sérénité. C'est peut-être une manière de dire : « Nous respectons votre liberté, nous ne sommes pas venus chez vous pour prendre quoi que ce soit contre votre gré, fut-ce de la poussière. Mais une chose est sûre : le Règne de Dieu, la présence bienveillante au-delà de toute limite, est arrivé ».
Mais heureusement, ni les Apôtres ni nous-mêmes, nous ne rencontrerons pas que de l'hostilité et des cœurs endurcis. La croissance irrésistible des communautés chrétiennes dès après la Résurrection du Christ en est la preuve. Nous sommes appelés à participer et à partager « le dessein bienveillant de Dieu » qui est de rassembler l'humanité au point de ne faire qu'un seul Homme en Jésus-Christ, à la tête de la création tout entière. « Dans sa bienveillance, Dieu projetait de saisir l'univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. »
Édouard Shatov, a.a.
Une vocation dangereuse ! 8 juillet 2012 - 14° Dimanche ordinaire - Année B
Marc 6, 1-6 Lectures de ce jour
Comme nous le savons tous nos vies ont des vocations et des professions plus ou moins tranquilles ou dangereuses. Chacune de nos vocations ou professions est enracinée dans notre histoire, mais en même temps elle la dépasse et la transcende. C’est sur ce mystère de la vie humaine que les lectures de ce jour et l’Évangile en particulier nous font réfléchir.
Vocation des Origines
Dans l'évangile de ce dimanche Jésus revient pour la première fois dans son village de Nazareth et très probablement sa réputation l'a précédé. Tout commence par des questions bien humaines : « Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Ces réflexions reflètent une chose toute simple : l’enseignement de Jésus et ce qu'on sait de son action dans la région en font un personnage hors du commun. Or, nous savons bien, nous, d'où il sort. Jésus est comme nous, rien de plus, donc d'où lui viendraient ses pouvoirs ? Si Jésus était un prophète, on l'aurait su, déjà. Et il y a dans la vie de Jésus l’incompatibilité entre la grandeur de Dieu et la modestie de ses origines humaines. C'est bien le drame d'une partie des contemporains du Christ, semble dire Marc : enfermés dans leurs idées sur Dieu, ils n'ont pu le reconnaître quand il est venu. C’est peut-être aussi notre difficulté.
Vocation de fidélité
Alors, tandis que nos origines et nos idées toutes faites peuvent nous empêcher de voir Dieu ; Dieu, quant à lui, est capable d’aller au delà des limites de nos histoires humaines. Il les transcende et les dépasse. C’est pour cela que la présence de Dieu, à travers la présence des prophètes, se manifeste même dans les moments les plus difficiles et douloureux. C’est cela que nous raconte notre première lecture. Quand Dieu s'adresse à Ezéchiel cela se produit bien loin de la mère-patrie et du Temple. C’est la première très Bonne Nouvelle de ce livre : Dieu n'est pas assigné à résidence à Jérusalem, il est également présent à Babylone, au bord du fleuve Kebar, là où est déporté son peuple. Ezéchiel voit les cieux s'ouvrir et le voilà plongé dans un univers de beauté indicible. C’est au cours de cette vision que Dieu fera les reproches les plus sévères à son peuple. Cela n’est pas nouveau d’une certaine manière. Mais, ce qui est très étonnant, c’est précisément qu’à travers la gravité même des reproches adressés par Dieu à son peuple on peut lire la deuxième très Bonne Nouvelle du texte de ce dimanche. Ce peuple est dur et indocile, soit ; eh bien, même cela n'arrête pas la fidélité de Dieu à son Alliance. Quelle que soit l’attitude du peuple, son écoute ou son refus, « ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux », ce qui veut dire : ils sauront que Dieu continue de leur parler, de les appeler.
Vocation de faiblesse
On comprend donc que les fragilités et les faiblesses de l’histoire humaine, les marques d’origines ou les lieux de naissance, le milieu social ou familial, ne sont pas une cause qui empêchera Dieu d’agir. Il ne faut ni les idéaliser, ni vouloir s’en débarrasser. Dieu nous appelle avec tout notre héritage. C’est peut-être la leçon la plus dure que les contemporains de Jésus et saint Paul avaient tant de mal à accepter. Nous ne saurons jamais ce qu'était concrètement « l'écharde dans la chair » qui faisait tant souffrir Paul. Mais, si je lis bien le texte d’aujourd’hui, c’était une épreuve qui ne permettait pas à Paul de se croire la source absolue et ultime de tout le bien qu’il faisait. L’Apôtre et chacun d’entre nous, nous sommes invités à nous rappeler sans cesse que notre grandeur et la grande mesure de nos bonnes actions viennent de Dieu lui-même. Et c’est en fait, notre plus grande assurance pour avancer sur le chemin de la vie. « Dans la gloire et le mépris, dans la mauvaise et la bonne réputation, tenus pour imposteurs et pourtant véridiques, inconnus et pourtant bien connus, moribonds et pourtant nous vivons, châtiés sans être exécutés, attristés mais toujours joyeux, pauvres, et faisant bien des riches, n'ayant rien, nous qui pourtant possédons tout ! » Notre faiblesse n'est pas une entrave à l'évangélisation ! C'est peut-être même le contraire.
Édouard Shatov, a.a.
La foi qui donne vie ! 1er juillet 2012 - 13° Dimanche ordinaire - Année B
Marc 5, 21-13 Lectures de ce jour La fragilité humaine
En ce treizième dimanche du Temps Ordinaire, les lectures – et l’évangile en particulier – nous font comprendre que la vie est le don de Dieu le plus important et la valeur la plus précieuse à laquelle il tient. Dans l’évangile que Marc raconte, deux récits de miracle sont imbriqués l'un dans l'autre. Les trois évangiles synoptiques rapportent les mêmes événements dans le même ordre : la demande de guérison de Jaïre pour sa fillette, puis la guérison de la femme hémorroïsse et enfin la résurrection de la fille[1]. Il y a douze ans que l’hémorroïsse est malade, l'enfant a douze ans. Dans un cas comme dans l'autre, Marc insiste sur le fait que les ressources humaines de la médecine sont épuisées. En ce qui concerne la femme, Marc précise qu'elle « avait des pertes de sang depuis douze ans... – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –… » Quant à la petite fille, il rapporte les propos désespérés des proches de Jaïre : « Ta fille vient de mourir. A quoi bon déranger encore le maître ? » En fait, tout cela pour souligner l'impuissance des hommes, d’une part, et pour mieux faire ressortir le pouvoir de Jésus, d’autre part. Marc nous dit que la puissance qui émane de Jésus, mais qui lui échappe aussi pour ainsi dire – « Jésus se rendit compte qu’un force était sortie de lui » – est un pouvoir qui va jusqu'à ressusciter les morts : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ».
La bienveillance de la puissance divine
La réanimation de la fille de Jaïre est une image et un avant-goût de notre résurrection : comme Jésus a pris la jeune fille par la main, ainsi nous prendra-t-il la main, chacun à notre tour. Le prophète Isaïe ne disait-il pas : « Moi, le Seigneur, je suis ton Dieu qui tiens ta main droite, qui te dis : ‘Ne crains pas, c'est moi qui t'aide’ » (Is 41,13) ? C'est à toute l'humanité qu'un jour le Sauveur dira : « Talitha koum », ce qui signifie « Jeune fille, lève-toi ! » Nous en avons déjà un avant-goût dans le baptême. Mais le passage de la guérison de la femme qui essuie des pertes de sang, intégré dans le récit de la résurrection, nous rappelle aussi que la guérison finale est déjà commencée dans notre vie quotidienne d’aujourd’hui. Ça peut prendre du temps pour que la puissance divine se déploie, mais nous ne devons jamais renoncer à notre espérance malgré la longueur de notre maladie et l’importance de nos fragilités. Notre vie présente est déjà semence d'éternité : « Dieu a créé l'homme pour une existence impérissable, il a fait de lui une image de ce qu'il est en lui-même ». Peut-être la vie sur terre ne récompense-t-elle pas toujours ceux qui ont bien agi, mais Dieu qui est l'infiniment juste qui finira bien par faire justice. Le texte du Livre de la Sagesse que nous avons comme première lecture nous rappelle cela.
La foi qui change le monde
Pour participer à la puissance de la vie, de la guérison et de la résurrection de Jésus, il y a une seule condition – y croire : « Ma fille, ta foi t'a sauvée ». La foi, donnée librement, est la condition nécessaire et suffisante du salut. C’est une foi à laquelle n'importe qui peut accéder : Jaïre est un chef de synagogue, l'homme le plus recommandable qui soit, mais à l'autre bout de l'échelle sociale, si on peut dire, il y a cette femme, interdite de séjour en quelque sorte, car sa maladie entraînant des pertes de sang continuelles la mettait en état d'impureté légale. Il est bon de souligner que c'est à cette femme impure que Jésus parle de salut devant tous et qu’il la réintroduit dans la communauté. Cette guérison que procure la foi recrée le lien social et humain. Enfin, cette foi est audacieuse mais discrète à la fois. C’est pour cela que Marc nous rapporte les consignes de silence données par Jésus après chacune de ses manifestations. Il ne s’agit pas de chercher à être vu et de sonner les trompettes, même celles de la puissance divine. Il s’agit bien plutôt de travailler pour le rétablissement de la dignité humaine de chaque personne, pour qu’en croyant en Dieu, chaque être humain expérimente la plénitude de la vie. Car, « Dieu n'a pas fait la mort, il ne se réjouit pas de voir mourir les êtres vivants ».
[1] Douze ans étant l’âge de la maturité sexuelle pour les peuples orientaux, c’est une fillette qui meurt mais une femme qui vient à la vie.
Édouard Shatov, a.a.
Jean Baptiste, un cœur de feu ! 24 juin 2012 - 12° Dimanche ordinaire - Année B
Luc, 1, 57-66.80 Lectures de ce jour Doté d’un excellent sens de l'observation, Jésus savait mettre en valeur les qualités et mérites de certaines personnes rencontrées sur son chemin. On se souvient de son compliment à Nathanaël : « Voici un vrai Israélite, en qui il n’y a pas de fraude» (Jn 1, 48) ; du Centurion il dira : « je n'ai jamais trouvé pareille foi en Israël» (Lc 7, 9) ; il désignera Jean le Baptiste comme étant le plus grand des prophètes » (cf. Mt 11, 9).
Éveiller à la foi
C’est bien ce prophète hors pair qui est à l’honneur aujourd’hui. En fait, c’est depuis les entrailles de sa mère que le baptiste trésaille de joie à la rencontre du Christ. A sa naissance, il opère déjà une rupture importante avec les traditions de son clan. « Il s’appellera Jean » quoiqu’il n’y ait jamais eu un de sa lignée qui porte ce nom. En ce sens, il est désormais considéré comme le prophète de la nouvelle alliance et le signe avant-coureur de la venue du Christ au monde. Mais avant tout, il se retire au désert, histoire de s’imprégner de la présence de Celui dont il se fera l’honneur de faire grandir, tout en s’effaçant lui-même. Très vite, le message de cet homme de feu et à la parole tranchante fera grand écho dans les cœurs des foules qui accourent vers lui. Bien plus, sa prédication et son baptême vont déclencher une effervescence populaire de réveil, qui galvanise les esprits. Ce succès sera également à l’origine de la ferveur populaire consécutive à sa merveilleuse prédication. Du même coup, cela suscitera la haine d’Hérode qui, craignant de perdre son pouvoir et mais surtout blessé et entamé au plus profond de lui-même par la vérité du message de Jean, finira par le faire exécuter.
Persévérer
Malgré tout, la renommée de Jean Baptiste persiste. Si bien que son bourreau, qui pourtant avait toujours subi son ascendant moral et spirituel, se demande avec inquiétude si Jésus ne serait pas Jean ressuscité (Mt I4, 2). Mais Jésus pour sa part, prend le relais et, défiant l’effet de terreur qu’une telle mort avait causé, il poursuit l’œuvre de prédication de la bonne nouvelle, montrant ainsi que rien au monde ne pourra jamais en arrêter la propagation. C’est que le message du salut demeure éternellement, la parole de Dieu jamais ne passera (1 Pi 1, 25). Célébrer ce grand prophète c’est pour nous une occasion de nous interroger sur notre propre relation au Christ. En fait, si l’expression « ceux qui sont nés de femmes » veut souligner la faiblesse, la fragilité de la condition humaine, elle suggère en même temps qu’il est possible, malgré les pesanteurs de notre nature humaine, de témoigner du Christ. Mais cela doit évidemment se faire dans l’humilité, car c’est à des hommes et des femmes pécheurs et parfois médiocres que Dieu confie la fonction sociale de rappeler, par leur présence, l’urgence de l’essentiel.
Témoigner
Enfin, la vocation de Jean est d'éclairer le Messie et non pas de lui faire ombrage. N'est-ce pas là aussi la vocation de l'Eglise ? Comme le Baptiste, n'avons-nous pas à dire au monde l'exigence de Dieu ? A témoigner du Christ sauveur sans jamais nous substituer à Lui ? A nous tenir au coté de l'Epoux ? Puisse le Québec d’aujourd’hui et de demain, s’inspirer du merveilleux témoignage de son saint patron et revisiter sa foi au Christ Jésus, en qui nous avons la vie, le mouvement et l’être (cf. Ac 17, 28). Bonne Saint Jean Baptiste à tous et à toutes !
Sébastien Bangandu, a.a.
Un Règne qui est un peu là ! 17 juin 2012 - 11° Dimanche ordinaire - Année B
Marc 4, 26-34 Lectures de ce jour « Quand un arbre tombe, son bruit se fait entendre, mais quand la forêt pousse, pas un bruit», nous dit un proverbe sud-africain. Comme quoi, certains événements impressionnants retiennent vite l’attention des humains alors que l’essentiel s’effectue parfois dans le silence et la durée. Oui, les choses essentielles parfois se réalisent dans la grande indifférence et le mépris. Il en est ainsi du Règne de Dieu.
Une présence voilée
En fait, alors que certains disciples du Christ demeuraient dans l’agitation quant à sa venue, le Règne de Dieu allait déjà son chemin au milieu d’eux, dans la grande intimité, imperceptible mais efficace. Dévoyés par la recherche des choses de ce monde, il leur était difficile d’apercevoir les traces de ce Règne en la personne même du Christ. Rien d’étonnant à cela car même le précurseur, Jean-Baptiste, en son temps, avait déjà du mal à y croire : « Es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » (Lc 7, 18). Dans un monde sécularisé, où l’on a hâte d’en finir avec tout ce qui fait référence à Dieu, comment croire à la croissance du Règne du Christ. Pourtant, Dieu est toujours à l’œuvre au cœur de notre monde sans que nous ne nous en rendions compte. Les Disciples d’Emaus en ont fait l’expérience : « Nos cœurs n’étaient-ils pas tout brûlants quand sur la route, il nous expliquait les Écritures ? » (Lc 24, 32). Jacob, avait pour sa part, fait la même expérience quand il s’écria : «Vraiment, le Seigneur est dans ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas» (Gn 28, 10).
Croire
C’est là que se dégage la valeur novatrice des enseignements de Jésus-Christ. Celle-ci réside dans la force cachée d’un Dieu mais qui pourtant est toujours à l’œuvre dans nos vies. Cette réalité nous invite à ne pas désespérer, mais à vivre patiemment notre vie, dans la confiance, car ce Dieu, apparemment absent, continue de travailler notre monde à la manière d’un ferment. Il nous arrive très souvent aussi de nous sentir loin de lui. Croyons qu’il peut venir au moment le plus inattendu, au risque de nous surprendre. Il est déjà là. Il est au milieu de nous. Il est au plus profond de nous. Laissons seulement Dieu être Dieu en nous. N’oublions pas que même le Christ a été confronté à cet apparent silence de Dieu, au cours de sa passion et sa crucifixion et il a crié : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46). Son cri de détresse ressemble à celui de chacun et de chacune de nous aujourd’hui. Mais nous savons que Dieu n’était pas du tout absent, au contraire, il attendait de se révéler au moment voulu. Le vendredi saint a débouché sur le matin de Pâques. Telle est notre espérance chrétienne qui porte et donne sens à notre prière, à notre vie.
S’ouvrir à l’Esprit
En définitive, on peut s’interroger sur les implications de cette présence voilée de Dieu dans le monde d’aujourd’hui. Dieu s’est révélé en Jésus-Christ. Et alors où est-il aujourd’hui ? Cette question nous invite à être attentifs à l’Esprit qui nous ouvre davantage à la grâce de Dieu. Car n’oublions pas que tout est grâce et que tout repose sur cette action de Dieu en nous, une action parfois imperceptible, mais extraordinairement prolifique dans ses effets sur notre vie. Vienne ton Règne, Seigneur !
Sébastien Bangandu, a.a.
Le Saint Sacrement, don par excellence ! 10 juin 2012 - Le Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année B
Marc 14, 12-16.22-26 Lectures de ce jour Pour tout vivant, manger et boire sont des fonctions élémentaires les plus naturelles et les plus universelles. On a besoin de manger et boire pour vivre. Mais bien que manger et boire soient essentiels à la vitalité de l’humain, on ne peut pourtant se permettre de manger et de boire n’importe quoi et n’importe comment. Jésus, qui aimait beaucoup prendre part à des repas, invitait surtout les gens à travailler non pour une nourriture qui se perd, mais pour une nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle (Jn 6, 27). Partage Et le repas est rassembleur dans la mesure où l’on est invité à faire communauté, à manger et à boire ensemble, à la même table. Ceci est une invitation à ne pas oublier ce qui fait la richesse de notre ‘vivre-ensemble’. Qu’il soit familial, amical ou communautaire, le repas est avant tout un moment de partage, d’échange, avec tout ce que cela comporte d'intimité, de fraternité, d'amitié, de chaleur humaine. C’est aussi un moyen extraordinaire pour cimenter nos relations. Voilà pourquoi Jésus-Christ, pain de vie pour notre salut, se donne à nous comme nourriture et breuvage. Ce faisant, il veut nous communiquer sa propre vie à travers un amour qui est pure ouverture à l'existence des autres, capable de les deviner, de les comprendre, de les aimer et d’être prêt à donner sa vie pour eux. En fait, loin d'être une inclination instinctive, ou une recherche de soi camouflée, l'amour est une décision consciente de la volonté qui nous tourne vers les autres. Ainsi, pour pouvoir aimer en vérité, il faut se détacher de bien des choses, en commençant par se décentrer de soi. Don Ainsi, Dieu existe tourné vers nous, dans le mouvement qui le fait sans cesse se donner à nous. Ce don total est réalisé en la personne de Jésus Christ, qui est venu parmi nous pour que nous ayons la vie en abondance. De ce fait, nous sommes bénéficiaires de ce don, et c’est en accueillant ce don par excellence, du corps et du sang du Christ, que peut naître en nous le désir de donner notre vie pour nos frères et sœurs. Si nous vivons dans cette dynamique et nous laissons saisir par ce mouvement, notre vie prend sens et se transformera au quotidien. Par ailleurs, Jésus-Christ, le Verbe éternel que nous proclamons n'est pas une parole abstraite. Il s'est fait chair et sang. De ce point de vue, ce que nous prêchons n'est pas une théorie du salut ni même une idéologie, mais la grâce incarnée dans la vie, la mort et la résurrection d'un homme qui, toute sa vie durant, s’est donné pour les autres. Et le don du Christ à chacun et chacune de nous c’est l’amour, l’énergie pure et lumineuse qui purifie et transforme notre existence. Proximité En définitive, Dieu n’a pas seulement parlé, ni accompli des signes prodigieux dans l’histoire de l’humanité, Il s’est surtout fait proche de nous en nous donnant son propre fils, pour que sa vie s’épanouisse en nous. Voilà pourquoi nous sommes tous appelés à entrer dans l’intimité du bonheur du Père grâce à l’action du Fils qui donne sa vie librement et véritablement pour le bonheur de tous ses frères et sœurs. Car, « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn15, 13). A l’instar du Christ, c’est bien nous-mêmes que nous sommes appelés à donner, à travers tout ce que nous faisons pour l’autre. Sébastien Bangandu, a.a.
La sainte trinité, une réelle synergie d’amour 3 juin 2012 - Dimanche de la Sainte Trinité - Année B
Matthieu 28, 16-20 Lectures de ce jour Au terme de la période pascale, il nous a été rappelé les grandes réalités qui redynamisent notre foi au Christ. En effet, de la mort et résurrection de Jésus jusqu’à l’envoi de l’Esprit Saint, en passant par son ascension, le Christ nous a montré le vrai sens de l’amour. Aujourd’hui, il voudrait que nous focalisions notre attention sur la synergie d’amour qui se trouve au cœur même du mystère de la trinité et qui peut être bénéfique pour toute communauté humaine et chrétienne.
Rencontre
En fait, pour parler de sa relation avec le Père, Jésus avait dit à Philippe : Celui qui m’a vu a vu le Père (Jn 14,9). Et dans la vie courante, on entend souvent dire : « Lui, c’est moi et moi c’est lui. Tout ce que tu lui diras me parviendra ! ». Ceci se dit souvent de deux amis qui s’entendent bien et qui vivent en profonde accointance. Ces deux réalités peuvent bien nous aider à comprendre ce grand mystère. Par ailleurs, la célébration de la Sainte Trinité offre à l’humanité toute entière un modèle d’unité, c’est-à-dire cette cohésion qui devrait unir tous ceux et celles qui veulent travailler pour l’avènement d’un monde meilleur et du Règne de Dieu. Cette ouverture à l’unité, à la cohésion, permet à toute communauté humaine ou chrétienne d’envisager, d’assumer son propre destin.
Relation
C’est que Dieu n’est Dieu que parce qu’il est capable de se donner. Et c’est dans ce mouvement de don que Dieu, dans son grand amour a envoyé son fils pour nous sauver et que l’Esprit poursuit l’œuvre du Christ parmi nous. Ainsi, nous célébrons un Dieu communion, qui est aussi relation à l’autre et partage. Au-delà de son abstraction apparente, ‘Trinité’ nous révèle la vraie nature des relations qui devaient lier tous les humains qui se réclament enfants de Dieu. C’est justement l’essentiel du message de l’évangile d’aujourd’hui où nous voyons le Christ envoyer ses disciples au monde pour être témoins de cet amour. Dès lors, ceux-ci s’emploieront à faciliter la rencontre avec le Christ à travers le baptême, expression par excellence de l’amour trinitaire. Ainsi, le baptême n’est pas un simple rite consacrant l’adhésion à une église quelconque ou à une idéologie. Il est l’expression d’une conversion concrète qui ouvre à une nouvelle expérience de vie dans le Christ.
Cohésion
Enfin, devenir chrétien, c'est intégrer un courant de vie qui s’inspire constamment de l’amour trinitaire où chacune des personnes trouve sa raison d'être et son bonheur dans le don total de son être à l'autre. C’est dire que notre identité réelle, personnelle, n’est complète que dans notre relation à Dieu et aux autres. Et le jour où nous aurons compris cela, notre monde, ravagé par la haine, le repli sur soi, la division, la violence, le non respect de l’autre, … pourra alors vivre et expérimenter le bonheur que le Dieu trine réserve à tous les humains.
Sébastien Bangandu, a.a.
Le Témoignage éternel de la Diversité 27 mai 2012 - Dimanche de la Pentecôte - Année B Jean 15, 26-27 ; 16, 12-15 Lectures de ce jour Chaque année le dimanche de la Pentecôte nous vivons un rappel extraordinaire du témoignage d’amour de Dieu pour son peuple, pour chacun et chacune d’entre nous. Toutes les lectures de cette fête, et l’Évangile de Jean en particulier, en témoignent. Témoignage reçu Le texte merveilleux de Jean, tiré des chapitres 15 et 16 de son Évangile, nous raconte le dernier entretien de Jésus avec ses disciples lors duquel Jésus leur promet cinq fois l'Esprit, qui sera désormais leur soutien. A plusieurs reprises, il lui donne le nom de Paraclet, ce que nous pouvons comprendre comme celui qui est appelé auprès d'eux et qui ne les quittera jamais : « Moi, je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous toujours. C'est lui, l'Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d'accueillir parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas. Vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et qu'il est en vous ». Au moment crucial de son histoire, à la veille de la Passion, Jésus révèle et témoigne de la sollicitude du Père pour l’humanité. Et pour cela il promet l’Esprit, le Paraclet, cet Esprit que le Père enverra au nom de Jésus, qui leur enseignera toutes choses et les fera se ressouvenir de tout ce que Jésus leur a dit. Témoignage donné Cet Esprit Jean l'appelle le « Paraclet », le Défenseur. Il ne s'agit pas de défendre les disciples contre un quelconque jugement de Dieu, mais de les soutenir lorsqu'ils seront traduits devant les tribunaux humains, pour qu'ils puissent témoigner authentiquement du Christ et de Dieu. C’est la vocation même de Jésus. Au cours de la Passion, il a dit à Pilate : « Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité ». A leur tour, les disciples n'ont pas d'autre raison d'être que de rendre témoignage au Christ pour que le monde connaisse enfin la vérité du Père. En fait, l'Alliance définitive entre Dieu et l'humanité ne pourra s'instaurer que lorsque l'humanité connaîtra (au sens de « reconnaîtra ») enfin son Dieu. L'effroyable méprise, la méconnaissance de l'humanité à l'égard de Dieu est le problème qui parcourt toute la Bible : depuis le soupçon d'Adam au jardin de la Genèse. Et c’est ce malentendu que le témoignage du Christ et de ses disciples, donc le nôtre aussi, invite à dépasser. Témoignage à partager Dieu est le Tout-Autre, comparé à ce que nous nous imaginons très souvent de lui, et nous ne pouvons pas l'atteindre par nos seuls efforts. C’est Dieu qui vient se révéler à nous. C'est pour cela qu'il nous fait don de son Esprit. La très belle formule de la Prière Eucharistique nous dit : « L'Esprit est le premier don fait aux croyants » pour que, par leur témoignage, le monde parvienne à la connaissance de la vérité de Dieu. Cette œuvre de Dieu, cette vérité de Dieu, pour l’humanité et pour la création tout entière, est bonne. Cette sollicitude de Dieu, cette œuvre de création, n'est pas un acte du passé : comme si Dieu avait lancé la terre et les humains dans l'espace, une fois pour toutes. Elle est une relation persistante entre le Créateur et ses créatures. Quand nous disons dans le Credo « Je crois en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre », nous n'affirmons pas seulement notre foi en un acte initial de Dieu, mais nous nous reconnaissons en relation avec lui. Il ne faut pas confondre cette sollicitude de Dieu avec « la pensée unique ». Le passage des Actes des Apôtres nous rappelle que les disciples du Christ, inspirés par la présence de l’Esprit, parlent en langues différentes. Cela est pour nous épargner une fausse piste : la piste de la pensée unique, du projet unique. Nous sommes invités à rechercher l’unité, mais ne nous trompons pas de chemin : l'unité n'est pas dans l'uniformité ! La véritable unité de l'amour ne peut se trouver que dans la diversité et dans l’harmonie. C’est le témoignage de l’Esprit que nous sommes invités à vivre et à transmettre. Edouard Shatov, a.a.
Une présence surprenante ! 20 mai 2012 - Ascension du Seigneur - Année B Marc 16, 15-20 Lectures de ce jour Quarante jours après Pâques, nous fêtons l’Ascension de Jésus ressuscité. C’est le jour où il disparaît au regard de ses apôtres. Comme eux, nous avons notre regard tourné vers le ciel. Mais en même temps, nous ne devons pas oublier de regarder vers la terre. C’est cela le message de l’ange aux apôtres : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » En d’autres termes, nous chrétiens, nous sommes « citoyens du ciel » mais nous marchons vers notre patrie définitive qui n'est pas ici-bas et non pas dans un ailleurs indéfini non plus. Oublier notre foi au Christ ressuscité serait pour nous un aveuglement mortel. Mais cela ne doit pas nous faire négliger la mission confiée par le Christ : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples… » Accueillir la présence de Dieu Pendant le temps de Pâques, pendant 50 jours, nous fêtons le Christ mort et ressuscité. Nous méditons le grand passage de Jésus vers son Père. Cette période est là pour raviver et fortifier notre foi. C’était vrai pour les disciples. L’évangile nous dit qu’ils étaient encombrés par le doute. Mais si le Christ ressuscité est resté visible quarante jours, c’est précisément pour les faire passer du doute à la foi. N’oublions pas que le vendredi saint, ils ont subi un grave traumatisme. Ils ont vu leur Maître mis à mort sur une croix et enfermé dans un tombeau. Pour eux, c’était la fin d’une belle aventure. Mais voilà que le jour de Pâques, Jésus ressuscité les rejoint. Sa première parole, un message de paix, est message d’espérance que nous avons à transmettre à notre monde. Beaucoup vivent dans l’indifférence. D’autres sont hostiles à la foi chrétienne sans même savoir pourquoi. Plusieurs parmi nous sommes douloureusement marqués par la souffrance, la maladie, le découragement. Accueillir notre mission Nous sommes invités par Jésus-Christ lui-même à accomplir notre vocation et notre mission, à savoir, si je lis bien les textes d’aujourd’hui : à aider les autres dans les moments difficiles de leur vie. Nous sommes invités à leur communiquer l’espérance qui nous anime. Mais cela ne sera possible que si nous l’entretenons en nous. Il ne suffit pas de regarder ce qui va mal dans le monde. Il nous faut aussi regarder vers le ciel. Des moments de ressourcement sont nécessaires. Se ressourcer, c’est prendre du temps pour la prière, le temps de rencontrer les autres et surtout de se rappeler que l’Esprit Saint nous précède dans le cœur de ceux et celles qu’il met sur notre route. A la suite des apôtres, nous sommes envoyés pour proclamer la bonne nouvelle à toute la création. Pour cette mission, nous ne sommes pas seuls. Jésus reste avec nous. Le principal travail, c’est lui qui le fait dans le cœur des hommes. Le monde doit pouvoir découvrir en nous quelque chose de l’amour passionné de Dieu pour tous les êtres humains. Il est important que notre cœur soit de plus en plus accordé à son infinie tendresse pour l’humanité. Alors, ne perdons pas une minute. C’est à chaque instant que nous avons à rayonner de cette lumière qui vient de lui. Accueillir notre vocation Cette fête de l’Ascension vient donc nous rappeler le but de notre vie. Avec Jésus, nous devons nous rendre compte qu’il y a dans notre vie des passages essentiels d’une rive à l’autre. Nous sommes en marche vers ce monde nouveau qu’il appelle le Royaume des cieux et c’est là que Dieu veut rassembler tous les hommes et toutes les femmes. Comme nous dit la lettre de saint Paul aux Éphésiens : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait ». Ce qui veut dire, si je lis bien : Dieu ne veut que notre bonheur et notre accomplissement. C’est cette bonne nouvelle que nous avons à annoncer aux hommes et aux femmes de notre temps. Rien ne doit l’arrêter. Les violences, les guerres, les catastrophes n’auront pas le dernier mot. Le Christ ressuscité veut nous associer tous à sa victoire sur la mort et le péché. Nous sommes à dix jours de la Pentecôte. Les apôtres en ont profité pour faire une retraite. Avec eux, nous te supplions, Seigneur : Envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre. Edouard Shatov, a.a.
La source de l’amour et de la joie 13 mai 2012 - 6° Dimanche de Pâques - Année B Jean 15, 9-17 Lectures de ce jour Quand on dit : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aime », ça veut dire quoi au juste ? Les lectures de ce sixième dimanche de Pâques nous permettent de mieux comprendre ce mystère : d’où il découle et quelles conséquences s’en suivent.
Le projet d’amour depuis toujours
Tout commence dans le temps de Dieu, dans son amour. Le projet de Dieu pour l'humanité dure depuis toujours ; c’est un projet d'harmonie universelle. Dans sa lettre, Jean dit : « Tel est le message que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres » et « dès le commencement », c'est-à-dire depuis les origines. C’est cet amour-là que le Christ laisse à ses disciples comme la réalisation du projet de Dieu en lui, Jésus, et comme commandement pour ses disciples. « Voici comment Dieu a manifesté son amour parmi nous : Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui ». Vivre – au sens de la vie éternelle – c’est connaître Dieu ; et pour que nous le connaissions vraiment tel qu'Il est, et pas tel que nous l'imaginons, Il a envoyé son Fils. Tant que Dieu est invisible, comment le connaîtrions-nous vraiment ? En Jésus, parce qu'Il est Dieu fait homme, nous voyons enfin Dieu sur un visage d'homme et dans des gestes d'homme. « Dieu a envoyé son Fils Unique dans le monde pour que nous vivions par lui », c'est-à-dire pour que nous le connaissions.
L’accomplissement de la promesse
Pour réaliser ce plan d’amour inconditionnel, le Fils de Dieu, Jésus-Christ, est venu dans le monde. Et nous, les croyants, nous sommes invités à découvrir que nous devons considérer nos frères et sœurs pour lesquels nous sommes appelés à donner nos vies. Voila une proposition inattendue : c’est de croire que l’autre, ce n’est ni l’ennemi de Dieu ni mon propre ennemi, pas plus qu’un être indifférent à ma vie ; il nous faut comprendre et accepter que l’autre est mon ami de toujours dans le plan de Dieu. C'est un tournant décisif qui s'amorce. Pour annoncer la Bonne Nouvelle, il ne s’agit pas d’éviter les autres, mais plutôt de les fréquenter ! Dans une première étape du plan de salut de Dieu, le peuple juif a été choisi et, pendant tout un temps de maturation nécessaire, il fallait préserver la foi et donc rester entre croyants. Et c’est vrai aussi pour toute communauté croyante. Mais vient le temps, une nouvelle étape, où il faut ouvrir les portes aux autres, voire les non-croyants ou les quêteurs de Dieu, pour pouvoir leur annoncer à eux aussi la Bonne Nouvelle. Jésus, lui aussi, avait plusieurs fois fait comprendre à ses apôtres que, désormais, la loi ancienne était caduque, et qu'une nouvelle étape s'ouvrait. Etre fidèle à la foi des pères ne signifie pas répéter indéfiniment leurs manières d'agir et de parler. A questions nouvelles, solutions nouvelles.
La joie d’aimer et de vivre
Cet accueil du plan miséricordieux de Dieu et le dépassement de la peur de l’autre nous fait entrer dans un temps nouveau, pourrions nous dire dans la vie éternelle. Et la conséquence d’un tel comportement est la joie que Jésus promet et donne à ses disciples. « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie ». Voilà une bonne nouvelle pour ce dimanche ! Quand le Christ parle à ses apôtres, c'est pour les combler de joie. Quand Jésus Christ nous parle, c’est pour nous combler de joie. Et la raison de cette joie, c'est que la vie de Jésus n'a été qu'amour, à l'image de l’amour de son Père : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés ». Nous serons tout à fait dans la ligne de la lettre de saint Jean : quand l'humanité connaîtra enfin Dieu tel qu'Il est, elle sera comblée de joie. Plus on lit les Saintes Écritures, plus on est frappé de cette insistance : le seul problème de l'humanité, c'est de ne pas connaître Dieu, de se tromper sur Lui. Elle le prend pour un Juge terrible, alors que c'est un Père qui se réjouit de la joie de ses enfants. Accueillons cette bonne nouvelle et retrouvons la joie de vivre ! Edouard Shatov, a.a.
Les fruits de la Parole 6 mai 2012 - 5° Dimanche de Pâques - Année B Jean 15, 1-8 Lectures de ce jour En ce cinquième dimanche de temps pascal l’Évangile nous propose une méditation sur la présence du Seigneur dans la communauté de ses disciples et dans le monde en général. Entrer dans l’Alliance Jésus parle de vigne et de vin dans des termes qui suggèrent l'Alliance. Il ne faut pas oublier que, dans l'Ancien Testament, la vigne – parce qu'elle demande beaucoup de soins – était une image privilégiée de l'Alliance entre Dieu et Israël : Dieu étant, bien sûr, le vigneron et Israël le vignoble. La fidélité de Dieu était exprimée par la sollicitude du vigneron pour sa vigne, une sollicitude qui peut confiner à la passion. Quant à l'attitude du peuple élu, tantôt docile, tantôt infidèle, elle reflétait la qualité du raisin, comme par exemple dans le livre du prophète Osée : « Israël, vigne florissante, produisait du fruit à l'avenant ». Mais il arrivait très fréquemment que les raisins soient de mauvaise qualité (traduisez qu'Israël était infidèle à l'Alliance). Or, dès qu'on cesse de pratiquer les commandements, c'est toute la vie familiale, sociale, nationale qui est perturbée. Comment alors faire pour que la vigne soit bien soignée et que le raisin soit savoureux au goût, capiteux dans une coupe ? Prendre soin La réponse à cette question est surprenante : Dieu lui-même s’engage à prendre soin de sa vigne pour qu’elle porte du fruit. Et, à plusieurs reprises, il annonce une Nouvelle Alliance. Le peuple rompt cette alliance, mais Dieu y reste fidèle ; et c’est cela que nous sommes invités à apprendre, à accueillir et à accepter. Comme disait le prophète Jérémie : « Apprenez à connaître le SEIGNEUR ! », car ils me connaîtront tous, petits et grands - oracle du SEIGNEUR. Je pardonne leur crime ; leur faute, je n'en parle plus ». C'est donc tout naturellement que Jésus, qui vient réaliser cette nouvelle Alliance, en parle en reprenant l'image de la vigne. Jésus n'a même pas besoin de prononcer le mot « Alliance », tout le monde comprend : quand il développe la comparaison de la vigne, il est clair qu'il annonce une Alliance entre Dieu et les hommes qui se réalise en lui. « Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Demeurez en moi, comme moi en vous. Moi, je suis la vigne, et vous les sarments ». Or ce qu'il appelle « demeurer en lui », c'est être imprégné de ses paroles : « Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous ». Connaitre le Seigneur, ce que Jérémie annonçait, vient enfin de se réaliser. Car le problème de l'humanité c’est de méconnaître Dieu, de ne pas le considérer comme un Père et Jésus vient de renverser les schémas habituels, accomplir la promesse. Demeurer dans l’Amour Jésus n'a rien changé à ce message qui semble bien être la base de la Révélation faite à Israël : le Dieu d'amour a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire fait pour aimer. L'étonnant, c'est non seulement que nous avons bien du mal à pratiquer cette religion-là, mais plus gravement, que nous avons bien du mal à l'admettre, tout simplement. Jésus nous rappelle que le fond de notre foi consiste à aimer. Saint Jean le dit clairement dans sa lettre : « En agissant ainsi, (c'est-à-dire en aimant par des actes et non par des discours), nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité ». L’unique vérité qui nous a été révélée, c’est que Dieu est amour et les hommes sont faits pour aimer. « Dieu est amour : qui demeure dans l'amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui ». Saint Jean ajoute que l'amour des autres est le meilleur moyen pour avoir le cœur en paix : « Devant Dieu nous aurons le cœur en paix ; notre cœur aurait beau nous accuser, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses ». Effectivement, celui qui consacre son temps à servir les autres est complètement décentré de lui-même. Cette personne ne se laisse plus décourager par le spectacle de ses imperfections. Car au fond on espère et on sait qu’en demeurant sur la vigne et en se tournant vers les autres nous seront heureux et accomplis non pas en niant ou en culpabilisant nos faiblesses et nos difficultés, mais en les transcendant avec la grâce du Seigneur. Et le raisin sera alors toujours bon ! Edouard Shatov, a.a. Jésus, un berger sans pareil ! 29 avril 2012 - 4° Dimanche de Pâques - Année B Jean 10, 11-18 Lectures de ce jour Il est toujours heureux de savoir que quelqu'un s'intéresse à nous, nous écoute, nous comprend, prend soin de nous, … En faisant suite à une objection des pharisiens, Jésus, comme à son habitude, profite de la circonstance pour faire passer son message. Bien que trop familière dans la société juive de son temps, il se saisi de l’image du berger et de ses brebis pour élucider son propos. Grave encore, il s'identifie lui-même au Bon Pasteur. Connaissance En effet, pour Jésus, le bon berger connaît ses brebis et celles-ci le connaissent. Il n’a pas besoin d’exhiber des signes visuels sur les brebis, de les charmer, pour les le inciter à reconnaître sa bonté. C’est sa voix qui leur est personnellement reconnaissable. Elles le reconnaissent du fait qu’il entre chez elles par la porte autorisée. En effet, c’est par son incarnation que le Christ est entré dans la bergerie de notre monde. De ce fait, il peut bien nous comprendre et s’occuper de nous, pour avoir épousé notre condition humaine. Mais cette connaissance mutuelle implique pour chacun et chacune de nous une rencontre ou une expérience au sens fort du terme. Car connaître le Christ c’est exposer notre vie à sa lumière qui l’éclaire et la transforme. De cette façon, nous pouvons vraiment vivre une relation personnelle avec lui. Cela nous permet aussi de savoir bien écouter sa voix, de la distinguer de celle des mercenaires et de lui obéir constamment. Don de soi Jésus est le bon berger parce qu’il assure et sécurise la vie de ses brebis en exposant la sienne pour elles. Ainsi, risquer sa propre vie devient le signe qui consacre et légitime l’authenticité du bon berger qui prouve par là qu’il est le propriétaire de son troupeau et non un mercenaire. Jésus-Christ l’a fait en offrant sa vie pour notre salut, alors que le faux berger, l’imposteur, celui pour qui la vie de la brebis n’a pas de prix l’abandonne, l’hypothèque sans insouciance aucune, à l’approche des loups voraces. C’est dire que la véritable expérience de Dieu conduit inéluctablement au don de soi-même. Et plus on avance dans la connaissance de Dieu, moins on se sent indisposé à se dessaisir de sa propre vie pour le bonheur des autres. Cela n’est possible que si nous vivons attachés au Christ. Car, une vie chrétienne qui se prive de jouir constamment de la proximité de Jésus s’étiole. Se passer de la compagnie de Jésus ouvre la voie vers la déchéance et l’inconfort d’une vie sans horizon. Confiance Enfin, se savoir sous la garde de Jésus, le Bon pasteur, devait nous libérer de nos peurs et des angoisses du monde présent, nous menant ainsi à vivre sans crainte et en confiance notre vie, en sachant qu’auprès de lui est la grâce, la pleine délivrance. En ce jour où nous prions pour tous ceux et celles qui ont reçu la charge de conduire, accompagner, guider leurs frères et sœurs. Offrons-les au Bon pasteur pour qu’à son école, ils deviennent aussi des pasteurs selon son cœur. Car, quoiqu’ils n'arrivent pas parfois à être aussi bons que nous les voudrions, ils sont tout de même l'image la plus proche que nous ayons du Bon Berger dont nous avons toujours besoin. Qu’ils nous rappellent au jour le jour, le visage de Jésus-Christ, pasteur par excellence. Sébastien Bangandu
Témoins d’une présence ! 22 avril 2012 - 3° Dimanche de Pâques - Année B Luc 24, 35-48 Lectures de ce jour Quand on doit aller parler aux gens de ce qu’on vient de voir, toucher, ou même expérimenter, c’est différent que quand on raconte ce qu’on ne sait que par ouï-dire. La conviction du disciple, l’efficacité de son témoignage, découlent d’une relation de communion profonde et vivante avec le Christ lui-même. Non parce qu’on l’a vraiment saisi, mais du fait de l’emprise que sa présence exerce sur nous. Les disciples qui rentrent d’Emmaüs parlent de quelqu’un de vivant, de vrai. Pour preuve, alors qu’ils en parlent encore, lui-même est là, au milieu d’eux, dans le vif ! Croire Cette apparition du Christ au milieu de ses disciples comporte deux aspects différents. Le premier est un effort visant à vaincre l'incrédulité des disciples, leur lenteur à croire à un événement dont ils étaient déjà au courant. Le deuxième est une preuve que le Christ est effectivement ressuscité. Loin d’être un fantôme, il apparaît dans toute son humanité, il peut manger, être touché, vu et entendu. Bien que ce fait ne soit pas une preuve tangible de la résurrection du Christ, il demeure cependant un vrai support à la démarche de celui qui cherche à y croire. Cependant, à première vue, il peut nous sembler choquant et même inadmissible que ceux qui constituaient l’entourage immédiat de Jésus, ses plus proches, aient mis si longtemps à croire qu’il était ressuscité. Mais cela peut se comprendre dans la mesure où ils étaient témoins oculaires de ses souffrances et de sa mort et connaissaient bien l’endroit où il était enseveli. A cause de cela, mais aussi du fait qu’ils étaient prisonniers des croyances de leur temps, il leur était difficile de s’imaginer qu’il soit ressuscité. Accueillir Voilà pourquoi, de son côté, le Christ doit rafraîchir leur mémoire en leur ouvrant l’esprit au sens des Ecritures. Ainsi qu’il l’avait déjà fait auparavant, le Ressuscité rappelle à ses disciples que l'évènement de la résurrection est, sans nul doute, l’accomplissement de ce qui leur était déjà annoncé par l'Écriture. Mais si Jésus se donne la peine d’ouvrir leur esprit au sens de l’Ecriture, les disciples, de leur part sont appelés à ouvrir leur cœur pour accueillir et intégrer ce grand mystère de notre foi. En se rendant instantanément présent au milieu des disciples, le Christ affirme sa présence toujours réelle et active au milieu des siens. Car, là où deux trois sont réunis en son nom, il est au milieu d’eux (Mt 18, 20). C’est dire que le Ressuscité est vraiment présent et agissant dans nos vies, même quand nous ne nous en rendons pas compte. Quelques temps auparavant, les mêmes disciples s’en étaient déjà persuadés : « Nos cœurs n’étaient-il pas tout brulant quand il nous parlait en chemin… ? » Lc 24, 32). Cette présence du Christ se manifeste parfois jusque dans les moments les plus banales de notre vie quotidienne. Espérer Enfin, la résurrection est un événement fondateur de notre vie de foi. Elle suscite en chacun de nous une vision nouvelle de la vie, de l’histoire et de notre temps. Dieu qui a ressuscité Jésus-Christ ressuscite aussi nos propres existences. Face aux difficultés de la vie humaine, les échecs, la souffrance, la violence, la mort, l’espérance de la résurrection ouvre comme une brèche dans le mur de notre incrédulité. Dès lors, nous sommes appelés à devenir des témoins vivants de cette espérance, ses acteurs et ses disciples engagés : « C’est vous qui en êtes les témoins » (Lc 24, 48). P. Sébastien Bangandu
La résurrection du Christ, une affaire de foi ! 15 avril 2012 - 2° Dimanche de Pâques - Année B Jean 20, 19-31 Lectures de ce jour Croire aujourd'hui représente un réel défi aussi bien pour le croyant lui-même que pour le non croyant. Même si les saintes écritures nous donnent des exemples d’hommes et des femmes de foi qui ont marqué leur temps, il n’en reste pas moins vrai que la foi reste une quête difficile.
Une dure épreuve
En effet, dès le soir du premier jour de la semaine, l'expérience des disciples nous montre que la rencontre du Christ est une source de bonheur pour le croyant, mais en même temps une dure épreuve surtout quand on doit s'appuyer sur le témoignage des autres pour croire. En effet, tout comme les disciples qui refusent de croire au témoignage des femmes, Thomas résiste à ses compagnons qui lui annoncent avec joie : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Il refuse de croire sans avoir vu de preuve tangible. Mais Jésus lui reproche son incrédulité en déclarant heureux ceux qui croient sans avoir vu. Cette réponse de Jésus nous renvoie à la réalité même du Royaume de Dieu, qui est avant tout une réalité de foi, parce qu’intérieure et invisible à l’œil nu. C’est qu’avant d'être visible, la foi en Jésus-Christ prend d’abord place dans le cœur de ceux et celles qui le reçoivent. Et c’est de l’intérieur que, telle du levain, elle travaille à la transformation de toute notre existence. Et c’est par la puissance de l’Esprit que le Règne de Dieu s’établit en nous. Or la vie de l'Esprit en nous dépend de la qualité de notre relation personnelle avec Jésus-Christ, laquelle assure le rayonnement quotidien de notre foi.
Une foi en quête d’intelligence
Mais en opposant le doute aux allégations de ses collègues, Thomas fait aussi preuve de jugement. Car vivre sa foi aujourd'hui invite au discernement et à des choix qui sont en conformité avec l'évangile et l'appel intérieur qui peut être particulier à chacun et à chacune de nous. Ceci permet de vivre une expérience originale, qui est celle de l’intelligence de la foi. Mais au bout du compte, il est important pour celui qui questionne sa foi de savoir que le bonheur vient d’un décentrement, d’une sortie de soi, d’une « conversion » à une vie nouvelle. Et si l’Esprit vit en nous selon ce qu'il veut, il finit par se manifester aussi de manière visible, car la foi vraie engendre la manifestation de la puissance et de la gloire de Dieu, selon que Jésus dit : « Si tu crois tu verras la gloire de Dieu » (Jn 11, 40). Grâce à cette intelligence toujours en éveil, une interaction continuelle sans cesse plus puissante, se développe entre ce que Jésus a vécu et ce que son disciple a à vivre. En s'adaptant à son temps et à son lieu de déploiement, le témoignage du disciple devient l'écho du témoignage de Jésus-Christ et sa mission prolongera celle de son maître.
Reconnaître le Ressuscité
Ainsi, la foi est ce cheminement patient et discret qui fait approcher du mystère de Jésus-Christ. Elle est également la voie qui permet de faire du mystère de Dieu une approche plus digne de ce que Jésus-Christ a vécu et de ce que chacun de nous est appelé à vivre pour atteindre, selon la mesure des grâces reçues, la plénitude de la stature du Christ ressuscité. Que Pâques éveille en nous cet élan de foi qui nous fera découvrir, au quotidien, le visage du Ressuscité. P. Sébastien Bangandu
Témoins du grand mystère 8 avril 2012 - Jour de Pâques
Jean 20, 1-9 Lectures de ce jour
C’est Pâques ! La mort qui, de tout temps terrorise l’humain, est aujourd’hui vaincue par le Christ. Mais d’où lui vient cette force ? Dès les premières lignes de son évangile, Jean note qu’ « il fait encore sombre » quand Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin. C’est bien la situation initiale de l’humanité telle que décrite dans la Genèse. En effet, « avant que la lumière fut, la terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface des abîmes » (Gn 1, 1-2).
Une foi difficile
La lumière de la Résurrection vient donc réhabiliter l’humanité et redorer son image défigurée par la souffrance et la douleur. Mais cette lumière demeure encore un mystère même pour ceux et celles-là qui ont côtoyé Jésus-Christ de plus près. Pour preuve, jusqu'à cette expérience du tombeau vide, les disciples connaissent un blocage. Certes, ils l’ont vu mort, et pour eux, tout était fini. Malgré cela, et sans avoir tout compris de ce que Marie Madeleine leur raconte, ils se hâtent quand même vers le tombeau.
Marie Madeleine elle non plus ne semble pas avoir bien compris ce qu’elle venait de voir. Mais elle se décide de braver les barrières de la tradition pour aller annoncer la nouvelle aux Apôtres. C’est dire qu’avoir la foi au Ressuscité n’est pas du tout facile à vivre. Comme les disciples de l’évangile, nous courons de toutes nos forces pour faire notre propre expérience du Ressuscité. Parfois, comme ce fut le cas pour Pierre devant le tombeau, il n'y a pas de réponse claire au bout de la course. Aucun détail décisif ne saurait trancher le débat une fois pour toutes. Néanmoins, le fait d'y aller nous-mêmes nous permet d’avoir un réel contact avec l’événement. Et c’est ce contact avec le vide qui peut déclencher un mouvement de foi et d’espérance.
Communion et témoignage
Pris au dépourvu face à un tombeau vide, nous pouvons laisser entrer dans notre cœur l’éclat soudain d’une lumière inespérée. Alors nos yeux pourraient s'ouvrir pour faire écho de la bienveillance de Dieu à notre égard. Ainsi, à la suite de Jean, nous pourrons dire : « J’ai vu et j’ai cru ». C’est justement cette foi que le Christ vient raviver en nos cœurs. Car, comme le dit bien Paul, « si le Christ n’était pas ressuscité, vaine serait notre foi » (I Cor 15, 17). Dès lors, nos propres souffrances et épreuves, notre mort même, ne sont plus sans issue, puisqu'elles se trouvent déjà assumées et vaincues par le Ressuscité qui est vivant en nous.
Par ailleurs, la foi au Christ ressuscité nous ouvre à une expérience de communion profonde avec lui. Car si la résurrection de Jésus demeure le cœur de la foi chrétienne, il va sans dire que le cœur de la vie chrétienne est d'intégrer le style de vie du Ressuscité au quotidien de notre existence. De cette communion intime pourra alors jaillir une vie tournée vers les réalités d’en haut (Col 3, 1). Ainsi, transformée par la force du Ressuscité, notre vie devient témoignage de celui qui nous a fait passer des ténèbres de la mort à son admirable lumière.
Vulgariser la nouvelle
Enfin, le Christ est ressuscité. Il est vivant au milieu de nous. A notre tour, n'attendons pas d'avoir tout compris pour oser inviter le monde à sa rencontre. Témoins d’une réalité qui nous dépasse, allons vulgariser cette bonne nouvelle pour que l’espérance renaisse enfin dans notre monde voué à la fatalité et au désespoir. Merveille plus grande encore que l'œuvre de la Création, la résurrection nous réhabilite et restaure notre dignité de créature merveilleuse de Dieu. Que tous les baptisés découvrent, en ce grand jour de l’histoire de notre foi, la beauté de vivre en syntonie avec le Ressuscité.
Le prix du don de soi 1er avril 2012 - Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur - Année B Mc 14, 1-15, 47 Lectures de ce jour Dévoué, tenace, exigeant, jusqu’au-boutiste, impliqué…, c’est le profil qu’on peut bien assigner à Jésus-Christ qui, sachant d’avance tout ce qui l’attendait dans cette ville qui « tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés » (cf. Mt 23, 37), serre ses dents, durcit son visage et prend avec courage la route de Jérusalem. Prendre avec courage la route de Jérusalem c’est, pour Jésus, un chemin d’accomplissement, de réalisation de sa mission rédemptrice. Une passion De ce point de vue, Jésus-Christ se présente aujourd’hui plus que jamais comme le porteur du destin de l’humanité. Il est venu pour transformer la Jérusalem terrestre en Jérusalem céleste (cf. Ap. 21, 18), c’est-à-dire ce Royaume du Père où il n’y aura plus ni deuil, ni cris, ni larmes, ni douleurs, car les humains alors se conformeront pleinement, en parfaite conscience, à la volonté de Dieu. Une telle mission pouvait s’avérer encore plus difficile pour Jésus-Christ s’il n’était pas cet homme du devoir, passionné pour le salut de l’humanité. Dans la vie courante, on sait que les profils du genre Jésus-Christ, souvent recherchés, doivent toujours être gérés avec beaucoup de doigté. En fait, les personnes passionnées sont un vivier à part qu'il faut gérer à bon escient. Avoir de tels profils dans une nation, une église, un organisme, une équipe ou une entreprise est un avantage, mais aussi une rude tâche pour leur dirigeants ou responsables. On sait comment Jésus-Christ, toute sa vie durant, a été aux prises avec les sommités politique et religieuse de son temps. Un témoignage Jésus-Christ est ainsi le prototype des prophètes et des esprits éclairés de tous les temps qui ont bousculé, à travers leurs paroles et leurs actions, l’imaginaire de leurs contemporains. Sa passion pour l’humain était si forte qu’elle ne pouvait l’obliger de renoncer à sa mission salvifique. Son exemple nous encourage à témoigner des valeurs de l’Évangile sans compromis. Il nous incite, par ailleurs, à croire fermement que c’est seulement en adhérant sans réserve à la parole de Dieu et en faisant le don généreux de nous-mêmes à nos frères et sœurs que nous pouvons atteindre la plénitude et l’authenticité de la vie. A la suite de Jésus-Christ, tenace jusqu’au bout de sa mission terrestre, prenons le courage de la vérité. Comme les grands prêtres, jaloux du succès des enseignements et des miracles de Jésus-Christ auprès des foules, comme Juda qui l’a trahi, comme la foule et les disciples qui l’ont abandonné, comme Pierre qui l’a renié, nous l’avons tous, d’une manière ou d’une autre, porté au bois du supplice. Mais Dieu, par sa puissance l’a fait triompher des souffrances et de la mort pour inaugurer notre propre victoire. Aussi nous faut-il nous donner tout entier à lui, pour qu’il nous remplisse de sa vie. Un appel Enfin, par sa mort sur la croix pour nos péchés, le Christ est celui qui, en nous, va lui-même combattre, comme un allié vient au secours de son ami. Nous sommes sûrs de sa présence et de son combat victorieux pour nous puisque c’est lui le garant de la vie nouvelle que fera briller en nous la lumière de Pâques. Que dans le quotidien de notre existence, les petits actes de charité fraternelle, posés avec amour, les exigences quotidiennes d’amour et de renoncement envers notre prochain, se transforment en dons et sacrifices susceptibles de nous configurer au Christ dont le don total nous a valu le salut. Sébastien Bangandu, a.a.
L’Apprentissage du Désir 25 mars 2012 - 5° Dimanche de Carême - Année B Jean 12, 20-33 Lectures de ce jour En ce cinquième dimanche du Carême, l’Évangile de Jean, nous révèle que Jésus, comme tout être humain, doit apprendre à ajuster le désir de l’homme au désir de Dieu. C’est peut-être là, le plus difficile et le plus nécessaire apprentissage en ce temps de préparation aux fêtes pascales. Apprendre à voir Tout d’abord, des Grecs – dans ce cas-là ce sont des Juifs de la Diaspora – se présentent et s'adressent aux disciples du Seigneur: « Nous voudrions voir Jésus ». Ils veulent non pas seulement l'apercevoir, mais le rencontrer, lui parler. Ils sont « montés à Jérusalem », comme on dit, et ils y sont venus en pèlerins pour « adorer Dieu durant la Pâque ». En même temps ils souhaitent approcher Jésus. Il est difficile de deviner à quel point leur demande est extraordinaire et appropriée. C’est en rencontrant Jésus, qu'ils accompliront leur meilleure démarche d'adoration de Dieu. Mais, bien-sûr, ils ne le savent pas encore. Jésus, lui, fait le rapprochement. Ses disciples viennent lui dire que des Grecs souhaitent le voir et il leur répond : « L'Heure est venue pour le Fils de l'homme d'être glorifié », c'est-à-dire révélé comme Dieu. Dieu fait Homme désire aussi voir les hommes de toutes origines et se révéler à eux, entrer intimement dans leur vie. Apprendre l’angoisse Cette entrée ne se fait pas en un tournemain. L’Évangile que nous lisons aujourd'hui nous dit bien les sentiments qui habitent Jésus : l'angoisse mais aussi la confiance, la certitude de la victoire. Tout d’abord l'angoisse. « Maintenant, je suis bouleversé » : cela résonne déjà comme un écho de sa prière à Gethsémani, de son désir d'échapper à la mort. C’est l'angoisse, oui, mais aussi la confiance. Jésus ne dit-il pas : « Que ta volonté de son Père soit faite », en toute confiance ? Il sait que, de cette mort, son Père fera surgir la vie pour tous. Angoisse, confiance, et pour finir, certitude de la victoire : « Quand j'aurai été élevé de terre, j'attirerai tout à moi », et encore : « Le prince de ce monde va être jeté dehors ». Dans ces deux phrases apparemment dissemblables, c'est de la même victoire qu'il s'agit : celle de la vérité, celle de la révélation de Dieu. Le prince de ce monde, justement, c'est celui qui, depuis le jardin de la Genèse, nous bourre la tête d'idées fausses sur Dieu. Tandis qu’au contraire, en contemplant le témoignage du Christ sur la Croix, nous pouvons nous rendre compte jusqu'où va l'amour de Dieu pour l'humanité. Nous ne pouvons qu'être attirés par lui. Car le Christ sur la Croix est le signe du triomphe de l'amour. Apprendre à faire confiance Ce choix n’est pas facile. Ni pour Jésus ni pour nous. Dans notre deuxième lecture, saint Paul n'hésite pas à dire que Jésus a aussi connu, comme tout homme, un apprentissage : « Il a appris l'obéissance par les souffrances de sa passion ». Ce mot d'apprentissage signifie qu'il a eu, comme tout homme, un chemin à parcourir : le chemin de la souffrance et de l'angoisse devant la mort. Comme Jésus, face à une telle réalité, l'humanité connaît deux attitudes possibles, la peur de Dieu ou la confiance en Dieu. Et parce que Jésus n'a pas quitté la confiance dans le Dieu de la vie, son chemin l'a conduit à la résurrection. Cette confiance qui conduit Jésus à la résurrection est aussi pour chacun et chacune d’entre nous le chemin qui conduit au salut, au bonheur éternel. Car le « salut », c'est précisément connaître Dieu tel qu'il est, c’est-à-dire le Dieu dont l'amour fait vivre. Pour vivre une telle confiance il nous faut, comme Jésus apprendre à prier. Prier, c'est rester en contact avec Dieu, lui faire confiance. Notre plus grande tentation c’est de soupçonner les intentions de Dieu, de penser qu'il nous veut du mal et donc de nous révolter et de ne pas nous confier en lui. Or suivre l'exemple du Christ, semble-t-il, c'est premièrement, oser dire à Dieu notre désir, et reconnaître que le Désir de Dieu correspond à notre bonheur et à notre accomplissement. Edouard Shatov, a.a.
La Joie d’être aimé et sauvé 18 mars 2012 - 4° Dimanche de Carême - Année B Jean 3, 14-21 Lectures de ce jour Ce quatrième dimanche de Carême est traditionnellement le dimanche « De Gaudete » – « le dimanche de la joie » – en plein milieu de notre route vers la fête pascale. L’Évangile de Jean enracine cette joie dans l’amour même de Dieu. C’est une pensée très claire dès le début de son Évangile, car aujourd’hui nous lisons un passage tiré du troisième chapitre, et c’est déjà une certitude qui demeurera tout au long de l’œuvre johannique. Sauvés dans l’humanité Tout d’abord Dieu nous aime et nous invite à le rejoindre tels que nous sommes. Non parce que nous serions des êtres idéals, parfaits et impeccables. Dieu nous invite à nous approcher de lui avec nos faiblesses et nos blessures, avec même les morsures des serpents venimeux, avec les morsures du mal et du péché. Peut-être devons-nous nous rappeler une fois de plus que Dieu nous aime non pas parce que nous sommes bons, mais que nous sommes bons parce que Dieu nous aime. Et comme Dieu libère le peuple hébreu des morsures mortifères – si je lis bien le texte et l’applique à l’élévation de Jésus sur la Croix – Dieu ne nous sauve pas hors de notre humanité. Dieu épouse notre nature humaine et par cet acte nuptial il nous révèle notre vocation ultime. Notre salut, notre plénitude et notre joie consistent non pas dans le rejet de ce que nous sommes mais dans la transformation de notre humanité pour la rendre toujours plus belle, plus miséricordieuse et entrer ainsi dans la plénitude de l’amour. Sauvés dans l’amour La raison de ces épousailles, c’est l’amour de Dieu, un amour gratuit et généreux. Dans le texte d'aujourd'hui, Jésus lui-même reprend ce thème avec force : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». Il semble qu’il faut que nous nous rappelions sans cesse que le dessein de Dieu est bienveillant. Le passage de la lettre de saint Paul aux Éphésiens est extrêmement répétitif et résonne en écho de l’Évangile. Cette insistance est évidemment intentionnelle : « Dieu est riche en miséricorde », « le grand amour dont il nous a aimés », « le don de Dieu », « sa bonté pour nous », « la richesse infinie de sa grâce ». Tout cela pour dire que Dieu se tourne vers nous de tout éternité et qu’en lui il n’y a pas de mal ou de méchanceté vis-à-vis de l’être humain, vis-à-vis de chacun et de chacune d’entre nous. Il s'agit désormais de la conversion de l'homme en profondeur. Quand Jean, au moment de la crucifixion du Christ, écrit : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé », il cite une phrase du livre de prophète Zacharie au chapitre 12 qui dit bien en quoi consiste cette transformation de l'homme, ce salut que Jésus nous apporte : « Alors ils regarderont vers moi, celui qu'ils ont transpercé ». Cela veut dire que l’amour de Dieu nous rendra la possibilité d’aimer de la même manière. Sauvés dans la foi Et c’est là notre difficulté principale. Croire que l’amour de Dieu est la grâce et que nous sommes capables d’entrer dans ce dessein d’amour. On le sait bien, un amour peut être méconnu. La méprise sans cesse renaissante de l'être humain sur les intentions de Dieu est l'un des thèmes majeurs de l'Ancien et de Nouveau Testament. Notre malheur, c'est que cette méfiance nous détourne de Dieu et donc de notre source de vie. Nous devons juste nous rappeler que pour Dieu cela peut être une difficulté mais pas un obstacle dans la communion avec nous. Dieu lui-même nous attire à lui. Comme le dit Jésus lui-même dans l'Évangile de Jean : « Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». C’est cette vérité que nous sommes invités à accueillir au plus profond de notre cœur. Dieu ne souhaite pas notre malheur, en aucune circonstance. Dieu souhaite l’accomplissement de notre vocation et de notre destinée, et c’est une source de joie inépuisable pour chacun et chacune d’entre nous. La joie d’être aimé, qui nous habite, révèle au monde que nous sommes sauvés, que nous avons vaincu la mort, résultat de la morsure du péché, par notre regard posé sur le Crucifié. Edouard Shatov, a.a.
Dieu, est-il un indigné ? 11 mars 2012 - 3° Dimanche de Carême - Année B Jean 2, 13-25 Lectures de ce jour En ce troisième dimanche de Carême l’Évangile de Jean nous offre une scène extraordinaire : Jésus se comporte avec indignation et cela juste au début de son ministère public. Si les Évangiles synoptiques situent cet épisode plutôt vers la fin de leurs récits, Jean le place juste au début du sien. Cela a donc de l’importance. Les questions essentielles que ça nous pose pourraient être : « Pourquoi une telle colère ? Où se trouve le véritable lieu de la révélation de Dieu ? » Essayons de comprendre ce qui se passe au Temple ce jour-là. Les nécessités de la vie : c’est quoi ? Mettons-nous à la place de ceux qui ont assisté à cette colère de Jésus : il y a longtemps qu'on trouve sur l'esplanade du Temple les marchands d'animaux. Ils sont nécessaires car quand on vient en pèlerinage à Jérusalem, parfois de très loin, on s'attend bien à trouver sur place des bêtes à acheter pour les offrir en sacrifice. Quant aux changeurs de monnaie, on en a aussi besoin : on est sous occupation romaine, et les pièces frappées à l'effigie de l'empereur sont indignes de figurer à la quête ! Et pourtant, en ville, elles sont indispensables. Donc, en arrivant au Temple, on change ce qu'il faut contre de la monnaie juive. Jésus donc connaît et comprend tout cela et pourtant : qu'est-ce qui lui prend ? Avant de considérer la colère de Jésus, nous devons nous rappeler que le Temple existe pour maintenir une relation vivante entre Dieu et son peuple. Et cette relation vivante avec Dieu devrait permettre de vivre en amour avec notre prochain. C’est ce que les commandements d’hier et d’aujourd’hui nous rappellent.
Pour qui se prend-il ?
Le lieu de la révélation de Dieu Pour accepter ce que Jésus vient de dire et accomplir, il faut être très bienveillant. Et comme on le sait bien, la bienveillance dans les affaires religieuses est une attitude difficile. Pour reconnaître la gloire de Dieu, il ne faut pas simplement s’émerveiller devant la fumée des sacrifices. Il nous faut contempler le visage de Jésus-Christ, le visage qui se fait tellement bienveillant vis-à-vis des êtres humains qu’il se livrera par amour à la mort. C’est cela que nous sommes invités à redécouvrir avec saint Paul. A force de relire les Écritures et de méditer sur le scandale de la croix du Christ, il a découvert ce que personne n'avait imaginé : non seulement Jésus s’indigne, mais il s’indigne au nom de l’amour, un amour qui le conduira à la croix. Car la croix ne doit pas nous scandaliser, au contraire, elle doit nous émerveiller ! La croix est justement le lieu où Dieu se révèle, où Dieu révèle jusqu’où va son amour pour l’humanité !!! Et c'est en cela qu'elle nous délivre ! Car, enfin, nous connaissons Dieu tel qu'il est !!! La croix est le lieu de la révélation du plus grand amour ! Un amour capable d'aller jusque-là. Et quand l’amour est bafoué Dieu s’indigne ! Edouard Shatov, a.a.
Si Dieu est pour nous… ! 4 mars 2012 - 2° Dimanche de Carême - Année B Marc 9, 2-10 Lectures de ce jour Chaque année, le deuxième dimanche de Carême, nous relisons dans les évangiles l'un des trois récits de la Transfiguration. Ce que d’aucuns remarquent dans ce texte de Marc, et qui a de quoi surprendre, avouons-le, c’est la consigne étonnante que donne Jésus à ses disciples : « Il leur défendit de raconter à personne ce qu'ils avaient vu, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts ».
La gloire de Dieu et de l’Humanité
Tout d'abord, rappelons-nous avec les disciples ce qu’ils ont vu. Jésus leur est apparu en gloire, sur une montagne, entre deux des plus grandes figures d'Israël : Moïse le libérateur, celui qui a transmis la Loi, et Elie, le prophète de l'Horeb. Nous, qui connaissons la suite de l'histoire, si j'ose dire, nous savons – ce que les disciples ne savent pas encore – que, quelque temps plus tard, Jésus sera sur une autre montagne, crucifié entre deux brigands. Jésus, lui, n’ignore pas que la plus grande difficulté de la foi des apôtres sera de reconnaître en lui ces deux réalités du Messie qui ne font qu’une : il est le Fils bien-aimé du Père, glorieux et exalté ; il est aussi le Serviteur souffrant dont le visage sera rendu méconnaissable. De plus, il est l'image même du Père : « Qui m'a vu a vu le Père », dira Jésus à Philippe la veille de sa mort (Jn 14, 9). C’est une phrase-clé pour entrer dans le mystère du Christ.
Les visages de Dieu et de l’Humanité
Ces deux images, la gloire et la souffrance, sont deux aspects de l’amour de Dieu pour l'humanité, tel qu'il s'incarne en Jésus-Christ. Saint Paul nous le répète dans la lettre aux Romains : l'amour de Dieu est « manifesté » (rendu visible) en Jésus-Christ (Rm 8, 39). Aujourd’hui l’Apôtre va même plus loin dans cette affirmation. Il nous assure que si Dieu est pour nous, rien ni personne ne pourra quelque chose contre nous ! À plusieurs reprises, Jésus lui-même a relié la gloire et la souffrance en parlant du Fils de l'homme ; mais il est encore trop tôt pour que les disciples comprennent et acceptent ce mystère du Messie souffrant et glorieux. Peut-être, pour l’instant, Jésus veut-il tout simplement leur faire comprendre qu’un vrai amour et qu’une vraie gloire acceptent par sollicitude pour l’autre de traverser même les souffrances les plus terribles et les tourments les plus difficiles. C'est pour cela, probablement, que Jésus leur recommande de ne raconter à personne ce qu'ils ont vu, « jusqu'à ce que le Fils de l'homme ressuscite d'entre les morts ». Car cette contemplation du Christ transfiguré mène les disciples à l’écoute. L'expression « Écoutez-le » retentit à leurs oreilles comme un écho de cette profession de foi qu'ils récitent tous les jours, puisqu'ils sont Juifs, le « Shema Israël », « Écoute Israël ». C'est un appel à la confiance quoi qu'il arrive. Confiance qui sera durement éprouvée dans les mois à venir. La Transfiguration est donc un moment-charnière du ministère de Jésus, c’est peut-être même LE MOMENT : en effet le ministère en Galilée achève, Jésus va maintenant prendre le chemin de Jérusalem et de la croix. Le titre de « Bien-aimé » va dans le même sens : c'était l'un des noms que le prophète Isaïe donnait à celui qu'il appelait le Serviteur de Dieu. Isaïe disait que ce Messie connaîtrait la souffrance et la persécution pour sauver son peuple.
La route de Dieu et de l’Humanité
Mais Jésus estime que tout cela doit encore demeurer secret. Pourquoi ? Probablement parce que les disciples ne sont pas encore prêts à comprendre – et les foules encore moins – le mystère de la Personne du Christ. C’est aussi un avertissement qui s’adresse à nous. La lueur de gloire, indépendamment de son origine, ne doit pas nous tromper. Ce n'est pas la marque du succès et de la gloire à la manière humaine, c'est le rayonnement de l'amour que nous devons prendre en compte. Pour les disciples, et pour nous aussi, il faut redescendre de la montagne, résister à la tentation de nous installer à l'écart, sous la tente, mais au contraire il nous faut affronter l'hostilité, la persécution, la mort. La vision s'est effacée : « Ils ne virent plus désormais que Jésus seul ». Mais une fois de plus : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » Edouard Shatov, a.a.
Le désert, un creuset pour notre foi 26 février 2012 - 1° Dimanche de Carême - Année B Marc 1, 12-15 Lectures de ce jour C’est dans un contexte de grande terreur que le Christ poursuit la difficile mission de la prédication de la bonne nouvelle. Car Jean-Baptiste vient d’être arrêté, la rumeur se répand comme une traînée de poudre, son exécution prochaine est certaine. L’heure du défi a donc sonné. Dès lors, la menace de mort plane sur quiconque osera s’aventurer sur cette voie. Faire face Mais voilà que Jésus-Christ, qui venait à peine d’être baptisé, expose sa vie en se risquant sur un terrain glissant, sur lequel le Baptiste s’est hasardé il y a peu. Jésus sait déjà ce qui l’attend, mais n’abdiquera jamais devant la violence de ses ennemis et les différentes embuches qu’il rencontrera sur sa route. En partant pour la Galilée, Jésus choisit donc de se mouvoir, contrairement au Baptiste vers qui les gens devaient accourir pour se faire baptiser. Il doit donc rejoindre les gens dans leur milieu naturel, car c’est dans la monotonie du quotidien que l’Évangile nous rejoint. Le message de Jésus-Christ est d’une simplicité légendaire. Il invite le pécheur à s’en remettre à la bonté d’un Dieu miséricordieux, plein de tendresse et d’amour. Dans sa simplicité, le Christ proclame que le Royaume de Dieu est tout proche pour être accueilli par tous ceux et celles qui désirent changer leur vie. De ce point de vue, le Royaume est un appel à la synergie, à une rencontre, au repentir qui est le retour de la créature exilée vers la source de son être. C’est également une ascension qui nous fait passer du terrestre au céleste, du conditionné vers la liberté. Croire Et c’est au sortir du désert que Jésus, revigoré par l’épreuve et enveloppé de la présence du Père, commence son apostolat. En gagnant la Galilée, carrefour des cultures, Jésus-Christ veut aller à la conquête d’une humanité que la misère et le péché défigure. Et c’est à travers le désert, terre désolée et aride, terre de tous les dangers pour le pèlerin de l’Inconnu que Jésus bravera les puissances du mal. Temps de dure épreuve et de la dépossession de soi, le désert l’est aussi du fait qu’il provoque, chez celui qui en fait l’expérience, une soif inextinguible de Dieu. Le renoncement qu’on y vit devient ainsi la source de floraison d’une vie toute tournée vers l’unique nécessaire. C’est le versant eschatologique du Royaume de Dieu, qui fait du désert le lieu véritable de l’épanouissement de la vie. Par ailleurs, la tentation de Jésus au désert est le temps de l'épreuve où il fait l’expérience d’une profonde communion au Père, dans une obéissance filiale indéfectible. C'est une invitation pour chacun à faire de notre carême un chemin de renaissance à la vie nouvelle. Ainsi, si nous vivons notre carême en profonde communion avec le Christ, alors notre vie pourra changer. C’est bien la signification de nos pénitences. Car rien n’est fatal, rien n’est irrémédiable. Tout est possible à celui qui croit (Mc 9, 23). Filiation Enfin, à la lumière des lectures de ce jour, disons que le carême est un choix, une décision à pouvoir marcher résolument vers l’assomption de notre vie, avec un projet de la changer, de la transformer. C’est un appel à revisiter notre baptême et qui, en même temps, nous offre la possibilité de recouvrer notre identité de fils et fille de Dieu. Le baptême de Jésus implique que nous devenions nous aussi artisans de la diffusion de la bonne nouvelle, à travers notre vie et notre activité. Face au défi de la foi qui caractérise notre temps, il y a lieu de nous interroger sur l’impact de notre baptême sur notre vécu quotidien. Sébastien Bangandu, a.a.
L'Évangile, un espace de foi et d'action 19 février 2012 - 7° Dimanche ordinaire - Année B Marc 2, 1-12 Lectures de ce jour La force d’une communauté réside dans son désir inlassable de conduire chacun à devenir pleinement humain, en harmonie avec son univers immédiat, mais surtout en accointance avec la source profonde de son être. En effet, si l’expérience du Christ est une démarche personnelle, il faut dire que la communauté y joue également un rôle très actif, celle de mettre le chercheur de Dieu en contact avec Celui qu’il cherche. Rencontre du Christ Le paralysé dont il est question dans notre Évangile, avait ardemment besoin de recouvrer sa santé physique et spirituelle. En fait, la voie qui donne accès au Christ est parfois bondée d’obstacles. Mais quand la vie d’un être cher est en danger, il faut savoir braver les barricades, mettre en œuvre toutes ses potentialités intellectuelle, humaine, spirituelle, etc. en jeu pour le besoin de la cause. C’est dans ce sens que sa communauté, persuadée qu’il y a encore quelque chose à tenter pour sauver la vie de cet homme, mettra en œuvre tout son potentiel imaginaire et créatif qui rendra possible sa rencontre avec le Christ. Et quand les humains se sentent touchés et concernés par la misère de leur semblable, Dieu ne reste pas en laisse. Il se laisse toucher et, en réponse à leurs appels, il agit parfois en débordant les limites de nos demandes. Pour preuve, en plus de recouvrer sa santé physique, le paralytique se voit aussi réhabilité dans sa vie intérieure par le pardon inconditionnel de ses péchés. C’est dire que pour le Christ, la guérison extérieure est le signe d'une guérison beaucoup plus profonde, d'une "rencontre" avec sa personne, d’une renaissance. Ouverture à la foi
En accordant son pardon au paralysé, Jésus affirme par là que la pire des paralysies est le péché qui annihile l’humain le sépare de Dieu. Bien plus, Jésus veut nous faire comprendre que le pardon est le seul remède efficace contre tous les maux de notre monde. Par ailleurs, « Lève-toi et marche » est une invitation à nous réveiller de nos torpeurs, de nos paralysies, pour nous remettre en route, pèlerins que nous sommes, d’une réalité qui nous devance toujours. Visiblement, l’Évangile ouvre pour nous aujourd’hui un espace de foi et d’action, en solidarité avec les pauvres et les innombrables victimes des mécanismes de rejet que regorge notre société actuelle. La pratique de Jésus ouvre une histoire renouvelée en lien avec les enjeux humains du présent. Comme la foi des porteurs a valeur d’intercession pour le paralysé, notre communauté, notre maison et nous-mêmes sommes appelés à devenir des lieux de la rencontre du Christ.
Action sur le monde
Dans la dynamique de l’Évangile de ce jour et à la suite du Christ qui a toujours porté un regard attentif sur la condition des humains, nous sommes invités à nous laisser toucher et interpeler par la souffrance du monde et aux besoins réels de ceux et celles qui nous entourent et les aider à prendre en mains leur propre vie. A travers nos différentes activités professionnelles, associatives, pastorales, politiques, veillons davantage à la croissance et à l’émancipation des personnes, des communautés et des nations, rejoignant et collaborant ainsi aux efforts de tous ceux qui travaillent à la promotion de l’humain et pour un monde plus juste.
Sébastien Bangandu, a.a.
Le courage d’oser ! 12 février 2012 - 6° Dimanche ordinaire - Année B Mc 1, 40-45 Lectures de ce jour A cause des progrès de la médecine, aujourd'hui, plusieurs d’entre-nous ne connaissent la lèpre que de nom. Pourtant, si elle a disparu dans certains pays qui ont réussi à l’éradiquer, la lèpre fait encore beaucoup de victimes dans certains coins du monde. Par ailleurs, c’est une maladie qui suscite toujours un sentiment d’effroi et de terreur aussi bien chez les victimes que chez leurs proches. Cause d’exclusion et de rejet Dans la société juive, le lépreux, véritable mort-vivant, est l’exclu par excellence. Sa situation est sans espoir et il est condamné de mourir à petit-feu. Aussi, est-il condamné à vivre loin des autres pour éviter de leur transmettre sa funeste maladie, ou mieux, sa funeste malédiction. De plus, la lèpre, maladie redoutée par excellence, était souvent comprise comme une punition divine, conséquence directe des péchés commis. Les récits bibliques qui parlent de la condition du lépreux sont légion. Même l’héroïsme d’un père Damien de Molokai ne suffira pas à éradiquer ce fléau ravageur. Mais Jésus-Christ vient briser cette image tronquée du lépreux en osant poser en sa faveur des gestes d’une densité prophétique et d’un amour incroyables. Il va jusqu’à toucher celui qu’on ne devait pas toucher. Quelle abomination! En fait, en agissant de la sorte, Jésus confirme qu’il est venu pour sauver tous ceux et celles que le Père lui a confiés en se gardant de n’en perdre aucun. En conséquence, il ne peut supporter le rejet, l’isolement, la solitude et la pauvreté dans lesquels vit ce lépreux. Aujourd’hui encore, notre société moderne perpétue ce phénomène de rejet de tous ceux et celles qui sont classés dans la catégorie des « invalides ». Prendre son courage De son côté, le lépreux fait preuve de courage. Dans un effort de volonté incroyable, il met toutes les chances de guérison de son côté. Il ne se laisse pas écraser par la pesanteur de la loi. Quoiqu’il lui fût interdit d’approcher les gens, il brave la peur et va trouver Jésus dont il reconnaît l’autorité en tombant sur ses genoux et en le suppliant. L’attitude du lépreux qui se déplace, tombe à genoux et supplie est d’autant plus suggestive qu’elle met en valeur la confiance, l’humilité et la prière la prière qui devraient nous soutenir dans nos moments difficiles. Mais hélas! Nous manquons parfois le courage d’oser! En tout cas ce lépreux semble nous indiquer un chemin vers Dieu. Car, s’il est pauvre de tout, on peut dire qu’il est également riche du fait de sa confiance forte, de son humilité qui lui permet de tout recevoir et sa prière efficace qui finalement lui obtient la purification. En fait, être purifié, c'est avoir la possibilité de renouer avec la communauté et, partant, avec Dieu. C’est être réhabilité et restauré dans toute sa personne pour être davantage encore en mesure de proclamer la bonne nouvelle aux autres. Par ailleurs, ce miracle est la conséquence de la détermination aussi bien du lépreux que de Jésus de se libérer d’un cadre légal qui se plait à étouffer l’éclosion de la vraie vie. Se convertir Cependant, si la guérison du lépreux est devenue un événement légendaire, c’est que le message que Jésus veut nous livrer dépasse la lèpre et le lépreux. Ce message, c’est l’annonce de la bonne nouvelle aux pauvres de tous ordres et le signe avant-coureur de la venue du Royaume des cieux. En tant que tel, ce message est une pressante invitation à se convertir et à croire à la bonne nouvelle du salut apportée par Jésus-Christ. Et s’il est vrai que chacun de nous a sa lèpre, il n’en reste pas moins vrai que cette conversion nous concerne tous. D’un cœur confiant, ayons le courage d’avancer résolument vers le Christ, notre libérateur, venu pour que nous ayons la vie en abondance. Sébastien Bangandu, a.a.
Jésus, un guérisseur hors pair 05 février 2012 - 5° Dimanche ordinaire - Année B Mc 1, 29-39 Lectures de ce jour La journée de Jésus à Capharnaüm, qui a commencé à la synagogue où Jésus a prêché avec autorité et guéri un possédé poursuit son bonhomme de chemin, avec son lot de miracles et guérisons. En effet, si son premier miracle s’est opéré dans un lieu de culte (la synagogue), la suite de l’activité apostolique de Jésus va s’effectuer dans l’intimité d’un lieu privé, la maison de Simon, puis dans un lieu public et, enfin, dans un lieu désert, propice au recueillement et à la méditation. En privé! Dès que la vie humaine est en danger, Jésus ne ménage pas son temps pour s’inviter chez quiconque. En fait, il n'est pas de moment ni de lieu qui lui seraient interdit d'accès ou qu'il se refuserait à habiter. Même si parfois nous nous jugeons indignes de le recevoir, il demeure l’hôte par excellence de nos vies intimes. C’est d’ailleurs là qu’il se fait le plus proche de nous et toujours prêt à nous toucher, à nous relever, pour nous rendre disponible au service de nos proches. L’aventure du Royaume, qui se déploie à l’improviste "hors de nous", commence dès maintenant "en nous". Le Christ prend dès à présent forme à l'intérieur de chacun de nous. Si nous voulons qu’il opère dans chacune de nos vies, nous devons le laisser entrer maintenant à l'intérieur de nos maisons, de nos bureaux, de nos ateliers, de nos cœurs. En public! Jésus est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance (cf. Jn 10, 10). Tous les miracles manifestent la compassion de Jésus pour tous ceux qu’il rencontre sur son chemin. La puissance et la bonté d’un tel guérisseur ne pouvait que lui attirer des foules sur la place publique. Par ailleurs, la compassion de Jésus à l’égard des malades et de leurs proches est une réaction très humaine devant la souffrance d’autrui. Cette compassion, bien qu’étant l’expression d’un noble sentiment humain, est en même temps un reflet et une manifestation de la miséricorde divine. Car le sens des miracles dépasse le cadre purement humain, puisque Jésus est l’incarnation du Verbe de Dieu, devenu homme pour guérir l’humanité entière de sa maladie principale qu’est le péché, qui éloigne de Dieu. En prière! Après avoir accompli tant des guérisons, et étant donné que tout le monde le cherchait, Jésus pouvait se taper des moments de réjouissance et de repos, histoire de contempler ses exploits et d’en tirer gloire. Mais rien de cela. Il se retire pour rendre grâce à son Père en qui son apostolat prend sa source et son achèvement. En plus de s’adresser à Dieu en tant que Père, Jésus a montré le vrai visage de Dieu en agissant en parfaite conformité avec sa volonté. Dans sa vie terrestre, il a toujours été en contact profond avec le Père et il a exprimé de façon exemplaire comment Dieu se comporte dans ses relations avec l’ensemble de l’humanité. Par la suite, au lieu de rester à Capharnaüm pour goûter aux succès d’un apostolat réussi, Jésus se décide de partir pour un ailleurs. Il sait qu’il est venu porter sa Bonne Nouvelle non pas à quelques uns, à des privilégiés. La Bonne nouvelle doit se diffuser au monde entier et à toute l’humanité. Enfin, tous les temps, les humains souffrent et ont essayé de comprendre et d’expliquer leur souffrance. Mais au-delà de toutes les conjectures, il sied de retenir que la souffrance fait partie de notre condition humaine mortelle. Il faut, en même temps, la combattre bien sûr, mais aussi l’assumer. On a un bel exemple, dans première lecture d’aujourd’hui, d’une réflexion sur notre condition humaine souffrante à travers les souffrances de Job. Le message de Jésus donne sens à notre humanité, nous révèle à nous-mêmes, dit la vérité de ce que nous sommes. A travers toutes ces guérisons et miracles, Jésus entend réhabiliter la condition humaine dans ses assises les plus profondes. Bien plus, il investit l'espace et le temps d'une humanité dès lors transfigurée par sa présence, une humanité guérie, recréée, transfigurée. Sébastien Bangandu, a.a. La force du Bien ! 29 janvier 2012 - 4° Dimanche ordinaire - Année B Mc 1, 21-28 Lectures de ce jour L’Évangile de Marc que nous venons d’entendre met en lumière l’enseignement et l’autorité de Jésus. Après avoir proclamé la venue du Règne de Dieu, le Seigneur se met à nous expliquer ce que cela veut dire. Aimer en actes et en vérité Les mots « enseigner » et « enseignement » reviennent quatre fois en quelques lignes. Au début du texte : « Jésus se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes ». Et à la fin du texte : « Tous s'interrogeaient : Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! » Peut-être, parmi les assistants, certains ont-ils pensé à la promesse que Dieu avait faite à Moïse : « Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles ». Dans le passage d’aujourd’hui, Marc décrit l'expulsion d'un démon, ce qui veut dire que pour Marc les deux facettes de l'œuvre de Jésus (enseignement et exorcisme) vont ensemble ; ou même que le meilleur des enseignements est l'action. Une action vraie est celle qui libère l'homme de toute forme de mal. Es-tu venu pour nous perdre ? Tout se passe à la synagogue – Marc le précise deux fois – et, qui plus est, un jour de sabbat, ce qui n'est pas non plus sans importance ! Le lieu, la synagogue, et le moment, le sabbat, nous montrent quelle est cette action du Dieu créateur et libérateur que Jésus vient proclamer. Les temps sont accomplis, oui, puisque le Mal est vaincu. Jésus n’agresse pas l’esprit impur, mais ce dernier se sent agressé par cette seule présence de Jésus. Car ce face à face avec le Dieu Saint lui est intolérable, lui qui est l'impur, c'est-à-dire en grec exactement le contraire, l'incompatible avec le Dieu Saint. Et c'est lui qui crie, annonçant lui-même sa défaite : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ». L'esprit impur a tout compris, son interrogation : « Es-tu venu pour nous perdre ? » n'en est pas une. Mis en présence de celui qui sauve les hommes de tout mal, il se démasque lui-même, reconnaissant l'autorité de Jésus. Jésus fait taire l’esprit impur de la même manière qu’il a apaisé la mer lors de la tempête sur le lac. Peut-être parce que ce ne sont pas des belles paroles que Jésus attend, car une déclaration, même exacte, ne constitue pas forcément une profession de foi. Le démon sait qui est Jésus, mais il ne croit pas. Dans les évangiles, très souvent, ce sont les démons qui font les plus belles déclarations, mais ils ne croient pas. Le signe de la liberté Encore un cri de la part de l'esprit impur et l'homme possédé est délivré, l’esprit impur est expulsé. Alors les langues se délient pour reconnaître l'importance de l'événement : « Saisis de frayeur, tous s'interrogeaient : Qu'est-ce que cela veut dire ? » Ce récit de Marc se clôt donc sur une question : « Qu'est-ce que cela veut dire ? » Il est très probable qu’ici l’évangéliste nous explique le rôle des miracles et des actes de puissance de Jésus en général : ils interrogent, ils font signe. Les disciples se sont ceux qui écoutent celui que le peuple d’Israël a attendu si longtemps. En Jésus ils reconnaissent le prophète qui a été promis au peuple de l’Alliance. Ce prophète est choisi par Dieu et par nul autre qui doit conduire ses frères ; il est issu du peuple de l'Alliance, il transmet fidèlement la Parole de Dieu et nulle autre ; et enfin, il est vital de l'écouter. On peut sans cesse être saisis de frayeur et s'interroger : « Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, proclamé avec autorité ! Il commande même aux esprits mauvais, et ils lui obéissent ». Mais il ne s’agit pas seulement de cela. Il s'agit d'aller beaucoup plus loin et de croire en Jésus, en celui qui seul peut libérer l'humanité de toutes les forces du Mal. Édouard Shatov, a.a.
Le temps qui compte ! 22 janvier 2012 - 3° Dimanche ordinaire - Année B Mc 1, 14-20 Lectures de ce jour « Est-ce que le temps compte ? » – Voici l’interrogation à laquelle l’Évangile de Marc, que nous lisons en ce troisième dimanche du temps ordinaire, nous invite à méditer. Et indépendamment de nos réponses positives ou négatives, comment cela affecte-t-il notre vie et quelle direction cela lui donne-t-elle ? Les moments tournants d’une vie Notre passage d’Évangile s’ouvre par une mention du temps bien particulière : « Après que Jean eut été livré », nous dit Marc, – l'arrestation brutale de Jean-Baptiste par la police d'Hérode vient de mettre fin à la mission du Précurseur – « les temps sont accomplis ». Voila les temps dans lesquels nous vivons. Jésus vient dans un moment bien particulier de l’histoire et tout l’événement de Jésus-Christ pointe, comme en un sommet, toute l’histoire humaine. Rien ne serait plus comme avant. L’un des aspects de la conversion, dont il est tellement question dans toutes les lectures de ce dimanche, est sûrement l’attention apportée au cours du temps, au repérage des moments tournants de notre propre histoire et de l’histoire des autres, aux moments favorables, aux moments de salut qui changent la face du monde, de notre vie et de la vie des autres. Si nous y pensons, ce sont ces moments-là qu’on appelle « les moments de grâce » ou « les passages de Dieu ». Et c’est précisément cela que Jésus, vient proclamer : le Règne de Dieu est tout proche ! » Les moments d’accueil et de gratuité Cette venue de Dieu est la nouvelle la plus extraordinaire du monde. En fait, c’est LA nouvelle, la Bonne Nouvelle : le Jour de Dieu vient, « le Règne de Dieu est tout proche », – littéralement, dans le texte grec, « le Règne de Dieu s'est approché ». Cela veut dire premièrement que c'est le Royaume qui s'approche de nous et nous n'avons qu'à l'accueillir. Très souvent nous ne croirons jamais assez à la gratuité du don de Dieu. Deuxièmement, c'est déjà une réalité. L’expression, que nous venons d’entendre, est au passé : « Le Règne de Dieu s'est approché ». Ce qui veut bien dire que le don est déjà arrivé. A partir d’une telle compréhension, si je lis bien, la conversion à laquelle Jésus nous invite, et donc notre vocation même, consiste peut-être tout simplement à croire que ce don de Dieu est actuel et qu'il est gratuit. Se convertir c'est croire à la Bonne Nouvelle, c’est croire que Dieu est là et qu’il se livre à nous au-delà de toute mesure, au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Ou pour le dire autrement c'est croire que la Nouvelle est Bonne : Dieu est amour et pardon, et son amour est pour tous. Quel dommage si nous nous laissions échapper un tel moment de grâce ! Les moments à voir au large Nous sommes invités à lever les yeux au-dessus de notre horizon quotidien, pour regarder, l'horizon de Dieu, le monde nouveau en train de naître. De la part de Dieu, révélé en Jésus, ce n'est pas d'abord une leçon de morale, mais une invitation à se réjouir. La Bonne Nouvelle de l'imminence du Royaume est la même pour tous, riches ou pauvres, mariés ou non. C’est cela que saint Paul exprime à sa manière, surprenante pour nous aujourd’hui. L’Apôtre cherche à rassurer ses lecteurs quant à leur manière de vivre. Il ne s'agit pas de quitter sa femme, si on en a une, mais de vivre désormais toutes les réalités de notre vie quotidienne dans la perspective du monde nouveau. Une perspective à la fois proche et certaine. Nous sommes appelés à dépasser la perspective de notre regard et, du coup, toute notre manière de vivre change. Le monde présent et le monde à venir ne se succèdent pas uniquement comme deux phases distinctes de l'histoire. Ils s’entrecroisent car l’éternité est déjà là, à côté de nous. Comme le dit une chanson : « Le temps qui compte est toujours compté, qu'il soit gagné, qu'il soit gaspillé. En rires qui coulent, en vies qui déboulent. Le temps qui compte est toujours compté ». Alors, accueillons l’éternité des maintenant ! Édouard Shatov, a.a.
Vocation au creux de notre désir ! 15 janvier 2012 - 2° Dimanche ordinaire - Année B Jn 1, 35-42 Lectures de ce jour L’Évangile de Jean que nous lisons en ce deuxième dimanche du temps ordinaire est en fait une sorte de diapason de notre vie pour cette saison de l’année. Nous somme devant le parcours en trois étapes que tout disciple est invité à emprunter, et que tout être humain adopte de toute manière dans ses relations avec les autres. Venir à l’autre – venir à Jésus Jean-Baptiste prêche aux abords du Jourdain, et ce jour-là il est accompagné de deux de ses disciples, André, et un autre, dont nous ne saurons pas le nom : certains pensent qu'il s'agit peut-être de l'apôtre Jean lui-même. Voyant Jésus, Jean-Baptiste dit à ses disciples : « Voici l'Agneau de Dieu » et il n'en faut pas plus pour que les deux disciples quittent leur maître, Jean-Baptiste, pour se mettre à suivre Jésus. Cette désignation de Jésus par le doigt du prophète est surprenante et pourtant, c’est grâce à elle que les disciples s’intéressent à la personne du Seigneur. En utilisant cette appellation, « Agneau de Dieu », Jean-Baptiste pouvait penser au rite de libération de l’esclavage d’Égypte, ou à la description du Messie dans le livre du prophète Isaïe. Peut-être, pensait-il à Isaac et à l’agneau du sacrifice ou encore à Moïse que le livre de l’Exode compare à un agneau. Ce qui est sûr, c’est que les disciples sont attirés par cette désignation et par la curiosité se mettent à suivre Jésus. Voir où demeure l’autre – voir où demeure Jésus Pour qu’ils se retrouvent dans sa demeure, Jésus invite les disciples qui le suivent à répondre à une question toute simple et complexe à la foi : « Que cherchez-vous ? » Le désir humain semble être la clé de la porte d’entrée de la demeure même de Dieu. C’est peut-être la chose la plus surprenante dans la relation avec Dieu. Pour se retrouver dans sa demeure intime, dans son cœur, il ne s’agit pas de suivre « son plan, son chemin, sa volonté » que nul ne connaît, mais avant tout d’écouter le désir le plus profond de notre cœur. Et si je lis bien le texte, ce désir qui nous habite, c’est le désir du bonheur ultime, ce qui veut dire, de nous retrouver dans la demeure du Maître de tout bien, chez Dieu. Le corps humain est habité par Dieu, par son Esprit, et c’est pour cela ultimement que tout être humain est tendu vers Dieu. Jésus invite les disciples à venir et à voir. Saint Paul rappelle cela à sa manière dans la première lettre aux Corinthiens : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ». Cela veut dire, et c'est inouï, fantastique, que notre personne, que notre vie concrète sont un reflet de la présence, de la demeure de Dieu. Demeurer avec l’autre – demeurer avec Jésus Cette rencontre avec Jésus-Christ a comme conséquence que deux disciples, qui demeurent auprès du Maître, ont maintenant le souci de rencontrer les autres et de leur partager cette rencontre extraordinaire. Cette expérience bouleverse leur vie et ne les renferme pas sur eux-mêmes. Au contraire, ils cherchent les autres et les amènent vers Jésus. En fait, d’une certaine manière, c’est l’expression parfaite de l’amitié et de l’amour qui nous font vivre et nous font grandir. On ne cache pas une telle nouvelle, on la partage, on l’accueille et on l’apprécie. Les disciples dans cette amitié deviennent des prophètes, ceux qui transmettent toute la parole du Seigneur et seulement la parole du Seigneur. La vocation de disciple est une vocation prophétique. Pour cela, il s’agit tout simplement de présenter notre désir comme une réponse à la question du Seigneur et dire comme l’enfant Samuel dans la première lecture : « Parle, SEIGNEUR, ton serviteur écoute ». Édouard Shatov, a.a.
L’Étoile de la Reconnaissance 8 janvier 2012 - Épiphanie du Seigneur - Année B Mt 2, 1-12 Lectures de ce jour Aujourd’hui quand nous célébrons la fête de l’Épiphanie l’Évangile de Matthieu nous livre un récit sur l’espérance incroyable. La reconnaissance comme la Promesse Car la Bible tout entière, et en particulier le Nouveau Testament, est traversée par cette espérance indestructible : l'histoire humaine a un but, un sens. Ce mot « sens » veut dire deux choses : à la fois « signification » et « direction ». Dieu a un projet. Ce projet inspire toutes les lignes de l’Écriture Sainte. Il porte des noms différents selon les auteurs. Par exemple, c'est le Jour de Dieu pour les prophètes, le Royaume des cieux pour saint Matthieu, le dessein bienveillant pour saint Paul, mais c'est toujours du même projet qu'il s'agit. Comme un amoureux répète inlassablement des mots d'amour, Dieu propose inlassablement son projet de bonheur à l'humanité. Ce projet sera réalisé par le Messie et c'est ce Messie que les croyants appellent de tous leurs vœux lorsqu'ils chantent les psaumes au Temple de Jérusalem. Apparemment, si je lis bien le texte d’aujourd’hui, ce projet concerne tout le monde : les païens comme les juifs et c’est cela que l’arrivée des mages a Jérusalem met en perspective. La reconnaissance comme l’Accomplissement Tout le monde au temps de Jésus attendait le Messie, – on en parlait –, tout le monde priait Dieu de hâter sa venue. Plusieurs prophéties ont été délivrées jadis à ce sujet. L’une d’entre elles, délivrée par Balaam, dans le Livre des Nombre au chapitre 24, nous dit que le règne du Messie sera signalé par l'apparition d'une étoile. Il y avait aussi une autre prophétie concernant le lieu de la naissance de celui qui est l’accomplissement de la promesse de Dieu. C’est la prophétie du Michée : « Toi, Bethléem, trop petite pour compter parmi les clans de Juda, c'est de toi que sortira le Messie ». C’est à propos de ces prophéties que l’histoire des mages devient extrêmement intéressante. En fait, les mages n'en savent pas tant. Ils sont des astrologues et ils ne partagent certainement pas la foi et l'espérance d'Israël. Ils se sont mis en marche tout simplement parce qu'une nouvelle étoile s'est levée, ce qui très probablement selon leur science signifie un changement majeur dans l’ordre du monde. Ils se sont renseignés, comme n’importe quel scientifique se renseigne, et ils ont étudié très probablement plusieurs hypothèses significatives. La conclusion tirée est : cet événement est lié à l’histoire d’Israël. C’est pour cela, spontanément, qu’en arrivant à Jérusalem, ils vont se renseigner auprès des autorités. Et c'est là, peut-être, la première surprise de ce récit de Matthieu : il y a d'un côté, les mages qui n'ont pas d'idées préconçues ; ils sont à la recherche du Messie et ils finiront par le trouver. De l'autre côté, il y a ceux qui savent, qui peuvent citer les Écritures sans faute, mais qui ne bougeront pas le petit doigt. Ils ne feront même pas le déplacement de Jérusalem à Bethléem, mais ils concevront dans leur cœur le meurtre collectif si nécessaire. La reconnaissance comme l’Accueil Très probablement, dans le récit de la venue des mages, Matthieu nous donne déjà un résumé de toute la vie de Jésus. Dès le début, à Bethléem, il a rencontré l'hostilité et la colère des autorités politiques et religieuses. Jamais, ils ne l'ont reconnu comme le Messie, ils l'ont plutôt traité d'imposteur. Ils l'ont même supprimé, éliminé. Et pourtant, il était bien le Messie : tous ceux qui le cherchent peuvent, comme les mages, entrer dans le salut de Dieu. C’est cela que saint Paul nous dit aussi à sa manière : « Dans le Christ Jésus, les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, par l'annonce de l'Évangile ». Les mages ont aperçu une étoile, grâce à laquelle ils se sont mis en route et ont pu déposer leurs généreux présents devant l’Enfant. Éviter le meurtre fraternel et devenir les dépositaires des dons de l’amour et de la vie, voici une belle invitation à chacun et chacune d’entre nous. Édouard Shatov, a.a.
Icône de la Liberté 1 janvier 2012 - Sainte Marie, Mère de Dieu - Année B Lc 2, 16-21 Lectures de ce jour En ce dimanche, quand nous célébrons la solennité de Marie, Mère de Dieu, l’Évangile de Luc est très concis à propos de Marie. L’évangéliste nous livre un récit très court, apparemment anecdotique, mais qui est en réalité profondément « théologique ». Liberté de l’accueillir Tout d’abord, nous assistons au moment crucial de l’histoire humaine. La promesse de Dieu, la promesse du salut, de l’accomplissement de la destinée humaine, vient de se réaliser. « Lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ». Ce mot « accomplissement » est d’une importance extrême. Cela veut dire que pour nous, les croyants l'histoire n'est pas un perpétuel recommencement, elle est une marche progressive de l'humanité vers son accomplissement, vers la réalisation du projet de Dieu, « le dessein bienveillant de Dieu ». Marie donne la naissance au Sauveur du monde. L’importance de cet événement pour nous consiste dans le fait, que grâce à Jésus de Nazareth qui est le Christ, nous passons de la domination de la Loi à l'obéissance des fils. Nous sommes appelés à vivre dans une attitude filiale, confiante et nous pouvons le faire parce que « L'Esprit du Fils est dans nos cœurs, et il crie vers le Père en l'appelant Abba ! », ce qui veut dire « Père ». C’est le cri qui nous sauve et c’est le cri du petit enfant de Bethléem. Nous ne sommes pas des esclaves, mais des fils et des filles, et donc des héritiers. Liberté d’intérioriser Pour y croire vraiment, il nous faut peut-être, comme Marie, nous recueillir et méditer ce bouleversement radical de notre destinée ultime. « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». A l'inverse des bergers, que l'événement rend bavards, Marie contemple et médite dans son cœur. L’évangéliste fait peut-être ici un rapprochement avec la vision du Fils de l'homme chez le prophète Daniel. Après sa vision, Daniel avoue : « Mes réflexions me tourmentèrent... et je gardai la chose dans mon cœur » (Dn 7, 28). C’est peut-être pour Luc une manière de profiler déjà devant nous le destin grandiose de ce nourrisson. On sait que le livre de Daniel était bien connu au temps de Jésus, et qu'il annonçait un Messie-Roi, triomphant de tous les ennemis d'Israël. Le nom de l'enfant, déjà, révèle son mystère : « Jésus » signifie « Dieu sauve » et si – à l'inverse de Matthieu – Luc ne précise pas cette étymologie, il a, quelques versets plus haut, rapporté les paroles de l'ange : « Il vous est né un Sauveur » (Lc 2, 11). En même temps, il vit à fond la solidarité avec son peuple : comme tout enfant juif, il est circoncis le huitième jour. C’est pour cela qu’on raconte la présentation au Temple. Liberté de bénir Mais dans ce geste de présenter en offrande le sacrifice prescrit par la Loi du Seigneur, si je lis bien, on peut voir une intention ferme de rendre grâce au Seigneur. Ici se profile déjà la vocation de l’Emmanuel (Dieu-avec-nous), de Dieu Incarné qui nous sauve. Cette vocation consiste à faire de sa vie une action de grâce perpétuelle, une Eucharistie, ce que signifie ce mot. C’est cela que nous rappelle aussi la première lecture. La formule « que Dieu vous bénisse » est le souhait que nous nous mettions sous la bénédiction de Dieu. On pourrait dire : Dieu nous propose sa bénédiction (sous-entendu : libre à nous de nous laisser faire ou pas). Ce subjonctif, justement, est là pour favoriser notre liberté. Cette bénédiction, « bene dicere » en latin, signifie « dire du bien ». Dieu nous dit du bien parce qu’il nous aime. Or la Parole de Dieu est acte, action immédiate : « Il dit et cela fut » (Gn 1). Donc quand Dieu nous dit du bien, sa Parole agit en nous, elle nous transforme, elle nous fait du bien. Quand nous demandons la bénédiction de Dieu, nous nous offrons à son action transfigurante. Et dans cette nature humaine, qui est la nôtre et qui aussi désormais fait corps avec Dieu Incarné, nous sommes appelés à devenir nous aussi une bénédiction. Tout simplement, comme Marie, Mère de Dieu, nous sommes rendus libres de nous mettre tout entier au service de l'accomplissement du projet de salut de Dieu dont le centre est Jésus, celui dont le nom signifie « Dieu sauve ». Édouard Shatov, a.a.
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Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation