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14 juin 2009 -
Saint-Sacrement
- Année B
Evangile : Mc 14, 12-16.22-26 L’institution de l’Eucharistie, sacrement de la nouvelle Alliance Précisons : Que veux-tu Seigneur ? Cette question n’est pas si loin de celle des disciples. A une différence près que la leur portait sur un lieu : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? » (Mc 14,12) Cependant, la nôtre, à ce moment de la vie du Seigneur, n’est pas sans intérêt. Car lorsque nous traversons des périodes difficiles, lorsque nous cherchons en vain à prendre une décision ou suivre une orientation, ne lui demandons-nous pas ce qu’il veut ? Et qu’attendons-nous comme réponse ? Un message le plus clair possible ? Un signe, une lumière, une intervention qui dénoue notre situation ? Nous attendons qu’il fasse signe. Mais au soir de ta vie, Seigneur, au moment du dernier repas, avant que tu ne sois livré et emmené à la croix, que veux-tu pour nous ? Dans ce dernier instant d’intimité, que nous dis-tu ? Que veux-tu Seigneur ? Est-ce une bonne méthode ? Est-ce que le Ressuscité peut ainsi nous indiquer une voie, nous fournir la solution adéquate pour résoudre notre situation ? Ne nous conduisons-nous pas comme s’il n’avait pas déjà parlé ? N’essayons-nous pas de nous soustraire à l’essentiel de ce que nous avons à faire ? Ne cherchons-nous pas à entretenir avec lui une relation en direct aux dépens de l’exercice, si difficile, de notre liberté ? Alors que Jésus partage son dernier repas avec ses disciples et leur donne à manger le pain, son corps et à boire le vin, son sang, ne faut-il pas nous souvenir de son commandement : « Aimez-vous les uns les autres » ? Aujourd’hui, en cette fête de l’Eucharistie comment ne pas faire un lien entre le don de sa vie et ce que nous, disciples, avons à faire ? Que veux-tu Seigneur ? N’est-ce pas clair comme de l’eau de roche, ne l’entendons-nous pas : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » ? (Jean 13,34) Que pourrait-il vouloir d’autre, lui qui provient de l’intérieur de la relation amoureuse entre le Père et l’Esprit, et qui a été envoyé pour nous apprendre à aimer ? Il connaît nos échappatoires, il sait nos réticences à entrer dans le don qui caractérise l’Amour. Il a vu comment la foi ancienne peut devenir un ensemble de dogmes, de préceptes et de principes et comment cette caricature de la foi prend alors le pas sur la démarche authentiquement humano-divine. Il en a subi les conséquences. Il a fréquenté docteurs de la loi et pharisiens et il sait aussi que cette déviation guette et même s’insinue jusque dans la pratique de la foi chrétienne. Il sait qu’il est difficile d’aimer. Ne nous a-t-il pas dit que sans lui on ne peut aimer en vérité ? Est-ce que j’aime comme le Christ ? Est-ce que j’aime ces frères et sœurs qui participent à la même eucharistie que moi ? Car le « Aimez-vous les uns les autres » concerne bien la communauté des disciples… Jésus, dans l’évangile ne parle-t-il pas toujours au « pluriel communautaire » ? Comment vivons-nous ce devoir « d’être ensemble » de nos eucharisties ? En effet, « Le pain eucharistique » n’est pas là pour être regardé, promené, encensé, il est là pour être mangé « en commun ».* Nous n’insisterons jamais assez sur le lien étroit entre eucharistie et « faire » communauté. « L’adhésion intellectuelle à des « vérités », si elle ne va pas plus loin, nous laisse enfermé dans notre égocentrisme » (spirituel ?) La foi va plus loin : elle nous fait sortir de nous-mêmes pour nous faire entrer en communion, en communauté ».* Ne le savons-nous pas ? Le pratiquons-nous assez ? N’est-ce pas en cela la vraie pratique chrétienne ? Non pas aller à la messe mais faire la communauté en se nourrissant de l’Eucharistie ? Car qui donne la force de l’unification ? En mangeant le pain, corps du Christ, en buvant le vin, sang du Christ, n’est-ce pas toute sa façon d’être qui afflue en nous et irrigue notre être en le tournant vers les autres pour un don semblable au sien ? Seigneur que veux-tu ? J’aime cette question qui me renvoie au commandement du Christ allié au don qu’il fait de lui-même dans l’Eucharistie. En ces deux actes du Christ, son unique commandement et son repas d’adieu, n’a-t-on pas le résumé de la pratique chrétienne : être ensemble par lui et en lui ? « Nourris d’une même chair, nous sommes animés d’une même vie ; irrigués du même sang, nous sommes tous membres d’un même corps, dont l’Eglise est la figure ».* Finalement, c’est ensemble que nous devenons images de Dieu ! N’est-ce pas à l’Eucharistie que le commandement de l’amour des autres est exprimé dans toute sa vigueur et son exigence ? Que veux-tu Seigneur ? A notre question nous avons déjà la réponse. Nous attendons un signe pour orienter nos vies, mais voici que notre vie nourrie par l’Eucharistie et se laissant ouvrir par elle, doit « en communauté » devenir le signe de la présence du Seigneur. C’est à partir de cette démarche de fond que nous trouverons notre place et célébrerons vraiment le Christ eucharistique. Son corps, Son sang ! Il a voulu les donner à manger et à boire… Pour aimer comme Lui ! Que voudrait-il de plus, sinon que nous devenions son Corps ? Attendez-vous autre chose de lui ?
*Marcel Domergue in site web « www.Croire.com » le 14 juin 09
7 juin 2009 - Sainte Trinité - Année B Evangile : Mt 28, 16-20 Le baptême au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit
Radicalement nouvelle ! En avons-nous suffisamment conscience ? Jésus n’a pas inventé l’élan de l’homme vers la divinité ; il existait bien avant lui. Il ne s’est pas présenté comme le fondateur d’une religion nouvelle avec ses dogmes, son culte, ses ascèses. Il ne s’est pas inséré dans la trame des grands hommes religieux pour la pure et simple raison que sa mission était tout autre. Il ne parlait pas de Dieu, il manifestait Dieu, par sa vie il disait Dieu. Dieu, qui est-il ? Tout le monde pense le savoir. A la question posée, la réponse jaillit. Il est … et suit alors toute une liste d’attributs faisant mention de sa grandeur, de sa toute puissance. Mais en s’exprimant ainsi ne commet-on pas l’erreur de partir de l’homme en énonçant en mieux des qualités humaines ? Dieu est grand ! Tous nous avons une idée de grandeur, et bien, alors, Dieu est grand mais infiniment plus que l’idée que nous nous en faisons. En parlant de Dieu, en fait, nous ne décollons pas de l’homme. Ce qui d’ailleurs peut s’entendre, en partie, car l’homme est dit être créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et cela honore la raison capable, par ses propres moyens, d’atteindre à une certaine vérité. Grandeur et toute puissance donc, deux attributs de Dieu présents dans la conscience de chaque être humain. Du haut d’une montagne, face à l’immense horizon, qui n’a pas été envahi par ces deux sentiments au point d’en exprimer à Dieu une grande reconnaissance ? Au soir d’un magnifique coucher de soleil, pour le lever également, qui n’a vibré et remonté jusqu’à l’auteur de cette beauté ? De même, alors que les savants explorent les univers, qui ne reste bouche bée devant la splendeur des mondes galaxiques comme face aux beautés sans pareilles des profondeurs marines ? Mais ces éléments qui nous transportent disent-ils Dieu, tel qu’il est ? Dieu qui est-il ? Ce « mot » traîne avec lui beaucoup d’approximations humaines. Tous les efforts louables pour lui trouver un sens ne parviennent pas à établir la juste relation avec lui. Pourtant la question importante qui mérite d’être posée n’est-elle pas celle de la place de l’homme face à Dieu perçu comme grand et puissant ? N’est-il pas bon de se demander si notre relation ne peut se comprendre que dans ce rapport ‘’écrasant’’ surplombant la terre et sa population. Certes, beaucoup s’en accommodent et ne vont pas plus loin. Certains, même, faisant leur, ‘’grandeur et puissance’’ reproduisent dans leur comportement vis-à-vis des autres une attitude d’intransigeance proportionnée à la réalité du Dieu qu’ils conçoivent selon ces normes. Mais est-ce bien ainsi que Dieu se trouve être Dieu ? Et, surtout, est-ce de cette façon-là que Jésus en a parlé ? Dieu qui est-il ? Jésus de Nazareth a-t-il utilisé les concepts qui nous sont familiers ? A-t-il renchéri sur les attributs que nous utilisons lorsque nous nous référons à la divinité ? Grandeur et Toute Puissance sont-ils les mots les plus souvent employés par le Fils du Père ? Et sa relation avec lui porte-t-elle les marques de la distance et du sentiment accablant de notre finitude ? N’est-il pas au contraire dans une relation de proximité, d’intimité, de réciprocité avec Celui qu’il nomme Père car il est déjà Fils avant de l’être sur la terre ? Avec Jésus, l’homme n’est plus seulement à la recherche de Dieu mais Dieu proche et en quête de l’homme. Nouveauté radicale, quoique de toujours, exprimée de façon toute nouvelle par Dieu lui-même en la personne de Jésus ! Voici qui devrait ravir plus encore qu’un coucher de soleil ou l’exploration fantastique des mondes. La grandeur et la toute puissance de Dieu ne sont pas fondamentalement dans le ‘’faire’’ mais dans l’Amour par lequel toutes choses sont faites. Dieu n’est pas le grand ceci ou cela, il est Amour, entendons par-là relation, communion, réciprocité : Père, Fils, Esprit … Le dire, le croire, ne change-t-il pas de fond en comble notre relation avec lui ? Approcher, dans la Parole, le Christ qui nous le révèle, oser dire avec lui ‘’Abba’’ au Père (Mc 14, 36 ; Rm 8, 15), avoir l’audace de demander à l’Esprit, artisan de la ressemblance, de nous rendre fils à notre tour, n’est-ce pas une nouveauté telle qu’il n’y en a jamais eu d’aussi grande et qu’il n’y en aura jamais de plus grande. Dieu qui est-il ? En cette fête de la ‘’Trinité’’ nous célébrons « Dieu-Amour ». Aussi nous faut-il percevoir, à travers le Christ lui-même, que grandeur et toute puissance sont en Dieu complètement différentes de ce que nous pensons. ‘’Tout pouvoir’’ dit Jésus ‘’m’a été donné au ciel et sur la terre’’ (Mt 28, 20). Mais pour faire quoi ? Réponse : ‘’Allez ! De toutes les nations faites des disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit’’ Ajoutant en plus ‘’Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin de l’âge …’’ C’est-à-dire jusqu’à ce que toute l’humanité ait reconnu Dieu, selon ce qu’il a montré de lui-même et afin que tous les humains soient plongés dans cet Amour de toujours. Dieu qui est-il ? Père, Fils, Esprit ? Percevons-nous la différence ? Une foi nouvelle ! En avons-nous suffisamment conscience ? Et que nous reste-t-il à faire ?
"IL" vous enseignera tout... ! 31 mai 2009 - Pentecôte - Année B
Jésus en ses confidences dernières s’adresse ainsi à ses disciples. Le moment est crucial. La mort de Jésus approche. Elle est le résultat d’une immense méprise. Jésus de Nazareth n’a pas été compris, son identité n’a pas été reconnue : Le Fils de Dieu a été crucifié par les défenseurs de Dieu ! Au beau milieu de ce drame que vont devenir les disciples, comment vont-ils se retrouver ? Jésus les prépare, les réconforte, les exhorte à la confiance. Il leur fait promesse d’une assistance qu’il ne peut procurer que lui parti. Le Christ et ses disciples ! Progression d’une intimité, cheminement de la foi, préparation d’un témoignage ! Le Christ veut les ouvrir à ce qu’il est en vérité, veut les instaurer dans la foi véritable, veut qu’ils connaissent le Vrai Dieu, le seul Vrai Dieu : « le Père et son envoyé Jésus-Christ » (Jn 17, 3) A travers l’Evangile nous sommes témoins de leurs incompréhensions, de leurs lenteurs, de leurs résistances, mais aussi de leur attachement, de leur persévérance et finalement de leur avancée progressive jusqu’à la proclamation en plein jour de leur foi dans le Christ. Qu’en est-il aujourd’hui de ce procès entre le monde et le Père de Jésus-Christ ? Ne se continue-t-il pas encore ? De fait ce procès n’a jamais cessé… Si « nous » pouvions avoir un « dieu » à notre taille qui puisse bien faire notre affaire ! Mais Celui que proclame l’Evangile et que Jésus de Nazareth a révélé par sa vie, ne se laisse pas circonscrire, ni séduire, ni tromper, par nos idées, nos sentiments ou nos offrandes. Il nous veut seulement et impérativement à la ressemblance de son Fils. Le Christ et nous et moi ? Quelle intimité, quelle progression dans la foi, quelle capacité dans le témoignage ? Jusqu’où va notre connaissance du Père ? Jusqu’où progresse notre ressemblance au Fils ? Jusqu’à quel point nous laissons-nous conduire par l’Esprit dans notre connaissance de Dieu, Père Fils Esprit-Saint ? Quelle expérience ? « Il », l’Esprit-Saint nous enseignera « tout ». Entendons-nous sur le « tout » : « Le Paraclet, L’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26)
Le Père de Jésus-Christ, le Tout Autre, inaccessible à nos prises et au-delà de nos efforts, veut se faire connaître par chacun de nous. En ce temps favorable : Ouvrons-nous largement à l’Esprit, Don du Père et du Fils. Qui ne voudrait être enseigné selon le « Vrai » ?
« Le proclamer…! » 28 mai 2009 - Fête de l'Ascension - Année B (au Canada)Evangile : Mc 16, 15-20 Jésus donne ses dernières consignes aux Apôtres et monte au ciel Le temps est arrivé de « Le proclamer ». Jusque là, les disciples l’ont suivi tant bien que mal mais cependant toujours assez pour avancer à sa suite. Il est vrai que Jésus ne les a jamais abandonnés. Que son amour envers eux ne s’est jamais démenti, suscitant en permanence leur liberté pour une adhésion renouvelée. Il est vrai qu’ils ont aussi perçu chez lui une vérité jusque là inconnue et qui les rejoignait non au niveau des idées mais dans les profondeurs de leur être. Maintenant que le temps de la séparation est arrivé, vont-ils pouvoir prendre le relais ? Le proclamer, la grande affaire pour l’humanité. Seront-ils à la hauteur de la mission qui les attend ? Oui et non, car quelle n’est pas notre surprise de constater que Jésus ressuscité, les rejoignant au cours d’un repas leur reproche leur incrédulité (Mc 16, 14) alors que dans le verset qui suit (Mc 15, 15) il leur confie l’immense mission de proclamer la Bonne Nouvelle à toute la terre. Fragiles et aimés, Jésus ressuscité en fait ses envoyés. Et pour quelle mission ! Il s’agit de proclamer qu’il est lui-même la Bonne Nouvelle. De laisser le fond de leur être exprimer, « crier » la joie de le connaître, de se sentir aimé de lui, de vouloir que son règne selon les Béatitudes grandisse en notre humanité, s’étende à toute la terre, pour atteindre même la totalité du cosmos. Et bien sûr d’agir en conséquence sans quoi d’ailleurs le fond de l’être ne pourrait tressaillir. « Proclamer » qui en grec signifie « crier » exprime le trop plein du cœur qui ne peut être contenu et doit se répandre tant il est salutaire de vivre du Christ et fort, le désir, d’en faire vivre le monde. La foi, encore mal assurée, des disciples, laissera donc toute la place à l’Esprit Saint pour que sur la route de la mission leur cœur trouve les mots et les attitudes les mieux appropriés afin de proclamer le Christ. D’ailleurs n’est-ce pas ce qui nous est suggéré ? Pour proclamer le Christ mort et ressuscité, ne faut-il pas le laisser s’exprimer à travers nous malgré notre fragilité. Et puis ne nous est-il pas signifié également que, pour que la foi devienne adhésion au christ, il est nécessaire de se lancer dans la rencontre des autres avec nos craintes et nos manques, car alors il est avec nous.( Mc 16, 20) Le proclamer, le tout d’une vie ! Les disciples sont donc envoyés. Être envoyé est leur « être nouveau », ce qui maintenant les constitue et forme leur humanité authentique. Ils sont poussés vers les autres humains, au-delà de toutes frontières, terres ou cultures. Mais attention, cet envoi ne concerne pas seulement les ministres dits ordonnés. Tous ceux qui sont devenus croyants (dans le Christ) (Mc 16, 17) sont aussi envoyés. Et chacun reçoit par cet envoi son « être nouveau » de chrétien, son humanité authentique, en fait celle du Christ qui est communiquée, pour aimer comme il aime. Pour mener cette mission, le Christ accompagne l’envoyé et produit par lui les signes nécessaires.(Jn 16, 17) Lesquels ? Ceux énumérés dans l’évangile correspondent aux besoins de l’époque. Mais à situation nouvelle, signes nouveaux afin que la proclamation soit entendue de l’intérieur, accueillie au fond du cœur. L’envoyé doit vivre dans le monde sans se laisser prendre par le monde. Docile à l’Esprit il recevra la compréhension nécessaire de son milieu de vie. Il lui sera aussi donnée l’intuition nécessaire à l’adresse de ses contemporains pour que les signes qui doivent orienter vers le Christ soient ceux qui interpellent la mentalité d’aujourd’hui : décryptage des questions de l’homme, écoute de leur vie, mise en route d’oeuvres au service de l’humain à tous les niveaux de la planète etc… Le proclamer à temps et à contre temps ! Il s’en remet à ses disciples du bonheur de l’humanité afin que se réalise la réconciliation universelle prophétisée par Isaïe, image paradisiaque déjà notée en Mc 1, 12 : quand le loup habite avec l’agneau et la panthère se couche près du chevreau etc…(Is 11, 16…) Image utopique mais que le Christ peut et veut réaliser par la transformation de nos vies. Dieu, en effet, s’en remet à nous du bonheur de l’homme car il ne peut toucher l’homme pour l’amener à son authentique humanité qu’en passant par l’homme comme il l’a fait lui-même en Jésus le Verbe incarné. L’enjeu pour la terre est donc considérable puisqu’il s’agit de faire aboutir l’humanité à son véritable état en Christ comme l’indique à sa façon Paul dans l’épître aux Éphésiens de ce jour (1, 13…16) : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l'unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l'état de l'Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ.[…] En vivant dans la vérité de l'amour, nous grandirons dans le Christ pour nous élever en tout jusqu'à lui, car il est la Tête. Et par lui, dans l'harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes qui le maintiennent, selon l'activité qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le corps se construit dans l'amour. » Donc : le Proclamer…par tout notre être… Le proclamer comme le « cri » de notre être… Bref, Le proclamer éperdument !
17 mai 2009 - 6° Dimanche de Pâques - Année B Evangile : Jn 15, 9-17 « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » Qu’il soit en moi et moi en Lui ! Ce souhait repris de l’évangile (Jn 15,4) terminait notre méditation de dimanche dernier. L’avons-nous retenu et vécu tout au long de la semaine? Réduire l’écart entre Lui et moi a-t-il été notre préoccupation ? Le temps passé à saisir qui Il est à travers sa Parole, a-t-il été suffisant ? Quelle découverte en est-il découlé ? L’allégorie de la vigne qui faisait ressortir le lien intime, vital, du Christ avec ses disciples, au point qu’il était écrit que hors de lui on ne pouvait rien faire (Jn 15, 5) : c’est-à-dire de pouvoir aimer en vérité, a-t-elle imprégné notre semaine ? Rester sous son emprise ! Sans lui on ne peut aimer en vérité. Il le dit (Jn 15, 4) « Qu’il soit en moi et moi en lui ». Cette « inter présence » est vitale. Celle-ci révèle en même temps le désir de Dieu de développer avec nous une réciprocité intense, plus que nous, humains, n’osons l’imaginer. Jésus, le Christ ressuscité, offre une relation véritablement intime dans laquelle chacun reste lui-même tout en jouissant de la richesse de l’autre : relation amoureuse au plein sens du terme, faite de don et d’accueil pour le plus grand accomplissement des deux partenaires : Dieu et l’homme. En effet, il faut tout de même en être conscient, « Les Évangiles témoignent unanimement d’un Christ dont les gestes et les paroles reflètent un Dieu d’amour qui se veut intimement proche de chacun, un Dieu d’amour qui recherche inlassablement même ceux qui seraient le plus éloignés (sic) de lui et ne veut abandonner personne, un Dieu d’amour qui veut guérir les blessures de chacun par son pardon toujours offert, un Dieu d’amour qui ne demande qu’à accueillir et à être accueilli, un Dieu d’amour qui désire être intensément aimé, un Dieu d’amour qui même rejeté et abandonné, continue à pardonner et à aimer l’être humain jusqu’au bout »* Est-ce ce Dieu amoureux comme le fut Jésus que je célèbre et en qui je me situe ? Sous son emprise ! Il semblerait plutôt que cette compréhension de Dieu, prenant au sérieux l’évangile de Jean, ne soit pas coutumière de nos façons spontanées de penser et de vivre notre relation avec Lui. Le péché mis constamment en avant et qu’il faudrait faire disparaître avant toute relation avec Dieu, nous maintient à distance comme indigne de cette relation que pourtant le Christ propose à des pécheurs et non à des bien portants. Certes le péché existe, le non amour que nous entretenons est évident, mais Dieu aime au-delà. Il connaît notre situation et nous rappelle que notre « indignité » ne lui est pas un obstacle puisque par nous-mêmes nous ne pourrions rien faire pour aimer en vérité. Alors de grâce, accueillons avec empressement, cet amour offert, bien que nous soyons pécheurs. Répondons oui à un amour qui guérit et rend apte à aimer à notre tour. Empressons-nous de découvrir le vrai visage de Dieu ! Restons sous son emprise ! Cependant, gardons-nous d’une certaine illusion. Celle qui découlerait d’une conception trop intimiste de notre relation au Christ. Cette tendance existe : Lui et moi seulement ! Lui et moi, bien sûr, comme cela a été déjà dit en parlant « d’inter présence », mais pas cultivée exclusivement pour elle-même. En effet si la première partie de notre récit évangélique mettait l’accent sur l’intimité, la deuxième partie, où d’ailleurs il n’est plus question de l’allégorie, insiste sur l’ouverture. Le Christ, l’intime sous l’emprise duquel il est bon de rester, ouvre à la relation à l’autre, au disciple ou à tout être humain quel qu’il soit. Comme sa relation au Père se vit intimement dans l’ouverture à L’Esprit Saint ainsi notre relation avec lui passe par le tiers incontournable que sont les autres : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15, 12). L’amour du Christ, celui qu’il nous porte en premier et que nous lui portons en retour ouvre aux autres qu’il aime également comme il nous aime. Il apparaît alors que l’amour trinitaire circule par le Christ en chacun de nous et passe de nous aux autres et réciproquement comme une sève nourrissante. Sous son emprise ! Voulons-nous vivre ? Voulons-nous aimer ? Voulons-nous que notre vie devienne don ? « Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13). Le Christ ne l’a-t-il pas réalisé lui-même ? En nous commandant d’en faire autant, il nous emmènera jusqu’en Lui. Dans cette rencontre ouverte, nous puiserons la joie parfaite (Jn 15, 11). « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande…Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis car tout ce que j’ai entendu de mon Père je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). L’intimité ne disparaît pas quand l’ouverture se fait pressante : « Ce que je vous commande c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 15, 17). En dehors de cet amour une vie pourrait-elle être fructueuse ? Il nous a choisis (Jn 15,16) … Nous voici aimés et constitués pour aimer. Restons sous son emprise !
*Un amour méconnu. Au-delà des représentations spontanées de Dieu. Frère Emmanuel, de Taizé, Bayard, 2008 Paris.
« Réduire l’écart..? » 10 mai 2009 - 5° Dimanche de Pâques - Année BEvangile : Jn 15, 1-8 La vigne et les sarments L’allégorie de la vigne ne nous y invite-t-elle pas ? Mais comment y parvenir ? Nous pouvons sentir qu’il devrait en être ainsi, et c’est déjà une belle prise de conscience. Mais, dans le même temps, ne percevons-nous pas qu’il en est autrement ? Entre Lui et moi, quelle unité ? Jusqu’où notre intimité ? Combien de fois cette question ne vient-elle pas frapper mon esprit ? Quand nous parlons de Lui, méditant son évangile, une sorte de malaise ne s’instaure-t-il pas ? Quel écart entre Lui et moi ! Certes, rien de bien surprenant étant donné ce qu’Il est et ce que nous sommes nous-mêmes. Ce qu’Il est et que nous découvrons dans la foi, ne touche-t-il pas à l’origine de la Vie ? Pourtant cette différence qui crée évidemment une distance, n’est pas pour subsister éternellement. Dieu en créant l’homme comme un partenaire marqué de son empreinte ne désire-t-il pas qu’il accède jusqu’à son intimité ? Comment comprendre autrement sa démarche à travers le temps et dans la constitution d’un peuple ? N’est-ce pas parce qu’il tient amoureusement à l’homme afin de lui partager sa vie ? L’insistance du Christ pour se faire entendre, même de ses plus farouches opposants, n’illustre-t-elle pas la vérité d’un Dieu amoureux de l’homme ? D’un Dieu qui - peut-être pourrait-on dire sans risque de blasphémer (mais il est juste de le dire !) - a besoin de l’homme ? Si Dieu, tel qu’en Jésus, se révèle, se montre, se laisse voir, se laisse toucher et assume la nature humaine jusqu’à l’ultime conséquence, n’est-ce pas parce qu’il aime notre humanité d’un amour inconditionnel, au point de vouloir l’intégrer à sa divinité ?Réduire l’écart ! Quand l’homme parvient à saisir un peu de quel amour il est aimé dans le Christ, ne devrait-il pas se sentir appelé à répondre oui à cette passion amoureuse ? si oui, il découvre alors l’évangile de ce jour comme une sollicitation forte à prendre au sérieux cet amour et à produire en retour le fruit d’un authentique amour. Le Christ aime et veut être aimé en réciprocité. Dieu est amour (1Jn 4, 8 et 16) Cet amour réciproque s’approfondit en grande intimité. « Demeurez en moi comme moi en vous » (Jn 15, 4) « Celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit (au singulier) ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire... » (pour produire l’amour authentique ?) Cette intimité avec Dieu dans une véritable réciprocité, compte tenu bien sûr de la différence entre le créateur et la créature, est proposée à tous ceux et celles qui acceptent de s’ouvrir à Dieu qui se révèle en Jésus le Christ qui cherche l’homme. La vie de chacune des créatures peut alors devenir féconde : ce que Dieu souhaite, désire ardemment, pour la pleine réalisation de L’Amour, réalité ultime, indépassable, éternelle ! Être comme Dieu, être en Dieu comme Dieu fut homme, dans une alliance définitivement réalisée : l’Amour ! « Comme le Père m’a aimé moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour » (Jn 15, 9) Entrer dans ce mouvement est la tâche du disciple, mieux et surtout, façonne le disciple. La loi n’est plus la référence ultime, même si elle subsiste encore, car elle fut en Christ pleinement accomplie. Et c’est avec Lui qu’il nous faut vivre l’intimité à laquelle nous sommes conviés, car par lui vient la vie. « Moi je suis la vigne, vous êtes les sarments… Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui la porte beaucoup de fruit » (au singulier !), il produira une vie fructueuse dans l’amour. Tel est le désir du Père. « C’est la gloire de mon Père que vous portiez beaucoup de fruit et deveniez mes disciples. » (Jn 15, 8) On pense assez communément que pour vivre en accord avec Dieu, il faut faire beaucoup de choses et même des plus pénibles. Nous ressemblons alors aux auditeurs de Jésus qui lui demandaient « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » (Jn 6, 28) Et Jésus de répondre : « Pour travailler à l’œuvre (au singulier) de Dieu, il faut croire en Celui qu’il a envoyé » (Jn 6, 29)D’abord l’intimité avec le Christ ! D’abord ! Réduire l’écart ! Cela ne veut pas dire être pieux, confit en dévotion. Nous en sommes avertis par la deuxième lecture : « Mes petits enfants, nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité. » (1Jn 3, 18) Il s’agit de laisser la totalité de sa propre vie passer sous l’emprise de celle du Christ pour qu’elle devienne elle-même aimante en vérité. En vérité ! Autrement dit grâce à l’amour même du Christ qu’il nous communique.Réduire l’écart ! Dans quelle mesure ceci est-il en notre pouvoir ? Quelle attitude nous faut-il adopter ? Serait-ce par une préoccupation constante d’être en lui comme lui est en nous ? Par un désir de son intimité recherchée constamment ? Par le souci permanent de dépasser la loi pour laisser s’imprimer en nous l’agir même du Christ dans sa relation au Père comme aux êtres et aux réalités de cette terre ? Lui-même vivait constamment dans la foi son intimité avec le Père. Qu’il nous livre son secret, puisque il est la référence qui nous est donnée, puisque « l’œuvre de Dieu c’est de croire en Lui » qui a été envoyé ! (Jn 6, 29) Ne dit-il pas aussi : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous est choisis et institués pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure… » (Jn 15, 16)Réduire l’écart ? Dieu nous désire : formidable révélation ! Qu’il soit en moi et moi en Lui... Est-ce notre réponse ?
« Connu(e)… » ! ? 3 mai 2009 - 4° Dimanche de Pâques - Année B Evangile : Jn 10, 11-18 Le Bon Pasteur se donne pour son troupeauOui connus ! Nous n’y pensons peut-être pas… Il est même possible que nous éprouvions un tout autre sentiment. Pourtant l’évangile de ce jour vient nous le rappeler ou tout simplement nous l’annoncer. Mais tout d’abord laissons-nous aller à quelques questions. En effet qu’en est-il de notre relation à Dieu ? Comment pensons-nous qu’il se situe vis à vis de nous ? De quelle façon nous considère-t-il ? Spontanément quelle impression nous envahit quand nous pensons à lui ? Eprouvons-nous de l’indifférence ? Ressentons-nous de la gêne ? Préférons-nous ne pas trop y penser ? Goûtons-nous la paix en sa présence ? Oui, qu’en est-il ne notre approche de Dieu ?Et plus important encore qu’en est-il de son approche envers nous ? L’Evangile de ce jour nous renseigne-t-il ? Sous les traits du bon berger, Dieu, en Jésus Le Christ, ne se fait-il pas tout proche ? N’est-ce pas avec les mots de la tendresse qu’il exprime son désir ? Ces mots, inutile de tous les reprendre, chacun peut bien les méditer. Mais parmi tous il en est un qui me frappe et me ravit. Il s’agit de connaissance : « Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » (Jn 10, 14)Je suis « connu » du Christ… Quel bonheur ! C’est ainsi que je le perçois et m’en réjouis profondément. « Quelqu’un » me connaît au plus intime de moi-même c’est-à-dire me voit et m’aime. Car connaître, dans la bible, comporte ces deux assertions. Quelle libération de savoir que quelqu’un vous aime en sachant exactement qui vous êtes ! Quel bonheur de se tenir devant Dieu, persuadé que son amour enveloppe exactement la personne telle qu’elle est ! Que je suis aimé pour moi-même sans être obligé de produire des artifices de séduction, de rechercher des circonstances atténuantes, de devoir biaiser pour éviter d’être rejeté. Je suis « connu » c’est-à-dire « vu » tel que je suis et « aimé » N’est-ce pas la situation à laquelle tous nous aspirons ? N’est-ce pas ce rêve réalisable que nous offre le Christ ? Et ne passons-nous pas, trop souvent, à côté de la réalisation personnelle de ce rêve parce que nous imaginons Dieu autrement qu’il ne se dit ? Pourtant entendons-le s’exprimer : « Moi je suis le bon pasteur, je connais mes brebis et - réciproque comblante - mes brebis me connaissent. » Ce à quoi nulle personne humaine ne peut parvenir : voir en vérité et aimer pleinement, le Christ le réalise. En effet, non seulement il le dit mais nous savons qu’il l’a fait : « Je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10, 15). Et ce don existe éternellement… Quelques versets auparavant il est dit encore en parlant des brebis : « Il les appelle chacune par son nom… » (Jn 10, 3)Nous sommes donc « connus » ! Notre relation à Dieu existe-t-elle selon l’évangile, dans cette simplicité confiante ? Puisons-nous dans cette relation, la connaissance de nous-mêmes tels que Dieu nous perçoit ? Car quand on est connu ainsi (vu et aimé) on peut soi-même se voir en plus grande vérité et trouver dans cette connaissance la force de s’assumer. Qu’en est-il donc, de notre approche de Dieu ? Et qu’en est-il de son approche envers nous ? « Moi je suis » (Jn 10, 14) Dieu donc, manifesté en Jésus de Nazareth, le Fils du Père, me connaît et son amour me fait exister moi-même au plus vrai, toujours à parfaire. Dieu et moi réciproquement « connus .. » ? Joie… !
« La route..! » 26 avril 2009 - 3° Dimanche de Pâques - Année B
Attention ce commentaire concerne le texte de l'année A : Evangile : Lc 24, 13-35 Apparition aux disciples d'Emmaüs
( Pour un commentaire de l'évangile de l'année B, voir le lien 1 ou le lien 2 Evangile : Lc 24, 35-48 Le Christ ressuscité envoie les Apôtres en mission )
La route d’Emmaüs est-elle ressemblante à celle de tout homme ? Nous la percevons lourde de rencontres incomprises et de rêves déçus. Elle va à contresens de ce qui fut un temps l’espérance. Deux disciples font route vers un village. Ils échangent entre eux sur « tout ce qui s’est passé. » (Lc 24, 13) Leur vie avait pris sens puis elle s’est effondrée… Chemin d’Emmaüs, route des hommes ? Quel est le contenu de la vie des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? Quelle conviction vitale les anime, quelle espérance les motive, quelle source les abreuve ? Quel ressort chaque matin les soulève? Avec quel contentement intérieur reviennent-ils le soir ? Quelle réponse personnelle apportent-ils aux angoisses profondes qui tenaillent leur être ? Et qu’est-ce qui fait qu’un soir tout paraît vain de ce que l’on faisait, vaines aussi les motivations qui poussaient à le faire ? Ils marchaient vers Emmaüs « le visage sombre ». On peut marcher et courir tous les jours avec du mal à l’âme, en cueillant au passage un bonheur éphémère, sans savoir ou vouloir savoir connaître où s’en va cette route qui entraîne chacun inexorablement puisque le temps s’écoule et ne s’arrête pas. Certes l’activité humaine génère de grands biens. Elle satisfait les besoins, les désirs jusqu’à un certain point. Elle permet le développement des talents et leur mise en service pour le bienfait de tous. Elle permet un épanouissement certain. Mais malgré cet enrichissement, ne subsiste-t-il pas, au fond de l’être, un vide, un manque, c’est-à-dire l’absence d’adhésion intérieure à ce qui, plus stable que tout appui humain, donne sens à la route sur laquelle on avance, au travail que l’on fait, au pour quoi on le fait, à l’amour que l’on donne et reçoit, à la vie, à la mort que chacun porte en soi ?Chemin d’Emmaüs, route des hommes ? A l’époque des grandes émotions recherchées et cultivées pour elles-mêmes qu’en est-il de la joie, nourriture du c œur, fruit de la relation, don d’une Présence ? Une Présence source de joie, n’est-ce pas en fait ce dont tout le monde a besoin ? Une présence, cet autre que soi-même qui vient s’inscrire en soi comme le tout proche, comme l’unique, et qui donne d’exister pleinement dans la conscience harmonieuse de soi ? Au cœur de la solitude inhérente à toute vie humaine, plus ou moins ressentie selon les situations et les individus, chacun ne recherche-t-il pas le sens, mieux le visage, qui dénouerait le mystère de l’être en l’ouvrant à la communion, en donnant à chacun d’exister pour quelqu’un dont l’amour est sans faille ? En même temps, si proche que l’on soit dans une relation, chacun ne va-t-il pas selon son chemin propre, aux prises avec son angoisse intérieure que personne de l’extérieur ne peut apaiser complètement ? Dès lors, n’y aurait-il personne à qui offrir son cœur capable de l’accueillir en le comblant de joie ?Chemin d’Emmaüs, route des hommes… N’est-ce pas trop en dire que de faire du chemin d’Emmaüs la parabole de celui de chacun ? Deux hommes, l’un nommé Cléophas et l’autre que l’on ne nomme pas, cheminaient déconcertés. Leur c œur avait été éveillé puis s’était embruni. Celui qui les avait séduit à l’intérieur d’eux-mêmes par son amour véritable, avait succombé sous les coups des ténèbres humaines. Leur cœur attendait cependant d’être à nouveau aimé. Il le fut. Rejoints dans leur intimité ils comprennent et découvrent : ils sont accompagnés. La Présence se révèle. Parole et Eucharistie sont lieux par excellence de la rencontre. (Luc 24, 25-27 et 30-31) Il ne s’agit pas, bien sûr, d’identifier avec nos yeux charnels une présence si diaphane soit-elle, mais de communier à Elle, à travers la Parole et le don de l’Eucharistie. (Lc 24, 32)Route des hommes, Présence ! Dans l’ évangile certes on entend mais également « on voit » Jésus à l’oeuvre. C’est en le regardant comme en l’écoutant que sa présence prend possession de nous lorsqu’en même temps nous refaisons le geste de la fraction du pain. Les disciples l’avaient fréquenté puis s’étaient laissés abattre par l’épreuve du vendredi et le silence du samedi. Les voici revigorés ! Tout de suite ils reviennent vers les autres disciples. Leur chemin aboutit ici dans la communauté rassemblée. Une présence assidue et aimante accompagne nos vies. Elle se laisse découvrir à qui veut bien s’ouvrir... Elle crée la communion entre ceux qui en vivent. Elle oriente la route vers son but vrai et définitif.Chemin d’Emmaüs, route des hommes : un rapprochement possible ? Avec moi sur la route : Qui ? Et ma route : Vers où ?
« Regardez Dieu… ? » 19 avril 2009 - 2° Dimanche de Pâques - Année BEvangile : Jn 20, 19-31 Apparition du Christ huit jours après Pâques Mais oui, regardez Dieu ! Aucune extravagance dans cette invitation, même si dans la bible, il est écrit que « nul ne peut voir Dieu. » ( Ex 33, 20 et 23) (Si 43, 31) ou que « personne n’a jamais vu Dieu ». (Jn 1,18) Le regarder à l’œuvre et l’entendre parler n’a rien d’insensé. L’évangéliste ne dit-il pas, à propos des nombreux signes effectués par Jésus que certains furent mis par écrit afin de croire que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » ? (Jn 20, 31) Et ailleurs ne récidive-t-il pas en écrivant dans sa première épître : « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie, car la vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage… » (1Jn 1, 1-2) Et le prologue, encore œuvre de Jean, ne se termine-t-il pas par cette même révélation que si nul homme n’a pu et ne peut voir Dieu dans sa réalité intrinsèque, n’étant pas équipé pour cela, le Fils pourtant, l’Unique Engendré qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître (Jn 1, 1-18) autant qu’il est possible à l’homme, avant sa mort, de le connaître.Regardez Dieu ! Dieu est esprit, certes. Cette appellation est celle que nous avons le mieux retenue. Parce que vraie bien sûr, mais aussi probablement, parce qu’en référence au plus noble de nous-même, elle correspond mieux à ce que nous pouvons penser de lui sans le recours de la révélation. St Augustin après quelques délires sur « l’étendue » de Dieu, n’avait-il pas découvert par la philosophie, que Dieu est esprit ? Mais Dieu n’est pas, si l’on peut dire, qu’esprit, il est aussi - pourquoi aussi (?) - Amour. Cette « nature » nous est moins évidente au point d’avoir beaucoup de mal à l’admettre dans toutes ses conséquences. Pourtant cette dénomination de Dieu comme Amour n’est pas une vue de l’esprit, ou le résultat d’une savante réflexion. Cet amour ne le voyons-nous pas à l’œuvre en Jésus le Fils ? Et, voyant le Fils aimant, ne peut-on pas en déduire que nous voyons Dieu qui aime ? Non pas Dieu dans sa réalité ultime, vision pour laquelle nous sommes trop limités, mais dans l’incarnation du Fils donnée pour nous faire connaître authentiquement Dieu, selon nos capacités et la nécessité de notre vie à accomplir. « Ce que nous avons vu touché… du Verbe de Dieu… nous vous l’annonçons (1Jn 1-12). Regardez Dieu en Jésus Christ est la parfaite Vérité. Au matin de Pâques, après avoir déploré par deux fois la disparition du cadavre de Jésus, Marie-Madeleine, rencontrée par le Ressuscité, s’en va comme il le lui a demandé vers ses disciples et leur annonce : « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit » (Jn 20, 17-18) Même déclaration plus tard de la part des disciples s’adressant à Thomas, absent du premier soir lors de la visite du Ressuscité : « Nous avons vu le Seigneur ! » (Jn 20, 25) Et déjà ne nous avait-il pas été mentionné toujours à propos des disciples : « En voyant le Seigneur, ils furent tout à la joie » (Jn 20, 20) Ce « voir » revient donc plusieurs fois dans les récits de résurrection et n’est-il pas l’équivalent de voir Dieu ?Regardez Dieu ! Pourrions-nous, si tant est que nous le cherchions, trouver mieux qu’en Jésus le Christ la possibilité de voir Dieu ? N’est-il pas vrai que Dieu se révèle en Lui, se manifeste en lui le Christ, au point qu’il soit possible en toute vérité de voir Dieu ? Bien sûr que si nos yeux cherchaient autour de nous une présence tangible, ils ne trouveraient rien, ni même s’ils quêtaient en notre imaginaire. Mais si nos « yeux intérieurs » contemplent le Seigneur tel qu’il nous est donné à voir dans les évangiles, serait-ce inconvenant de dire que l’on « voit » Dieu, nous aussi, à l’œuvre en notre humanité. Où est Dieu demande l’homme ? Existe-t-il ?... Tout en cherchant ailleurs que là où il pourrait le trouver…En Jésus Christ, Dieu s’est manifesté, pas un avatar de Dieu mais Dieu lui-même en notre chair humaine pour que, de nos yeux de chair et de foi, nous les humains, puissions le voir. Regardez-le ! Et que voyons-nous en ces récits d’apparitions du Ressuscité ? Non la description d’une forme précise comme s’il suffisait d’ouvrir les yeux physiques pour le « voir » : mais Jésus, le même qu’avant sa mort et pourtant différent, se tenir au milieu de ses disciples. (Jn 20, 19) Son salut, après les épreuves de la passion et les rigueurs de sa vie publique peu comprise et contestée, renchérit dans l’amour : « Paix à vous ! » leur dit-il. (Jn 20, 20) Trois fois le Christ Ressuscité reformulera ce salut de paix, ce don de paix, de sorte qu’il n’y ait aucune hésitation possible sur les sentiments du Ressuscité, même après les horreurs de la Passion. (Jn 20, 20) Thomas, qui à son tour en est témoin, confesse ce qu’il voit : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28) Ils ont vu Dieu ! Ils ont vu Dieu leur donner la paix et par lui, ils furent envoyés. (Jn 20, 21-23) Ce dernier mot de l’évangile de Jean réveillera-t-il en nous l’empreinte du vrai visage de Dieu de sorte que nous le voyions nous aussi, à travers les yeux et la foi des disciples, tel qu’il se montre en donnant sa Paix ? Les disciples n’avaient rien demandé. A vues humaines ils avaient bien des choses à se faire pardonner. Et qu’entendent-ils en « voyant » Dieu : « Paix à vous » ! En ceci n’est-ce pas le message de Pâques ? En cela notre possibilité de « voir » Dieu ? Regardez Dieu au bon endroit… Le « voir » à l’œuvre nous est donné... En regardant le Christ nous ne serons pas trompés… Ne le voyez-vous pas ?
« Ressusciterai-je ?… » 12 avril 2009 - Dimanche de Pâques
La question m’atteint car célébrer la résurrection du Christ, n’est-ce pas aussi penser à la mienne ? Parviendrai-je à ce lieu où le Christ se trouve aujourd’hui et qu’il promettait à ses disciples quand il leur parlait de son départ ? (Jn 14, 3-4) Nous aimerions tellement y croire de tout notre être, de sorte que cette promesse puisse enchanter déjà toute notre vie, la rendre lumineuse, assurée que rien ne pourra l’engloutir, pas même la mort qui pourtant semble tout dévorer. Ressusciterai-je ? Mais voilà il y a la mort qui passe et repasse sur l’humanité sans épargner personne. Et quelle mort quelque fois ! Il y a cette interruption de fonction, de relations qui laissent démunis ceux qui restent, sans qu’ils sachent où sont rendus ceux qui partent. Il y a ce passage qui dépouille totalement et dont on ne sait ce qu’il comporte exactement. Un être humain mort, son souffle épuisé, ce qui reste de lui perd toute consistance. Expérience quotidienne, banale, banalisée peut-être, estompée qui arrive aux autres avant de devenir la sienne propre. Entre la vie d’ici et celle vers laquelle il nous est dit se rendre, il y a ce passage par lequel chacun, seul, doit avancer dans la foi, en adhérant au Christ, sans que lui soit donné de connaître toute la réalité. Si le transfert de notre être se faisait d’ici, directement jusqu’au Christ ressuscité, le passage paraîtrait acceptable. Être transporté en Dieu sans le passage par la mort physique serait plus facile à comprendre et à vivre. Mais il n’en est pas ainsi, la mort atteint chaque être avant que ses yeux ne s’ouvrent sur le visage radieux et amoureux du Christ. Ressusciterai-je ? C’est la loi commune à laquelle le Christ ne s’est pas dérobé. Il a même abordé cette échéance en toute lucidité et liberté. Combien de fois ne l’a-t-il pas annoncée et répétée à ses disciples ? Il savait que l’Heure arriverait, qu’elle devait arriver. Il en parlait comme le moment de sa gloire et de celle de son Père. Il désirait ce moment car il était incontournable tout en le redoutant car il était souffrant. La mort était pour lui, sous les quolibets et les refus des hommes, le don de tout lui-même au Père, afin d’entrer pleinement à nouveau dans l’échange de l’amour trinitaire. Il n’a donc pas pu lui-même transiter directement de sa vie d’homme à sa vie de fils ressuscité, il a du passer par la mort. Pourrait-il en être autrement pour nous ? Dans le passage qui nous attend et que l’on espère généralement le plus tard et le plus doux possible, le Christ lui-même y fut engagé. N’est-ce pas pour nous l’expérience où puiser le courage d’aller, dans la foi, vers la mort ou plutôt vers lui en passant par la mort ? Son expérience de fils confiant, aujourd’hui glorieux, peut-elle déposer en nous les germes d’un désir redouté, mais d’un désir tout de même, d’aller vers lui, là où il nous attend ? Ressusciterai-je ? Non pas reviendrai-je à cette vie d’ici comme ce fut le cas pour Lazare, ni dans une forme ou une autre comme il devient à la mode de l’imaginer aujourd’hui. Mais parviendrai-je à me laisser transformer pour être avec Lui comme il l’a promis à ses disciples et comme il a donné à son Église de l’annoncer ? En ce jour de Pâques où tout n’est que lumière et victoire nous nous sommes arrêtés au moment qui le précède. Car la résurrection ne va pas sans la croix et la mort physique qui s’en est suivie. Teilhard de Chardin méditant ce moment ultime de la vie alors qu’il se trouvait au midi de la sienne nous partage sa foi : « Lorsque mon corps (et bien plus mon esprit) commencera à marquer l’usure de l’âge ; quand fondra sur moi du dehors, ou naîtra en moi du dedans, le mal qui amoindrit et emporte ; à la minute douloureuse où je prendrai tout à coup conscience que je suis malade ou que je deviens vieux ; à ce moment dernier, surtout, où je sentirai que je m’échappe à moi-même, absolument passif aux mains des grandes forces inconnues qui m’ont formé; à toutes ces heures sombres, donnez-moi, mon Dieu, de comprendre que c’est Vous (pourvu que ma foi soit assez grande) qui écartez douloureusement les fibres de mon être pour pénétrer jusqu’aux moelles de ma substance pour m’emporter en Vous… »* M’emporter en Toi ! Ressusciterai-je ? Il est ressuscité, il était mort, il s’est donné dans le pain et le vin. Je me nourrirai de sa vie, je passerai par la mort, je ressusciterai en Lui… Amen, Alléluia ! *Le milieu divin. « ‘Il’ nous veut…! » 5 avril 2009 - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année B
Comment comprendre autrement cet « acharnement » de Jésus à vivre avec et pour les hommes ? Quel intérêt aurait-il eu à accepter ce qui lui est arrivé ? Pour quelle autre raison aurait-il pu subir ce que les hommes lui ont infligé ? Jésus n’aurait-il été qu’un illuminé, un inconscient forcené, qui défendrait une certaine idée de Dieu qui n’en aurait pas valu la peine ? La profondeur humaine de son message, la qualité humaine de son comportement ne le classent-elles pas au contraire parmi les sains d’esprit doté d’une grande clairvoyance ? Jésus ne vous parait-il pas un homme équilibré, tout à fait maître de lui-même y compris au temps de l’adversité, libre au plus profond de lui-même ? Ne vous parait-il pas, à travers les évangiles, parfaitement conscient de ce qu’il dit et fait, tout orienté vers le service de l’homme qu’il appelle avec grande bonté à une plus grande vérité ? Son appel des disciples et sa patience envers eux afin qu’ils découvrent son identité ; son attitude envers les malades et les rejetés ; son souci d’enseigner et d’être disponible aux foules, sauf lorsqu’elles décident d’en faire leur roi - rôle qu’il ne veut assumer car il n’est pas venu pour cette raison là - son attitude franche face aux autorités religieuses dont il perçoit bien le refus du réel, alors qu’elles le déclarent agent de Béelzéboul ; sa mort consciemment annoncée à plusieurs reprises afin que, prévenus, ses disciples lui restent fidèles à l’heure de l’horreur ; bref toute cette vie magnifique, de haute humanité qui, malgré notre refus, touche le meilleur en nous, quel sens pourrait-elle avoir sinon celle d’un désir insatiable de faire communion ? ‘Il’ nous veut ! Déjà dans l’Ancien Testament, dans la continuité duquel s’inscrit Jésus tout en l’accomplissant, on voit, à travers la constitution et les péripéties d’un peuple, Dieu à la recherche de l’homme. Cette quête de l’homme de la part de Dieu qui précède celle de Dieu par les hommes, telle qu’elle est exprimée à travers l’histoire du peuple et de la vie de Jésus ne devrait-elle pas nous interpeller encore aujourd’hui, plus particulièrement en ce temps de carême et en cette semaine de la Passion ? Dieu aurait-il tant besoin de l’homme, l’aimerait-il à ce point qu’il ne pourrait cesser de le chercher, de l’appeler, de vouloir le rejoindre dans sa liberté et son besoin d’aimer ? Lire et relire la Parole de Dieu c’est y découvrir cette quête incessante, ce souci de voir l’homme quitter ses égarements et grandir en vérité, ce désir de l’amener à communier avec lui et avec son semblable. Les prophètes successifs, porte-parole du Dieu aimant, n’ont cessé de répercuter, souvent au péril de leur vie, ce désir constant de Dieu révélé à Abraham, à Moïse, d’être avec l’homme sur les chemins de cette vie, comme au-delà dans la vie qui est la sienne de toute éternité. Dieu cherche l’homme ! N’est-ce pas exact ? Dieu nous cherche-t- il personnellement ? L’impression que nous ressentons n’est sans doute pas aussi vive qu’elle pourrait l’être ? Faudrait-il mieux s’appliquer à la manducation de la Parole qui décille les yeux, ouvre les oreilles et illumine le coeur ? « Allez chercher au testament ce qui n’est pas né de la terre » nous fait chanter une hymne de carême. Cette quête de Dieu serait-elle trop silencieuse, discrète au point de passer inaperçue ? N’oublions pas cependant que Dieu est Parole déjà exprimée en Jésus de Nazareth. Cette quête nous serait-elle insensible à cause de notre méconnaissance de la Parole qui pourtant en a fait état au long des siècles ? Ou alors notre résistance à nous laisser attirer, aimer par Dieu est-elle si profonde qu’il ne parvienne pas à se faire entendre ? Le récit de la Passion que nous allons écouter, méditer, peut-être même mieux vivre de l’intérieur, nous fera-t-il toucher du doigt la passion amoureuse de Dieu pour nous, en Jésus le Fils bien aimé ? Car faut-il le répéter, quelle raison motive la démarche de Jésus : entêtement d’illuminé ou amour inconditionné pour l’humanité ? De la réponse dépendra une vie de communion ou une solitude sans issue. Le Père nous veut avec lui, fils ! C’est l’ultime et complet message de Jésus qui nous est lancé par sa vie et proposé, encore et depuis, sur la croix. Rien ne pourra enrayer le désir de Jésus de faire naître la communion, ni la haine, ni la mort. Plus même, sa vie montrée deviendra vie partagée : Ceci mon corps, ceci mon sang, prenez mangez, prenez buvez… ‘Il’ nous veut ! « Dieu notre Dieu s’est fait mendiant Et demande à nous vivre »* Pourquoi ? * Hymne de carême.
« Réfléchis… » 29 mars 2009 - 5° Dimanche de carême - Année B
Jérusalem est en fête. Beaucoup de fidèles venus pour la Pâque accueillent Jésus triomphalement. Rameaux d’oliviers en mains, ils sortent à sa rencontre et « bénissent Celui qui vient au nom du Seigneur » (Ps 148) Jésus accepte cette explosion de joie, tout en se situant dans la ligne de l’Écriture. Modestement monté sur un petit d’ânesse, il est celui dont il n’y a rien à craindre. (Jn 12,14-15; cf Za 9, 9) Le Roi messianique… ! A notre tour, le dimanche des Rameaux, nous acclamerons ce roi messianique. Pour, à ce moment-là, trouver la juste acclamation, repérons maintenant les réactions des différents acteurs de cet épisode. Les disciples d’abord : Ils sont les plus réservés car ils ne comprirent pas immédiatement le sens de ce qui se produisait. Ils le comprirent seulement plus tard quand Jésus eut été glorifié… (Jn 12,16) La foule ensuite, une partie fut présente à la résurrection de Lazare. Elle témoigne alors de ce qu’elle a vu et elle suscite l’enthousiasme d’une foule encore plus grande : « C’est pourquoi la foule vint à sa rencontre. » (Jn 12,18) Ensuite encore, les Pharisiens opposés à ce succès et qui se lamentent : « Voilà le monde parti après lui ! » (Jn 12,19) Trois types de personnes donc : les réservés, comme les disciples mais qui le moment venu comprendront, les enthousiastes, comme la foule témoin des événements de Béthanie ou celle à qui ont les a racontés et les Pharisiens franchement opposés déplorant cet élan messianique. Jésus suscite diverses réactions sans qu’aucune ne parvienne à la justesse appropriée. Réfléchis ! Sur ces entrefaites arrivent, et c’est le début du passage évangélique d’aujourd’hui, quelques grecs, « des non juifs, gagnés au monothéisme d’Israël et, dans une certaine mesure aux observances mosaïques ». (Jn 12,20 note b Bible de Jérusalem) Appelés aussi « craignant-Dieu », (Ac 10,2) ils n’avaient cependant pas accepté la circoncision. Ils sont montés à Jérusalem pour adorer. Dans ce contexte festif mais aussi chargé de menaces (foules versatiles et pharisiens farouches), ils formulent une requête susceptible d’éveiller en nous la véritable attitude : « Seigneur disent-ils à Philippe, nous voulons voir Jésus. » (Jn 12,21) Voir Jésus ? Jésus peut-il se laisser voir ? Ces Grecs venus pour adorer que veulent-ils au juste ? Voir Jésus tout simplement ? Mais alors pourquoi ces intermédiaires, Philippe qui va trouver André pour ensuite venir à Jésus ? Ce que les Grecs désirent réellement nous ne le saurons pas de leur bouche car, apparus sur le devant de la scène, ils en disparaissent aussitôt laissant à Jésus le soin de nous dévoiler ce qu’il y a à « voir » en Lui. Réfléchis ! Cet homme acclamé, célébré comme le Messie par la foule, capable de faire sortir Lazare du tombeau, doit, pour accomplir sa mission, passer par la mort et pas n’importe quelle mort : « Il signifiait par là de quelle mort il allait mourir » ! (Jn 12,33) Quel sens donc cette mort ? En parcourant le récit de ce jour, du dernier verset (Jn 12,33) au premier (Jn 12,20), serons-nous mieux éclairés sur le sens de ce « voir » ? Cette mort, loin d’être la fin de la vie de Jésus, fera du crucifié quelqu’un d’ « élevé » de terre mais aussi quelqu’un d’ « élevé » jusque dans la gloire du Père. Il attirera alors tous les hommes, ou tout homme, à lui. Toute l’humanité est-elle donc concernée ? La mention des Grecs au début du récit laissait-elle entendre cette universalité : Juifs et Païens tous attirés par le Christ ? Jésus meurt et pourtant sa mort renversera la domination du Prince de ce monde. Elle fait voler en éclats l’idée très répandue, suggérée dans le livre de la Genèse, que Dieu serait un concurrent de l’homme. Au contraire la croix ne donne-t-elle la preuve que Dieu n’entre pas en conflit de pouvoir avec l’homme ? Sa façon d’être ne diffère-t-elle pas de celle que nous lui prêtons et qui habituellement est la nôtre. Réfléchis ! Car Jésus, homme de Galilée dont la renommée a suscité l’enthousiasme des foules autant que l’aversion des pharisiens, ne veut tenir sa façon d’être que de son Père d’où il vient et vers qui il retourne et qu’il veut absolument révéler. La voix venue du ciel trouble la foule, incapable de bien saisir ce qui se passe. Elle lui révèle pourtant cette origine, aboutissement plénier du « voir ». A la prière de Jésus : « Père glorifie ton Nom » (Jn 12,28) les gens reçoivent en réponse l’affirmation qu’il en a déjà été ainsi et qu’il en sera encore ainsi. Comment dès lors ne pas comprendre que le Père est engagé dans la révélation de son « être pour l’homme » (Sa Gloire) à travers la vie et la mort de Jésus ? Jésus révélateur du Père. Cette glorification (manifestation, expression intime) du Nom du Père affecte Jésus au plus profond de lui-même alors même qu’il l’appelle de tout son être. Il est troublé, il redoute le passage par ce que Jean nomme l’Heure mais, en même temps, il veut vivre jusqu’au bout cet instant de don « pour lequel il est venu ». (Jn 12,27) En cette Heure, Dieu va se dire dans le dépouillement total, comme s’il n’y avait aucune autre façon humaine plus adéquate pour faire « voir » la gloire de Dieu, sa vérité, sa profondeur, son « être pour l’homme », son Amour. « Le grain tombé en terre… s’il meurt porte beaucoup de fruits. Qui aime sa vie la perd et qui s’en détache la conservera en vie éternelle. » (Jn 12,24-25) Dépouillement de Jésus dans la foi : Vérité et Amour se rencontrent ! Les Grecs voulaient « voir » Jésus. Jésus se prépare à être vu en donnant le sens de sa mort. L’Heure vient où Dieu sera pleinement manifesté sur la croix. Jérusalem n’avait vraiment rien à craindre de la venue de ce Roi. (Jn 12,15) Pourtant elle a pris peur ! N’est-il pas maintenant pour nous l’Heure d’entendre l’invitation de Jésus : « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive et là où je vais sera aussi mon serviteur… Mon Père l’honorera. » (Jn 12,26) Dieu m’aime-t-il ? « Voir Jésus » Réfléchis !
« Où en es-tu ? » 22 mars 2009 - 4° Dimanche de carême - Année B
De ta façon de voir Dieu, de ta compréhension du monde, de toi-même, de ta saisie du sens de la vie et de la mort, où en es-tu ? A quoi, à qui, accroches-tu ta vie ? Quelle instance, idée, perspective, acceptes-tu pour éclairer et guider ta vie ? Chacun n’est-il pas mu par une façon de voir qui lui permet d’avancer dans l’existence malgré toutes les questions non encore éclaircies ? Sans cela d’ailleurs serait-il possible encore de subsister ? Mais cette « réalité interne » qui me permet d’avancer et que j’élabore autant qu’elle m’est donnée, peut-être surtout donnée, est-elle au plus proche du vrai, au plus proche de ce qui est pour moi le meilleur et donc, par ricochet, de ce qui pour l’autre, ou les autres, est le plus profitable ? Existe-t-il une vérité en dehors de celle que je peux formuler, une vérité que j’aurais avantage à connaître et à faire mienne ? L’homme n’est-il que ce qu’il élabore ou doit-il aussi se recevoir d’une autre instance que lui-même ? L’assurance souvent manifestée par les grands moyens médiatiques, les certitudes véhiculées à coups de haut parleur, ne manifestent-elles pas plutôt que l’homme ne compte que sur l’homme ? Sommes-nous à leur remorque ? Sous la couche de propos affirmatifs sont pourtant tapis des doutes, des interrogations, des quêtes de significations moins bruyantes mais plus profondes et qui attendent la lumière de la Vérité ? Un retournement de situation, des revers de santé, une expérience nouvelle ne permettent-ils alors à l’interrogation profonde de s’exprimer à fleur de conscience et de considérer la vie sous un tout autre jour ? En ce temps de carême, s’interroger sur soi-même n’est-ce pas tout à fait approprié ? Où en es-tu ? Quelle sera la réponse ? Je ne sais… Je cherche plus ou moins ou je n’ai pas tellement le loisir de penser à autre chose qu’aux exigences quotidiennes. L’évangile de ce jour tiré de la rencontre de Nicodème avec Jésus pourrait-il émettre quelque lumière afin d’éclairer nos profondeurs et donner à notre vie une autre façon d’être, une autre compréhension, une autre perspective ? Nicodème ? Il vient de nuit trouver Jésus. Est-ce sur initiative personnelle ou par mandat du Sanhédrin auquel il appartient. ? Nul ne le saura jamais ! Reconnaissant Jésus comme un homme de Dieu, il s’adresse à lui sur un pied d’égalité : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui. » (Jn 3, 2) Par sa réponse Jésus lui ouvre une autre perspective, un autre niveau relationnel, différent de celui de la confraternité des « rabbis ». Il l’invite à renaître. (Jn 3, 3) « Renaître ? » dit Nicodème, voici qui est étrange quand on est déjà né ! Un quiproquo s’installe et se poursuit pendant quelques versets (Jn 3,4-10) jusqu’au moment où Jésus se présente comme Celui en qui il faut croire : « En vérité je te le dis « nous » parlons de ce que nous avons vu (auprès du Père) mais vous n’accueillez pas notre témoignage » (Jn 3, 11) Le bien intentionné Nicodème, mais surtout nous lecteurs, sommes invités à nous situer en face de « Celui qui est descendu du ciel » (Jn 3,13 et 3,31-32) et qui, si on l’accueille, révèle la Vérité sur Dieu dans son rapport au monde. « Dieu, Celui qui a tant aimé le monde… » Aimé du Père ? Le Fils manifeste cet amour par sa vie humaine, toute sa vie humaine et s’offre à notre foi lui qui fut élevé sur la croix en même temps qu’élevé dans l’intimité du Père au-delà de son passage par la mort. L’homme Jésus que, de nuit, Nicodème est venu rencontrer se présente à Lui avec son origine divine et la possibilité de faire « naître » à une autre vie : « Comme Moïse éleva le serpent dans la désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme afin que quiconque croit ait en lui la vie éternelle. » (Jn 3,15.16b) S’introduit alors dans cet appel à croire au Christ, vrai révélateur de Dieu, l’idée de jugement. Idée à laquelle nous sommes très sensibles et que nous comprenons mal. Idée à modifier quand nous pensons à Dieu. Car et voici le cœur de ce passage : « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré. » (Jn 3,16) Et : « le Fils n’a pas été envoyé dans le monde pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par son entremise. » (Jn 3,17) Où en es-tu ? …De ta façon de voir Dieu, la vie, le monde, toi-même ? Regardes-tu suffisamment le Christ pour connaître sa façon d’aimer, révélation de celle du Père et de l’Esprit ? Le regardes-tu suffisamment pour que l’Esprit puisse te dire que ta vie prend vie et sens selon que tu l’accueilles ou le refuses ? Que c’est dans ce face à face avec la croix, aboutissement d’une vie donnée, que se décide le choix de chacun ? Non pour engendrer de la culpabilité (Il ne juge pas) mais pour que chacun, dans l’amour offert, assume sa vie et la réoriente. Il a aimé jusqu’au bout ici bas parce que de toute éternité « Il » est Amour. Le Fils est venu le montrer, le réaliser. Les hommes peuvent alors se déterminer. Croire en Lui ? Où en es-tu ? Le Christ s’offre… Alors ?
« Dehors… » 15 mars 2009 - 3° Dimanche de carême - Année B
Jésus est-il en colère ? Venu de Capharnaüm avec ses disciples, il pénètre dans le Temple et réagit vivement. Ce qu’il voit, mais qui existe depuis longtemps et qui d’une certaine façon est nécessaire, le rend subitement agressif. Fouet fabriqué avec des cordes, geste menaçant, parole impérative, il apostrophe et chasse les marchands. A ceux-ci il reproche d’avoir transformé « la maison de son Père » en maison de trafic. (Jn 2,16) Personne évidemment n’y comprend rien. Comment cet homme peut-il s’arroger le droit de perturber un service du Temple admis par tous ? Se prendrait-il pour un prophète ? En reprenant à son compte une parole virulente de Jérémie : « Cette maison sur laquelle mon nom a été proclamé, la prenez-vous donc pour une caverne de bandits ? » s’insèrerait-il dans la lignée prophétique pour défendre la vérité de Dieu ? Mieux en chassant les marchands du Temple, se prendrait-il pour le Messie selon l’annonce de Zacharie (Za 14,10) : « Il n’y aura plus de marchands dans la maison du Seigneur le Tout-puissant en ce jour-là, (sous-entendu, de la venue du Messie) ? Enfin se prendrait-il pour plus encore, en déclarant le Temple, « la maison de son Père » ? Pour qui se prend-il donc ? La question ne pouvait pas ne pas se poser à ceux qui, bien installés dans leur service des pèlerins, fournissaient la matière du sacrifice et la monnaie de change adéquate pour les aumônes. La réponse sera-t-elle donnée au personnel malmené, aux disciples de Jésus ou aux juifs pieux témoins de cette scène particulièrement colorée ? Pour l’instant surgit une question : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » La réponse de Jésus loin d’être celle que l’on pouvait attendre surprend encore bien plus ses interlocuteurs. De quel Temple parle-t-il quand il évoque sa destruction et sa capacité à le rebâtir en trois jours ? (Jn 2,19) Les juifs ne comprennent pas davantage. Comment d’ailleurs pourraient-ils passer de l’idée qu’ils se font du Temple, cet ensemble grandiose d’édifices, centre de la vie du peuple, à ce que Jésus nomme Temple et qui fait allusion au « Saint des Saint » le sanctuaire de la présence, de la « la shékinah »* pour en fait laisser entendre qu’il est lui-même maintenant le lieu de cette présence ? Quel énorme passage à effectuer pour des gens qui n’y sont pas préparés ou ne se sont pas laissés ouvrir l’oreille du cœur par les prophètes. Les disciples, par contre s’en souviendront (Jn 2,22) quand le moment sera venu de la résurrection du Christ. Plus de Temple ? Voici la conclusion ! Plus de lieux où Dieu résiderait de façon privilégiée, plus de temple de pierre et son espace sacré mais, avancée considérable, la présence de Dieu dans et par le Christ se trouve au cœur même de l’humanité qu’en tant que Fils il a voulu habiter et qu’il est devenu. « Ainsi le lieu de la Présence de Dieu n’est plus un édifice, c’est Quelqu’un !»* Quelqu’un, le Fils du Père qui, venu rassembler l’humanité qui se tourne vers Lui, en constitue son Corps, lieu unique de la Présence de Dieu parmi nous. « Nous avons toujours tendance à « assigner Dieu à résidence », à lui faire des « prisons dorées », des « sanctuaires » où il est mis à part, rejeté hors du monde, hors de nos vies. Mais aucune église, aucune cathédrale, aucun Temple ne peut renfermer le Corps du Christ !* Marchands du temple, fidèles du Temple, d’hier comme d’aujourd’hui, le vrai lieu de la présence et de la connaissance du Père est en Jésus de Nazareth qui, ressuscité, s’incorpore l’humanité pour en faire son Corps. Il faut changer de perspective, nous pensons temple, église égale bâtiment, il faut penser Jésus Christ et sa communauté, son Corps. Dehors ! Dehors, disait Jésus aux marchands. Ne nous enfermons pas dans des temples. Le Christ qui n’avait pas de lieu où reposer sa tête, s’est efforcé de rassembler l’humanité en Lui pour en faire le Temple par excellence de la présence et de la communion avec son Père. Loin d’être pour Jésus une irritation d’un moment, son acte de colère oriente notre relation à Dieu dans une nouvelle direction. Elle est dès lors centrée sur lui, le médiateur indépassable, l’unique médiateur. Le monde deviendra-t-il le corps du Christ ? C’est en vivant dehors avec le Christ et en plein monde que nous y participerons. Faire corps avec le Christ ? N’est-ce pas le Temple véritable ?
*Quand il est écrit que Jésus chasse les marchands du Temple, le terme grec utilisé pour désigner cet édifice est « iéron ». Par contre quand Jésus prophétise en disant « Détruisez ce Temple et en trois jours, je le relèverai », le mot grec employé est « naos », sanctuaire, renvoyant au « Saint des saint ». In Noël Quesson « Parole de Dieu pour chaque dimanche »
Il faut mourir…! 8 mars 2009 - 2° Dimanche de carême - Année B
Qui ne le sait ? Pourquoi le redire ? Et puis quel drôle de titre pour une méditation à propos de cette scène éblouissante de lumière qu’est la Transfiguration ! Et même ce titre n’est-il pas en contradiction avec les deux précédents qui célébraient la vie ? D’autant plus curieux ce titre, que l’affirmation « il faut mourir » ne se trouve pas comme telle dans l’Evangile de ce jour. Est-il mal venu pour autant ? Je ne puis le penser car la réalité s’y trouve bel et bien. N’est-elle pas l’enjeu de cette expérience de gloire ? Pourquoi cette Transfiguration de Jésus à mi-parcours de l’évangile de Marc, alors que cesse le ministère en Galilée et que s’amorce la montée vers Jérusalem ? Ne vient-elle pas préparer les trois disciples Pierre, Jacques et Jean à une issue « inconvenante » ? Jésus révélé dans son identité de Fils bien-aimé ne s’en va-t-il pas vers ce qui devrait ne pas se produire puisqu’il est ce qu’il est ? Or cela sera. Au centre de l’expérience pleine de lumière, Élie et Moïse ne s’entretiennent-ils pas de ce qui se profile : la passion et la croix ? Même si Marc ne l’explicite pas, nous le savons par ailleurs, en lisant le passage parallèle de Luc. Et n’est-ce pas cette issue insupportable que refuse Pierre au risque de s’entendre qualifié de « satan » comme si sa réaction, pourtant tout à fait compréhensible, voulait empêcher Jésus de passer par la souffrance et la mort ? Le Messie, le Fils de Dieu, va donc passer par la mort ! En cette scène qui préfigure la résurrection, Marc nous y prépare. Ce passage par la mort ne pouvait-il pas être évité ? Cette expérience absolue de dépouillement ne pouvait-elle pas être épargnée ? « Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et après trois jours ressusciter » (Mc 8,31…) La réponse est claire.
Il
faut mourir…! En évoquant cette issue commune, au moment où nous méditons l’Évangile de la Transfiguration, et que nous contemplons le Christ, est-ce déplacé de nous demander comment nous acheminons-nous vers ce « passage » ? En ce temps de Carême, temps du dépouillement, sommes-nous engagés dans la remise en cause de notre « moi » ? Il n’a fait que la volonté du Père Celui qui, en route vers Jérusalem, révèlera l’amour par le don de sa vie.
Il
faut mourir, mourir à soi ? Au moment de notre passage serons-nous transfigurés par le don de nous-mêmes ? Dans la nuée une voix dit : Écoutez-le…! « Dire oui..! » 1er mars 2009 - 1° Dimanche de carême - Année B Evangile : Mc 1, 12-15 Jésus au début de sa mission Précisons : dire oui à Dieu ! Dieu, Celui qui est ? Dieu, Celui qui aime ? En ce début de ministère, Jésus s’apprête à dire oui à son Père. Cela lui sera-t-il facile ? Aura-t-il à lutter pour demeurer le Fils bien-aimé tel qu’il vient de se l’entendre dire par la voix venue du ciel, alors qu’en même temps l’Esprit descendait sur lui ? Le Fils bien-aimé ! L’Église le confesse. Il est le Fils, le bien-aimé au sens le plus fort de ce terme, Fils de Dieu de toute éternité. Depuis toujours il vit de relation avec le Père et l’Esprit. Mais aujourd’hui, en son humanité, ne doit-il pas apprendre à vivre selon sa filiation divine ? Un combat se dessine pour lui : être homme et vivre, assisté par l’Esprit, en vrai Fils du Père. Un combat ? Ceci peut paraître surprenant. Pour Jésus, Fils du Père, Dieu lui-même rempli de puissance et de connaissance, devrait-il être nécessaire de livrer un combat. Ne pourrait-il pas, tout d’un coup, lever tous les obstacles ? Mais ne serait-ce pas oublier un aspect important ? Car, contre qui Jésus doit livrer ce combat ? Contre un ennemi extérieur ou contre une autre force ? Il semble bien qu’il ne s’agissait pas pour lui d’abord d’abattre un ennemi extérieur ce qu’il fit facilement, mais de se vaincre lui-même. C’est à l’intérieur de lui-même que le combat s’engagera afin de ne pas tomber dans le piège de la gloire des hommes. La tentation suprême : Se choisir lui-même plutôt que de choisir le Père. Le dilemme : rester le Fils bien-aimé ou ne plus vouloir l’être. La scène du désert symbolise, à plusieurs titres, ce combat qui durera jusqu’à la fin de son ministère. Au milieu du désert, il lutte, aux prises avec cette tentation. Si l’Esprit, comme l’indique Marc, l’a « chassé » au désert, n’est-ce pas que l’enjeu était capital, que le choix était primordial ? Jésus donc, là dans le désert, poussé par l’Esprit devait choisir entre lui-même et le Père, son Père ? En lui la nature humaine doit prendre position comme nous-mêmes, en lui, nous avons à le faire. Jésus se retrouve alors dans la position des Hébreux, errant dans le désert pendant quarante années pour, à l’inverse du peuple qui « murmurait », rester fidèle au Père. Choisir le Père ou soi ? Marc à l’inverse des autres synoptiques ne détaille pas les tentations suggérées par Satan. Par contre, il mettra en évidence tout au long de son évangile ce que ce choix supposera. Un choix à formuler au cœur de soi dans les circonstances de la vie ordinaire, une décision à prendre sur le champ après un enseignement, un miracle, une guérison, une libération… Jésus toujours sur le qui-vive refuse d’attirer vers lui hommes et femmes qui pour de faux motifs lui offriraient une gloire toute humaine. Il ne veut pas se laisser prendre par le tournis que provoque une grande renommée. Ainsi interrompt-il aussitôt toute relation sur le point de déraper et de se transformer en une adulation. Il refuse de se faire le centre selon nos modes humaines même si par ailleurs, il est le centre à la manière divine, dans le don de lui-même, humble, à l’opposé de toute domination. Être le Fils du Père et non le Père des hommes… Jésus a donc lutté pour se garder lui-même, assisté par l’Esprit, dans la fidélité au Père. Les traces de ce combat parsèment l’évangile de Marc : Quand, par exemple, Jésus impose le silence aux bénéficiaires de guérisons. Car il ne veut qu’en aucun cas ses gestes guérisseurs ou sa parole libératrice estompe sa véritable identité, celle d’être le Fils du Père auquel il se rapporte inconditionnellement et auquel il doit conduire. En Mc 1,37 après beaucoup de miracles, Jésus s’en est allé prier à l’insu des disciples. Une fois retrouvé, « tout le monde te cherche » lui disent ces derniers. C’est alors qu’il réplique : « partons ailleurs… » Envers Pierre refusant un Messie souffrant et mortel, Jésus répond durement : « Passe derrière moi, Satan » (Mc 8, 27) Aux miraculés en tout genre, Jésus impose le silence. Que dans l’exaltation d’un miracle accompli, personne ne se méprenne sur qui était Jésus, sur le sens de sa vie, le sens de sa mission seulement reçue du Père pour le service de toute l’humanité. Cette fidélité qui est sa préoccupation essentielle, quand viendra la souffrance et pointera la mort, sera encore l’objet d’un choix. « Non pas ce que je veux mais ce que tu veux » (Mc 14, 34-36) Dire oui au Père ! Bien maladroitement, voici rapidement évoqué le combat, qui, semble-t-il, fut mené par le Christ. Dans toutes les circonstances où Celui-ci a vécu : avec ses disciples, avec les malades, avec les foules, avec les autorités, avec sa parenté (Mc 3, 21), aux prises avec sa propre souffrance, n’est-ce pas le choix entre le Père et lui qu’il dut renouveler constamment ? Ce dilemme qui fut le sien, à sa suite, ne devient-il pas le nôtre ? Dire oui au Père ! Là où j’en suis maintenant ? Là où j’en serai demain…? Dire oui ! Ne serait-ce la Bonne Nouvelle à laquelle se convertir ?
Vis ! 22 février 2009 - 7° Dimanche ordinaire - Année B Evangile : Mc 2, 1-12 Guérison d'un paralysé, signe du pardon des péchés Que les gens semblent friands d’écouter Jésus ! Le voici tout juste revenu à Capharnaüm, dans la maison de Pierre où il se sent chez lui, que déjà, beaucoup se rassemblent au point de remplir la maison et d’obstruer la porte. Et que font-ils tassés ainsi dans une pièce ?
Ils écoutent la Parole ! On envierait aujourd’hui pareil intérêt. Mais en ce temps de crise il n’est guère perceptible. L’appel à la profondeur de la vie ne serait-il plus entendu ? Le cœur pourrait-il se passer de nourritures fortes ? L’homme serait-il devenu incapable d’une écoute attentive ? A moins que l’on ne mette ces rassemblements sur le compte de la culture de l’époque : on écoutait quelqu’un parler plus facilement qu’aujourd’hui. Il est vrai que c’est le Christ lui-même, Lui, La Parole qui enseigne. Il est vrai aussi que dans l’Eglise cette Parole provocante, nourrissante fut longtemps scellée pour mieux la garder intacte. Mais libérée aujourd’hui et devenue accessible attire-t-elle les foules ? Qui sait ? Mais chrétiens, sommes-nous convaincus qu’elle doit être portée au plus près des hommes d’aujourd’hui ? Le Christ, il faut le dire, ne tenait pas audience en un lieu repérable. Il circulait. Il allait dans les villes et villages sans autre souci que celui de porter la Parole. « Allons ailleurs », disait-il à ses disciples alors, que tout le monde le cherchait. C’était après les guérisons nombreuses dont celle de la belle-mère de Pierre. Et sorti de Capharnaüm voilà qu’il y revient et pour y poursuivre encore l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il faut que l’Evangile soit proclamé ! Il faut, et c’est capital, que l’homme sache qui est Dieu et en finisse avec des images frelatées qui l’induisent en erreur et perturbent sa vie. Car cette Parole, c’est-à-dire le Christ lui-même, dit l’essentiel de cette relation avec Dieu et rétablit la communication jusqu’à la communion, avec le Créateur et Père. Ainsi en est-il pour ce paralytique couché sur un brancard et noué intérieurement. Cette paralysie n’est pas la conséquence du péché mais elle renvoie à un blocage plus profond, plus intérieur, sans qu’il soit établi un lien direct de l’une à l’autre. Jésus ne rentre pas dans les détails mais sa parole est d’une telle puissance, qu’il peut dire indifféremment, avec une égale efficacité : « Tes péchés te sont remis » ou « Lève-toi, prends ton brancard et marche » Notre relation à Dieu est bloquée, coincée, perturbée car la connaissance que nous avons de lui est déformée, caricaturée ou volontairement refusée. Étaient-ils mus par l’Esprit ceux qui à Nazareth, dans la maison de Pierre écoutaient la Parole ? Tiendront-ils jusqu’au bout dans l’écoute, se laisseront-ils convertir, débloquer ? Tout est possible à celui qui croit.. ! La foi Jésus la découvre et l’admire chez ceux qui, avec imagination et persévérance, font accéder jusqu’à lui le paralysé. Désirons-nous l’entendre cette Parole qu’est le Christ, l’entendre assez, l’entendre dans son pouvoir de nous dénouer ? L’entendre…! Tes péchés te sont remis Vis !
pas Dieu…! 15 février 2009 - 6° Dimanche ordinaire - Année B Evangile : Mc 1, 40-45 Guérison d'un lépreux
Inimaginable ! Cet homme qui supplie,
à genoux, convaincu que Jésus peut le guérir, le purifier, ne devrait
absolument pas être là. Exclu et quasiment mort (ainsi considérait-on le
lépreux) il ne pouvait ni approcher quelqu’un, ni se laisser approcher. Or
voilà que ce lépreux, autant que Jésus lui-même, enfreint cet interdit. Ils
s’approchent l'un l’autre et Jésus pousse l’audace jusqu’à toucher
l’intouchable. Simple geste, non requis pour le miracle, qui en dit long sur
le comportement de Dieu vis-à-vis de l’homme. L’exclusion et sa cause, la
maladie, ne viendraient donc pas de Lui ? « On » le croyait pourtant. Une
maladie si éprouvante et si épouvantable n’était-elle pas la conséquence du
péché ? Ni sa juste rétribution ? « Impur et cause d’impureté (religieuse)
le lépreux était censé se trouver sous le coup d’un châtiment divin et mis
au ban de la société. (TOB 1,44 note u) Est-ce que cela ne nous paraît pas
pourtant naturel ? Le Nom de Dieu associé au châtiment n’est-ce pas en
quelque sorte normal ?
Des idées anciennes
et toujours tenaces ! Pourtant quoi de plus immoral que de prêter à Dieu de tels agissements et d’utiliser son Nom pour justifier des mises à l’écart ? Jésus ne fait pas partie de ces blasphémateurs. Au contraire, il « révèle » par sa vie et l’exprime par sa parole, combien Dieu aime le pécheur et veut sa libération. Mais parviendra-t-il à se faire comprendre ? Le lépreux guéri sera-t-il ce témoignage auprès des prêtres chargés de constater sa guérison et d’annuler son exclusion ? Rien de moins sûr, les fausses idées sur Dieu ont la vie dure. Comme si Dieu ne serait pas lui-même s’il n’utilisait le châtiment vis à vis de l’homme ? A moins que ce ne soit les propres idées de l’homme que l’homme voudrait bien voir exister en Dieu ?
Dieu n’est pas ce
que nous pensons ! Mais il y a plus. En excluant l’homme comme un pestiféré soit disant justement châtié, nous faisons plus, nous excluons Dieu tout en croyant parler en son Nom. Au terme de cet épisode évangélique comme au terme de la vie du Christ n’est-ce pas ce qui se passe ? Bien sûr ce miracle a déclenché l’enthousiasme et tous veulent voir Jésus. Mais lui se retire dans des lieux déserts. Jésus à son tour exclu ? Non pas rejeté physiquement encore, non pas repoussé parce que repoussant, mais le risque est grand d’être mal compris. Et ce risque n’est pas un leurre. A l’écart pour l’instant de par sa propre volonté pour ne pas laisser l’erreur s’emparer de ceux qui le cherchent, il sera plus tard, bientôt, au ban des accusés et définitivement exclu. Lui n’aura pas changé, il persistera à exprimer pleinement le cœur de Dieu pour l’homme.
Tous nous avons une
idée de Dieu !
Assurément elle est fausse et
nécessite d’être remise en cause et constamment convertie par l’évangile.
Qui excluons-nous
au nom de Dieu ?
En excluant
n’est-ce pas Dieu que nous excluons ? N’excluons pas Dieu en voulant le servir !
« Pas d’ici…! » 8 février 2009 - 5° Dimanche ordinaire - Année B Evangile : Mc 1, 29-39 Une journée de Jésus au milieu des malades Une vérité de la Palice ! Personne ne peut subsister éternellement ici, dans ce monde et sur terre. Arrivé un jour, il faudra en partir à quelque autre moment. Rien de plus naturel et pourtant rien non plus qui ne contrarie autant notre désir de vivre longtemps. Nous ne sommes pas faits pour mourir et pourtant nous mourons… Énigme suprême à laquelle s’attaque toute la science humaine en cherchant à faire reculer les limites du départ sans pouvoir supprimer l’échéance programmée. Pas d’ici ! Il faut s’y faire, sans pourtant ne penser qu’à cela. Car, par ailleurs, c’est bien « ici » qu’il faut vivre le bout de chemin qui « nous est accordé ». Et pour le vivre de façon la plus humaine possible, ce qui, avouons-le, est une œuvre belle et de longue haleine. Tracer un sillon, même s’il ne marquera pas l’histoire, aussi digne de l’homme que possible, en cherchant en même temps ce qui fait cette dignité, n’est-ce pas le sens de la séquence terrestre de chacun ? Plus que d’en profiter pour soi, n’est-ce pas de tisser des liens, d’accroître la qualité des relations qui est le but suprême ? Donc pas d’ici mais pourtant aussi d’ici ! Vérité toute simple, à la portée de toute personne humaine en même temps que vérité trop simple peut-être, pour être vécue à fond ? Rien ne dure, tout s’effrite, dans l’ordre des choses et des êtres et pourtant tout est important et mérite notre attention aussi bien que l’investissement de toutes nos forces. Est-ce ainsi que je vis ? Et pour le Christ qu’en a-t-il été ? Car n’oublions pas que nous essayons de méditer l’évangile de ce jour, même si ce préambule paraît ne pas y avoir fait encore allusion. Pas d’ici ! Jésus de Nazareth après trente années vécues dans la discrétion, a été révélé comme le Fils bien aimé du Père. (Mc 1, 11) Il s’est alors lancé dans la proclamation de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu qui s’est approché (Mc 1, 14-15) Les destinataires ? Dans un premier temps surtout les gens de son pays. Ils furent les auditeurs privilégiés d’un enseignement qu’ils trouvèrent surprenant par sa profondeur, sans que l’on puisse percevoir jusqu’où ils en furent atteints. Puis il y a eu les malades de toutes sortes et les possédés d’esprits impurs, qui ont bénéficié de son pouvoir de guérison accordé sans condition à tous ceux et celles qui se trouvaient sur sa route. Face à un tel « prodige » comment ne pas souhaiter se l’accaparer ? Jésus pense autrement. Sa mission l’appelle ailleurs. Il le fait savoir en premier lieu à ses disciples. Alors que ceux-ci, l’ayant retrouvé lui disent : « Tout le monde te cherche », il les invite à s’en aller ailleurs, « dans les bourgs voisins, afin dit-il que j’y prêche aussi, car c’est pour cela que je suis sorti » (Mc 1, 36-39). Il passe…Car il n’est pas d’ici, ni d’aucun lieu précis. Il passe mais non sans prendre au sérieux la condition humaine. Il passe mais non sans prendre en compte la réalité humaine faite de quête et de requête, de besoins et de désirs, de misère et de grandeur, de mal et de bonté, de liberté et de possession. Il passe en proclamant et en réalisant l’œuvre de Dieu. Pas d’ici mais vers où ? Jusqu’où avancera-t-il ? Un lieu deviendra-t-il le sien ? La croix sera son dernier lieu terrestre mais pas son lieu définitif. Un ailleurs encore l’attend, là où glorieux, il achèvera son parcours. Il passe mais pas sans faire entendre sa voix. Il passe au milieu des gens et il les marque de sa présence, de son influence, de sa façon d’être. Quand dès l’aube, il s’était retiré, en faussant compagnie aux foules comme à ses disciples, ne rejoignait-il pas « l’ailleurs » qu’il attendait et qui l’attendait ? Dans la prière, ne s’ouvrait-il pas à Celui d’où il venait et vers Qui il se rendait? Mais pour rejoindre ce « lieu » vers lequel il marchait entraînant ses disciples et toute l’humanité, il lui fallait s’engager en pleine pâte humaine et emprunter le passage suivi par chaque humain au terme de sa vie. Nous ne sommes pas d’ici, cela est bien compris… Pourtant c’est bien ici que l’homme doit grandir. Le Christ nous précède. Il est l’homme accompli. Moi ? Pas d’ici mais en Lui ?
« Délivré..! » 1er février 2009 - 4° Dimanche ordinaire - Année B Evangile : Mc 1, 21-28 Jésus est le Prophète qui enseigne avec autorité Brusquement, en pleine synagogue, un homme crie. Jusque là personne ne l’avait remarqué. Que lui arrive-t-il ? Ne peut-il supporter l’enseignement donné ? Se trouve-t-il gêné par celui qui le donne ? Pourtant aucune parole directe ne lui a été adressée ! D’ailleurs du discours de Jésus, on ne sait rien du tout sinon qu’il est « Bonne Nouvelle » comme Marc l’a annoncé en début d’évangile : « Les temps sont accomplis, le royaume de Dieu est proche »…Il est donc temps de l’accueillir (se convertir) (Mc 1,14-15). Rien donc qui ne puisse effrayer. Et pourtant l’homme qui apostrophe Jésus se sent déstabilisé. Craindrait-il pour sa vie ? Les autres auditeurs, eux-mêmes impressionnés, saisissent tout autant la nouveauté du message. L’enseignement coule de source claire. Il est bien différent de celui des scribes qui pour être des savants n’en manque pas moins de souffle. Le royaume de Dieu est proche ! Est-ce cette proximité qui déstabilise l’homme ? Ne peut-il supporter la présence de Jésus venu de Galilée ? A-t-il perçu l’identité et l’autorité du prédicateur du moment ? Un mal-être l’étreint qui le rend très nerveux. Face à Jésus, il ne peut plus se protéger. Face à la sainteté, son mal ne peut plus se cacher : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour « nous » perdre ? Je sais fort bien qui tu es, le Saint, le Saint de Dieu. (Mc 1, 24) Mais qui vient de parler ? Est-ce l’homme tout seul ou bien d’autres voix en lui, à sa place à lui ? Des voix qui le possèdent et l’empêchent d’être lui-même ? Un homme, une femme peuvent-ils être sous le coup de forces malveillantes et « manipulantes » au point de discerner la sainteté de Dieu chez l’homme de Nazareth et de la rejeter ? Jésus parlait avec « autorité » en puisant en lui-même le sens des Écritures qu’il se devait d’interpréter. Mais cette « autorité » loin d’enfermer l’homme pour mieux le manœuvrer, lui offre tout au contraire la vraie libération. Le mal est vaincu, même s’il n’a pas disparu ! Le Saint, le Saint de Dieu à l’œuvre, impose le silence aux forces aliénantes ; (Mc 1, 26) L’homme secoué fortement par « ce » qui l’habitait est maintenant délivré. Que va-t-il devenir ? Le reste de sa vie nous restera caché. Seule la puissance du Christ se donne à contempler. Liée à la Parole qui est Bonne Nouvelle et démasque le mal, l’autorité du Christ expulse le mauvais. Délivrance ! Bien des forces mauvaises circulent autour de nous. Elles pénètrent nos têtes, s’incrustent dans nos cœurs. Ne finissent-elles pas par nous manipuler à notre propre insu ? Est-ce ce rapprochement qu’il y a tout lieu de faire en lisant l’évangile de l’homme exorcisé ? Peut-être, en effet, ne faut-il pas aller chercher trop loin quelles sont les forces qui aliènent et contraignent l’homme à parler, à agir, à l’opposé de l’évangile ? Car si le Christ libère de tout ce qui aliène n’est-ce pas pour mettre à la place sa propre façon de voir (son enseignement) et son authentique façon d’être ? Tout ce qui n’est pas conforme à l’évangile n’est-il pas forcément aliénant ? Le lien entre enseignement et exorcisme ne nous révèle-t-il pas cela ? Une Bonne Nouvelle est annoncée. Elle n’est pas séparée de celui qui l’annonce. Une prière : Que je sois délivré !
« Etre » Bonne nouvelle ? 25 janvier 2009 - 3° Dimanche ordinaire - Année B Evangile : Mc 1, 14-20 Jésus invite les hommes à la conversion, et appelle ses premiers Apôtres Ne l’oublions-nous pas trop souvent ? Lorsqu’il s’agit d’Evangile ne pensons-nous pas surtout à ce récit qui rapporte l’expérience des premières communautés chrétiennes dans leur relation à Jésus de Nazareth ? Lorsqu’il s’agit de Bonne Nouvelle, ne nous rapportons-nous pas d’abord à un livre, certes original, mais à un livre , ou plus exactement à un ensemble de livrets ? Proclamer l’Evangile ne s’apparente-t-il pas trop souvent à déclamer des paroles ? Ne faut-il pas voir plus loin ? Réflexions, discours, écrits, liturgie même, autant de façons de faire entendre la Parole ; autant de lieux où la Parole est proposée, approfondie, mise en œuvre, partagée. N’est-ce pas aussi autant de lieux où elle peut rester lettre morte ? Quand Jésus s’exprime que fait-il ? Il exprime son être de Fils-bien-aimé envoyé pour rassembler des frères et des sœurs. Il n’apporte pas un discours bien conçu, englobant, déterminant sur l’état du monde et le sens de la vie. Il se présente lui-même comme la Bonne Nouvelle. Il est la Bonne Nouvelle ! Quand il rencontre les hommes et les femmes : il « est », sans dire beaucoup de mots, la Bonne Nouvelle. Quelle scène d’évangile pourrait-elle démentir cette proposition ? Sa présence, son contact, sa parole brève reflètent son être et le communique. « A tous ceux qui l’ont accueilli il a donné de devenir enfant de Dieu » (Jn 1,12) Il communique ce qu’il « est » : paix, joie, communion, vie. Etre bonne nouvelle ! Ils sont bien concis ses dialogues avec les hommes. Au hasard et comme ils me viennent à l’esprit : Que cherchez-vous ? - Que veux-tu que je fasse pour toi ? - Je le veux sois guéri ! - Prends ton grabat et marche ! - Crois-tu cela ? - Viens, suis-moi !... L’être du Christ veut l’homme guéri, heureux… Quand il appelle ses disciples notons également la brièveté du premier contact et la radicalité de la réponse qui s’ensuit : Simon et André, Jacques et Jean (Mc 1,14-20) et Paul également selon sa façon propre, se mettent à sa suite pour devenir à leur tour Bonne Nouvelle, pour laisser façonner leur être afin qu’il devienne comme celui du Christ : Bonne Nouvelle. Sur les marches du temple, au mendiant qui l’interpelle, Pierre répond : « De l'argent et de l'or, je n'en ai pas, mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus Christ le Nazôréen, marche!" (Ac 3,6) Quant à Paul, il ne se comprend lui-même qu’identifié au Christ : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2,20) Ils sont devenus Bonne Nouvelle ! Etaient-ils des privilégiés ? Des êtres à qui seul ce « façonnement » intérieur était accordé pour être semblable au maître ? Ne le sont-ils pas devenus pour que d’autres, à leur tour, le deviennent ? « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création ! Celui qui croira et sera baptisé (configuré) sera sauvé » (Mc 16,15-16) « Qui m’accueille m’accueille » (Mt 10,40), « qui vous rejette me rejette » (Lc 10,7). Vous, n’est-il pas juste de le dire, vous avez été choisis (non pas parmi d’autres mais chacun par initiative première) pour être Bonne Nouvelle. Etre Bonne Nouvelle ! Quelle perspective éblouissante ! Quelle transformation de l’être ? Quel bonheur pour le monde ! Quel possible grâce au Christ ! Etre, soi, Bonne Nouvelle ! Pourquoi pas ?
Ah... ! Le Christ... ! 18 janvier 2009 - 2° Dimanche ordinaire - Année B Evangile : Jn 1, 35-42 Vocation des trois premiers disciples N’est-il pas le lieu véritable de notre vie ? Ce lieu qu’il nous faut atteindre pour être pleinement soi-même ? N’est-ce pas lui et lui seul qui peut permettre à tout homme de devenir, dans les conditions très particulières de chaque existence, un être heureux d’être lui-même ? (et pas un autre… !) N’est-ce pas lui qui attire chaque être humain de la planète parce que lui seul est le seul manque véritable, quand on ne l’a pas encore trouvé ? Quand son nom n’a pas encore été pressenti comme le Nom au-dessus de tout Nom ? Parents, amis, gens de la rue, vous qui portez de grandes responsabilités ou vous qui n’en avez pas, monsieur ou madame tout le monde, peut-être la seule « chose » qui vous manque vraiment : c’est le Christ ? Le trouver, c’est se trouver soi-même ! Car il est Celui en qui nous sommes faits. Il existe, en effet, le lieu par excellence où chacun peut devenir lui-même, exister dans la vérité, goûter à la vraie saveur de la vie. Il existe… Et ce n’est ni d’être né là plutôt qu’ailleurs, ni d’être ceci plutôt que cela, ni d’avoir vécu avant ou maintenant, ni d’être comblé de biens ou plus ou moins démunis…ni rien d’autre que d’être en relation avec cet homme de Nazareth mort et ressuscité, fils de Dieu depuis toujours, sauveur de tous… Il est « Christ » le « lieu » de notre identité véritable, pas facultative, pas d’emprunt, mais de notre identité véritable… ! On ne peut être véritablement soi-même, pleinement accompli sans « lui » Peut-être est-ce dur, humiliant à entendre mais réaliste aussi : comment l’homme qui ne maîtrise ni sa fin ni son origine et qui n’y parviendra jamais par lui-même puisqu’il n’était pas avant d’être, pourrait-il savoir qui il est, s’il ne se reçoit d’un autre ? Mais que l’on se rassure, le Christ ne s’impose pas…Il suffit pour s’en rendre compte de le regarder vivre dans l’évangile. Il fait signe et se laisse trouver par celui qui le cherche. Disons, entre parenthèses, que l’importance du Christ pour chacun d’entre nous, comme lieu absolu de notre propre réalisation, est inversement proportionnée à sa discrétion, à son effacement même, à sa façon de ne pas accaparer… Les deux disciples de Jean baptiste cherchent encore le vrai maître de la vie. Ils en suivaient un pourtant, mais cherchent encore celui en qui il est possible de « demeurer », de s’établir définitivement, pour n’être plus errants mais se trouver et se réaliser eux-mêmes. Dans le jeu de regards qui s’instaure et les quelques paroles prononcées c’est tout l’être des deux disciples qui saisit son bien et s’oriente vers lui-même. « Où demeures-tu ? Venez et voyez ! » Ah ! Le Christ ! Où en es-tu sur ce chemin de la « demeure » qui est celui de tout homme et qui ne se découvre que grâce à ceux qui nous devancent ? (Jean baptiste montre l’Agneau de Dieu, puis ainsi de suite des uns par rapport aux autres…1, 36; 40; 43) Toi qui te débats et veux comprendre, toi qui as baissé les bras, toi qui sens la vanité de ta vie, son artifice, toi qui… N’est-ce pas « Lui » L’Agneau de Dieu, Le Christ que tu cherches ?
« Vraiment…? » 11 janvier 2009 - Baptême du Seigneur - Année B Evangile : Mc 1, 7-11 Le baptême de Jésus Le croire ne va pas de soi. Si ce n’était le cas, le monde aurait déjà adopté sa façon d’être et le confesserait comme Seigneur. Mais le monde, dont nous faisons partie, étant encore dans l’ignorance, il faudra longtemps encore pour qu’il soit reconnu pour ce qu’il est, et que sa puissance de vie opère à plein régime en nos vies. Avouons que nous progressons lentement dans notre façon de le reconnaître comme le Fils bien-aimé et de nous conformer à sa manière d’être. Car le confesser comme Fils entraîne de notre part une transformation et n’est-ce pas celle-ci qu’il est bien difficile de réaliser ? Si Jésus de Nazareth est réellement le Fils de Dieu, comment alors ne pas céder à sa proposition de lui devenir ressemblants, de devenir comme lui, de devenir des êtres vivants de l’amour qui, reçu du Père dans l’Esprit, le constitue « amour » par nature, capable de se communiquer ? Aussi, contemplant la scène dite du baptême mais en fait surtout de la théophanie, posons-nous la question : Vraiment ? En écoutant comment l’évangile de Marc (1, 7-11) rend compte de la foi des communautés qui, dans les années 65, croyaient dans le Fils, nous entendons d’abord le Baptiste proclamer avec force, qu’il n’est pas lui-même Celui qui doit venir (Le Messie). Pour que personne ne s’y méprenne et soit induit en erreur, Jean prend bien soin de crier que Celui qui doit venir sera plus fort que lui, même, ajoute-t-il, s’il vient derrière lui. (Mc, 1, 7) Et pour bien faire entendre la conscience qu’il a de n’être pas le Messie, Jean se place au dessous de l’esclave, se disant indigne de délier la courroie de la sandale de Celui qu’il annonce. Jean, donc, n’est pas le Messie. Mise au point probablement historique et importante pour orienter la foi dans le bon sens et vers la bonne personne. Ensuite, sans plus de transition, l’évangile annonce la venue de Jésus de Nazareth en Galilée. Celui-ci surgit en quelque sorte. Est-il le Messie annoncé ? Est-il le Fils bien aimé ? Vraiment ? Surprise tout d’abord ! Car Jésus, qui arrive, se présente à Jean pour recevoir le baptême que celui-ci administre en vue du pardon des péchés. Pardon des péchés ? Jésus éprouverait-il ce besoin ? Et comment concilier alors démarche pénitentielle et messianité ? Jean, prophète du Seigneur, ne nous est pas montré confessant ses péchés, Jésus devrait-il le faire ? En quoi alors serait-il plus fort que Jean ? (Mc 1, 7) En fait l’évangile qui parle de la plongée dans l’eau de Jésus, n’indique pas qu’il y ait eu de sa part confession des péchés. (Mc1, 9) Mais il est a noter que pour le Messie potentiel, et plus encore si Jésus est le Fils bien aimé, il y a là une démarche qui ne peut laisser indifférent sur la façon d’être Messie et Fils de Dieu. Alors Jésus plus fort que Jean ou pas ? La suite du récit indique en quoi consiste cette supériorité et quelle conséquence nous pouvons en tirer. Associé au geste de solidarité de la plongée dans l’eau en même temps que dissocié de lui (Mc 1, 10), la théophanie révèle Jésus à lui-même comme le Fils bien aimé du Père et l’intime compagnon de l’Esprit. Seul il en fait l’expérience. (Mc 1, 10) Il est révélé à lui-même ? Ne savait-il pas avant qui il était ? Jean, pourtant présent, n’entend pas, ne voit pas et Jésus n’est plus sous son influence, puisqu’il est remonté des eaux. (Mc 1, 10) Le contraste est alors saisissant. Ce que Jean est, un prophète, ne peut rivaliser avec l’identité révélée de Jésus : le Fils bien aimé, celui qui a toute la faveur du Père. (Mc 1, 11) Vraiment ? C’est bien à ce propos qu’il y a lieu de poser la question. Est-il ou n’est-il pas le Fils bien aimé du Père ? Et cet amour « paternel » le constitue-t-il de toute éternité, de toute l’éternité divine ? Ce qui vient d’être dit de Jésus, ne le fut pas de Jean, ni de personne d’autre, sinon par analogie comme par exemple pour le roi ou le peuple élu… Cette déclaration intime est si tonitruante qu’elle sera plus tard le motif de condamnation de Jésus. La puissance de cette théophanie, placée au début de l’évangile de Marc, au seuil de la mission de Jésus, sollicite notre foi : Est-il ou n’est-il pas le Fils de Dieu ? Comme si pour comprendre la suite de l’évangile et profiter de sa méditation, il fallait être au clair avec cette confession de foi : est-il ou non le Fils de Dieu ? Face à la séquence baptismale suivie de la théophanie et au seuil du parcours évangélique que déclarons-nous de Jésus ? Fils de Dieu, vraiment ? La suite de l’évangile dira qu’elle fut sa façon d’honorer humainement son identité divine. Elle dira comment sera maintenue l’humilité solidaire de la descente dans les eaux avec la manifestation d’un amour inconditionnel et partagé dont le Père est la source et l’Esprit le communicateur. Aussi croire que le Christ, Jésus de Nazareth, est vraiment Fils de Dieu engage à bien comprendre ce qu’il en a dit et fait afin d’éviter le l’imaginer selon nos propres idées. En même temps que cette foi nous pousse à accepter de se laisser transformer pour être à notre tour aimé et aimant comme Lui. Qu’il soit Fils engage celui qui le confesse, non bien sûr de bouche ou de convenance, mais pour être comme lui. Être comme lui ? N’est-ce pas cela qui exprime la vraie confession de foi ? N’est-ce pas cette attitude qui permet de le reconnaître comme le Bien aimé du Père, bénéficiaire d’un amour qui le constitue et qui reflue sur ceux qui croient en lui pour qu’ils vivent et le transmettent à leur tour, Sommes-nous loin de ce fonctionnement ? Et le monde quand y adhèrera-t-il ? Pourtant si la vie humaine du Christ exprime son identité divine comme Fils du Père, comment ne pas vouloir aimer comme lui, être comme lui ? Jésus, est-il vraiment le Fils de Dieu ? Être comme lui est-il notre désir ? Vraiment ?
« Où est-il ? » 4 janvier 2009 - Epiphanie du Seigneur - Année B Evangile : Mt 2, 1-12 Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus C’est la question des Mages. Où est le roi des juifs qui vient d’être enfanté ? Jérusalem l’ignore. Hérode s’en émeut. Le peuple, étonné, s’affole. Un roi des juifs serait-il né ? Grands prêtres et scribes réfléchissent et scrutent les Écritures. Il est bien écrit en Michée que de Bethléem en Judée sortirait un chef, pasteur d’Israël. (Mi 5, 1-3) Serait-ce, ce qui est arrivé ? Les Mages mis en route au signal de l’étoile en sont persuadés. L’Écriture vient de les renseigner. Bethléem, voici le lieu vers lequel ils vont se diriger. Les uns n’ayant pour tout bagage que leurs connaissances humaines, se sont laissés conduire par l’événement qui vient de se produire. Sans doute plus observateurs qu’observants, ils ont senti le branle provoqué par la naissance d’un enfant roi des juifs alors que règne le roi déjà en place. Sans fabuler n’est-il pas possible de dire que l’humanité en son entièreté et le cosmos lui-même furent atteints dans leur intimité par la naissance de cet enfant qui déjà appelé roi, le sera véritablement et de façon unique en expirant sur la croix ? Où est-il …? Se demandaient les Mages. Ils n’avaient fait qu’être sensibles à ce qui se passait. Ils s‘étaient laissés attirer vers ce qu’ils avaient entr’aperçu. L’événement Jésus Christ, caché au cœur de l’humanité, ne l’a-t-elle pas touchée jusqu’en ses profondeurs ? Les hommes éloignés de Jérusalem en ont perçu les effets. Mystérieuse attirance qui ouvre à la reconnaissance. Ils se sont mis en route pour voir et adorer. Pendant que les Mages cheminent et qu’à partir de Jérusalem l’étoile qui reparaît, les conduit au berceau de l’enfant, les gens des Écritures, sonnés par la nouvelle, tremblent pour leur pouvoir. Qu’ont-ils à craindre ? L’angoisse naîtrait-elle de leur cécité et pourquoi cette cécité ? Le nez dans l’Écriture, attachés à la lettre, n’ont-ils pas ressenti le tremble de la création ? Quelque chose qui a bougé dans l’univers des hommes leur aurait-il échappé ? Étrange défaillance d’une façon d’être pourtant normalement la mieux équipée ! L’événement dépasse les Écritures : les Mages furent touchés. Mais les Écritures éclairent l’événement : les Mages furent renseignés. Sans doute, sans aucun doute même, l’un ne va pas sans l’autre. Le monde vit de la présence et de l’action de Dieu. Chaque humain peut y être sensible. Mais Dieu s’est dit aussi à travers l’expérience du peuple qu’il s’est choisi, ce qui constitue l’Écriture, à laquelle chacun est appelé à se référer. Où est-il ? Tenir les deux ensembles : Observation du monde et médiation (?) de l’Écriture, mèneraient-ils au Christ, ce roi à sa façon, qui a reçu des Mages : l’or pour affirmer sa royauté, l’encens pour confesser sa divinité, et la myrrhe pour souligner le don total qu’il fera de lui-même à toute l’humanité ? Où est-il ? Cette question qui préoccupait les Mages, affolait Jérusalem, nous laisserait-elle insensible ? Considérant l’expérience des Mages repartant par un autre chemin, renouvelés dans leur être, ne vaudrait-il pas la peine que tout être humain suive aussi ce chemin ? Où est-il ? Bienheureuse question dont la réponse concrète ouvre à la Vie avec LUI !
« Entendre..! » 28 décembre 2008 - Sainte famille - Année BEvangile : Lc 2, 22-40 La Sainte Famille (brève : 22...40) Il est bien ordinaire ce mot qui sert de titre mais il se pourrait bien qu’il soit plus important qu’il ne semble paraître. En effet, en parcourant les lectures du dimanche n’est-ce pas cette attitude qui est mise en exergue ? Abram, par qui tout a commencé de l’histoire de Dieu voulant se faire un peuple, n’a d’abord rien fait d’autre que d’entendre Dieu lui dire : « Va pour toi, loin de ton pays, de ta famille, et de la maison de ton père, et va vers le pays que je te ferai voir…Je ferai de toi un grand peuple » Et Abram partit comme Dieu lui avait dit. (Gn 12, 1-4) Il entendit et partit… L’épître aux Hébreux célèbre cette écoute et valorise la foi : « Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. » (Hb 11, 8) Abraham cherchait-il Dieu ? N’est-ce pas plutôt Dieu qui est venu à lui ? Ce Dieu qui devient compagnon et qui scelle une alliance n’attend pas que l’homme le trouve par lui-même, il ne le pourrait pas, mais il vient au-devant. Cette donnée de base de la vie d’Abram qui deviendra Abraham, nous devons en bien prendre conscience et la loger vivante au fond de la mémoire. Dieu fait les premiers pas. Dieu se dit. L’entendre et partir… Partir non seulement comme on pourrait le croire vers ses propres profondeurs pour en explorer tant de zones cachées et vivre des extases, mais partir en traçant le chemin dont Dieu veut faire l’histoire, celle de son amour avec l’humanité. Humanité qu’il veut prospère, rassemblée, unifiée dans une même fraternité. Abraham entendit… La même attitude se retrouve, un millénaire et demi après, chez les parents de Jésus, le Fils bien aimé du Père. De Marie ne dit-on pas qu’elle fut heureuse parce qu’elle a cru ? (Lc 1, 45) D’ailleurs qu’aurait-elle pu faire d’autre pour devenir ce qu’elle est devenue, la mère de Jésus ? Dieu gratuitement venait la solliciter… Il lui revenait d’entendre et d’accueillir. Elle entendit et cru. Joseph ne fit-il pas de même ? Devant ce qui se passait dans le cœur et le corps de Marie, il désirait ardemment se situer en vérité. Dieu lui fit savoir ce qu’il lui fallait faire pour être vrai, et Joseph s’ajusta à la Parole de Dieu. Il l’entendit et se trouva lui-même. La foi qui naît de l’écoute en même temps qu’elle la précède, traverse l’histoire du peuple de la Bible et confectionne la trame de l’Alliance. Entendre Dieu ! Jésus lui-même n’échappa pas à cette exigence de la nature humaine. Il chemina en s’ajustant au Père. Dans la relation avec Dieu est-il d’autre moyen que d’être un écoutant ? Qui voudrait trouver Dieu que par ses propres forces n’y arriverait pas. C’est Dieu qui se présente avant qu’il soit cherché, ce qui en retour nécessite que pour qu’il soit trouvé, il soit d’abord écouté. Entendre ! Famille de Nazareth modèle des familles ? En quel sens ? Car les modalités de cette famille unique ne se retrouvent pas dans les familles humaines. Mais modèle sans doute par la foi qui en était le socle et le ciment. Abraham entendit « va pour toi » et partit comme ce fut le cas de Marie et Joseph qui ont conduit leur vie selon le don de Dieu. « Va pour toi » qu’elle invitation vitale ! Ce que Dieu veut pour l’homme c’est que l’homme soit pleinement. Ceux et celles qui l’ont entendu se sont trouvés eux-mêmes. Entendre pour être ! As-tu compris cela ?
« Enfin…! » 21 décembre 2008 - 4° dimanche de l'Avent - Année B Evangile : Lc 1, 26-38 Le Messie sera fils de Marie Enfin voici quelqu’un qui accepte pleinement de servir Dieu dans son projet de bonheur pour toute l’humanité. Depuis la promesse faite à Abraham, Dieu ne cherchait-il pas celle qui accepterait enfin le Fils qu’il voulait envoyer ? A travers le long développement d’un clan disponible issu de son initiative, ne cherchait-il pas à se dire et à « être Dieu avec nous » ? Cette longue et chaotique marche d’un peuple aboutit, pour ceux et celles qui voient le Messie en Jésus, à cette rencontre sans paillettes mais toute en profondeur d’une jeune fille de Nazareth avec le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob par ange interposé. Le Dieu trois fois saint sollicite Marie pour qu’elle devienne la mère de son Fils. Il la sollicite et elle répond : Oui. Que ce serait-il passé dans le cas d’un refus, demande-t-on souvent, avec en filigrane le désir de magnifier Marie ? Que répondre ? Sinon que Dieu, au regard de l’histoire du peuple hébreu, n’aurait cessé de chercher encore. Car que veut-il, sinon que l’humanité accède à ce qu’il lui a promis, une existence réconciliée vécue dans la justice, la paix, la joie ? Et pour ce faire sa détermination n’a d’égale que sa patience. Cependant, il y a tout lieu de se réjouir de l’acquiescement de Marie. En même temps, combien doit être plus grande notre joie, de contempler l’action de Dieu qui veut être directement des nôtres, sans personnage interposé, comme c’était le cas auparavant. Après de longues et dures péripéties son projet avance, son Fils pourra naître, Dieu « sera avec nous ».Son Fils, enfin…! Marie en reçoit la demande et dans la foi l’accepte. Elle sera la mère de l’enfant qui vient du Père par l’Esprit. C’est une bien grande mission qui lui est confiée. Cette mission est aussi et plus encore un don absolu. En effet, « Comblée de grâce » devient le nouveau nom de Marie, l’ange pour la saluer n’ayant pas repris son prénom habituel. (Lc 1, 26) Tout lui vient de Dieu, elle n’est que par le don. Elle doit en prendre conscience et garder à l’esprit qu’il en sera ainsi tout au long de sa vie. L’action de Dieu pour l’homme n’est pas subordonnée à quelques mérites ou qualités, elle est création permanente. Elle fait « exister » y compris et surtout la liberté par laquelle l’homme acquiesce ou refuse d’être tout, par l’Autre, Dieu. En ce sens, en ce sens surtout Marie nous sert d’indicateur. Elle proclame que la véritable attitude humaine est d’accepter d’être de Dieu, de se recevoir entièrement de Lui. Elle est appelée « Comblée de grâce », loin d’être un privilège n’est-ce pas la condition de tout être humain ?Enfin..! Ce n’est pas un privilège qui dans ce récit de l’Annonciation, doit attirer notre attention mais bien l’événement en train de s’y produire. Les qualités souvent décrites de Marie ne sont rien à côté de l’événement qui se produit en elle et pour le monde et auquel elle a certes coopéré avec tout l’élan de son être spirituel, intellectuel, physique. Dieu lui-même se dit, se montre, se révèle. Il ne le fait plus par l’intermédiaire d’un ange, d’un homme, roi, prophète, prêtre, peuple. Il se « dit » lui-même en la personne de l’enfant que déjà porte Marie . C’est cet événement d’une nouveauté sans pareille, radicale, absolue, unique, que nous célébrons à Noël et dont il nous faut prendre en compte l’amplitude tout au long de notre vie. Marie, elle-même étonnée devra constamment ouvrir son être pour en saisir les harmoniques, en comprendre la signification profonde et déroutante. La mission de Marie est unique. Elle ne peut servir d’exemple et encore moins attirer vers elle le regard de la famille humaine. D’ailleurs loin de le souhaiter, elle reporte sur Dieu la joie d’être « Comblée de grâce » en entonnant son Magnificat. Elle ne peut nous servir d’exemple même s’il peut être question, nous concernant, d’incarnation mystique.Dieu se dit…! Voici qui doit nous transporter de joie, plus… nous faire tressaillir de joie, car pour être une nouvelle, c’est vraiment une nouvelle ! Par l’être de Marie, chair, esprit, c œur, Dieu est l’enfant qu’elle porte en elle et par qui elle-même vit. L’action de Dieu doit être contemplée et son visage en Jésus doit être adoré. Doit ? Entendons-nous bien, il ne s’agit nullement de contrainte pas plus que d’obligation. Mais il s’agit du « lieu » unique où Dieu peut être contemplé en vérité, adoré. L’habitude de tourner autour de Dieu et de poser son regard de croyant sur les à-côtés du mystère chrétien fait oublier souvent le centre de la foi, auquel pourtant il est nécessaire de revenir si l’on ne veut pas être à côté « Dieu qui est avec nous » au lieu d’être avec Lui. Pourquoi d’ailleurs ne pas fixer ce centre ? La lumière de la foi serait-elle trop forte ? Les conséquences en seraient-elles trop exigeantes ? Celui qu’il faut contempler, pour ne pas se tromper de dieu, c’est le Messie, véritablement Fils de Dieu, né de « Comblée de grâce » bien que venant de plus loin qu’elle car en Lui elle-même est façonnée. « Comblée de grâce » tel est son nouveau nom. Aurait-elle pu porter en elle le Fils du Père, son créateur, si elle n’avait tout reçu de lui et ne s’était toute reçue de lui ?
Dieu se dit, se montre, se révèle ! Enfin ! Quel est mon chant d’action de grâce ? 14 décembre 2008 - 3° dimanche de l'Avent - Année B Evangile : Jn 1, 6-8.19-28 « Il se tient au milieu de vous »Du moins, je l’imagine ainsi ! Heureux très heureux ! Lui-même ne le dit pas et personne ne le mentionne, mais vous, ne le sentez-vous pas ? Il a réussi à être ce que nous cherchons tous plus ou moins consciemment. Ce que nous voudrions atteindre pour nous réaliser. Cet homme qui m’apparaît heureux et dont je suis sûr qu’il l’est, ne possède rien de ce qui habituellement fait le bonheur des gens. Il est un homme dépouillé marqué par le désert où il a séjourné. Il ne s’appuie sur rien qui donnerait une impression de puissance. Il est seul, et apparaît sans attache. Pourtant qui, plus que lui, vit dans la dépendance envers celui qui vient ? Il est, mais non pas par lui-même mais pourtant pleinement. Ne ressentons-nous pas dans toute sa façon d’être une certaine attirance ? Être si pleinement soi et ne l’être que par l’Autre : Heureux ! Qui pourrait donc nier que Jean, celui qui baptisait sur les bords du Jourdain, l’était ? Sa façon d’en être bien conscient, interpelle. Quand, provenant de Jérusalem les envoyés des « Juifs » vinrent le questionner sur son identité, il n’hésita pas une fraction de seconde pour déclarer ce qu’il était et n’était pas. Il n’était aucun des noms qui lui sont proposés. Tous des noms bibliques en rapport avec le Messie dont on attendait fébrilement la manifestation : Le Christ, Élie, le grand prophète : le sosie de Moïse… « Je ne le suis pas » répondit-il prestement. On admire sa franchise, en même temps on se dit qu’il aurait pu jouer l’un ou l’autre personnage, puisque si prêtres et lévites avaient pris la peine de se déplacer, n’était-ce pas parce que Jean avait une grande renommée ? Il n’est donc aucun des grands personnages nommés, pourtant, il est, et pleinement. D’où lui vient cette assurance, sinon d’être pleinement lui-même bien qu’en totale dépendance. « Il est la voix qui crie dans le désert » pour annoncer qu’un Autre de plus grande importance est en train de venir. Un autre qu’il ne connaît pas (1, 31) mais pour lequel pourtant il consacre sa vie, pour lequel il devient une voix. La stabilité dans l’être qui paraît être la sienne, l’assurance avec laquelle il déclare être ce qu’il est, lui viendrait-il du fait que celui dont il parle sans vraiment le connaître est l’homme qui venant derrière lui est passé devant parce qu’ avant lui, il était ? (1, 30) Il était ! Cette qualification a de quoi éveiller notre curiosité puisque tous nous sommes dans la quête de soi. Où se poser soi-même dans la stabilité, comment savoir qui l’on est, alors que rien n’est sûr en notre vie humaine, que tout est mouvement, que tout ce qui paraît disparaît quasi en même temps ? Comment savoir qui l’on est alors que tout s’effrite et qu’il faut de longs « curriculum vitae » pour finir par se sentir quelqu’un et être reconnu ? L’homme ne tient pas tout seul, même quand il s’appuie sur l’autre, car l’autre est comme lui en manque de fondement. Qu’un aveugle conduise un autre aveugle ne rend pas le chemin plus facile à trouver. (Mt 15, 14) Personne n’est aussi sûr de ce qu’il est lui-même qu’il puisse affirmer qu’il l’est pleinement et donc heureux d’être. Certes, les témoignages ne manquent pas de gens qui caracolent débitants des paroles sur leur bonheur suprême. Mais pour qui sait écouter, il ne s’agit souvent que d’un peu plus d’écume. Jean se connaît, il sait qui il est, car il a pris appui sur le socle solide de celui qui avant lui « était ». Le désert lui suffit, la frugalité lui va bien, une « voix qui crie » lui convient. Il est pris complètement par l’Autre avant même de le connaître. Il lui fait entièrement confiance. Heureux ! Venant après jean, les hommes d’aujourd’hui savent mieux ou pourraient mieux savoir, quel est Celui sur qui il faut compter. Celui sur qui il faut s’appuyer pour être soi, exister dans sa propre vérité. Mais est-il honnête de généraliser ainsi ? De vouloir proposer comme référence « l’homme qui baptisait », tout tourné vers le Messie, le Christ ? Le moins que l’on puisse dire, est que si l’écoute et la quête de Dieu pour laquelle Jean a consacré sa vie, le dépouilla de toute recherche de soi, celle-ci ne l’a pas amoindri. Tout au contraire il ne fut que plus lui-même. Et ne pouvons-nous pas ajouter qu’à l’inverse, la recherche effrénée de soi, à travers choses et places, ne fait que diminuer sinon réduire à rien la recherche de « celui qui était » et qui pourtant seul fonde nos vies car en lui, « elles furent ». (1,3) Heureux Jean ! Il fut vraiment lui-même. Sa question maintenant : Sur quoi ou qui repose ta vie ? 7 décembre 2008 - 2ème dimanche Avent - Année B Evangile : Mc 1, 1-8 Jean Baptiste annonce la venue du Seigneur Jésus, le Christ, le Fils de Dieu : une bonne nouvelle ? Tels sont les premiers mots qui ouvrent le récit que nous offre Marc à propos de Jésus de Nazareth. Chaque nom compte. Si le premier désigne l’homme de Nazareth, fils de Marie, adopté par Joseph, le second fait connaître le rôle qu’il doit jouer comme Messie du peuple. Quant au troisième : qui ne voit qu’il dépasse en grandeur les deux premiers ? Il n’est plus simplement dans l’ordre des choses humaines et religieuses. Il est l’appellation inédite, autant qu’inattendue, de Dieu lui-même venu vivre au milieu de son peuple, avec visage d’homme et nature divine. Jésus, Dieu : Bonne Nouvelle ? La difficulté à se hausser au niveau de cette révélation, si peu conforme à nos façons de voir la divinité, n’atténue-t-elle pas la joie que nous devrions en éprouver ? En effet, qui croit vraiment que Jésus, en plus d’être le Messie promis et attendu, est très réellement Dieu lui-même ? Qui prend si au sérieux ses faits et gestes, ses Paroles, qu’il reconnaisse qu’en Lui, Dieu parle, agit, fait signe et invite à lui faire totalement confiance ? Qui, baptisé dans l’eau et dans l’Esprit, se range totalement à sa suite sans chercher à savoir jusqu’où le suivre le conduira ? Quel effet réel sur notre vie : Jésus, bonne nouvelle ? Déjà « évangile » était le terme employé pour annoncer la bonne nouvelle de la naissance d’un roi ou d’une victoire militaire. Utilisé pour parler de Jésus, le même mot produit-il le même effet qu’une victoire, qu’un événement humain heureux ? Dans ma vie qu’est-ce qui fut bonne nouvelle ? Ce dont il est question ici peut-il être comparé à ce que j’ai connu au cours de mon existence ? Cette nouvelle (Jésus, le Christ, le Fils de Dieu) a-t-elle atteint ma vie en profondeur ? A-t-elle irrigué mon être ? Fut-elle révélation surprenante dans une vie qui allait son train ? A-t-elle surpris mon intelligence, inondée mon cœur, changée l’orientation de ma volonté ? Pourquoi parler de bonne nouvelle associée au nom de Jésus Christ ? Ce nom me ravit-il ? Bonne nouvelle, certes…mais … Je cherche dans ma vie…Où, quand, comment…dans mon histoire, Jésus Christ a dilaté mon être au point d’en porter encore aujourd’hui une authentique empreinte ? Je cherche, est-ce que je trouve ? Combien d’hommes et de femmes furent subjugués par le Christ ! Il devint alors pour eux, la Bonne nouvelle de leur vie. Peut-être dois-je mieux connaître ma vie ? Peut-être la trace du Christ s’est-elle estompée ? Peut-être que surnage surtout en ma vie les aspects négatifs, les réminiscences sombres, les moments pénibles ? Je cherche… Bonne Nouvelle ? Dans les jours à venir, la terre et ses commerces « célèbreront » Noël en mettant en avant la bonne nouvelle que chacun doit être pour l’autre. Ils le feront sans percevoir pour autant que loin d’être une parabole du bonheur que l’homme offre à son semblable, Noël est avant tout le bonheur que Dieu offre, en s’offrant lui-même, à tous les humains sans distinction aucune. L’humanité avance avec les défis qu’elle se lance, sans prendre encore en compte que le défi suprême est d’advenir en Dieu, selon les modalités d’une Bonne Nouvelle arrivée avec le Christ qui s’appelle Jésus. Une voix crie dans le désert… Revisitant ma vie, l’entendrais-je ? Jésus, le Christ, le Fils de Dieu ! La Bonne Nouvelle …?
Seigneur..! 30 novembre 2008 - 1er dimanche Avent - Année B
D’où provient cette envie de te prier ce soir ? Serait-ce que tu m’appelles à plus d’intimité ? Je me tiens en présence et me tourne vers toi, Seigneur. L’évangile circule à l’intérieur de moi. Il parle de ta venue. Il illustre ton absence en évoquant un maître parti pour un voyage. Il transmet tes conseils. Il faut être vigilant, ne pas se laisser prendre mais plutôt prendre garde. A tout moment, ta venue pourrait intervenir. A l’improviste, alors que l’on ne l’attend pas. A l’improviste de toute façon, car notre regard ne sait voir ce qui vient de chez toi. Tu viendras, quand ? Nul ne sait, ni comment, mais tu es déjà tellement présent que, je le crois, tu te manifesteras. Seigneur ! Dans le silence de la nuit, tu es présent. Tu es là, Toi la Parole qui emprunte nos mots. Tu es là dans la foi. Est-ce cette présence douce et enveloppante qui inspire le sentiment de n’être jamais seul ? Tu es là sans qu’il puisse être dit où ? Pourtant, un sentiment très fort nous dit que tu es là. Pas le soupçon d’un doute, ni d’être dans l’illusion. Seigneur ! « Veillez », dans ce texte de dimanche, tu le répètes quatre fois. « Veillez » ? Mais en fonction de qui et pour attendre quoi ? A l’heure de l’agonie, au jardin des olives, aux disciples endormis, tu rediras « veillez » sans en être compris. Tu es le même Seigneur, là-bas prévenant les disciples, et maintenant, en ce moment, bien vivant. Tu es le même, présent différemment. Et tu appelles encore à ne pas se tromper, à garder le contact, à ne pas céder à de fausses figures de Dieu. Tu appelles à ne pas oublier ce que tu fis, alors qu’en être instable l’homme cherche facilement ailleurs,le Dieu unique et vrai que tu nous a montré et que seul, tu es. Il est vrai qu’en incitant à veiller, tu ne t’imposes pas. Tu laisses assez de marge pour que chaque être humain puisse entendre, comprendre et puis se décider. Ta présence dans l’absence est loin d’être oppressante. Comme un maître de maison, tu as confié ton bien, à nous de le gérer sans que tu interviennes. Mais en veillant cependant, car dans ce monde où il fait encore très nuit, tu viendras le soir, à minuit, au chant du coq ou le matin. (Mc 13, 19) Seigneur ! Je te nomme : le Seigneur, en contemplant la scène où tu dis de veiller. Il faut que soit gardé le lien que patiemment tu as tissé, afin que, disciples, à notre tour, nous ne nous laissions pas égarer. Veiller est important. Pour l’avoir oublié, Pierre, pourtant très motivé, t’a lui-même renié : Non je ne connais pas cet homme. (Mc 14, 72) Aussi cette nuit-là, au chant du coq, il pleura ! Si tu n’étais pas « Seigneur », il pourrait se comprendre que l’on se préfère « soi » plutôt que de courir un risque pour sa vie. Mais tu es le Seigneur, le seul digne de foi. Car il n’en est pas d’autre qui soit Seigneur comme toi. N’as-tu pas vaincu la mort, le mal et la haine en aimant jusqu’au bout renégats, traîtres, bourreaux, ennemis, indifférents ? Tu es le Tout Puissant ! Tu es fort, tu as vaincu le mal définitivement. Sur toi, il n’a pas eu l’impact qu’il souhaitait. Il t’a défiguré mais il n’a pu t’amener jusqu’à lui ressembler. Maintenant, chacun peut vivre en toi cette libération en prenant le parti de veiller avec toi. Ce moment de l’histoire où tu fus Dieu et véritablement homme, ne peut être oublié, ne doit pas être oublié. Il faut qu’il s’enregistre dans nos consciences humaines, fragiles, inquiètes, en quête, afin de bien savoir qui nous devons attendre, et pourquoi il faut veiller. Veillez ! Seigneur, tu es présent ce soir, Tu parles de ta venue… Seigneur…Amen.
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Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation