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"L'inouï...!" Fête du Corps et du Sang du Christ Marc 14, 12-16.22-26 Du jamais vu ! Quelqu'un qui, le plus simplement du monde, au cours d'un repas (certes pas n'importe lequel..) fait un geste et prononce des paroles de don et de communion jusque là inédits et qui le restent encore. Cela n'appelle-t-il pas ma contemplation ? Je revois ce geste et j'entends ces paroles: Prenez ceci est mon corps… Ceci est mon sang, le sang de l'alliance, répandu pour la multitude. Les disciples venus célébrer la Pâque, la libération d'Égypte, sont alors invités à vivre une libération encore plus profonde, à communier au véritable libérateur. Furent-ils surpris ? Nous n'avons pas leur réaction. C'est que pour bien comprendre il faut attendre la suite… Une suite qui ne saurait tarder: le jardin des oliviers (comme il est noté dans notre texte) l'arrestation et tout le processus jusqu'à la crucifixion et la résurrection. Et nous qui aujourd'hui savons, sommes-nous impressionnés par le geste et les paroles du Christ ? Quand nous communions avons-nous bien conscience de participer à toute sa vie, au don de sa vie ? Avons-nous bien conscience que communier, recevoir le corps du Christ ce n'est, ni plus ni moins que de donner son adhésion afin de devenir comme lui ? Au soir de sa vie terrestre, Jésus "se lègue" lui-même à ses disciples. Il ne leur confie pas un testament spirituel contenant des pensées profondes, il se livre lui-même avec toute la profondeur et l'unicité de sa vie. Car le Christ bien que tout à fait homme, ne ressemble à personne. Mais il appelle chacun à sa propre ressemblance. Si nous communions n'est-ce pas pour devenir d'autres lui-même ? Mais qu'est-ce que cela veut dire ? N'est-ce pas le jour de se demander, quelles sont nos raisons d'aller communier ? Cherchons-nous autant que le geste de communion le laisse penser, la ressemblance avec lui ? Pourquoi vais-je communier ? Quels sont les désirs qui m'animent ? Ai-je un grand désir de connaître le Christ ? De prendre le temps de me laisser pénétrer de sa Parole ? Ceci est mon corps dit le Christ.. Prenez, mangez Ceci est mon sang.. Prenez, buvez La vie reçue dans la communion passe en celui qui communie afin qu'il parvienne au même don de soi, à la même liberté, à une authentique solidarité avec l'humanité. Le christ ressuscité se livre à celui qui reçoit le pain et le vin sur lesquels ont été prononcées ses propres paroles. Sa vie à lui, fut-elle donnée ? Et qu'est-ce qui caractérise la mienne ? Au cours du repas pascal, Jésus prend, à sa façon, la place de l'agneau pascal et sa vie devient vraie nourriture: sa façon d'être, sa façon de penser, sa façon de vivre en relation avec son Père et avec les autres tous les autres quels qu'ils soient... Où en suis-je de ma ressemblance avec lui ? Sans doute ne suis-je pas le mieux placé pour y répondre ! Mais en avoir le souci n'est-ce pas se préparer à communier en vérité ?
L'inouï ne nous est-il pas proposé ?
L' acceptons-nous avec toutes ses conséquences ?
"Plongés...!?" Fête de la Trinité - Matthieu 28,16-20 Le mot convient bien ! Mais que vous évoque-t-il ? Une détente estivale ou une expérience spirituelle ? Nous célébrons aujourd’hui la fête de la Sainte Trinité, ce mot « plongés » a-t-il sa place ? L’Evangile proclamé aujourd’hui en fait usage. Nous lui donnerons donc toute sa place mais pas avant de nous être redit le sens de la fête de ce jour. Dans la foi nous affirmons ce que nous célébrons en ce dimanche : à savoir que Dieu est Père Fils et Saint Esprit. Nous affirmons, si l’on peut dire, qu’il y a de la relation en Dieu, de la communication, de l’échange, du don, de l’amour. Que Dieu en lui-même n’est pas immobile, statique mais communauté, communion. Que le fond de l’être, donc de tout, s’origine à cette ouverture vers l’autre, à ce don à l’autre comme à cette capacité d’accueillir l’autre. Que cette animation est en Dieu même. Que Dieu vit tourné vers l’Autre, mais vers un Autre qui est pourtant lui aussi Dieu. Que cette sortie de soi à l’intérieur même de lui-même, cet échange, ce don le caractérise éternellement. N’est-ce pas alors bouleversant en recevant cette révélation de Dieu Père Fils Esprit-Saint de prendre conscience que le fondement de l’être, et donc du monde, est le don ? Que dans les gênes du monde est inscrite, non pas un développement autarcique, mais l’ouverture à l’autre, la communion à l’autre. Que cette ouverture est constitutive de notre être, qu’elle précède les fermetures qui peuvent apparaître. Dieu est donc communion ou comme le dit saint Jean: Dieu est amour. Il est Père Fils Saint-Esprit : nous le croyons, nous le célébrons, tout en affirmant dans le même temps que Dieu est « Un » qu’il n’y a pas de multiple en lui. Qu’il ne s’agit pas de trois dieux mais d’UN seul qui est pourtant COMMUNAUTÉ. Cette affirmation de foi qui heurte la raison, « fait éclater notre idée spontanée et archaïque du divin pour nous ouvrir à l’image d’une « générosité expansive » qui fonde tout ce qui est » (M. Domergue in Notre Dame du Web) Mais cette affirmation de foi d’où nous vient-elle ? Jésus aurait-il développé en un grand discours cette conception de Dieu ? Pas le moins du monde, pas de discours. Mais une vie, la sienne nous le révèle. Que serait Jésus s’il n’était le Fils du Père ? Que serait sa vie sans l’intimité avec son Père ? Mais que serait également Jésus si l’Esprit n’était avec lui ? Et qu’en serait-il de lui pour nous si l’Esprit, comme il l’a dit ne se chargeait de nous faire comprendre toutes choses ? C’est en contemplant le Christ que l’Eglise, son Corps comprend que Dieu est Père Fils et Saint-Esprit. C’est l’Esprit qui nous fait comprendre que Jésus est le Fils bien-aimé du Père, que Jésus aime le Père de toutes les fibres de son être mais que leur amour s’ouvre en permanence et circule grâce à l’Esprit. Reconnaissons, cependant, que nous balbutions le Nom de Dieu ! Est-ce pour autant trop téméraire de s’y essayer ? Mais au fait où est passé notre mot de départ ? « Plongés » disions-nous, le même qui se trouve dans l’Evangile ? « Allez dit Jésus à ses disciples, de toutes les nations faites des disciples, baptisez-les (plongez-les) au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. » (Mat 28, 19)
« Plongés » nous l’avons été le jour de notre baptême. Et savoir en quoi ou plutôt en qui (nous sommes plongés) n’est-ce pas important ?
La Fête de la Sainte Trinité nous donne l’occasion de mieux le comprendre. N’hésitons pas !
"IL" vous enseignera tout... ! Fête de la Pentecôte B Jn 15, 26... 16, 15Jésus en ses confidences dernières s’adresse ainsi à ses disciples. Le moment est crucial. La mort de Jésus approche. Elle est le résultat d’une immense méprise. Jésus de Nazareth n’a pas été compris, son identité n’a pas été reconnue : Le Fils de Dieu a été crucifié par les défenseurs de Dieu ! Au beau milieu de ce drame que vont devenir les disciples, comment vont-ils se retrouver ? Jésus les prépare, les réconforte, les exhorte à la confiance. Il leur fait promesse d’une assistance qu’il ne peut procurer que lui parti. Le Christ et ses disciples ! Progression d’une intimité, cheminement de la foi, préparation d’un témoignage ! Le Christ veut les ouvrir à ce qu’il est en vérité, veut les instaurer dans la foi véritable, veut qu’ils connaissent le Vrai Dieu, le seul Vrai Dieu : « le Père et son envoyé Jésus-Christ » (Jn 17, 3) A travers l’Evangile nous sommes témoins de leurs incompréhensions, de leurs lenteurs, de leurs résistances, mais aussi de leur attachement, de leur persévérance et finalement de leur avancée progressive jusqu’à la proclamation en plein jour de leur foi dans le Christ. Qu’en est-il aujourd’hui de ce procès entre le monde et le Père de Jésus-Christ ? Ne se continue-t-il pas encore ? De fait ce procès n’a jamais cessé… Si « nous » pouvions avoir un « dieu » à notre taille qui puisse bien faire notre affaire ! Mais Celui que proclame l’Evangile et que Jésus de Nazareth a révélé par sa vie, ne se laisse pas circonscrire, ni séduire, ni tromper, par nos idées, nos sentiments ou nos offrandes. Il nous veut seulement et impérativement à la ressemblance de son Fils. Le Christ et nous et moi ? Quelle intimité, quelle progression dans la foi, quelle capacité dans le témoignage ? Jusqu’où va notre connaissance du Père ? Jusqu’où progresse notre ressemblance au Fils ? Jusqu’à quel point nous laissons-nous conduire par l’Esprit dans notre connaissance de Dieu, Père Fils Esprit-Saint ? Quelle expérience ? « Il » l’Esprit-Saint nous enseignera « tout ». Entendons-nous sur le « tout » : « Le Paraclet, L’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26)
Le Père de Jésus-Christ, le Tout Autre, inaccessible à nos prises et au-delà de nos efforts, veut se faire connaître par chacun de nous. En ce temps favorable : Ouvrons-nous largement à l’Esprit, Don du Père et du Fils. Qui ne voudrait-être enseigné selon le « Vrai » ?
Les pleins pouvoirs.. ! Fête de l'Ascension B Mc 16, 15-20Les assumons-nous ? Si nous restons le nez en l’air tel qu’il est écrit pour les disciples dans le livre des Actes nous passerons, c’est sûr, à côté de cette fête de l’Ascension. Certes il s’agit d’un départ…qui peut laisser désemparé ! En effet, Jésus de Nazareth après plusieurs manifestations comme Ressuscité se retire si l’on peut dire. Sa mission au milieu des hommes terminée il rejoint, en emmenant notre humanité, le lieu qui nous attend auprès du Père. Ce qu’Il avait à faire est réalisé, sa mission est accomplie. L’humanité dès lors peut connaître autant qu’il lui est possible, Dieu et mieux encore le nommer. Quelle affirmation ! A travers la vie, la mort et la résurrection de Jésus le Christ, désormais nous pouvons nommer véritablement Dieu ! Est-ce vrai et quel est ce nom véritable ? Jésus ne le prononce-t-il pas lui-même en priant son Père tout en pensant à nous : « Père… Je leur ai fait connaître ton NOM et je le leur ferai connaître encore pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux » (Jn 17, 26) Le Christ Dieu-Homme, vivant toujours bien qu’invisible nous laisse maintenant savourer notre découverte et nous pousse à la partager. Inutile de regarder le ciel, d’autres horizons nous attendent. Car à tous ceux qui ne le savent pas encore le Nom de Dieu, Père de Jésus-Christ et notre Père, doit être annoncé. Et ce que nous sommes : « fils » doit être dévoilé. A ces disciples qui ne sont plus que Onze (Mc 16,14) le Ressuscité donne le monde à parcourir pour l’éveiller et l’inviter à la vraie connaissance de Dieu. « Allez dans le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16, 15) Allez proclamer avec toute votre expérience que Dieu le Père de Jésus-Christ est une Bonne Nouvelle pour chacun comme elle l’est pour vous-même. Mais : Dieu
le Père de Jésus-Christ est-il une Bonne Nouvelle pour vous ? Allez,
ne restez pas figés sur place ! Désormais la mission du Christ devient
celle des disciples au point que ces derniers produiront les mêmes « effets »
que Lui. C’est-à-dire et pour parler en termes plus actuels : « chassez
les démons » de la
perversité et de l’asservissement ;
« parlez le langage de la vérité » de
l’espoir et de la tendresse ;
« échapper aux poisons » de
la violence et de l’injustice ;
« guérir » les cœurs
blessés et mal-aimés. Ce
que le Christ a fait, à notre tour de le faire ! La foi et l’audace seront-elles au rendez-vous de cette fête de l’Ascension ? Des pleins pouvoirs qu’il nous donne.. ! Ensemble
qu’en faisons-nous et qu’allons-nous en faire ? Père Christian BLANC, a.a. Retour haut de page
« Comme… ! » 6ème dimanche de Pâques B Jn 15, 9-17Nous
n’irons pas plus loin aujourd’hui. Nous nous
en tiendrons à cette conjonction. Alors que l’on pourrait poursuivre
notre réflexion sans y faire tellement attention, nous la retiendrons au
contraire comme essentielle, du moins dans le contexte où elle est utilisée dans
l’Evangile de ce dimanche. Le contexte ? Celui du testament du Christ
avant son passage vers le Père. Une des dernières paroles qu’il nous
adresse. Qu’est-il
venu faire ? Et
le connaissant lui, car il nous a choisi(Jn15, 16) que nous reste-t-il à faire ? Aimer ? N’est-ce pas d’ailleurs la
vocation la plus profonde de chacun ? Toute démarche humaine, tout
sentiment, toute orientation de vie ne s’accomplissent-ils pas vraiment en
« fabriquant » de l’amour ? Mais qu’est-ce que l’amour ?
Alors qu’il semble que chacun peut le savoir on s’aperçoit vite qu’il
n’est pas si évident de le connaître. Qu’est-ce que l’amour ?
Qu’est-ce qu’aimer ? Et par-dessus tout est-ce que j’aime ? En
vérité ? (N’éprouve-t-on pas le besoin d’ajouter cette précision ?)
Qui peut le dire pour soi-même ? Non pas en donnant des définitions mais
en vérifiant si l’on est dans l’amour. En effet qu’est-ce qu’aimer ?
Pour saint Ignace dit un commentateur « l’amour ne réside pas dans les
sentiments, ni dans les paroles tendres, ni dans les étreintes »
mais…(chacun peut terminer cette remarque) …tout en ajoutant que toutes ces
démarches sans épuiser le sens de l’amour en font tout de même partie. Mais
bien sûr où se situe la marque essentielle de l’amour ? Que retentisse alors
et encore l’Evangile : « Aimez-vous les uns les autres « comme »
je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand
amour que de donner sa vie pour ses amis. » ( 15, 12-13) Plus que la
réflexion pure, plus que l’analyse de l’expérience c’est une certaine « exemplarité »
qui nous est proposée. Quelqu’un a-t-il vraiment aimé dans sa vie ?
Quelqu’un qui a pu alors dire : « Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés » ? Comme
je vous ai aimés ! Sa vie exprime-t-elle la
nature de l’amour ? Oui, quelqu’un a-t-il sur terre vraiment aimer au
point de donner un visage, un nom à l’amour ? Oui
Quelqu’un ? Ne sentons-nous pas que nous
sommes placés devant un choix ? Que nous ne pouvons pas nous en tenir à
nos seules idées, expériences, et encore moins à nos seules forces ? Une
relation vitale peut sauver notre vie du non-amour, des faux amours, du manque
d’amour. Car non seulement Jésus de Nazareth a manifesté devant les hommes
ce qu’est « aimer » mais il peut rendre son amour disponible et
nous le transfuser. « Comme
le Père m’a aimé moi aussi je vous ai aimés ! Demeurez dans mon amour. »
Ou encore « Aimez-vous les uns les autres comme
je vous ai aimés » En ce moment même de notre méditation, sentons-nous
ouverte devant nous cette relation dans laquelle nous pouvons nous plonger ?
(Ce qui fut le cas par le baptême !) Éprouvons-nous des résistances ? « Aimer »
comme le Christ a aimé
est-ce long à réaliser ? « Comme
! » le
mot n’est pas bien difficile à retenir ! Et pourtant, pour qui veut aimer, n’indique-t-il pas la référent absolue ? Retour haut de page
"Porter du fruit ! ?" 5ème dimanche de Pâques B: Jn 15, 1-8 La vigne et les sarmentsL'expression
se répète à longueur de passage. En s'adressant à ses disciples c'est ce que
Jésus leur demande. Il en fait même une condition pour être son disciple:
"Ce qui fait la gloire de mon Père, c'est que vous donniez beaucoup de
fruit: ainsi vous serez pour moi des disciples." (15, 8) Cependant en ces
quelques versets il n'est pas spécifié quels sont ces fruits. On entend donc
bien l'exigence de fécondité mais sans connaître exactement les fruits qu'il
convient de porter. D'où pour nous l'intérêt d'y voir plus clair. Pour
comprendre, faut-il alors s'évertuer à dresser une liste de ces
"produits" de la foi ou compte tenu de l'exigence à produire des
fruits, ne vaut-il pas mieux orienter notre attention sur la condition propice
à leur obtention ? Et encore, faut-il penser à des bonnes oeuvres, comme en
parle souvent Mathieu ou plus profondément penser à l'amour fraternel jusqu'à
donner sa vie ? (15, 9-17) A moins que porter du fruit souligne le résultat de
l'action missionnaire tel qu'il est exprimé en Jn 4, 35-38 et 12, 24 "à
propos de la venue des Samaritains et des païens à la foi?" Nous
aimerions donc savoir avec plus de précision ce que cela veut dire porter du
fruit et quels sont ceux que ma vie doit produire. Y parviendrons-nous
? C'est peu probable... Mais
en fait que nous dit cet Evangile ? La
fécondité d'une vie ne dépend-elle pas de l'être et de la vocation de chacun
? Il n'y a pas de place pour la copie, (faut faire ceci ou cela) mais bien plutôt
pour la créativité. Chacun avec ce qu'il est et au moment où il l'est peut
devenir à sa manière un arbre plein de vie aux fruits porteurs de vérité et
de saveur évangélique. N'est-ce pas à chacun de faire donner à sa vie les
fruits qu'elle est capable de produire et qui à leur façon seront différents
de ceux des autres ? L'Evangile de ce jour met, me semble-t-il, l'accent sur la
condition nécessaire pour une vie fructueuse. Ecoutons !
Qu'entendons-nous ? "En
dehors de moi vous ne pouvez rien faire " en ce domaine, bien sûr, de la fécondité
véritable, car par ailleurs, bien des choses se font sans lui. Rien
sans lui, le Christ ? D'où
l'invitation de Jésus qui nous livre le secret de la réussite d'une vie,
"Demeurez en moi comme moi en vous" Le lien avec lui n'est-il pas
essentiel pour la fécondité de notre vie ? "Si quelqu'un ne demeure pas
en moi il est comme un sarment qu'on a jeté dehors et qui se dessèche. Mais
celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-ci donne beaucoup de
fruit" Le
secret de la vie véritable: l'intimité avec le Christ. De
même que
le secret et la splendeur de la vie du Christ est son intimité avec le Père,
n'est-ce pas en ceci la condition ultime d'une vie réussie, fructueuse,
savoureuse pour les autres ? Alors,
suis-je dans le Christ comme le Christ est en moi ? Est-ce que je
souhaite, désire que Lui, La Parole, féconde ma vie ? N'est-ce
pas de cette intimité, de ce travail intérieur que jailliront les fruits ? Une
intimité d'ailleurs, il faut le souligner, qui dépasse la relation du disciple
au Christ et qui plonge dans celle du Père et du Fils. "Le Père demeure
dans le Fils et le Fils dans le Père" (Jn 14, 10-11). Le disciple est à
son tour introduit dans cette intimité par sa foi en Jésus. Porter
du fruit ? Lesquels ? On
ne sait encore mais on en connaît la condition. N'est-ce
pas celle-ci que l'Evangile de ce jour veut absolument nous faire entendre ? N'est-ce pas celle-ci ?
« Connu…(e)… » !?4ème dimanche de Pâques B Jn 10, 11-18Oui connus ! Nous n’y pensons peut-être pas…Il est même possible que nous éprouvions un tout autre sentiment. Pourtant l’évangile de ce jour vient nous le rappeler ou tout simplement nous l’annoncer. Mais tout d’abord laissons-nous aller à quelques questions. En effet qu’en est-il de notre relation à Dieu ? Comment pensons-nous qu’il se situe vis à vis de nous ? De quelle façon nous considère-t-il ? Spontanément quelle impression nous envahit quand nous pensons à lui ? Eprouvons-nous de l’indifférence ? Ressentons-nous de la gêne ? Préférons-nous ne pas trop y penser ? Goûtons-nous la paix en sa présence ? Oui qu’en est-il ne notre approche de Dieu ? Et plus important encore qu’en est-il de son approche envers nous ? L’Evangile de ce jour nous renseigne-t-il ? Sous les traits du bon berger, Dieu, en Jésus Le Christ, ne se fait-il pas tout proche ? N’est-ce pas avec les mots de la tendresse qu’il exprime son désir ? Ces mots, inutile de tous les reprendre, chacun peut bien les méditer. Mais parmi tous il en est un qui me frappe et me ravit. Il s’agit de connaissance : « Je
connais mes brebis, et mes brebis me connaissent » (Jn 10, 14) Je suis « connu » du Christ…Quel bonheur ! C’est ainsi que je le perçois et m’en réjouis profondément. « Quelqu’un » me connaît au plus intime de moi-même c’est-à-dire me voit et m’aime. Car connaître, dans la bible, comporte ces deux assertions. Quelle libération de savoir que quelqu’un vous aime en sachant exactement qui vous êtes ! Quel bonheur de se tenir devant Dieu persuadé que son amour enveloppe exactement la personne telle qu’elle est ! Que je suis aimé pour moi-même sans être obligé de produire des artifices de séduction, de rechercher des circonstances atténuantes, de devoir biaiser pour éviter d’être rejeté. Je suis « connu » c’est-à-dire « vu » tel que je suis et « aimé » N’est-ce pas la situation à laquelle tous nous aspirons ? N’est-ce pas ce rêve réalisable que nous offre le Christ ? Et ne passons-nous pas, trop souvent à côté de la réalisation personnelle de ce rêve parce que nous imaginons Dieu autrement qu’il ne se dit ? Pourtant entendons-le s’exprimer : « Moi je suis le bon pasteur, je connais mes brebis et réciproque comblante, mes brebis me connaissent » Ce à quoi nulle personne humaine ne peut parvenir, voir en vérité et aimer pleinement, le Christ le réalise. En effet non seulement il le dit mais nous savons qu’il l’a fait : « Je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10, 15). Et ce don existe éternellement….Quelques versets auparavant il est dit encore en parlant des brebis : « Il les appelle chacune par son nom… » (Jn 10, 3) Nous sommes, donc « connus » Notre relation à Dieu existe-t-elle selon l’évangile, dans cette simplicité confiante ? Puisons-nous dans cette relation, la connaissance de nous-mêmes tels que Dieu nous perçoit ? Car quand on est connu ainsi (vu et aimé) on peut soi-même se voir en plus grande vérité et trouver dans cette connaissance la force de s’assumer. Qu’en est-il donc, de notre approche de Dieu ? Et qu’en est-il de son approche envers nous ? « Moi je suis » (jn 10, 14) Dieu donc, manifesté en Jésus de Nazareth, le Fils du Père, me connaît et son amour me fait exister moi-même au plus vrai toujours à parfaire. Dieu
et moi réciproquement « connus .. » ? Joie… !
La rencontre… ! 3ème Dimanche de Pâques Lc 24,35-48Elle n’avait pas été prévue ! Le choc d’ailleurs avait été trop grand. Le choc et l’incompréhension ! Car comment envisager un événement si extra-ordinaire, avant qu’il n’ait eu lieu ? La Résurrection n’échappe-t-elle pas à tout ce que l’on peut imaginer ? Que des morts reviennent à la vie passe encore ! Mais qu’un homme, au-delà de la mort, subsiste en son identité, et vienne à votre rencontre tout en étant différent au point de ne pas être immédiatement reconnu par ses disciples, cela défi l’imaginaire et dépasse l’entendement. Face à celui qui se tient devant eux, les disciples ont du mal à réaliser ce qui leur arrive. Dans leur frayeur n’ont-ils pas l’impression de voir un esprit ? (24, 37) Ils sont incapables, par eux-mêmes, de percevoir « l’identité » du ressuscité. Seule l’initiative de Jésus, le Vivant, leur permet d’aller plus loin dans la découverte et dans l’adhésion. « Regardez mes mains et mes pieds…Touchez-moi…regardez…Un esprit n’a ni chair ni os comme vous voyez que j’en ai »(24, 39) Le
Christ ressuscité n’est pas de l’imaginaire ! En
êtes-vous convaincus ? Il
peut nous rencontrer ! En sommes-nous bien sûrs ? Cependant,
ne soyons pas trop surpris de notre difficulté à répondre clairement. Les
premiers bénéficiaires de l’initiative du
Ressuscité, vivaient des sentiments complexes, entre joie et crainte,
entre adhésion et réserve, entre croire et doute… « Comme sous
l’effet de la joie, ils restaient encore incrédules et comme ils s’étonnaient… »
(24, 41) Jésus, le Ressuscité, retenons-le, prend l’initiative et provoque
lui-même la rencontre : regardez mes mains et mes pieds (24, 39) Avez-vous
quelque chose à manger…(24,41) C’est lui qui se fait reconnaître : « C’est
bien moi… »
(24, 39) Mais
en même temps qu’il leur tient ces propos, Jésus ressuscité rappelle à ses
disciples ce qu’il leur avait annoncé concernant les Ecritures. Il fait avec
eux la relecture des paroles qu’il leur avait adressées quand il était
encore avec eux, afin que leur intelligence pénètre dans la compréhension de
son propre mystère. (24, 45-46) Cette page nous parle-t-elle à notre tour ?
La ressentons-nous comme une bonne nouvelle ? Etre rencontré encore et
toujours par le Christ vous incite-t-il à chercher davantage à travers les
Ecritures et la vie de L’Eglise cette relation unique et qui illumine par
laquelle tout le « reste »
prend sens ? La rencontre est possible avec le Ressuscité ! Il
n’est pas un esprit, encore moins une idée, il est Jésus de Nazareth
transfiguré pour l’éternité tout à fait prêt à nous enrichir de son
humanité, la vraie, celle que le Père a accueillie et que l’Esprit peut nous
insuffler : « Et moi je vais
envoyer sur vous ce que mon Père a promis » (24, 49) afin que vous
soyez revêtus de la puissance d’en haut. Moi
rencontré par Lui pour devenir comme Lui !
Mystère
de notre vie ! « La » rencontre !
« N’insistez pas.. ! » 2ème Dimanche de Pâques Jn 20, 19-31
Est-ce bien le message de cet évangile ? Je n’oserai l’affirmer mais je le ressens pourtant ainsi. A travers Thomas n’est-ce pas ce qui nous est dit : N’insistez pas ? Que lui arrive-t-il à Thomas ? Peut-être ce qui doit nous arriver à nous-mêmes ? La Bonne Nouvelle de Jésus ressuscité ne nous concerne-t-elle pas également ? Ce don de la paix dont bénéficient les disciples ne nous est-il pas aussi destiné ? Que peut-il nous arriver de meilleur que d’avoir le cœur libéré de nos entraves et d’être pour les autres, grâce à l’Esprit, des libérateurs. Elle est pour nous cette bonne nouvelle pascale comme elle l’est pour Thomas. Mais comment l’a-t-il reçue ? Thomas nous intéresse. Son nom ne veut-il pas dire jumeau ? Nous lui ressemblons. Et c’est à nous, à travers lui que s’adresse le : « n’insistez pas. » En effet, Thomas qui n’a pas fait la première expérience du Christ ressuscité mentionnée dans l’évangile de ce jour, énonce quelques exigences avant d’accorder foi au message : « Nous avons vu le Seigneur » proclamé par ses compagnons. Mais ce « Seigneur » est-il bien Jésus, donc le même ? Pour qu’il en soit ainsi ne faut-il pas constater les traces des blessures aux mains comme au côté ? Telle est la condition posée, avec raison, par Thomas. Il faut bien pour qu’il y ait résurrection que la même personne, Jésus de Nazareth, passe de l’état d’humanité à celui de ressuscité. Or les traces de la passion sont un bon repérage pour cette identification. Aussi Jésus ne contredit pas Thomas, au contraire même, puisque au moment où il se manifeste à lui, huit jours après qu’il se soit montré aux autres, il l’invite à vérifier : « Avance ton doigt ici et vois mes mains, avance ta main, mets-là dans mon côté » Pour que la foi soit réelle, il faut bien que Jésus soit le même, bien que transformé, avant comme après la mort. L’évangile à travers Thomas nous affirme cette identité. Merci donc à Thomas ! Mais l’évangile va encore plus loin et Thomas nous renseigne davantage. La foi qui naît en lui et s’exprime par la plus haute des confessions de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu », ne s’installe pas comme il l’avait prévu. S’il voit les traces de la passion, il ne les touche pas, contrairement à ce qu’une lecture hâtive pourrait laisser entendre. Il ne touche pas mais aussitôt il confesse comme si la voix entendue l’emportait sur la vue. Car « voir » le ressuscité ne ressort-il pas d’abord de la Parole ? N’est-ce pas là, le grand message de cet évangile ? C’est d’entendre (la Parole) qui fait « voir » et non pas « voir » qui fait croire. Pourtant n’est-ce pas une revendication très actuelle, en ce qui concerne les choses de la foi, de vouloir « voir » avant de croire. Tous les jours nos contemporains ne nous le disent-ils pas ? Que Dieu se montre et nous croirons en lui, qu’il fournisse des preuves et nous adhèrerons à son existence ! « N’insistez » pas répond, me semble-t-il, l’évangile de ce dimanche. N’insistez pas mais écoutez ! « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20, 22) Ne demandez pas à Dieu de se montrer. Cette exigence humaine ne l’est que trop pour être capable de saisir Dieu. Seule
sa Parole fait « voir », c’est à dire croire. N’insistez
pas, mais surtout ECOUTEZ !
Où es-tu ? Dimanche de Pâques B Jn 20, 1-9Où es-tu ce matin ? Voici l’aube pascale ! Dors-tu encore ? N’as-tu rien pressenti de la grande Victoire ? Déjà des gens s’affairent tout autour du tombeau. Leurs allées et venues prennent de la vitesse. Marie de Magdala, au point du jour, est venue voir. Elle en est bouleversée. La pierre du tombeau a été déplacée. A l’évidence « on » a dérobé le Seigneur. Elle en informe Pierre qui n’avait pas bougé depuis vendredi soir. Elle fait part de sa crainte. Que faut-il en penser ? Où donc est le cadavre ? Volé, dérobé ou quoi d’autre encore ? Pierre ne peut le dire. Entré dans le tombeau, il regarde : les linges sont là, affaissés. Ils n’enserrent plus le corps, mort. Que
faut-il en penser ? Qu’est-ce qui peut renseigner ? La foi n’est pas encore au rendez-vous. Elle arrive pourtant. Car le disciple que Jésus aimait, s’introduit à son tour dans le tombeau…vide. Les indices sont les mêmes mais les effets différents. Quelque chose s’éclaire au plus profond de lui. Il
vit et il crut ! Nous n’en saurons pas plus. Quelque chose s’est passé qui nous concerne tous. Mais comment se tenir pour en être témoin ? A l’extérieur de soi et les yeux grands ouverts ? Inutile, car rien ne fait de bruit ou se donne en spectacle. Pâques
c’est tout autre chose ! Pierre qui regarde ne voit rien que le manque. Il en fait le constat et retourne chez lui. L’autre disciple, celui qui nous ressemble et que Jésus aimait, a pu aller plus loin. La Parole en lui, logée dans sa mémoire s’est-elle réveillée ? Ne fallait-il pas disait les Ecritures que « Jésus ressuscite » ? Est-il tout prêt de lui, tout présent à lui-même le bien-aimé disciple pour comprendre ? Et être illuminé ? Faut-il être attentif au sens de la Parole, et tout en la gardant au centre de son cœur, écouter ce qu’elle dit quand l’extérieur fait signe ? Quelques indices, de très simples indices touchés par la Parole qui vit toujours en soi et la foi a jailli. Il
vit et il crut ! Où es-tu ce matin ? Dors-tu encore ? Ne sens-tu rien bouger en toi ? Pas de Lumière pour éclairer ton cœur ? Eveiller ton esprit ? C’est Pâques pourtant ! Mais peut-être n’es-tu pas chez toi ? Où es-tu ce matin ? « Le Libérateur… ! » Dimanche des Rameaux B (Mc 11, 1-11)Dés le début de son ministère c’est ainsi qu’il s’est présenté. Dans la Synagogue de Nazara (Lc 4, 16-19) ne reprenait-il pas à son compte les paroles des prophètes : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé proclamer aux captifs la libération et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer les opprimés en liberté, proclamer une année d’accueil par le Seigneur. » ? Aujourd’hui avec l’entrée à Jérusalem, cette libération parvient à son achèvement. Jésus monté sur un ânon avance parmi les « Hosanna », ces appels au secours (sauve donc !) et se dirige vers le Temple. Pourquoi vers le Temple ? Son équipement est modeste même si l’ânon rappelle la monture des rois d’Israël. Très modeste même, puisque cet ânon qui sera restitué à son propriétaire, ne lui appartient pas. Il avance sans agressivité, sans chercher à dominer. Il vient simplement libérer. Mais
peut-être bien que les gens qui l’acclament et ses disciples qui
l’entourent ne l’ont pas compris tout de suite ainsi. En effet, pour eux,
que serait une libération si elle n’était rejet de la domination romaine et
restauration de la souveraineté du peuple de Dieu ? Le Messie attendu ne
l’était-il pas de cette façon ? Celui qui rendrait au peuple sa
souveraineté car le peuple élu ne devait être l’esclave de personne. Mais Jésus
en ces jours de passion qui commencent, n’a pas l’air de prendre ce chemin-là,
de s’engager dans cette libération-là. Au terme de son parcours, juché sur
l’ânon il se rend au Temple, « regarde tout autour de lui » ‘Mc
11, 11) puis se retire car c’était le soir. Pourquoi le Temple ? Rien
d’agressif, rien qui laisse prévoir un coup d’éclat à la dimension du
peuple, un coup de boutoir décisif. Nous sommes loin de ces libérations
humaines qui crachent le feu et instaure sur les cadavres une paix précaire, équilibre
de haine ou de revanche prêt à se rompre à tout moment. Jésus le Libérateur ! Avons-nous assez réfléchi au contraste entre sa façon de faire et celle, qui pour porter le même nom de libération, écrase avant de libérer ? Avons-nous réfléchi à la distance qui existe entre Jésus de Nazareth qui bientôt, dans un lâchage de tous ses disciples, sera broyé par les hommes et nos façons de faire et nos intentions belliqueuses ? La force nous grise ! Même si pour gagner elle écrase et détruit. Enfin victoire crie-t-on sur les tas de décombres ! La passion du Christ en ces jours-ci va-t-elle secouer notre aveuglement ? Allons-nous prendre conscience de ce que c’est que la vraie libération ? Allons-nous reconnaître en lui le vrai libérateur ? Nous le voyons bien, Dieu, tel qu’il est manifesté en Jésus-Christ ne peut-être assimilé à la force brutale. Comment cette assimilation peut-elle encore trouver des adeptes ? Monté sur un ânon, et pénétrant dans le Temple, voilà pourquoi le Temple ! Jésus vient libérer l’homme de ses faux dieux, de ses chimères. Quel travail ne reste-t-il pas à faire ! Et qui peut nous permettre de le faire, sinon Celui qui par sa vie et jusque sur la croix, a révélé le vrai Dieu parce que, en lui même Jésus, il a détruit la haine. Jésus, le Vrai Libérateur ? En ces temps qui courent et en cette semaine de la passion que
vais-je répondre ? Père Christian BLANC, a.a.
Faut-il le suivre ... ? 5ème dimanche de carême B / Jn 12, 20-33Faut-il le suivre… et le suivre jusque là ? Jusqu’à cette heure, maintenant arrivée et dont il était question dans le récit des noces de Cana ? En ce temps de Carême, cet évangile nous interroge sur le sens de notre vie chrétienne. Ne faisons-nous pas profession de croire au Christ ? Ne sommes-nous pas comme ces Grecs (Jn 12, 20) qui veulent « voir » Jésus ? Le Nom du Christ n’est-il pas sur nos lèvres ? Or, considérons-nous suffisamment par où il est passé ? Et nous demandons-nous de temps en temps s’il faut en faire autant ? Nous faut-il comme le grain de blé mourir en terre pour porter du fruit en abondance ? Ou, pour le dire autrement mais dans les mêmes termes que l’évangile, cesser de s’attacher à la vie ici, en ce monde, afin de la garder pour la vie éternelle (Jn 12,25) En prononçant ces paroles, à l’intention des Grecs désireux de le « voir » et qui doivent d’abord « l’entendre » (N’est-ce pas la Parole qui donne à « voir » ?), Jésus ne parle-t-il pas de lui et des Grecs et de nous aussi ? Existe-t-il un autre chemin pour, comme l’indiquait le titre d’une précédente méditation, « réussir sa vie » ou porter du fruit en abondance, comme dit Jésus dans le passage d’aujourd’hui ? (Jn 12, 24) Quel chemin ! Qui pour être chemin de Vie doit passer par la mort…à soi ! Mourir à soi pour vivre en l’Autre ? N’en est-il pas ainsi de la vie du Christ ? Sa vie n’est-elle pas sous-tendue par un souci constant, bien visible en ce passage, d’une référence à autre que lui ? A l’Autre, à son Père ? « Maintenant mon âme est troublée. Que puis-je dire ? Dirai-je Père délivre-moi de cette heure ? Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père glorifie-ton Nom » (Jn 12, 18) Le Père ! La référence absolue pour Jésus. Celle pour laquelle il a repoussé les tentations au désert, et pour laquelle il a dû lutter toute sa vie. « Jésus s’offre à mourir, pour l’accomplissement de l’œuvre qui glorifiera le Père, en manifestant son amour pour le monde » (Note « f »pour le verset 12,28 de la bible de Jérusalem) Passionné de l’homme à qui il veut révéler le Nom du Père, l’amour du Père, Jésus se laisse dépouiller même de sa vie. Mais dans le même temps parce qu’il expérimente l’amour du Père, il s’abandonne en totale confiance malgré le supplice et, dépouillé de lui-même, proclame sur la croix et à la face du monde que la perte de sa vie est un gain en Dieu. N’est-ce pas ce que nous dit la résurrection ? Ce chemin ne doit-il pas être le nôtre ? Ce Père, d’où il vient en tant que « Fils » et vers qui il retourne en tant que « Fils de Dieu fait homme », n’est-il pas tracé pour nous ? Ne sommes-nous pas destinés, nous aussi, à, dans le Christ, rejoindre le Père ? Notre chemin pourrait-il donc être différent de celui de Jésus de Nazareth ? Alors « Père, glorifie ton Nom », est-il aussi notre passion ? Et que les hommes, par notre vie découvrent l’ amour du Père, est-il notre souci au point d’en vivre et d’en mourir ? Faut-il aller jusque là ? « Si quelqu’un me sert, qu’il me suive et là où je suis (dans la gloire, la présence du Père) là aussi sera mon serviteur » (Jn 12, 26) Encore une fois faut-il le suivre jusque là ?
Père Christian BLANC, a.a. Voici Dieu… ! 4èm dimanche de Carême B/ Jn 3, 14-21Et
pourtant rien n’y paraît ! Nicodème qui, de nuit, vient trouver Jésus
n’y voit goutte. Pour lui Jésus est un rabbi « car nul ne peut faire
les signes qu’il fait sans que Dieu ne soit avec lui », mais un rabbi
simplement. Un rabbi impressionnant cependant et qui pique sa curiosité.
Serait-il possible d’aller plus loin dans la compréhension de Jésus ?
Celui-ci le souhaiterait. Ne lui propose-t-il pas de renaître ? Mais Nicodème,
déjà vieux, se demande s’il faut pour renaître, remonter jusqu’au sein
maternel puis ressortir nouveau-né ? Dieu pourtant « en personne »
lui parle en Jésus de Nazareth ! Mais Nicodème est ailleurs, sur une
autre longueur d’onde, en dehors du champ de la foi, imperméable à
l’Esprit. Pourquoi ce rendez-vous manqué ? Pourquoi cette nuit dans le cœur
de Nicodème, lui un homme bien intentionné pourtant ? « Il était
venu « de nuit » ce qui peut s’entendre « venant de la nuit »
vers la lumière qu’est le Christ lui-même ; mais n’ayant pu franchir
le pas, il semble être comme happé de nouveau par les ténèbres : il
disparaît curieusement de la scène sans que le texte n’ai jamais mentionné
sa sortie » Est-ce plus difficile qu’il n’y paraît de reconnaître
Dieu en l’homme de Nazareth ?
De reconnaître Dieu dans cet homme à la fois fort intérieurement et fragile ?
Même pour quelqu’un de bien comme Nicodème ? A partir de Jn 3,
11, alors que Nicodème a disparu,
c’est à nous, lecteurs, que Jésus s’adresse. N’avons-nous pas tendance
à aller chercher Dieu ailleurs qu’en l’homme de Nazareth ?
Retrouvons-nous, dans ce qu’il énonce et qui va suivre, notre propre
expérience de foi et de vie ? N’est-ce pas lui qui, comme le serpent
d’airain élevé au désert, est élevé lui-même « afin que quiconque
croit ait, en lui, la
vie éternelle » ? (Jn 3, 15) N’est-ce pas lui qui, par sa vie
s’achevant à la croix, manifeste « qui » est Dieu ?
N’est-ce pas lui qui selon une logique incompréhensible, exprime dans sa vie
comme dans sa mort sur la croix et sa résurrection un amour indéfectible
envers l’homme ? « Dieu a tant aimé le monde qu’il
a envoyé son Fils l’Unique Engendré » (Jn 3, 16) Dieu n’a
rien fait pour éblouir les hommes, les séduire et les réduire à sa merci. Il
est venu tout simplement, mais il est venu, très important, pour dire qui nous
étions pour lui. En effet, qu’est-ce que l’homme pour Dieu ? Sa créature
infiniment aimable et qui le reste toujours jusques et y compris dans l’égarement
et le refus de reconnaître cet amour inconditionnel, qui veut faire vivre, car
seul il le peut : « afin que quiconque croit en lui ne se perde pas
mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16b) Rien ne peut détourner de nous
sa Bonté, sa Miséricorde. L’homme malgré toute sa non-foi, n’y fera rien,
sinon que par son refus, il s’abîme lui-même. Dieu, le Fils, Jésus de
Nazareth plaqué sur la croix proclame encore l’amour toujours actuel et
efficace de Dieu son Père. Voici
Dieu ! Le contemplons-nous ainsi ?
Nous laissons-nous aimer par Lui ? « Car Dieu n’a pas envoyé le
Fils dans le monde pour juger le
monde mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » Jn 3,17 Pas
pour juger mais pour aimer. « Changer
de Dieu » disions-nous la semaine dernière, et aujourd’hui nous disons : Voici
Dieu… ! Qu’en dis-tu ? Lui ressembles-tu ? Change de "Dieu"...!Jn 2, 13-25 / 3ème dimanche de Carême BQuelle étrange invitation ! Mais ne sommes-nous pas en Carême ? Et la conversion ne peut-elle pas aussi atteindre notre relation à Dieu ? N’y a-t-il pas quelques idoles à renverser dans notre façon de le voir, de le comprendre ? Qui pourrait dire que le Christ est devenu le centre de sa vie ? Change de « Dieu ».. ! Étrange invitation qui sonne comme une provocation ! En effet que veut-elle dire ? Le Dieu en qui nous disons croire n’est-il pas le bon ? Faudrait-il en trouver un meilleur ? Tout simplement venons à l’Évangile de ce jour. Jean nous présente Jésus, au début de son ministère, dans le Temple de Jérusalem. Qu’est-il venu y faire ? Dans ce haut lieu de la vie du peuple, quel dessein poursuit-il ? Il s’enflamme. Poussé par l’amour de la maison de son Père, il ne supporte pas la contrefaçon. Les changeurs sont bousculés et les animaux renversés. Qu’ont-ils fait de mal ? Ne faisaient-ils pas partie du service du temple. Comment sans eux, les pèlerins auraient-ils pu se procurer la monnaie du Temple en échange de la monnaie romaine interdite dans cette enceinte ? Et comment offrir les sacrifices prescrits sans trouver sur place les animaux dont le culte avait besoin ? Jésus pourchasse le faux semblant, cette organisation nécessaire a-t-elle tourné au mercantilisme ? Sans doute une purification s’impose : « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (2, 16) Mais il y a plus. Il est temps de changer de « Dieu » Le temple et l’idée de Dieu qu’il représente ne subsistera pas. « Détruisez ce temple en trois jours je le relèverai » (2, 19) Jésus annonce la caducité de ce lieu, devenu inutile pour une vraie relation à Dieu en esprit et en vérité. « Le Temple (à relever, même mot que ressusciter) dont il parlait, c’était son corps » (2, 21) Le Temple comme toute chose visible faite de main d’homme, peut devenir, se dégrader en objet d’idolâtrie. Aussi n’ayons pas peur du questionnement : Notre foi s’adresse-t-elle bien au Dieu Vivant ? Ne prenons-nous pas pour argent comptant les « choses », les lieux qui tentent de le représenter ? Jésus n’y va pas de main morte au cours de son intervention dans le Temple, c’est qu’il ne peut laisser les fidèles s’enfoncer dans l’erreur. Dieu est inaccessible à notre regard, toujours au-delà de nos prises, mais notre regard affectif veut toujours se poser sur des fabrications humaines sensées renvoyer à lui et le risque est grand de s’y arrêter. C’était vrai pour le Temple c’est toujours vrai aujourd’hui. Si nous n’approfondissons pas notre foi, si nous ne cherchons pas à la comprendre (la paresse en ce domaine comme en d’autres est un péché !), si au contact de la Parole, L’Église et chacun de nous ne laissent pas renouveler sa façon de voir Dieu, si le rite, la pratique, la dévotion et les émotions du passé l’emportent sur la nouveauté de la Bonne Nouvelle entendue aujourd’hui, alors qu’est-ce qui nous garanti que nous sommes bien ajustés au Père de Jésus-Christ ? Oui, il faut constamment revoir notre idée de Dieu, car nous procédons toujours par représentations inadéquates. Elles doivent donc être purifiées. Change de « Dieu »…! Une invitation provocante mais salutaire. Qu’en pensez-vous ? Il faut mourir…! Mc 9, 2-10 /2ème dimanche de Carême BQui ne le sait ? Pourquoi le redire ? Et puis quel drôle de titre pour une méditation à propos de cette scène éblouissante de lumière qu’est la Transfiguration ! Et même ce titre n’est-il pas en contradiction avec les deux précédents qui célébraient la vie et la réussite, (une certaine réussite) ? D’autant plus curieux ce titre, que l’affirmation « il faut mourir » ne se trouve pas comme telle dans l’Evangile de ce jour. Est-il mal venu pour autant ? Je ne puis le penser car la réalité s’y trouve bel et bien. N’est-elle pas l’enjeu de cette expérience de gloire ? Pourquoi cette Transfiguration de Jésus à mi-parcours de l’évangile de Marc, alors que cesse le ministère en Galilée et que s’amorce la montée vers Jérusalem ? Ne vient-elle pas préparer les trois disciples Pierre, Jacques et Jean à une issue « inconvenante » ? Jésus révélé dans son identité de Fils bien-aimé ne s’en va-t-il pas vers ce qui devrait ne pas se produire puisqu’il est ce qu’il est ? Or cela sera. Au centre de l’expérience pleine de lumière, Élie et Moïse ne s’entretiennent-ils pas de ce qui se profile : la passion et la croix ? Même si Marc ne l’explicite pas, nous le savons par ailleurs, en lisant le passage parallèle de Luc. Et n’est-ce pas cette issue insupportable que refuse Pierre au risque de s’entendre qualifié de « satan » comme si sa réaction, pourtant tout à fait compréhensible, voulait empêcher Jésus de passer par la souffrance et la mort ? Le Messie, le Fils de Dieu, va donc passer par la mort ! En cette scène qui préfigure la résurrection,s Marc nous y prépare. Ce passage par la mort ne pouvait-il pas être évité ? Cette expérience absolue de dépouillement ne pouvait-elle pas être épargnée ? « Le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et après trois jours ressusciter » (Mc 8,31…) La réponse est claire. Il
faut mourir…! En évoquant cette issue commune, au moment où nous méditons l’Evangile de la Transfiguration, et que nous contemplons le Christ, est-ce déplacé de nous demander comment nous acheminons-nous vers ce « passage » ? En ce temps de Carême, temps du dépouillement, sommes-nous engagés dans la remise en cause de notre « moi » Il n’a fait que la volonté du Père Celui qui, en route vers Jérusalem, révèlera l’amour par le don de sa vie. Il
faut mourir, mourir à soi ? Au moment de notre passage serons-nous transfigurés par le don de nous-mêmes ? Dans la nuée une voix dit : Écoutez-le…!
Suis-je en train de réussir ma vie ? Mc 1, 12-15 / 1er dimanche de Carême BQuestion
osée mais pas nécessairement déplacée en ce temps de Carême. Elle s’est
imposée sans effort à la lecture de l’évangile d’aujourd’hui. Jésus,
au sortir de ses quarante jours d’affrontement avec Satan, proclame que les
temps sont accomplis, que le règne de Dieu est proche et que, donc, il est
temps de croire à la Bonne Nouvelle, ce qui équivaut à se convertir. Croire
à la Bonne Nouvelle et réussir sa vie n’est-ce pas tout un ? Croyez
à la Bonne Nouvelle ! Avons-nous besoin d’entendre une telle parole ? Proclamée
par Jésus au terme de son désert, elle sonne comme une victoire. Nous
concerne-t-elle ? Dans quel état nous trouve-t-elle ? Sommes-nous aux prises
avec des problèmes apparemment insolubles ? Sommes-nous las, fatigués, désorientés
? Nous sentons-nous superficiels, en état de flottaison sur ce monde déchaîné
? Comment va notre vie ? Vers « quoi » se dirige-t-elle ? Avons-nous
pouvoir sur elle ? Notre vie est en partie ce que nous en faisons. Constamment
ne disons-nous pas « oui » ou « non . Constamment nous
nous faisons ou nous défaisons. Avec
le silence qui nous vient du désert nous sommes invités : à nous laisser
interroger par tout ce qui en nous, murmure, jalouse, s’effraie, fuit,
imagine, s’emballe, cherche à comprendre, veut aller vers la lumière…; à
nous laisser interroger par tout ce qui nous tente et nous laisse miroiter un
bonheur proportionné à notre importance aux yeux du monde, au prestige que
nous pourrions obtenir ou n’avons pas pu obtenir, à notre possibilité d’être
le plus fort, à avoir le dessus, à être le meilleur par rapport aux autres.
Une parole se dit en nous qui nous susurre de belles choses pour nous mettre au
centre du monde. Une autre se dit aussi qui nous proclame incapables de rien. Dans
quel état sommes-nous ? Que dit le fond de notre cœur ? Dans
le désert que s’est-il passé pour le Christ ? Qu’a-t-il affronté d’après
vous ? Ne s’est-il pas heurté au
vombrissement de toutes sortes d’idées, d’émotions, de choix. Jésus vient
d’être manifesté comme le fils bien-aimé du Père. Va-t-il accepter de se
reconnaître « Fils » ? Entrera-t-il dans la mission qui lui est
proposée ? S’engagera-t-il sur le chemin du Père, pour
une réussite de vie et de
mission à l’opposé de ce que le monde
envisage ? Jésus en sa conscience d’homme expérimente la liberté humaine et
dans le désert doit faire un choix, alors même que des forces tourbillonnent
autour de lui pour le mettre à l’épreuve.
Fera-t-il le choix radical ? Réussira-t-il
sa vie selon le père ? Entrons
en Carême, entrons en nous-même ! L’espace n’est pas toujours très agréable
mais c’est le nôtre, le seul qui soit à nous. Encore que nous n’y soyons
pas seul ! L’Esprit du Christ, notre avocat, nous y accompagne. Peut-être même
nous y pousse-t-il, tant il est vrai qu’il n’y a pas de vie véritablement
humaine sans prise en compte de soi et purification du cœur. Entrons en nous-même
pour habiter notre vie. Qu’elle prenne la bonne orientation( se convertir, se
tourner vers) Ne faut-il pas constamment corriger nos trajectoires ? Croyez
à la Bonne Nouvelle : Le Christ lui-même est la bonne nouvelle. Il
est la Bonne Nouvelle car il a réussi sa vie. Peut-être
ne l’avons-nous pas encore bien compris ? Peut-être avons démissionné dans
la prise en main de notre vie ? A nous de croire à cette Bonne Nouvelle
Il toujours temps de réussir sa vie !
« Il
est là… ! »
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Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation