Année B (2005-2006) de l'Avent à la fête du Saint Sacrement cliquer ici
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Première lecture : Dn 7, 13-14 La royauté du Fils de l'homme Psaume : Ps 92, 1... Jésus Christ, Seigneur, tu règnes dans la gloire Deuxième lecture : Ap 1, 5-8 Le sacerdoce royal des sauvés
"Sur le seuil... ! " 26 novembre 2006, Christ Roi - Fin de l'Année B Evangile : Jn 18, 33-37 « Je suis roi » D e quel côté, en méditant l’évangile, allez-vous donc vous mettre ? Du côté de Jésus ou du côté de Pilate ? Du côté de Pilate je vous propose d’être. Ce gouverneur romain, au passé de tyran, vit une situation qui lui est inconnue. Un homme devant lui, pauvre et démuni, sans agressivité, lui a été amené pour être condamné. Or rien en lui n’est motif à condamnation. Pilate le répète, par trois fois, au cours de ces chapitres.(Jn 18, 38 ; 19, 4 et 6) L’homme à condamner n’a pas troublé l’ordre public, n’a pas soulevé le peuple contre le joug romain, n’a pas attenté à la vie de quelqu’un. Alors qui est-il, et pourquoi est-il là ? Si d’ailleurs cet homme était coupable, ce n’est pas de s’en être pris à l’homme, mais d’avoir écorné une certaine compréhension de Dieu : Transgression du sabbat, redéfinition des préceptes mosaïques, attention aux petits, aux réprouvés, aux rejetés de la société. Autant de griefs propagés par ses propres ennemis, mais sont-ils des preuves suffisantes pour que Pilate le condamne ? Ce procureur romain démuni lui aussi, mais d’une autre façon, n’imagine pour cet homme que sa libération. Cet homme l’a étonné. « Es-tu le roi des juifs ? » lui a-t-il demandé. Comme à l’accoutumé Jésus a fourni, en guise de réponse, une interrogation. Il invite Pilate à faire, en lui, toute la lumière. « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit ? » Et Pilate proteste de n’être pas juif, lui ! . Ce qui nous laisse entendre que s’il ne s’est pas exprimé par ouï-dire juif, il n’est pas loin de penser, en son intimité, que Jésus est un roi. De quelle royauté ? Cela reste à voir. Alors Jésus s’explique. Son royaume n’est pas de ce monde, sans être pour autant ailleurs que dans ce monde ? Ce royaume ne fonctionne pas par la force qui impose ou contraint. C’est pourquoi Jésus est seul, face au questionnement. Personne pour le défendre, pas d’armée pour combattre. Il est roi mais d’une autre façon qu’on l’est habituellement.Pourtant Jésus est roi, il ne le renie pas. En tout cas, il le montre en étant maître de lui-même. N’a-t-il pas engagé, probablement à l’insu de son procureur, un dialogue avec lui ? On assiste pacifiquement à des rôles inversés. Jésus serait-il maître de l’homme qui doit le condamner ? Roi, royauté qui n’est pas de ce monde ; vérité, les mots tourbillonnent dans l’esprit de Pilate. Va-t-il comprendre que le procès qu’il est chargé d’instruire, juge la Vérité ? Comprendra-t-il surtout qu’on ne la juge pas mais qu’elle s’impose à soi pour l’accueillir ou pas ? Franchira-t-il le seuil qui le sépare encore de la Vérité ? Pilate, habituellement cruel, s’approche « dangereusement » de ce qui pourrait être pour lui, un complet changement. Le trouble qui l’habite fissure sa personne. Il est devant quelqu’un qui, non pas, lui tient tête, mais lui parle autrement à propos de royaume. Il vit un vrai dilemme. Comment sortir maintenant de ce saisissement en respectant cet « innocent-coupable » tout en satisfaisant au diktat des juifs ? La vérité serait-elle une œuvre de compromis ? Envers les juifs qui veulent coûte que coûte un Jésus condamné, Pilate temporise. Etes-vous sûrs, leur dit-il, que cet homme est coupable ? Pourquoi ne pas le libérer et vous livrer Barrabas ? Des coups bien appuyés ne suffiraient-ils pas à satisfaire votre besoin de vengeance ? Pilate, entre cet homme qui le trouble et la foule qui menace, va-t-il trancher dans le sens du vrai ? Ou bien va-t-il laisser aller ? N’est-il pourtant pas à deux doigts de connaître la Vérité ? En faudrait-il beaucoup pour qu’il soit sauvé ? Ne sais-tu pas, dit-il à Jésus, que j’ai pouvoir de te relâcher ou de te crucifier ? Et Jésus de répondre : « Tu n’aurais ce pouvoir s’il ne venait d’en Haut ». Cerné, va-t-il saisir qui parle en face de lui ? Restera-t-il sur le seuil, au lieu de s’élancer vers le roi de vérité ? Les juifs, Jésus, Pilate, la Vérité ! La pirouette arrive qui stoppe l’engagement. Pour ne pas avancer, on fonce dans l’abstrait. La vérité, vous dites ?Mais qu’est-ce que la vérité ? Voici comment il noie l’embarras trop pesant. La vérité serait-elle une notion ? Quelque réalité nichée là-haut dans le ciel des idées et que l’intelligence pourrait s’approprier ? Jusque là, c’est ainsi que l’homme le pensait. Mais ce temps est passé. La vérité est là en cet homme condamné qui en fait est le juge de ceux qui le condamnent. Pilate s’est dégagé de l’emprise de cet homme qui voulait l’obliger à mieux se situer. Il flotte maintenant dans l’aire du raisonnement. Son esprit s’accommode du brouillard des idées, son être a fui l’exigence de la vérité. Une dernière fois, regardons ce face à face de Jésus et Pilate. Écoutons le dialogue qui rapproche l’un de l’autre. Et notons finalement la prompte volte-face de Pilate.Qu’est-ce que la vérité ? « Je suis né et venu dans le monde, dit Jésus, pour rendre témoignage à la vérité. Tout homme qui appartient à la vérité écoute ma voix. » (Jn 18, 37) Nous lui appartenons, elle ne nous appartient pas. Pilate aurait pu entrer au royaume du vrai. Il s’en est approché et puis s’est éloigné. Il est resté au seuil, et…. n’a pas été libéré... Sur le seuil ! Et nous, l’avons-nous franchi ?
"Tenir... !" 19 novembre 2006, 33° dim. du temps ordinaire BEvangile : Mc 13, 24-32 La venue du Fils de l'homme De cet échange entre Jésus et ses disciples à propos de la fin que nous faut-il comprendre ? Il parle de sa venue, celle du Fils de l’homme. Pour l’instant il est là conversant avec eux mais un jour il viendra tout nimbé de la gloire, en maître de l’Histoire. L’horizon des disciples s’étire dans le temps. Ils doivent considérer que celui qui leur parle, un jour, on ne sait quand, au terme de l’histoire, sera le même qui viendra faire vivre ensemble toute l’humanité. En ce point de l’histoire où ils sont assemblés autour d’un homme qu’ils confessent Messie, (Mc 8, 29) leur semble-t-il possible de croire à ce qu’il dit ? Il parle comme Dieu, évoquant sa venue, émergeant de l’Histoire, alors que là devant eux, il est tout simplement un homme, sans un autre pouvoir que la force de sa parole ! « Le ciel et la terre passeront mais mes paroles ne passeront pas. » (Mc 13, 32) Comment peut-il rêver de maîtriser l’histoire alors qu’il y est dedans et qu’elle va l’engloutir ? Car en même temps qu’il évoque son retour glorieux il marche vers la mort qui lui sera donnée par la haine des hommes. Comment croire cet homme quand il parle puissance, triomphe de la vie, alors que bientôt, dans un très bref délais, quelques hommes auront raison de lui ? La passion qui s’annonce ne réduira-t-elle pas toutes les raisons de croire ? Les disciples qui flanchent au moment de la croix pouvaient-ils faire davantage face à l’événement ? Pouvaient-ils au sein de la tourmente, tenir à la fois que cet homme qui meurt et à qui ils ont donné leur vie, serait en même temps le vainqueur, jaillissant du tombeau, pour presque aussitôt retourner au silence jusqu’au moment ultime, au terme de l’histoire, où il viendrait à nouveau ? Pouvaient-ils tenir en même temps, l’événement présent, effondrement total, et le terme de l’histoire, un retour triomphant ? Il est bon de se dire que la foi nous dilate et nous donne d’attendre ce qui semble impossible. Les disciples écoutent Jésus mentionner la venue du Fils de l’homme alors qu’il est là, en train de marcher vers la mort ! N’est-ce pas surprenant ? Et que veut-il leur dire, sinon que de tenir pour sûre, sans se laisser abattre, la force de sa parole. Tenir ! Tenir à lui quoiqu’il arrive. Tenir à lui contre vents et marées. Tenir à lui quoiqu’il en soit des développements de l’histoire. Il ne manquera pas d’épisodes surprenants, abominables mêmes, pour ébranler la foi en l’homme de galilée. Depuis qu’il est passé, faisant le bien sur terre, il n’y eut pas un jour où mal et malheur n’aient frappé, suscitant une question sur la véracité de ce qu’il affirmait. La puissance de Dieu, telle qu’il l’a incarnée, s’accommode si bien de la misère humaine qu’on finit par douter que Dieu aime les hommes. Pourtant, ce qu’il a vécu au cours de son passage, et l’empreinte laissée au cœur de ses disciples, transmise jusqu’à nous par la communauté porteuse des évangiles, révèle cet amour qui ne peut pas passer. Tenir ! Là où nous sommes, aux prises avec nous-mêmes, en lutte avec les autres, affrontés aux conflits, aux épreuves de toutes sortes, le Christ demandait, et le demande encore, de tenir ferme à lui. Que l’histoire, en son cours si tumultueux soit-il, ne s’effondrera pas dans le vide, le néant. Que tous les soubresauts, de la nature et des hommes, pourtant si dramatiques, n’empêcheront pas l’amour d’être un jour, le gagnant. Que tout ce qui se passe, qui heurte et qui fait peur, n’est qu’une sorte de prélude, de signe avant-coureur, d’une montée de l’Homme, vers une plénitude s’achevant dans le Christ, le fils de l’homme annoncé, qui célèbrera, personne ne sait quand, sinon le Père, la victoire de l’humanité enfin réconciliée. Tenir… Tenir ferme dans la foi et façonner l’histoire pour que le jour du Christ, Fils de l’homme, Fils de Dieu, arrive au plus vite. Le figuier, évoqué dans ce contexte d’aboutissement du monde, délivre le message que le monde perturbé s’en va vers une fin, où l’homme, malgré toutes les apparences, sera sauvé. « Le ciel est la terre passeront mais mes paroles ne passeront » Tenir…et façonner l’histoire… Puis-je dire où j’en suis ?
"Pour vivre... ?" 12 novembre 2006, 32° dim. du temps ordinaire B Evangile : Mc 12, 38-44 L'ostentation des scribes - L'aumône de la pauvre veuve (brève : 41-44) Ce sont les derniers mots prononcés par Jésus, à propos de cette pauvre veuve venue déposer dans les troncs de la salle du trésor deux maigres piécettes, autrement dit rien. Cette pauvre veuve attire le regard de Jésus au point qu’il appelle ses disciples pour la leur faire remarquer. Il la trouve vraie, juste, indemne de mensonge, sans recherche d’apparences. Il est vrai qu’il vient de fustiger ceux qui, parmi les scribes, ces savants de la Loi, s’en prennent même aux veuves pour subtiliser leur argent. Les veuves en effet sont pauvres, car en perdant leur mari elles ont perdu leur subsistance. Inaptes à l’héritage, elles n’ont d’autres ressources que les produits de leur quête. De plus, elles sont totalement désarmées face aux pouvoirs qui, pourtant selon la Loi, devraient les protéger. Les scribes, leurs premiers protecteurs, seraient-ils leurs premiers exploiteurs ? Jésus les stigmatise et fait savoir aux disciples, en leur montrant la veuve, qu’ils doivent se garder d’être à leur ressemblance, ni dans la course aux biens, ni dans ce besoin d’entretenir les apparences. Qui n’a rien, n’est rien ! Cela est souvent vrai aux yeux de certains hommes mais exécrable pour Dieu. Jésus voit cette femme qui confirme sa valeur. Elle vaut plus que les autres qui sont pourtant savants et spécialistes de la Loi. Les disciples avertis sauront-ils en faire leur profit ? Probablement que dans l’église au temps des évangiles, déjà, certains hommes responsables tiraient quelques profits de leur autorité. Cette veuve, posée là devant nous, a jeté dans le tronc tout ce qu’elle avait pour vivre. Pour vivre ? Elle a donné au temple le reste de son avoir. Personne ne l’a vu, elle est tellement menue, sauf Jésus. Les pièces ont dû tomber sans faire trop de bruit, « deux » n’est pas une poignée. Les prêtres n’ont rien su, qui pour une grosse somme, faisaient, paraît-il dans ce cas, sonner de la trompette. Mais en donnant de l’argent se donne-t-on vraiment ? L’argent est ambigu. Il permet d’acheter bien des choses, comme la bonne conscience ou la tranquillité. Ce qui n’est pas le cas de cette pauvre femme qui, en donnant si peu, a tout donné ce qu’elle avait pour vivre. Que lui reste-t-il à faire ? A quêter, à mourir ? Elle s’est rendue plus vulnérable encore qu’elle n’était, tout en faisant confiance à plus que le Trésor et à plus que le Temple même si, d’une certaine façon, elle en est exploitée. A qui remettait-elle toute sa subsistance ? Jésus qui la regarde se retrouve-t-il en elle ? Que lui arrivera-t -il également à lui ? N’est-ce pas dans le dépouillement le plus radical qu’il gardera sa confiance, non plus au Dieu perçu à travers le commerce du Temple, mais à son Père qui accepte son don pour en retour lui remettre la Vie.Tout donner pour vivre ! Elle a tout donné pour vivre, pour que lui soit accordée la vie, qui sans ce dépouillement, ne peut être reçue. Tant qu’on ne répond pas au don que Dieu nous fait en se donnant à lui radicalement, on maintiendra certes une vie mais on ne vivra pas. Il y a dans ce dépouillement une logique d’échange qui fait accéder à un niveau de vie qui dépasse le simple souci d’entretenir celle d’ici. Pour vivre ! N’est-ce pas la condition : se débarrasser de tout ce que l’on a, pour se donner soi-même dans un échange en Dieu ? Cette femme bien ordinaire, pauvre et veuve de surcroît, l’avait-elle à ce point compris ou bien sans le savoir symbolisait-elle l’idéal de celui ou celle qui cherche Dieu ? On pourrait s’arrêter à sa générosité, vanter la privation qu’elle semble s’imposer, trouver beaucoup de foi dans ce geste qu’elle fait. Mais on peut également aller un peu plus loin et déclarer que, hors ce dépouillement, il n’est pas de vie véritable. « Pour vivre » faut-il en arriver là ? Les biens sont une tromperie quand on pense qu’ils assurent notre pérennité, qu’ils procurent l’essentiel. Nous nous trompons de vie quand nous leur demandons ce qu’ils ne peuvent donner : la Vie. Ne cherchons pas plus loin ce qu’il faut faire « pour vivre ». Cette femme l’enseigne, proposée par le Christ. Cette femme lui ressemble. N’a-t-il pas fait confiance ? N’a-t-il pas tout donné ? Tout donner, se donner : « Pour vivre. »
"Ne te disperse pas... !" 5 novembre 2006, 31° dim. du temps ordinaire BEvangile : Mc 12, 28-34 Le grand commandement V a droit au but, ne te disperse pas en détours inutiles. Il s’agit d’aimer Dieu, n’est-ce pas l’essentiel ? Et dans le même mouvement, il faut aimer les autres, comme s’ils étaient soi-même. En ces deux dimensions qui sont indissociables dans l’ordre où elles sont dites, s’exprime le plus grand de tous les commandements et leur observance vaut tous les holocaustes et tous les sacrifices.Il s’agit d’aimer Dieu ! Le scribe qui entend ce que lui dit Jésus n’en est pas étonné. C’est même le contraire. Il acquiesce volontiers aux propos de Jésus et reprenant à son compte le « Schema Israël » et « l’amour du prochain comme soi-même », il confirme que Jésus lui a bien répondu. Pour une fois, la chose vaut la peine d’être mentionnée, un scribe et Jésus s’entendent à merveille. Jusqu’à un certain point cependant, non que l’échange tournerait brusquement au vinaigre, mais si proches qu’ils soient, il reste pourtant entre eux une distance. Jésus le signifie lorsqu’il exprime à l’homme que, s’il a bien compris et a répondu juste, il n’est encore que proche du royaume de Dieu. Pas loin, peut-être tout prêt d’y pénétrer, mais pas encore dedans. Entre Jésus et lui, notons cette distance, et demandons-nous que peut signifier d’aimer Dieu ?Aimer Dieu ? Mais n’est-ce pas pour cela qu’il y avait 613 commandements, répartis en deux groupes : 365 en formes positives et 248 indiquant ce qu’il ne faut pas faire. N’était-ce pas une façon de se tenir sous la coupe de Dieu et de conserver en mémoire quelle était sa grandeur ? Qui dit aimer Dieu, ne pense-t-il pas observance de commandements ? Dieu que je ne vois pas, comment pourrai-je l’aimer, sinon en me pliant à ce qu’il me commande : « Tu ne … », préceptes auxquels pour mieux l’aimer on en ajoute encore. Ce qui justement ne manqua pas d’être effectué par les hommes religieux les plus zélés. Et même, après avoir appris de la part de Jésus, quel était le plus grand en deux commandements, il n’est pas sûr que l’on puisse sortir de ce même réseau constitué par d’autres observances.. Car aimer Dieu reste assez énigmatique et aimer son prochain n’est-il pas suspendu à ce que l’on croit de Dieu ? D’où, pourquoi pas la question :Qui est ce Dieu que l’homme doit aimer ? Pour le scribe, la question ne se pose même pas. Dieu porte ce visage, façonné au cours des âges depuis que l’ancêtre Abraham en a eu connaissance et qu’il en a accepté l’alliance en soumettant sa vie de toute son énergie. « Va où je te montrerai… » et Abraham partit…Comme le scribe, mais sans baigner dans la même culture, les hommes d’aujourd’hui, nous probablement aussi, nous savons ou imaginons quel est ce Dieu qu’il faut ou pas aimer. Au seuil du royaume de Dieu annoncé par Jésus et contenu en lui, le scribe connaît Dieu avec ses références mais le connaît -il autant qu’il pourrait le connaître s’il s’ouvrait davantage à sa réalité. Est-ce si sûr que l’entente entre Jésus et le scribe ne comporte pas en même temps une très grande différence ? Pratiquer le plus grand commandement suffit pour être fidèle à Dieu, Jésus et son interlocuteur en sont tombés d’accord, mais ont-ils l’un et l’autre une même connaissance de qui est Dieu ? Posons donc la question, car il est primordial de pouvoir y répondre, pour notre comportement et pour ce qu’il en est, d’aimer Dieu et les hommes, à la fois. Ne serait-ce pas pour cela qu’après la réponse de Jésus et l’acquiescement du scribe, personne n’ose plus interroger Jésus ? Ne sentaient-ils pas, les uns et les autres, qu’après ces réponses, il fallait faire un pas, encore plus engageant ? Le confort d’une foi rechigne au changement. De même que souvent, par facilité ou peur, on préfère passer par des intermédiaires plutôt que de s’adresser directement à lui. Regardons bien cet homme en face de Jésus ; il a le cœur ouvert et s’est aventuré jusqu’au bord de la foi en ce Dieu qu’il confesse mais qu’il ne connaît pas, qui pourtant lui adresse « à visage découvert » de faire l’expérience d’entrer dans le royaume. Aimer Dieu, dès lors, prendrait une toute autre allure. Non plus d’être observance des données de la Loi, mais de se mettre à suivre celui qui est le Seigneur, révélateur du Père. Jésus laisse les hommes à leur questionnement, à la maturation de leur libre décision, mais il est là, incontournable Envoyé, pour offrir le royaume, dont seul il a la clef, à ceux qui reconnaissent en Lui, le vrai visage de Dieu.« Aimer Dieu » devient alors « suivre le Christ » En lui, le plus grand des commandements prend forme, non pas en choses à faire sans prise directe avec lui, mais d’intimité avec lui pour mettre en œuvre en soi, sa propre façon de faire. En contemplant le Christ, en demandant à son Esprit de nous rendre semblables, nous trouverons ici comment nous comporter, vis-à-vis du Père (qui n’est pas Dieu tout seul, même si Dieu est « UN ») et vis-à-vis des autres, comme il les a fréquentés. Aimer n’est pas seulement s’emparer d’une pensée ou exécuter des ordres, c’est entrer en relation et se laisser marquer par toute la vie de l’Autre. Face au Christ qui lui parle, le scribe reste sur le seuil du royaume de Dieu. Mais quand il comprendra que le royaume est là, qu’il l’a en pleine face, il devra décider de se mettre à sa suite. Alors il aimera le Christ et apprendra à aimer, comme le Christ aime, et le Père et les hommes qui sont fils adoptifs. Ne nous dispersons pas. Allons tout droit au but ! Passons par Jésus Christ. Laissons prendre nos vies au feu de son Esprit qui veut nous inculquer les manières du Christ.Ne te disperse pas ! Sache bien en qui tu crois.
"Voir... !" 29 octobre 2006, 30° dim. du temps ordinaire B Evangile : Mc 10, 46-52 Guérison d'un aveugle à Jéricho A vec quelle énergie l’aveugle de Jéricho interpelle jésus ! Le connaît-il déjà ? Ou bien a-t-il saisi, comme intuitivement, ce qu’il pouvait attendre de l’homme qui passait, noyé dans une foule et qui, avec ses disciples, marchait vers le haut-lieu du dernier rendez-vous ? Quelqu’un qui est aveugle vit plus intensément sa relation aux autres. Il ressent fortement toutes les vibrations qui parcourent le monde. Lui, qui est délaissé, obligé de mendier, tassé sur le bord du chemin, perçoit, avec plus d’acuité, ceux et celles qui évoluent tout alentour de lui. Quand on est posé là, tourné vers l’intérieur, on est comme en vigie, se laissant imprégner de tout ce qui se passe. Et lorsque Jésus passe, il signale sa présence, clame son besoin, au grand dam de la foule qui voudrait qu’il se taise..Pourquoi se tairait-il ? Est-il comme attiré par cet homme qui passe ? L’aurait-il reconnu comme étant la lumière qui éclaire tout homme en venant en ce monde ? Ce lien qui brusquement se crée entre ce laissé pour compte et l’homme de Nazareth, mérite bien un arrêt. L’aveugle a-t-il senti de la part de Jésus, un intérêt pour lui, même si Jésus marchait sans s’approcher de lui ? Qu’est-il donc arrivé ? Le lien qui s’établit est beaucoup plus profond que le geste habituel de congratulations pratiqué par les hommes qui s’approchent des pauvres. Entre Jésus et l’aveugle se noue un lien, une relation, une communion invisible, plus réelle que les liens qui rattachent à Jésus cette foule qui l’entoure.Entre Jésus et Lui ? L’écart rend clairvoyant, le retrait perspicace ! Nous avons tous besoin de faire cette expérience à cause du flot continu des mots, des gestes, des images et des bruits de toute sorte. Inconfortable, en quête d’un sens, longtemps on ne voit pas où diriger ses pas. On écoute, on confronte, on s’active, on cherche de toute part « ce » qui enfin donnerait à la vie la joie de la poursuivre. Combien de personnes, sur bord du chemin, attendent le moment de clamer leur misère intérieure ! Combien suivent la foule, sans avoir pris conscience, que Quelqu’un est capable d’illuminer, de l’intérieur, leur existence ! L’aveugle de Jéricho, démuni de tout et dépendant de tous, laisse l’envie de vivre, le désir de voir, le propulser au-devant de celui qu’il a enfin trouvé, de celui qui possède le pouvoir merveilleux de le rendre voyant.La connaissance du Christ est illumination ! Parmi les références qui tissent notre vie, en est-il une qui émerge avec autant d’absolu, que cette relation-communion avec le Christ Jésus ? Relation unique, bien mise en relief dans l’évangile de ce jour. Au sein de ce rassemblement compact, dont le Christ est le centre et l’aveugle sur la marge, « tais-toi », lui était-il dit, une relation prend forme à l’insu des soi-disant bien portants. A l’appel du désir « Jésus fils de David, aie pitié de moi » répond l’appel à formuler une demande « que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Quand l’être est disposé, le Christ se laisse « voir » comme la vraie lumière. « Va, ta foi t’a sauvé » (Mc 10, 52) C’est alors que l’aveugle est devenu voyant: la vie, c’est de marcher à la suite du Christ. Cet homme dans les ténèbres a découvert la Lumière. Il cherchait où porter ses pas, il sait maintenant ! Beaucoup d’yeux voient qui sont pourtant aveugles. Celui qui, parmi les innombrables expériences de sa vie, n’a pas encore fait la découverte unique et personnelle du Christ, vit toujours en attente de lumière. L’adhésion aux valeurs, l’engagement, l’investissement de soi dans des actions humaines ou même religieuses, la prise en compte et le respect des commandements ne sont pas encore l’illumination que donne la foi au Christ, fils de David, Fils de Dieu, l’homme par excellence, que tout être humain, au plus profond de lui, désire rencontrer. Dans cette foule qui suit, un lien s’est instauré, de l’homme aveugle au Christ et du Christ à l’aveugle dont la vie fut changée. Il se mit à sa suite ! Peut-être attendons-nous sur le bord du chemin ? Personne ne nous a-t-il dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Peut-être, ne nous savons-nous pas, en manque de lumière ? Voulons-nous « voir » où diriger nos pas ?
« Vous ne savez pas … ! » 22 octobre 2006, 29° dim. du temps ordinaire B Evangile : Mc 10, 35-45 Le Fils de l'homme est venu pour servir (brève : 42-45) L’écho de sa parole se répercute en moi ! « Vous ne savez pas » dit Jésus aux deux frères Jacques et Jean. (Mc 10, 38) Ils demandaient d’être, tous deux, à ses côtés, au moment de sa gloire. Est-ce trop exiger que d’être avec le Christ ? N’est-ce pas, au contraire, ce qu’on peut souhaiter ? Que n’ont-ils pas compris ? Que ne savent-ils pas ? Regardons le contexte. Jésus, pour la troisième fois, a révélé le drame dont il serait l’objet : Rejet, condamnation, mort et résurrection. (Mc 10, 32-34) En posant leur demande les frères ont-ils saisi ce qui est annoncé ? Ont-ils saisi où se situe la gloire ? Veulent-ils être « avec lui » c’est-à-dire « comme lui » ou bien désirent-ils siéger aux premières places, selon une conception qu’on donne au terme « gloire » ? Leur demande serait-elle celle-ci : « Jésus, une fois dans ta gloire nous voulons être, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, pour participer avec toi au jugement du monde ? » Car cette idée de présence chacun à ses côtés porte en soi l’autre idée de jugement final et probablement de royaume avec de bonnes places.Vous ne savez pas ce que vous demandez ! Nous cherchons ce qu’ils avaient en tête, car leur demande mal orientée pourrait bien éclairer nos façons de prier ou les motivations de nos comportements. Cherchent-ils les honneurs ? Rêvent-ils de grandeur ? Jésus est leur cousin, quelqu’un de leur famille. Attendent-ils de lui, selon ce qui se fait, qu’il comble sa famille en lui attribuant des places de ministres ? Si tel était le cas, ne se tromperaient-ils pas ? Non que Jésus ne veuille accorder le meilleur, mais il n’est pas puissant selon cette idée-là. Sa gloire s’exprime sur la croix. Quand l’homme a rejeté, persécuté, tué Jésus de Nazareth, il a donné à Dieu l’occasion de révéler sa gloire, c’est-à-dire son être, c’est-à-dire l’amour qui ne condamne pas. Les deux frères voulaient-ils se trouver au calvaire à la place des deux condamnés comme brigands ? Pensaient-ils à cela ? En essayant de comprendre la demande des frères, ne doit-on pas être en face des croix du Golgotha ? Le Christ crucifié en compagnie de brigands, n’est-ce pas étonnant ? En pleine expression de sa gloire, le Christ se laisse voir en cette compagnie ! Jean et Jacques n’en furent-ils pas dignes ? Cette compagnie est troublante, ne le trouvez-vous pas ? Ceux qui jugent le monde sont-ils ces crucifiés-là ? Pour lui dire que Dieu, lui, ne condamne pas ? Qu’il ne condamne pas mais provoque le monde à vivre dans l’amour une relation aux autres qui ne domine pas ? Vous ne savez pas ce que vous demandez ! En effet, avaient-ils compris ce qui allait se passer ? Quand ils parlaient de gloire imaginaient-ils qu’elle puisse correspondre à la crucifixion ? Nous demandons à Dieu, au Christ, probablement des choses qui nous paraissent bonnes mais qui ne le sont pas. Nous demandons de nous donner la vie mais demandons-nous aussi de donner notre vie. Nous demandons à Dieu de guérir nos corps, d’augmenter nos biens, de faciliter notre existence pour que tout se passe bien, mais demandons-nous aussi avec autant d’insistance de vivre dépouillé, à la dernière place, de vivre en serviteur à l’image du Christ ainsi qu’ il le demande depuis plusieurs dimanches ? Que demandons-nous ? Quelle est notre prière ? Un jour, les deux frères comprendront à quelle gloire le Christ les fait participer. Ils donneront leur vie en confessant leur foi. Existe-t-il d’autres façons de faire si l’on veut être avec lui ? Il le rappelle lui-même, si l’on veut être grand, soyons donc serviteurs, et si l’un de vous veut être le premier, qu’il soit l’esclave de tous. Ces paroles nous surprennent-elles ? De fait ont-elles quelque impact ? Nous les entendons sans en être effrayés. Pourtant elles sont autant gestes du Christ que paroles: « le Fils de l’homme, dit-il, n’est pas venu pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour libérer une multitude de gens. » (Mc 10, 45) Et c’est ce qu’il a fait. Ai-je bien compris le Christ ? « Vous ne savez pas…. ! » Cette parole, encore, se répercute en moi…. Que dois-je donc apprendre encore que je ne sais pas ?
« Insatisfait ! » 15 octobre 2006, 28° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 10, 17-30 Tout abandonner pour suivre Jésus (brève : 17-27) N e l’est-il pas, cet homme qui, à genoux, interroge Jésus sur la vie éternelle ? Étant riche et honnête, n’a-t-il pas ce qu’il faut pour vivre de bonheur et en toute quiétude jouir de son confort matériel et moral ? Il n’a ni volé, ni tué, ni fait d’aucune façon du tort à son prochain. C’est un homme très bien, comme le plus souvent chacun voudrait se voir. Pourtant, malgré ces deux richesses, il est insatisfait. Ce qu’il est, honnête, et ce qu’il a, des biens, ne le satisfait pas. Il est préoccupé par la vie éternelle. Pourquoi donc cette préoccupation ? On sait que la vie que nous menons ici ne durera pas, mais quand on la vit bien, pourquoi chercher ailleurs ce qu’on ne connaît pas ?Une vie éternelle ? Quel désir profond peut-il bien s’exprimer en pareille requête ? L’homme bien nanti ne peut-il se contenter des biens accumulés « ici » et qui lui garantissent pour ses besoins humains, une sécurité ? Est-ce un désir profond autant qu’universel éprouvé par chacun en certaines circonstances ? Cet homme est-il le type de toutes les personnes en quête d’une vie au-delà de la vie fabriquée ici-bas ? Sans doute, cet homme sent-il bien que tout ce qu’il est comme tout ce qu’il possède ne lui garantit pas une durée de vie qui ne finirait pas. Mais l’homme aurait-il besoin d’espérer plus avant que cette vie d’ici ? Pourquoi faire tout ce qu’il convient pour vivre sur la terre aussi bien qu’on le peut et le veut, ne suffirait-il pas ? Faut-il enjamber l’avenir, désirer l’au-delà, chercher plus que ce que l’on a ici-bas, quand on possède au mieux ce qui peut être possédé ?Il est riche et honnête ; que lui faut-il de plus ? La vie éternelle ? Quand j’interroge ma vie et cherche à la comprendre, suis-je comme cet homme en quête… ? La vie que chacun vit ne se suffit-elle pas ? Faudrait-il qu’encore elle en prépare une autre ? Mais, cette vie de la terre, porte-t-elle en elle-même assez d’énergie et de sens pour tenir debout toute seule ? Au c œur de nos « sécularités » ces questions ne valent bien pas la peine d’être posées. Notre homme de l’évangile, riche et honnête à la fois, devrait-être tranquille ; or il ne l’est pas, il s’inquiète.Pourquoi ? Il est insatisfait. Comment qualifier cette insatisfaction ? Le c œur de l’homme attend-il de la terre plus qu’elle ne peut lui donner ? Et si oui, l’homme est-il prêt à payer le prix fort pour guérir son insatisfaction ? On peut sentir le manque mais, sans vouloir en sortir.Veux-tu être parfait, dit le Christ ? « Va, vends tout ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres puis viens, suis-moi ». Surprise ? L’homme ne s’attendait pas à devoir se défaire des biens qu’il possédait « pour obtenir l’héritage de la vie éternelle ». Mais qu’est-ce la vie éternelle ? Serait-ce la récompense d’une vie vertueuse ? Pas sûr ! Et quel mal y aurait-il à posséder des biens ? En soi, aucun ! Sauf, qu’aucune possession ne peut donner la vie …éternelle, qui d’après le Christ, ne peut être vécue qu’avec lui. Le découvrir, ajuster notre vie à la sienne, est-ce réelle satisfaction d’un désir très profond ? Lequel ? Ne serait-ce pas le désir « d’être avec » ?Être avec ? Que vous disent vos richesses quand vous les avez « contemplées » ? Quelles conversations entretiennent vos biens ? Quel échange avez-vous avec votre avoir ? J’ai, je possède et puis après quoi ? La solitude ? Quelle communication peut-elle s’instaurer avec des choses qui ne répondent pas ? Quel échange humain avec des biens ? Ils n’ont pas de visage et travestissent souvent ces visages que l’on voudrait rencontrer en leur donnant des biens. L’homme n’est heureux que lorsqu’il communique. Quand l’homme parle à l’homme, alors il est vivant. Les biens ne parlent pas. Le Christ a ouvert cet espace où l’échange est possible avec lui, entre nous . C’est le bien le plus grand qui ne passera pas. Il est vie éternelle. Atteindre ce niveau demande peu de biens et même cela exige de les laisser tomber. N’avons-nous pas nommé le manque dommageable, désir insatisfait ? Pour que l’homme soit heureux, il faut un autre être qui soit à son niveau, avec qui il échange, non des biens mais de l’êtreAmour peut-être ? Le Christ a invité l’homme riche à devenir compagnon mais lui a refusé à cause des ses biens. Que nous importerait l’histoire de cet homme si elle n’évoquait en même temps la nôtre ? Avec qui, vis-tu la communion ? Comment nommes-tu ton insatisfaction ? Insatisfaction ! Que reste-t-il à faire pour vivre…éternellement ?
« Domination ! » 8 octobre 2006, 27° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 10, 2-16 L'indissolubilité du mariage - Les privilèges des petits enfants N on… ! N’appelle-t-on pas ainsi une attitude de l’homme en face de la femme devenue partenaire ? A lire l’évangile proposé en ce jour, c’est bien cette attitude qu’on y voit exprimée et contrée par Jésus. Répudier sa femme, parce que, d’après l’idée de l’homme, elle n’agit pas selon ses vues, n’est-ce pas exercer un pouvoir quasiment absolu, faire montre d’une domination, garantie seulement par la force, autorisée par la coutume ? Quel mal mine la conscience de l’homme pour qu’il se sente, même encore, supérieur à la femme ? Et par quel mécanisme de sa nature interne, la femme s’est laissé faire, et se laisse faire encore ? Cette chose est complexe, d’autant plus qu’on constate (est-ce vrai ?) que, lorsqu’il y a trop « d’homme », la femme est dominée mais quand il n’y en a pas assez, c’est elle qui est frustrée.La relation du couple ? Probablement qu’en cette relation se joue beaucoup de l’avenir du monde. Que l’homme soit lui-même et la femme à sa place, n’est-ce pas une garantie de bonne humanité ? Comment se développe aujourd’hui la perception de l’autre ? Que pensent les garçons face au sexe dit faible ? Et les filles à leur tour, comment regardent-elles leurs futurs partenaires ? Que pensent l’un et l’autre de l’amour véritable et que leur disons-nous, nous, adultes responsables ? Le couple : Un homme et une femme dont l’amour s’accomplit en transmettant la vie, biologique bien sûr, mais l’autre également, de bonne gestion de soi, de maîtrise des passions, capable de réflexion, à même de respecter l’autre ? Quelle idée de l’amour reçoivent les enfants ? Quel idéal de vie imprègne leur conscience, oriente leur énergie. Que sommes-nous en train véritablement de transmettre ? Que vaut cette impression que rien ne va très bien ? Ce qui un temps, passait pour naturel, le couple « homme-femme », a perdu aujourd’hui semble-t-il, sa crédibilité. Les hommes ont-ils perdu la masculinité ? Les femmes sont-elles égarées hors de la féminité ? L’un n’est pas l’autre indifféremment et à ne plus vouloir garder les différences, ne brouille-t-on pas l’image de « l’homme », à la fois homme et femme ?Sommes-nous dans ce brouillard ? Apparemment le couple aujourd’hui n’a plus grande valeur, sauf sur les écrans quand, pour faire de l’argent, on fabrique des amants. Mais assez discuté. Écoutons l’évangile. La question sur la répudiation a trouvé sa réponse. La voici : l’homme ne peut en aucun cas s’autoriser lui-même à renvoyer sa femme, pas plus que le contraire, même si c’est moins souvent le cas. (Mc 10, 11-12) Quand l’homme a pris pour femme celle qui l’accueille comme son mari, Dieu s’engage à faire l’unité, puisqu’en créant les deux, c’est ce qu’il a voulu. (Mc 10, 6) Au commencement ! Non pas ce qui fut fait dans le passé seulement, mais ce qui au principe fait exister maintenant. Chaque être porte en soi le désir d’être à l’autre, de s’unir pour toujours, non pas partiellement mais radicalement, et en restant soi-même de faire « un » avec le conjoint. Qui parle d’épousailles dit volonté pour un amour durable. Ce même vocable utilisé par Dieu exprime son attachement, son amour inaltérable pour toute l’humanité. Et c’est en s’épousant que l’homme avec la femme expriment la meilleure des images pour renvoyer à Dieu. Quitter son père et sa mère pour s’attacher tous deux et ne faire plus qu’un, devient sur cette terre un reflet de la réalité de Dieu dont l’amour pour les hommes ne passera jamais. Quel bonheur d’être à la fois proche et chacun soi, en laissant un espace où la vie prend visage à travers un enfant.Au commencement ! Chaque homme et chaque femme à l’heure des épousailles refait la création en faisant exister l’essentiel de la vie : l’amour. Face à un tel projet offert aux êtres humains, chacun doit s’engager en réciprocité pour que la vocation de l’homme, comme celle de la femme, accomplisse ce pourquoi ils sont faits. Voici qui est bien loin de la domination ! Un long apprentissage attend l’homme et la femme. Mais hors de toute domination !
« Bas le corporatisme ! » 1er octobre 2006, 26° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 9, 38-43.45.47-48 Contre le sectarisme et contre le scandale La tendance est forte. Peut-être inéluctable ! Il est donc difficile de détourner son cours. Partout et de tout temps les hommes s’organisent en groupe d’affinité professionnelle, religieuse, familiale même, ou de tout autre genre… Et l’intérêt du groupe prend vite le dessus sur l’intérêt commun. Appelons « corporatisme » cette façon de faire, cette protection organisée d’ intérêts particuliers au détriment des autres universels et raisonnables. Les disciples du Messie, dans ce passage médité, manifestent-ils ce travers aussi ancien apparemment que l’est l’humanité elle-même ? Les disciples, plus spécifiquement les Douze, sont le groupe du Christ, choisis et appelés par Lui. Ils donnent l’impression d’avoir le sentiment d’être aux côtés d’un maître qui les fera monter à un niveau de choix en leur donnant pouvoir, entre autre, de chasser les démons. Sans doute ne se souviennent-ils déjà plus des propos antérieurs (Mc 9, 30-37) sur la dernière place dévolue au rôle du serviteur ! Toujours est-il qu’ils s’inquiètent, en constatant la puissance d’un homme, étranger à leur groupe, et qui pourtant, utilisant le nom du Christ, réussit mieux qu’ils ne l’ont fait à chasser le démon. (Mc 9, 28) De quel droit, laisse entendre Jean, utilise-t-il ce nom, alors qu’il n’est pas membre du groupe de Jésus ? De quel droit en effet ? L’appréciation de Jean ne rejoint-elle pas ce que, nous-mêmes, nous pourrions penser ? On ne se départit pas facilement de ses propres privilèges. De quel droit libérer au nom de Jésus Christ sans être de son clan ? N’est-ce pas usurper une marque déposée ? N’est-ce pas une atteinte au pouvoir des disciples et à leur monopole ? N’est-il pas supérieur à leur propre force puisqu’il a mieux réussi là où ils ont échoué ? (Mc 9, 28 ) « Pourquoi nous autres n’avons-nous pu expulser l’esprit mauvais ? ». Bref, Jean, que l’on dit par ailleurs plutôt doux, se trouve sous le coup de l’agressivité . Il veut tout simplement, lui et les autres disciples, que cet homme soit empêché de poursuivre son art en invoquant, selon eux indûment, le nom du Christ. (9, 38)L’esprit de corps est fort ! Dans cette réaction plus répandue qu’on pense, il y a en effet un comportement spontané qui habite nos pensées, nos gestes, nos relations. Nous sécrétons, sans toujours nous en rendre compte, des exclusions, qu’ensuite nous justifions. Cette réaction de Jean, commune aux autres disciples « nous avons vu… et nous avons voulu l’en empêcher.. » (Mc 9, 38) doit être corrigée. Elle doit être corrigée ! Ce que pense le Christ ne se fait pas attendre. L’enchaînement des versets, pour décousus qu’ils paraissent, progresse en trois temps articulés autour de ce qui est le scandale dont il faut se garder. D’abord une réponse claire : « Personne, dit le Christ, peut mal parler de moi après avoir en mon nom, accompli un miracle » (Mc 9, 39) Entendons tout de suite que l’action de l’Esprit s’exerce au-delà des frontières de groupe, de clans, d’église… Le c œur des hommes est touché sans que soit nécessairement connu le nom de Celui qui les touche et leur donne le pouvoir de libérer les autres. Et dans ce cas plus précis qui concerne les apôtres, et chrétiens nous aussi, il y a hors de l’église (catholique) du travail qui se fait sans appartenance explicite à une église précise. Avec Vatican II la chose fut proclamée. Le Christ incite donc ses disciples à prendre en compte le bien produit autour d’eux quelle que soit l’allégeance de celui qui le fait. Puis, à l’aide d’un exemple très simple, bien loin d’être un miracle, Jésus fait remarquer que quiconque offre, ne serait-ce qu’un verre d’eau, sera récompensé et que cette personne se trouve donc avec lui dans une certaine affinité. (Mc 9,41) La conclusion découle tout naturellement de la réponse de Jésus. Il n’y avait pas lieu de se scandaliser en voyant l’exorciste agir comme il l’a fait. Par contre, et c’est le troisième temps de cette « démonstration », il peut exister d’autre situation qui provoque un véritable scandale.Laquelle ? Celle d’un disciple qui, par son comportement, ébranlerait l’adhésion au Christ d’un « petit » dont la foi est encore fragile. Serait-ce par exemple l’exclusion qui pourrait produire l’éloignement d’une vie qui commençait à se donner au Christ ? L’auteur d’un tel scandale…Mais allez donc lire la suite (Mc 9, 42) C’est comme si la vie de celui par qui le scandale arrive (détourner quelqu’un de Jésus Christ) perdait toute valeur. La foi dans le Christ vaut mieux que la vie ! Les images qui suivent appuient cette idée-là. Si la main, le pied, l’ œil, (la langue ne figure pas dans la liste mais, sans doute, pourrions-nous l’ajouter), conduisent au scandale, mieux vaudrait les couper, les arracher (Mc 9, 43). Voici donc ce qui doit préoccuper les disciples bien plus que l’importance donnée au cas qu’ils ont cité.Refusons l’exclusion ! Notre comportement de chrétiens favorise ou enraye la foi de ceux qui nous regardent. Dimanche dernier nous chantions, reprenant les termes mêmes de l’évangile, que la dernière place, le Christ l’avait prise en se faisant serviteur. Et l’auteur du chant avait ajouté que le Christ a été fait alors le frère universel. Dans le contexte de la Parole d’aujourd’hui, frère universel nous dit-il quelque chose ? Frères et s œurs universels ?Au fil des idées le titre s’est estompé mais maintenant ne revient-il pas en force ? Pas d’exclusion ! Bas le corporatisme ! « Serviteur » 24 septembre 2006, 25° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 9, 30-37 Deuxième annonce de la Passion et appel à l'humilité D ans la bouche de Jésus, ce mot que veut-il dire ? Il le propose aux Douze appelés près de Lui. (Mc 9, 35) Ils ne comprennent pas ce langage de Jésus. Pourtant ce mot résume toute la vie du Christ et définit déjà celle de ses disciples.Serviteur ? Il n’est pas d’autre place qui convienne aux disciples car celle-ci est déjà celle du Christ. Cependant comment croire qu’il puisse en être ainsi ? Jésus de Nazareth n’est-il pas le Messie ? Pierre l’a confessé et les autres avec lui, sans qu’il soit détrompé. Ils reconnaissent en Jésus le Messie attendu qui, dans le livre de Daniel ( Dn 7, 13-14), s’appelait Fils de l’homme. Pour les juifs de l’époque, pour les disciples aussi, le Messie est le plus grand des hommes, tout imprégné de Dieu et qui doit sur la terre établir un règne de justice et de paix. Personne parmi les hommes n’est au-dessus de Lui.Le plus grand ! Or n’est-ce pas lui qui annonce que, contrairement aux normes en vigueur, sa grandeur ne lui épargnera pas le plus vil traitement ? (Mc 9, 31) Il sera rejeté, humilié, livré aux mains des hommes, exécuté… Comme il l’a déjà dit sans être bien compris, il le répète encore et le répètera une troisième fois (Mc 10, 32-34) Les disciples ne le croient toujours pas. Si la première fois, (dimanche dernier), Pierre s’était révolté, interdisant au Christ de poursuivre la route qui le conduirait à la mort, cette deuxième fois les disciples se montrent plutôt indifférents. Ils devisent en chemin sur plus intéressant, puisqu’ils causent ensemble de celui parmi eux qui serait le plus grand.Le plus grand ? Est-ce une façon pour eux d’exorciser leur peur et d’éviter d’entendre ce qui les confondrait ? Qu’on traite le Messie comme un moins que rien, qu’on lui fasse subir outrages et sarcasmes, qu’on envisage même de le faire disparaître, ne parvient même pas auprès de leurs oreilles. Le Christ qui les enseigne perd royalement son temps. Est-ce par manque de c œur ? Disons plutôt par peur de ce que cela présume de devenir son disciple. Leurs préoccupations les portent à l’opposé de la pensée du Christ. Ils veulent être grands au moment où lui-même vient d’exprimer son rang, le dernier, celui du serviteur. Au banc des accusés il sera le dernier, non pas par plaisir pour la place, mais pour remplir son rôle en nous révélant Dieu comme serviteur de l’homme.Servir les autres ? Serait-ce en cette façon de faire, la véritable grandeur ? Serait-ce en même temps l’expression la plus haute de toute la gamme des amours ? En évaluant ce terme selon notre expérience, à quel niveau nous situons- nous ? Jusqu’où va notre amour ? Et si le mot nous choque, par quel autre le remplacer, tout en prenant en compte que « serviteur » et « dernière place » sont d’une telle alliance que ces deux expressions sont indissociables ? La façon dont le Christ a vécu doit-elle devenir également la nôtre ? Nous n’aimons pas les gens qui écrasent les autres, nous ne supportons pas d’être pris pour esclaves mais volontairement et par ressemblance nous faut-il accepter d’être serviteurs de tous, à la dernière place ?Par ressemblance au Christ ! Toute l’attitude du Christ devient donc référence. Comment s’y est-il pris quand il parlait aux grands ; quel comportement envers les plus exclus, quel traitement des questions posées sur Dieu, l’Argent, le pouvoir, l’amour, la mort …. Ai-je trouvé ma place face aux autres et au monde ? Est-ce qu’enfin j’expérimente la liberté du Christ qui s’est fait le dernier et serviteur de tous ? Ma vie n’est-elle pas parasitée par des rêves de grandeur nécessairement fausse par rapport à la vraie, vécue et proposée par le Christ Seigneur, pour que l’humanité arrête de jouer à qui sera plus grand, plus fort, plus dominant ?Je suis serviteur ! Puis-je en ce moment me définir ainsi ? Ai-je rejoint la place qui me permet d’être pour tous, dans la disposition qui m’affranchit des peurs, qui me permet de me sentir à l’aise avec chacun à quelque position qu’il puisse appartenir ? Quel chemin dans l’abaissement devrai-je encore parcourir ? Mais déjà suis-je convaincu de ce que dit le Christ enseignant aux disciples à devenir comme Lui ? Etre grand ? Une bonne chose en soi ! En étant serviteur, à la dernière place, qu’on ne ravira pas? Serviteur, en suis-je là ?
« Suivre » 17 septembre 2006, 24° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 8, 27-35 Confession de foi de saint Pierre et première annonce de la Passion
C omment croire que Jésus, venu de Nazareth, tout en étant un homme était plus que cela ? Par quel signe, Pierre en est-il arrivé à reconnaître en lui ce que nous entendons dans l’Évangile d’aujourd’hui ?Tu es le Messie ! Dans cet homme tout simple, à la vie jusque-là ordinaire, devenu à la fois maître et serviteur, aux manières sans commune mesure avec ce qu’elles sont quand il s’agit des grands, Pierre et ses compagnons appelés comme lui, a reconnu le Messie ! Là où le reste des gens ne voyaient que l’un ou l’autre prophète, personnage du passé, Pierre a saisi l’identité de Jésus comme Christ, l’Oint de Dieu attendu. Cet homme, le Messie ? L’être tout imprégné de Dieu, à l’image d’un corps tout pénétré par l’huile, vient établir sur terre le royaume annoncé et toujours désiré de justice et de paix. Il vient redonner à l’humain toute sa capacité d’être et instaurer des liens justes et pacifiés entre tous les humains. Le contraste est immense entre ce que l’on perçoit, un être dépourvu de toute gloire humaine et son identité imprégnée de la divinité. Par quel mécanisme, au fil des jours et des fréquentations, loin des actions éclatantes qu’on attendrait de Dieu, Pierre en est-il venu à cette conviction que l’homme de Nazareth était lui-même de Dieu ou peut-être même Dieu ? Ses propres raisonnements furent insuffisants, on le sait par ailleurs (Mt 16, 17), mais quelle disponibilité intérieure pour se laisser souffler à l’intérieur de soi qu’en cet homme Jésus, Dieu lui-même se manifestait ! Se poser la réponse, sans pouvoir démonter le mécanisme de la foi, oblige cependant à se situer soi-même et à se demander ce qu’il en est pour soi.Moi à quoi, à qui je crois ? A quelle catégorie est-ce que j’appartiens : à ceux qui comme Pierre voient juste en identifiant Jésus, ou à ceux qui proposent l’identité d’un prophète du passé ? Quand Pierre déclare que Jésus est le Messie, il dit plus que les autres. Il dit ce qui jamais n’a encore été affirmé. Il exprime le plus fort, le plus grand qui pouvait être dit par rapport à un homme. Il dit également ce que pouvait dire un homme à propos de Jésus sans savoir en même temps le contenu réel de ce qu’il proclamait. Il franchit une étape dans la compréhension de l’homme de Nazareth, que peut-être nous-mêmes n’avons pas encore franchie. Tu es le Messie ! Essayons-nous à dire ce que cela veut dire et combien parler ainsi, dépasse la conception que les gens se faisaient en déclarant Jésus, comme l’un des prophètes, revenu à la vie. Et puis allons plus loin. En effet, la suite nous l’indique ; pour avoir dit vrai, Pierre n’a cependant pas tout exprimé de l’identité du Christ. Il lui reste à comprendre ce qui est impensable et qu’il devra pourtant encore assimiler. Le Messie doit souffrir, être rejeté par ceux-là même qui, par fonction, auraient dû l’accueillir, et finalement être tué. Autant de situations qui heurtent le bon sens. D’où, de la part de Jésus, la consigne de silence pour ne pas divulguer une vraie bonne nouvelle mais parce qu’incomplète, pourrait s’avérer fausse. Le Messie rejeté doit mourir ! Toute vision triomphale du Messie sombre ici dans la mort. Le Messie réel ne sera pas à l’image du Messie attendu. Pierre n’accepte pas cette nouvelle image. Il barre la route au Christ. Mais l’homme, si bien intentionné soit-il quand il s’agit de Dieu, ne peut empêcher Dieu d’être ce qu’il est. Et il ne reste aux hommes que de se laisser révéler. Cependant l’acceptation de Dieu tel qu’il se révèle engage nos personnes. Notre action pour l’homme est-elle décalquée sur celle du Messie, Fils de l’homme, Fils de Dieu ? Se laisse-t-elle influencer par l’action même de Dieu, au service et à la merci de l’homme ? Dans l’aujourd’hui du monde, où règne la violence comme elle l’a toujours fait, où l’homme est opprimé par le système en place que l’homme a généré, les chrétiens disciples du Messie, si vraiment ils le sont, n’ont pas le choix du type de leur présence. Leur présence ne peut que ressembler à celle du messie, qui, plus qu’imprégnée de Dieu, s’avère être Dieu lui-même. Finalement la confession apparaît difficile à nos forces humaines, quand, pour Pierre comme pour nous, on en vient à comprendre qu’elle engage à suivre le Messie jusqu’au bout. (Mc 8, 34-35)Pierre s’est révolté face aux dires du Christ. On peut être Satan avec de bonnes idées. Laissons Dieu être Dieu en s’incarnant en nous. Il n’est d’autre vraie vie que suivre le Messie. ‘Suivre’ peut sembler déplaisant, mais le suivre… Existe-t-il un autre… vrai choix ?
« Ouverture…! » 10 septembre 2006, 23° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 7, 31-37 Guérison d'un sourd-muet Plus que tout autre mot, celui-ci, selon moi, exprime le contenu du récit tiré du deuxième évangile. Et ce mot indique également une attitude de l’homme conforme à l’évangile ? Car, s’il n’en était ainsi, comment dès lors recevoir la nouveauté de Dieu ? Dieu qui échappe à toute emprise humaine se révèle lentement, au gré de l’ouverture décidée par les hommes. Et l’ouverture à Dieu entraîne logiquement une ouverture aux autres. D’où une première question : Être ouvert, le sommes-nous, jusqu’où ? Tenez-vous maintenant tout proche du récit où l’homme handicapé est conduit à Jésus. Jésus de Nazareth a quitté les pharisiens qui, la semaine dernière (Mc. 7, 1-23) venaient le contester et, poursuivant un périple apparemment curieux (regardez sur la carte), arrive en Décapole après s’être laissé toucher, dans la région de Tyr, par une mère éplorée, une Syrophénicienne. (Mc. 7, 24-30) Ensuite, toujours en territoire païen, des gens, on ne sait qui, lui présentent un infirme, sans en donner le nom. L’homme n’entend pas et du coup parle mal. Handicap physique ou blocage intérieur ? Ou encore l’un et l’autre à la fois ? Que va-t-il se passer ? Un acte miraculeux qui délivrerait l’homme et épaterait le monde ? Jésus prend l’homme à part, à l’écart de la foule, lui touche les oreilles et avec sa salive lui humecte la langue. Des gestes, nous dit-on, propres aux thaumaturges de l’époque. Pas d’effets immédiats ! L’homme ne réagit pas. L’oreille toujours fermée, la langue reste ankylosée. Cet homme est-il bloqué ? Où, à quel endroit ? Que le ciel intervienne ? Les yeux levés au ciel, Jésus, le Christ frémit. Dieu seul peut-il donner d’entendre et de parler ? Ce geste du regard pique notre attention et la renvoie au-delà de la simple guérison. Que devrait faire l’homme pour être débloqué ? Jésus va le lui dire. Comprenons-le aussi, entendons-le pour nous ! Sommes-nous prêts ? « Ephatha ! » dit le Christ. Comprenons : « Ouvre-toi » L’homme était-il donc fermé ? Voulait-il le rester ? S’ouvrir ou se fermer, quel est notre pouvoir ? Ce que Dieu veut donner dépend-il de notre façon d’être, ouverte ou bien fermée ? L’homme doit-il s’ouvrir pour qu’enfin Dieu le comble ? Ouvre-toi ! Ses oreilles s’ouvrirent, enfin « il » parla comme il faut. La vie abonde en lui et s’exprime par des mots. Mais que prononce-t-il ? On ne le saura pas, car immédiatement, même si c’est sans résultat, Jésus coupe court à toute exultation. Il ordonne le silence : que la chose soit tue. Jésus de Nazareth aurait-il une crainte ? Par exemple, que lui-même soit réduit à ce qu’il vient de faire ? Que l’exultation des gens, en citant Isaïe (Mc 7, 37b) et en reconnaissant, comme dans la Genèse, que ce qu’il fait est bon (Mc 7, 37a) ne prenne pas en compte, quand le moment viendra, le miracle suprême du don qu’il fera de lui-même en mourant sur la croix… Ne prenne pas en compte, non plus également, la confession de foi qui entraîne à le suivre en se donnant soi-même jusqu’à mourir à soi. Ouvre-toi ! Non pas le mot d’un moment pour guérir quelques infirmités mais l’attitude de base pour communier à Dieu et le laisser agir au cœur de notre vie et être ouvert aux autres… Ouvert aux autres ? N’oublions pas cette dimension-la tout en ajoutant qu’ être ouvert, ce n’est pas tout « gober » de ce que l’on raconte, mais c’est au moins entendre ce qui est raconté et discerner après ce qu’il faut conserver. Au début de ce texte, une allusion fut faite au périple, apparemment curieux, entrepris par Jésus. En terminant cette méditation, revenons sur le même périple, pour bien prendre conscience de ce qui s’est passé. Aux scribes et pharisiens venus le contester sur le pur et l’impur, Jésus a répliqué qu’il leur fallait quitter les vieilles traditions formulées par les hommes pour, à travers lui, s’ouvrir à Dieu dans toute sa nouveauté. Dans la même foulée, approché par la païenne, la Syrophénicienne, à propos de sa fille, Jésus, malgré ses réticences, s’ouvre enfin à la foi qu’il découvrit chez elle. Enfin arrive la rencontre avec le sourd-bègue et à qui il est dit « ouvre-toi » N’est-ce pas suffisant pour être convaincu que « s’ouvrir » est la bonne attitude pour être des vivants ? Ouvre-toi ! L’ouverture ! Un mode de vie en Dieu qui tourne vers les autres !
« L’essentiel… » 3 septembre 2006, 22° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 7, 1...23 Loi divine et traditions humaines Est-il possible de se tromper quand on veut servir Dieu ? Est-il possible d’attacher de l’importance à ce qui n’en a pas, de ne pas s’engager là où est l’essentiel ? Répondons tout de suite, que souvent nous nous trompons de Dieu en vivant l’accessoire en place de l’important. Scribes et pharisiens dont parle notre évangile, hommes de Jérusalem venus pour accoster Jésus, illustrent éloquemment que la conviction de servir Dieu au mieux, s’avère, en certains cas, une grande illusion et même un fourvoiement. Leur attention constante, portée sur des pratiques, égare leur sens de Dieu. Ils disent faire ceci et puis encore cela, cherchant à en rajouter, avec le sentiment que, par rapport aux autres dans leur vie envers Dieu, ils sont plus performants. Les disciples de Jésus ne leur ressemblent pas, du moins pour le moment. C’est bien ce qu’ils déplorent ! Lorsqu’ils se mettent à table, les disciples ne se lavent ni les mains, ni les coudes. Au retour du marché ou d’un autre lieu public, ils ne s’aspergent pas pour marquer leur distance par rapport aux païens et pour se garder purs. Jésus ne leur a pas recommandé ce que lui ne pratique pas, et même ce qu’il conteste vigoureusement. Trop d’importance accordée aux rites d’ablutions ou à d’autres semblables, détourne de la foi et donc manque Dieu. Le rite ne sauve pas ! Dés lors, quelle façon s’avère la meilleure pour s’ajuster à Dieu ? Jésus l’exprime et la vit sans l’ombre d’une hésitation. Il n’est d’autre chemin qu’une vraie relation qui enrichit le cœur quand les hommes, égaux en dignité, se parlent, s’écoutent et cherchent à donner le meilleur en se donnant eux-mêmes. Une relation qui vise l’universel et ne sépare pas les gens en bons et en mauvais. Une relation qui part du cœur, au lieu de s’établir en fonction d’une règle, d’un code ou de préceptes plus ou moins empilés, sensés venir de Dieu, mais qui, si l’on en croit le Christ, proviennent des humains et dont on a plus ou moins oublié le sens et l’origine. Toutes les traditions charrient des prescriptions qu’à un moment donné il faut expurger ou même éliminer. Nettoyage de mains, de coupes ou de plats et bien d’autres pratiques observées traditionnellement (Mc 7, 4)… : Pour l’hygiène pourquoi pas ! Mais absolument pas nécessaires pour grandir dans la foi. Pour vivre selon la foi, c’est le cœur qui doit être lavé, nettoyé, purifié. Ce que l’homme reçoit comme sa nourriture n’est ni pur, ni impur (Mc 7, 19), ce n’est qu’un aliment. Ce qu’il touche ou l’atteint venant de l’extérieur ne peut, de ce seul fait, entacher sa relation à Dieu. Par contre ce qui sort de son cœur peut souiller sa personne et rendre sa vie impropre au contact du Seigneur. Car c’est dans le cœur que se noue l’opposition aux autres, sous tellement de formes, que sans cesse il convient d’être très vigilant. Toutes les rapines peuvent s’y engendrer et une fois échappées semer la zizanie. Quand on est trop porté à ne voir que « pratiques » comme relation à Dieu, on en oublie le cœur. Alors se développe ce que Jésus reproche à tous les pharisiens. Comprenez-vous cela, dit Jésus aux disciples, autant qu’à ceux qui ne le sont pas mais qui, comme les pharisiens, se targuent d’être justes ; à tous ceux qui pour servir Dieu observent les préceptes édictés par les hommes plutôt que les commandements que le Seigneur leur donne. Le cœur, la relation ! Le reste est illusoire. Le Fils qui s’est fait homme, sans cesse, le répète. Pourtant l’homme fabrique constamment des préceptes, censés être infaillibles pour parvenir à Dieu, en oubliant le chemin le plus court : un cœur purifié. Soigne ton cœur ! Ecoute la parole, laisse la pénétrer. Comme un glaive, qu’elle tranche pour ajuster à Dieu ! Sinon c’est l’accessoire qui prendra le dessus. Alors une prière oubliée, un linge mal posé, tel geste supprimé, des lampions déplacés… et que d’émois et de perturbations ! La foi est au-delà ! Elle se vit dans la vie et façonne le cœur pour faire avec les autres l’Eglise du Seigneur. Les pharisiens d’hier qui contestaient Jésus ont sûrement aujourd’hui engendré des disciples. Car le même travers se trouve en tous les temps. Il est concomitant d’une démarche de foi. La pente que prend la foi qui va se dégradant. Hypocrites, dit Jésus ! Non pas qu’ils disent et ne font pas. Pire, en croyant servir Dieu, ils se trompent et ils le travestissent sous les couches de préceptes qu’ils énoncent eux-mêmes. La droiture est une œuvre intérieure. Elle est bonté du cœur offerte à tous les êtres. Le cœur purifié, la relation ouverte : L’essentiel !
Décision...! 27 août 2006, 21° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Jn 6, 60-69 Fidélité des Douze et confession de foi de Simon-Pierre Le choc fut rude. Ce qu’il dit est trop fort. Des disciples eux-mêmes arrêtent de le suivre. N’ont-ils pas bien compris ce qu’il voulait leur dire ? Se seraient-ils trompés sur le vrai sens des mots ? En effet, que veut dire « manger sa chair » ? Et n’est-ce pas outrancier d’inviter les humains à « consommer son sang » ? Outrancier sûrement ! Mais de quoi s’agit-il ? Prise au premier degré, cette façon de parler n’aurait guère de sens. On comprend bien alors l’attitude des disciples : « Comment celui-là peut-il donner sa chair à manger ? » (Jn 6, 52) Pourtant Jésus répète ce qu’il a déjà dit et redira encore : « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui ». (Jn 6, 56) Dès lors, comment saisir la vérité proclamée par le Christ, sans tomber pour autant dans l’indécence d’une manducation charnelle, physique ? Comment prendre au sérieux cette parole du Christ, touchant notre avenir en Dieu, en se gardant d’imaginer quelque chose comme de l’anthropophagie ? Si le refus des auditeurs du Christ, si ce qui les rebute se trouve être l’idée d’une manducation physique, ils ont cent fois raison de ne pas croire au Christ. Mais est-ce bien cela qui, en fait, est en cause ? Le Père dont le Christ affirme qu’il attire vers lui tout homme et toute femme, ne peut laisser entendre qu’il faut manger son Fils. Si certains en viennent à le penser, c’est qu’ils s’écoutent eux-mêmes plutôt qu’ils ne sont attentifs à ce que Dieu leur dit au plus secret du cœur. (Jn 6, 65) Si le sens est ailleurs, où peut-il se trouver ? Et si rejet il y a, ne viendrait-il pas d’une toute autre cause ? Bien sûr, quand le Christ nous dit qu’il faut manger sa chair et boire aussi son sang, il faut chercher ailleurs qu’au niveau corporel le sens de sa parole. Car « la chair et le sang » ne désignent pas le corps, cet élément physique, mais toute la personne, son être, toute sa façon de faire. Un commentateur écrit : « On remarquera d’ailleurs, que dans ses discours, Jésus ne parle pas de manger son « corps », le mot « soma » étant absent du texte… En nous parlant de manger sa chair et de boire son sang, Jésus invite à faire nôtre, à devenir, tout ce qu’il est ». Déjà ce fut écrit mais mieux vaut le répéter, car cela nous engage au plus profond de nous. Comprendre avec justesse ce que veut dire le Christ conditionne la façon dont nous communierons et affectera aussi notre comportement. « Le Christ se livre à nous, devient ce que nous sommes, nous devenons ce qu’il est » N’est-ce pas au fond cette identification qui fait peur et déclenche le refus ? Ce que les auditeurs éprouvent, ne serait-ce pas, plutôt qu’un rejet de bon sens, le refus de communier au Christ et d’en être transformés. Car devenir le Christ rebute à tout notre être. Se conduire comme lui (faut-il énumérer ?) être entièrement donné à son Père et aux hommes, oublier les rancœurs, pardonner constamment, annihiler la haine, est-ce une façon de faire qui, pour nous, va de soi ? Comment celui-là peut-il donner sa chair ? (Jn 6, 52) « Elle est dure cette parole…Qui donc peut l’écouter ? » (Jn 6, 60) En effet, pourquoi engager notre vie ainsi qu’il a mené la sienne, puisque selon nos codes, sa vie fut un échec ? N’est-il pas plus sérieux de vivre comme on l’entend, comme il nous paraît bon ? N’est-ce pas là refus bien plus profond que dégoût de surface ? Nous ne voulons du Christ que ce qu’il peut donner, comme les bénéficiaires des pains qui lui couraient après, mais s’agit-il de vivre, en absorbant sa vie, pour vivre comme lui, on trouve qu’il déraille et que manger sa chair n’a pas beaucoup de sens ? Vivre de la vie du Christ ne nous fait-il pas peur ? Ne tournons-nous pas les choses de façon plus légère, en communiant souvent mais sans que nos vies changent ? Ceci vaut bien la peine que nous réfléchissions. Car « manger la chair du Christ » et « consommer son sang » doit affecter notre être, le changer complètement. La forme de respect que nous développons envers l’Eucharistie, ne remplacera jamais l’impérative obligation de la laisser agir pour ressembler au Christ, en détruisant le « moi » qui veut, sans cesse, dominer. La méditation du sixième chapitre de l’évangile de Jean s’achève à cet endroit. Nous l’avons balisée par trois titres différents : « Entends-tu », pour faire écho au Christ qui disait de son Père qu’il parle au cœur des hommes … « Identification », pour faire droit à la foi qui commande aux fidèles de devenir le Christ… Et aujourd’hui « Décision », pour surmonter le refus engendré par la peur, dire oui au changement qui doit s’opérer en moi par le « manger la chair » Alors toi qui entends le Père T’appeler à vivre le Christ, Quelle est ta décision ?
Identification...! 20 août 2006, 20° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Jn 6, 51-58 Jésus est la vraie nourriture On en parle souvent ! En sommes-nous, pour autant, très conscients ? Mais que serait l’expérience chrétienne si elle n’était identification au Christ ? Si elle ne permettait de nous approprier la « chair » et le « sang » du Christ, sa vie toute entière, pour que la nôtre devienne comme à sa ressemblance ? Identification ! S’il n’en était ainsi, la vie humaine ne serait-elle pas pour toujours cantonnée dans son régime d’humanité, sans pouvoir transgresser les limites imposées, sans dépasser son espace limité, sans atteindre d’autre but que d’être condamnée à n’être que ce qu’elle est ? L’homme ne serait-il fait que pour n’être qu’un homme, sans autre perspective que sa disparition, quelle qu’en soit l’échéance, de n’avoir d’autre possibilité que de « s’éterniser » en se « reproduisant » ? Chaque être personnel n’aurait-il d’autre choix que celui de disparaître un jour, ayant vécu un temps, en laissant, au mieux et si possible, quelques traces pour la postérité ? L’homme en son désir y trouverait-il son compte ? L’humanité tellement malmenée depuis son origine, aurait-elle moralement résisté aux sombres coups du sort ou même à ceux qu’elle s’inflige, si elle n’avait eu en elle une désir puissant et supérieur, capable de dépasser l’absurde de cette vie caduque, en désignant la mort comme réel passage vers une existence « autre » ? En effet, l’humanité poursuit et constamment relance une marche en avant qui ne peut pas puiser uniquement son élan dans ce qu’elle possède de détermination et de vitalité dues à ses propres forces. Car si grandes et si belles soient-elles, les réalisations humaines s’abîment automatiquement dans le vide où les jettent l’histoire et l’usure du temps, et pour les maintenir en place et en mémoire, quel effort surhumain ne faut-il pas déployer ! L’humanité va-t-elle vers un avenir sans fond ou bien progresse-t-elle vers une plénitude, un accomplissement, qui ne viendra pas d’elle, bien qu’elle y participe, mais lui sera donné ? L ‘effort constant de l’homme, l’énergie déployée, irait-elle vers « rien » puisque ici tout s’effrite et que ce qui subsiste est l’infime partie de ce qui fut un jour ? L’absurdité, en partie, du monde et sa caducité ne pourraient générer cette volonté acharnée de survivre, de poursuivre une route aux contours imprécis et tellement perturbée. Car, à moins d’être insensé, l’homme ne peut imaginer, même si la chose semble habiter ses rêves, de s’installer ici pour une éternité. Et quand bien même l’homme parviendrait à prolonger pour toujours le temps qu’il passe ici, ceci ne rendrait que plus stupide le sort des hommes déjà et pour toujours engloutis. Il faut chercher ailleurs que dans l’humain seulement, le sens de cette vie, individuelle, collective, qui s’efface, recommence, et puis s’efface encore. L’homme ne se ferme pas sur lui-même mais s’accomplit en Dieu ! C’est la foi des chrétiens. Cet accomplissement en Dieu de toute l’humanité comme en sa fin normale, prévue par Dieu lui-même de toute éternité, ne peut se réaliser par les seules forces de l’homme. Il faut que Dieu s’emploie, sollicitant notre liberté, à nous transformer, à nous transfigurer en fils capables de « l’habiter ». Les hommes sont donc invités, pour réaliser leur destin, à se laisser transformer en fils dans le Fils par l’action de l’Esprit qui nous présente le Christ auquel il convient d’ adhérer afin de lui ressembler. Croire, adhérer sont même précisés par les verbes qui suivent « de manger et de boire » et qui, à l’évidence, invitent à une imprégnation qui dépasse la simple contemplation. « Manger la chair du Christ, boire le sang du Christ », c’est se nourrir de toute sa réalité, de toute son existence humaine et divine. La chair, étant plus que nous disons du corps, c’est la totalité de vie et de vitalité du Christ qui nous sont proposées pour atteindre l’avenir qui nous est destiné. Identification ! Ce mot exprime bien notre avenir en Christ : Devenir comme lui, en lui, mais à notre façon, en lien avec le Père, en son intimité, dans le souffle de l’Esprit. L’humanité s’en va vers ce point de rencontre où le Christ sera, un jour, tout en tous. Il propose son être : sa chair et son sang (Jn 6, 53-54) « Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 56) Où va l’humanité ? Que vais-je devenir ? Identification !
Entends-tu...? 13 août 2006, 29° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Jn 6, 41-51 Le pain de la vie éternelle Polémique, encore ! Les bénéficiaires du « miracle » des pains multipliés sont prêts à le revivre mais sans désirer connaître ce qu’il signifiait. Ils ont mangé beaucoup et seraient tout contents si « ça » recommençait. Mais, en venir à croire ce que leur dit Jésus, dépasse disent-ils, leur possibilité. Pourtant, s’ils veulent vivre toute une éternité, il n’est d’autre moyen que d’écouter le Christ. Car il est nourriture, qui, une fois consommée, donne à celui qui le mange la vie pour l’éternité. « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel » « Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours » (Jn 6, 51) Lui, Jésus de Nazareth peut-il, sans broncher, se présenter ainsi ? Peut-il proclamer être cette nourriture, unique, irremplaçable, nécessaire pour vivre et vivre avec Dieu en son intimité ? N’est-il pas, comme tout le monde, un homme né d’une femme (Galates 4, 4) dont on connaît le père et qui, on le sait bien, a vécu sans histoire une vie ordinaire au milieu d’autres gens tout aussi ressemblants ? Pourquoi brusquement cette déclaration qui dépasse la raison et rend Jésus suspect pour l’avoir prononcée ? Je suis le pain de Vie ! Ces hommes sont croyants qui entendent ces choses. Ils connaissent l’exploit obtenu par Moïse quand Dieu donna la manne. Ils savent que la Parole que communique Dieu est une nourriture. Il savent que cette Parole à créé tous les mondes et qu’il n’est pas possible, quand elle est prononcée, qu’elle ne réalise pas ce qu’elle a annoncé. Ils savent ! C’est à la fois très bien et en ce moment présent, c’est un gros handicap. Car reconnaître en Jésus, tout ce qui fut dit avant concernant la Parole, leur semble exorbitant. Dieu nul, ne le voit, seule sa Parole s’entend. Mais si Jésus est, comme il le dit maintenant, le pain de vie, il est donc la Parole. C’est-à-dire qu’en lui, Dieu se trouve ici présent ! Exorbitant ! Comme ils ont bien raison d’être dans l’étonnement. Dieu peut-il être ainsi à la fois homme et nourriture ? N’est-il pas au contraire une être inaccessible et qui ne se consomme pas ? En cette relation du Christ avec les gens, quelque chose se passe qui bouleverse les idées qu’on se faisait de Dieu. Et à l’époque de Jésus humainement vivant, comme encore maintenant, ce n’était pas évident. Pourtant l’homme de Nazareth ne nous trompe pas, il est bien pain de vie. « Le pain qu’il donnera est sa chair pour la vie du monde » (Jn 6, 51) Il ne nous trompe pas et ne le cherche pas. Il dit et croira qui voudra. Cependant il ajoute quelque chose d’important. Les réactions des hommes qui peuvent bien se comprendre du point de vue humain, devraient pourtant faire place à l’autre façon de voir. Ce que le Christ dit en ce qui le concerne et nous concerne aussi, reçoit confirmation au-dedans de soi-même. La voix même du Père dispose tout notre être à entendre le Christ et à le reconnaître quand il nous fait part de ce qu’il est pour nous… « Quiconque s’est mis à l’écoute du Père et à son école vient à moi » (Jn 6, 45) Les auditeurs du Christ qui contestent ses propos et dont la réaction paraît bien naturelle, sont en même temps fermés à l’expression du Père. Ces gens étaient croyants et pensaient servir Dieu et voilà qu’ils sont là, fermés à cette voix que Dieu fait résonner à l’intérieur de soi. Intérieurement le Père fait savoir que le Nazaréen est véritablement celui qui donne vie en se donnant lui-même comme vraie nourriture. Le Père conduit au Fils, à Jésus de Nazareth. Et pour aller au Père il n’est d’autre moyen que de se « nourrir » du Fils. Ces propos trouvent-ils le même écho en nous ? Organisons-nous notre vie autour du Christ, le don de Vie ? La vérité de la foi s’éprouve en écoutant le Christ, Parole proclamée par l’Église et ce qu’en dit le Père à l’intérieur de nous. Le Christ est nourriture, Il est Celui vers qui le Père dirige en permanence nos pas. Entends-tu cette voix ?
Qu'auraient-ils dit...! 6 août 2006, Transfiguration du Seigneur B Evangile : Mc 9, 2-10 Au terme de l’expérience qui les a éblouis, ils reçoivent la consigne de ne pas en parler. Pourquoi cette consigne, du Christ à ses disciples ? Mais, s’ils l’avaient pu, qu’auraient-ils énoncé ? En reprenant le texte, on peut l’imaginer. Qu’auraient-ils dit ? Ils auraient mentionné la frayeur qu’ils ont eue à rencontrer Jésus si manifestement Dieu. Sa blancheur éclatante, son être rayonnant, distillait un bonheur à la fois redoutable et pourtant enivrant. Il donnait aux disciples l’envie de rester là, de construire trois tentes, d’y installer Jésus au milieu de ses hôtes, Moïse et Élie conversant avec lui. Ils auraient pu raconter que ces grands personnages qui sont venus « avant » dans notre histoire humaine, faisaient pâles figures aux côtés du Seigneur et qu’ils disparurent pour laisser au milieu, le Christ seul et lumineux. Ils auraient pu reproduire la voix qui proclamait, au cœur de la nuée, que Jésus est le Fils, le Bien-aimé, qu’il fallait écouter. Ils pouvaient faire état de l’expérience unique d’avoir pu, couverts par la nuée, entrevoir un moment, l’être intime du Christ, sa divinité. Mais le Christ ne voulut pas qu’ils en fassent état, maintenant. Ce qu’ils venaient de vivre n’était-il pas suffisant pour bien parler du Christ ? Manquait-il quelque chose à leur propre expérience ? Il leur restait encore d’autres choses à apprendre et à vivre. Ce moment fulgurant de véritable extase, n’était pas important au point d’en rester là pour comprendre le Christ et savoir qui est Dieu. Comprendre le Christ ! Avant de raconter cette première expérience, au risque d’écorner l’identité du Christ, il devait traverser une véritable épreuve, beaucoup moins « lumineuse » mais étonnamment vraie. L’homme de Galilée, Jésus de Nazareth, passera par la mort comme tout être humain dont c’est la destinée, mais par une mort provoquée puisqu’il sera tué, tué par le refus de le considérer comme le Fils Bien-aimé qu’il fallait écouter. Le Christ à écouter est bien celui qui avait révélé sa double identité, mais le même également qui, le moment venu, sera cloué en croix. Que serait donc la foi sans la passion du Christ ? La foi n’est pas fondée sur l’expérience mystique mais sur un fait d’histoire, la mort d’un crucifié. Toute la vie du Christ doit être prise en compte, son expérience humaine et celle de sa mort et sa résurrection qui suivra le trépas. La vie avec le Christ ressemble probablement à ce moment intime où s’exprime le désir de camper avec lui, « faisons ici trois tentes » ; il n’en reste pas moins qu’elle ne sera possible qu’au terme du chemin qui passe par la croix. Pierre, Jacques et Jean, témoins privilégiés, après la mort du Christ et sa résurrection pourront le proclamer, et le confirmeront par le don de leur vie. Comprendre bien le Christ et parler « juste » de Lui ! Nous y sommes appelés. Il nous invite à vivre en son intimité. Mais souvenons-nous bien que le Fils Bien-aimé qu’il nous faut écouter parle aussi par la croix. C’est en ce lieu ultime qu’il nous faut l’écouter. Aujourd’hui les disciples, un temps rendus muets, peuvent le proclamer. Ce qu’ils ne pouvaient dire, maintenant, on le sait. Vraiment ? Oui, si nous avons bien compris que la mort sur la croix est une mort à soi.
Dieu seul...! 30 juillet 2006, 17° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Jn 6, 1-15 La multiplication des pains Dieu seul peut bien donner Dieu ! Voici donc complète la phrase dont les deux premiers mots ont formulé le titre de cette méditation. Mais ce titre, rend-il compte de l’évangile du jour ? A première vue, peut-être pas vraiment, car en lisant l’évangile de la multiplication des pains, notre regard s’attache surtout à l’abondance du pain. Avec si peu, en effet, nourrir autant de monde, n’est-ce pas surprenant ? Surprenant mais encore ? Fournir autant de nourriture, est-ce vraiment le but du geste de Jésus ? La foule qui l’a suivi en ce temps de printemps, en contexte pascal, dans un lieu verdoyant, n’aurait-elle pas trouvé par ses propres moyens, comme habituellement, de quoi boire et manger ? Rien ne laisse penser que cette foule attentive vivait en même temps une crise de famine à laquelle Jésus, avec certaine urgence, aurait dû remédier. Alors pourquoi donc ce miracle ? Deux idées nous conduisent à penser autrement la façon de comprendre l’engagement de Jésus. Elles éclairent notre quête et délivrent le sens. Elles apparaissent dans le dialogue entre Jésus et Philippe. « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » interroge Jésus qui savait, dit le texte, ce que par ailleurs, il était prêt à faire (Jn 6, 5). Et Philippe de répondre, légèrement à côté, par un petit calcul, qu’il serait difficile d’avoir assez d’argent pour acheter des pains en nombre suffisant. Philippe pouvait-il avancer autre chose ? Il parlait en humain, au niveau naturel alors que Jésus préparait le passage pour « nous » faire grimper au plan surnaturel. En effet, quoiqu’il en soit de son attention pour les hommes, Jésus n’est pas venu jouer les boulangers. L’homme par son labeur sait exploiter la terre, développer le commerce, avoir de quoi manger. Au niveau des besoins, l’homme, même sans référence explicite à Dieu, a su combler son manque. Mais assouvir ses besoins, même au bon sens du terme, n’est pas le tout de l’homme comme Dieu n’est pas seulement celui qui donne des choses. L’homme dépasse l’homme…. Et il est fait pour Dieu, pour devenir un libre partenaire dans une relation très intime avec Lui. Le texte évangélique n’exprime pas aussi clairement cette façon de voir, mais discrètement en filigrane, ne la retrouve-t-on pas ? Car notre récit prépare ce qui viendra plus tard : « Je suis le pain de Vie ! » (Jn 6, 36) L’homme vit bien de pain, mais aussi de la Parole venue de l’intérieur de Dieu. Sur fond de relation de l’homme avec Dieu, reprenons les questions adressées à Philippe. « Où » acheter de quoi nourrir une aussi grande foule ? La réponse devient claire : Nulle part ! Car le don que le Christ veut faire ne se trouve nullement chez quelques boutiquiers. Quant à l’argent, bien utile pour acheter du pain ordinaire, il n’est plus nécessaire pour acquérir le don que le Christ nous fait. Le don qu’il nous fait ? Rien de moins que lui-même ! Par ses propres moyens l’homme ne peut le trouver, ni se le procurer. Avec son propre argent l’homme ne peut l’acheter. Le contexte l’exprime, Jésus veut se donner comme une nourriture, la vraie nourriture. Le récit d’aujourd’hui se passe au temps de la Pâque (Jn 6, 4). Les gens viennent à Jésus au lieu d’aller au Temple. Il devient comme le nouveau centre. L’allusion à la Pâque rappelle le trajet de sa vie avec son dénouement, son passage, par le don présenté sur la croix. Le Christ est nourriture. Deux symboles le confirment, les pains et les poissons portés par un enfant et qui signifiaient le Christ pour les premières communautés chrétiennes. Le Christ, à travers les signes du pain et du poisson, se distribue lui-même gratuitement (Jn 6, 11). Il est lui-même le lieu (Où ?) que Philippe ne pouvait encore soupçonner. Il est lui-même le pain qui ne s’achète pas (Où acheter ?). Et l’enfant possédant cinq pains et deux poissons suggère, que face à Dieu, il n’est d’autre attitude que de Le recevoir. Dieu se reçoit et ne s’achète pas. Philippe était loin d’imaginer ce que le Christ voulait lui suggérer. Que le Christ se donne, l’avons-nous mieux compris ? Qu’il est vraie nourriture semble-t-il évident ? Dieu seul peut bien donner Dieu ! Et moi le recevoir ?
Instruire...! 23 juillet 2006, 16° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 6, 30-34 Jésus a pitié de la foule Que cherche cette foule qui assiège Jésus, l’homme de Nazareth ? Ne lui laissant aucun répit elle le suit, même quand il se dispose à partir à l’écart. Jésus attire ! Que se dégage-t-il de sa propre personne pour que les gens s’obstinent à lui courir après ? Qu’attendent-ils de lui ? Qu’entendent-ils de lui ? Par eux, nous ne saurons, car ils viennent vers lui sans livrer leur secret. Peut-être ne savent-ils pas exactement pourquoi ils viennent là. Ils viennent… ! Par contre, Jésus s’exprime sur ce qui ne va pas, sur le manque profond qui fait marcher les gens…vers Lui et souvent en tous sens… Il les voit sans berger, comme brebis égarées. Leur désarroi l’opprime au plus profond de lui (jusque dans ses entrailles…) (Mc 6, 34) D’après lui, les foules sont perdues. Elles ont besoin de guides. Est-ce notre impression ? Manque-t-il vraiment de guides pour conduire les hommes vers… ? Laissons cette phrase en suspens, car elle comporte une question importante. Vers… ? Qui voudrait bien répondre ? Quel guide d’aujourd’hui pourrait dire jusqu’où ? Le malaise des hommes tiendrait-il à cela qu’ils ne savent vers où ils doivent diriger leurs pas ? Perçu dans l’évangile, ce malaise trouve-t-il des échos de même désarroi dans le monde d’aujourd’hui ? Le monde manque-t-il de bergers ? Ou plus exactement, n’a-t-il pas rencontré le seul qui peut lui dire quelle est sa vérité et pourquoi il existe, et vers qui il chemine et comment instaurer une civilisation de paix ? L’humanité est une, du moins dans sa nature, un peu moins dans les faits. Son destin est commun. Qui va lui révéler quel est son avenir ? Son expérience lui parle. Elle en tire profit. Serait-ce suffisant pour la faire aboutir a être pleinement l’humanité pacifiée, tout à fait satisfaite après avoir trouvé ce que longuement elle cherchait ? A ces foules en quête, que peut donner le Christ ? Parmi tous les bergers qui se sont présentés en conducteurs des peuples, que possède-t-il, lui, qu’eux-mêmes n’avaient pas ? Le Christ, unique berger ? Ces foules, qui attendent au plus profond d’elles-mêmes et viennent l’écouter, vivaient en Palestine mais qui ne voit en elles toute l’humanité avide de savoir enfin qui elle est. Si toute l’humanité se tournait vers le Christ, aurait-elle trouvé ce qui jusque-là, lui manquait ? Nous savons aujourd’hui que quelqu’un dans l’histoire, en fait toute récente, a payé de sa vie la vérité et la paix. Que le même qui attirait les foules s’est laissé condamner plutôt que de se renier. Et que, face à la force qui lui donnait la mort, il a eu le courage d’annoncer le pardon à ceux qui le tuaient. Cet homme qui se disait Envoyé ne mérite-t-il pas d’être appelé berger ? Et ce qu’il voulait dire ne mérite-t-il pas d’être encore écouté ? Serons-nous disposés à nous laisser instruire ? Instruire ! Par quelqu’un que nul ne peut supplanter ?
Envoyés...! 16 juillet 2006, 15° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 6, 7-13 Jésus envoie les Douze appeler les hommes à la conversion Envoyés, les disciples, ils le sont deux par deux. Tout de suite on questionne pourquoi deux par deux ? Et l’on pense, sans doute, qu’à deux l’on est plus fort…qu’on peut se soutenir. En effet cela peut être vrai, mais est-ce suffisant pour épuiser le sens de cette façon de faire ? Une autre motivation dirait-elle l’importance de cette mission en tandem ? Notons d’abord ceci : C’est le Christ qui envoie et deux le représentent. Un seul ne suffit pas. Quelle révélation ! Pour annoncer le Christ, bien témoigner de lui, il faut être au moins deux. Vive la communauté ! Personne à lui tout seul ne peut prétendre pleinement le proclamer. Lui-même a donné la formule : « Il les envoya deux par deux » non pas pour veiller simplement à prendre soin de l’autre, ni défendre leurs vertus, mais pour laisser entendre que ce qu’ils annoncent ne vient pas de leur crû. Quelqu’un les envoie, qui est en même temps la Parole qu’ils parlent et le contenu du message. C’est lui qui les « assemble », c’est lui qui les envoie, aucun ne peut prétendre à la première place, à être à lui seul celui qui le remplace. Il n’y a qu’un Christ ! Et pour dire son Nom, il y faut deux personnes. La chose fut bien comprise au début de l’Église. On cite les tandems de Pierre avec Jean (Ac 3, 1 ; 4, 13) de Paul et Barnabé (Ac 13, 2) de Jude et de Silas (Ac 15, 22b) Dans l’Eglise d’aujourd’hui qui est pour Pierre, l’équivalent de Jean ? Ces apôtres, envoyés deux par deux, reçoivent le pouvoir sur les esprits impurs (Mc 6, 7) Et ils vont en user puisqu’ils purent chasser beaucoup d’esprits mauvais. (Mc 6, 13) Ce pouvoir nous intrigue. En effet qu’en est-il aujourd’hui ? Il nous serait commode de pouvoir l’exercer et de permettre aux personnes habitées par un « autre » d’en être libérés. Mais les esprits mauvais ne peuvent habiter l’homme qu’avec sa connivence ou sa complicité peut-être teintée d’ignorance. L’esprit mauvais entretenu par l’homme et qui peut orienter certains comportements n’est-ce pas finalement l’esprit qui fomente notre refus d’aimer ? En effet que font les envoyés qui marchent deux par deux animés par le Christ ? Ils éclairent les cœurs par la prédication et annoncent l’amour qui leur vient du Seigneur. Parmi les auditeurs certains se convertissent, quittent l’esprit mauvais et apprennent à aimer. D’autres n’en sont pas là aussi restent-ils habités par des esprits autres que celui qui vient du Christ. (Mc 6, 11) Chacun entend solliciter sa propre liberté. Commander aux esprits mauvais, cela nous fait rêver mais à bien y regarder pour les mettre en échec, il n’est d’autre moyen que d’aimer. Je crois que sur la croix le Christ ne fit pas autre chose. Aimer comme le Christ redonne aux possédés la vie qui leur manquée. Ce pouvoir efficace n’a pas besoin de fards. L’amour est relation, c’est-à-dire ouverture et pleine confiance à l’autre, à la façon du Christ qui recevait du Père l’amour qu’il prodiguait en rencontrant toute personne. Pour transmettre l’amour et libérer les cœurs en leur donnant d’aimer il faut un cœur léger lui-même désencombré: « Allez donc, dit le Christ… sans ceci…sans cela … (Mc 6, 9) Le Christ ne peut se passer du témoignage des disciples pour atteindre les hommes, et en les aimant, leur apprendre à aimer afin de triompher de leurs esprits mauvais. Ce qu’il fit, il le fait. L’amour qu’il a vécu, il l’a transmis aussi. Les apôtres sont partis. Ils ont pris le relais avec le même pouvoir de l’amour pour chasser les esprits qui empêchent d’aimer. Réfléchissons un peu… Ai-je bien saisi qui sont ces envoyés ? Envoyés ? La vie à ma portée pour ensuite la donner. Mais n’est-ce pas que pour y réussir, il faut être envoyé ?
Miracle...! 9 juillet 2006, 14° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 6, 1-6 Jésus n'est pas accepté dans son pays Saisis d’étonnement, on crie vite au miracle ! Quand ce qui s’est passé bouleverse nos données on l’évoque aussitôt. Le miracle ? Ce qui arrive brusquement et transgresse la loi que la nature édicte. Une infection guérie, alors qu’on présumait le pire, un cancer qui s’en va, depuis longtemps rebelle à tous médicaments, une situation compliquée qui trouve son dénouement on ne sait trop comment. Dans le cours de la vie, le miracle éclate à la surprise générale. Ainsi, nous le pensons, nous l’attendons, le souhaitons… Quand nos forces humaines buttent sur l’impossible, nous désirons encore que le possible arrive. Qui parle de miracle sait très bien ce qu’il veut. Un brusque changement qui rétablit pour l’homme une autre et meilleure situation. Mais est-ce ce même sens qui parcourt l’évangile ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non ! Des guérisons, des désaliénations, ces choses ne manquent pas dans les quatre évangiles et même des « résurrections » plutôt mal nommées puisqu’il s’agit toujours de retour à cette vie d’ici. Mais remarquons aussi, le peu d’empressement manifesté par Jésus pour ce genre de pratique. Il se veut tout discret quand il doit opérer l’un ou l’autre miracle et refuse toujours toute publicité. Il « obéit » aux hommes quand ceux-ci le supplient mais n’attend-il pas d’eux, autre chose ? Sauriez-vous dire quoi ? Qu’attend-t-il des hommes ? En méditant l’épisode, aujourd’hui proposé, nous pouvons encore remarquer, que, ce que Jésus attend, est fortement mentionné. Déjà, d’ailleurs, dans les miracles précédents (Mc 5, 21-43) nous pouvions le noter. En effet, au milieu des amis, des gens de sa famille, Jésus se sent complètement bloqué. Certes, on l’écoute parler, on reconnaît qu’une grande sagesse s’exprime à travers lui, mais, on ne peut convenir qu’il soit tout différent de ce que l’on connaît. Il est, pour les gens de sa patrie, le charpentier, le fils de Marie. Ils ne voient pas plus loin. Ils savent qui il est… ! Du coup il nous est dit que dans cette patrie, sa patrie d’origine, il ne put accomplir rien de miraculeux. (Mc 6, 5) Car les gens de chez lui n’avaient pas foi en Lui : « Et Jésus s’étonnait de leur manque de foi » (Mc 6, 6). Foi et miracle apparaissent intimement liés ! Aussi, quand la foi n’existe pas, serait-ce que le miracle ne suit pas ? A moins que le miracle ne soit d’abord de croire ? Dans cette région incrédule, Jésus effectua tout de même quelques guérisons en imposant les mains (Mc 6, 6) N’est-ce pas intéressant de noter ces deux façons de s’exprimer ? Lier guérison et foi et parler de miracle d’une part, et évoquer simplement des cas de guérisons quand la foi n’est pas là ? Dieu, Jésus Christ donc, peut toujours redonner l’intégrité physique, mentale, à ceux qui l’ont perdue. Il est maître du monde, y compris de notre être physique, psychique… Mais recouvrer la santé est-ce bien un miracle au sens où l’Évangile semble le dénommer ? Peut-être serait-il bon de revoir nos idées ! « Il ne peut faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques infirmes en leur imposant les mains » (Mc 6, 5). Introduire ce verset, marque-t-il une contradiction, une façon de tempérer l’impuissance du Christ, ou bien, faut-il entendre une autre conception de ce que l’on conçoit quand on parle de miracle ? Optons pour la seconde des deux propositions. Il n’y a pas miracle quand il y a seulement guérison ! Mais, c’est tout autre chose quand s’exprime la foi. La foi qui « touche » la personne en son identité, et qui « voit » en Jésus plus que le charpentier ou le fils de Marie. La foi « voit » bien plus loin que la portée des yeux, elle parvient à surprendre en Jésus, le Fils de Dieu. Le miracle s’accomplit quand la foi a jailli. Croire, serait-il un miracle ? Et pourquoi pas ? On pense trop souvent que découvrir en Jésus de Nazareth, le fils de Dieu fait chair, se fait tout simplement. Guérir le corps est bon, et l’on crie au miracle en oubliant que c’est quand le cœur guérit que le miracle s’accomplit. « Ta foi t’a sauvé » dit Jésus à l’hémorroïsse et elle fut guérie. (Mc, 5, 34) « Crois seulement » dit Jésus à Jaïre et sa petite fille fut réveillée (Mc 5, 36) En regardant ma vie, et en testant ma foi au Fils de Dieu fait homme, que puis-je dire ? Que je crois au Christ, fils de Dieu ressuscité ? Et que voilà le grand miracle !
Elle...! 2 juillet 2006, 13° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 5, 21-43 Résurrection de la fille de Jaïre - Guérison d'une femme (brève : 21...43) Le sous-entendu de ce titre n’est pas très estival mais la réalité qu’il sous-entend ne connaît pas de saisons. Le « monde » la fuit. L’Évangile l’éclaire. L’évangile du jour en parle. Aussi même en ce début d’été pourquoi ne pas l’évoquer ? Les vacances commencent pendant lesquelles on peut, à moins de seulement vouloir s’étourdir, méditer et réfléchir quelque peu. Eh oui la mort ou même la maladie sont toutes deux présentes dans le texte d’aujourd’hui ! Mais elles ne sont pas seules. Elles ont un concurrent. Quelqu’un qui est la Vie. Quelqu’un qui est la Vie ? Alors qu’il chemine à la rencontre des gens et qu’il se laisse approcher par tous ceux qui le veulent, il affronte la mort et chasse la maladie. Vient-il d’être touché, à la dérobée, par une femme apeurée et la voici guérie de son hémorragie. De même la fillette pour qui le père a supplié, bien que décédée entre temps, revient à cette vie, sur l’injonction du Christ, comme si elle se réveillait. Le pouvoir du Christ s’étend-il jusque-là ? De guérir des malades, de réveiller des morts ? On ne peut, comme ça y croire. Cela paraît bizarre et peut-être bien trop beau. Pourtant ces deux miracles résultent de la foi. « Ma fille t’a foi t’a sauvée, dit Jésus à la femme, va en paix et sois guérie de ton mal… » (Mc 5, 34) De même, alors qu’on vient apprendre au chef de synagogue que sa fillette est morte et qu’il n’est plus nécessaire de déranger le maître, Jésus en s’adressant au père, lui demande de ne pas craindre, mais de croire seulement. Le Christ plus fort que maladie et mort ! Plus fort que maladie et mort, sans pour autant guérir tous les malades et ramener à cette vie-ci tous les morts. Inutile de chercher à subsister ici et toujours, en parfaite santé et à vouloir échapper à la chute finale. Le Christ lui-même connut la fragilité et n’a pas été exempté du passage par la mort. Alors, venant de lui, que peuvent signifier ces actes de santé ou de reviviscence ? Sont-ils des signes pour évoquer une autre réalité ? Veulent-ils nous inciter à lui faire confiance à propos d’une vie que ni la maladie, ni la mort ne viendront perturber ? Obtenir rémission pour l’une ou l’autre maladie cela se voit souvent, mais guérir un moment n’empêche pas plus tard de sombrer définitivement. « Sombrer dans » ou « passer par » ? Nous ne sommes pas équipés pour vivre ici indéfiniment, même si, la plupart du temps, nous le souhaiterions. Sommes-nous faits pour aller vivre ailleurs ? Qu’en dit votre intuition ? Et Celui dont nous connaissons l’œuvre, serait-il celui-là qui transgresse la mort et nous emmène dans un ailleurs ? Qu’en dit votre foi ? En ces miracles d’ici, nous est signifié, par qui, si nous croyons, nous pourrons accéder à la Vie. « Je suis, dit le Christ à la sœur de Lazare, la Résurrection et la Vie. Celui qui vit et croit en moi même s’il meurt vivra ; celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25-26) La foi, toujours la foi, non en une théorie mais en une personne dont la vie sur la terre a révélé l’éclat et donné la mesure de la grandeur de l’homme. En méditant cette Parole, sans autre à priori que de bien l’écouter, entendrons-nous ce qu’elle révèle au-delà du miracle, c’est-à-dire, l’avenir de celui qui croit dans le Christ. Ta foi t’a sauvée ! (Mc 5, 34) Sois sans crainte, crois seulement ! (Mc 5, 36) « Elle » ne triomphera pas. Quelqu’un est la Vie ! Affirmation gratuite ou vérité suprême ? A toi d’en décider !
Embarqués...! 25 juin 2006, 12° dimanche du temps ordinaire B Evangile : Mc 4, 35-41 La tempête apaisée C’est le cas des disciples ! En barque avec le Christ, ils vont vers l’autre rive. Mais le temps est mauvais. La tempête se lève. La barque est ballottée, tout prêt de chavirer… La panique les prend et démontent les disciples, alors que Jésus, dort, la tête posée sur un coussin, à l’arrière. Dès lors, que faire sinon le réveiller ? Pour qu’il coule consciemment ou pour qu’il intervienne ? Pourrait-il calmer le vent ? Il le calmera effectivement. Une autre crainte, alors, s’emparera des disciples. Quel est cet homme, à qui vents et flots obéissent ? En effet, qui est-il ? Tout de proximité, monté sur cet « esquif » et par ailleurs d’une telle puissance sur les eaux déchaînées ? Quelle attitude avoir en face de cet homme ? Où bien se situer ? L’ébranlement des hommes est encore plus grand que celui provoqué par la force des vents. Pour retrouver son calme, se tenir à sa place, les disciples, comme l’homme en général, doivent vivre de foi. La Foi ? Connaissez-vous cette attitude-là ? L’expérimentez-vous en vivant en plein vent ? Le monde est une mer, cent fois plus agitée, que ne le sont les eaux du lac de Galilée. Le frisson de la peur, la crainte du voyage, passer sur l’autre rive, peuvent paralyser. A s’en tenir à nos moyens humains, à nos vues bien faiblardes, on ne joindra jamais l’autre rive du lac. L’autre rive du lac ! A quoi faut-il s’attendre de la part du Seigneur ? Qu’est-ce que ça signifie quand il dit de passer sur la rive d’en face ? Veut-il simplement transiter ou bien exprime-t-il une autre réalité ? Pour nous en l’écoutant, nous savons bien déjà, que personne ne subsiste définitivement sur cette rive-ci. Que l’homme est traversé d’un désir d’au-delà et qu’il est affronté à ses propres rumeurs qui l’affolent et le pétrifient de peurs. Le Christ, peut-il faire quelque chose ? Doit-il faire quelque chose ? Est-il venu pour cela ? Serait-il le passeur ? Des rives de la terre à celles d’être avec Dieu ? Lorsque la mort l’atteint, Jésus n’arrête pas le courroux et la haine, mais se laisse engloutir, faisant confiance à Dieu, à Dieu qui est son Père. Ainsi, il ouvre le passage qui conduit au rivage où lui, le Christ, mort et ressuscité, nous permet d’accoster ? Il fait confiance au Père parce qu’il le connaît, Jésus ne sait-il pas d’où il vient et où il va, même si cette connaissance n’empêche pas l’ultime affrontement de la mort obligée. Nous ne connaissons pas le Père, du moins pas sans le Christ, qui à travers lui-même, nous permet aussi de le connaître. Dans la barque des disciples, le Christ demande la foi ? La foi au Christ ? On en est toujours là. Sur les vagues du monde, hommes et femmes d’aujourd’hui, c’est toujours au Christ qu’il faut donner sa foi ! Au Christ exclusivement ? Bien sûr, uniquement ! Que dire de nos vies ? Se sont-elles embarquées dans la confiance au Christ ? Embarquées pour partir ? Partir…de l’autre côté ?
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