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Un Dieu qui se laisse toucher... 25 décembre 2011 - Dimanche de la nativité du Seigneur - Année B Lc 2, 1-14 Lectures de ce jour On l’attendait depuis bien longtemps ! Il est né, le Divin enfant ! Noël! Noël! Tel était aussi le cri d’exultation du Canada chrétien, à cette époque où la foi régnait, vive et ardente au cœur des familles, des institutions et de la société entière. Aujourd’hui, cette effervescence spirituelle s'est bien affaiblie et la foi naïve, en voie de disparition. Oui, actuellement, il y a peut-être des signes d’une nouvelle tendance, d’un nouvel élan, mais ce sont des chiffres très faibles. Un Noël moderne Malgré tout, la fête de Noël est encore, de toutes les fêtes chrétiennes, peut-être la plus aimée et la plus populaire. Mais que reste-t-il exactement de Noël dans cette société marchande ? En fait, si le sens de Noël est une demande, une attente, on le rencontre encore dans les rues de nos villes. Et quoique une très grande partie du monde ne pratique plus sa religion, il existe cependant à Noël une effervescence de joie dans l'atmosphère et dans les cœurs pendant les célébrations de cette fête exceptionnellement réjouissante, indépendante des diverses confessions religieuses, car cette lumière de Noël illumine tous les cœurs, sans distinction aucune. Dans cet emportement d'allégresse qu’occasionne Noël et les fêtes de fin d'année, le monde est en fête. Illuminations fastueuses éclairant les rues et les places, pistes de patinage grouillantes de jeunes qui rient, Pères Noël, géants sapins de Noël, musique, ajoutent à l’effervescence déjà grandissante des villes et des campagnes. Par ailleurs, on voit encore du monde encombrant les trottoirs, visitant avec un engouement passionné les magasins achalandés, parfois rêvant devant les vitrines ornées de mille feux aux lumières fascinantes et de décorations de toutes les couleurs. De multiples articles et une profusion de jouets, certains plus splendides avec des éclats modernes au rythme de l'ère informatique et de la technologie moderne, sont encore exposés et ravissent tous les yeux… Dieu est toujours présent Et comme Dieu se sert parfois des événements en apparence les plus indifférents pour parvenir à ses fins, c’est donc dans cette atmosphère que Jésus-Christ fait son entrée au monde. Mais quelle naissance pour un fils du Dieu tout puissant! En tout cas, les conditions dans lesquelles ce fils de Dieu vient au monde ne lui donnent pas beaucoup de chance d’être accueilli en tant que tel. Malgré les infortunes, Joseph et Marie se montrent serein dans l’accueil de l’enfant-Dieu, pauvre, couché dans une mangeoire. Jésus est né, et voici que les cieux retentissent de chants d'allégresse. Là haut, les anges entonnent à l'envi le joyeux cantique du triomphe: "Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!". Et aussitôt de pauvres bergers, avertis par les anges, vont adorer, dans ce petit enfant, le Sauveur du monde entier. Un Noël à inventer Pourtant, ce monde auquel la rédemption est destinée reste toujours marqué par la misère sous toutes ses formes. Voilà pourquoi, à chaque Noël et fin d'année, Jésus vient nous rappeler que les pauvres aussi existent pour fêter dignement sa naissance et se réjouir à voir commencer une nouvelle année. Faisons nôtre son amour par notre générosité pour que nos souhaits et nos sourires, auxquels les enfants, ainsi que ceux et celles qui rêvent d'en recevoir, soient emprunt de sollicitude et d’amour. Car le vrai secret pour réussir Noël se trouve dans ce culte du partage en se laissant toucher par ces regards péniblement attristés des pauvres, des naufragés, des déshérités, des peuples à la dignité bafouée, qui sollicitent notre sympathie. C’est ce que fit Dieu le Père, qui, touché par la misère de son peuple, envoya son fils, l’Enfant de Bethléem, né de Marie, que nous célébrons en ce jour, pour nous apporter le salut. Joyeuse fête de Noël à vous tous ! Sébastien Bangandu , a.a.
Marie, étoile qui oriente... 18 décembre 2011 - 4° Dimanche de l'Avent - Année B Lc 1, 26-38 Lectures de ce jour Qui donc est Dieu s’il vient s’incarner dans la vie de l’humain et s’immiscer dans son train-train de vie? Il faut une longue expérience et peut-être toute une vie pour arriver à comprendre que si l’humain n’est pas attentif à son propre mystère, sa parole sur le mystère de Dieu n’est que pure bavardage. Mais on doit le respect aux passionnés de l’humain qui échouent à appeler ‘Dieu’ le ‘divin’ qu’ils perçoivent en lui. L’un de nous Si Dieu se fait l’un de nous, c’est pour que nous expérimentions la puissance de son amour et de son humilité. En effet, Dieu n’a aucune puissance pour détruire ce qu’il crée. L’humilité de Dieu est, à la fine pointe de la puissance, cette vulnérabilité du petit enfant qui sera couché dans une crèche. De cette humilité est née la rencontre de Dieu et de l'humain. Cette rencontre, pleine d'amour et de liberté a permis à Dieu le fils de descendre sur la terre et de redonner à chaque être humain qui croit en Lui, la liberté perdue. La liberté de la mère, parfaitement conformée à la volonté divine, a préparé la voie au fils de Dieu, le sauveur de l'humanité. Marie, Eve nouvelle Si Dieu s’est penché sur son humble servante, par Jésus-Christ, il a voulu être avec nous, pour prendre notre condition humaine… A travers la conversation de Marie avec l’Ange Gabriel, c’est le monde qui déjà entre en dialogue avec son créateur. Tout puissant qu’il est, Dieu ne veut pas s’imposer, il sollicite l’assentiment de l’humain en s’abaissant jusqu’à lui. Ainsi, la coopération de Marie à l’œuvre rédemptrice du Père traduit du même coup son obéissance à la volonté de Dieu. Or cette obéissance, qui marque le passage de l’assentiment à l’accomplissement est déjà l’œuvre de la grâce de Dieu en Marie, et partant, en tout humain. Ce qui fait d’elle la mère des humains, et donc, la nouvelle Eve, la mère des vivants, par qui l’humanité déchue retrouve sa splendeur première. Le oui de Marie est le signe que le temps de la miséricorde divine est arrivé. Dans la foi, Marie prend le devant de la scène du quotidien des humains, l’étendard de la foi à la main, pour attirer à elle, et conduire à la loi de grâce, et au bonheur, tous ceux et celles qui seront animés de la même foi, qui lui a valu le titre auguste et la dignité de Mère de Dieu. Marie, étoile qui oriente Avec Marie, nous pouvons déjà croire que Dieu a un plan merveilleux pour chacun et chacune de nous. Et si l’incertitude par rapport à l’avenir, la vulnérabilité, les frustrations, le stress d’une vie sans horizon nous désorientent, Marie, telle une étoile, s’offre le privilège de nous conduire vers son fils, le Verbe éternel de Dieu. Par son oui à la volonté du Père, Marie nous apprend qu’au-delà des doutes, des rebellions, des renoncements, chacun de nous devrait avoir l’intuition qu’il est possible de vivre autrement, plus intelligemment, en cherchant, au quotidien, par la grâce de Dieu, à devenir une étoile pour les autres. Comme alors, aujourd'hui aussi, le message divin se trouve parfois confronté à la fermeture et au rejet, à des façons de penser et de vivre qui sont loin de la recherche de Dieu et de la vérité. Que Marie, Etoile de l’évangélisation toujours renouvelée de l’Église et du monde, guide nos pas vers son fils, et que nos cœurs, assoiffés de sa présence, s’ouvrent au puissant message de l’Avent. Laissons-nous façonner par la grâce de Dieu afin d’être en mesure de répondre docilement à l'action de l'Esprit de Celui qui doit venir. Soyons des signes d'espérance, capables de regarder vers le futur avec sérénité et certitude. Sébastien Bangandu , a.a.
Témoins d'une réalité qui nous dépasse... 11 décembre 2011 - 3° Dimanche de l'Avent - Année B Jn 1, 6-8. 19-28 Lectures de ce jour
Le témoignage est une réalité assez courante dans la société contemporaine. En fait, témoigner, aujourd’hui, signifie parler de soi, dévoiler sa vie, étaler ses expériences… Et les débats de société sont intarissables à ce sujet. Des groupes de prière jusqu’aux rencontres des communautés (chrétiennes), en passant par les mouvements charismatiques, le témoin est surtout celui qui expose son itinéraire spirituel et invite à la conversion…
Témoigner d’un Autre
Le témoignage du Baptiste, quant à lui, se démarque nettement de la conception courante de cette réalité dans la mesure où il parle d’un Autre, cet Autre qu’il considère comme étant le plus grand. C’est, en fait, la substance du message de ce troisième dimanche : éprouver notre joie à parler, non pas de nous, mais de cet Autre. Le Baptiste prêche qu’ « il n’est pas la lumière, mais qu’il est là pour lui rendre témoignage ». Sa véritable mission, Jean la reconnaît dans le texte d'Isaïe : "Je suis la voix qui crie, dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur " (Is 40,3). Une voix ! Non pas un visage séduisant, qui fascine et qui retient. Mais une voix, ou mieux, une étoile qui oriente vers l’Autre. L'humilité du Baptiste veut surtout mettre en lumière aussi bien la grandeur que la dignité de la personne du Christ. De fait, inlassablement, le Baptiste renvoie au plus grand, au plus puissant qui vient derrière lui. Ce qui donne encore plus de beauté à ce témoignage du Baptiste c’est qu’il parle de Jésus comme de son grand-frère, alors qu’il était de six mois plus âgé que Jésus. Une réalité qui nous dépasse Le témoignage du Baptiste nous révèle qu’être chrétien c’est apprendre à devenir porte-parole et témoin d’une parole qui nous dépasse. Cette réalité, c’est le Christ en personne, déjà présent dans nos vies, mais que nous avons encore du mal à découvrir, car il ne se révéler que progressivement :"Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas !" Aujourd’hui, la voix du Baptiste doit désormais trouver écho non plus au désert mais en nous, dans l'intimité de notre être qui, en principe devrait vibrer en cri de joie à l’approche de Celui qui doit venir. Mais comment découvrir cette présence cachée au milieu de nous ? Le Baptiste nous suggère l'humilité, qui est une attitude fondamentale pour s’approcher de Dieu. Celle-ci consiste à reconnaître notre petitesse devant la grandeur du mystère du Christ. Une telle reconnaissance ne peut que nous porter à confesser nos misères pour enfin laisser le Christ régner en nos cœurs. Et s’il règne déjà dans nos cœurs, nous aurons le courage de devenir, à l’instar de Jean, des témoins vivants de sa présence au monde. C’est donc un privilège et une joie pour le chrétien que de donner au Christ sa place de Seigneur et d’être toujours prêt à rendre compte de l'espérance qui est en lui (cf. 1 P 3,15). Rencontre personnelle avec le Christ Par ailleurs, Jean-Baptiste est témoin par son engagement total dans la parole qu’il profère, mais surtout dans la cohérence entre son dire et son vécu. Sa vie est une vie traversée par un élan, une ouverture à l’Autre de qui désormais il vit. C'est dire que la rencontre personnelle avec le Christ a toujours été un événement déclencheur qui éclaire d'une lumière nouvelle la vie de celui qui en fait l'expérience: “(…) Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie (...) nous vous l’annonçons, à vous aussi” (cf. 1 Jn 1, 1-3). Enfin, annoncer la Parole de Dieu et en témoigner dans le monde sont essentiel pour chaque chrétien. Rendre témoignage n'est pas une loi imposée au chrétien, mais le fruit digne d’une conversion véritable. C’est également un élan, un désir de quelqu’un qui cherche à vivre en intimité profonde avec le Christ. Mais cet appel à devenir témoins du Christ dépasse nos forces personnelles. C’est dire que le rayonnement de toute vie chrétienne dépend avant tout de l’action gratuite de Dieu, qui peut être aussi favorisée par la qualité et la richesse du témoignage personnel et communautaire de ceux qui ont déjà été séduits par le Christ. Que ce même Esprit, qui opérait dans la vie du Baptiste nous donne de revisiter notre relation au Christ et revitalise l'espérance qu’Il fait renaître en choisissant d’habiter au milieu de nous. Sébastien Bangandu , a.a.
Etre une voix qui porte... 04 décembre 2011 - 2° Dimanche de l'Avent - Année B Marc 1, 1-8 Lectures de ce jour Tandis que des signes de temps clignotent de partout autour de nous, comme au temps de Jean-Baptiste, nous vaquons encore à notre démence. Aller à la quête de l’Essentiel, chercher à trouver le sens de sa vie, retrouver le contact avec son essence spirituelle, découvrir ses besoins fondamentaux, oser l’authenticité d’une vie tournée vers le Christ, bref, mettre de l’ordre dans sa vie, voilà l’essentiel des appels que nous lance Jean-Baptiste en ce deuxième dimanche de l’Avent. Incarner le message de vie En effet, celui qui fut envoyé comme signe avant-coureur de la venue au monde de Jésus-Christ, est aussi le premier à incarner le message qu’il annonce au monde. Par sa vie de dépouillement empreinte de sobriété, dans l'habillement et la nourriture, par son humilité, il a préparé le chemin au Seigneur. Pour préparer le chemin du Seigneur, il faut s’activer, lutter contre la léthargie, ce sommeil spirituel qui semble s’installer en nous et autour de nous. Aujourd’hui, le peuple de Dieu se révèle comme affaibli, démuni devant l’avancée de la sécularisation. Tandis que la culture générale et professionnelle ne cesse de progresser, la culture religieuse, la pratique chrétienne restent à la traîne. A cela s’ajoutent l’incompréhension accrue du langage et des symboles religieux, le faible niveau des connaissances doctrinales, les croyances incohérentes, voire aberrantes parfois. Ce déficit est regrettable non seulement pour les croyants dont il étiole la foi, mais également pour l'ensemble notre société désormais sans repères. S’activer Malgré ce portrait malheureux de notre époque, nous continuons à croire que l'Esprit a animé la vie et l'action de Jean-Baptiste. De la place publique, de leurs villes et villages jusqu’au désert, les foules ont creusé leur faim et leur désir, elles ont marché pour secouer ce qui les entravait ou les préoccupait. Le désert n’est-il pas le lieu du dépouillement, de la quête de sens et de la vérité ? Chercheurs de Dieu dans le monde de notre temps, nous ne pouvons pas échapper à la nécessité d'un retournement de nos habitudes, de nos mentalités. Le souffle vivifiant et créateur de l'Esprit que le Seigneur Jésus nous a laissés est là pour assurer le passage du découragement et de la lassitude à l'espérance, de la tentation de s'enliser dans les modes passagères et les habitudes sclérosées à l'agir constant pour que triomphent la justice, la vérité, la tendresse et la paix. Se convertir Dans le sillage des prophètes, le Baptiste est « une voix qui crie dans le désert ». Sa parole indique clairement que l'Esprit n'est pas éteint. Et Jean ne s'adresse pas à des gens qui accomplissent fidèlement la Loi et qui se tiennent à l'abri des pécheurs, mais il rassemble les foules. Il les appelle à la conversion, c'est-à-dire à « un retournement radical » de leur esprit et de leur cœur afin d'accueillir Dieu. Ceci dit, la foi n'est pas un bien que l’on possède de façon définitive. Elle ressemble plutôt à un chantier perdu au milieu du monde, où les humains s'interrogent sur leur façon de vivre, tiraillés entre les forces du bien et du mal. L’Avent nous est donné pour nous permettre de nous libérer de nos idoles et de relever les défis de notre monde. Sur les traces du Baptiste, le croyant n'est pas un maître de sagesse ou de science capable d'enseigner aux autres un savoir assuré, ni un prophète en possession des plans de Dieu et investi de l'autorité de les imposer. Il ne peut être qu'un veilleur, une voix qui porte... Sébastien Bangandu , a.a.
L’Espérance qui fait marcher plus loin que … 27 novembre 2011 - 1° Dimanche de l'Avent - Année B Marc 13, 33-37 Lectures de ce jour Les lectures de ce premier dimanche de l’Avent de l’année liturgique B nous aideront à comprendre ce que cela veut dire attendre le Seigneur et elles vont nous préparer à la célébration de la Noël. L’Évangile de ce dimanche, l’Évangile de Marc, que nous lirons tout au long de cette année, nous affirme : « Prenez garde, veillez (au sens de « restez éveillés »), car vous ne savez pas quand ce sera le moment ». Attendre c’est prier. C’est beau de nous dire qu’il faut attendre. Mais comment être prêt, sans tomber dans la lassitude, quand on ne sait ni le jour ni l’heure ? Évidemment nous nous posons la question : « serons-nous à la hauteur de l’hôte qui va arriver ? » Mais peut-être devons-nous entendre dans cette phrase tout autre chose. Et si cette invitation, « Prenez garde, veillez ! », voulait dire tout simplement : « vous pourriez vous laisser surprendre ». Si je devais suggérer le sens de cette invitation, « veillez ! », je proposerais d’abord de voir cela comme une invitation à la prière. Mais ce n’est pas une prière au Père pour qu’il réalise son Royaume lui-même, tout seul, sans nous. Ce n'est pas le projet de Dieu. Nous somme invités à prier pour être remplis de son Esprit et désormais regarder le monde, qui est la matière première du Royaume, avec les yeux de Dieu – si j'ose dire. Alors, nous sommes appelés à agir dans le sens du Royaume. Attendre c’est agir. L’Évangile d’aujourd’hui nous invite à accepter notre vocation de gardiens de la maison de Dieu ! « Il en est comme d'un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller ». C’est une nouvelle extraordinaire : nos vies, si modestes soient-elles, peuvent contribuer à la gestation de l'humanité nouvelle. C’est ce qui fait notre grandeur et c'est peut-être bien l'une des raisons pour lesquelles personne, pas même le Fils, ne connaît l'heure de l'avènement définitif du Royaume : c'est que nous avons notre part à accomplir dans sa construction. Dans cette attente du Royaume nous ne devons pas rester passifs. L’attente du Royaume, ce n’est pas la salle d’attente du centre médical, ni le quai de la gare pour attendre le train. Notre attente doit être une participation active à l’avènement du Royaume! Attendre c’est espérer. Mais comment vivre cette participation, sans nier notre rôle d’intendants de Dieu ni l’exagérer ? Ce qui pourrait nous conduire à nous imaginer Dieu lui-même. C’est pour cela que saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens nous rappelle que le salut est déjà accompli en Jésus-Christ : celui que Jésus inaugure par sa mort et sa résurrection. L’humanité est enfin capable dans l'un des siens, Jésus, d'être pleinement accordée à l'Amour et à la Volonté du Père. Cela veut dire que nous sommes capables de vivre à plein et exclusivement les valeurs de l'amour, du partage, de la solidarité, de la douceur, du pardon. Faut-il encore oser faire le pas pour que cela devienne la réalité quotidienne de nos vies ? Toutefois, nous savons que ce n'est pas seulement un beau rêve, puisque Jésus nous a montré que cela était possible. Nous sommes invités sans cesse à nous rappeler que la grâce est déjà donnée, que ce projet de Dieu est déjà inauguré en Jésus-Christ. Saint Paul dit aux Corinthiens qu’en « Jésus vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu ». En fait, nous sommes invités à nous rendre compte que Dieu est toujours fidèle, et qu’au bout du compte, c’est notre unique espérance, mais c’est l’espérance la plus solide qui puisse exister au monde. Cette fidélité de Dieu ne nous déresponsabilise pas, mais nous donne le courage de reconnaître notre dignité humaine et d’affronter corps à corps notre destin et notre vocation : suivre Jésus, Dieu parmi les hommes et notre frère, et accepter la vie en invoquant le nom de Dieu. C’est à Dieu que nous devons notre force, mais c’est au service de nos frères et de nos sœurs que nous sommes appelés à la déployer. Édouard Shatov, a.a.
La Gloire de l’Humanité 20 novembre 2011 - Le Christ, Roi de l'Univers - Année A Matthieu 25, 31-46 Lectures de ce jour Deux dimanches précédents nous ont révélé l’attitude à prendre et le désir à reconnaître pour notre vie, ainsi que l’urgence à déployer les talents de la grâce que nous avons reçus au risque même de la vie. Mais, tout cela pour accomplir quoi au juste ? En fait, tout cela pour recevoir en héritage le Royaume. Ceux et celles qui reçoivent le Royaume, ce sont les Rois et les Reines. Bénédiction dès l’origine Par la parabole de la fin des temps, que nous lisons à la fête du Christ Roi, Jésus nous révèle notre vocation, le projet de Dieu sur l'humanité dès le premier instant de la création : l’humain a vu le jour pour recevoir le don d’être roi. Ce« roi » il faut l’écrire au singulier, car c'est l'humanité tout entière qui est créée pour être reine. Nous avons entendu le début du jugement : « Venez les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde ». Cette expression « depuis la création du monde » veut bien dire que l'être humain est créé pour devenir roi ! « Remplissez la terre et dominez-la », dit Dieu à l'homme au commencement du monde. L'idée que nous nous faisons d'un roi, entouré, courtisé, bien logé, bien vêtu, bien nourri, est en fait le refus de la misère et de la pauvreté insupportable, et c'est très exactement ce que Jésus revendique pour tout homme. Bénédiction de l’Amour Jésus nous invite à devenir des êtres remplis de justice et de miséricorde. Pour lui, être juste, c'est donner à pleines mains à qui est dans le besoin. D'autre part, il n'y a même pas besoin d'en être conscient : « Quand est-ce que nous t'avons vu ? Quand sommes-nous venus jusqu'à toi ? » Visiblement, le salut n’est pas réservé à une élite et Jésus ne se préoccupe dans ce passage d’Évangile, que nous lisons, ni des titres ni de la religion de chacun : « Quand les nations seront rassemblées devant lui, il séparera les hommes les uns des autres... » Ce qui veut dire que tous les hommes de bonne volonté auront le Royaume en héritage et peuvent être appelés « les bénis de son Père » ! C'est parmi les hommes de toutes races, de toutes cultures, de toutes religions, que le Royaume se vit déjà. Cela nous rappelle que personne ne possède le monopole de l'amour, mais de temps en temps il n'est pas mauvais de nous remémorer cette vérité toute simple! A tous ceux qui auront su avoir des gestes d'amour et de partage le Fils de l'homme dit : « Venez les bénis de mon Père ». « Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait », nous dit le Christ. Le jugement porte sur des actes concrets faits ou non-faits et – remarquons au passage – ce n'est pas l'intention qui compte ! Bénédiction de la légèreté d’accomplissement Mais, tout cela, est-ce que ce n’est pas trop lourd pour une vie humaine ? Nous savons bien que tous, nous avons, un jour ou l'autre, détourné les yeux (ou le porte-monnaie) d'une détresse rencontrée et très souvent la tentation nous guette de ne plus nous compter nous-mêmes ou les autres parmi « les bénis du Père ». Mais si nous y réfléchissons bien, tous, nous avons su, un jour ou l'autre, visiter le malade ou le prisonnier, vêtir celui qui avait froid et nourrir l'affamé. Si je lis bien l’Évangile, Jésus veut dire que la lumière et les ténèbres existent en chacun et chacune d’entre nous, et en nous souvenant de notre vocation royale, nous sommes invités à privilégier la lumière. Saint Paul dans sa première lettre aux Corinthiens nous dit cela à sa façon. Oui, la mort et le péché existent dans le monde et cela rend la vie difficile, désagréable et même insupportable. Toutefois, il ne faut pas se focaliser seulement sur ces réalités ténébreuses, ce qui ne veut pas dire qu’il faut les oublier ou ignorer. Nous sommes invités à voir que Dieu nous redonne la vie et il nous fait entrer dans la vraie vie, celle où règne l'amour. Pour cela Dieu donne à l'humanité tout entière son Esprit d'amour et c'est cela que Jésus est venu accomplir parmi nous. Jésus est venu nous rendre la vie et nous apprendre à la donner, en fait, pour nous apprendre non pas à surir notre existence mais à vivre tout simplement. Alors, comme dit le psaume : « Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ! » Édouard Shatov, a.a.
Au Risque de nos Talents 13 novembre 2011 - 33° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 25, 14-30Lectures de ce jour Si nous nous souvenons bien de la parabole de dimanche dernier, nous nous souviendrons qu’elle nous a fait comprendre qu’une des attitudes parmi les plus importantes, sinon la principale, c’est d’avoir le désir de Dieu, d’avoir un cœur qui cherche Dieu. Rien de plus simple et rien de plus difficile à la fois. La parabole d’aujourd’hui, tirée de même Évangile de Matthieu, nous fait comprendre comment ce désir peut nous habiter et où nous sommes invités à aller.
À chacun selon ses capacités
Tout d’abord le Maître, Dieu lui-même, distribue à « chacun selon ses capacités », mais ce qui est encore plus important à savoir, c’est que le Maître ne demande qu'à faire confiance encore plus. Dieu nous fait confiance. Dieu nous associe à ses affaires, c'est-à-dire à son Royaume, voilà la merveille et la plus grande surprise. Mais ce qui est encore plus surprenant, et peut–être c’est le plus normal et rassurant, c’est que Dieu nous associe à lui chacun selon nos capacités. Cette expression « chacun selon ses capacités » est là pour nous délivrer de toute culpabilisation vis-à-vis de ce que nous n'avons pas su faire. Si nous lisons bien le texte le Maître n'entre pas dans le détail des comptes avec les deux premiers. Il constate qu'ils sont entrés dans son projet qui est la marche de ses affaires, et c'est de cela qu'il les félicite. C'est la seule chose qui nous est demandée : entrer dans le projet de Dieu et Dieu lui-même nous rassurera de sa bienveillance.
Tout préserver ou tout risquer
Dieu qui fait confiance va très loin dans cette attitude. La parabole nous dit que le Maître s’attend à ce que ses serviteurs prennent des initiatives, des risques même, pendant son absence. C'est bien ce qu'ont fait les deux premiers serviteurs : s'ils ont pu doubler la somme qu’ils avaient reçue, c'est qu'ils ont osé risquer de la perdre. Par contre, le troisième serviteur ne risquait pas de perdre quoi que ce soit. Il a été très prudent, pas les autres. En enterrant son talent, il a préservé ce que lui a été confié. Mais ce sont les autres qui sont félicités. Peut-être devons-nous retenir de cela que, comme chrétiens, nous ne sommes pas les gardiens très ou trop prudents du patrimoine religieux, mais avant tout que nous sommes mandatés par le Maître à risquer nos talents à son service. En fait, face à cette confiance du Maître, il y a deux attitudes possibles : la première consiste à reconnaître la confiance qui est faite et à s'employer à la mériter. C'est l'attitude des deux premiers serviteurs. Le troisième serviteur adopte l'attitude inverse : le Maître lui confie un talent, mais il ne voit pas que le talent, pas la confiance. Il interprète le geste du Maître comme un devoir de préservation uniquement. Il croit avoir tout compris. Il a jaugé son patron et décidé qu'il ne méritait pas d'être servi. Or la méfiance de ce troisième serviteur, qui veut passer pour la justesse de comportement, est d'autant plus injuste que le Maître a bien pris soin de proportionner l'effort demandé à chacun : « selon ses capacités ».
Oser porter du fruit !
En fait, nous sommes invités à faire preuve d’audace et de confiance vis-à-vis du talent qui nous est fait. C’est comme de trouver la femme vaillante du livre des Proverbe. Ou c’est encore comme la femme enceinte de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens. L’une et l’autre comparaison veulent nous dire que la venue de Dieu ne se fera pas indépendamment de nous, même si nous ne sommes pas les maîtres de cet avènement. Voilà de quoi nous renvoyer à nos responsabilités : mystérieusement nous collaborons à la venue du Jour de Dieu. Cela peut paraître audacieux ! Mais c'est pourtant ce que Paul et la parabole des talents nous disent. C'est d'ailleurs cela qui fait la grandeur de nos vies. Ce sont elles, nos vies et rien d’autre, qui sont la matière première du Royaume. Dieu ne le réalise pas sans nous. Alors, la bénédiction ou le bonheur, ce n’est pas la tranquillité peureuse de la préservation, mais le risque d’enfantement en confiance du Royaume de la manière nouvelle, inconnue jusqu’au présent. C’est comme dans la vie, on sait que l’enfant va naître, mais on ne sait pas en fait comment il sera lui, cet enfant. Ce qu’on sait c’est qu’il sera comme les autres enfants et Unique, Inimitable à la fois. Il en va de même pour le Royaume. Osons risquer et nous porterons du fruit ! Édouard Shatov, a.a.
L’huile de la Sagesse 6 novembre 2011 - 32° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 25, 1-13Lectures de ce jour
Les trois derniers dimanches de l’année liturgique, l’Évangile de Matthieu met en perspective les attitudes nécessaires pour accueillir notre Seigneur Jésus Christ qui est le maître de la vie.
Une nuit, pas comme les autres
« Le Royaume des cieux est semblable à dix jeunes filles invitées à des noces ... » Cette comparaison très positive avec des noces prouve bien que Jésus n'a pas imaginé cette parabole pour nous inquiéter. Jésus nous invite à nous transporter déjà au terme du voyage, quand le Royaume sera accompli, et il nous dit : « Ce sera comme un soir de noces ». Ce à quoi nous devons prêter notre attention c’est la dernière parole : « Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure ». Cela ne doit pas nous faire peur, ce n'est jamais le but de Jésus. Pour commencer, dressons le tableau de cette parabole : des noces, une invitation et dix jeunes filles, cinq d'entre elles sont insensées, cinq sont prévoyantes ou avisées selon les traductions. Les prévoyantes ont de l'huile en réserve, les insensées ont pris leur lampe sans emporter d'huile. Or il est vrai qu'une lampe à l’huile sans huile n'est plus une lampe à l’huile. L'époux tarde à venir et tout notre petit monde s'endort, les prévoyantes comme les autres. On peut même le répéter : tout le monde s’endort. On peut noter au passage que ce sommeil ne leur est pas reproché, ce qui prouve que le mot de la fin « Veillez » n'interdit pas de dormir, ce qui est pour le moins paradoxal !
L’huile de prévoyance et d’attente
L'époux finit quand même par arriver et l'on connaît la suite : les prévoyantes entrent dans la salle de noces, les insensées se voient fermer la porte avec cette phrase dont on ne sait pas dire si elle est dure ou attristée : « Je ne vous connais pas », leur dit l'époux. Ce qui est en cause dans cette non-reconnaissance, c’est l’absence au rendez-vous prévu même s’il est retardé, qui a comme but la recherche d’huile. Alors, il est fort probable, que la parabole veut nous dire qu’il faut avoir de l’huile en tout temps pour ne pas manquer ce rendez-vous. Au juste, cette huile que tout le monde doit avoir et que très probablement nul ne peut acquérir que par soi-même, c’est quoi ? Si je lis attentivement la première lecture, tirée du livre de la Sagesse, il me semble que c’est la Sagesse qui est cette huile que nous devons rechercher et ne jamais manquer. La Sagesse est la chose la plus précieuse du monde : et là, ce livre au titre trop sérieux révèle des envolées littéraires auxquelles on ne s'attendait pas : « La Sagesse est resplendissante, elle est inaltérable ». Cette Sagesse divine est à notre portée, ou, plus exactement, elle se met à notre portée : « Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l'aiment. Elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent ». La chose peut-être la plus étonnante c’est que non seulement, elle répond à notre attente, mais elle-même nous recherche, elle nous devance ! Et là, il faut quand même de l'audace. Pourtant, l'auteur le dit en toutes lettres : « Elle devance leurs désirs en se montrant à eux la première ». « Elle va et vient pour rechercher ceux qui sont dignes d'elle ». Dieu prend l'initiative de se révéler à l'homme. La dignité dont il est question ici, c'est seulement ce désir de Dieu : la seule dignité qui nous est demandée, c'est d'avoir un cœur qui cherche Dieu.
La joie de la rencontre
Alors, cette huile et cette attitude de sagesse n’ont qu’un seul but : c’est de nous faire entrer en présence de Dieu. L’attitude de veille n’est pas le but en soi. C’est le moyen d’une rencontre extraordinaire et quel dommage si nous la manquons sans le remarquer. Nous sommes invités à entrer dans le projet de Dieu et à adopter l’espérance. Même si nous nous endormons, quelle importance si l’huile est là. Saint Paul dira que la Sagesse de Dieu c’est Jésus-Christ : « Il est Christ, Puissance de Dieu, Sagesse de Dieu ». C’est en ce projet de Dieu, qu’est Jésus, que nous sommes invités à participer. Au fond, ce qui nous est le plus difficile à imaginer, c'est ce projet d'union : « Réunir l'univers entier sous un seul chef (une seule tête), le Christ ». C'est certainement à cela que Paul pensait lorsqu'il écrivait : « Qui nous séparera de l'amour du Christ ? » Alors, comme Paul, gardons-la fermement et rien ne pourra nous séparer de lui, rien, pas même la mort biologique : c'est pour cela que Paul emploie l'image du sommeil. Quelqu’un qui dort est bien vivant ! On peut redire avec le psalmiste : « Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l'ombre de tes ailes ». Édouard Shatov, a.a.
Savoir habiter sa foi au quotidien 30 octobre 2011 - 31° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 23, 1-12 Lectures de ce jour Dans le concret Dire qu’on a la foi c’est facile. Mais incarner sa foi dans une action concrète demande beaucoup d’énergie. Avoir la foi, pour tout croyant, c'est vivre en accord avec ses convictions spirituelles. Celles-ci sont souvent appuyées sur un message fondateur qui donne un sens à l'existence. Pour le chrétien, la foi est une relation à Dieu dont il reçoit la Parole, une relation de confiance qui change notre vie et nos relations aux autres. Elle est tout autant une question de cœur que d'intelligence, de pratique que de théorie. Ceci dit, il y a lieu de se poser la question sur ce qui témoigne de notre foi, au-delà des paroles que nous proférons. Cette question nous aide à comprendre pourquoi Jésus nous invite à pratiquer et à observer personnellement ce qui vient de la bouche des messagers de la parole et nous garder de suivre leur mode de vie scandaleux. En effet, notre époque, notre Église recèle des connaisseurs" de tous genres, souvent autoproclamés. ‘Le connaisseur’, c’est aussi un ‘expert’, un professionnel, celui qui prétend tout savoir. À cette description caricaturale des "scribes" et des "pharisiens", comment ne pas être frappé par leur étonnante similitude avec nos "experts" d’aujourd’hui ? Être témoin En fait, être des ‘experts’ n’est pas du tout un péché. Mais ce qui rend doublement coupable ces derniers c’est surtout leur incohérence : «…Car ils disent et ne font pas». Ou mieux, « Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt ». Mais dans un ‘monde moderne’, de surcroît obsédé par la culture du ‘paraître’, comment est-il possible de vivre effectivement sa foi sans abdiquer son identité d’homme ou de femme moderne ? Comment ne pas se risquer en professant qu’on est chrétien? De la perversion du paraître, du ‘m’as-tu vu’, nul n’est épargné. La maturité chrétienne en ce domaine n’est jamais assurée. Ceci dit, il convient de souligner qu’il existe au cœur de toute être humain, ce brin de pharisaïsme qui très souvent transparait dans nos incohérences et dans nos attitudes de bons parleurs. Jésus-Christ nous invite à la conversion, qui doit nous aider à pouvoir mettre un trait d’union entre le dire et le faire. On le voit, c’est donc du côté du témoignage que le Christ veut nous orienter. Le témoignage, en effet, a une puissance d’édification incroyable qui va au-delà des paroles. Souvenons-nous que l’Évangile, avant d’être écrit, fut surtout proclamé et vécu. Aussi, comme l’avait si bien dit Paul VI : « L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ». Par la fraternité Par ailleurs, Jésus-Christ veut nous faire comprendre que la grandeur, ne consiste pas à être élevé au-dessus des autres, en se faisant appeler ‘Rabbi’, ‘père’ ou ‘maître, mais d’incarner dans le quotidien, toute la signification que renferme une telle réalité. En fait, comme le dit saint Paul, toute paternité vient de Dieu : « Je fléchis les genoux en présence du Père de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom » (Ep 3,4). Ceci dit, pour comprendre ce qu’est un père humain, il est nécessaire de commencer par entrer dans le mystère de Dieu le Père, qui est la source de toute paternité. Cette paternité est, en fait, l’amour du Père qui règle le jeu de l’autorité et de la liberté en vue du bien être de ses enfants que nous sommes. C’est donc à la fraternité universelle que le Christ nous appelle. Enfin, être croyant n’est jamais le fruit d’une génération spontanée. Notre foi se revigore à travers le témoignage des hommes et des femmes qui, touchés par cette parole du Père, nous incitent à nous ouvrir davantage à la lumière du Christ. Chrétiens au cœur d’un monde en gestation, nous ne sommes pas à l’abri du pharisaïsme dont s’indigne le Christ dans l’évangile d’aujourd’hui. Nous qui nous disons chrétiens, vivons-nous assez le commandement de l’amour de Dieu et du prochain ? Sommes-nous assez ouverts à l’Esprit qui nous suggère d’habiter notre foi au quotidien ? Notre témoignage de vie est-il crédible aux yeux de ceux et celles qui voient vivre ? Sébastien Bangandu, a.a.
L’amour, visage de Dieu dans l’humain 23 octobre 2011 - 30° Dimanche ordinaire - Année A Fondement ultime L’amour est une donnée essentielle de la vie de l’humain ici sur terre. A travers les âges, des hommes et femmes de toutes les cultures, langues, peuples et nations ont vécu, chanté et parlé de l’amour. L’amour est ainsi le fondement ultime, le sens et la vérité cachée depuis toujours au cœur de toute créature. C’est d’ailleurs sur cet amour que se fondent la vie du croyant et la mission de l’Eglise au monde. Les formes que prend cet amour unique dans la vie des humains peuvent varier à l'infini mais quelle que soit leur nature, elles sont l’expression de cet amour unique qui se voit naître et s’épanouir dans nos vies. Très concrètement, l’ouverture au dialogue, l’accueil de l’étranger, de l’immigrant et le souci du pauvre sont des traits caractéristiques de cet amour chrétien qui évangélise dans le respect des différences culturelles et religieuses. Signe de communion Par ailleurs, l'expérience de tout amour véritable, de quelque nature qu’il soit, conduit d'ailleurs à ce pressentiment du rapprochement et de la communion avec les autres, malgré leurs différences (cf. Mt 18,20). L’appel à être sensible à l’autre, qui est aussi crée à l’image et à la ressemblance de Dieu, nous met au parfum de notre propre misère. C’est que le visage de l’autre devrait nous interpeller (E. Levinas) et surtout nous faire prendre conscience de nos propres misères : « …car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte ». Dans le Christ, le visage de Dieu a les traits de nos frères et sœurs en humanité et tout disciple du Christ a pour vocation de révéler chez ses semblables ce visage de Dieu qui s'y trouve caché. Ceci ne se fait pas sans un renouvellement fondamental de notre propre regard aussi bien sur Dieu que sur le prochain. Ce renouvellement est permanent, il se produit chaque fois que notre regard sur Dieu et notre regard sur l'homme sont mutuellement transformés, c'est-à-dire chaque fois que les chemins du cœur de Dieu et du cœur de l'homme viennent à se croiser dans notre propre cœur. Alors, l’on devient vraiment soi-même et, partant, capable d’aimer. L'acte religieux par excellence ne consiste plus désormais à offrir holocaustes et sacrifices (cf. He 10, 8), mais à pratiquer la miséricorde, c'est-à-dire, à laisser Dieu être Dieu au cœur de nos relations humaines, à se comporter à l'égard d'autrui comme Dieu se comporte à l'égard de nous-mêmes. De point de vue, le prochain devient le passage obligé de la rencontre de Dieu. Dans l'unité de l'amour de Dieu et du prochain se laisse découvrir à la fois le vrai visage de Dieu, le vrai visage de ce prochain que je ne suis pas et le vrai visage du prochain que je suis vis à vis d'autrui. Un appel à ‘écouter’… Par ailleurs, l'écoute c’est sans doute l’attitude fondamentale à adopter pour éveiller nos sens à l’amour qui nous vient de Dieu. Elle permet de sortir de soi, de créer des liens avec les autres. Et cela est important pour nous éviter de nous replier sur nous-mêmes ou de nous enfermer davantage dans notre propre néant. Voilà pourquoi faire le vide, n’est pas simple. C'est donc bien là un enjeu de vie ou de mort et c'est d’ailleurs pour cela que l'amour est un commandement, un devoir absolu, une exigence impérieuse, le seul commandement en vérité, tous les autres commandements n’étant que des variantes de ce dernier. En évoquant ce commandement, le Christ ne fait que reprendre le contenu de l'Ancienne Alliance (Dt 6, 4) pour indiquer au docteur de la loi qui l'interroge le chemin du Royaume de Dieu. En ce dimanche de la mission, puisse l’Esprit d’amour et de communion pénétrer les consciences et nourrir la vie et l’espérance de l’Église, témoin de l’amour du Père au monde. Puisse l’unité de l’amour de Dieu et du prochain fleurir en nos cœurs et dans nos communautés ecclésiales, afin que le Dieu vivant et véritable demeure constamment au milieu de nous. Sébastien Bangandu, a.a.
Dieu et César, égalité ou disparité ? 16 octobre 2011 - 29° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 22, 15-21 Lectures de ce jour La ruse déjouée L’évangile de ce jour nous met en présence d’un Jésus-Christ acculé par deux catégories d’adversaires qui, curieusement, sont aussi opposés entre eux : les partisans de César et les Pharisiens. Mais comme Jésus paraît leur ennemi commun, ils se liguent contre Lui pour le coincer, au travers d’une question piège : « Est-il permis, oui ou non de payer l'impôt à l’empereur ? » Ce piège est une pure machination car, s'il répond oui, il est de facto discrédité aux yeux du peuple qui souffre de la domination de l'occupant romain; s'il répond non, il sera qualifié de fauteur de troubles et se fera arrêter. Dans tous les cas, il sera condamnable. Mais comme à son habitude, Jésus se refuse à répondre à des questions simplistes. Il aime plutôt relever le débat. Bien plus, étant donné que le piège dans lequel ils s’efforcent de le faire tomber consiste à présenter une alternative entre Dieu et César, Jésus doit pouvoir mettre les choses au clair. Car lui proposer une telle alternative revient à mettre Dieu et César sur un plan d’égalité. Or, pour Jésus, il n’y a pas de commune mesure entre Dieu et César. A l’un il convient de rendre la monnaie qui lui appartient, à l’Autre la gloire et le culte qu’Il est le seul à pouvoir revendiquer. En d’autres termes, le pouvoir de César ne peut entrer en concurrence avec la divinité de Dieu et ne prend de valeur qu’à condition de se démarquer radicalement de toute prétention à l’autorité suprême qui lui est d’avance déniée. Toute autorité vient de Dieu Ce faisant, Jésus procède à une radicale démystification du pouvoir (politique) qu’il ramène sur terre. Pour Jésus donc, Dieu est le seul à régner au-dessus de toutes choses. Dès lors, il est hors de question de le comparer à qui que ce soit, parce que personne n'est comme Lui, autant dans son être que dans ses œuvres. On le voit, il s’agit de poser la distinction bien nette qui existe entre le domaine de Dieu et le domaine du pouvoir civil, ainsi que le principe de morale qui règle leurs rapports. De cette distinction, il ressort que la fidélité aux choses de Dieu, tout en primant sur tout, se concilie bien avec les devoirs envers la société civile. Tant que le pouvoir humain s’exerce pour le bien des sujets et sans s’insurger contre la loi divine, il a plein droit à l’obéissance. Et puisque Dieu est la source de toute autorité (Rm 13, 1-7), se soumettre au pouvoir terrestre c’est encore se soumettre à Lui. Ceci dit, toute forme de théocratie et tout impérialisme totalitaire et idolâtré sont récusés d'avance. Le pouvoir n’est qu’humain, et en tant que tel, il doit être désacralisé et remis à sa juste place. Ainsi, le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles lorsque ces dernières sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique. Vocation du pouvoir terrestre Par ailleurs, il sied également de souligner la dimension de la vocation étatique, qui est d’avoir le privilège, mais aussi le monopole de battre monnaie. Celle-ci est en même temps le lieu où s'exercer sa fonction économique fondamentale, du fait qu’elle lui offre la possibilité de faire fonctionner efficacement la chose publique, à partir des impôts perçus sur les revenues des citoyens. Cette légitimation de la fonction économique de l’état se doit de réguler l’économie de façon à promouvoir les meilleurs équilibres sociaux, en fonction même des règles de justice dont Dieu est le garant. De cette façon, le pouvoir de César (politique) serait honoré, non pas comme idolâtré, se rendant le culte des biens qu’il s’octroie, mais plutôt comme un pouvoir qui fait recouvrer son humanité à l’humain, puisqu’il a été crée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Rendre à Dieu ce qui est à Dieu… pourrait dès lors trouver une traduction sociopolitique dont le symbole essentiel serait de servir celui que Dieu a établi comme gérant de l’humanité (cf. Gn 1, 26). Seigneur, fais de toutes nos activités une occasion de pouvoir faire advenir ton Règne ! Sébastien Bangandu, a.a.
La vie est une fête 9 octobre 2011 - 28° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 21, 33-43 Lectures de ce jour Un moment de convivialité La vie se célèbre. Et une existence sans moments de réjouissance devient insupportable et personne ne voudra passer ses jours dans un environnement pareil. De plus, nous vivons dans une société stressée, blessée par la culture de la vitesse et du devoir de réussite. Tout se passe comme si on était pris en étau entre le travail et d’innombrables soucis de la vie courante. Cet état de fait a même fait oublier à certains la valeur de la détente, du divertissement, de la récréation, et partant, de la fête… Or, au cours d’une fête ou d’une détente, le temps est au partage. Cela permet de rencontrer des gens de tous horizons, de briser l'isolement et la monotonie du quotidien, de créer des liens qui, au fil du temps peuvent se muer en grandes amitiés. Par ailleurs, ce moment permet aussi de resserrer des liens qui existaient, mais qui, faute de temps, se sont distendus à cause d'un rythme de vie parfois trop chargé. Il instaure un dialogue autour d'un verre, d’une tasse de thé, d’un petit déjeuner ou d’un apéritif... Bien plus, il occasionne parfois des entrevues plus sérieuses et peut dénouer dans la bonne humeur des querelles jusqu'ici non résolues. Un festin original Le temps de fête peut également développer la cordialité et la solidarité dans la vie des membres d’un groupe, d'une communauté ou d'une entreprise donnée et mettre ainsi en lumière les compétences de chacun pour un échange de services fructueux. Et elle peut aussi permettre aux plus timides de nouer des relations facilement. L’expérience a montré combien, dans un contexte de stress et de surcharge de travail, ces occasions ouvrent finalement à la plénitude de la vie. Le Christ lui-même ne s’y est pas dérobé. Au milieu d’une activité apostolique intense, il savait se créer des moments de détente et de convivialité. Souvenons-nous que son premier miracle à Cana s’opère dans un contexte de convivialité et de fête où, par le biais de sa Mère, Jésus-Christ a réussi à prolonger la fête et raviver la joie des convives. Mais pour Jésus, le repas partagé, festif, loin d’être une simple réponse à un besoin alimentaire de l’humain ni un désir de faire bombance, est une préfiguration du festin du Royaume que Dieu donnera à tous ses enfants. Et ce festin est original en ce sens qu’il sera surtout l’occasion pour le Seigneur de faire exploser sa bonté et sa miséricorde en faveur de son peuple en détruisant la mort pour toujours, en essuyant les larmes de ceux et celles qui pleurent, bref, en effaçant l’humiliation de son peuple. Être en habit de noce
Mais si l’invitation de Dieu à un tel festin est sans condition et sans limite, elle n’en est pas moins exigeante : on n’y entre pas n’importe comment. Il faut être habillé en vêtement de noce. Question de vivre en état de veille car nous ne savons ni le jour ni l’heure. C’est dire que notre rencontre autour de l’eucharistie devrait constamment nous rappeler que Dieu nous invite à nous préparer, au quotidien, pour le banquet qu’il réserve à l’humanité. Ce banquet déborde évidemment l’aspect tout à fait matériel de la réalité. C’est un bonheur à venir, réservé à ceux et celles qui auront répondu par la foi aux appels de l’Esprit dès cette vie terrestre. Mais combien répondent positivement à cette invitation ? L’évangile recèle plusieurs attitudes que l’humain de tous les temps affiche par rapport à l’appel de Dieu. Pour les uns, c’est le matérialisme qui prévaut ; pour d’autres, c’est le commerce ou l’amour du lucre; pour d’autres encore c’est la violence à l’égard des serviteurs de l’Évangile… A chacun ses raisons ! Quant à Jésus-Christ, le voilà qui se tient à ta porte et qui frappe. Si tu entends sa voix et ouvres ta porte, il entrera chez toi et prendra le repas avec toi et toi avec lui (Ap 3, 20). Sébastien Bangandu, a.a.
Renaître à la vie nouvelle 2 octobre 2011 - 27° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 21, 33-43 Lectures de ce jour Savoir écouter
D’entrée de jeu, Jésus-Christ attire l’attention de ses auditeurs : « Écoutez… ». On sait combien il est agréable d’être en face d’une personne qui sait écouter. D’aucuns estiment d’ailleurs qu’il est facile de parler que d’écouter. En fait, Jésus se trouve là devant des gens pleins d’eux-mêmes, qui n’écoutent que très peu ou jamais : les chefs des prêtres et les pharisiens. N’ayant pas réussi à leur faire comprendre les choses simplement, il est comme obligé d’attirer leur attention sur une parabole. Et pour ne pas crier dans le désert, il demande qu’on l’écoute. En fait, l’écoute est un principe fondamental de la communication : il faut s’intéresser à l’autre pour mieux le comprendre et vice-versa. Dans la logique de l’alliance avec son peuple Israël, l’écoute devient une disposition fondamentale pour consolider ladite alliance : « Écoute, Israël… ». Dans l’univers biblique, écouter est synonyme d’obéir. A l’instar d’Abraham, en obéissant, nous donnons au Seigneur l’occasion de faire de nous des canaux de bénédictions pour nos semblables.
Un Dieu solidaire de l’humain
Après avoir fixé l’attention de ses auditeurs, Jésus leur raconte la parabole de la vigne. En effet, le thème de la vigne évoque la grande passion de Dieu pour son peuple. Depuis la création du monde, le Seigneur a toujours manifesté un grand amour et une grande sollicitude pour le genre humain. On sait ce qu’exige l’entretien d’une vigne : la connaissance du terroir, l’observation régulière des racines de la vigne dans le profil du sol ; saisir les subtilités du terroir, savoir mesurer sa capacité nourricière, évaluer au fur et à mesure son état de santé, … Tel un vigneron, le Seigneur prend soin de son peuple d’éternité en éternité. Chacun de nous est le symbole de cette vigne, objet de son attention bienveillante. Au quotidien, il nous entoure de tous les soins dont nous avons besoin pour vivre épanouis et heureux dans ce monde merveilleux. En prenant soin de nous, il veut que nous puissions, comme en retour, être capables de produire de bons fruits et de mener une existence digne et noble. Ceci dit, c’est en essayant d’habiter notre foi au quotidien que nous parviendrons à bonifier ainsi notre vie : « Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte, et le Dieu de la paix sera avec vous ». Et si notre vie est orientée par ce qui est vrai et noble, ce qui est juste et pur, nous pouvons espérer vivre un jour dans la béatitude éternelle auprès de Dieu.
Un chemin de renaissance
Or le monde d'aujourd'hui se veut de plus en plus indépendant à l'égard de Dieu. Chacun veut faire son chemin et vivre à sa pause. Les choses de la foi sont aujourd’hui marginalisées dans l’espace moderne. Nous oublions que notre existence, nous la tenons de Dieu. Elle est cette vigne dont nous devons aussi prendre soin. Malheureusement, tous nos efforts sont dirigés vers des soins de surface, alors que notre vie intérieure s’éteint à petit feu. Il est temps de réfléchir sur notre éveil spirituel, sur notre renaissance à la vie nouvelle. Dieu nous appelle aujourd’hui à renaître en Jésus-Christ, la pierre de touche de notre existence. Car sans Lui, nous ne pouvons rien faire (Jn 15,5). Notre vie, en effet, est un pur don de Dieu et nous ne pouvons rien donner qui ne nous vienne de Lui. Et si tout nous vient de Lui, l’important n’est pas ce qu’on a ou ce qu’on est. Ce qui importe c’est de se laisser conduire par son souffle vivant. Enfin, notre vie est le reflet de cette vigne que Dieu nous envoie vendanger, c’est également le signe du Royaume de Dieu en nous. Rendons grâce à Dieu en toute circonstance. Cette action de grâce nous fait reprendre contact avec Dieu et nous met en confiance avec nous-mêmes. Et pour reprendre contact avec soi et pouvoir se tourner vers Dieu, la prière est une nécessité indéniable. Dans le fracas, le vacarme ou l’inquiétude, il est impossible de rencontrer Dieu : « Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes » (Ph 4, 6) Sébastien Bangandu, a.a.
Faire demi-tour 25 septembre 2011 - 26° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 21, 28-32 Lectures de ce jour Dans notre vie, comme d’ailleurs dans les lectures d’aujourd’hui, la place principale est accordée à la parole, parole de Dieu et parole humaine. Il me semble même qu’il y a un lien intrinsèque entre notre manière d’entendre la parole de Dieu et de faire surgir la nôtre par la suite. Ou pour dire cela autrement, notre rapport à nos paroles constitue même le fondement de notre rapport à la parole de Dieu. Et c’est dans ce domaine que nous sommes invités à vivre une conversion profonde. « Professionnel de la religion ? » C’est de cela que nous parle la parabole de deux fils. Il nous faut faire correspondre la parole sur l’amour avec la réalité d’amour elle-même. Si Jésus pose aux chefs des prêtres et aux anciens la question : « Lequel des deux a fait la volonté du Père ? », ce n'est évidemment pas pour le plaisir de jouer à qui trouvera la bonne réponse ! C'est pour eux, et pour nous en même temps, leur ouvrir les yeux. Car sans la moindre transition il leur dit : vous, chefs des prêtres et anciens, c'est-à-dire ce qu'il y a de mieux intentionné au monde, vous êtes comme le deuxième fils : il dit « Oui, oui, papa », mais il ne va pas à la vigne. Tandis que comme vous le voyez, il y a des gens beaucoup moins recommandables, mais qui sont plus prêts que vous à entendre l'appel de Dieu. Les publicains et les prostituées sont des pécheurs publics et ce n'est pas pour cela que Jésus les propose en exemple. C’est parce qu’ils sont comme le premier fils. Ils ont commencé par refuser de travailler à la vigne, puis, touchés par la Parole de Jean-Baptiste, ils se sont convertis. Ce n'est pas parce qu'ils sont pécheurs qu'ils entrent dans le Royaume, mais parce qu'ils se sont convertis. C’est un rappel urgent à tout homme qui se considère comme « professionnel de la religion » et donc à nous tous. Si nous ne nous sommes pas repentis, nous ne sommes pas convertis. Les intendants du secret de l’unité Cette conversion consiste à vivre au quotidien le mystère de la communion en Jésus-Christ : « Pour que ma joie soit complète, dit Paul, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments... » Cela va très loin ! Saint Paul nous lance un défi : « Estimez les autres supérieurs à vous-mêmes ». On pourrait se demander si chacun de nous doit systématiquement se dévaloriser. Sûrement pas : le but n'est certainement pas de faire des comparaisons de supériorité ou d'infériorité, c'est totalement contraire à la Bonne Nouvelle d'un Royaume qui ignore toute comptabilité ! Le but n'est pas non plus de se regarder soi-même, fût-ce pour s'humilier. Le but, au contraire, c'est de regarder l'autre comme avec une sorte d'a priori, un regard systématiquement admiratif. Et de regarder en lui, non pas ce qu'il a, mais ce qu'il est. Les différences physiques, culturelles, sociales, crèvent les yeux. Mais tout cela n'est que de l'avoir. C’est tout un chemin que nous sommes invités à parcourir. Et ce chemin peut être long ! Prophètes d’Espérance C’est là que nous devons retenir une leçon et nous la rappeler sans cesse : un avenir est toujours possible. Rien n'est jamais définitivement joué. Cela est capital ! Pour nous encore aujourd'hui, d'ailleurs. Car effectivement, tant qu'on croit que tout est joué d'avance, on est tenté de s'abandonner au désespoir. Or on lit dans la première lecture, tirée du livre de prophète Ézéchiel, il n’y a pas de pire ennemi que le découragement. C'est pourquoi il faut prendre au sérieux cette phrase : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté, s'il se met à pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu'il a ouvert les yeux, parce qu'il s'est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivra ». Nous devons toujours nous rappeler qu’il est toujours temps de changer de conduite ou de chemin, pour reprendre une image biblique. Se convertir, étymologiquement, en hébreu, cela veut dire « faire demi-tour ». Nous devons aussi remarquer que la conversion se traduit immanquablement dans la conduite à l'égard des autres : pour le méchant, se détourner de sa méchanceté, c'est se mettre à pratiquer le droit et la justice. De cette manière nos paroles prennent chair, nous devenons croyants crédibles, en fait les témoins et nous pouvons chanter avec le psalmiste : « Seigneur ! Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse, dans ton amour, ne m'oublie pas ». Édouard Shatov, a.a.
L’Amour n’a pas d’heure 18 septembre 2011 - 25° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 20, 1-16a Lectures de ce jour Après l’enseignement sur la sollicitude permanente et le pardon démesuré, nous voici ce dimanche devant la proposition du Seigneur de renoncer à toute comparaison compétitive et vis-à-vis de Dieu et vis-à-vis de notre prochain.
Les Pensées humaines
La parabole de ce dimanche cherche à nous dire que Dieu est bon et qu’il ne faut pas regarder avec un œil mauvais ce qui est bon. Nous devons aussi reconnaître que la bonté de Dieu ne fait pas de comptes. Cela veut dire que sa bonté surpasse tout, y compris le fait que nous ne la méritons pas ; cela veut dire qu'il faut que nous abandonnions une fois pour toutes notre logique de comptable : dans le Royaume des cieux, il n'y a pas de machine à calculer les mérites et il n’y a pas de billet qui assure l’entrée. C’est peut-être là, la conversion qui nous est demandée : abandonner cette logique tordue du calcul, cette logique de comptable. Nous avons bien du mal à nous en défaire : nos efforts, nos sacrifices, nos souffrances, nous voudrions toujours les comptabiliser pour nous rassurer. Nous pensons que nous avons des droits sur le Royaume et sur l'amour de Dieu.
Les Pensées de Dieu
A l'inverse, il nous paraîtrait juste que Dieu ne traite quand même pas tout le monde de la même manière : « Tu les traites comme nous ! », reprochent les ouvriers de la première heure, sous-entendu nous méritons mieux. Dans la parabole de ce dimanche, Jésus veut nous faire sortir de cette logique du mérite : l'amour ne compte pas. L'amour ne s'achète pas, il est donné. Ça nous dérange et nous trouvons scandaleux que certains, comme le peuple élu, s'efforçaient laborieusement depuis longtemps d'être fidèles à la loi mais que les affreux païens n'avaient eu qu'un geste à esquisser pour être pardonnés. Et pourtant, plusieurs passages d’Écriture nous disent : « Ne calcule pas tes mérites et tes heures supplémentaires, Dieu te comble au-delà de tout ». Le psaume d'aujourd'hui nous fait chanter « Le SEIGNEUR est juste en toutes ses voies ». Visiblement ce n'est pas une justice calculée comme nous l'entendons ! La justice de Dieu, c'est d'aimer, sans distinction, tous ses enfants également, c'est-à-dire infiniment, sans mesure.
L’Heure de la Grâce
Édouard Shatov, a.a.
Le Pardon : nourriture de l’amour 11 septembre 2011 - 24° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 18, 15-20 Lectures de ce jour Après avoir réfléchi sur l’attitude de l’amour comme appel à la sollicitude permanente envers nos frères et sœurs, nous voici invités aujourd’hui à regarder comment nous devons procéder quand les choses ne vont pas très bien. Il y a des moments - quand nous sommes en colère, quand les épreuves nous submergent, quand les rapports interpersonnels deviennent insupportables, - où tout notre corps s’écrie : « Ça suffit ! Je ne peux plus te supporter ! Va-t-en ! »
Aimer sans calcul
L’Évangile nous procure la prescription du pardon pour guérir quand nous sommes blessés au plus profond de notre être, quand la haine et la violence nous corrompent de l’intérieur. Jésus invite alors Pierre, et nous avec lui, à dépasser tout calcul, toute raison raisonnable. « Quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? » Sept fois, pourtant, était déjà pas mal. Et saint Pierre, en proposant le chiffre sept, très symbolique, avait déjà fait un grand pas ! Mais Jésus l'invite à tout autre chose : il faut aller jusqu'à soixante-dix fois sept fois (ou soixante-dix-sept fois sept fois selon d'autres versions), autrement dit indéfiniment. Nous sommes invités à dépasser le calcul dans l’espérance, d’une certaine manière à adopter la mesure sans mesure, à l’image de l’immensité même de Dieu. Mais il ne s'agit pas de savoir à partir de quel moment nous sommes en règle avec la pitié. Car la pitié, par définition, est l'émotion qui nous prend aux entrailles ; c'est plus fort que nous, cela déborde nos calculs mesquins.
Au-delà de l’aveuglement de ce qui nous est dû
La parabole que nous écoutons ce dimanche nous démontre que tout au long de l'histoire biblique, Dieu invite l'humanité à se libérer de la spirale de la violence. Cela commence par la loi du talion qui limite déjà la vengeance (un seul œil pour un œil, une seule dent pour une dent, une seule vie pour une vie). Puis, au long des siècles et des progrès de la découverte du vrai Dieu, les textes de la Loi aussi bien que les oracles des prophètes invitent au pardon en annonçant le pardon de Dieu. Ainsi le peuple d'Israël apprend peu à peu à passer de la vengeance au pardon. Toutefois la fin de la parabole semble contredire ce pardon illimité demandé par Dieu. Le serviteur qui n'a pas pardonné à son frère perd le bénéfice du pardon du roi. Mais peut-être que là nous pouvons voir une très grande vérité de nos vies. Peut-être que le pardon accordé à nos frères « de tout notre cœur » est-il le labour préalable et indispensable pour accueillir la pitié même de Dieu. Peut-être même devons-nous comprendre que le cœur dur, le cœur sec, ne peut pas recevoir l'ondée du pardon de Dieu. Ce n'est pas Dieu qui cesse de pardonner, c'est nous qui sommes devenus imperméables à son pardon. On peut aller même un peu plus loin. C’est peut-être tout simplement parce que nous ne sommes pas assez lucides sur tous les pardons dont nous bénéficions : le serviteur de la parabole, grevé d'une dette monstrueuse, et qui s'en voyait libéré tout d'un coup, par pure bonté, aurait dû normalement être tellement envahi de reconnaissance qu'il en aurait oublié tout le reste ! Et pourtant !
Pardonner sans oublier
Alors comment faire pour que l’invitation de Jésus, qui est aussi appel de Dieu comme dans l’Ancien Testament, ne reste pas juste un vœu pieux sans aucune conséquence ? Comment entendre Ben Sirac le Sage : « Ne garde pas de rancune envers le prochain » ? Peut-être devons-nous comprendre qu’après une blessure physique, on garde une cicatrice et qu’aucun coup d'éponge n'effacera la blessure. Pour une blessure morale, c'est la même chose : rien ne pourra faire en sorte qu'elle n'ait pas eu lieu ; et dans les cas graves, on peut être marqué pour la vie. On rêverait d'un retour en arrière, un retour à la case-départ, en quelque sorte. Mais cela n'est pas possible, ni pour le coupable, ni pour la victime. Si je lis bien les lectures d’aujourd’hui le pardon consiste, non pas à ignorer ou oublier un passé qu'on ne peut ni ignorer ni oublier, mais à passer par-dessus, et à essayer de survivre et de renouer la relation qui a été coupée par l'offense. Il s’agit de proposer à nouveau son amitié, sa confiance. Cela consiste à accepter qu'il y ait encore un avenir possible. Le mot « Par-don », étymologiquement, veut bien dire cela : il s'écrit en deux parties « par-don » : c'est-à-dire le don parfait, parachevé, le don par-delà l'offense. L’acceptation de ce « par-don » est le signe de notre appartenance au Seigneur même du pardon. Édouard Shatov, a.a.
Les Guetteurs de l’Amour 4 septembre 2011 - 23° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 18, 15-20 Lectures de ce jour Très souvent dans notre vie nous disons qu’il faut nous aimer les uns les autres. Mais, en fait, qu’est-ce que ça veut dire « aimer en acte et en vérité », « donner sa vie pour les autres » ? En plus, assez souvent nous sommes confrontés non pas à l’expérience de l’amour mutuel mais à l’expérience de fratricide et cela ne date pas d’hier. Il suffit de nous rappeler Abel et Caïn. C’est justement cet amour mutuel que l’Évangile nous lance comme un défi et nous offre comme une espérance.
Veiller en toute circonstance
Tout le chapitre 18 de l'Évangile de Matthieu, dont nous lisons un passage aujourd’hui, parle de l'accomplissement de cet amour à l'intérieur de la communauté chrétienne. Ce dimanche, la priorité est donnée au pardon mutuel. Nous sommes invités à reconnaître que chacun d’entre nous ne vit ni ne meurt tout seul. Nous sommes invités à renoncer à considérer l’autre comme notre surveillant. Nous devons plutôt reconnaître l’autre comme la richesse qui vient à notre rencontre, une ville à garder et sur qui veiller. De ce point de vue, l’image du guetteur dans notre première lecture, tirée du livre d’Ézéchiel, est très suggestive. Quand on imagine une ville en danger et les ennemis aux portes, le guetteur est sur le rempart et il accomplit son office. Il sonne du cor. Certains entendant le cor se mettent à l'abri, ils survivront à l'assaut tandis que d'autres font semblant de ne pas entendre le son du cor, ils ne se protègent pas et perdent la vie. Il se peut aussi malheureusement que le guetteur n'accomplisse pas son office : il ne sonne pas du cor pour avertir ses concitoyens du danger. Dans ce cas il sera le responsable de leur mort.
Amer au-delà de la gentillesse
C'est comme cela que nous, les chrétiens, devons comprendre notre mission. Nous sommes appelés à transmettre le message de l’amour de Dieu et du respect mutuel, et si nous manquons à notre mission nous pouvons être responsables du malheur des autres. Lourde responsabilité. Mais comment faire cette « assistance à personne en danger » ? Jésus donne dans l’Évangile ses consignes pour la vie du troupeau, en particulier en ce qui concerne le soutien fraternel et l'aide de la communauté pour qu'aucun des frères « ne se perde ». « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes afin que toute l'affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l'Église ; s'il refuse encore d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain. » Pour avoir le courage de reprendre celui qui a fauté il faut beaucoup d’amour. Un amour dont normalement une communauté chrétienne doit pouvoir faire preuve. Car on sait bien que le véritable amour est exigeant : quand on aime réellement quelqu'un, on ne le laisse pas faire n'importe quoi ; il y va de « l'assistance à personne en danger ». Répéter inlassablement que Dieu est Amour ne pousse pas au laxisme que certains redoutent : car si Dieu est Amour, nous n'oublions pas que nous sommes appelés à lui ressembler, ce qui est terriblement exigeant !
Aimer sans jamais désespérer
Sur le chapitre de la relation des chrétiens entre eux, lorsque l'un s'égare, Jésus indique la voie à suivre : d'abord chercher personnellement le dialogue avant d'en parler aux autres, pour éviter, sans doute, d'aggraver les blessures de la brebis. Et tout faire pour qu'elle puisse rejoindre le troupeau, ce qui veut bien dire que chacun et chacune puissent faire partie de la communauté ecclésiale et humaine. Il en reste la dernière épreuve qui est rendu par la phrase : « Si ton frère refuse d'écouter l'Église, considère-le comme un païen et un publicain ». Disons clairement qu’il ne s’agit pas de condamnation et ni de réprobation. En connaissant l’accueil que Jésus a toujours réservé aux publicains et aux pécheurs, il ne peut pas s'agir d'un rejet définitif mais du respect de la liberté de chacun. Toute préoccupation du bien de son frère doit être marquée par la délicatesse et la discrétion. Comme saint Paul écrit dans sa lettre aux Romains : « L'amour ne fait rien de mal au prochain ». Et c’est cet amour qui est notre dette mutuelle et notre accomplissement parfait de la Loi. Un amour délicat et exigent à la fois. Alors ne fermons notre cœur ni à Dieu ni à nos frères et sœurs. Édouard Shatov, a.a.
En quête de la vraie vie 21 août 2011 - 22° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 16, 13-20 Lectures de ce jour A travers des siècles, beaucoup d’aventuriers ont réussi à traîner des foules derrière eux contre une promesse de bonheur et de réussite dans la vie. De nos jours encore, c’est par le nom du Dieu de la prospérité, de la consommation, … que certains hommes et femmes de Dieu réussissent leurs campagnes d’évangélisation. C’est que dans notre monde en quête de bonheur, il est plus facile de se laisser duper.
Qui perd gagne
Mais Jésus-Christ n’est pas un aventurier. Il ne fait pas de discours démagogiques pour attirer des foules à sa suite. Il présente toute la vérité de sa vie et de sa mission à quiconque veut le suivre. « Celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». De cette manière, toute personne désireuse de se mettre à sa suite se doit d’être conséquente dans son engagement du fait qu’il est d’emblée mis au courant de ce en quoi consiste sa mission. « Un homme averti en vaut deux », dit-on. Dans la suite de sa présentation, Jésus-Christ invite ses disciples à ce qui ressemble plus à une folie : perdre sa vie pour la gagner dans l’éternité. En fait, la vie, on ne le dira jamais assez, est plus que sacrée au regard de l’être humain. Il n’y a qu’à constater autour de nous tous les efforts déployés par les humains pour la maintenir, la soigner et la protéger… Et pourtant le Christ semble nous dire le contraire aujourd’hui. Pour lui, celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de lui la gardera. Bien plus, il est déconcertant d’entendre tout cela de la bouche de Celui qui est venu pour que les humains aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance (Jn 10, 10b). Dans un monde où il faut absolument réussir sa vie, faire bonne carrière, être en bonne santé, être aimé, bref, réaliser tous nos rêves, que veut dire perdre sa vie ? Mourir ? Se sacrifier ? Que veut bien insinuer cette inversion de sens chère à Jésus à travers les évangiles ?
La joie du don de soi
Eh bien, dans sa logique, perdre c’est gagner ; tout comme mourir c’est vivre. En disant cela, le Christ nous invite à mieux cerner la dimension oblative de notre vie. Jésus, en fait, veut nous dire qu’une vie n’est digne de ce nom que si elle est capable de se donner et de se sacrifier pour les autres : « Je vous exhorte, par la tendresse de Dieu, à offrir votre personne et votre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu… ». Il ne s'agit pas de gestes extérieurs, mais d'un culte qui nous engage vraiment, totalement, qui nous transforme en profondeur. En ce sens, mourir c’est refuser de prendre le chemin de la facilité où certains d’entre nous s’embarquent aveuglement. Perdre sa vie, c’est obéir à Dieu et faire ce qu’Il nous demande. Mourir, c’est entrer dans la réalité du message de la croix qui est la pierre de touche de l’avènement de notre salut. Et si nous savons que Jésus-Christ est le chemin, la vérité et la vie (Jn 14, 6a), alors nous pouvons comprendre sur quelle route il nous embarque. C’est dire que le chemin à la suite de Jésus-Christ tout comme le chemin de la vie a toujours été rude. C’est un chemin de mort, un chemin de sacrifice, un chemin de croix : « Il faut mourir afin de vivre ». Et c’est curieux que le chemin de la vie passe ainsi par le renoncement. Terrible logique où il ne s’agit pas de renoncer seulement au mal, mais à ce qui est si désirable, à ce que nous aimons le plus. Perdre sa vie, c’est donner à Dieu cette chose qui nous tient à cœur. C’est à ce prix que nous pourrons rendre à Dieu un culte véritable.
Aujourd’hui
Le chemin à la suite de Jésus est peut-être plus rude encore aujourd’hui, où l’on nous fait croire qu’il n’y a pas à mourir. Il faut réussir sa vie, il faut gagner, il faut faire bonne carrière, il réaliser tous ses rêves. Comment devenir disciple du Christ dans un contexte ou il devient de plus facile de faire ce que l’on veut et non ce que Dieu veut? C’est donc un appel à la conversion quotidienne qui contribuera à « nous transformer en renouvelant notre façon de penser pour savoir reconnaître quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait ». Aujourd’hui, accepter de « renouveler notre façon de penser » est une urgence car, trop souvent, « nos pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes », comme le reproche Jésus à Pierre. Cela exige également que nous acceptions de ne pas « prendre pour modèle le monde présent », ce qui est peut-être la chose la plus difficile à faire pour nous. Laissons-nous donc séduire par le Christ et le vacarme du monde s’en prendra à lui-même. Sébastien Bangandu, a.a.
Profondeur de la Sagesse 21 août 2011 - 21° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 16, 13-20 Lectures de ce jour Voici, nous entendons à nouveau la question de Jésus-Christ à ses disciples et donc à nous aussi : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Cette question marque un tournant dans la vie de Jésus et elle marque aussi le tournant dans nos vie si nous la posons franchement. Matthieu souligne ce tournant par une expression toute simple : « A partir de ce moment », ce qui veut bien dire qu'une étape est franchie. Tout change et rien ne change en apparence jusqu’à l’heure nécessaire.
Une étrange reconnaissance
Pierre répond à Jésus en lui donnant deux titres. Le premier titre, le « Fils de l'homme » : une expression sortie tout droit du livre de Daniel, au chapitre 7 : « Je regardais dans les visions de la nuit, et voici que sur les nuées du ciel venait comme un Fils d'homme ; il arriva jusqu'au Vieillard, et on le fit approcher en sa présence. Et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté : les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. Sa souveraineté est une souveraineté éternelle qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera jamais détruite ». Quelques versets plus loin, Daniel précise que ce Fils d'homme n'est pas un individu solitaire, mais un peuple. Quand Jésus s'applique à lui-même ce titre de Fils de l'homme, il se présente donc comme celui qui prend la tête du peuple de Dieu. Le deuxième titre qui lui est donné ici, c'est celui de « Fils de Dieu ». En langage du temps, c'était exactement synonyme de « Messie-roi ».
La nouveauté de l’amour de Dieu
Quand Pierre énonce ces titres, ils sont bien connus en Israël et cela n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau à Césarée, c'est que Pierre ne dit pas cela devant une manifestation de puissance de Jésus ; au contraire, dans les versets qui précèdent la profession de foi de Pierre, Jésus vient de refuser de donner un signe convaincant aux Pharisiens et aux Sadducéens qui le lui demandaient. Maintenant, une étape est franchie, Pierre est en marche vers la foi. « Heureux es-tu, Simon, fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela (c'est-à-dire tu ne l'as pas trouvé tout seul), mais mon Père qui est aux cieux ». La nouveauté à Césarée consiste non pas en usage de l'un ou l'autre des deux titres de Jésus, c'est leur jonction. « Qui est le fils de l'homme ? » demande Jésus et Pierre répond : « Il est le Fils de Dieu ». Jésus fera le même rapprochement au moment de son interrogatoire par le Grand Prêtre. Quand le Grand Prêtre lui demande de dire s’il est le Messie, le Fils de Dieu, Jésus répond : « Tu le dis. Seulement, je vous le déclare, désormais vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-puissant et venant sur les nuées du ciel ». Jésus parle bien de puissance, mais à ce moment précis, bien sûr, on ne peut plus se tromper : Dieu se révèle non comme un Dieu de puissance et de majesté, mais comme l'amour livré aux mains des hommes. C’est cette découverte extraordinaire que Pierre vient faire en écoutant la voix de l’Esprit.
La mission de l’écoute
Dès que Pierre a découvert qui est Jésus, celui-ci aussitôt l'envoie en mission pour l'Église : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ». L’Église du Christ sera son corps et constituera avec lui le Christ total, le peuple des saints du Très-Haut dont parlait le prophète Daniel. Et ce qui est le plus étonnant c’est que le Christ bâtit son Église sur la personne d'un homme dont la seule vertu est d'avoir écouté ce que le Père lui a révélé. Cela veut bien dire que le seul pilier de l'Église, c'est la foi en Jésus-Christ. Dans son appel Jésus dit à Pierre qu’il ne sera pas tout-puissant par ses propres forces mais que Dieu promet de s'engager auprès de lui et des autres disciples. Pour nous, il nous faut et il nous suffit d'être en communion avec notre Église pour être en communion avec Dieu et notre mission c’est d'introduire les hommes auprès du Père. Vraiment avec Saint Paul nous pouvons nous exclamer : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! » Édouard Shatov, a.a.
Dieu des Surprises 14 août 2011 - 20° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 15, 21-28 Lectures de ce jour Les lectures de ce dimanche nous disent clairement que Dieu a un projet pour l’humanité. C’est le don de la grâce qui est offert à chacun et chacune d’entre nous. Cela veut aussi dire que Dieu nous accueille tels qui nous sommes, ici et maintenant. C’est pourquoi se propose pour nous aujourd’hui le thème de cette réflexion : « Jusqu'où chacun d’entre nous et de nos communautés devons-nous accepter de nous ouvrir aux étrangers, aux différents, en fait aux autres ? »
Sortir du cadre
Tout d’abord, Jésus décide de se rendre en territoire païen, là où tout le monde est différent du monde juif. Cette notion de différence nous est présentée à travers la pureté rituelle. Car en territoire païen, tout le monde est impur aux yeux des Juifs, puisque personne ne respecte les règles de pureté de la loi juive. Disons-le clairement : la pureté n'est pas l'absence de péché, mais l'aptitude à s'approcher de Dieu. Les Pharisiens attachaient beaucoup d'importance aux règles de pureté, pour être dignes de prier et de se rendre au Temple. Jésus, lui, vient dire que la pureté est d'abord affaire de cœur et d'intention. C’est pour cette raison que le Seigneur sort du territoire juif et va en terre païenne, là où tout est différent. C’est aussi là qu’une femme païenne, une Cananéenne, vient à sa rencontre ; malgré le fait qu’elle soit considérée comme une impure rituellement, elle n'hésite pas à s'adresser à lui pour lui demander de guérir sa fille : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon ». Sans doute a-t-elle eu vent de la réputation de guérisseur de Jésus.
Foi qui peut tout
Curieusement, Jésus ne répond rien et ce sont ses disciples qui vont intervenir : « Donne-lui satisfaction car elle nous poursuit de ses cris ». Ce à quoi il leur répond que cette femme est une étrangère, une Cananéenne, et que lui « n'a été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël ». En plus, Jésus va même plus loin. Il justifie son refus d'intervenir : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens ». Cela semble vouloir dire que Jésus, le peuple juif et Dieu lui-même se renferment sur eux-mêmes et manifestent quelque exclusivité. Toutefois, Jésus finit par agir en faveur de la Cananéenne ; mais pourquoi change-t-il d'avis ? Si nous regardons bien les Évangiles, Jésus recommande à ses disciples à plusieurs reprises la persévérance dans la prière. Le Seigneur insiste sur la nécessité de prier constamment et de ne pas se décourager quoi qu’il arrive. C'est exactement ce que fait la Cananéenne, car elle importune les disciples qui supplient Jésus d'intervenir. C’est la persévérance dans la foi de cette femme qui renverse et change la situation de départ. La Cananéenne ne se laisse pas rebuter, au contraire, elle insiste. Si je lis bien ce passage, nous ne devons jamais nous décourager, même en face de Dieu, si nous croyons que ce que nous demandons est bien. Et ce qui peut étonner, c’est que Jésus n'exige de la Cananéenne aucune des pratiques cultuelles de la religion juive ; seule la foi est nécessaire.
Rien n’est perdu pour Dieu
La question qui surgit de cette rencontre : que deviennent alors le peuple juif et ses pratiques religieuses ? Est-il perdu et en quelque sorte remplacé par les païens ? Car la vocation du peuple juif est une responsabilité et une mission auprès des païens : leur faire connaître le Dieu unique. Pour Paul, que nous entendons dans la lettre aux Romains, il est évident que l'Alliance offerte par Dieu au Sinaï ne peut pas être reniée : « Les dons de Dieu et son appel sont irrévocables ». C'est pour cela que Paul ne désespère pas de l'avenir d'Israël, bien au contraire : autrefois loin de Dieu, les païens ont maintenant obtenu miséricorde, et les Juifs, par la même occasion, se sont enfermés dans le refus. Paul nous dit que Dieu donne toute sa grâce par amour ; de même, dans son amour, il respecte notre liberté. Lorsque notre liberté va jusqu'à refuser la grâce, Dieu n'insiste pas. Mais, comme toujours, de tout mal, si nous le laissons faire, Dieu fait surgir du bien. Cela veut dire que même de nos erreurs, Dieu fait surgir des conséquences bénéfiques : en définitive, Dieu a laissé les hommes s'enfermer dans leur refus et il en a tiré le salut de tous. C’est peut-être là, que nous devons tirer une belle leçon pour nous. Dieu ne refuse à personne qui demande avec foi. Jésus nous invite à ne pas nous enfermer en nous-mêmes, mais en voyant la foi des gens et leurs aspirations au bonheur et au bien à demander et obtenir le salut du monde. Peut-être un jour nous l'aimerons assez ? Édouard Shatov, a.a.
Demeurer dans la confiance 7 août 2011 - 19° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 14, 13-21 Lectures de ce jour Un Dieu tout autre
L’idée de Dieu la mieux partagée est celle qui fait de lui un Dieu terrible en ses exploits, auteur des prodiges, un Dieu tout puissant et qui n’a point d’égal (Ex 15, 11). Cependant, dans le quotidien de notre existence, parfois rien de tel ! On a très souvent affaire à un Dieu qui tarde à venir à notre rescousse, à un Dieu impuissant qui n’arrive pas toujours à donner pleine satisfaction à nos désirs, à un Dieu qui donne l’impression de ralentir ses pas quand il s’agit de secourir le genre humain… Pour beaucoup, il serait même logique de le condamner pour non assistance à personnes en danger ! D’éternité en éternité, Dieu surprend toujours les attentes des humains, tout simplement parce qu’il est Dieu et non un humain. On l’imagine souvent ailleurs que là où il est. L’expérience de Jacob le montre bien: "Dieu était là, et je ne le savais pas !" (Gn 28,16). On le cherche du côté de la force, et c’est le petit David, mal armé, que Dieu fait triompher du terrible Goliath (1 Sm 17). On le cherche dans des actions éclatantes et terrorisantes tout comme dans les tremblements de terre, l’orage ou la tempête, mais Lui se révèle dans le murmure d’une brise légère (1 R 19, 13 a)… Si Dieu a toujours surpris son peuple, il n’y a plus lieu de s’étonner de ce que son Messie ait du mal à se faire reconnaître.
Un Dieu des surprises
En effet, plus on croit connaître quelqu’un, plus il nous échappe ! La difficulté redouble lorsqu’on s’imagine connaître Dieu à fond. Parce que familier à Lui, on croit parfois pouvoir supprimer le mystère de Dieu. Voilà pourquoi Jésus demanda à Pierre de « passer derrière Lui » (Mt 16, 23b). C’était pour lui demander de réapprendre à le suivre, à marcher sur ses pas. C’est ce qui se passa aussi pour ceux qui prétendaient connaître Jésus du seul fait qu’ils le côtoient à Nazareth ( Jn 7,3-5 ; Mc 6,1-4, … ). Ainsi, le Dieu qui fait peur dans l’Évangile d’aujourd’hui est Celui de nos préjugés et de nos illusions. Car c’est justement quand notre foi s’affadit, quand nous sommes dépassés par les événements et soucis de la vie que notre vision de Dieu devient négative. Alors, nous avons l’impression, comme les Apôtres, d’avoir affaire à un fantôme. Nous sommes appelés aujourd’hui à quitter ce Dieu fantôme qui nous fait peur pour nous diriger vers le Dieu qui nous rassure parce qu’il est tendresse et amour. Passer de la peur d’une vie ballottée par les vagues de l’incertitude à une vie de confiance en Dieu, voilà tout l’enjeu de la découverte du Dieu d’amour.
Élargir nos perceptions
L'œuvre de Dieu est toujours plus immense que ce que nous pouvons observer et comprendre. Cela est vrai aussi bien à l'échelle de l'univers qu’à l’échelle de notre vie personnelle ou de celle de notre prochain. Ne limitons pas le déploiement de sa puissance et de son action à l’horizon de nos perceptions humaines. Laissons-nous surprendre par ce Dieu dont l'action est toujours plus vaste que ce que nous percevons. Il est toujours plus grand que ce que l'on peut imaginer et son action est toujours plus vaste que ce que l'on perçoit. Voilà pourquoi, si on accepte de ne pas enfermer Dieu dans des cases, des concepts ou des dogmes, on pourra aisément se laisser surprendre par Lui. Ouvrons nos cœurs à la rencontre du Christ qui nous fait signe. Bravons la peur que provoque en nous le vent de l’incroyance. Cultivons la confiance en Jésus-Christ, le fils du Dieu vivant. Sébastien Bangandu, a.a.
L’Amour de Dieu Autrement 31 juillet 2011 - 18° Dimanche ordinaire - Année A Matthieu 14, 13-21 Lectures de ce jour Il nous arrive assez souvent de parler du mystère de l’Amour de Dieu, mais assez souvent nous sommes tentés de réduire cet Amour divin à nos stéréotypes et analogies purement humaines. Nous créons Dieu à notre image et à notre ressemblance et oublions que Dieu est tout autre, même s’Il est très proche de nous. Ce dimanche nous rappelle cet Insondable Mystère de l’Amour.
Si tu savais le don de Dieu
Tout d’abord le don de l’Amour de Dieu est gratuit. Le prophète Isaïe nous dit que l’amour de Dieu est un amour illimité et inclusif, la justice de Dieu est au delà du juste équilibre qu’il est légitime d’attendre et le pardon de Dieu est sans mesure et inconditionnel. Cela ne dépend pas de nos mérites et de nos réussites, « car vos pensées ne sont pas mes pensées, dit Dieu ». La difficulté d’entendre un tel propos, c’est que selon notre vision humaine déformée par le péché, nous croyons que si nous ne devons rien prouver à Dieu pour être aimés, nous allons nous comporter n’importe comment. Mais, si j’entends la voix de Dieu attentivement, il ne s’agit pas du tout de cela. Le moment où nous serons vraiment convaincus de ce don gratuit, et donc éblouis par l'amour de Dieu, alors notre cœur changera et nous commencerons à lui ressembler : le feu prendra et nous entrerons petit à petit dans le registre de la gratuité.
Sur le chemin de l’Amour
Toutefois, il y a une conséquence directe de cet accueil de l’amour de Dieu : notre vie ne sera pas épargnée par les difficultés, le labeur de l’amour et sa gratuité. Selon le pasteur allemand Dietrich Bonhoeffer l’Amour de Dieu est gratuit, mais il coûte beaucoup. Cependant saint Paul affirme que ce don de l’amour est fait d’une manière irrévocable, de sorte que Dieu est toujours fidèle à son Alliance avec nous et que rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ en qui la gratuité de Dieu s’est manifestée. Paul ne considère pas une minute que le mérite de cette fidélité lui revient quand il affirme : « En tout cela (c'est-à-dire toutes les épreuves), nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés », le mot important, c'est « grâce » à lui. A la suite de Paul nous pouvons être sûrs que dans les difficultés et dans les épreuves le Seigneur Dieu vient à notre secours et en raison de cela nous savons que nous ne serons pas confondus. Dans ses lettres Paul nous livre une conviction même plus étonnante. Il nous dit que non seulement les épreuves, d'où qu'elles viennent, ne peuvent nous séparer du Christ, mais elles deviennent des moyens au service de l'œuvre de Dieu.
Au service de la Bonne Nouvelle
Pour dire plus simplement, mais en même temps plus clairement, cette épreuve de gratuité, de l’accueil même de l’amour de Dieu, trouve sa réalisation dans l’accueil et le service de nos frères et sœurs. Quand Jésus dans l’Évangile de Matthieu, que nous lisons ce dimanche, dit à ses disciples : « donnez-leur vous-mêmes à manger », ce n'est certainement pas pour les mettre dans l'embarras ; c'est qu'ils en sont capables, mais ils ne le savent pas ou ils ne le croient pas. Les paroles de Jésus exprimant qu’on peut nourrir une foule avec cinq pains et deux poissons peuvent nous paraître, comme cela a semblé aux disciples, une folie et une imprudence. Sans se préoccuper de sa popularité auprès des foules et même des disciples, Jésus nous invite à recevoir son secret, à savoir : croire que le partage est possible, quel que soit le nombre de convives, et s’en remettre à Dieu. Jésus est soucieux de la faim des gens, et c’est cela qui compte pour lui-même plus que la tranquillité qu’il a désirée au début de passage que nous méditons. Ce que nous pouvons peut-être retenir pour nous ce dimanche, c’est qu’il y a dans notre vie des moments qui nous dérangent, des situations difficiles et même accablantes. Il y a des moments où nous désirons le repos et nous n’avons que des soucis. Alors, ce n’est pas le moment de baisser les bras ! En comptant sur la gratuité de l’amour de Dieu et sa fidélité nous devons croire que des jours meilleurs sont possibles et que notre communion et service fraternel sont viables. Notre mission de baptisés, c'est de témoigner au milieu des hommes non pas d'un AILLEURS, mais d'un AUTREMENT. Édouard Shatov, a.a. Cultiver la sagesse… 24 juillet 2011 - 17° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 13, 44-52 Lectures de ce jour En Église, en affaires, en famille, en groupe, en équipe, …on se retrouve, un jour ou l’autre en position de diriger. Nombreux sont les avantages d’une telle position, mais faute d’un minimum de sagesse dans la façon de mener la barque, il n’est pas évident d’arriver à bon port. C’est là qu’on sent le plus besoin de l’intelligence, de la connaissance, mais surtout de la sagesse.
La sagesse, un art de vivre
En effet, l'Écriture dit : « si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse » (Mt 15, 14). Exercer une responsabilité, tout le monde peut être en mesure de le faire. Cependant, l’exercer avec sagesse n’est pas donné à tous. Le roi David a écrit que l’étude des commandements divins le rendait plus sage que ses ennemis, et lui donnait plus de connaissance que tous ses maîtres (Ps 119, 98-99). Salomon lui-même a dit ceci de la sagesse : « « Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée et je décidais de l’avoir pour lumière car sa clarté ne connaît pas de déclin » (Sg 7, 10). La sagesse est une excellence mentale au sens le plus élevé du terme. De plus, elle est l’expression d’une attitude autant qu'un acte de décision. Elle implique également la connaissance et les meilleurs moyens de la mettre en œuvre. Elle est en outre une qualité de l’esprit, une façon de regarder la vie, bref, un art de vivre. La sagesse modifie la façon de voir le terre-à-terre, l’ordinaire, le quotidien. Elle ne s’obtient pas à prix d’argent ou à partir des biens de ce monde.
Une richesse insondable
Pour preuve, celui qui l’a demandée et qui, de fait, est désigné comme le plus sage de tous à travers les âges (1 R 3, 12), n’était pas un pauvre matériellement parlant. En effet, Salomon était assurément puissant, à la fois comme roi, homme d’affaires, protecteur des arts, et faisait merveille en tout. Il possédait une « entreprise d’import-export » avec son propre réseau de lignes de navigation que l’on disait internationales. En outre, Salomon était un « magnat de l’immobilier ». C’est d’ailleurs lui qui entreprit le plus immense programme de construction que sa nation ait jamais connu. Il fit même aménager un réseau complet d’approvisionnement en eau pour Jérusalem, sa capitale, grande consommatrice en expansion. Sous Salomon, la société découvrit l’argent et les affaires comme jamais auparavant. Israël en était obnubilé, et Jérusalem devint une plateforme commerciale cosmopolite et prospère (I R 3-13).
Bâtir notre fond intérieur
Tant que nous sommes humains et en vie, il est naturel que nous luttions pour préserver notre existence, en nous procurant les biens de ce monde. Mais ce qui nous fait parfois reculer, c’est l’orgueil des possessions. Et celui-ci fait de nous des êtres vides intérieurement. Comme l’avait si bien dit Balthasar Gracián : « Plus on a de fonds, et plus on est homme. Le dedans doit toujours valoir une fois plus que ce qui paraît dehors. Il y a des gens qui n’ont que la façade, ainsi que les maisons que l’on n’a pas achevé de bâtir, faute de fonds. L’entrée sent le palais, et le logement la cabane. […] Mais ils sont la fable des gens de discernement, qui ne tardent guère à découvrir qu'ils sont vides au-dedans. ». La sagesse est donc cette perle fine, ou encore ce trésor caché dont parle l’évangile. Découvrir la finesse et la valeur d’une perle n’est pas l’apanage de tous. Il faut être un fin connaisseur. Il en est de même pour la découverte d’un trésor caché. Il faut prendre la peine pour chercher, creuser, fouiller. Et cela peut durer toute la vie. Bien plus, prendre le risque de vendre tout qu’on a pour posséder un bien, de quelque valeur qu’il soit, est un acte héroïque. C’est dire que l’acquisition de la sagesse nécessite le renoncement, le sacrifice, la recherche, mais surtout la prière. « Aussi ai-je prié et le discernement m'a été donné, j'ai imploré et l'esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l'ai préférée aux sceptres et aux trônes, auprès d'elle, j'ai estimé néant la richesse » (Sg 7, 7-8). Enfin, nous désirons tous le bonheur et la réussite, mais c’est la tyrannie de l’avoir et les échecs qui parfois jalonnent nos routes. Le vrai bonheur, lui, se trouve dans la rencontre et l'accueil de Jésus Christ, sagesse éternelle du Père. Il n'est pas question d'acquérir quelque chose mais de rencontrer quelqu'un et de bâtir notre vie sur cette rencontre. Chacun de nous est une perle rare, un trésor caché que Dieu recherche au cœur du monde pour bâtir son Royaume. Sébastien Bangandu, a.a. Esthétique de vie 17 juillet 2011 - 16° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 13, 24-43 Lectures de ce jour Bien chers frères et sœurs, La liturgie de la parole de ce dimanche revient sur le thème du semeur, tout en attirant notre attention sur notre façon de vivre dans ce monde où le mal semble l’emporter sur le bien. En fait, le champ qui reçoit le grain c’est bien le monde dans lequel nous vivons. Dieu dans sa bonté infinie, sème sa parole en nos cœurs. Mais c’est quand nous nous endormons que l’ennemi vient inoculer nos cœurs de son ivraie. La présence de l’ivraie dans le champ symbolise celle du mal toujours présent à côté du bien dans le monde. C’est que le monde a toujours été l'enjeu d'une rivalité, d'un combat entre le "Fils de l'homme" qui a semé le bon grain de sa parole libératrice, et le diable qui vient semer l'ivraie. Autrement dit, il existe dans ce monde des forces multiformes du mal qui sont à l'œuvre pour empêcher ce monde de réussir selon le plan de Dieu.
S’armer de patience
« Il faut battre le fer tant qu’il est chaud », dit-on. Il est parfois déconcertant de voir que le mal semble l’emporter sur le bien et que Dieu semble toujours lent dans sa façon d’intervenir. C’est la logique de Dieu. Il est un Dieu patient, qui donne au méchant le temps de se détourner de sa conduite mauvaise. En effet, la patience est sans aucun doute la vertu qui nous manque le plus. Cependant nous remarquons que Dieu veut nous amener à acquérir cette qualité qui fait de nous des disciples de Christ accomplis. « Mais il faut que la patience accomplisse parfaitement son œuvre, afin que vous soyez parfaits et accomplis, sans faillir en rien. Jacques » (Jc 1, 4). En effet, c’est dans la patience que Dieu modèle le monde pour faire germer la semence éternelle qu’il y a jeté. Dans son apparente faiblesse, le grain de la parole bourgeonne jusqu’à percer des couches épaisses du rocher malin pour s’épanouir dans ce grand arbre où les oiseaux trouvent refuge. Levain imperceptible qui fait lever la pâte d’un monde où se cache la force tranquille de Dieu. Nous avons besoin d'apprendre la patience tant nous vivons au siècle de la vitesse. Vitesse du transport, de la communication ; vitesse dans la réalisation de projets, etc. Il faut aller de plus en plus vite, que les choses se fassent dans l’immédiat... Alors nous avons perdu la notion de l'attente patiente et nous avons oublié que la patience fait partie des vertus que Dieu désire trouver en nous.
Faire preuve d’optimisme
En plus de la patience que Dieu manifeste au regard de l’évolution du monde, il y jette également un regard optimiste. Pour Dieu, il faut croire en l’humain malgré tout. Selon l’expression de Pierre Talec, c’est à « l’esthétique de vie » c’est-à-dire « l’art d’accueillir la vie en beauté » que Dieu nous appelle. Dieu a toujours jeté sur notre monde un regard bienveillant. Par là, il persiste à confirmer que tout ce qu’il a crée est bon et digne de respect. Bien plus, Il jette sur le monde un regard de Père, c'est-à-dire un regard optimiste, un regard patient, un regard tolérant. Bref, l'attitude d'un père ou d’une mère qui croit toujours à la réussite de ses enfants.
Être tolérant
La conduite de Dieu est parfois déroutante. Au lieu d’arracher rapidement la mauvaise herbe, il laisse faire. Il sait qu’en arrachant de force l’ivraie, le blé n’en est pas moins épargné. Il veut que tout grandisse ensemble. Car le temps de la moisson arrivera. C’est ainsi qu’il laisse à chacun la chance jusqu’au bout. Mais en retour il s’entend dire qu’il est naïf, il ne voit pas. Certains pensent même qu’il ne sait pas. Non, Dieu respecte ta liberté pour que tu puisses donner sens à ta vie, pour que tu puisses te respecter davantage ! Suis-je du genre patient à penser qu’il faut attendre encore un peu pour se convertir, en profitant de la patience et des largesses de Dieu ? Suis-je du genre optimiste à jouer un peu avec le mal ou à prendre le mal pour le bien ? Suis-je du genre tolérant à laisser faire car c’est Dieu qui est le vrai juge ? A chacun de saisir sa chance ! Sébastien Bangandu , a.a.Le terrain de l’Espérance 10 juillet 2011 - 15° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 13, 1-23 Lectures de ce jour Au cours des évangiles des dimanches qui vont suivre, Jésus nous révèle une sagesse, non pas celle des sages et des savants, mais la sagesse divine qui est appelée à devenir notre “art de vivre”. Tout cela, il nous le dit en paraboles, ce qui veut dire dans des récits imagés qui permettent de caractériser une situation sans la dire explicitement pour que chacun d’entre nous y retrouve son propre cas.
Générosité à la folie
Aujourd’hui c’est la parabole du semeur. Tout d’abord, si je lis bien cette parabole, c’est un drôle de semeur que je vois. Il jette à pleine volée sur le chemin, la pierraille, les épines et la terre ! En fait, c’est presque déraisonnable. Quel gaspillage mais quelle générosité en même temps ! Avec lui, chaque terrain a sa chance, chaque homme son grain de retournement, sa part de grâce. Si on regarde d’un point de vue superficiel on aurait pu penser que c’est un échec massif de se conduire d’une telle manière, et pourtant, voici une belle récolte. Une semence qui donne du cent pour un, et même du trente pour un, c’est là un rendement inouï pour l’antique agriculture de Palestine. Cette générosité du Seigneur nous montre que la vision de Dieu est à l'envers de nos vues humaines. « Ses voies ne sont pas nos voies ». La justice de Dieu va bien plus loin que la distribution égale à chacun de ses dons. Cela nous est redit dans l’évangile de Jean 15, 16 : « Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est MOI qui vous ai choisis pour que vous alliez et portiez du fruit. »
Des terreaux difficiles
La parabole est expliquée aux plus proches de Jésus, sur leur demande, alors qu’elle nous semble si évidente. Mais savons-nous aller au cœur des mots ? Si la parabole se polarise à l’évidence sur le sort de la semence, l’explication s’intéresse à la qualité des terrains. Ces terrains décrivent les conditions d’accueil de la parole de Dieu. L’absence de « racine » manifeste l’homme de l’instant. Les épines symbolisent les passions et les soucis que dénonçait déjà le Sermon sur la montagne, c’est tout ce qui accapare l’homme tourné vers le profit et l’empêche d’être « rentable », autrement dit généreux dans son engagement à la suite du Christ. L’idéal, c’est évidemment la « bonne terre », celle qui incarne celui qui entend et accueille la parole, la comprend, s’ouvre à ce qu’elle demande de faire, et porte du fruit à la mesure de ses capacités. Nous sommes invités à nettoyer, faire de l’espace au fond de nous-mêmes pour recevoir Jésus, pour que nos oreilles entendent, pour que nos yeux voient et que nos cœurs comprennent. La percée de la semence de la parole de Dieu sera plus difficile, voire dans certains cas, impossible, si nous ne faisons pas l’effort de préparation nécessaire pour cela. Pour comprendre le message du Christ, il faut non seulement nous préparer à écouter, mais il faut aussi nous éloigner de ce que le Christ appelle « les soucis du monde et les séductions de la richesse » qui étouffent sa Parole.
Les sillons de l’Espérance
Mais il me reste une question : « Est-ce que je peux être la bonne terre à cent pour cent ? » Je sais bien que les ronces et les cailloux font aussi partie de mon paysage intérieur. Sans nous déresponsabiliser, les lectures de ce dimanche nous livrent aussi un grand message d’espérance. Le prophète Isaïe redit haut et fort, grâce à l’image de la pluie et de la neige, que la Parole de Dieu est efficace, qu’elle fera ce qu’elle dit : « La parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission ». Dieu créateur continue d’agir dans notre monde et cette action est efficace. Si je comprends bien la lettre de saint Paul, ce travail de Dieu est un travail d’accouchement de l’humanité. Dieu nous aide grâce à l’Esprit Saint et à la présence du Christ de naître à pleine stature de l’humanité que le Fils nous révèle. Mais il faut juste de la patience, tout comme il faut du temps entre le moment où le semeur jette la semence et celui où le pain est prêt à être mangé. Alors, pleins d’espérance tournons-nous vers Dieu et comme une terre en attente chantons : Tu visites la terre et tu l’abreuves, sur ton passage ruisselle l’abondance ». Édouard Shatov, a.a.
Le Repos de Dieu 3 juillet 2011 - 14° Dimanche ordinaire - Année AMatthieu 11, 25-30 Lectures de ce jour
Ce dimanche du temps ordinaire nous livre la possibilité de trouver la sagesse pour notre vie de tous les jours et de retrouver un vrai repos pour notre cœur et pour notre corps.
Le repos comme une relation
Le repos est un mot familier aux
auditeurs de Jésus. Dans l'Ancien Testament on présentait la Terre
Promise comme le lieu du repos accordé par Dieu à son peuple. Et, au
contraire, quand le peuple était infidèle à la loi, l’Écriture exprimait la
tristesse de Dieu et l’éloignement du temps de repos : « J'ai dit : ce
peuple a le cœur égaré, il n'a pas connu mes chemins... Jamais ils
n'entreront dans mon repos. » Dans la lettre aux Hébreux on annonce un
nouveau jour où avec le Christ, nous entrerons avec assurance dans le repos
de Dieu : « Empressez-vous donc d'entrer dans ce repos. »
Le repos comme un don
Pour entrer dans ce repos nous sommes invités à prendre sur nos épaules le joug de Jésus. Le joug est une pièce de bois, très lourde, très solide, qui attache deux animaux, deux bœufs normalement, pour labourer. Ils conjuguent leurs forces et le plus puissant des deux imprime son pas à l'attelage. Au sens figuré, « prendre le joug » suggère donc que l'on s'attache à quelqu'un pour marcher du même pas, attelés à la même tâche. Cette expression était devenue courante dans l'Ancien Testament et dans le Judaïsme pour évoquer l'Alliance entre Dieu et son peuple : lorsqu'on promettait de « Prendre le joug de la Torah » cela voulait dire s'engager à suivre la Loi de Dieu, s'atteler à Dieu, en quelque sorte ; étant entendu que toute la force de « l'attelage » ainsi composé vient de Dieu lui-même ! Pour un Juif, le service de la Torah n'est donc pas un fardeau trop lourd, c'est le chemin du vrai bonheur. Mais ces quelques lignes contiennent aussi une pointe polémique : « Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger. » Manière de dire : Mon joug à moi est facile à porter, ce n'est pas le cas de tout le monde. D'ailleurs, Jésus ne se prive pas de le dire : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau ».
Le repos comme la conduite par l’Esprit
Pour retrouver ce repos nous sommes appelés à apprendre la vraie sagesse de vivre selon l’Esprit et non selon la chair. Vivre « selon la chair », pour Saint Paul, c'est vivre sans Dieu, vivre de nos seules forces, enfermés dans les limites de l'intelligence et des forces humaines. Vivre sans Dieu finit toujours par vouloir dire vivre loin de Dieu, et d'un éloignement qui ne peut que s'aggraver. Vivre selon la chair, c'est vivre comme Adam : il veut devenir comme Dieu, mais sans l'aide de Dieu : il se trompe. Nous aussi, à nos heures, nous cherchons notre bonheur tout seul, sans lui, ou même contre lui, sans nous apercevoir que c'est le meilleur moyen de faire notre malheur. Au contraire, vivre « selon l'Esprit », c'est nous laisser guider par lui, et donc vivre de la force de Dieu : cela change tout ! La grande nouvelle du texte de Paul que nous entendrons, c'est que « l'Esprit de Dieu habite en vous » donc « vous n'êtes pas sous l'emprise de la chair, mais sous l'emprise de l'Esprit ». C’est l’Esprit qui est le maître, c'est lui qui dirige. Nous sommes donc devenus littéralement des maisons de l'Esprit : c'est lui qui est appelé à commander désormais notre vie. Cette vie dans l’Esprit c’est la merveille de l’intimité de Dieu qui nous est offerte en Jésus. Accueillons cette sagesse, entrons dans le repos de Dieu et chantons avec le psalmiste : « Je t'exalterai, mon Dieu, mon roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! » Édouard Shatov, a.a.
Une Présence Étonnante 26 juin 2011 - Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ - AJean 3, 16-18 Lectures de ce jour Ce dimanche nous célébrons la solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ. Cette fête nous rappelle que la présence en chair et en os du Seigneur est une source de vie pour chacun d’entre nous, une sorte de « nourriture » pour assurer notre existence. Car notre vie prend toute son importance en se recevant des autres et en se donnant aux autres, et non pas dans les abstractions, mais dans les gestes réalisés par notre corps.
La vie comme nourriture
Il semble que cela soit vrai aussi pour Dieu qui n’est pas une idée ou une théorie, mais tout d’abord un être vivant, une présence. Pour comprendre cela, il nous faut de temps en temps parcourir un très long et très dur chemin dans le temps. C’est cela que la première lecture de ce dimanche (Deutéronome 8) nous rappelle et nous invite à nous rappeler sans cesse : « Souviens-toi de la longue marche que tu as faite pendant quarante années dans le désert ». Cette marche dans le désert de notre vie éprouve notre cœur et dévoile nos intentions les plus secrètes. Mais en même temps cela nous révèle aussi le secret de cœur de Dieu. Cette traversée des difficultés nous place devant la sollicitude constante de Dieu qui nous aime et qui veut que nous vivions. Le Dieu d’Israël nourrit son peuple au désert, ce qui autrement veut dire, si je comprends bien, que c’est Dieu qui le fait vivre par la nourriture et, tout d’abord, par sa Parole.
La vie comme un cadeau
C’est ce don de la vie qui est
souligné dans l’Évangile (Jean 6,51-58) et qui revient le plus souvent de la
part de Jésus. C'est la vie que Dieu désire pour chacun d’entre nous : « Le
pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ».
La lettre aux Hébreux le dit bien : « En entrant dans le monde, le Christ
dit : Voici je suis venu faire ta volonté », et la volonté de Dieu, on le
sait bien, c'est que le monde ait la vie. Une vie qui est cadeau : « le pain
que je donnerai » ; tout est cadeau : Isaïe l'avait déjà annoncé : « O vous
qui êtes assoiffés, venez vers les eaux, même celui qui n'a pas d'argent,
venez ! Demandez du grain et mangez ; venez et buvez - sans argent, sans
paiement - du vin et du lait. A quoi bon dépenser votre argent pour ce qui
ne nourrit pas, votre labeur pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez donc,
écoutez-moi, et mangez ce qui est bon ; que vous trouviez votre jouissance
dans des mets savoureux : tendez l'oreille, venez vers moi, écoutez et vous
vivrez ».
La vie comme action de Grâce
C’est ce même don de la Vie que saint Paul souligne à sa manière. En insistant sur le mot communion dans la lettre au Corinthiens il nous rappelle qu’il y a une Alliance entre Dieu et son peuple. L'alliance au sens biblique est une appartenance réciproque, un engagement mutuel : la grande formule de l'alliance était : « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu ». En Jésus, c'est Dieu qui accomplit son Alliance avec l'humanité ; mais en Jésus aussi, c'est l'humanité qui accueille ce projet de Dieu et y répond ; il est celui qui entretient avec Dieu le dialogue sans ombre proposé à Adam, c'est-à-dire à l'humanité tout entière. « L’action de Grâce » - voilà le mystère de Jésus à la fois homme et Dieu. En Jésus, Dieu propose à l’humanité son amour, et en même temps, en Lui, l'humanité répond par l'action de grâce. En Lui Dieu parle, se révèle (il est le Verbe, la Parole du Père) ; en Lui l'humanité répond à la Parole. En Lui, Dieu se donne ; en Lui l'humanité accueille le don de Dieu. C'est ce que nous célébrons chaque fois quand nous nous réunissons pour faire le mémorial du Seigneur, pour célébrer l’Eucharistie : le Dieu tout-autre se fait le tout proche ; cela est vrai au plus haut point dans l'Eucharistie : elle demeure pour nous le mystère du Dieu tout-autre et en même temps elle nous fait participer à son intimité, à sa vie divine : ce n'est pas l'homme qui atteint Dieu, c'est Dieu qui se fait proche. Alors nous pouvons glorifier le Seigneur cœur à cœur, face à face. Édouard Shatov, a.a.
Le Visage de Dieu 19 juin 2011 - Dimanche de la Sainte Trinité A Jean 3, 16-18 Lectures de ce jour « Qui donc est Dieu? » – chante une hymne régulièrement lors de la Prière des Heures. « Qui donc est Dieu ? » – c’est le thème central de ce Dimanche de la Sainte Trinité que nous célébrons aujourd’hui.
Il suffit de croire
L’identité de Dieu et de son plan nous sont révélés dans une phrase étonnante et surprenante : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique ». Avec cette phrase très simple l’auteur de quatrième évangile opère le grand passage de l'Ancien Testament au Nouveau Testament. La grande découverte du peuple d’Israël était que Dieu aime le monde, c'est-à-dire l'humanité. La grande nouveauté du Nouveau Testament, c'est le don du Fils pour le salut de tous les hommes. C’est aussi dire que l’amour et le salut nous sont offerts généreusement et gratuitement. « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». Il suffit seulement de croire en Jésus-Christ pour être sauvé. C’est cela la grande nouvelle de l'Évangile, et de celui de Jean en particulier. Dans le prologue de cet évangile nous pouvons lire que la première conséquence de l’acceptation d’un tel don est la vocation filiale de chacun d’entre nous. Nous devenons membres de la famille de Dieu, le peuple de ses proches : « Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ». La deuxième conséquence est le don de la vie, la vie éternelle : « Celui qui croit au Fils a la vie éternelle ».
Il suffit de vivre
L’expression « vie éternelle » évoque autre chose que la vie biologique. « La vie éternelle » parle de cette autre dimension de la vie qu'est la vie de l'Esprit en nous, celle qui nous a été insufflée au jour de notre baptême. Le salut en fait consiste exactement en cela. Être sauvé, au sens biblique, c'est vivre en paix avec soi et avec les autres, c'est vivre en frères et sœurs des hommes et des femmes et en fils et filles de Dieu. Pour cela, il suffit, nous dit Jésus, de nous tourner vers lui. Pour pouvoir être en permanence inspirés par son Esprit qui nous souffle des comportements de frères et de fils. Se tourner vers Jésus pour reconnaître et accueillir le projet de Dieu. Le projet où l'humanité tout entière est réunie en Jésus et vit de sa vie qui est l'entrée dans la communion d'amour de la Trinité. C'est cela qu'il appelle le salut, ou la vie éternelle ; c'est-à-dire la vraie vie. Ce n’est pas une vie après la vie, mais une autre dimension de la vie, dès ici-bas. Ailleurs saint Jean le dit bien : « La vie éternelle, c'est connaître Dieu et son envoyé, Jésus-Christ ». Connaître Dieu, c'est savoir qu'Il est amour et miséricorde.
Il suffit d’aimer
La reconnaissance de cet amour de Dieu inévitablement change notre vie. Quand l’éternité fait irruption dans notre quotidien la vie n’est jamais comme avant. Si nous entrons dans l’intimité de Dieu nous commençons à nous regarder nous-mêmes et les autres à travers le regard de Dieu et, si je comprends bien, ça doit être bien différent de notre regard habituel très souvent trop humain. C’est cela aimer en vérité. Cette expérience de purification et de libération de notre regard a comme conséquence la joie qui vient nous habiter. Car la joie était considérée dans l'Ancien Testament comme la caractéristique du temps du salut et de la paix eschatologique. « Voici que je vais créer des cieux nouveaux et une terre nouvelle ; ainsi le passé ne sera plus rappelé, il ne remontera plus jusqu'au secret du cœur. Au contraire, c'est un enthousiasme et une exultation perpétuels que je vais créer ». La deuxième conséquence nous est rappelée dans la lettre de saint Paul que nous lisons : « Soyez d'accord entre vous » avec une insistance sur la paix : « vivez en paix, et le Dieu d'amour et de paix sera avec vous. Exprimez votre amitié en échangeant le baiser de paix ». Alors, on peut chanter : « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères : A toi, louange et gloire éternellement ! » Édouard Shatov, a.a.
Le Feu de l’Unité 12 juin 2011 - Dimanche de la Pentecôte A Jean 14, 15-21 Lectures de ce jour Ce dimanche l’Église célèbre la fête de la Pentecôte, la fête du don de l’Esprit Saint à l’Église de Jésus-Christ. Cette solennité nous aide à comprendre comment construire une communauté vivante, une communauté qui vit l’unité dans la diversité, une communauté où chaque membre reste un membre différent et pourtant qui sert au bien de tout le corps auquel il appartient.
La Loi de l’Unité
Mais tout d’abord, regardons la fête au cours de laquelle ce don est fait. A l'époque du Christ, la Pentecôte juive était très importante. C’était la fête du don de la Loi, l'une des trois fêtes de l'année pour lesquelles on se rendait à Jérusalem en pèlerinage. L'énumération de toutes les nationalités réunies à Jérusalem pour cette occasion en est la preuve : « Parthes, Mèdes et Elamites, habitants de la Mésopotamie, de la Judée et de la Cappadoce, des bords de la mer Noire, de la province d'Asie, de la Phrygie, de la Pamphylie, de l'Égypte et de la Libye proche de Cyrène... Crétois et Arabes ». Cette diversité humaine donc fait aussi partie intégrante du plan divin, de sa loi, et le don de l’Esprit vient parachever ce dessein divin vis-à-vis de l’humanité. Pour les disciples, et d’une certaine manière pour nous aussi, cette fête de la Pentecôte, cinquante jours après la Pâque de Jésus, celui qu'ils ont vu et entendu, et touché après sa résurrection ; cette Pentecôte ne ressemble à aucune autre. Pour eux plus rien n'est comme avant. Pour nous ça doit être de même !
Le Don de la Différence
C’est dans ce contexte que l’Esprit Saint est offert à l’humanité tout entière. Les langues de feu de la Pentecôte et le bruit « pareil à celui d'un violent coup de vent » suggèrent que nous sommes ici dans la ligne de ce qui s'était passé au Sinaï, quand Dieu avait donné les tables de la Loi à Moïse. Comme Dieu avait donné sa Loi à son peuple pour lui enseigner à vivre dans l'Alliance, désormais Dieu donne son propre Esprit à son peuple. Seulement cette fois-ci la loi de Dieu est écrite non plus sur des tables de pierre mais sur des tables de chair, sur le cœur de l'homme, pour reprendre une image d'Ézéchiel. En plus, comme l’annonçait jadis le prophète Joël, cet Esprit est répandu sur toute chair, c'est-à-dire tout être humain. Les « juifs fervents, issus de toutes les nations qui sont sous le ciel » symbolisent l'humanité entière pour laquelle s'accomplit enfin la prophétie de Joël. Cela veut dire que le fameux « Jour de Dieu » tant attendu est arrivé ! Et évidemment, ce don de l’Esprit nous fait comprendre mieux l’épisode de Babel raconté dans le livre de la Genèse. Dans cet épisode et au jour de la Pentecôte, Dieu révèle à l’humanité le vrai sens de projet de l’unité. Rechercher l'unité, c'est bien ; mais ne nous trompez pas de chemin : l'unité n'est pas dans l'uniformité ! La véritable unité de l'amour ne peut se trouver que dans la diversité.
La Diversité comme la Richesse
Pour éviter une fausse piste, saint Paul compare la communauté chrétienne au corps. « Les dons de la grâce sont variés »... « Chacun reçoit le don de manifester l'Esprit en vue du bien de tous ». Si nous regardons attentivement, c'est un peu le monde à l'envers, parce que, bien souvent, ce sont nos diversités qui nous font souffrir. Paul, au contraire, nous invite à nous en réjouir : nos diversités sont des richesses ! Et, paradoxalement, ce sont elles qui bâtiront notre unité. L'Église, en fait, est le lieu où on est appelé à surmonter les différences de sensibilité et à apprendre à vivre la réconciliation. Car l'Esprit qui nous est donné à la Pentecôte par le Christ est l'Esprit d'amour, donc de pardon et de réconciliation. C'est même justement notre capacité de réconciliation et de respect mutuel qui est la marque de l'Esprit. Voilà le témoignage que le monde attend de nous. Les lectures de cette fête de la Pentecôte nous apprennent que si à Babel, l'humanité a appris la diversité, à la Pentecôte, elle apprend l'unité dans la diversité : désormais toutes les nations qui sont sous le ciel entendent proclamer dans leurs diverses langues l'unique message : les merveilles de Dieu. Édouard Shatov, a.a. Accomplissement de la Présence 5 juin 2011 - Ascension du Seigneur AMatthieu 28, 16-20 Lectures de ce jourCe dimanche nous célébrons l’Ascension du Seigneur. Toutes les lectures sont remplies de description de mouvements. Cela nous rappelle que la communauté des disciples de Jésus, l’Église du Seigneur, est une réalité vivante et dynamique, un corps en mouvement. Parcourir la Promesse Quand Matthieu écrit son Évangile, il l’ouvre par une référence claire au premier livre de la Bible en parlant du « livre de la Genèse » (1, 1). Quand évangéliste utilise la phrase « tout pouvoir m’a été donné donc allez » dans le passage que nous venons de lire, ce choix ne relève pas du hasard : la Bible hébraïque dont l’évangéliste disposait s’achevait justement (2 Ch 36, 23) par un tel décret royal, celui du roi Cyrus, figure du Messie dans l’antique tradition juive. En faisant allusion au dernier verset de l’Ancien Testament, Matthieu vient de nous dire que Jésus accomplit toute l’histoire biblique. Cet accomplissement de la promesse, en plus, ne concerne pas seulement « les brebis perdues d’Israël », comme certains ont pouvaient le suggérer, mais toutes les nations. Ici se précise la vocation de l’Église – l’intégration de tout peuple et de tout être humain dans le plan salvifique de Dieu par l’annonce de l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit, par le baptême en leur nom et en leur partageant tout ce que Jésus leur a appris. Tente de la Rencontre Cet envoi en Mission se passe en Galilée, symbole du monde païen, mais plus précisément sur « la montagne ». Cela fait la référence à la montagne où le démon montrait à Jésus tous les royaumes de la terre, le mont des Béatitudes où le Maître proclamait la chartre du Royaume et la montagne de la Transfiguration où se manifesta dans tout son éclat la gloire du Fils de l’homme. La Tente de la Rencontre avec Dieu se dresse au milieu du monde, tel qu’il est et non pas comme nous l’imaginons. En cette fête de l’Ascension nous ne pouvons pas nous empêcher aussi de penser au mont Nébo dans le livre du Deutéronome ou Moïse fit ses adieux quand le peuple de Dieu allait entrer en Terre promise. L’attitude hésitante de certains disciples dans le geste de se prosterner manifeste que la foi reste toujours un risque et c’est dans l’agir missionnaire que les disciples pourrons dépasser leurs doutes. L’envoi de Jésus ne porte pas sur le verbe « aller », ni sur une mission de conquête géographique, mais sur une ouverture à tous les groupes humains, sans discrimination. C’est aussi un défi pour les disciples que nous devons nous rappeler en permanence, peut-être plus particulièrement aujourd’hui. Nul n’est exclu, tout être humain est appelé d’être intégré dans le corps du Christ. La grâce de la Présence A propos de cette mission, nous pourrions la dire « impossible » pour les êtres humains et pourtant nous y sommes appelés. Jésus promet sa présence. Il fallait traduire cette promesse : « Moi, Je Suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde », pour souligner la présence de Dieu même au cœur de l’histoire humaine. Tout au long de l’histoire, le Ressuscité reste l’Emmanuel, Dieu avec nous. Ainsi s’appellent le début et la fin de l’Évangile, la genèse et la fin du monde, le premier jour de la création et le premier matin de la recréation. Et si nous, les disciples, malgré tout, avons des doutes nous devons nous tourner vers cette présence de Dieu. Dans les Actes des Apôtres, Luc nous dit cela à sa manière. Comme le prophète Élisée a reçu le double de la grâce en voyant son maître Élie être enlevé au ciel, les disciples de Jésus reçoivent avec l’Esprit de Jésus le double de la grâce, la grâce immesurée, en voyant leurs Maître monter au-delà des nuées. C’est pour cela que la communauté des disciples n’a rien à craindre. Au contraire, elle est invitée ouvrir son cœur à la lumière de Ressuscité, pour faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l’héritage que nous partageons, et la puissance infinie qu’il déploie pour nous, les croyants. Accueillons-nous l’Esprit qui nous vient de Dieu, qui nous permet d’accueillir le Seigneur autrement ? Édouard Shatov, a.a.
Espérance Incarnée 29 mai 2011 - 6° Dimanche de Pâques A Jean 14, 15-21 Lectures de ce jourJésus tout au long de son ministère public prépare ses disciples à vivre en sa présence même s’il était absent. C’est une attitude à adopter et une manière de vivre qui doivent caractériser toute la communauté chrétienne. Les lectures d’aujourd’hui suggèrent que pour cela nous devons prendre le chemin de l’espérance. Rendre compte La communauté des disciples du Christ, que nous constituons, est appelée à dire son espérance. Nous devons être prêts à dire « ce qui nous fait courir », dirait-on aujourd'hui. « Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous ». Pierre nous conseille de ne pas parler en premier. Pour lui, nous devons nous contenter de répondre aux questions de notre entourage. Il dit bien : « Vous devez être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent... » Nous pouvons nous demander pourquoi un tel conseil ? Peut-être, parce que les interrogations ne germeront que si notre vie tout entière est un témoignage d'espérance ; alors ceux qui nous voient vivre se demanderont immanquablement d'où nous vient notre espérance indestructible. Nous ne pouvons témoigner de Jésus-Christ que si nous avons d'abord vécu l'espérance. Ce qui veut dire que notre témoignage se fait d'abord en actes et non en paroles. Nous sommes appelés à mener notre vie d'une manière renouvelée ; c’est certainement le témoignage le plus urgent. Accueillir l’Esprit Pour cette vie renouvelée et enracinée dans la fidélité et l’espérance Jésus promet à ses disciples le don du Défenseur, l’Esprit de vérité. Dans l’Évangile de Jean l’Esprit est désigné par le mot « Paraclet ». C’est un mot qui définit celui qui est appelé, celui qui vient au secours, celui qui est témoin de la défense ; c’est pourquoi dans notre traduction nous lisons « Défenseur ». Il est aussi médiateur et consolateur. En effet, ce que Jésus annonce, c’est l’accomplissement de la prophétie d'Ézéchiel : « Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j'enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes ». Jésus rend actuel une autre prophétie du même Ézéchiel : « Je ne leur cacherai plus mon visage puisque j'aurai répandu mon Esprit sur la maison d'Israël ». Maintenant, grâce à la présence de l’Esprit, Jésus est présent d’une manière invisible dans sa communauté. La promesse du don de l'Esprit s'était faite universelle, et non plus réservée aux prophètes, aux rois, ni même au peuple élu. Comme le dit le prophète Joël : « Je répandrai mon Esprit sur toute chair ». Porter le témoignage Le critère de cette présence n’est pas purement subjectif, il doit se vérifier dans la pratique. C’est pour cela que Jean insiste sur l’observance des commandements. La présence de l’Esprit apparaît dans l’Évangile de Jean comme un autre Jésus, Celui qui est présent même en son absence et dans l’amour que la communauté exprime dans sa vie. L’Esprit transforme de l’intérieure la vie de la communauté et c’est grâce à cette présence vivifiante que les croyants rendent témoignage, ou plutôt c’est l’Esprit qui agit par eux et en eux. Ce témoignage n'est pas fanfaronnade : « Faites-le avec douceur et respect », comme dit Pierre. Cette douceur et ce respect qui ne doivent pas nous quitter peuvent nous faire comprendre la phrase suivante : « Ayez une conscience droite pour faire honte à vos adversaires ... » Nous sommes invités à donner un tel témoignage de foi, d'espérance et d'amour mutuel, pour que d'autres soient amenés à remettre en question leurs calomnies. Peut-être alors s'ouvriront-ils à la conversion. Alors nous pourrons dire avec le psalmiste en nous adressant au Seigneur : « Que tes actions sont redoutables ! » Édouard Shatov, a.a.
La Maison-Dieu 22 mai 2011 - 5° Dimanche de Pâques AJean 14, 1-12 Lectures de ce jour Ce dimanche du Temps Pascal nous rappelle que croire signifie, tout d’abord dans le langage sémitique, faire confiance à la parole de quelqu’un, s’engager sur cette parole. C’est cette confiance que Jésus demande pour lui-même aux disciples, comme ils font confiance au Père : en effet le départ de Jésus vers le Père n’est pas abandon des disciples. Jésus veut les associer à son propre destin en partant leur préparer une place dans la maison de son Père. Pour cela nous devons regarder le but à atteindre, le chemin à emprunter et le moyen d’y parvenir. La Demeure de Dieu parmi les hommes
Tout d’abord le but de notre parcours humain – la maison du Père. En hébreu c’est le même terme qui désigne « fonder sa famille », « fonder une société » ou « construire une maison ». Cette maison donc est tout d’abord une communauté vivante et accueillante. Cette communauté n’est pas une communauté uniforme, elle comporte plusieurs sensibilités et plusieurs parcours spirituels. Jean exprime cela en utilisant le thème des « diverses demeures » dans le ciel, ce qui veut dire « auprès de Dieu ». Ce langage est très courant à l’époque de Jésus certes, mais Jean ne va pas parler juste du monde de l’au-delà, il parle de la « maison du Père ». Cela n’évoque pas une différence qualitative selon les mérites, mais une capacité à accueillir les différents disciples présents et futurs.
Le Chemin de la Présence
Pour faire ce « voyage » il nous faut emprunter un « chemin ». Ce thème du chemin est central dans l’explication que Jésus offre à ses disciples. Pour décrire son rôle, Jésus utilise la métaphore de la route. Pour aller au Père, qui est vérité et vie, il faut passer par Jésus. Cette métaphore ne doit pas être forcée. Alors que dans l’expérience humaine chemin et terme du chemin doivent être dissociés, ici la métaphore permet de dire que choisir Jésus comme chemin, c’est pour nous dès ici-bas être dès maintenant du côté de la vie et de la vérité. Non seulement personne ne va au Père sans passer par Jésus, mais celui qui passe par Jésus est déjà dans le Père. Quand Jésus ose dire « Je suis la vérité et la vie » il s'identifie à Dieu lui-même. Et en même temps cela souligne et met en lumière que ce sont deux personnes bien distinctes, puisque Jésus dit « Je suis le chemin » (sous-entendu vers le Père). C’est ce chemin qui est proposé à tout être humain. C’est un mystère de Dieu que nous sommes invités à contempler et à comprendre. Le Christ est venu pour l’humanité tout entière et donc, tout être humain est invité à le rencontrer dans un moment ou dans un autre, car le Sauveur ne veut perdre aucun membre du genre humain. L’humanité entière doit être rassemblée dans le « Christ total », là où rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ. La Sagesse de l’Unité
Jésus termine son discours par une promesse solennelle : « Celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi ». Après tout ce qu'il vient de dire sur lui, le mot « œuvres » ne veut sûrement pas dire seulement miracles. Tout d’abord cela veut dire la grande œuvre de Dieu de la libération de son peuple. Désormais les disciples sont associés à l'œuvre entreprise par Dieu pour libérer l'humanité de tout esclavage physique ou moral. Pour cela nous sommes invités à prendre un moyen très simple et très difficile a la fois. C’est de dépasser les querelles qui peuvent habiter nos communautés. Dans la première lecture cette difficulté est rendue par ce qu’on peut appeler « le défi des langues ». Nous savons d'expérience que cette barrière de la langue est beaucoup plus qu'une difficulté de traduction : langue maternelle différente veut dire aussi culture, coutumes, compréhension de l'existence, manières différentes d'envisager et de résoudre les problèmes. Une formule décrit cela assez bien : « Une langue est un filet jeté sur la réalité des choses. Une autre langue est un autre filet. Il est rare que les mailles coïncident ». Ce qu’il nous faut pour avancer, c’est la confiance en Jésus et la fidélité à trois exigences : la prière, le service de la parole et le service des frères. Alors, nous ne perdrons pas le chemin et demeurerons dans la vérité et dans la vie. Édouard Shatov, a.a.
Reconnaître la Voix 15 mai 2011 - 4° Dimanche de Pâques AJean 10, 1-10 Lectures de ce jour Le quatrième dimanche de Pâques est connu comme dimanche du « Bon Berger » et de prière pour les vocations. L e psaume de méditation comparait la relation de Dieu avec Israël à la sollicitude d'un berger pour son troupeau : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer. » Dans l'évangile de Jean, Jésus développe son long discours sur le bon pasteur.
Le chant des Sirènes
Dans cette réflexion un élément tient une place prépondérante, même si cet élément est très discret. C’est la voix de bon pasteur. Chacun d’entre nous connaît dans sa vie des voix diverses et variées : celles qui nous réjouissent et celles qui nous attristent, celles qui nous enchantent et celles qui nous font peur. Dans le monde de l’Antiquité la voix est un élément essentiel pour reconnaître la personnalité. C’est aussi une des caractéristiques les plus puissantes de la personne humaine. Il faut remarquer toutefois que toutes les voix ne sont pas bénéfiques. Le monde grec connait la voix la plus séduisante et la plus dangereuse pour la vie humaine, celle de Sirènes. Elles invitent à faire une halte et laisse espérer à l’être humain un chant riche de substance, un chant qui suscite à la fois le plaisir et l’accroissement des connaissances, deux biens par excellence. Toutefois, ce chant maléfique annihilait la volonté, et l’inertie menait à une consomption progressive, puis à la mort. Les voix maléfiques peuvent nous enchanter, mais nous finirons par mourir. C’est la voix des bandits et des voleurs.
La voix du Bon Pasteur
La voix du bon pasteur doit nous aider à apprendre à ne pas forcément voir avec nos sens physiques les réalités dangereuses, car assez souvent elles sont séduisantes en apparence, mais à repousser ce que sûrement nous entendrons. La voix du bon berger n’enlève pas la vie, mais comme dit Jésus : « Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance ». Il ne s’agit pas de mourir de faim, ni spirituellement ni matériellement, mais de retrouver la nourriture de beaux pâturages à chaque moment de notre existence. Saint Pierre en profite pour rappeler le credo des chrétiens dans la deuxième lecture de ce dimanche : « Dans son corps, le Christ a porté nos péchés sur le bois de la croix afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c'est par ses blessures que vous avez été guéris ». C’est cela être sauvé. C’est devenir capable de vivre dans la justice. Nous sommes guéris de nos blessures, comme dit Pierre. Nos blessures à nous, ce sont nos incapacités à aimer et à donner, à pardonner, à partager. C’est une humanité déboussolée : au lieu d'être centrée sur Dieu, l'humanité a perdu sa boussole, elle est désorientée ; Pierre dit : « Vous étiez errants comme des brebis ». « Mourir à nos péchés », pour reprendre l'expression de Pierre, c'est être capables de vivre autrement.
La musique de notre vie
Alors, il y a deux solution possibles vis-à-vis un chant séduisant mais meurtrier : c’est de se boucher les oreilles et de laisser les autres nous porter en adoptant un rôle très passif ou bien de réagir en improvisant, inspiré par la voix du Christ même, chant contre chant, musique contre musique. Chanter ce chant nouveau, c’est de croire à cet amour de Dieu pour l'humanité, révélé dans la croix du Christ, pour être transformé, converti, réorienté ; comme le disait le prophète Zacharie : « Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé ». Alors nous sommes guéris, sauvés, c'est-à-dire rendus capables à nouveau d'aimer et de pardonner comme lui. Cette musique nouvelle de la vie chrétienne, c’est de nous laisser attendrir par cette attitude d'amour absolu de Jésus et de son Père, pour que nos cœurs de pierre deviennent cœurs de chair. Et nous devenons capables de vivre comme lui, de « vivre dans la justice », comme dit Pierre. Cette musique de notre vie inspirera les autres, et eux, alors, pourront se laisser transformer à leur tour. C'est comme une contagion qui doit se répandre. Alors, en écoutant la voix du Christ, nous retrouvons nos voix à nous, nous retrouvons la nourriture qui nous fait vivre et avec le psalmiste nous pouvons chanter : « Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ! » Édouard Shatov, a.a.
Le chemin de la croissance 8 mai 2011 - 3° Dimanche de Pâques A Luc 24 13-35 Lectures de ce jourChaque être humain chemine tout au long de sa vie. Ce chemin de vie, nous le faisons toujours avec quelqu’un et jamais tout seul, même si chacun d’entre nous constitue une personne bien distincte des autres. Ce parcours de la vie humaine, nous voulons le vivre avec compréhension, le regardant et l’admirant de plein regard. Pourtant la présence des autres nous échappe de temps à autre. Et tout le travail de l’homme, le travail de la croissance, consiste à l’ouverture de nos yeux, de notre intelligence et de notre cœur à la présence transcendante de l’autre, voire reconnaître Dieu lui-même. C’est un travail de maturité dont le récit des disciples d’Emmaüs nous livre le secret. Accepter la vie Ce cheminement commence par l’appréhension de la réalité telle qu’elle, par l’affrontement de nos peurs et de nos espérances déçues. La raison du voyage des disciples d’Emmaüs est dévoilée dans leur dialogue. Ils ont abandonné la ville et le groupe de Onze car l’exécution de leur Maître a sonné le glas de leur espérance. Deux disciples sont habités par la tristesse et le découragement et ils fuient Jérusalem. C’est un sentiment inévitable chez un être humain. Il nous dit que nos rêves ne se réalisent pas de la manière prévue. Ne pas s’en rendre compte est le meilleur moyen de détruire notre âme et de perdre notre centre et le contact avec nous-mêmes et avec les autres. Le texte de l’Évangile de Luc dit cela avec une subtilité surprenante : leurs yeux étaient empêchés de reconnaître Jésus, non de le voir. Ce qui est important dans de tels moments, c’est de ne pas nous enfermer en notre bulle, même si cet enfermement est collectif, mais d’accepter à nos côtés un étranger et de faire route ensemble. Ecouter un étranger Lors de cette conversation va s’opérer la transformation des disciples. Jésus va les délivrer d’eux-mêmes et leur faire dépasser leurs attentes da manière nouvelle et inattendue. Jésus, un étranger sur leur route quotidienne, leur a expliqué les Écritures : « Partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur expliqua, dans toute l'Écriture ce qui le concernait ». On peut déduire que Jésus-Christ est au centre du projet de Dieu que révèle l'Écriture. Dans la compréhension des disciples la Passion s’y trouve et elle est bien expliquée, mais non la Résurrection, qui demeure incompréhensible et même inconcevable. Jésus appelle les deux disciples et nous avec eux à dépasser l’espérance nationaliste et messianique et de passer de la contestation du témoignage à la l’accueil de la nouveauté de Dieu. Jésus reproche à ses interlocuteurs, non pas de ne pas le reconnaître, mais d’être si lents à croire au plan divin de salut. Ce plan est défini par Jésus par deux mots : « il fallait ». Le problème de la communauté chrétienne n’est donc pas tant de ne pas voir Jésus que de comprendre et d’accepter le plan salvifique de Dieu. On aimerait connaître évidemment la liste des textes que Jésus a parcourus avec les deux disciples d'Emmaüs ! Mais, on doit dire que Luc ne nous fait pas profiter du parcours que Jésus a fait avec ses compagnons de route. Juste, à la fin de ce parcours biblique avec eux, Jésus conclut : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? » Cela veut dire pour nous que la recherche d’une cohérence n’est pas une invention de notre part, mais un don, le fruit d’un enseignement qui est lui-même un des fruits de la Résurrection. Offrir une place Avancer sur son chemin spirituel, chaque jour en compagnie des autres est une tâche difficile. Cela nécessite d’avoir des égards et de la compréhension pour les autres et surtout de renoncer à juger et à condamner. Pour dire cela tout simplement, il faut juste avoir un cœur attentif qui écoute, offrir une hospitalité à l’autre. Ce que Jésus invite les deux disciples à faire en faisant semblant de les quitter. À ce moment même, l’invité prend la place du maître de la maison et préside la table. C’est à ce moment d’hospitalité et d’abandon que leurs yeux s’ouvrent. Même quand Jésus disparaît, invisible à leurs yeux de chair, le Ressuscité reste présent. Ce moment nous montre que l’invisibilité n’est pas l’équivalent de l’absence. Une transformation intérieure s’opère alors. C’est pour cela que le geste de fraction de pain, de charité et d’hospitalité, doit être refait dans l’Église car ce geste nous permet de reconnaître le Seigneur Ressuscité. Après cela nous pouvons revenir à notre vie comme des hommes et des femmes transformés, en dépassant nos peurs, et dire avec le psalmiste : « Je bénis le Seigneur qui me conseille : même la nuit mon cœur m'avertit ». Le cœur d’un être mature exulte et notre âme est en fête. Édouard Shatov, a.a.
La Beauté sauvera le monde ! 1er mai 2011 - 2° Dimanche de Pâques A Jn 20, 19-31 Lectures de ce jourRécemment j’ai remarqué que notre société et chacun d’entre nous mais d’une manière différente sommes en recherche, au minimum préoccupés par la quête de notre identité. Assez souvent nous ne savons plus qui nous sommes. Tout cela se vérifie par exemple quand les documentaires nous emmènent en voyage infini pour nous livrer l’héritage de nos ancêtres, donc notre propre héritage. En définitive ce sont les romans qui nous révèlent les mystères de notre passé. La Beauté d’une identité surprenante Les lectures d’aujourd’hui nous aident à comprendre ce qu’est l’identité – qui est Dieu, quel est son plan pour notre vie et qui sommes-nous dans son regard. Dieu, en Jésus Christ, son Fils Bien-aimé s’adresse à ses disciples ; cela veut dire qu’il s’adresse aussi à nous. Dans l’Évangile, après une salutation, il répand le souffle de l’Esprit Saint sur ses disciples. Dans ce souffle divin, le Christ restaure notre dignité d’enfants de Dieu. « Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus ». Soyons clair, ce don de l’Esprit Saint n’est pas une invitation à se croire dieux, une invitation semblable à celle du serpent du jardin d’Eden, une invitation à devenir des dieux et à oublier notre Créateur. Le souffle du Christ est une restauration et un rappel pour nous tous que nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu lui-même. Si nous devions nous souvenir d’une seule chose dans notre vie, souvenons-nous de celle-là. Car seulement cette ressemblance peut nous procurer la paix, la paix que nous pouvons partager avec les autres. La Beauté d’allégresse et de simplicité ! La beauté de notre dignité nous est offerte en quatre mots : écoute de l’enseignement des Apôtres, communion fraternelle, partage du pain et participation à la prière. Devenir l’image de Dieu, c’est essayer de vivre selon l’exemple de la première communauté chrétienne, telle que décrite dans le livre des Actes des Apôtres. En effet, cette communauté a mis sa foi dans le Seigneur : « Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun. Chaque jour, d’un seul cœur, ils allaient fidèlement au temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leur repas avec l’allégresse et simplicité ». Ils trouvaient bon accueil auprès de tout le peuple. « Les cœurs remplis d’allégresse et de simplicité » qui trouve le bon accueil auprès de tout le peuple – n’est-ce pas la description du cœur de Dieu même ? C’est difficile à croire mais cela est notre identité, notre vocation et notre mission, ce que nous célébrons en ce deuxième dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde. Notre vie est appelée à être le reflet de Dieu dans le monde d’aujourd’hui, le reflet de sa tendresse et de sa sollicitude pour tout être humain que nous rencontrons. C’est difficile pour nous de croire cela, tout comme c’était difficile pour Thomas. Le prénom Thomas signifie « Jumeau » et en quelque sorte nous sommes toutes et tous des jumeaux de cet apôtre dans son doute. Mais nous sommes aussi ses jumeaux dans sa confession de foi, sans avoir vu le Seigneur ressuscité et en nous confiant aux témoignages de ceux que le Christ a aimés et qui l’ont aimé en retour. Nous l’aimons sans l’avoir vu, nous croyons sans le voir encore, et nous tressaillons d’une joie inexprimable qui nous transfigure. La Beauté discrète d’un cœur aimant « Les cœurs remplis d’allégresse et de simplicité » - les cœurs délivrés de la haine, les cœurs qui se soutiennent mutuellement, se pardonnent mutuellement, aiment sans mesure. Le plus souvent, ce n’est pas nécessaire de montrer notre amour d’une manière ostentatoire, parce que ceux qui aiment en vérité savent qu’ils peuvent aimer en silence, en exprimant leur affection par de petits gestes et pas seulement en paroles. Il peut même arriver qu’on ne remarque pas cet amour car les choses essentielles sont invisibles pour les yeux. Mais est-ce que cela a de l’importance pour le cœur qui aime ? L’amour ne suffit-il pas à lui-même ? De temps en temps, on peut même dire assez souvent, nous sommes persuadés que notre salut se trouve en nous-mêmes, que nous retrouverons notre identité en nous regardant nous-mêmes comme dans en miroir. L’Évangile d’aujourd’hui nous dit clairement que si nous voulons nous retrouver nous-mêmes nous devons nous tourner vers les autres. Notre identité est aussi dans une relation de communion. C’est en donnant que nous recevons, c’est en pardonnant que nous sommes pardonnés et c’est en nous offrant que nous naissons pour la vie éternelle. L’amour se suffit à lui-même Édouard Shatov, a.a.
Croire à l’Impossible ! 24 avril 2011 - Jour de Pâques A Jn 20, 1-9 Lectures de ce jourEn ce dimanche de Pâques, l’Évangile nous présente les apparitions de Jésus aux premiers témoins. Pour Jean, Passion et mort de Jésus constituent l’heure de sa glorification. La résurrection de Jésus et ses manifestations en gloire sont importantes, car elles viennent consacrer l’ensemble du parcours de Jésus, interprété depuis le commencement à partir de la Résurrection finale : « Quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent ! » Nous sommes invités à faire de même avec eux. Le premier témoin Pour être juste, nous devons dire « la première », car il s’agit de Marie-Madeleine. C’est elle qui la première découvre que le corps du Christ est absent de son tombeau. C’est elle qui voit que la pierre a été enlevée du tombeau et que le corps a disparu. C'est elle qui assiste la première à l'aube de l'humanité nouvelle ! Marie-Madeleine la pécheresse ! Elle est l'image de l'humanité tout entière qui découvre son Sauveur. Elle vient au tombeau dans une démarche de tendresse et de pitié pour retarder la séparation d’avec Jésus et prolonger le deuil. Une démarche d’amour qui est confrontée à une réalité inattendue. Mais, visiblement, elle n'a pas compris tout de suite ce qui se passait : là aussi, elle est bien à l'image de l'humanité ! Pour comprendre ce qui est arrivé, elle a besoin du support des autres disciples. Comme nous, elle court vers les autres pour comprendre. Témoignage véridique d’une communauté Pierre et le disciple que Jésus aimait sont présents tous les deux depuis le début de la Passion de Jésus dans une grande proximité avec lui. Pierre éprouve une douleur car il a trahi son Seigneur. L’autre disciple a manifesté sa fidélité jusqu'au pied de la Croix et à la mise au tombeau. Et pourtant, tous les deux sont appelés à découvrir la réalité nouvelle du Seigneur. Sans polémique ni rivalité apparentes, tous les deux attestent la nouvelle avec la prééminence qui leur revient : Pierre entre le premier au tombeau, devenant pour l’Église primitive et pour nous un témoin indiscutable. Mais l’autre disciple l’emporte manifestement par son adhésion au Seigneur. Ce sont les linges qui sont la preuve que Jésus est désormais libéré de la mort : ces deux linges qui l'enserraient symbolisaient la passivité de la mort. Devant ces deux linges abandonnés, désormais inutiles, Jean vit et il crut ; il a tout de suite compris. Nous devons nous souvenir que quand Lazare avait été ramené à la vie par Jésus, quelques jours auparavant, il était sorti lié. Le corps de Lazare était encore prisonnier des chaînes du monde : il n'était pas un corps ressuscité. Jésus, lui, sort délié : pleinement libéré. Le corps de Jésus ressuscité ne connaît plus d'entrave. Tous, comme Pierre et le disciple que Jésus aimait, fidèles ou non, nous sommes appelés à accueillir cet événement de la Résurrection. Au-delà de toute preuve ! La fin de l’Évangile de ce dimanche nous livre une phrase est étonnante : « Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts ». Au tombeau vide, Pierre et l’autre disciple ne reçoivent pas une illumination comme si une phrase précise, mais oubliée, de l'Écriture revenait tout d'un coup à leur mémoire, car il n’y pas une telle phrase dans l’ensemble de l’Écriture. Ce qui existait, c’est la parole de Jésus et l’espérance des disciples. Une espérance fragile qui a été anéantie lors de la Passion. C’est, tout d'un coup, l'ensemble du plan de Dieu qui est apparu à Pierre et au disciple que Jésus aimait. Ces deuz disciples et nous à leur suite sommes invités à faire un pas dans la foi et à reconnaître que la foi n’a pas de preuves contraignantes. Notre foi n’a d’autre preuve que le témoignage des communautés chrétiennes qui nous ont précédés, que le témoignage des frères et sœurs qui nous entourent, et à qui nous faisons confiance. Nous sommes appelés à faire un pas vers l’impossible et à rechercher avec l’aide de l’Esprit Saint les réalités d’en haut. Édouard Shatov, a.a.
Le Chemin de la Confiance 17 avril 2011 - Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur A Mt 26, 14--27, 66 Lectures de ce jour Le Dimanche des Rameaux nous lisons toujours le récit de la Passion dans un des Évangiles synoptiques – cette année dans l’Évangile de Matthieu. C’est un récit assez conséquent en thèmes abordés et dans sa longueur même. Il serait donc très prétentieux dans ces quelques lignes de donner le commentaire exhaustif de ce passage qui nous livre les fondements mêmes de notre foi en Jésus Christ. Je vous propose donc de nous arrêter sur trois épisodes. L’Alliance Éternelle Tout d’abord Jésus va célébrer la Pâque avec ses disciples. C’est au moment même que Jésus annonce sa trahison par un de ses intimes qu’il va instaurer l’eucharistie, le geste de la confiance ultime vis-à-vis de l’humanité pour la libérer de l’esclavage du péché et de la mort. La fraction du pain est un rite du repas juif. Par cette bénédiction, que faisait le père dans une famille juive, il transmettait la vie, signifiant que le pain est le don de Dieu pour vivre et nourrir l’unité familiale. Ce pain, don de vie et d’unité, « c’est mon corps », dit Jésus. Dans la culture sémite, le corps, c’est l’homme lui-même dans sa relation aux autres, et son être périssable voué à la mort. Dans ce geste qui invite les disciples à assimiler ce pain comme étant la personne de Jésus livrée à la mort, le Christ nous invite à expérimenter que nous vivons par lui et que notre unité vient de lui. Dans l’eucharistie, l’étonnant n’est pas d’abord que le pain devienne Christ, mais que le Christ se fasse pain et que « le corps » des chrétiens vive en se nourrissant de la mort du Christ. C’est une Alliance nouvelle et éternelle. La Prière de Gethsémani Cette Alliance et la foi des disciples doivent passer par le crible de l’épreuve de la tragédie de la nuit et des ténèbres. Mais tout d’abord, c’est Jésus lui-même qui entre dans l’épreuve de l’Alliance. Il entre dans la solitude et le désir de voir ses proches veiller avec lui. Pierre, Jacques et Jean, les témoins de la transfiguration, qui doivent connaître aussi la souffrance du Christ, ne font que dormir. « La tristesse et l’angoisse » s’emparent de Jésus qui se livre à un double combat : lutte en lui-même pour s’accorder à la volonté de Dieu, lutte contre la faiblesse des disciples. En quelque sorte, c’est le combat que chacun d’entre nous doit affronter en communion avec le Christ, vivant de son corps et de son sang. Dans ce combat nous pouvons remarquer deux attitudes de Jésus. Tout d’abord il tombe sur sa face, une posture de soumission et d’obéissance extrême. Mais l’expression « Mon Père » souligne sa confiance et fait de cette scène de la prière au jardin de Gethsémani une réalisation vivante de la prière du « Notre Père » que Matthieu nous livre dans le sixième chapitre de son Évangile. Dans cette scène « la coupe de l’alliance universelle » est la « coupe de la mort ». Toutefois, Jésus ose encore espérer que la tragédie l’épargnera, mais ses ultimes paroles nous révèlent qu’il se range du côté de « ce que veut le Père ». Il reconnaît en même temps la fragilité de ses disciples, il ne leur reproche rien, il assume seul le don de soi total. La Gloire de Dieu Cette lutte ultime, Jésus la traverse en homme anéanti, blessé dans son corps et dans sa dignité, honni, accusé de blasphème, ce qui est le pire des péchés pour ses compatriotes. En même temps il est honoré bien involontairement par des étrangers qui lui décernent les plus hauts titres de la religion juive. Par les titres donnés à Jésus – Roi des Juifs, Messie et Fils de l’Homme – Matthieu accentue le contraste entre la faiblesse du condamné et sa grandeur. C’est dans sa faiblesse même que Jésus manifeste sa vraie grandeur, qui est celle de Dieu, c'est-à-dire de l'amour infini. Ce n'est pas la gloire malgré la croix ou la gloire méritée par la croix comme une sorte de compensation. C’est la gloire dans et par la croix : parce que révélation du suprême amour, c'est-à-dire révélation du Dieu d'amour. Comme le Christ, nous sommes invités à la confiance infini vis-à-vis de Dieu car celui qui est entré pour nous dans un tel déchirement, dans une telle passion, ne peut que nous aimer d’un amour infini sans reproches ni accusations. Dieu, en Jésus-Christ, espère juste notre confiance en lui pour que nous vivions dans l’unité et dans la paix définitivement acquise. Édouard Shatov, a.a.
Un Signe Grandiose de la Foi 10 avril 2011 - 5° Dimanche de carême - Année A Jn 4, 5-42 Lectures de ce jour L’Évangile de ce cinquième dimanche du Carême nous présente ce que traditionnellement nous appelons “la résurrection de Lazare”. Ce septième signe de l’évangile de Jean est le plus grandiose. On peut voir en lui-même la préfiguration de la Passion et de la résurrection de Jésus. Mais soyons clair, ce n'est pas le terme qui convient. Le «réveil de Lazare » La mort de Lazare n'a été qu'une parenthèse en quelque sorte dans sa vie terrestre. Sa vie après le miracle de Jésus a repris son cours ordinaire. En quelque sorte Lazare a eu seulement un supplément de vie terrestre. Son corps n'était pas transformé et il a dû mourir une seconde fois, sa première mort n'a pas été ce qu'elle sera pour nous, c'est-à-dire le passage vers la vraie vie. Alors, nous pouvons nous demander : « Pourquoi ce signe ? » En langue hébraïque, Lazare est une forme du nom « Eléazar (que Dieu ait pitié) » et cela a de l’importance. Sa résurrection, ou mieux dit son réveil, nous ouvre un nouvel horizon de la compréhension de la pitié de Dieu pour son peuple, un horizon sans limite. Si Dieu montre sa miséricorde et que la personne croit à l’amitié de Dieu, manifestée en Jésus, la vie au-delà de la mort n’est plus une vague aspiration ni une utopie : elle est une promesse. Dieu qui appelle ! Le passage que nous méditons donne à Jésus un statut unique. Il nous révèle son être intime : « Moi, je suis la résurrection et la vie ». En même temps ce récit nous livre la conviction forte que Jésus a pouvoir sur la mort : « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ». Celui qui croit vivra pour toujours. Jésus est reconnu comme l’irruption du Dieu des vivants parmi les hommes. Jésus révèle sa seigneurie par trois signes. Tout d’abord, par sa prière au Père où se manifeste son union avec lui et sa certitude d’être entendu : « Je savais que tu m’exauces toujours ». Deuxièmement, par son autorité sur les témoins. Jésus ordonne. Le Seigneur non seulement arrache Lazare aux chaînes de la mort, mais il n’enchaîne pas l’homme libéré à lui-même, dans une dépendance. Il renvoie Lazare dans la vie. Troisièmement, par son intervention brève et efficace : « Il cria d’une voix forte. Lazare, sors dehors ! » Le cria-t-il pour donner un caractère public au signe et à la toute puissance de Jésus, dont la voix rejoint le pays des morts ? C’est aussi une allusion au grand cri du Fils de l’homme à la fin des temps, lequel arrachera les morts aux tombeaux. Silence et Parole Lazare, lui-même, apparaît tout au long du récit, mais il ne dit pas grand-chose. Il apparaît dans une certaine passivité, silencieux d’un silence fécond qui permet la prise de parole de chaque personnage du récit. Lazare, lors de sa maladie et même au moment de sa mort, ne prononce pas de demande particulière. Ce sont ses sœurs qui envoient la nouvelle de sa maladie à Jésus. Lazare est « réveillé » parce qu’il a entendu la parole de Jésus. Que devient-il après sa sortie du tombeau ? Nous ne le savons pas ! Le sommet du récit est atteint avec la confession de foi de Marthe. Lazare sort du tombeau parce que la Parole de Jésus le fait vivre. C’est la même Parole fait reconnaître à Marthe le Seigneur, le Maître de la mort et de la vie, en l’homme qui est troublé, qui verse des larmes, qui frémit. C’est en regardant Jésus, homme parmi les hommes, que Marthe fait le saut de la foi. Elle nous dit que la foi est un don. La question que Jésus adresse à Marthe revient à chacun d’entre nous : « Crois-tu cela ? » Nous sommes invités faire nôtre la prière de saint Grégoire de Nazianze : « Sur ta parole trois parmi les morts ont vu la lumière : la fille du prince, l’enfant de la veuve et Lazare sorti du tombeau à demi décomposé. Fais que je sois le quatrième ». Édouard Shatov, a.a.
Au puits du Salut 27 mars 2011 - 3° Dimanche de carême - Année A Jn 4, 5-42 Lectures de ce jourDimanche dernier sur la montagne de la Transfiguration, Jésus nous a révélé que notre vocation est une vocation filiale, enracinée dans son identité même. Il nous révèle qu’il nous veut libres comme lui. Cette liberté de l’homme a un prix, elle passe par toutes sortes d’épreuves, elle est confrontée au désir et à l’impatience humaine.
Esclave et vivant ou libre et mort ?
Le passage du livre de l’Exode nous parle exactement de cela. « Défi » et « Accusation » - voilà les grands contestataires du chemin de libération de l’homme. N’essayons pas de retrouver ces lieux sur une carte géographique : tout simplement ils n’existent pas ! Cela décrit avec beaucoup plus de chance le paysage intérieur de l’être humain que les réalités extérieures. L’important est que tout cela se passe dans le contexte de notre vie réelle, laquelle se présente comme le milieu du désert, que le livre de l’Exode définit comme « Les fils d'Israël campaient dans le désert de Rephidim ». Pour avancer en plein désert, - de toute manière on se trouve déjà pris là-dedans, - la seule bonne attitude serait la confiance. Il faudrait nous rappeler que Dieu nous veut libres, il l'a prouvé, donc il nous fera trouver les moyens de survivre. Au lieu de cela, la panique nous prend comme elle a pris le peuple d’Israël au désert de Rephidim. Que fait-on quand on se laisse envahir par la panique ? La question sous-jacente est : Est-ce mieux d’être esclave et vivant que libre et mort ?
Défi de la solitude et de l’isolement
On peut dire aussi que ce désert de la vie humaine se manifeste dans l’isolement et la solitude qu’on ne choisit pas mais qu’on subit. La femme de Samarie se présente au puits de Jacob à une heure étrange, à l’heure de midi. L’heure la plus chaude de la journée. Ce détail semble indiquer qu’elle a de bonnes raisons d’éviter de se trouver en ce lieu en même temps que les autres femmes du village. Elle est en marge de la vie sociale et elle semble accepter cette situation. Quand on ne vous accepte pas, il y a un moment où on n’essaye même plus d’être accepté pas les autres. Le statut marital de cette femme nous indique que la Samaritaine a de quoi faire sourciller : elle a eu cinq maris et elle vit actuellement avec un homme qui n’est pas même son époux. Le chiffre « cinq » veut souligner l’instabilité et la frustration de la femme quêtant en vain l’homme qui la fera exister vraiment. Cette femme a une soif plus profonde qu’une soif d’eau, elle a une soif d’amour, une soif jamais assouvie.
L’eau de l’amour vivifiant
C’est à cette heure d’isolement et de la solitude de midi qu’advient l'heure de la pleine lumière et que se lève la lumière du monde sur la Samarie et sur le monde, avec la révélation du Messie. Jésus révèle à la Samaritaine et à nous aussi que lui, Dieu, s’est fait homme, et qu’il a aussi une soif. Saint Augustin dans son commentaire de l’Évangile de Jean nous explique que « Celui qui demandait à boire avait soif de la foi de cette femme ». Comme si Jésus voulait nous dire que nous ne sommes pas abandonnés à notre propre sort, ni que Dieu veut demeurer impassible dans sa tour d’ivoire. La solitude humaine en rencontrant le Dieu unique devient la communion divine. Dieu a soif de notre foi à nous. Jésus nous demande à boire pour nous rappeler qu’il nous a déjà fait le don de l’eau vive. Or comme la femme de Samarie nous sommes trop préoccupés par nos besoins quotidiens, ou comme le peuple au désert trop effrayés par notre vie, pour être conscients de notre soif profonde. Comme la femme de Samarie nous n’osons plus croire que l’amour est possible et nous nous tenons à l’écart. En effet, les lectures de ce dimanche nous disent que la face du monde est changée : toutes les questions ont trouvé leur réponse, les temps sont accomplis : l'eau vive jaillit dans chaque cœur croyant. Avec Jésus, le Dieu d'amour, tout est don et pardon. Quand Jésus parle de source jaillissante, il nous dit que l'eau qui jaillit des cœurs croyants peut désormais en abreuver d'autres. Édouard Shatov, a.a.
Splendeur de la Vie 20 mars 2011 - 2° Dimanche de carême - Année AMt 17, 1-9 Lectures de ce jour Après avoir traversé l’épreuve du désert et avoir compris sur quelles fondations notre vie doit être construite, nous sommes invités à approfondir la vocation filiale de Jésus-Christ et notre vocation filiale. Pour cela le deuxième dimanche du Carême nous emmène avec Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne y rencontrer Jésus transfiguré. Sur la montagne de la Transfiguration, les Apôtres et nous-mêmes sommes invités à la Révélation de Dieu, de sa tendresse incarnée en Jésus. Nous y entendrons les paroles toutes simples et en même temps d’une profondeur extrême : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir ». Cette révélation nous est accordée pour affermir notre foi avant la tourmente de la Passion.
Un nom, une identité
L’expression « Mon fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir. Écoutez-le ! » désigne Jésus comme le Messie, l’accomplissement de la promesse divine pour son peuple. Le nom de « Fils » désignait le titre qui était donné habituellement au roi. Une image possible de la venue de Messie à l’époque de Jésus est celle d'un roi descendant de David, qui régnerait enfin sur le trône de Jérusalem, vacant depuis bien longtemps. La suite : « Mon bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir » est une allusion aux « Chants du Serviteur » du livre d'Isaïe. C’est une manière de nuancer tout de suite limage du roi et de préciser que ce roi va accomplir sa mission non pas à la manière connue dans la société antique, mais comme Serviteur, au sens d'Isaïe (Is 42,1). La fin de la manifestation divine : « Écoutez-le » c’est de dire que Jésus est le Messie-Prophète au sens où Moïse, dans le livre du Deutéronome, avait annoncé au peuple : « C'est un prophète comme moi que le Seigneur ton Dieu te suscitera du milieu de toi, d'entre tes frères ; c'est lui que vous écouterez ». Cette vision de Dieu est en fait une révélation et une invitation à comprendre le secret de Jésus : plénitude de Dieu dans le Serviteur doux et humble.
Surprenante
l’imprévisibilité Cette révélation a lieu sur une haute montagne. C’est sur la montagne que Moïse avait eu la Révélation du Dieu de l'Alliance et avait reçu les tables de la Loi, qui devait éduquer progressivement le peuple de l'Alliance à vivre dans l'amour de Dieu et de ses frères. C’est aussi sur la montagne qu’Élie avait eu la Révélation du Dieu de tendresse dans la brise légère. Pour Moïse, Dieu s’est révélé dans le tonnerre, tandis que pour Élie, dans la voix venant du fond du silence. Assurément, Dieu nous surprendra toujours par l’imprévisibilité de son être. C’est ce paradoxe divin qui est manifesté en Moïse et Élie, deux colonnes de l'Ancien Testament avec qui s’entretient Jésus. Toutefois, je remarque une chose étonnante : nous sommes invités à reconnaître Dieu dans un être humain, dans les moments difficiles, et même dans la souffrance de la passion, et à ne « voir que Jésus seul », comme nous le dit le passage d’aujourd’hui.
Au-delà de la mort
Selon saint Paul, les difficultés sont inévitables pour les véritables disciples du Christ. « Prends ta part de souffrance » - voilà le défi à affronter et non pas l’insupportable à subir. Jésus l'avait dit lui-même : « Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même et prenne sa croix et qu'il me suive ». Cette possibilité de traverser les difficultés et la souffrance même à cause de l’attachement au Christ vient de son don à ses disciples. Ce que Jésus nous donne, parce qu'il est rempli de l'Esprit Saint, c'est sa propre vie qu'il nous fait partager, spirituellement, et que rien ne peut détruire, même la mort biologique. C’est cette vie qui est manifestée sur la montagne de la Transfiguration. C’est aussi la bénédiction promise jadis à Abraham. Une vie rayonnante et pleine de confiance et d’espoir. Edouard Shatov, a.a.
Les piliers de la vie filiale 13 mars 2011 - 1° Dimanche de carême - Année AMt 4, 1-11 Lectures de ce jour Chaque année le Carême s’ouvre par le récit du baptême et des tentations. C’est l’Esprit descendu des cieux qui conduit Jésus vers l’épreuve. Nous sommes invités à faire le lien entre le baptême de Jésus et les tentations. Lors du baptême les cieux s'ouvrirent et l'Esprit de Dieu est descendu comme une colombe et est venu sur Jésus. Et voici qu'une voix venant des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, celui qu'il m'a plu de choisir ». C’est cette vocation filiale qui maintenant va être vérifiée au crible des tentations. Si tu es le Fils de Dieu « Si tu es le Fils de Dieu », répète le Tentateur, manifestant par là que c'est bien là le problème et le défi ultime. Jésus l’affronte, pas seulement trois fois, mais tout au long de sa vie terrestre ; être le Fils de Dieu, concrètement, en quoi cela consiste-t-il ? La question prend diverses formes : est-ce de résoudre les problèmes des hommes à coup de miracles, comme changer les pierres en pains ? Est-ce de provoquer Dieu pour vérifier ses promesses ? Est-ce de posséder le monde, régner et dominer, à n'importe quel prix, quitte à adorer n'importe quelle idole ? Quitte même à n'être plus Fils ? Car on peut remarquer que, la troisième fois, le Tentateur ne répète plus : « Si tu es Fils de Dieu ». Cependant il est difficile donner un sens unique aux triples tentations du Christ. Pour certains commentateurs, la pointe se trouverait dans « le refus du messianisme terrestre » ; pour d’autres, il s’agirait de tentations typiques des chrétiens ; pour d’autres encore, Jésus apparaîtrait comme le vainqueur des tentations auxquelles Israël avait succombé auparavant. Mas il paraît évident que c’est la vocation du Fils de Dieu qui est mise en question ici. Jésus affronte et refuse la manipulation du monde matériel, la manipulation spirituelle et la manipulation sociale. La manipulation et l’abus du pouvoir qui se présentent sous l’aspect de la Parole de Dieu même. C’est une très belle mise en garde pour les disciples du Christ : utiliser la Parole de Dieu à ses propres fins, qui peuvent être très éloignées de la volonté de Dieu et se situer même du côté du Tentateur. Promesse de Dieu : un marché ou un don ? Le comble de ces tentations, c'est qu'elles visent des promesses de Dieu : elles ne promettent rien d'autre que ce que Dieu lui-même a promis à son Fils, le Messie. Et les deux interlocuteurs, le Tentateur comme Jésus lui-même le savent bien. Seulement les promesses de Dieu sont de l'ordre de l'amour. Elles se reçoivent comme des cadeaux et non pas comme le résultat d’un marchandage. L’amour ne s'exige pas, ne s'accapare pas, il se reçoit comme un don et non pas comme le résultat d’une tractation. C’est ici que nous devons réfléchir et mettre en parallèle ce qui se passe au jardin de la Genèse. Adam sait, et il a raison, qu'il est créé pour être roi, pour être libre, pour être maître de la création ; mais au lieu d'accueillir les dons comme des dons, dans la reconnaissance, il veut se poser en égal à Dieu, « comme Dieu ». À ce moment-là, Adam sort du registre de l'amour et il se retrouve nu. Le sentier du baptisé Jésus refuse de passer un marché avec le Tentateur, car il sait intimement que l’amour est un don et que le Fils reçoit tout comme un don de la part de son Père. C’est aussi le chemin de l’Église du Fils, de chacun d’entre nous. Nous devons nous rappeler que Jésus a déjà vaincu les tentations et nous devons refuser de nous prévaloir de tout autre pouvoir que celui de Dieu. Edouard Shatov, a.a.
La Fondation de la Maison de la Vie 6 mars 2011 - 9° Dimanche ordinaire - Année AMt 7, 21-27 Lectures de ce jour Dans son sermon sur la montagne, que nous continuons de lire ce dimanche, Jésus appelle ses disciples à faire à Dieu une confiance absolue. Toute la question est de savoir : qu’est ce que cela veut dire « faire une confiance absolue » et comment doit-on le manifester ? Est-ce qu’il s’agit juste d’éprouver des sentiments pieux pour se sentir à l’unisson avec quelqu’un et demeurer en lien avec cette personne ou s’agit-il d’autre chose que nous avons beaucoup de mal à saisir ? Souvenir comme un premier pas Tout d’abord la confiance nous est présentée comme un souvenir enraciné dans notre cœur et dans notre âme. Nous sommes invités à l’attacher à notre porte et à la fixer comme un signe sur notre front. Ce souvenir de la confiance que Dieu nous accorde et de la confiance à laquelle il nous appelle nous permet de retrouver la ferveur première, de rompre avec toute forme d'idolâtrie et de revenir à la pratique fidèle des commandements. Le souvenir de Dieu est la fondation solide, le roc de toute notre existence. Le but de se souvenir est tout simple : c’est de reconnaître que Dieu ne veut que notre bonheur. Dans le message des textes d’aujourd’hui Dieu ne veut que bénir sa création. C’est aussi pour cela qu’à tout instant, au cœur de chacune de nos occupations, nous devons rester attachés de tout notre être à ces commandements qui nous ont été donnés pour notre bonheur. Au-delà des paroles et des actions Cette confiance n’est pas seulement une parole, si belle soit-elle. Cette fin de discours exprime les exigences de Jésus : « Il ne suffit pas de me dire : Seigneur, Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux ». On entend ici la plainte exprimée par Isaïe : « Ce peuple ne s'approche de moi qu'en paroles, ses lèvres seules me rendent gloire, car son cœur est loin de moi ». Jésus ne jugera pas la confiance qu’on lui accorde sur nos belles invocations liturgiques – « Seigneur ! Seigneur ! » - mais sur notre attachement à la volonté du Père manifestée en Jésus de Nazareth qui est le Christ. Il semble qu’il ne suffise pas de joindre l'action à la prière et que nos performances même miraculeuses en tant que telles ne servent pas à grand-chose. On peut très bien accomplir de grandes choses et n'être pourtant pas en communion avec Jésus-Christ ! Ce qui nous est demandé avant tout, ce n'est pas nos prières ou nos actions, si belles soient-elles aux yeux des hommes, mais c'est d'être en intimité d'amour avec notre Maître. Ce qui nécessairement va se traduire dans la prière et dans le comportement quotidien avec nos frères et sœurs. Épreuve de la Confiance Cette confiance, à laquelle Jésus nous appelle, peut être difficile. Les pluies, les torrents et les tempêtes arrivent dans la vie de chacun et chacune d’entre nous et personne ne peut les éviter. Comment peut-on tenir dans de telles situations ? Tout d’abord le psalmiste nous rappelle que Dieu est fidèle en tout temps et cela appelle notre propre fidélité au Seigneur. Le livre du Deutéronome, que nous lisons pour ce dimanche en première lecture, dit bien que cette fidélité aux commandements de Dieu est le secret du bonheur : « Aujourd'hui je vous donne le choix entre la bénédiction et la malédiction : bénédiction si vous écoutez les commandements du Seigneur votre Dieu, que je vous donne aujourd'hui ; malédiction si vous n'écoutez pas les commandements du Seigneur votre Dieu, si vous abandonnez le chemin que je vous prescris aujourd'hui pour suivre d'autres dieux que vous ne connaissez pas. » Tout cela pour dire que nous devons opérer dans notre vie des choix et qu’on ne peut pas tout avoir en même temps. Pour cela il nous faut être forts et prendre courage et espérer, ce qui veut dire « attendre ». Cette attente n’est pas passive. L’attente du Seigneur nous appelle à l’engagement intime vis-à-vis de Jésus, d’où jailliront toutes nos prières et toutes nos actions. Nous sommes invités à croire d'une foi parfaite en la venue du Messie, et même s'il tarde à venir, en dépit de tout cela, nous l'attendrons jusqu'au jour où il viendra. » Edouard Shatov, a.a.
Le trésor de la Vie et de Dieu 27 février 2011 - 8° Dimanche ordinaire - Année AMt 6, 24-34 Lectures de ce jour Dimanche dernier, Jésus a révélé à ses disciples l’enjeu de leur mission dans le monde : rendre visible l’image de Dieu. Aujourd’hui, il nous précise les modalités pratiques d’une telle mission et quelques attitudes à adopter. Confiance Divine C’est beau de se faire dire que nous sommes les reflets de Dieu, mais comment peut-on le vivre au fil jour des jours ? Au fait, qui sommes-nous, les baptisés ? Le titre magnifique nous donne l’apôtre Paul dans la première lecture est « intendants des mystères de Dieu ». Quand quelqu'un nous demande quel est notre métier, nous viendrait-il à l'idée de répondre que nous sommes « intendants des mystères de Dieu » ? C'est pourtant le premier but de nos vies et l'évangile de ce dimanche le redit fortement ! Pour définir notre identité chrétienne Paul emploie deux mots qui désignent un subordonné, un subalterne, mais aussi quelqu'un d'important, un homme de confiance, ce que nous traduisons par « intendant ». Tout cela pour dire que l'œuvre de Dieu ne nous appartient pas. C’est une confiance immense qu’il nous fait en nous choisissant pour être les intendants de ses mystères. Le Choix de Dieu Cette confiance qu’il nous accorde nous permet de pressentir la grandeur de notre mission au cœur même de notre petitesse. Elle nous appelle à la confiance à notre tour. Le premier pas est de choisir le Maître. C’est d’abord une réponse libre de notre part. Nous sommes invités et nous devons choisir librement qui nous voulons servir. Dans notre vie où il y a tant de soucis on a beaucoup de mal à faire confiance à Dieu qu’on voit rarement. L’argent, par contre, apparaît assez souvent le moyen le plus approprié pour résoudre les difficultés de la vie, si ce n’est pas comme le meilleur. Mais l’argent comporte aussi ses inconvénients. Le livre du Siracide nous dit: « L'insomnie que cause la richesse finit par décharner quelqu'un, le souci qu'elle apporte éloigne le sommeil » (Si 31, 1). L’ambiguïté de l’argent dans cette perspective consiste dans le fait qu’au lieu d’être un moyen parmi d’autres pour nous rendre libres et heureux, il peut nous posséder. Le danger de l’argent est que ce que l'on possède pourrait bien nous posséder, en définitive. Confiance Humaine La confiance à laquelle Jésus nous invite est la clé même de la compréhension du Royaume de Dieu. Il nous dit que nous pouvons nous remettre entre les mains de Dieu. A cinq reprises, dans ces quelques lignes, il emploie le même verbe grec que nos traductions rendent par le mot « souci » ou « se soucier ». Pour illustrer son propos, il nous donne en exemple les oiseaux du ciel et les lis des champs. Toute créature de Dieu a une fonction dans la création, un rôle bienfaisant à tenir dans lequel elle est indispensable. C’est évidemment vrai pour l’homme. Chaque homme est un collaborateur de Dieu et c'est justement parce que l'homme est « l’intendant » de Dieu qu'il peut, en toutes circonstances, garder la sérénité : « Regardez les oiseaux du ciel... votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux ?... Observez comment poussent les lis des champs... Si Dieu habille ainsi l'herbe des champs, qui est là aujourd'hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? » Précisons ici une chose importante : la passivité des végétaux et l’insouciance des volatiles n’ont pas ici valeur d’exemple, mais bien la sollicitude du Créateur envers sa création, surtout les humains. Le texte n’incite à déserter ni le travail ni la lutte contre la pauvreté. C’est un appel à la confiance absolue en Dieu dans le combat pour la justice et pour la miséricorde, qui aide les disciples à clarifier les choix concrets que le quotidien leur impose. « Cherchez d'abord son Royaume et sa justice ». Le vrai trésor de nos vies, notre unique raison de vivre et de mourir, c'est le projet de Dieu, qui nous est révélé dans sa Parole. Nous pouvons nous occuper à autre chose, cela nous arrive, mais, tôt ou tard, nous lui revenons, parce que nous savons comme Pierre, que lui seul « a les paroles de la vie éternelle ».Faisons tranquillement notre petit possible au jour le jour : cela nous rend libre et cela suffit à notre joie intérieure. Edouard Shatov, a.a.
La mesure de l’Amour 20 février 2011 - 7° Dimanche ordinaire - Année AMt 5, 38-48 Lectures de ce jour Devenir le visage de Dieu dans le monde – voilà la mission des disciples du Christ. Si dimanche dernier nous avons contemplé la justice de la face divine (une facette actualisée de l’appel divin), aujourd’hui nous devons considérer très sérieusement la clémence et la miséricorde comme faisant partie de l’identité divine. Nous sommes appelés à devenir comme le visage de Dieu, comme Dieu-lui-même. Or Dieu lui-même nous dit dans le livre des Lévites: « Soyez saints comme moi »... « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint ». C'est un ordre, c'est un appel, c'est notre vocation. La sainteté à laquelle nous somme appelés va au-delà d’une simple gentillesse. Elle doit être clémence, amour et miséricorde. Détruire le mur de la haine Tout d’abord, il nous faut maîtriser notre haine et notre violence. Le livre de l’Exode en a donné comme une réglementation : « Œil pour œil, dent pour dent », (ce que nous appelons la loi du talion). Cette loi peut nous paraître cruelle, mais à l’époque elle était un progrès considérable, car désormais la réparation était limitée, elle devait être proportionnelle à l'offense subie. Mais est-ce que la clémence de Dieu équivaut à une juste limitation de la violence ? Au contraire, dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus nous révèle que pour ressembler à Dieu, à notre Père, il nous faut nous interdire toute riposte, toute gifle, tendre l'autre joue : « Vous avez appris qu'il a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre ». Pourquoi s'interdire désormais toute vengeance, toute haine ? Simplement pour aimer en vérité et devenir vraiment ce que nous sommes : les fils et les filles de Dieu. Aimer sans mesure ! Pour le dire d’une manière simple : l’amour pose toujours un problème et constitue toujours un défi. Peut-être qu’en écoutant Jésus lors du Sermon sur la Montagne nous pouvons mieux comprendre l’amour de Dieu, du prochain et même de ceux qui nous haïssent. Pour cela il faut préciser dès le départ, que nous ne trouverons nulle part dans l'Ancien Testament le commandement de haïr nos ennemis. Jésus le sait mieux que nous. Cela veut dire : commence déjà par aimer ton prochain. L'ambition semble modeste, mais c'est déjà un premier pas. Dans le texte d'aujourd'hui, Jésus nous invite à franchir une étape supérieure : l'amour du prochain doit être acquis ; Jésus invite à aimer désormais également nos ennemis. Aimer ses ennemis est aussi une manière de dire qu’il faut se conduire d’une manière non discriminatoire à l’égard de tout être humain, comme le Père qui est aux cieux dispense les biens de la création à tous, aux bons comme aux méchants. Prier pour le persécuteur dans cette perspective est une forme d’amour ouverte sur l’espérance d’un changement, ce qui laisse à Dieu seul le soin de juger l’autre. Le refus de l’oubli
Car, en fait, si on y regarde bien,
Jésus nous révèle qui est vraiment Dieu : Père, tendresse et pitié, lent à
la colère et plein d'amour. Cela révèle aussi la vocation de chacun d’entre
nous dans le monde : « Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste
est parfait ». Saint Paul dit cela à sa manière, en nous rappelant que
chacun de nous est un temple de l'amour : « N'oubliez pas que vous êtes le
temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ». Or Dieu est Amour
et l'Esprit est l'Esprit d'Amour. Donc nous sommes, chacun de nous, et
l'Eglise toute entière, le Temple de l'Amour. Malheureusement, pour être
honnêtes, nous devons reconnaître que ce n'est pas encore vraiment la
réalité. Paul le sait bien, mais justement, il nous rappelle notre vocation
et s'il dit : « N'oubliez pas », c'est parce que nous avons parfois tendance
à l'oublier. Croire que Dieu est amour n'est pas un chemin de facilité :
cela est une exigence pour nous dans le registre du don et du pardon !
Alors, rappelons-nous notre vocation et avançons avec confiance et
espérance. Edouard Shatov, a.a.
Royaume des temps nouveaux ! 23 janvier 2011 - 3° Dimanche ordinaire - Année AMt 4, 12-23 Lectures de ce jour Les temps nouveaux sont commencés. Après avoir été reconnu par Jean-Baptiste comme l’Agneau de Dieu, celui qui rétablit le lien entre Dieu et les hommes, Jésus, commence son ministère publique. La fin d’un monde Pour Matthieu, la disparition de Jean-Baptiste marque la fin d’une ère, celle de « la Loi et des prophètes ». Elle sera continuée par la mission du Fils de Dieu. Mais auparavant Jésus se retire et ce retrait a une double signification. Tout d’abord Jésus se retire devant l’hostilité, ici d’hostilité d’Antipas, responsable de la mort de Jean. Mais ce retrait est aussi un passage à un nouveau territoire, celui de la Galilée, le carrefour des nations. Ce déplacement est présenté dans l’évangile de Matthieu comme le plan prévu par Dieu lui-même : « ce que le Seigneur avait dit par le prophète Isaïe ». Jésus choisit la Galilée parce qu’elle symbolise le monde païen. C’est évident que l’Emmanuel promis à Israël s’adressera d’abord au peuple élu. Mais en même temps Matthieu affirme dès le début de son évangile que la mission du Christ s’adresse à tous. Au temps de l’évangéliste, les noms de « Zabulon et Nephtali » évoquaient l’exil et la dispersion, plaie ouverte avivant l’espoir de tout le peuple de Dieu. Ce qui est affirmé ici par l’évocation de nom de Galilée, c’est que tous les peuples sont inclus dans le projet de Dieu. L’annonce du Royaume C’est à tout homme que Jésus proclame le Royaume des Cieux et il appelle à la conversion. « Le Royaume des Cieux » est une tournure juive pour éviter de dire, par respect pour Dieu, l’imprononçable nom divin. Ce royaume est celui du roi et le domaine sur lequel il exerce son pouvoir. Il s’agit d’une réalité qui n’est pas perdue dans les nues, mais qui a pour objet Dieu. Dans son annonce de la venue du Royaume Matthieu lance d’emblée : « Convertissez-vous ! » L’efficacité du règne de Dieu dépend directement de l’accueil que lui réserve l’homme. Cela vient de la pensée juive : la royauté bienfaisante de Dieu s’exerce sur son peuple dans la mesure où celui-ci désire ce pouvoir et s’y soumet. La référence biblique qui l’annonce est la finale du Cantique de la mer Rouge : « Que (désormais) le Seigneur règne sur nous toujours et à jamais » (Ex 15, 18). D’où aussi l’adage rabbinique : « C’est le peuple qui fait régner le roi et non le roi qui règne pour lui-même ». Cette perspective suppose la conversion de chacun, la prise sur soi du « joug du Royaume ». Le chemin de conversion Pour nous tourner vers le Royaume, saint Paul nous invite à nous mettre au travail pour bâtir notre unité. Dans sa première lettre aux chrétiens de Corinthe, il écrit : « Je vous exhorte à être tous vraiment d’accord ; qu’il n’y ait pas de division entre vous, soyez en parfaite harmonie de pensée et de sentiments ». Il semble que la communauté de Corinthe, de la ville cosmopolite, multiculturelle et multi-religieuse de l’époque, soit divisée et que de bâtir l’unité soit pour elle une urgence. Saint Paul souligne que l’obstacle à cette unité se manifeste très souvent dans les disputes. Pouvons-nous donc suggérer que le chemin de la vérité et de l’unité n’est pas une polémique pour définir qui a raison et qui a tort, mais la recherche de la vérité et de la révélation de Dieu plus grande que chacun d’entre nous puisse l’imaginer séparément ? L’unité de l’Église de Corinthe, et la nôtre par extension, dépend d’un travail commun à nous édifier mutuellement pour la gloire de Dieu. Comment pouvons-nous faire une telle chose ? Paul nous rappelle par les exemples qu’il emploie pour exhorter les frères et sœurs de Corinthe que nous devons exprimer nos convictions avec amour dans la vérité et avec vérité dans l’amour. Demandons à Dieu de vivre cela lors de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens et tout au long de notre vie. P. Edouard Shatov, a.a. Qui donc est Dieu ? 16 Janvier 2011 - 2° Dimanche ordinaire - Année AJn 1, 29-34 Lectures de ce jour sur aelf.org au lien suivant Au début de ce Temps dit Ordinaire, les lectures nous invitent à reconnaître et à approfondir notre sens de l’identité de Dieu et de Jésus Christ qui est la révélation ultime. « Le Verbe s’est fait chair, il a demeuré parmi nous ». Ce verset, qui ouvre la lecture de l’évangile, nous précise tout de suite que, par cette incarnation du Verbe, chacun d’entre nous est impliqué dans le processus que la tradition orientale a appelé – la divinisation ou l’adoption divine de l’humanité. « Par lui, deviendront fils de Dieu tous ceux qui le reçoivent ». Aujourd’hui Jésus Christ nous est présenté sous deux appellations : l’Agneau de Dieu et le Fils de Dieu. Le Nom de Dieu L’identification de Jésus comme « Agneau de Dieu » est une expression unique de Jean et se trouve seulement deux fois dans son évangile. A deux reprises cette expression est placée dans la bouche de Jean-Baptiste (Jn 1, 29.36) et mise en rapport soit avec l’agneau pascal dont le sang versé atteste le passage du Dieu Sauveur (Ex 12), soit avec le Serviteur souffrant humble et soumis comme l’agneau conduit à l’abattoir (Is 53, 7). Dans les deux cas, il s’agit d’une annonce de la croix. Dès le tout début de l’évangile l’image implique la souffrance et l’abandon du Christ livré. Ce n’est pas un titre qui diminue l’importance du Christ, c’est plutôt un titre qui souligne son intronisation royale. Jésus se voit reconnaître sa condition de Christ-Messie et reçoit un certain nombre de titres glorieux, comme celui de Fils de Dieu dans notre passage. Loin d’être déjà persécuté, il est salué par le Baptiste. « Agneau de Dieu » est une désignation messianique et royale. Plus tard nous apprendrons que la royauté de Jésus n’est pas de ce monde et qu’elle s’exerce dans le dénuement de la croix. Mais on n’en est pas là au tout début de l’évangile : la première manifestation de Jésus atteste son pouvoir royal et sa capacité d’enlever le péché du monde (Jn 1, 29). Cette différence du Royaume du Christ des autres formes de l’exercice du pouvoir est soulignée par une autre image du monde animal : la colombe venant du ciel. Agneau et Colombe : deux images de non-violence et de douceur. Cela correspond bien à l’être de Jésus et à son appartenance au monde de Dieu. Un autre titre est celui de Fils de Dieu. Les yeux de chair de Jean-Baptiste voient d’abord un homme et c’est par la grâce de la révélation de Dieu qu’il lui est donné de voir en Jésus le Fils de Dieu. « Je ne le connaissais pas » et « j’ai vu l’Esprit descendre du ciel » : voilà deux phrases pour comprendre l’expérience unique que Jean venait de vivre. C’est cette révélation du Fils de Dieu qui est annoncée dans le livre d’Isaïe comme en préfiguration : « Tu es mon Serviteur, en toi je me glorifierai ». Et cette révélation, donnée en Jésus, est adressée à toute personne humaine : « Je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». Fils et filles de Dieu Ces deux titres soulignent la place exceptionnelle et unique de Jésus dans l’histoire du Salut. Ils soulignent aussi la sollicitude de Dieu vis-à-vis du genre humain dans sa totalité. L’Agneau de Dieu vient dans le monde pour que le monde soit sauvé et transformé dès maintenant. Le Fils de Dieu appelle ses disciples pour que son Règne, qui n’est pas de ce monde, avance dans nos vie. Le baptême de Jésus, décrit dans l’évangile de Jean, a un lien direct avec le baptême de chacun d’entre nous. C’est ce baptême qui selon saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens qui nous sanctifie et nous apporte la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père. P. Edouard Shatov, a.a. |
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