Les commentaires 

de l'évangile du dimanche année A 2004-2005

par le Père Christian Blanc

        

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Remonter

 

 5 juin 2005   10° dim ordinaire  Mt 9,9-13
 29 mai 2005  Saint Sacrement A  Jn 6.51-58
 22 mai 2005  Trinité A  Jn 3,16-18
 15 mai 2005  Pentecôte A  Jn 20,19-23
 8 mai 2005  Ascension A  Mt 28,16-20
 1er mai 2005  6° dim de Pâques A  Jn 14,15-21
 24 avril 2005  5° dim de Pâques A  Jn 14,1-12
 17 avril 2005  4° dim de Pâques A  Jn 10,1-10
 10 avril 2005  3° dim de Pâques A  Lc 24,13-35
 3 avril 2005  2° dim de Pâques A  Jn 20,19-31
 27 mars 2005  Dim Pâques A  Mt 28,1-10
 20 mars 2005  Dim Rameaux A  Mt 26,14-27,66
 13 mars 2005  5° dim carême A  Jn 11,1-45
 6 mars 2005  4° dim carême A  Jn 9,1-41
 27 février 2005  3° dim carême A  Jn 4,5-42
 20 février 2005  2° dim carême A  Mt 17,1-9
 13 février 2005  1° dim carême A  Mt 4,1-11
 6 février 2005  5° dim ordinaire A  Mt 5,13-16
 30 janvier 2005  4° dim ordinaire A  Mt 5,1-12
 23 janvier 2005  3° dim ordinaire A  Mt 4,12-23
 16 janvier 2005  2° dim ordinaire A  Jn 1,29-34
 9 janvier 2005  Fête du Baptême du Seigneur A  Mt 3,13-17
 2 janvier 2005  Fête de l'Epiphanie A  Mt 2,1-12
 26 décembre 2004  Fête de la Sainte Famille A  Mt 2,13...23
 25 décembre 2004  Nativité du Seigneur  Jn 1,1-18
 19 décembre 2004  4° dim Avent A  Mt 1,18-24
 12 décembre 2004  3° dim Avent A  Mt 11,2-11
 5 décembre 2004  2° dim Avent A  Mt 3,1-12
 28 novembre 2004   1° dim Avent A  Mt 24,37-44

Merci à www.aelf.org pour les liens Bibliques

 

 

Pécheur… ? 5 juin 2005 - 10° dim ordinaire A

Evangile : Mt 9, 9-13 « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs »

" Sans berger… ? "

L’attitude de Dieu en face de notre monde nous la lisons ici : Mt 9,36-10,8. Et comment se tient-il en nous regardant vivre ? Mathieu emploie un terme, commun aux évangiles, exclusif, spécifique, pour décrire les sentiments du Christ ou, dans les paraboles, ceux que l’on prête à Dieu. Un terme également qui renvoie en amont, quand on évoque Dieu, aux prises avec le peuple de l’Ancien Testament. Traduit par « avoir pitié », ce mot est beaucoup plus imagé quand, littéralement, on le rend par « entrailles ». Alors, comment Dieu se tient-il en nous regardant vivre :

Il est « pris aux entrailles » (Mt 9,36) par le malheur qu’il voit.

Maladies et souffrances accablent l’humanité. Les hommes et les femmes se traînent languissants et prostrés.

Manquent-ils tous de vie ?

Est-ce vraiment ce spectacle qu’offre l’humanité ? D’où lui vient cet état ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Le monde est-il mal fait ? Les hommes, mal fabriqués ? 0u bien, l’homme, cette merveille, car c’en est une tout de même, ne sait pas vraiment comment s’organiser ? Quelque part, mais où, ça ne marche pas. Qu’est-ce qui est atteint ? Le sens, l’intelligence, le cœur, la liberté… ? Y-t-il une blessure quelque part de cachée ? Le monde se porte mal. Le constat de Jésus se vérifie partout. Le monde ne va pas bien, ceci depuis longtemps, est-ce depuis toujours… et, il faut le reconnaître, ne s’améliore pas. Est-ce l’effet d’un manque ? Est-ce crise de croissance ? Nous ne savons pas trop…Que manque-t-il au monde ? N’a-t-il pas tout ce qu’il faut pour se gérer lui-même en vue de son bonheur ? Ou, pour employer l’image utilisée par Paul, est-il trop travaillé par des forces contraires, en vue d’une croissance vers son enfantement ? Le monde va, de secousses en secousses, et crée de la souffrance.

Un « spectacle » qui noue les « entrailles » du Christ.

Jésus, Dieu, ressent intimement la souffrance du monde.

Mais peut-il faire plus ? Aller jusqu’à guérir ce mal qui est constant ?

Posons-nous la question ? Quelle est notre réponse ?

Bien des hommes avant lui ont promis de le faire ! Y parviendra-t-il mieux qu’ils n’y ont réussi ? Le Christ est-il plus fort et connaît-il mieux l’homme ? Quand il ressent son être touché jusqu’aux entrailles, est-ce par impuissance à pouvoir soulager ou bien est-ce parce que l’homme rechigne à se laisser guérir, sauvé ? Jésus, n’est-il pas le berger au rendez-vous manqué avec l’humanité ? Les foules qui se traînent, il les voit sans berger. Serait-ce là le manque qui serait à combler ? Jésus appelle les Douze et va les leur envoyer (Mt 10, 2-8) Munis d’un seul pouvoir, celui de « libérer » (Mt 10, 1), ils ne sont , ceci est à noter, que des ouvriers. Qui est donc le berger, dont on ne peut se passer, si l’on ne veut pas que le monde continue de se traîner ?

Est-ce lui ? Jésus de Nazareth ?

Ouvriers au pluriel (Mt 9, 37-38) fait écho à berger écrit au singulier. Découvrir le Berger mais grâce aux ouvriers, est-ce le vrai chemin pour être soulagé ? Mais alors, c’est chacun qui doit bien s’orienter, chaque homme et chaque femme qui doivent se déterminer. Le monde ne change -t-il qu’à l’intérieur des cœurs de chaque individu ?

Le mal est général, singulière serait la guérison ?

Chaque libération, chaque avancée du bien se produit dans un cœur et non par changement, comme à l’insu des hommes, d’une situation. Jésus de Nazareth, unique et seul berger des membres de son peuple, pourtant pourvus de prêtres, de scribes et de docteurs, comme du monde entier !

Chacun peut réfléchir et se déterminer…

Le monde tourne mal… L’humanité pourtant a reçu le Sauveur, qui, à travers ses disciples, des ouvriers, s’offre à qui le veut, pour panser ses blessures et guérir son malheur.

Le monde, en vous, reconnaîtra-t-il son Berger ?

 

Pécheur… ? 5 juin 2005 - 10° dim ordinaire A

Evangile : Mt 9, 9-13 « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs »

L’homme a bien du mal à savoir qui est Dieu ! Toute la Bible essaie de préciser les choses et jusqu’à l’Évangile, qui nous montre Jésus constamment occupé à redresser les traits d’un visage de Dieu toujours escamoté. Le voici d’ailleurs au milieu des pécheurs ! (Mt 9, 9-13). Que fait-il avec eux ? Vraiment est-ce bien sa place ? Ceux qui pratiquent, fort et scrupuleusement les différents préceptes, s’en offusquent. Comment être un homme de Dieu et ne pas prendre garde à ce que l’on contracte, quand on se frotte à ceux qui sont de vrais pécheurs, païens ou publicains. La relation à Dieu n’est-elle pas primordiale et, pour être avec lui, ne faut-il pas garder jalousement une certaine et extérieure pureté ? Ce qui est impossible, si l’on se laisse aller à fréquenter le monde et même, comme le fait Jésus, à partager la table des hommes « dévoyés ». D’où la question des membres du parti religieux s’adressant aux disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? » (Mt 9, 11).

Dieu, selon leur conception, n’aime pas les pécheurs !

Jésus dit le contraire.

N’est-ce pas déroutant et à contre-courant de ce que nous pensons tous ? Peut-être, mais c’est ainsi… Écoutons sa réponse : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin du médecin…mais les malades » (Mt 9, 12). Jésus au milieu des pécheurs sait très bien ce qu’il fait. En appelant Matthieu pour en faire un disciple, en étant commensal de gens peu fréquentables, il est tout à fait là où il se doit d’être. Il est venu pour cela : « En effet, je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs » (Mt 9, 13). A-t-il fait le trajet depuis le sein du Père pour « devenir » pécheur avec ceux qui le sont ? Comment imaginer que Dieu, le Seigneur trois fois saint et tout-puissant, s’abaisse à partager la table des pécheurs ? Quand il s’agit de Dieu, prenons garde aux idées que nous pouvons avoir. Elles doivent s’arrêter aux rives de l’Évangile, et savoir s’estomper quand un autre visage nous y est révélé.

C’est le cas aujourd’hui !

Saurons-nous profiter de ces quelques versets pour que soit modifiée notre façon de voir, tant en ce qui concerne notre relation au Christ que vis-à-vis des autres qu’on nomme publicains. Les pharisiens d’hier, qui croyaient, à force de mérites, arriver à gagner l’estime du Seigneur, n’ont-ils pas quelques fils qui, aujourd’hui encore, se sentent plutôt justes que de pauvres pécheurs ? Et parmi tous les hommes, combien se sentent moches au point d’imaginer que Dieu n’est pas pour eux ?

Jésus, Sauveur du monde, est ami des pécheurs !

Mais qui sur cette terre pourrait, de fait, se soustraire à l’amitié du Christ, sous prétexte qu’il est pleinement justifié ? Qui au fond de lui-même pourrait se penser juste, au point de n’avoir pas besoin de recourir à lui ?

Qui aime en vérité ?

Qui peut trouver tout seul le chemin de la vie ? Qui n’éprouve le manque d’aimer et d’être aimé ? Au milieu des pécheurs, Jésus est donc chez lui. Il habite avec eux et non dans les palais. Il ne s’abrite pas derrière de grands murs. Le Christ n’a cessé jusqu’au bout de sa vie de se rendre solidaire. Souvenons-nous de la Cène et revoyons la croix.

Quelle saisissante image!

Dieu a établi sa tente là où vivent les hommes et s’est laissé toucher quel que soit le péché.

Suis-je donc pécheur ?

Où dois-je être guéri ?

J’entends, le Christ m’appelle : Pécheur, « suis-moi » (Mt 9, 9).

Voici un cœur nouveau (Mt 9, 13).

Et vis !

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« Vivre par Lui » 29 mai 2005 - Fête du Saint Sacrement A

Evangile : Jn 6, 51-58 « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde»

Voici ce qu’Il propose : « Vivre par lui ». C’était ce qu’il offrait aux gens qui l’écoutaient. C’est toujours ce que l’Eglise offre aux hommes d’aujourd’hui. Est-il venu pour cela ? Le Verbe s’est-il fait chair pour que nous devenions quelque chose de lui ? Ses propos semblent clairs, quand il s’adresse aux foules venues le retrouver, après le grand  miracle qui les avaient nourries. Il leur dit simplement, sans craindre la méprise, qu’il est le « pain vivant » (Jn 6, 51), donc la vraie nourriture. Les gens l’avaient suivi pour obtenir encore une portion de pain, mais lui leur fait comprendre que son but est ailleurs. Qu’il est venu offrir un pain d’autre nature. Mais quand il proclame que ce pain nouveau n’est rien d’autre que « Lui », les gens font la grimace et ne comprennent pas. « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à consommer » (Jn 6, 52). En effet, n’est-ce pas ridicule d’être un homme et de vouloir être mangé ? Ce qui est défendu, comment peut-il être recommandé ? Comment donc comprendre ces paroles du Christ : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie «  (Jn 6, 51). Comment une telle chose peut se réaliser, nous voudrions le savoir ? Mais le « comment » nous échappe. Nous ne saurons jamais « comment » la vie du Christ se retrouve « présente » dans le pain et le vin. Toutes nos analyses n’auront aucun succès. Nous ne saurons jamais comment, mangeant le pain déposé sur l’autel et en buvant le vin, nous faisons pénétrer la vie du Christ en nous.

Nous ne saurons jamais « comment » ce qui se fait, se fait.

Pourtant, c’est la question qui nous brûle les lèvres, car si nous savions « comment », nous n’aurions plus à croire. Il n’en est pas ainsi. Comprenne qui pourra ! Personne n’est obligé d’accepter les paroles du Christ. On peut même s’en moquer, au nom de la raison et du simple bon sens. Mais on peut, aussi, les entendre telles qu’elles furent prononcées, et les laisser parler dans nos vies d’aujourd’hui : « Amen, Amen je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous… » (Jn 6, 53).

Tout dépend également du choix de notre vie, 

et quels sont les critères qui nous font la conduire :

ou bien vivre tout court ou bien toujours, éternellement !

Quand le Christ propose d’être notre nourriture et, à travers le pain et le vin consacrés, de consommer sa chair et de boire son sang,  il veut nous amener à recevoir en nous tout son comportement, sa façon d’être au monde, la qualité de ses relations, son lien avec le Père, leur union dans l’Esprit. Il veut nous amener à échanger notre monde, trop souvent déchiré, pour instaurer le sien de justice et de paix. Ce que le Christ propose est donc un changement de nos façons de vivre, mais tout en insistant que l’on y parviendra que si l’on se nourrit de ce que fut sa vie. Que si l’on veut réellement vivre, il nous faut recevoir ce qu’il veut nous donner, c’est-à-dire lui-même. « De même que le Père qui est vivant m’a envoyé, de même  aussi celui qui me mangera « vivra par moi » (Jn 6, 57). Existe-t-il quelqu’un qui ne souhaite vivre au-delà d’ici bas ? Et qui ne voudrait vivre au meilleur de lui-même, selon des relations où il fait bon être frères ?

Le Christ propose…

Nous sommes devant un choix

La parole est lancée :

Veux-tu vivre comme moi ? Mais tu ne le pourras que si tu vis par moi ?

Veux-tu vivre par  moi ?

 

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Dieu est don...! 22 mai 2005 - Fête de la Trinité A

Evangile : Jn 3, 16-18 « Dieu a tant aimé le monde...»

De Dieu, que dites-vous ? Comment le pensez-vous ? Quand vous pensez à lui, qu’est-ce qui vous apparaît ? Quand on parle « Trinité », c’est le cas aujourd’hui, que vous dit votre esprit ? Est-ce que dans votre vie, vous avez intégré que Dieu, en étant « Un », est aussi « Trinité » ? Ce qui choque le monde peut-il être pour nous, chrétiens, une réalité qui laisse entendre un sens ?

Car nous le confessons : que Dieu est Trinité !

Le terme « Trinité », aux allures plutôt froides, peut nous sembler barbare. Mais il est bien commode pour désigner le fait que Dieu n’est pas tout seul, ou quelqu’un d’isolé; mais il est bien commode pour dire qu’il porte en soi de la communauté. En disant Trinité, nous parlons de personnes vivant en relation, chacune n’existant, sous la forme du don, qu’en lien avec les autres. Un don qui constitue chacune, et chacune restant toujours, indissolublement unie à l’autre. Que chacune des personnes se reçoit et se donne en parfaite harmonie.

Que Dieu est don total !

Et que la réalité, au fondement du monde, n’est autre que le don.

Nous sommes des « donnés » chacun, les uns les autres, mais ce qui, en Dieu déjà, se trouve réalisé, il faut que tous les hommes se mettent à travailler pour le faire exister.

Mais d’où viennent ces propos ?

D’où nous sont-ils donnés ?

Rejoignons l’évangile et écoutons le Christ. De qui nous parle-t-il ? De Celui d’où il vient et qui l’a envoyé, avec qui il travaille sans jamais se lasser. Il l’appelle son Père et, à aucun moment, ne voudrait le quitter.

« Le Père et moi nous sommes  "Un" » (Jn 10, 30 )

Jésus qui vit sur terre reste toujours « au ciel », et continue à vivre, mais d’une autre manière, le don que fait le Père en le générant Fils, le don que fait le Fils en le constituant Père. Mais le don que fait l’un, faisant exister l’autre, passe par un troisième, qui personnifie le don. S’il parle de son Père, de qui il se reçoit et à qui il se donne, il nomme aussi l’Esprit qui, un autre lui-même, pour être auprès de nous, est pourtant différent.

Dieu, s’il n’est pas solitaire n’est pas non plus un couple.

Il est don, ouverture, nous disons Trinité.

Seigneur, qui nous entends, parlons-nous bien de toi ? Avons-nous bien compris ce que tu nous as dit ? N’as-tu pas pris la peine de venir jusqu’à nous, de dépêcher ton fils en notre terre humaine, pour que te connaissant nous sachions qui nous sommes, et puissions te choisir en connaissance de cause ? Méditons aujourd’hui ta parole éclairante : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3, 16) Débordant de son être et parce qu’il est don, Dieu veut nous partager ce qui le constitue, en appelant les hommes à vivre comme lui, avec lui et en lui.

Ce don s’est fait personne en notre chair humaine, il est devenu homme.

Le croyons-nous assez ?

N’y a t il pas eu sur terre quelqu’un qui était Dieu ?

Évitons, du moins corrigeons, la méprise de ne pas « voir » Dieu tel que, sur cette terre, un temps, il s’est montré. Son amour eut l’audace de venir en personne solliciter le nôtre. Ce que l’homme a reçu, ne sont pas des présents, mais Dieu qui se donnait et qui se donne encore, pour que l’homme connaisse, en se donnant lui-même, la vie éternelle, celle de Dieu, Père, Fils et Esprit, et qui depuis toujours est échange, relation, don. A cette invitation, ce que l’homme répondra, sera son jugement. « Car Dieu n’a pas envoyé son Fils pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par son entremise. » (Jn 3, 17) Accueillir le don que Dieu fait de lui-même, c’est entrer déjà, et ici-bas, dans une vie d’échange, de relation, de don. Mais refuser, et qui ne peut le comprendre, c’est se condamner soi-même en se privant de Vie. « Qui croit en lui n’est pas jugé. Qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu. (Jn 3, 18)

Dieu a-t-il tant aimé le monde ?

En nous donnant le Fils qui nous donne l’Esprit, le Père ne se donne-t-il pas lui-même ?

Dieu est don

Un don qui nous est fait

Voilà qui vaut la peine d’être encore médité !

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Pardonner...! 15 mai 2005 - Fête de la Pentecôte A

Evangile : Jn 20, 19-23 Jésus ressuscité donne l'Esprit Saint à ses Apôtres

Le Christ est-il venu pour pardonner ? Le Verbe s’est-il fait chair pour signifier le pardon ? L’homme avait-il besoin de recevoir un pardon ? Portait-il en lui-même une telle blessure, qu’il fallait qu’il entende, de la bouche de Dieu, qu’il était pardonné ?

Pardonner !

Ce mot résonne et s’impose dans la rencontre des disciples avec le Christ ressuscité. Pardonner : Dieu ne tient pas compte des péchés ? Il offre son pardon même aux plus endurcis. Rien ne peut l’arrêter ; il continue d’aimer.

Mais est-ce bien compris ?

Est-ce d’ailleurs, tout à fait compréhensible ?

Il y a, semble-t-il, entre les hommes et Dieu, une confusion énorme qu’il fallait supprimer. Dieu ne fait-il pas peur à l’homme ? L’homme ne craint-il pas d’être brimé par Dieu ? Ne s’imagine-t-il pas que Dieu veut l’attaquer jusque dans sa liberté ? L’homme et Dieu : affrontement. Dieu vers l’homme : amoureusement. Ce que Dieu est pour l’homme, le Christ nous le révèle : c’est le tout de sa vie. Il vient le dire à l’homme : Dieu l’aime jusqu’au bout. Ce soir (Jn 20, 19-23), après la croix et avant son « départ » pour rejoindre le Père, il le répète encore. Et comme si l’essentiel, de ce qu’il a voulu faire, se redisait ce soir, il en confie le soin pour que, par les disciples, les hommes d’aujourd’hui, comme ceux de demain, continuent de savoir.

Pardonner ?

Aimer au-delà du péché…

Au premier soir de Pâques, vrai jour de Pentecôte, les disciples apeurés sont rejoints par le Ressuscité. Ils ont douté de lui. Ils l’ont abandonné. Ils se sont dispersés, effrayés par sa mort et déçus. Les voici enfermés, la peur les fait trembler. Le Christ fut crucifié, l’homme révolté l’a rejeté, tué. Disciples, mais à distance, que va-t-il leur arriver. Quel courroux va s’abattre ? Celui des juifs toujours en furie ? Celui de Dieu pour se venger ? Ils attendent et ne savent. Que va-t-il arriver ? Mais Dieu va leur apprendre ce que Dieu est pour eux.

Ce que Dieu est… en fait !

Ce que Dieu est pour eux et pour l’humanité. Du crucifié ressuscité présent au milieu d’eux, ils entendent :

Paix.

Les blessures sont bien là, la passion l’a marqué. Mais on ne peut s’y tromper, le même qui dit « paix » est bien le crucifié. Tout le mal qu’on lui a fait subsiste et, dans le même temps, il est comme effacé. « Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté » (Jn 20, 20), tout en leur répétant pour la deuxième fois :

Paix à vous.

Dieu est donc inflexible, il se laisse blesser par le rejet humain et continue d’aimer !

Paix ! L’homme est pardonné.

L’a-t-il vraiment compris ?

Les disciples sont tout remplis de joie : le Christ leur est restitué ; ils peuvent être avec lui sans autres conditions qu’accepter son pardon. A travers eux désormais, disciples graciés, les hommes le sauront. Ils reçoivent mission, la même que le Christ, de remettre les péchés. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). Il leur donne son souffle, ils reçoivent l’Esprit. Les voici équipés pour aller vers les hommes, pour pardonner eux-mêmes au nom même de Dieu.

Quelle responsabilité !

« Ceux à qui vous remettrez les péchés…Ceux à qui vous les maintiendrez… » (Jn 20, 23). Ce que le Christ a fait, l’Église a le pouvoir de le faire à nouveau : Faire expérimenter à l’homme qu’il est un gracié. Que le mal, qu’il se fait et qu’il projette sur Dieu, n’entame pas l’amour qui lui est destiné.

Dieu aime toujours.

L’Eglise d’aujourd’hui, dont nous faisons partie, montre-t-elle ce signe ?

Au premier soir de Pâques, avant de les quitter pour rejoindre le Père, le premier mot du Christ, tout comme le dernier, est bien le mot pardon accompagné de paix. Le Don nous est acquis par-delà nos péchés :

Sentons-nous pardonnés et donnons le pardon.

Notre mission est grande, inspirée par l’Esprit

Elle est celle du Christ, comme envoyé du Père.

Aujourd’hui Pentecôte, quelle est notre mission ?

N’entendons-nous pas quelle est de : Pardonner ?

 

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A vous... ! 8 mai 2005 - Fête de l'Ascension A

Evangile : Mt 28, 16-20 « Allez vers toutes les nations...je suis avec vous »

Dieu s’est pleinement révélé. Du moins, autant qu’il le fallait, pour que l’humanité parvienne à le connaître en toute vérité. Et aussi, il faut tout de suite l’ajouter, pour qu’elle se connaisse elle-même en toute vérité. Jésus de Nazareth est bien plus qu’un prophète, quelqu’un de mandaté pour porter un message.

Il est tout « simplement » Dieu lui-même.

Dieu, le Fils né d’une femme, est devenu parfaitement homme, sans perdre évidemment son être de toujours. Parfaitement homme dans les deux sens du terme, à la fois réellement homme et à la fois l’homme dans sa perfection, dans son achèvement, dans sa pleine identité. Cette auto-réalisation de Dieu en notre chair humaine n’a pas duré longtemps, mais a marqué l’histoire en la scindant en deux. Ce fut quelques années de vie et surtout, plus ou moins trois ans, d’une vie engagée, totalement livrée, pour que les hommes sachent qui est vraiment le Père, en regardant le Fils que l’Esprit fait reconnaître. Ce temps de vie intense, d’amour en actes, s’achève humainement sur le bois de la croix, mais débouche au-delà, au-delà de la mort, sur de vraies retrouvailles : celles du Fils et du Père, après « l’exil » du passage sur la terre. Retrouvailles auxquelles participe notre nature humaine et en laquelle chacun peut aussi être inclus, s’il adhère au mystère du Christ ressuscité. Mais ce temps, où le Fils ayant pris chair humaine manifestait le Père et révélait notre être de fils par adoption, est depuis deux millénaires complètement clos, définitivement achevé.

Dieu nous a tout montré de ce qu’il était pour notre humanité.

Il ne faut plus attendre une autre révélation 

et encore moins s’attendre à d’autres révélations.

Jésus de Nazareth, le Christ, le Fils de Dieu ressuscité, s’en est allé.

Les disciples, convoqués au mont de Galilée, ont été invités à en prendre conscience. Avec l’Ascension, le temps du Christ en visibilité est vraiment terminé. Mais une autre étape commence. Le Christ disparaît, mais confie aux Apôtres ce qu’il a accompli pour, qu’à leur tour, il l’annonce et le fasse connaître à tout le monde entier.

A vous disciples maintenant d’en témoigner.

Voici le temps venu, et nous y sommes encore, d’être des missionnaires auprès des autres hommes, pour qu’ils sachent à leur tour que Dieu se fit cet homme, Jésus de Nazareth, et que c’est dans la foi à sa façon de faire, qu’on puise enfin la vie. Chercher Dieu en montant de l’homme jusqu’à lui, ou en pensant le faire, demande d’incurver cette requête humaine, en la faisant passer par le Christ, l’homme de Nazareth, Dieu en notre chair humaine, dont le corps est formé, aujourd’hui, de la communauté qui confesse son Nom. Et cette communauté, appelée en toute vérité « corps du Christ », a reçu le pouvoir, en les accueillant en elle, de plonger tous les hommes et les femmes dans la vie même du Christ, intimement uni au Père par l’amour qu’est l’Esprit. L’Ascension est clôture d’un temps très spécifique, en même temps qu’ouverture et mission confiées aux apôtres jusqu’aux limites du temps et de l’espace.

A vous !

Dieu en Jésus-Christ s’est pleinement révélé !

Le croyez-vous ?

Oui ?

Alors « A vous » d’en témoigner.

Ou plutôt « A nous »

 

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Fidèle... ! 1er Mai 2005 - 6° dimanche de Pâques A

Evangile : Jn 14, 15-21 « Je ne vous laisserai pas orphelins »

Le Christ s’en va. Les disciples sont tristes, nous l’avons noté dans l’évangile de dimanche dernier. Jésus les réconforte et aussi les stimule. Ses disciples, un peu sonnés par son départ, l’aiment-ils ?

Le compagnonnage de quelques mois s’est-il transformé en attachement réel ? Si oui, la séparation, pour brutale qu’elle soit, ne sera pas définitive. Le Christ reviendra (Jn 14, 18). Il ne les laissera pas seuls. Ce retour cependant doit être entendu d’une certaine façon. Il s’agira plutôt de la pleine manifestation de ce qui existe déjà. Il s’agira de la manifestation de la relation intime qui lie et relie le Père et le Fils, et le Fils à ses disciples, comme les disciples au Fils. « Ce jour-là vous comprendrez que je vis uni au Père et que vous êtes unis à moi, et moi à vous. » (Jn 14, 20) Ce jour-là étant le moment où le monde ne verra plus le Christ et le pensera disparu, alors qu’il sera pourtant toujours vivant et même rendu perceptible pour ses disciples. Le Christ donc ne quitte pas vraiment ses disciples. Il ne les a pas rassemblés un temps pour les laisser tomber ensuite. Mais sa présence sera autre. Plus intérieure, plus réelle même, car Jésus priera le Père afin que leur soit envoyé l’Esprit. De ce fait, les disciples pénètreront dans une intimité qui est celle même de Dieu, faite des relations du Père et du Fils et de L’Esprit. L’aimeront-ils au point de vivre une rupture brutale et douloureuse, tout en restant fidèles à sa parole, à ses commandements, à sa personne ?

N’est-ce pas la question qui est posée?

L’amour des disciples est-il réel et donc fidèle ? Amour et fidélité sont-ils liés ensemble ?« Aimer », est-ce à ce prix ? « Aimer » est-ce rester fidèle ?

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ». (Jn 14, 15) « Aimer : est-ce avoir donné sa foi et ne pas la reprendre ? Peut-on parler d’amour, si l’on n’est pas fidèle ? Être fidèle serait-ce autre chose que de rester attaché à la même personne qui a suscité notre foi ? Mais ces mots ont-ils du sens en dehors du propos qui est tenu ici par Jésus-Christ lui-même ? Qui est digne de foi et donc de ma fidélité sinon le Christ lui-même ? Qu’elle est mon expérience de la fidélité, et qu’est-ce qui a cloché quand elle s’est effritée ? Entre hommes ou femmes existe-t-il de vraies fidélités ? L’autre n’est-il pas trop fragile pour lui donner ma foi et réciproquement ?

Suis-je fidèle ?

A qui suis-je fidèle irrémédiablement ? Le Christ fut fidèle sans répit à son Père. Sa vie fut à ce prix. La valeur de sa vie fut sa fidélité. Et cette fidélité fut sa vie. Que dit-il aux disciples avant de les quitter ? Que leur vie sera aussi dans leur fidélité. Qu’ils connaîtront l’unité telle que vécue en Dieu et qui est véritablement la vie.

Les mots : fidélité, commandements, amour et vie s’enchaînent et nous surprennent.

La vie terrestre du Christ s’impose comme un commandement qui n’est pas discutable, pour atteindre la vie que lui-même possède, en lien avec le Père et dans le même Esprit. Mais à la différence de nos commandements, il n’est pas extérieur à nos propres personnes, car c’est de l’intérieur que l’Esprit nous conforme à Celui qui en nous veut que nous soyons en Lui. Avant comme après, même passé par la mort, le Christ reste le Maître, dont la vie nous commande comment venir à Dieu, en passant par les autres, modelés par l’Esprit sur le Christ lui-même. Aimer le Christ, nous voici avertis, c’est garder, rester fidèle, à ses commandements, à tout ce que fut sa vie, à toute sa façon d’être, qui peut devenir la nôtre grâce à l’action de l’Esprit. Aimer le Christ et être aimé par lui ainsi que par le Père passe par la fidélité à vivre ce qu’il fut, comme un impératif et que le St Esprit intériorise en nous.

Vivre est un bien grand désir ?

Aimer en fait partie.

Être fidèle en serait-ce la condition ?

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Le Père… ! 24 avril 2005 - 5° dimanche de Pâques A

Evangile : Jn 14, 1-12 « Personne ne va vers le Père sans passer par moi »

Au-delà de tout … Le Père ! Ce nom, bien que connu, ne nous est peut-être, en fait, pas très familier. Nous préférons parler de Dieu. Certes, nous récitons avec conviction la prière léguée par le Christ, mais le lien affectueux qu’elle suppose, est-il aussi présent en nous qu’il apparaît dans la relation de Jésus à son Père ? En effet, ne l’appellera-t-il pas « abba » ? (Mc 14, 36) Et n’insistera-t-il pas sur la grande unité qui existe entre eux, unité d’ailleurs dans laquelle les disciples sont inclus ? En effet, combien de fois ne dira-t-il pas : le Père et moi nous sommes « UN », et qu’eux aussi soient  « un » en nous, moi en eux et toi en moi  ? (Jn 17, 22-23) Le Père est l’horizon de la vie du Christ et le lieu véritable de son retour définitif. Le Père est-il pour nous cette même perspective envisagée dans le Christ ? Et comment l’inscrivons-nous dans notre vie quotidienne ?

Où va la vie ?

En chrétiens que nous sommes, saurions-nous quoi répondre ? Vers où s’en va le monde ? Est-il fuite en avant ou montée vers un aboutissement personnel, un rendez-vous « communionnel » ? En général, notre espérance n’est pas très forte. Elle porte rarement sur un vrai rendez-vous. Elle se tend ici-bas vers un temps de bonheur, où l’être pourrait enfin être tout à lui-même, dans une sorte de présence au plus proche de soi, indemne de soucis, plein de sérénité. Mais rarement l’espérance nous porte à vivre dès ici-bas une relation toute proche du terme de l’histoire qui est son au-delà. Pourtant, qu’est-ce qui fut pour le Christ le « moteur » de sa vie ?  N’est-ce pas l’attachement, pour un temps distendu par sa nature d’homme, à Celui qu’il ne cesse de chercher, en conduisant sa vie selon sa volonté et vers qui il avance avec persévérance, comme vers le but, un aboutissement, le seul qui l’enthousiasme et vers qui, avec lui, en lui, il entraîne les hommes :  

Le Père ?

Qui y pense dans sa vie quotidienne ? Peut-être appelons-nous sa protection divine ? Mais est-ce bien ainsi qu’il faut nous situer ? Puisqu’il est ce qu’il est, c’est-à-dire notre Père, n’avons-nous pas déjà de quoi nous protéger ? Ne s’agit-il pas plutôt de bien nous orienter ? Où vas-tu dans la vie ?

Peux-tu dire vers le Père ?

Chaque jour qui passe, chaque relation vécue, chaque événement provoqué ou reçu  et toutes activités qui remplissent nos jours, sont-ils autant de pas vers cette « réalité finale » mais au-delà d’ici, que l’on appelle Père ? La vie est un parcours et non pas un cocon. Le Christ le sait bien. Loin de se camoufler pour savourer la vie, il avance, en pleine pâte humaine, en appelant à lui pour entraîner plus loin, jusqu’où d’où nous venons et que lui seul connaît. Les disciples inquiets, bouleversés, en le sentant « partir » sont loin d’avoir compris que son départ d’ici permet une arrivée. Le Christ les console: Eux, comme lui, en lui, « entrerons » dans le Père. (Jn 14, 1) Est-ce bien notre avenir ?

Est-ce bien celui-ci que nous cherchons ici ?

Le temps qui passe et nous flétrit,  la mort qui vient et nous ravit, souvent trop tôt, les promesses de cette vie ne sont-ils pas en fait les signes avant-coureurs de ce qu’il faut atteindre à la vie véritable : Le Père ? Le Christ s’en va, mais où va-t-il ?

Là où nous serons avec lui. (Jn 14, 3)

Ce qui lui paraît simple et quasi évident est loin d’être compris par Philippe et Thomas. Il leur parle du Père vers lequel il s’en va, mais les disciples ne le connaissent pas, du moins c’est ce qu’ils disent. (Jn 14, 5; 8…) Car Jésus leur apprend que lui avec son Père sont tellement « UN » que connaître le Christ, c’est découvrir le Père. (Jn 14, 8-10) Pour le Christ, le terme de sa vie est son retour au Père. Nous apprenons de lui ce qu’il convient de faire, en découvrant qu’en Lui nous serons, nous aussi, les familiers du Père.

N’y a t il pas un peu d’ordre à mettre dans notre foi ?

N’est-il pas temps de voir où se trouve le « lieu » de la vie véritable ? Quand nous marchons ici, n’est-ce pas vers le Père, que nous portons nos pas, à condition, bien sûr, de nous laisser changer par, dans, le Christ lui-même ?

Le Père ?

Qu’en dites-vous ?

Est-il vraiment Celui que le Christ proclame ?

Est-ce trop de questions ?

Mais franchement, pour vous, le Père, qu’en dites-vous ?

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Confiance… ! 17 avril 2005 - 4° dimanche de Pâques A

Evangile : Jn 10, 1-10 Jésus est le bon pasteur et la porte des brebis

Une invitation ? C’est le mot que j’entends dans l’évangile du jour. Il émane du Christ en face de certains hommes, qui suscitent la confiance et ne l’honorent pas. Ils attirent vers eux, promettant le bonheur, celui du don de Dieu, de conduire au Seigneur. Mais en sont-ils capables ? Qui peut mener à Dieu avec pleine assurance ? Un homme, fut-il prophète ? N’est-ce pas plutôt le seul pouvoir de Dieu ? Ainsi parle le Christ : il n’est que Dieu lui-même qui puisse conduire à Dieu .

Est-ce la vérité ?

Mais Dieu, comment fait-il ? Parle-t-il directement au cœur de chaque être ou par intermédiaires ?  Ou encore, autrement ? Ceci tout à la fois et autrement encore. Car Il est venu lui-même, pour dire le chemin qui, de leur statut d’homme, fait passer les humains à celui de divin ;  qui, pour être plus précis, fait aboutir l’humain jusqu’en sa plénitude de communion en Dieu.

Il est venu lui-même…

Que nous l’oublions vite !

Et en cet évangile, nous l’entendons nous dire qu’il est le seul berger pour garder les brebis, même s’il y en a bien d’autres qui se font passer pour lui. Sa méthode est toute simple : il aime les brebis. Laissons tomber l’image et sentons-nous concernés. Le Christ, parmi les hommes, se présente simplement : Il entre par la porte, sans fracturer les murs ou défoncer le toit. Il cherche aucunement à s’emparer par force, ni des uns ni des autres, à violer les consciences, à devenir un maître, par ruse ou par contrainte. Il dit : entendez, regardez, j’agis et je propose, et les simples  discernent bien quelle est ma voix.

Cherchez-vous un berger ? 

Quelqu’un de sûr, à qui confier votre bien le plus cher ?

Votre vie ?

Peut-on aller tout seul vers l’être de soi-même ? On est plus qu’on ne pense sous l’influence des autres. Avez-vous bien choisi celui qui vous conduit ? Quel est votre pasteur ? Peut-être est-ce un brigand dont parle Jésus-Christ ? (Jn 10, 1) Notre vie est bien trop grande pour la laisser conduire par un autre, un homme comme moi, alors que Dieu lui-même fit entendre sa voix dans une voix humaine et montra son visage. Sa voix, perceptible aujourd’hui, s’entend dans l’évangile.

Il n’y a qu’un seul berger ! C’est cela qu’il nous dit.

Dans la communauté organisée par Jean, fallait-il que déjà cela soit rappelé ? Les hommes, quand ils l’ont entendu, oublient vite que Dieu a pris visage humain pour amener chacun « se retrouver » en Lui.

Faisons confiance au Christ… et seulement à lui.

Il faut des responsables pour lancer sa Parole sinon, comme dit saint Paul, qui donc pourrait l’entendre ? Mais que ces responsables se tiennent à juste place. Celle-ci n’est pas centrale ! Ils sont les serviteurs de ceux qu’ils accompagnent et ils sont au service de Celui qui seul, peut, parce qu’il l’est lui-même, nous conduire à nous-mêmes en conduisant à Dieu.

Il est le vrai berger. Il est aussi la porte.

On ne peut conduire et aboutir à Dieu qu’en ne passant que par Lui ! En est-il parmi vous qui errent (déçus peut-être) dans l’enclos limité et fermé de ce monde et de leur propre vie ? En qui vaut-il la peine enfin de se fier ?

Confiance !

Est-ce une invitation pour éclairer la vie ?

Confiance ! Mais à qui ?

Conservons la question…

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Reconnu... ! 10 avril 2005 - 3° dimanche de Pâques A

Evangile : Lc 24, 13-35 Apparition aux disciples d'Emmaüs

Se pourrait-il qu’il ne le fût pas ? Et que faudrait-il faire pour que cela soit ? Le récit d’Emmaüs apporte-t-il réponse ? L’expérience décrite des deux disciples, faisant route opposée à leur propre espérance, peut-elle nous renseigner sur ce qu’il en est de « Le » rencontrer ? Cet homme, qui se fait compagnon, marche-t-il aux côtés de chacun d’entre nous ? Est-il prêt pour chacun à conter son histoire ? Et connaître son histoire, c’est-à-dire le connaître lui, est-ce si important pour notre propre vie ? Suis-je en train de marcher tout à côté de lui, sans sentir la présence de celui qui, pourtant, donne sens à ma vie ? D’où viennent mes langueurs, pourquoi mes pas si lourds ? Serait-ce la conséquence d’un rendez-vous obligé qui jusqu’à maintenant n’a toujours pas eu lieu ? Où faut-il me tenir ? Sur quel carrefour, à quelle profondeur, pour que se passe en moi ce qui se fit pour eux, disciples d’Emmaüs ? Quelqu’un marcherait-il aussi tout prêt de moi, sans que je m’aperçoive qu’il chemine avec moi ?

La route d’Emmaüs !

Un moment de lumière !

Ces deux hommes fatigués, « vidés », complètement désemparés, retrouvent à l’instant même le bonheur d’exister, car, selon l’Évangile, enfin « leurs yeux s’ouvrirent» et «ils le reconnurent » (Luc 24, 31)

Moment d’intense grâce…Tout avait basculé et brusquement leur vie vient d’être illuminée.

Ils le reconnurent !

Pour être différente de ce qu’est la nôtre leur situation peut-elle nous aider à reconnaître aussi  le Christ ressuscité ? Ce long compagnonnage jusqu’à ce qu’il soit tard ( Luc 24, 29) ne nous dit-il pas de quel désir ardent Jésus ressuscité veut véritablement nous rencontrer ? Pourquoi les rejoint-il, sinon pour qu’ils reprennent vie, en découvrant que, bien que différent, il est toujours le même et donc toujours très attentif et proche de chacun, comme il l’était auparavant : «  Jésus lui-même s’approcha et fit route avec eux » (Luc 24, 16) Chaque homme, à sa façon, cherche à trouver la Vie… Toujours avec les autres, mais solitaire aussi, il avance…

Vers quoi ? Vers qui ?

« Quelqu’un », au même rythme, parcourt-il la même voie ? Serait-ce le bonheur d’en faire la découverte ? De vivre cette expérience, que ce que l’on cherchait, en fait, était celui-là même qu’on vient de reconnaître : Le Christ ressuscité ?

Nous entendons son nom. Il est question de lui dans d’innombrables lieux. On en parle, on le peint, on l’enseigne…mais, trop souvent, sans savoir que, loin d’être d’hier, il est plus que jamais actuellement présent. On le voit à travers des productions humaines, mais sans comprendre vraiment que c’est dans notre vie qu’il faut le reconnaître.

Leurs yeux s’ouvrirent !

Certains voudraient avoir enfin la foi. Ils le disent, le réclament, alors pourquoi ne croient-ils pas ? Le Christ se donne à voir aujourd’hui comme hier. Son Évangile est là, disponible et parlant à qui veut bien l’entendre. «  Esprits lents à comprendre… » ( Luc 24, 25) Ouvrir un évangile, vouloir enfin comprendre, persévérer un peu, n’est-ce pas donner au Christ ressuscité l’occasion de parler et de se révéler… à moi ? La Parole est là, la laisserez-vous, vous prendre ?

Qu’Il soit par tous,

Par toi ?

Reconnu !

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“ … Mon Dieu ! ” 3 avril 2005 - 2° dimanche de Pâques A

Evangile : Jn 20, 19-31 Apparition du Christ huit jours après Pâques

Tout le monde s’entend pour reconnaître en Thomas l’expression la plus haute des professions de foi. Il a su reconnaître plus que ne l’ont fait les autres membres du groupe des Onze, qu’en Jésus de Nazareth non seulement Dieu était à l’œuvre puissamment mais que le Crucifié était Dieu tout simplement. N’est-ce pas ce qu’il exprime lorsqu’à son tour il « voit » le Christ devant lui, marqué par la passion mais aujourd’hui présent d’une toute autre façon ? Invité à toucher les plaies des mains et du côté comme il l’avait souhaité, il n’esquisse aucun geste mais exprime la foi, celle que reprend l’Église :

« Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Avant cette expérience traduite en une parole, Thomas proche du Christ avait-il eu la foi ? Sans doute avait-il une certaine connaissance de Jésus comme Messie. Sans doute comme les autres fut-il séduit par Lui. Mais avait-il la foi au sens plénier du terme ? Et que lui manquait-il pour qu’il l’ait vraiment ? Incrédule lui dit le Christ, c’est-à-dire sans foi ! Mais oui et pourquoi pas ? Mais ne fallait-il pas que parmi les plus proches, ce qu’on appelle apôtres et même plus spécifiquement les Douze, ceux qui auront toujours la mission spécifique de propager la foi, ne fallait-il pas qu’ils fassent l’expérience que le Ressuscité pour être différent, dans un état tout autre, n’était pas moins le même que le crucifié ? Sans quoi, que serait notre foi si l’homme qui apparaissait n’était pas en même temps Jésus le crucifié ? Notre foi ne serait-elle pas vaine ? En réclamant de « voir » au même titre que les autres, les dix autres compagnons, Thomas exige ce qui était nécessaire pour que sa foi d’apôtre devienne réalité. Avant il ne pouvait croire puisque le Christ, qu’il avait bien connu, ne lui avait pas encore manifesté qu’il était ressuscité. Et maintenant que l’expérience est faite, Thomas va même plus loin que les autres apôtres, puisque non seulement il est rempli de joie à la vue du Seigneur, mais il confesse qu’il voit Dieu – Ce qui jusqu’à lui n’avait jamais encore été dit à propos de Jésus le crucifié-ressuscité. Grâce à lui, nous savons qu’il n’y a pas d’illusion et que la foi chrétienne englobe en même temps toute la vie : ses faits, ses gestes et ses paroles, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth, Dieu, le Fils du Père !

Pour nous qu’elle importance ?

Mais toute l’importance ?

Jusqu’où va notre foi, ou même avons-nous bien la foi ? Faisons-nous bien le lien, appuyés sur la foi des apôtres, entre Jésus le Nazaréen, le Crucifié et le Ressuscité ? Attachons-nous vraiment toute son importance à sa façon de vivre ? Ne nous contentons-nous pas de quelques vagues idées ou diffus sentiments sur ce que fut sa vie qui précéda sa mort et comment celle-là explique celle-ci ? Et qu’en ressuscitant Jésus de Nazareth, le Père le confirme en son chemin de vie. Que ce fut un chemin en tout point essentiel et que ce chemin-là, l’a conduit à traverser la mort et qui lui a valu d’être ressuscité.

L’incrédule Thomas nous indique tout cela. Grâce à lui, nous savons que pour ressusciter, nous y sommes appelés, il n’y a qu’un seul chemin, celui qui fut tracé par le Ressuscité.

Merci Thomas d’avoir signifié que le Ressuscité était bien le Crucifié et qu’en mettant nos pas à la suite des siens, on ne se trompe pas… !

Puis-je dire : «  mon Dieu », comme le fit Thomas, et vivre en conséquence cette déclaration de foi ?

Jésus de Nazareth mort et ressuscité,

avant comme après :

Dieu !

 

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Passage ! 27 mars 2005 - Dimanche de Pâques A

Evangile : Mt 28,1-10 Au matin de Pâques

Mort où est ta victoire ? Où est ton dernier mot ? Tu n’es que le passage d’une façon d’être homme à une autre façon pleinement accomplie. Le tombeau est ouvert. Tu n’as pas su garder celui qui s’y trouvait. Pourtant, n’est-ce pas, qu’une pierre en obturait l’entrée ? Et n’était-il pas vrai que des gardes veillaient…?

Pourtant plus de cadavre !

Parti ? Mais où ?

Voilà une question…Trouvera-t-elle réponse ? Car un tombeau ouvert ne prouve que lui-même : qu’il est maintenant vide. Le cadavre n’est plus, certes, mais en est-il pour autant, ‘ressuscité’ ? Cherchez-vous une preuve ? Vous n’en aurez aucune. Dieu ne se prouve pas sinon ne serait pas. Mais gardez en mémoire que le tombeau est vide et laissez-vous trouver par le Ressuscité comme le font les deux femmes qui se laissent rencontrer. En effet, l’absence de cadavre, les femmes la constatent mais c’est la voix de l’Ange qui leur ouvre le sens de la disparition. « Ne craignez point, vous : Je sais bien que vous cherchez Jésus le crucifié ! Il n’est pas ici il est ressuscité comme il l’avait dit. Venez voir le lieu où il gisait.. » (Mt 28, 6)

Il a passé la mort !

Il est ressuscité !

C’est donc la voix de l’Ange (Dieu…!) qui annonce la nouvelle. Et les femmes l’entendent et la croient puisqu’elles se mettent en route « émues et pleines de joie » pour l’annoncer aux Onze qui eux n’ont pas bougé. (Mt 28, 8)

Mais suffit-il de dire pour que la chose soit ?

De l’Ange aux deux femmes puis des deux aux disciples la nouvelle prend vie… Mais pas, cependant, sans qu’elle ne soit suivie d’une toute autre expérience. « Je vous salue » leur dit Jésus venu à leur rencontre (Mt 28, 9). Et elles, lui étreignant les pieds, se sont toutes deux prosternées. Puis, répétant le message de l’Ange, Jésus envoie les femmes auprès de ses disciples qui feront à leur tour une même expérience (excepté de passer auprès du tombeau vide). Là-bas en Galilée Jésus, le même et différent, les attend. Et quand il les accueille eux aussi se prosternent. (Mt 28, 16-17) Ils croient sans qu’il y ait de preuve puisque certains encore émettent quelques doutes.

Ils croient !

Mais où se passe donc la foi ?

Quand les yeux ne voient rien et la raison trébuche 

est-ce par les oreilles que s’insinue le sens ?

Mais où la foi se fabrique-t-elle?

Ici ? Lorsque plusieurs se rassemblent comme en voici le cas sur une même expérience qu’ils ne se sont pas donnée ? Quand des hommes et des femmes ont été rassemblés et se sentent envoyés pour dire une nouvelle qu’ils n’ont pas inventée ? Mais qui devenant tellement eux-mêmes les pousse à proclamer qu’il est ressuscité, lui qui fut crucifié ? Proclamer : Qu’il les a rencontrés et que, s’ils sont changés, c’est à cause de Lui ? Que ce qu’ils sont devenus témoigne simplement qu’il est toujours vivant. Qu’il a passé la mort et s’en est échappé…

La foi est-elle un mystère transformant ?

Voici donc la Pâque… La fête du passage… Elle nous concerne tous. Mort, tu es vaincue mais tu restes un passage.

Qu’éclate la nouvelle !

Cette même nouvelle a-t-elle atteint nos coeurs ? 

L'avez-vous entendue au profond de vous-mêmes ?

Votre vie la dit-elle, en est-elle changée ?

Votre mort sera-t-elle un

passage

dans le Ressuscité ?

 

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Livré…! 20 mars 2005 - Dim. Rameaux A

Evangile : Mt 26, 14 - 27, 66 La Passion (brève : 11-54)

 Quelles sont vos réactions en découvrant ce mot au fil de la passion ?  Vous laisse-t-il saisis devant ce qu’il évoque : Un homme trimbalé d’une instance à une autre comme une marchandise ? « Livré », ce mot ne dit-il pas l’essentiel de ce qui vit le Christ sur le chemin de Pâques ? Jésus en est conscient : il va être livré ! En pleine connaissance, il va se laisser faire sans jamais regimber. Voilà ce qui m’étonne !  Jusqu’au repas d’adieux, il s’était réservé. Certes, on le pourchassait, mais il savait s’esquiver. Maintenant, il n’en est plus question, c’est que le temps est proche, que l’heure est arrivée. Le moment est venu de se laisser livrer aux délires des pécheurs.

« Livré » exprime-t-il le sens du don de soi ?

N’être plus rien d’autre que ce que veulent les autres sans perdre pour autant sa propre identité ? En effet, Jésus se laisse faire, mais il sait qui il est. Mais pour être tout lui-même, doit-il en même temps s’en aller jusque là, jusqu’à se laisser livrer ?  Ils veulent l’arrêter. Chefs et prêtres l’ont ainsi décidé. Pourquoi ? Ils peinent à trouver le motif. Depuis que Judas leur a livré Jésus pour trente pièces d’argent, il cherche sur quoi le condamner. Quoiqu’il en soit, il est entre leurs mains. Il n’en sortira pas, du moins pas physiquement. Mais en le condamnant, n’est-ce pas plutôt eux qui se ferment à la vie ? Il est là devant eux. Que vont-ils lui trouver ? Ah voici : qu’il est selon ses dires, le Christ, le Fils de Dieu. Enfin un bon motif puisqu’il a blasphémé…(Mt 26, 65)

Livré…Jésus de Nazareth… En fait le Fils de Dieu !

Judas vient de comprendre. Celui qu’il a livré, il le sait innocent. Avant de disparaître, il en fait part à ses commanditaires. (Mt 27, 3) mais rien n’y fait, Jésus sera livré. Pilate le reçoit (Mt, 27, 2) Il prend donc livraison du condamné à mort, lâché par tous les siens et qui se laisse livrer non sans avoir évoqué déjà auparavant la possibilité d’éloigner cette coupe. (Mt 26, 39 et 26, 42) Mais maintenant, au point où il en est dans se « laisser livrer », son seul attachement : La volonté du Père ! Il avance ainsi, conscient de ce qu’il est, condamné faussement, mais se voulant accordé à la volonté du Père, qui se tait.

Livré…Voilà le maître mot…

Abandonné de tous, haï et diffamé et sans aucun autre recours. Car Pilate, un tantinet lucide ( il savait que c’était par jalousie qu’on le lui avait livré ) (Mt 27, 17), s’inscrira à son tour dans la chaîne des « livreurs ». Il relâche Barabbas, fait flageller Jésus et, cette fois pour de bon, le livre à ses bourreaux. (Mt 27, 26) Jésus se laisse faire, vraiment totalement livré…Un dernière fois du fond de l’abandon, il dit :« Pourquoi mon Dieu… »

Car Dieu se tait. Dieu ne l’a pas délivré !

Livré….Abandonné….Est-ce cela le Don ?

Suis-je vraiment disciple de cet homme (mon Dieu !) livré ?

Est-ce le seul chemin qui engendre l’amour ?

Livré comme le Christ, nous est-il proposé ?

Et comment concilier être pleinement soi et dégagé de soi ?

Autrement dit : Livré !

 

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Que sa gloire soit... ! 13 mars 2005 - 5° Dim de Carême A

Evangile : Jn 11, 1-45 Mort et résurrection de Lazare 

Ce souhait peut-il devenir le nôtre en ce dimanche de carême où nous méditons l’évangile de Lazare ? La gloire, un mot magique qui met en nous des lumières mais que nous avons du mal à cerner. En saurons-nous un peu plus aujourd’hui en méditant l’évangile ? Par deux fois Jésus emploie l’expression. Quasiment au début du récit quand on vient lui annoncer la maladie de Lazare :  « Cette maladie ne mène pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu : afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. » (Jn 11, 4) Elle est pour la gloire de Dieu et elle concerne aussi le Fils…Nous est-il possible de mieux comprendre ce que ce lien veut dire :

Maladie, gloire de Dieu,

gloire du Fils ?

A peu près à la fin du récit lorsque Marthe hésite à ce que soit enlevée la pierre puisque « déjà il sent » (Jn 11, 39) Jésus lui répète : « Ne t’ai-je pas dit déjà que si tu crois tu verras la gloire de Dieu ? » (Jn 11, 40)

Si tu crois,

tu verras la gloire de Dieu... !

Cette gloire de Dieu qu’il appelle de tout son être Jésus veut qu’elle soit saisie par la foule « qui m’entoure » En effet, avant d’appeler Lazare « à venir dehors » en lui restituant son fonctionnement biologique antérieur, Jésus prie son Père. Sa prière pleine de l’assurance d’être exaucée exprime l’intentionnalité de ce qui va se passer : « Père, je te rends grâces de m’avoir écouté. Je savais que tu m’écoutes toujours mais c’est à cause de la foule qui m’entoure que j’ai parlé, afin qu’ils croient que tu m’as envoyé » (Jn 11, 42)

Qu’ils croient que tu m’as envoyé…

La gloire de Dieu se trouve-t-elle toute concentrée en la personne de Jésus de Nazareth ? Et le reconnaître comme l’Envoyé épuise-t-il le « voir » de la foi ? Et s’en remettre à Lui pour notre vie comme pour notre mort constitue-t-il le but ultime de la démarche de la foi ? A mi-parcours de notre récit évangélique, une autre intervention de Jésus vaut la peine d’être citée car elle projette encore plus de clarté sur cette gloire qui doit être manifestée. Jésus en dialogue avec Marthe répond à ses observations. Que lui dit-elle :  «  Si tu avais été là mon frère ne serait pas mort…(Jn 11, 21) Exprimant également une vraie foi elle ajoute aussitôt « Mais je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Marthe est même convaincue que son frère, selon déjà la croyance du temps, «  ressuscitera au dernier jour » (Jn 11,24)

Marthe ne vit-elle pas une foi parfaite, achevée ?

Ne perçoit-elle pas déjà la gloire de Dieu en Jésus de Nazareth ?

La frontière est peut-être ténue entre ce qu’exprime Marthe et ce que Jésus va lui demander de croire mais il faut essayer de la saisir. Remarquons encore que Jésus qui, ni ne confirme ni n’infirme les propos de Marthe, semble vouloir l’emmener plus loin…

Est-ce jusqu’à découvrir la gloire de Dieu ?

Veut-il l’amener jusqu’à découvrir la manifestation de Dieu en la nature humaine ? Marthe parlait de résurrection au dernier jour. Elle parlait d’état nouveau pour ceux qui sont morts. Jésus ne parle plus de futur et il évacue l’idée d’un état autre après la mort. Il se plante au centre des propos de Marthe et l’invite à croire en Lui. Voici ce qu’elle doit entendre : « Moi, je suis la Résurrection. » Nous sommes dans le présent. Il est maintenant la résurrection. Et il est la résurrection parce qu’il est Dieu : « Moi je Suis » Et de continuer : « Qui croit en Moi, même s’il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais »… Pour aboutir à la question décisive : « Le crois-tu ? » (Jn 11,25-27) La gloire de Dieu, ce que Dieu nous montre de lui-même, dans le moment ultime de la vie terrestre, c’est-à-dire la mort, comme d’ailleurs à tout moment de la vie humaine, n’est-ce pas la personne de Jésus de Nazareth, son Envoyé (cf dimanche dernier) étant lui-même la Vie que ne détruit pas la mort. La mort interrompt le cursus terrestre mais ne brise pas l’être du croyant. Jésus de Nazareth cherche des croyants en Lui, y compris parmi les familiers de sa personne. Nos yeux cherchent toujours ailleurs une vision de Dieu, alors que sa gloire, ce qu’il est et que nous pouvons percevoir, se donne à voir en Christ.

Que sa gloire soit vue,  reconnue… par toi !

Par toi !

Le crois-tu ?

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Voir... ! 6 mars 2005 - 4° Dim de Carême A

Evangile : Jn 9, 1-41 L'aveugle-né (brève : 1...38)

L’humanité progresse en son propre savoir. De sa riche expérience elle sait tirer parti. L’homme n’est-il pas mieux connu qu’il ne l’était avant ? Ce qui n’empêche pas de s’enrichir encore de ce qui fut dit de lui dans les siècles passés.

L’homme se connaît mieux.

Surtout il connaît mieux comment-il fonctionne.

L’homme regarde l’homme, le monde, le cosmos, l’infiniment petit, l’immensurable grand. Nous voyons bien des choses, nous en induisons d’autres ! La réalité se laisse observer, mesurer, quantifier, modifier…

Mais cette réalité, homme et cosmos ensemble, livre-t-elle son secret ? Autant que de savoir comment tout ça fonctionne et ce qu’on peut en faire, l’homme n’est-il pas aux prises avec une autre question tout aussi importante ? Celle que ne posent guère tous les savants du monde.

L’homme existe, nous en sommes d’accord, mais pour quoi ?

N’est-ce pas ce que nous devrions vouloir « voir » ? Ce qu’est l’homme ou plus exactement quel sens peut-il donner à sa vie, sens qui ne se perde pas de façon pitoyable quand survient le moment de l’éparpillement… Quand il se décompose ? Aucun sens ne tient, face à la mort qui fauche. Aucun sens que l’homme puisse acquérir par ses propres moyens. Il prolonge sa vie mais ne la maintient pas continuellement sur un instant durable. Il rajoute des bouts mais pas indéfiniment. Quelques années de plus pour chaque individu sont une vraie conquête. Chacun aspire à vivre mieux, longtemps et cette chose arrive. Mais on voit bien que l’homme ne se tient pas pour autant en son propre pouvoir.

L’homme échappe à l’homme ,

n’est-ce pas évident ?

La mort est là, bien plantée en face de chacun et pose la question. Elle est comme un trou noir qui masque l’avenir et fait tomber à plat le désir de survie quand il s’appuie sur l’homme et sur rien d’autre que lui. Le « terme » traumatise bien qu’il soit naturel et plombe l’envie de vivre même quand on fait semblant de profiter du temps comme s’il ne finissait pas. Et rien ne vient stopper cet effritement que nous cause le temps et rien non plus de notre expérience ne nous renseigne définitivement sur la question du sens. Autrement dit, l’homme ne voit pas au-delà de ce qu’il est lui-même, pas au-delà non plus loin de son environnement. Et ne voyant que lui situé dans ce monde, il ne peut que savoir qu’il ne sait pas grand-chose du pourquoi il est là.

Faut-il en rester là ?

« Voir » au-delà de lui-même… ? Cette question a-t-elle du sens ?

Au-delà du trou noir qui ferme l’existence…. En deçà du bing bang qui ouvre à la naissance…

La vie est limitée et c’est congénital.

Aveugle de naissance c’est notre condition, la même pour tout homme, mais pas notre malheur ! Pris entre ces deux pôles tout aussi nébuleux, l’homme peut choisir de rester cantonné dans ce qu’il connaît le mieux ou alors aspirer, il le peut, a être révélé. Dans l’évangile de Jean le dilemme est posé (Jn 9,1-41), Jean présente un aveugle.

Aveugle de naissance, il l’est depuis toujours.

Mais ses parents comme lui et chacun d’entre nous, coincés entre fin et début, ne voient pas clair du tout. Dans l’évangile certains ont préféré rester plongés dans les ténèbres d’un savoir limité aux frontières humaines. Lui de même condition, pétrie de même pâte, se laissera « ouvrir » et verra la lumière. Pour « voir » qui est la Vie, percevoir la Lumière, se découvrir « sens » au-delà des frontières; que faut-il faire ? Rien de bien compliqué mais qui cependant engage tout notre vouloir être, il faut …le recevoir.

Rapprochons notre titre avec ce dernier mot et ajoutons le Christ…

Enfin, toujours si nous voulons,

nous pourrons  Voir » !

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Source… ! 27 février 2005 - 3° Dim de Carême A

Evangile : Jn 4, 5-42 La Samaritaine et le don de l'eau vive (brève : 5...42)

 La source ? Difficile à trouver et pourtant elle existe ! Mais où ? La quête de cette femme qui, vivant ce qu’elle vit nous représente tous, peut-elle nous l’indiquer ? A-t-elle soif ? Elle ne sait pas vraiment ! Cherche-t-elle une source ? Pas non plus consciemment car, depuis si longtemps qu’elle vient puiser ici, elle n’imagine pas aller chercher ailleurs. Pourtant Jésus insiste pour lui faire comprendre qu’elle a soif d’une autre eau qui se puise ailleurs qu’au puits de son ancêtre . Mais où se trouve-t-elle cette eau rafraîchissante qui devient jaillissante jusqu’en vie éternelle ? (Jn 4, 14)

Où ? (Jn 4,11)

La question qu’elle se pose, nous, nous la posons-nous ? Jésus de Nazareth en a-t-il le secret ? Peut-il en indiquer le lieu, la possibilité afin que soit fini de venir chaque jour s’obliger à puiser ? (Jn 4, 15) Si tu connaissais le don de Dieu et quel est celui qui te demande à boire… C’est toi qui lui aurait demandé d’être abreuvée… (Jn 4, 10) Le don de Dieu, en quoi consiste-t-il ? Est-ce enfin de savoir où il faut adorer ? (Jn 4, 20) Ni là ni ailleurs mais où ? (Jn 4, 23-24)

En soi… ?

Jésus est devant elle, assis sur la margelle. Doit-elle le reconnaître comme le don de Dieu ? Ce n’est pas évident ! Il est juif, elle ne l’est pas, mais plutôt son contraire : une samaritaine ! Et de quoi parle-t-il quand il parle d’une eau tellement désaltérante qu’il ne soit plus utile de venir en puiser ? Il a beau répéter… Ecoute… ! De cette eau, moi je t’en donnerai, elle ne comprend pas. Et ne comprendra pas, à moins de prendre conscience que l’eau dont elle boit ne la satisfait pas.

En elle, qu’est-ce qu’il y a ?

Des amours éperdus ? Elle court depuis longtemps sans étancher sa soif. Elle demande au premier ce qu’il ne peut donner, à l’autre, c’est pareil, au cinquième mari, ç’en est encore là et au sixième, qui n’est pas son mari, rien de plus comme résultat.

Rien ne la satisfait ! Pourquoi ?

Demande-t-elle aux autres ce qu’elle devrait trouver à l’intérieur de soi ? Quête-t-elle à l’extérieur ce qui doit advenir à l’intérieur du moi ? Elle demande au premier ce qu’il ne peut donner, mais qu’elle change d’homme et ceux qui viennent après ne feront rien de plus qui puisse la combler. Pour aimer il faut « être » et cette femme n’est pas complètement elle-même. Comme beaucoup d’entre nous, elle vit à l’extérieur ou à côté de soi. Accrochée après l’un puis après un deuxième et puis trois et puis quatre puis voilà qu’un septième la renvoie à elle-même…

Reviens au centre…

Regarde au fond de toi

… Accepte d’être toi même.

Avant d’être une femme accrochée à un homme, sois d’abord toi… ! Celui qui te rencontre en ce moment même t’invite à découvrir le puits au fond de toi. Laisse remonter l’eau, quitte l’extériorité, intériorise-toi. Celui que l’on prétend qu’il faudrait adorer, ici, ailleurs ou quelque part encore, fera jaillir en toi la source qui vient de lui et qui te rend la vie, te rendant à toi-même. Le Christ enfin te fait exister parce qu’il te ramène au centre de ton être.

Voici qui est nouveau !

Tu peux laisser ta cruche et parler d’une autre eau, de celle qui jaillira pour la vie éternelle. Femme de Samarie, ta vie n’est pas en l’autre, tu en fais l’expérience, car chacun se dérobe. Mais tu deviens « toi-même » quand la Parole du Christ révèle où tu en es : « Venez et vous verrez un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait » (Jn 4, 29)

Oui tu peux laisser ta cruche et aller témoigner.

Immense abreuvement, source intarissable descellée par ce Christ vrai compagnon de vie. Tu vis, enfin, tout a changé. Chaque homme et chaque femme vont ainsi dans la vie accrochés et pendus à l’extérieur d’eux-mêmes jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’ils portent en eux la vie. L’eau promise par Jésus, n’est-elle pas cette vie qui nous vient de la foi, quand je crois en ce Nom : Jésus, Christ, Le fils du Dieu vivant qui me parle de moi, de l’amour qu’il me porte inconditionnellement et du bonheur qu’il a de me voir accueillir en toute sincérité ma propre vérité ? (Jn 4, 18) Puis quand la source jaillit à l’intérieur de soi, le croyant dans le Christ peut alors à son tour proclamer les bienfaits procurés par la foi. (Jn 4, 39-42)

Ne laissons pas nos vies aller cahin-caha.

Au dedans de nous-mêmes l’eau vive jaillira,

Si nous prenons le temps de recevoir du Christ

La Parole qui appelle à revenir à soi.

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J’écoute… ! 20 février 2005 - 2° Dim de Carême A

Evangile : Mt 17, 1-9 La Transfiguration

 Que vais-je entendre ? Sur cette montagne, inconnue, située nulle part,  trois disciples sont là invités par le Christ et seuls avec lui. Pourquoi le Seigneur les a-t-il convoqués ? Quelle révélation veut-il leur confier ? Ont-ils besoin de mieux être informés sur son identité ? N’ont-ils pas tout saisi de son originalité ? Quelques versets avant, s’adressant à Jésus, Pierre pourtant, n’a-t-il pas déclaré : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu Vivant » ? (Mt 16,16) Faut-il en dire plus ? Qui est Jésus vraiment ? Et que nous montre-t-il en se manifestant ? Veut-il nous emmener en cette compagnie et du Père et de lui avec tous les anciens qui parlant du Messie parlaient déjà de lui… Moïse… Elie… ? Quel message pour eux, Pierre, Jacques et Jean ? Quel message pour nous ?

Cherchons donc à savoir ?

Rappelons-nous d’abord, dans ce même contexte la réaction de Pierre et celle de Jésus quand celui-ci annonce qu’il doit beaucoup souffrir, et même qu’il mourra , puis le troisième jour qu’il ressuscitera. (Mt 16, 21) Pierre ne le croit pas ou ne veut pas le croire : « Dieu t’en garde Seigneur ! De cela rien ne t’arrivera »  (Mat 16, 22) Et si… pourtant ! L’idée que Pierre se fait du Messie, qu’il appelle Seigneur, du nom même de Dieu, doit être corrigée. La Transfiguration vient devancer les faits. Le Seigneur c’est bien lui, Jésus de Nazareth mais il devra mourir rejeté de son peuple :

Cela est vrai aussi !

De Dieu, nous avons tous une idée préconçue. Pour Pierre et les autres et pour nous il est temps d’ajuster notre façon de voir, de purifier notre foi. De Moïse et d’Elie il est bien le plus grand mais est-il plus qu’un prophète ?

Evidemment !

N’en restons-nous pas là, quand nous pensons à lui ? Ne le considère-t-on pas comme un homme de Dieu puissant mais pas Dieu vraiment ? Quelqu’un qui a vécu en tout soumis à Dieu et qui en a parlé comme aucun avant lui ? Mais dont la vie n’exprime pas au sens fort du terme « l’être » même de Dieu  tourné vers nous les hommes ? Pourtant, que dit la voix qui ébranle le disciple Pierre et ses compagnons ? Entendons-là bien fort, retenons-là surtout. En cet homme Jésus, la voix qui vient du Père, reconnaît son propre fils unique, celui qui est le bien-aimé. Jésus donc,  l’unique fils du Père, au sens strict du terme, dit, quand il parle de Dieu , la pure vérité. Aussi pour faire bonne mesure, le Père ajoute-t-il qu’il n’en est aucun autre qu’il faille écouter. (Mt 17, 5)

Ecoutez-le !

Pierre, Jacques et Jean sont seulement des disciples, comme nous le sommes tous depuis notre baptême. Mais nous, mais moi où en suis-je par rapport à la foi ? Le Christ, Jésus de Nazareth, le Seigneur, le Fils du Père, est-il le seul que je veuille écouter ? On va chercher ailleurs souvent ce que les autres en disent et ce qu’ils en pensent. Et pendant ce temps-là, lui, à travers sa Parole ne cesse de parler. De cette unicité, Pierre en a fait l’expérience dans un saisissement dont le Christ seul l’a relevé (Mat 17, 7)

Qu’il soit le Fils du Père en sommes-nous saisis ?

Qui que nous soyons pourrions-nous l’affirmer ?

On fait souvent grand cas d’une autre invitation prononcée à Cana. Mais n’oublie-t-on pas celle-là qui émane du Père ? Qu’ai-je donc entendu en lisant l’Evangile ? Ce que le Père dit au tréfonds de moi-même ?

Ecoutez-le !

Cela suffit !

Il me reste à le faire…

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Non... ! 13 février 2005 - 1° Dim de Carême A

Evangile : Mt 4, 1-11 La tentation de Jésus

N’est-il pas retentissant ce « non » que par trois fois Jésus profère, balançant à la tête du diable des versets d’Ecriture propres à le rejeter.

Non… !

D’abord à cette proposition malignement suggérée de transformer des pierres pour en faire des pains et apaiser la faim qui tenaille Jésus au terme de son jeûne. Mais pourquoi non ? N’est-il pas Fils de Dieu ? Son pouvoir ne peut-il transformer la matière, ne pouvait-il se nourrir à partir de quelques pierres ?

On comprend bien le sens de cette tentation. Pourquoi se priver de manger alors qu’on pourrait l’éviter ? Doit-on attendre un ordre qui parviendrait d’un autre ?

Jésus parle de Dieu et il en est le Fils. La Vie ! Il le reçoit comme le don du Père et veut ne travailler qu’à le faire connaître. Se servir par lui-même ne l’intéresse pas. Le Père seul le sert. Le don qui les unit, rien ne l’arrachera. Le diable a beau chanter ! Sa parole empruntée aux pages d’Ecriture n’est qu’un piège. Jésus l’évitera. Se nourrir de Dieu : voilà qui vaut la peine ! Manger est nécessaire mais pourtant pas autant que vivre de la Parole qui donne à l’existence le sens vivifiant.

Les hommes font l’inverse, avant d’avoir compris qu’ils se font illusion. Ils consomment, ils consomment et ils ont toujours faim. Rien ne les rassasie car ils « s’autoconsolent » sans s’ouvrir suffisamment à l’autre et même au Tout Autre.

Seule la relation apaise la faim de l’homme, celle avec le semblable à ne pas consommer et celle avec Dieu qui n’est pas consommable, mais qui fait exister comme un « je » face à un « toi », où l’amour est possible.

Jésus de Nazareth n’était vraiment lui-même qu’en face de son Père, en pleine communion. En dehors de ce lien, seul, il n’est plus rien. Il serait, comme le diable, de la pure illusion.

N’en est-il pas de même pour les deux autres « non » ?

Non… ! Le diable n’y comprend rien.

Pourquoi Jésus ferait un geste déraisonnable en voulant tester Dieu ? Il sait bien que son Père, son vis-à-vis unique, ne peut être remplacé. Que l’amour qu’il lui porte, il ne peut en douter, car c’est alors lui-même qui n’aimerait plus vraiment. En dehors de l’amour il n’y a rien qui vaille. Faire les plus grands chantages, stupéfier les gens par de grandes prouesses, en mettre plein la vue par des actions d’éclats, ne valent pas grand-chose à coté de l’amour qui, pour l’homme, vaut la Vie. Alors qu’en cas contraire, quand l’amour n’est pas là, l’homme dépérit.

Enfin… non également…

à cette folie douce qui voudrait le soumettre afin de posséder.

Certes, le lot est grand. Posséder et dominer la terre, cela fait important. Avoir un tel pouvoir sur tout le monde entier, cela peut être grisant. Mais pour quel profit ? Etre soumis au diable et n’être plus soi-même ? Troquer la relation où le Père et le Fils se donnent l’un à l’autre, pour un pouvoir fictif qui est en vérité un asservissement.

« Tout cela tu l’auras, si tombant à mes pieds tu reconnais en moi ton maître à adorer. » Adorer le contraire de ce que Dieu est, faire obédience à la haine, diviser pour régner ? Des hommes peuvent le faire… Ne l’ont-ils pas fait ? Le Christ pas… Retire-toi Satan, tu n’es que simulacre de ce que l’homme veut en lui profondément, voir dont il peut rêver quand le pouvoir qu’il goûte lui brouille l’entendement.

Il n’est pas d’existence vraiment digne de l’homme en dehors de l’amour. Faire obédience au diable, c’est entrer en tutelle, c’est abdiquer son moi, c’est rouler dans la haine.

L’homme libre qu’est le Christ recevait de son Père l’amour par qui il existait, et renvoyait du Père l’amour dont lui-même ne pouvait se passer.

Pour connaître la vie, pour laisser circuler l’amour qui vient du Père apporté par le Christ, pour dire oui à ce qui est la vraie réalité,

moi qui entre en carême et veut me libérer,

saurai-je dire : Non… !

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"Ensemble..." 6 février 2005 - 5° Dim Du Temps de l'Eglise A

Evangile : Mt 5, 13-16 Sermon sur la montagne. Le sel de la terre et la lumière du monde

Le monde a-t-il besoin de saveur ? Lui manque-t-il du sel ? Le monde a-t-il besoin de clarté ? Lui manque-t-il de la lumière ? Si oui, qui va lui en donner ? Parviendra-t-il tout seul à se les procurer ou devra-t-il attendre l’un et l’autre d’ailleurs que de lui-même ?

Le monde… De quoi a-t-il besoin ?

Se questionner ainsi sur le besoin du monde nous introduit à l’évangile d’aujourd’hui. Un groupe d’hommes et de femmes, citoyens de ce monde, a-il reçu mission d’apporter par sa vie ce dont le monde manque ? D’être pour leurs semblables aussi vifs que le sel et tout aussi brillants que l’est une lumière ? Serait-ce prétention de le penser ainsi ? Mais avançons encore une autre proposition en forme de question : Un homme dans l’Histoire ne s’est-il pas désigné comme la « Lumière du monde » ? Nous trouvons l’un et l’autre, en effet, au fil de l’évangile. Jésus de Nazareth en tout point comme un homme, même s’il n’est pas un homme seulement, s’est déclaré lui-même la lumière de monde.

« Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12)

Quel effet ce langage provoque-t-il sur nous, quel effet sur le monde ? Est-il pris au sérieux ou bien préfère-t-on ignorer ce message et rester dans le manque, perdu dans les ténèbres ? (Jn 1, 5)

L’homme a-t-il vraiment besoin de quelque chose ?

Ce qu’il disait de lui, Jésus le dit aussi, quelle audace suprême, au sujet des disciples. Ce groupe d’hommes et de femmes qui l’ont suivi ensemble, devient également porteur de la lumière et, comme du bon sel, fabricateur de goût. Comment est-ce possible ? Selon quelles conditions ? Jésus n’en dit pas plus. Mais, puisque sa déclaration suit immédiatement le grand discours dit des béatitudes, il nous faut mettre un lien entre les deux propos.

« Vous êtes le sel de la terre,

Vous êtes la lumière du monde » ...

...ne se comprend sans doute que par ce qui précède : Nous avons entendu « Heureux les pauvres de cœur », c’est-à-dire ceux et celles qui sont en bonne voie pour être du royaume et vivre dans le Christ. Avoir soi-même du goût, briller comme la lumière ne va, sans doute pas, sans être humbles et dépouillés de soi. Cependant - c’est énorme comme déclaration - parmi les auditeurs, aucun ne réagit. Chacun se laisse dire ce que le monde attend et qu’il doit lui donner. A bien y regarder, c’est plutôt impensable, pourtant la chose est dite. Des hommes et des femmes disciples de Jésus sont, mais est-ce vraiment vrai, le sel de la terre, la lumière du monde ?

Qui, au dehors de l’Eglise et même à l’intérieur, prend conscience de cela ? Est-ce cette impression que le monde ressent en regardant l’Eglise ou bien en l’écoutant ? Pourtant la chose est dite et nous la méditons. Le Christ nous veut ainsi, du sel pour la saveur, de la lumière pour voir clair. Nous sentons la mission, comment parvenons-nous à sa réalisation ? Ne perdons pas de vue le lien établi par Matthieu entre cette mission dont, chrétiens, nous sommes les porteurs et les béatitudes. Un lien étroit paraît nous l’avons déjà dit. La lumière jaillie d’un cœur qui se fait pauvre, qui vit dans la douceur, est artisan de paix, mais aussi qui avance malgré et à travers les pleurs et les souffrances, car il fait confiance et il est assuré de recevoir le don que Dieu fait de lui-même. Mais il faut dire plus pour remplir la mission. Si Jésus est lui seul « La lumière du monde », il semblerait plutôt qu’en ce qui nous concerne, ce soit « ensemble » qu’il faut être sel et lumière.

« Vous êtes » dit le Christ

« Ensemble » dirons-nous.

La lumière du Christ et le sens de la vie ne peuvent transparaître au travers de nos vies que si, voulant être les disciples du Christ, nous formons son Eglise en devenant son Corps. Individuellement le chrétien doit être humble (Mt 6, 1), son cœur doit être pauvre. (Mt 5, 3) Mais quand il en est là, la vie du Christ circule et l’amour qui rassemble fait exister un « nous ». Les Actes nous en parlent : l’idéal du chrétien est de vivre unanime, écoutant la parole et puis rompant le pain et même faisant partage de ses propres biens.(Act 2, 42 )

Ce « nous » le monde l’attend.

Le sel comme la lumière viendront,

chrétiens,

de nous « ensemble. »

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" Sois pauvre... ! " 30 janvier 2005 - 4° Dim Du Temps de l'Eglise A

Evangile : Mt 5, 1-12 Sermon sur la montagne. Les Béatitudes

Une telle invitation est-elle pour le bonheur ou du moins pour l’atteindre ? Mathieu ne l’exprime pas tout à fait en ces termes, mais n’est-ce pas, en fait, ce qu’il a à nous dire ? Marcher vers le bonheur exige d’être pauvre …! Pauvre de quoi exactement ? De biens, d’argent, de talents ? Pauvre de cœur, plus précisément ! « Heureux les pauvres de cœur car le royaume des cieux est à eux » (Mat 5, 3). Spontanément y parvient-on ? Probablement pas, d’où cette incitation :

Sois pauvre… !

L’attitude contraire nous est plus familière. Elle trône abondamment sur les étals du monde. Pour être heureux, il faut, cela semble évident, être fort, d’une façon ou d’une autre. Il faut être dominant plutôt que dominé, riche de biens et de propriétés, savoir œuvrer dans toutes sortes d’affaires et remporter le plus grand nombre de succès. Pour être heureux, il faut posséder et porter haut l’estime que l’on a de son moi, quitte à regarder comme plus bas les autres autour de soi. Selon cette logique, il faut réussir à tout prix, sinon le bonheur paraît inaccessible. Si l’on y parvient pas, la vie devient alors un ratage complet.

Sois pauvre… !

A contre-courant de l’idée que l’on a ordinairement du bonheur, l’Évangile proclame une autre vérité. Le bonheur est un don, quelqu’un à rencontrer. Il vient quand on est prêt à le laisser entrer. Il n’est ici sur terre jamais vraiment complet, mais on marche vers lui. « Heureux » dans les béatitudes, semble-t-il, voudrait dire en marche,  être sur la bonne voie.

Quelle est donc l’attitude qu’il convient d’adopter ? De quoi est-elle faite cette pauvreté ?

Un coeur pauvre,

qu’est-ce que c’est ?

Celui qui n’est pas fier ni hautain, comme le dit le psaume ? (Ps 131, 7) Celui qui dans le monde, au milieu des ennuis, a une conscience vive d’avoir besoin de Dieu ? Celui qui est ouvert, en attente d’un plus, d’un surcroît de valeur, introuvable par soi ? Celui qui s’est vidé de sa propre faconde pour savoir écouter ? Est-ce le cœur contrit du pauvre publicain à l’opposé de l’autre, celui du pharisien tout imbu de lui-même ?

Qu’est-ce un coeur de pauvre ?

Conduit-il au bonheur ?

Après avoir tourné un peu autour du mot, il est tout à fait bien de voir ce qu’il en est à l’intérieur de nous. Sommes-nous vraiment « en marche » vers un bonheur plus vrai ? Ce bonheur annoncé par les béatitudes aux hommes dont le cœur est pauvre et donc ouvert à autre que lui-même ? Le bonheur ne vient pas chez l’homme qui se voit toujours et seulement au centre même du monde. Que le « je » soit gonflé d’une énorme superbe ou qu’il se tienne en bas comme ne valant rien, c’est toujours une même façon de trop se regarder. Le vrai pauvre de cœur a finalement quitté ce centre dérisoire où l’on s’escrime souvent à vivre pour enfin se sentir une partie prenante d’un tout dont le centre est ailleurs…

Où ?

Pour les uns quelque part…

Pour d’autre en Dieu peut-être…

Sois pauvre… !

Bien sûr, il faut comprendre. Il faut le devenir, et pas n’importe comment . « Sois pauvre… », dit le Christ, intérieurement, pour être bien placé et recevoir la joie. Il le dit, il l’était. Voici tout le secret de ces béatitudes. Jésus un pauvre, pas matériellement même s’il ne possédait rien, mais tellement accueillant qu’il recevait son être de la bonté du Père et se laissait remplir par l’amour de l’Esprit. Ce n’est qu’en le suivant qu’on marche vers la Joie, la communion en Dieu. Heureux ne veut pas dire une vie sans douleur, mais d’être en bonne voie pour être tout à Dieu. Son amour est puissant, amour que l’homme cherche, mais malheureusement sans être toujours en marche dans la meilleure des voies pour bien le recevoir.

Heureux les pauvres de coeur, le royaume des cieux est à eux !

Pour trouver le bonheur, ils sont en bonne voie. A toi, à moi,

Sois pauvre…!

Dés maintenant…

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Pour tous... ! 23 janvier 2005 - 3° Dim Du Temps de l'Eglise A

Evangile : Mt 4, 12-23 Jésus commence son ministère par la Galilée (brève : 12-17)

La Lumière pour tous ! Il n’y a plus de peuple élu ! Tous le sont devenus. Affirmation fracassante ou réalité évangélique ? Ne faut-il pas être sérieux avec Dieu quand il inscrit dans l’histoire sa présence « physique » ?

 Il vient pour tous !

Il vient appeler ( sans contrainte ) tous les peuples à une vie nouvelle. L’ouverture aux païens très explicite dans le récit des Mages, se trouve confirmée dans le récit d’aujourd’hui. De Jérusalem, ou tout au moins de la Judée où il se trouve, après le baptême de Jean et la période des tentations au désert, Jésus « se retire » en Galilée.

Pourquoi la Galilée ?

Craint-il pour sa vie ? Il se retire dit-on. Se met-il à l’abri des fureurs du roi Hérode après que Jean Baptiste a été livré ? Cette motivation n’est pas exclue puisque Jésus doit mener à bien sa mission sans qu’elle soit prématurément interrompue… afin que les peuples reçoivent de Lui la lumière totale sur Dieu et sur l’homme et que toute l’humanité entre en communion avec Lui. Mais la raison principale va bien au-delà de cette mise à l’abri. La Galilée et Capharnaüm en particulier, pullule d’hommes et de femmes de diverses origines. Ce « carrefour des nations » comme on disait, n’est-il pas alors le lieu à la fois adéquat et symbolique du projet de Dieu pour l’humanité ? Avant de parvenir aux extrémités de la terre, selon l’ordre du Ressuscité donné à ses disciples en cette même Galilée (Mt 28,19), la Lumière qu’est le Christ, vient briller dans les ténèbres des pays du « carrefour des nations. » Cet évangile à partir de peu de matière, à travers des faits ténus, laisse entendre un message de la plus haute importance. Installé à Capharnaüm, comme en sa maison, Jésus de Nazareth, que nous confessons Christ et Fils du Père, débute et révèle en terre païenne que sa mission est universelle. Il est pour tous car tous ne peuvent  être eux-mêmes que par Lui.

Le Messie c’est Lui et personne d’autre. Il a vécu au quotidien, un amour véritable, pleinement révélé à la croix, qui dépasse les capacités humaines et ne peut provenir que de la divinité. A ce titre il apporte à l’homme la véritable libération, attendue comme extérieure mais qui pour être efficacement libératrice devait être comme il la réalise, intérieure.

Il est le seul messie !

Et il l’est pour tous !

Mathieu nous l’enseigne, ajoutant que ce qu’il dit aujourd’hui est en fait le projet constant de Dieu. D’où les citations aménagées à partir de plusieurs passages d’Isaïe. « Terre de Zabulon et Nephtali… Route de la mer, pays de Transjordanie, Galilée des nations ! etc…(Mt 4,15) 

Dieu dans son Christ se donne à tous.

Jésus proclame alors la démarche essentielle à effectuer : Se convertir pour accueillir l’emprise de Dieu sur soi, son règne, non pas tel que les hommes l’imaginent mais tel que Jésus l’exprime par sa vie. Mais plus qu’une nouvelle compréhension de Dieu, importante cependant, il s’agit d’une mise en route de chacun à la suite du Christ.

Tous les peuples, tous les hommes appelés à suivre le Christ.

Cette mission le Christ la mènera jusqu’à extinction de sa vie terrestre, ce don de lui-même. Mais au-delà de sa personne physique, d’autres hommes et d’autres femmes prendront le relais. Il n’est pas étonnant dès lors que dans un même enchaînement narratif, la venue de Jésus à Capharnaüm soit suivie de la proclamation de l’essence de son message et aboutisse immédiatement à l’appel des quatre premiers disciples (Mt 4,18)

 

Alors entendons-nous notre mission ?

Si nous sommes du Christ nous sommes universels.

Il est pour tous !

Le sommes-nous ?

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C'est Lui… ! 16 janvier 2005 - 2° Dim Du Temps de l'Eglise A

Evangile : Jn 1, 29-34 « Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde »

Le pensons-nous vraiment ? Les mots qui le décrivent nous parlent-ils encore ? Jean Baptiste le déclare : « C’est Lui » et le nomme : «  Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) Attendu, il est là ! Présent, il attend d’être reconnu ! Jean Baptiste ouvre le chemin de cette reconnaissance. Se remémore-t-il les paroles d’Isaïe annonçant un serviteur souffrant tel un agneau conduit jusque dans l’abattoir ? (Is 53,7-9) Se souvient-il de l’agneau consommé au moment de la Pâque quand Dieu fit son « passage » parmi les Egyptiens et quand il libéra les Hébreux prisonniers en terre d’esclavage ? (Ex 12,5) Rejoint-il Abraham montant au pays de Moria pour immoler son fils et à qui le Seigneur parle d’un autre agneau qui sera sacrifié ? (Gn2, 6-9) Enfin faut-il évoquer la figure de l’agneau telle qu’elle est présentée au chapitre cinquième du livre de l’Apocalypse ? (5,1-14) Il est écrit qu’il est le seul capable, parce qu’il a donné sa vie, de lire notre histoire et de l’interpréter…. Autant de traits bibliques qui apportent du sens au titre de Jésus.

Le voici donc « l’Agneau » de Dieu.

Le voici disponible pour enlever le péché du monde. Face à l’ampleur du mal, sa tâche paraît immense. Comment va-t-il s’y prendre ? Nous pensons peut-être un petit peu trop vite que ce fut la souffrance et l’horreur de la croix qui sauvèrent le monde. Mais que dit l’Evangile et même toute la bible ? Au psaume trente-neuf nous lisons déjà : « Tu ne voulais ni holocauste ni victime alors j’ai dit voici je viens... ». (Ps 39,7-9)  Offert et disponible pour l’œuvre de son Père, disons, pour introduire dans le monde pécheur le jaillissement et la victoire définitive de l’amour, l’Agneau, image de la docilité et de la douceur, ne cèdera pas au mirage de la haine. Le péché du monde, ce refus de se laisser aimer par Dieu et d’aimer en retour, broiera l’Agneau libérateur mais ne le contaminera pas.

Il en sera victime mais ne sera pas complice.

En tenant ferme dans l’amour il nous offre le salut. Il nous donne d’être sauvé de la haine des hommes et même de la nôtre. Il devient notre « passage » vers le Père, la source de l’amour. Cette puissance aimante contemplée dans le Christ est l’expression de toute sa personne, son identité même. Il la puise en lui-même tout en la recevant. Jésus, le don par excellence, exprimant en lui-même la profondeur de Dieu ne fait rien sans un accord du Père. Et dans ce même mouvement d’ouverture de soi il se laisse habiter  par l’Esprit « qui tel une colombe en descendant du ciel vient demeurer sur lui » (Jn 1, 32) Nous touchons ici même les conditions du don.

Doivent-elles être les nôtres ?

Nous voulons tous aimer. Regardons donc le Christ. Non pas d’abord celui qui va et vient en lien avec les hommes mais l’Agneau que Jean Baptiste a reconnu et vu étroitement lié au Père et à l’Esprit. Jésus donné et se laissant donner au monde par le Père ; Jésus habité par l’Esprit et le laissant demeurer sur lui, réalise en notre monde  de « tueurs » le don qui nous libère. Il nous convie maintenant à vivre comme lui afin de profiter du don qu’il nous a fait et qui seul nous permet d’échapper à la mort du péché.

Jean Baptiste ébloui nous le montre : « Voici… »

Son éblouissement, peut-il être le nôtre ?

Vivrons-nous notre vie en lien avec le Père, conduite par l’Esprit ?

Sommes-nous convaincus que le salut de l’homme...

C’est Lui ?

 

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Laisse-le faire ! 9 janvier 2005 - Fête du Baptême du Seigneur - année A

Evangile : Mt 3, 13-17 Le baptême de Jésus

Jean le Baptiste n'en croit pas ses yeux. N'a-t-il pas annoncé que le Messie se présenterait la pelle à vanner à la main pour faire le tri sur l'aire du monde? N'a-t-il pas parlé d’une cognée à la racine des arbres pour mettre au feu le bois sec ? N'a-t-il pas invité le peuple, à faire amende honorable pour accueillir sa venue et échapper à la colère de Dieu ?

Or que voit-il ?

Jésus de Nazareth, fort bien reconnu comme le Messie, venir vers lui pour recevoir le baptême de pénitence. Étonnement... et trouble! Celui qui est plus grand que lui, capable de baptiser dans l'Esprit Saint et le feu, demande pour lui-même, le geste de conversion.

Jésus, le Messie, pécheur ?

Quelle alliance de mots insupportable! Alors pourquoi cette démarche ?

Laissons nous saisir par la Révélation.

Le Messie, le Christ (deux mots pour une signification identique) rejoignant ainsi la cohorte des pécheurs, vient se laisser plonger dans l'humanité pécheresse. Le Sauveur vient sauver ce qui était perdu en prenant la condition de pécheur. Cette proximité du « Dieu avec nous », Emmanuel, nous atteint bien au-delà de ce que nous pouvions percevoir dans les récits qui précèdent et qui nous ont ravi en ce temps de Noël.

Avons-nous conscience d'une telle solidarité, d'une telle identification? Dieu au plus bas avec l'humanité, pour la refaire dans une création nouvelle. Symboliquement la géographie corrobore cette réalité théologique. En effet, le fleuve au bord duquel baptise Jean, atteint le point le plus bas du monde: 394 mètres au-dessous du niveau de la mer après avoir sur 220 kilomètres dévalé les pentes de l'Hermon qui, lui, culmine à 520 mètres.

Dieu au plus bas...

C'est à ne pas y croire. Et le Baptiste a bien de quoi suffoquer. Aucun humain, quel qu'il soit ne pouvait imaginer pareille compréhension de Dieu. D'où cette invitation de Jésus adressée au baptiste mais qui nous concerne :

" Laisse faire pour l'instant"

Il y va de l'accomplissement de toute justice, du parfait ajustement à Dieu. Laisser faire Dieu dans ma vie... Un rêve ! Et le laisser exister tel qu'il se manifeste... Le même rêve. Mais quelles sont les intentions de Dieu sur nous. La scène du baptême nous le révèle encore. Alors que Jésus sort de l'eau et que les cieux s'ouvrent, dans la présence enveloppante de l'Esprit, la voix du Père nous le présente comme le Fils bien-aimé. Or, déjà, nous savons par Mt 2,14 et nous venons de l'apprendre à nouveau dans la scène du baptême, que ce Fils bien-aimé est identifié à l'humanité pour faire advenir, en Lui, le nouveau peuple de Dieu. Aussi, dans ce qui nous est donné de contempler aujourd'hui, pouvons-nous, nous sentir sous l'emprise de L'Esprit Saint appelés, en Lui, fils bien-aimé du Père. Nous pouvons mais le voulons-nous ?

Le croyons-nous ?

Dans le même temps où nous contemplons cette scène évangélique puissions entendre la parole de Jésus : « Laisse-moi faire. » N'est-ce pas important ? N’est-ce pas l’attitude primordiale ?

Oui, laisse-le faire !

 

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Tous appelé ? 2 janvier 2005 - Fête de l'Epiphanie année A

Evangile : Mt 2, 1-12 Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus

Ce chemin qu’ils parcourent a-t-il un sens pour nous ? En suivant leur parcours découvrirons-nous ce sens ? Des Mages, nous dit-on, sont venus honorer le nouveau roi des juifs. Ces gens habitués à observer le ciel ont perçu une étoile. Ils furent intrigués et se sont sentis appelés. Leur monde n’était pourtant en aucune manière celui du peuple juif. Ne sont-ils pas des Mages disons des magiciens, des devins, des hommes qui pratiquent la sorcellerie ? La Bible ne les aime guère et déconseille même d’user de leurs services. Malgré leurs différences de langues et de races, malgré leurs religions et leurs façons de vivre, ces païens furent touchés, remués en eux-mêmes. Car que pourrait bien « dire » un astre s’il n’y avait pas d’abord venant de l’intérieur une interprétation, une réaction de l’être ? Les Mages, ces païens, sont-ils donc appelés, eux aussi, par un « signe » du ciel, tout autant que les autres ? Appelés à travers leur métier, à travers la culture dans laquelle ils baignaient ? En effet, appelés d’Orient, ils vont suivre un chemin qu’ils devront se frayer. Car vous l’avez noté, l’étoile entraperçue qui les a mis en branle n’a pas tracé la route. Mais probablement que les Mages, tout naturellement, se sont rendus au lieu le plus sensé être celui du nouveau né, jusqu’à la capitale. Dieu nous laisse ainsi aller, l’homme doit aussi participer !

Tous sont appelés !

Les juifs aussi bien sûr ! Les bergers ne l’ont-ils pas été ? Bien qu’ils fussent des pauvres, des ignorants, des marginaux, Dieu ne les a pas oubliés. Son « Ange » les a alertés. Scribes et savants ne furent pas non plus écartés. Ne lisaient-ils pas dans le Livre ce qui devait arriver ?

Donc tous appelés !

L’humanité entière s’entend sollicitée pour faire la découverte de celui qui est né. Pauvres et riches, juifs et païens, tous, selon leurs façons d’être et leurs occupations sont appelés. Les bergers en veillant furent enveloppés d’une grande clarté. Les scribes, par profession scrutant les Ecritures, découvrent le verset rédigé par Michée. Et les Mages habitués à observer le ciel et à l’interpréter saisissent un message qui concerne leur vie. Là quelque part en soi, au milieu des tracas, des préoccupations et des occupations, Dieu ne fait-il pas signe à l’homme que nous sommes, à tous les hommes du monde ?

Mais si… !

Dieu appelle tout homme à découvrir le Christ. Et chacun selon ce qu’il est, exprime sa réponse. L’un offre de l’or. Il reconnaît le roi dans l’enfant nouveau né. L’autre de l’encens… Le tout petit enfant malgré les apparences est le vrai Fils de Dieu. Le troisième, la myrrhe… Car l’enfant, ce roi, ce Dieu, mourra. La myrrhe annonce alors son ensevelissement. Les bergers empressés sont venus eux aussi. Amenaient-ils quelque chose ? Ils venaient surtout en témoins, raconter les merveilles de Dieu et découvrir l’enfant et partager la joie. Les scribes d’Israël et Hérode le Grand ont aussi répondu … Mais ils n’ont pas bougé. Pourquoi leur réaction toute imbibée de peur ? Les Ecritures resteraient-elles closes quand le cœur est malade ? Tous appelés cependant, nous devons l’affirmer ? Et affirmer aussi que la bonne réponse est celle des bergers, ou bien celle des hommes venus de l’Orient pour qui le but du voyage et le sens de la vie passent par le Messie, Fils de Dieu, Jésus Christ. La vie, les Ecritures au sens large du terme sont des porteurs de sens qui interpellent l’homme et l’invitent à partir à l’intérieur de lui pour enfin découvrir qui il est et pour qui.

Tous appelés !

Ensuite c’est au cœur de s’exprimer.

Le nôtre est-il saisi ?

Marchons-nous vers la Vie ?

 

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Désarmé ! 26 décembre 2004 - Fête de la Sainte famille année A

Evangile : Mt 2, 13...23 La Sainte Famille en Égypte et à Nazareth

Il s’agit de l’enfant, menacé, déjà, alors qu’il vient de naître. Nous savons qui il est, ou plus exactement nous croyons qui il est, car il s’agit de foi. Nous croyons qu’en Jésus, Dieu s’est rendu présent. Qu’il est le Fils du Père bien que petit enfant.

Et déjà on l’attaque… !

La menace est trop grande il faut le protéger et comme font les hommes il part à l’étranger.

Vie risquée !

Hérode menaçant l’aurait fait disparaître avant qu’il ait le temps de nous montrer le Père. Risque majeur ! La mort viendra plus tard à son « Heure. » Il donnera sa vie on ne la lui prendra pas. Et sa mort elle-même exprimera la gloire et du Père et du Fils.

Pour protéger l’enfant ?

Sa mère et Joseph, en place de son père… ! L’un et l’autre démuni tout autant que l’enfant. Leur arme, leur défense ils n’en ont pas sauf si l’on excepte leur foi et leur capacité de s’ajuster à Dieu. Joseph n’a-t-il pas été déclaré juste ? Par deux fois il reçoit du Seigneur, l’ordre de s’en aller. « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère … » et en route… (Mt 2,13 et 2, 20) A l’aller vers l’Egypte au retour vers Israël… Un parcours pour se mettre à l’abri mais qui en dit plus long sur la mission du Fils. Car n’est-ce pas vers l’Egypte que les Hébreux ont fui pour trouver à manger et n’est-ce pas de là-bas qu’ils sont sortis libérés ? Un nouveau peuple né à travers cet enfant, en faisant le voyage comme pour ses « ancêtres » il porte en lui le germe d’un nouveau peuple de Dieu. Et puisqu’il est le Fils (Mt, 2, 15) ce peuple tout nouveau qui vit déjà en lui, épanouira l’ancien. Il manque le désert mais il viendra plus tard, quand les quarante jours tiendront lieu des quarante ans. Un texte d’évangile n’est jamais la recension pure et simple d’un moment historique, il porte toujours avec lui du sens pour la foi. Cette fuite en Egypte, cette mise à l’abri de l’enfant qui est Dieu mais qui comme un enfant des hommes vit la précarité, doit nous faire réfléchir sur qui est notre Dieu. A la fois Tout puissant et pourtant désarmé au point d’avoir besoin de « justes » pour le protéger.

Dieu désarmé !

Pourquoi Hérode a peur ?

Et que dire de la nôtre ?

Dieu s’en remet à nous,

est-ce si effrayant ?

Ce que Jésus fut quand il était enfant, devenu adulte il le restera.

Désarmé !

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Depuis toujours, le Sens ! 25 décembre 2004 - Noël

Evangile : Jn 1, 1-18 Le Verbe s'est fait chair

D’où est venu à l’homme ce sens de notre monde ? Comment monter si haut pour nous le délivrer ? Mais où avoir appris la signification de tout ce qui existe ? Avant cet évangile y était-on parvenu ? Par ses propres moyens, en regardant le monde, l’homme le pouvait-il ? Et qu’entendons-nous dire, aujourd’hui, en lisant l’évangile tel que Jean l’a écrit ? Des choses époustouflantes, à vous couper le souffle et qui sonnent très vraies ! Ah que l’homme est grand et le monde sensé quand on entre à fond dans les pensées de Dieu ! Le regard s’élargit, il embrasse l’histoire, il en saisit toute l’orientation. L’homme n’apparaît plus comme étranger au monde, perdu dans le non-sens, démuni de boussole. Le monde n’est pas vide, enfermé sur lui-même et puis tournant en rond. La vie ne germe pas comme par pur hasard.

Le « sens » imprègne tout.

Une intention, un temps tenue secrète, a tout fait exister et fait tout subsister. Le sens est l’essence de la réalité. Certes ce n’est pas l’impression de nos contemporains. Est-ce suffisamment celle des chrétiens ? Pourtant ne sont-ils pas mieux placés que quiconque pour affirmer le sens comme élément premier à « tout » ce qui existe ?

A « tout » sans exception !

De telles assertions tiennent-elles debout ? Ne vont-elles pas à l’encontre de tout ce qu’on entend ? Ne sont-elles pas démenties par la réalité ? Que voit-on tous les jours sinon tout le contraire ? Que la vie s’accélère de manière insensée, qu’il faut toujours courir, beaucoup se fatiguer, pour peu de résultat. Que partout c’est la guerre larvée ou déclarée et qu’il est difficile de percevoir pour quoi tant de mal se répand ? N’a-t-on pas déclaré, que les journées des hommes sont scandées par des temps aussi répétitifs qu’ennuyeux et  barbants ?

Le sens ne se sent pas.

Est-il vraiment là ? Si l’homme était heureux, peut-être tout irait mieux, mais comme il ne l’est pas, le sens non plus n’apparaît pas. Et pourtant, malgré tout cela, voici donc le Prologue, le poème de Jean. Il dit tout le contraire de ce que nous pensons. Pour l’écouter c’est vrai, il faut faire silence, se laisser emporter par cette élévation qui monte jusqu’au ciel mais sans quitter la terre. Pour l’entendre, il faut, ça paraît évident, se rendre disponible à ce qui se murmure à l’intérieur de soi et amène jusqu’à nous le chant de l’origine. Pour ceux qui restent collés à la surface des choses, simplement préoccupés de l’heure des horloges, trop lourdement plombés par les gains qu’ils empochent, ceux-là ne sentent rien du bien fondé du monde. Mais pour celui qui s’ouvre aux sons qui vibrent en lui, il entend les échos du sens qui préexiste…à toute création.

Au commencement le Verbe, à l’origine la Parole : J’écoute !

Avant que tout soit fait, une intention est là. Du sens préside à ce qui se passera. Du sens hors du monde mais qui ne le restera. Le Verbe, la Parole, le Projet était auprès de Dieu, était Dieu. Ineffable ! L’évangéliste répète, on doit vraiment entendre, que le Verbe était au tout commencement…(Jn 1,2) en même temps qu’il était Dieu absolument. Ainsi voulant chanter l’identité du monde, l’évangéliste remonte jusqu’à l’action de Dieu et dans un même souffle fait entendre la suite : « Tout fut fait par lui et sans lui rien ne fut » (Jn 1, 3) Sublime évocation d’un monde qui fut fait sans que rien n’échappe au Verbe créateur. Et ce « tout » qui fut fait avait la vie en lui. Cette vie jaillissante, qui est aussi lumière porte en elle le sens.

Ecoute  Homme, la vie !

La vie porte en ses gênes de quoi se repérer et s’orienter vers le sens plénier. Malheureusement l’homme ne sait pas écouter. Heureusement la vie qui délivre son sens, résiste, subsiste et malgré les ténèbres continue de briller. Puis encore plus surprenant, Le Verbe qui est Dieu  se révèle ici en ce monde. Un témoin l’a perçu. Il l’a fait savoir… D’autres l’ont reconnu. Celui dont on parlait en contemplant le Verbe tout au commencement, c’est lui qui maintenant se montre humainement. Celui qu’on écoutait à l’intérieur du monde on a pu un moment, le voir. C’est le temps de Noël qui va jusqu’à la Croix. Le sens a un visage. Des hommes et des femmes en ont fait l’expérience et nous l’ont transmis.

Depuis toujours, le sens !

Le sens a un visage…

Noël c’est Jésus-Christ,

le Verbe du commencement.

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Recevoir le salut ! 19 décembre 2004 - 4° Dimanche de l'Avent - A

Evangile : Mt 1, 18-24 La venue de l'Emmanuel annoncée à Joseph

Dieu se donne ! Inutile de chercher à vouloir le charmer. Inutile de vouloir capter sa bienveillance car elle nous est acquise de toute éternité. Il déborde d’amour et nous fait exister. Amoureusement il ose « le différent » et invite à lui ressembler.  Achaz, roi de Juda s’est trompé (2R16, 3). Il a sacrifié son fils, par le feu, en croyant plaire à Dieu et attirer sur lui ses bonnes grâces. Mais Dieu lui fait comprendre, c’est Isaïe qui parle, qu’il n’a nul besoin d’être sollicité car il prend les devants en promettant un fils. (1ére lecture de ce jour Isaïe 7, 10-16)

Dieu se donne !

Il ne donne pas ceci ou cela, il se donne. Pouvons-nous le recevoir ? Tout est là ! Dieu se donne à l’homme en ne lui demandant rien d’autre que de le recevoir.

Veux-tu recevoir Dieu ?

Voici : il se donne à voir et aussi à entendre en Jésus de Nazareth, le Christ, lui-même Fils de Dieu. Mais ce Dieu qui se donne ne nous fait-il pas peur ? Un tel don, si totalement différent, ne va-t-il pas trop bousculer mon « Moi » ou le faire exploser ? Ce « moi » qui est le nôtre, regardez-le agir : Très complaisant pour lui, il ne cherche qu’à grandir tout en n’aimant que lui. Il veut paraître beau, se montre à l’extérieur sous ses plus beaux côtés. Se sent-il attaqué, il riposte aussitôt ou garde pour plus tard le coup qu’il veut porter. Il sait donner certes, des choses, mais pas sans oublier d’attendre en retour une réciprocité de quelqu’ordre qu’elle soit. Le « moi » est compliqué. Il juge sans vergogne alors qu’il connaît mal et enferme les autres qui l’enferment aussi, dans des clichés qui faussent la réalité et ferment le progrès. Il est têtu et tient à ses idées même si elles sont fausses. Une simple expérience, le constat d’un moment, devient vite pour lui un « voir » universel. Bref le « moi »  rétrécit, tout en voulant grandir, quand il ne voit que lui. Ce « moi » appartient à chacun, plus ou moins corrigé. Ce « moi » se laissera-t-il prendre par Celui qui se donne et qui est Dieu Vivant ? S’ouvrira-t-il à Lui dont l’être n’est que Don ?

Dieu se donne !

A chacun de le recevoir !

Joseph sollicité recevra-t-il le Don ? Le salut est tout proche se laissera-t-il sauver ? Brusquement sa vie vient d’être bouleversée. Marie, sa fiancée, est devenue enceinte sans avoir habité avec son fiancé. Que peut penser Joseph ? L’événement le trouble. Où est la solution ? Répudier en secret, est-ce que cela se fait ? En fait, nous le savons, en l’enfant de Marie, Dieu s’approche de lui. Va-t-il le refuser ? Comment savoir ce qu’il y a lieu de faire ? L’hésitation est grande. L’événement est là, ne faut-il pas l’accueillir, garder son cœur ouvert ? Joseph se laisse faire et Dieu va le conduire jusqu’au dépassement de son « moi » réticent. Ce qu’il n’a pas compris trouve bientôt son sens. L’enfant engendré par Marie, sera aussi le sien mais différemment. Joseph est « fait » son père, il nommera l’enfant : Jésus, Dieu sauve. Le couple est reformé, Dieu est accueilli et la vie continue. Loin de la répudier, Joseph prend avec lui Marie et leur enfant.

Dieu se donne ! Est-il toujours reçu ?

Ce Don est perturbant, Joseph aura encore à s’ouvrir bien souvent au Don du Dieu Vivant. Pour nous qui cheminons avec un « moi » pesant mais que l’on aime bien, comment accueillons-nous le Seigneur qui nous sauve ?

Dieu se donne, il est notre salut !

Salut oui, mais quand il est reçu !

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« Être sauvé » 12 décembre 2004 - 3° Dimanche de l'Avent - A

Evangile : Mt 11, 2-11 Jean Baptiste et Jésus

Ressemblerai-je au Christ ? Est-ce que je lui ressemble ? Hésitation ! Sourire et interrogation ! Faut-il prendre au sérieux ce genre de question ? N’est-ce pas viser trop haut ou bien manifester quelques dérangements ? Pourtant est-ce si saugrenu d’envisager cela ? Quand on parle de salut comme en ce temps d’Avent, il faut bien évoquer notre rapport au Christ. Le Christ n’est-il pas devenu ressemblant de la nature humaine pour qu’à notre tour nous devenions lui-même ?

Ressembler au Christ n’est-ce pas le salut ?

C’est ce qu’il m’apparaît. On ne peut concevoir qu’un homme soit sauvé sans que, d’une certaine façon, il devienne le Christ. Car le salut de l’homme ne peut s’effectuer en dehors d’un accès à la divinité, jusqu’à l’être de Dieu. Or pour y parvenir il n’est d’autre « moyen » ou « chemin » que d’être dans le Christ comme un autre lui-même. Ceci évidemment entraîne des conséquences. Et au tout premier chef d’écarter un salut qui n’aurait d’autre but que de donner à l’homme une jouissance humaine pour toute l’éternité. Comme si Dieu placerait l’homme dans un « pays » de rêve  où tout ne serait que lait, miel et volupté. Comme si Dieu en restant en lui-même,  poserait l’homme quelque part à côté sans que soit instauré un vrai lien d’amitié. Sans qu’il soit possible de participer à l’être intime de Celui qui nous crée et qui par son Fils est venu nous chercher. Non l’homme est fait pour vivre dans l’amour trinitaire en tant que fils aimé dans le Fils bien aimé. D’où l’autre conséquence, que l’homme en quête de salut, devienne ressemblant au seul Fils du Père dont la mission n’est autre que de nous conduire jusqu’à être plongé dans son amour du Père. L’aspiration profonde de l’homme que nous sommes, trouve dans cette ressemblance son épanouissement.

Ressemblerai-je au Christ ?

Est-ce que je lui ressemble ?

Qui ne comprend alors tout le soin nécessaire qu’il nous faut apporter à toujours mieux le connaître ? Pour que ma vie devienne ce à quoi Dieu l’appelle, ne faut-il pas, que de toutes mes forces, je cherche à vivre en moi l’identité du Christ. Certes devenir ce qu’il est, nous est d’abord donné mais il n’en reste pas moins qu’il nous faut constamment chercher à bien saisir comment il se comportait. Qui donc est  ce Christ en  qui je dois exister pour jouir du salut, cette participation libre et volontaire à l’Amour qui est Dieu ? Comme il faut me nourrir de son « identité » telle qu’elle apparaît au fil des évangiles et que son Esprit, selon qu’il est promis, ne manque pas d’éclairer !

Le Christ a vécu, parlé, guéri, sauvé…

Quelle est la relation qu’il a su créer ?

Comment a-t-il perçu chaque être rencontré dans différents moments de notre humanité ?  Il ne s’agit pas, bien évidemment, comme ferait un décalque, de reproduire ses faits et gestes mais de nous approprier l’attitude profonde de son être donné afin qu’elle colore notre comportement. N’est-ce pas fascinant : nous accomplir nous-mêmes, être sauvés, en devenant cet autre, tout en restant nous-mêmes, parce qu’il nous communique l’essence même de la réalité : la vraie façon d’aimer ! Alors je le contemple, j’accueille ses Paroles, j’essaie de bien comprendre tout ce qui est relaté de sa propre vie humaine. Un long compagnonnage marque les compagnons. En fréquentant le Christ, comme l’unique sauveur on devient par l’Esprit plus proche, plus ressemblant. Le temps qui m’est donné sert à vivre cette expérience, d’être et d’agir comme il le faisait. Lentement on apprend ce qu’il est, au rythme des lumières jaillies de sa Parole et selon l’ouverture, l’accueil que je leur offre. Et quand on communie, en mangeant et buvant, ne nous donne-t-il pas vraiment tout ce qu’il est ?

Croyez-vous que le Christ puisse advenir en vous ?

Cherchez-vous chaque instant un « plus » de ressemblance ?

Serez-vous sauvés ?

 

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Donner sa vie ! 5 décembre 2004 - 2° Dimanche de l'Avent - A

Evangile : Mt 3, 1-12 Jean Baptiste annonce que le Messie vient juger le monde

            Figure de l’avent, Jean force pour chacun notre porte intérieure. C’est là qu’il faut changer notre comportement. Il le crie à tue-tête. Voici le grand moment où vient Celui que l’on ne connaît pas mais qui porte avec lui notre accomplissement. Comment le décrit-il ? Il est très important et puissant, le voici comme un juge qui discerne le vrai et rejette le faux. L’arbre bon, il le garde, le mauvais, il le fend et puis le jette au feu. Il fait sauter la balle et en retient le grain.

            Les hommes sont-ils prêts à recevoir cet homme ? Se laisseront-ils plonger, non pas dans l’eau du fleuve mais en son  Esprit de feu ? Envoyés par le Père il vient pour nous sauver en nous donnant sa vie une fois accomplie. Lui-même est un homme, du moins il l’est devenu, en quittant sa nature assise auprès du Père.

As-tu besoin de lui ? As-tu reçu son offre ?

            Peut-il nous apporter ce que nous n’avons pas et qui pourtant nous manque ? Ce n’est pas évident ! Même si l’on dit croire, on s’interroge encore, non pas sur ce qu’il est, uniquement, mais sur ce que l’on en fait. -Ma vie change si peu… Je devrais être mieux, beaucoup moins limité… totalement saisi… sans cesse à la recherche de la vraie ressemblance – Or ce n’est pas le cas ! Je me laisse avoir par l’insignifiance. J’accorde de l’importance à ce qui n’en a pas. Je trouve fastidieux de ne penser qu’à lui et d’oublier mon « moi ». Ai-je assez fait l’effort de le chercher sans cesse, de prendre les moyens de mieux le rencontrer ?

            Ai-je bien mené ma vie ? Que pourrait-il en dire ? Je saisis dans le Christ l’homme vraiment parfait. Je le sais, je le crois. Ce qui s’achève mal, cette mort sur la croix, en fait, est réussi. -Il a donné sa vie ! On pense à la souffrance qu’il a du endurer, à l’injustice dont il était l’objet, mais oublie souvent que réussir sa vie ne se fait pas autrement. Pour être l’homme parfait il devrait la donner, quelque soit la façon dont finira ce don. Et en donnant la sienne, il ne nous dispense pas, loin de là, d’en faire autant nous-mêmes.

D’ailleurs le voudrait-il qu’il ne le pourrait pas !

L’homme ne devient lui-même qu’en se donnant complètement. L’accomplissement de l’homme (de soi), est développement interne, approfondissement de l’être. C’est le « chacun pour soi » sauf qu’il s’agit du don, du don de soi, que personne d’autre ne peut réaliser, si non soi.

A-t-on compris cela ?

            Le don que font les autres, ce don de soi, peut inciter et stimuler le mien mais pas le remplacer.

Ai-je donné ma vie ? Ou bien la donnerai-je ?

Me la suis-je fait voler ou me l’a-t-on volée ?

Quel est mon sentiment ?

            Quand le Baptiste crie que le royaume est proche, il ne s’agit pas d’entrer dans un lieu différent de la vie où nous sommes, mais d’instaurer le royaume à l’intérieur de soi. Il ne faut pas transposer à propos du royaume (des cieux) ce qui se passe ici, où ruse et compromis, coup de pouce et filon servent de passeport pour accéder aux places. Le jeu des connaissances, l’argent comme sésame sont plus qu’inefficaces pour être du royaume instauré par le Christ. N’en font vraiment partis que ceux qui comme lui savent donner leur vie. Ils découvrent autre chose que les simples plaisirs que peuvent s’offrir les hommes, ils entrent tout bonnement dans le bonheur de Dieu. Ainsi ils sont sauvés.

            Au début d’une année,  dans la liturgie, on cherche à découvrir encore qui est le Christ et quel est son secret d’homme parfait. Nous voici invités à nous demander :

A-il donné sa vie ?

Donnerai-je la mienne ?

N’est-ce pas, en avent, une très bonne question ?

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Accomplissement ! 28 novembre 2004 - 1° Dimanche de l'Avent - A

Evangile : Mt 24, 37-44 « Vous ne connaissez pas le jour où votre Seigneur viendra »

L’homme n’est pas achevé nous le remarquons bien. Chaque jour il se fait et se défait un peu. Quand l’un court vers le mieux l’autre descend plus bas. L’humanité avance plus ou moins en avant vers un monde plus beau, disons vers plus humain. Si la nature humaine, ce qui fait que tel être se distingue des autres, existe bel et bien, il s’en faut qu’elle soit parvenue déjà à sa fin, qu’elle ait atteint son épanouissement. Chaque génération guette un nouvel horizon vers lequel avancer pour que se réalise un plus d’humanité. Est-on plus humain aujourd’hui qu’on ne l’était hier ? Peut-on répondre oui, faut-il déclarer non ? Pourtant on le désire, on veut réaliser un mieux être de l’homme selon que l’on comprend quelle est sa dignité.

La dignité de l’homme !

D’où nous vient donc ce mot ? L’avons-nous inventé ? Ou bien formule-t-il une réalité qui vient de l’intérieur et habite tout homme ? Chaque être humain doit être respecté quelque soit son état ou bien ses qualités, simplement parce qu’il est … humain. Ce que l’homme « est », sans l’être encore tout à fait, sa nature l’appelle à le réaliser.

Quand verrons-nous l’homme parfait ?

L’identité de l’homme pleinement réalisée ? Non pas l’identité de tel individu même s’il a porté jusqu’à l’extrémité le meilleur de lui-même, mais l’homme en tant qu’humanité, cette foule immense qui fabrique l’histoire, qui tire les leçons du chemin parcouru et qui cherche à tâtons un vrai chemin humain de vie, vers son accomplissement.

Son accomplissement !

L’homme ne le cherche-t-il pas ? Une poussée intérieure « l’oblige » à avancer, et malgré les ratés, n’est-ce pas vers le mieux que l’homme cherche à aller ? Ce besoin de grandir, de faire mieux « advenir » l’homme en sa vérité, lui vient-il de lui-même, exprime-t-il un auto-développement ou doit-on, à ce propos-là, évoquer autre chose ? Celui qui ne s’est pas donné d’exister pourrait-il par la suite s’auto-réaliser ? La réalisation de l’homme que chacun appelle de ses vœux est-il enroulement en forme de spirale ou une montée vers soi qui trouve, en se recevant d’un « autre », tout son épanouissement ? Ici l’enjeu est grand ! L’homme deviendra-t-il lui-même en ne puisant qu’en lui son propre développement ? Ou, et dans le même temps, par le don d’un apport qui lui viendrait d’un « autre » ?

Réponse ?

Elle ne viendra pas du seul raisonnement. Mais pour ceux qui croient dans le nom du Seigneur dénommé Fils de l’Homme, l’homme ne deviendra lui-même qu’en communiant au Christ, au Fils de Dieu fait Homme. En lui sur cette terre, l’homme a vécu à plein la dignité humaine. Un homme au singulier est ainsi parvenu à pleine maturité. N’est-il pas alors devenu référence pour toute l’humanité ? Le temps est arrivé, ce sont les derniers temps, où ce qu’il a vécu devient assimilable par les hommes d’aujourd’hui : « Revêtez, dit saint Paul le Seigneur Jésus Christ » (Rm 1, 14a) Si l’assimilation se fait plus ou moins vite il n’en est pas moins vrai qu’elle durera jusqu’à ce que l’homme en sa totalité se soit enfin pleinement développé.

C’est-à-dire ?

Pourquoi ne pas rêver ? Jusqu’à ce que l’homme se reconnaisse frère et puisse jouir de l’autre dans le plus grand respect, dans ce que l’on peut appeler, sans sourciller : l’oblativité. Qui dira que le Christ n’est pas cet homme-là, universel, cloué sur une croix pour avoir su aimer au-delà de lui-même, en faisant exister celui ou celle qu’il rencontrait ?

Le salut est en marche de cette façon-là.

L’homme n’est pas achevé…Sa quête se poursuit…vers l’accomplissement !

Le salut est un don aussi tout à la fois,

L’homme reçoit du Christ, homme déjà parfait, « son » Accomplissement.

 

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