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Année A (2007-2008) de l'Avent à la fête du Saint Sacrement cliquer ici
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« Le serons-nous…? » 23 novembre 2008 - Fête du Christ Roi - année A
Si nous en doutions, voici de quoi lever nos doutes. A la veille d’entrer dans sa passion (Mt 26, 1…) orchestrée par les hommes, Jésus le déclare avec solennité. Serons-nous Jugés ? Oui, nous le serons. Peut-être pas selon les critères auxquels nous pensions mais nous le serons. Ou plus exactement nous découvrirons quelle est la valeur donnée à notre vie par nos décisions : comment nous nous serons situés en vérité face au Christ par nos actes ou nos manquements. Cela vaut pour les disciples auxquels Jésus s’adresse ainsi que pour les chrétiens que peut-être nous sommes et pour toute l’humanité croyante ou incroyante. En effet, dans cette fresque du jugement dernier, Jésus interpelle toute l’humanité sans distinction de temps, d’espace ou de culture. Au point que, même ceux et celles qui ne le connaissent pas explicitement, vivent aussi, sans le savoir, en fonction de lui, lorsqu’ils se conduisent de façon positive ou non envers les autres. Le serons-nous ? Dans cette lecture d’évangile, il n’y a pas l’ombre d’un doute : nous serons jugés, même s’il faut s’empresser d’ajouter qu’en fait, c’est nous qui nous jugeons selon notre comportement pour ou contre les autres. Ceci étant dit, posons cette question : quels sentiments éprouvons-nous au sujet de ce jugement ? Attachons-nous une réelle importance à ce qui se passera au terme de l’existence terrestre de l’humanité, lorsque le Christ en gloire viendra prendre avec lui ceux qui, par leur comportement envers les autres, l’auront servi, réconforté, aidé, même sans qu’ils en aient conscience ?. Est-ce que cela nous importe de savoir que le Christ pourrait nous dire : « Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car… » (Mt 25,34). Est-ce que nous sentons en nous-mêmes un désir profond de partager le Royaume qui, étant prêt depuis la fondation du monde, doit sûrement exercer un attrait quelque part en nous, comme un dynamisme profond de notre être s’orientant vers un avenir meilleur, une plénitude espérée, un accomplissement enfin réalisé ? Et cela nous fait-il quelque chose d’imaginer, le cas échéant, le Fils de l’Homme nous dire : « Allez-vous en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et ses anges » ? (Mt 24.41) Serait-il possible que j’entende ces paroles prononcées à mon encontre ? En quoi cette parole me provoque-t-elle ? Damné, est-ce possible ? Loin, écarté de mon propre bonheur qui ne va pas sans celui des autres, auquel, pour être heureux moi-même, je dois contribuer ? Souvenez-vous du festin des noces où se trouvait un homme sans la robe nuptiale. Cette parabole était aussi l’image du Royaume où l’on ne participe que si l’on change de cœur. (Mt 22,12) Mais reconnaissons-le la vie n’est pas facile et comme chacun a déjà bien du mal à s’occuper de soi faudrait-il qu’il soit encore nécessaire de s’occuper des autres ? Le serons-nous ? Notre bonheur, dans l’état où il se trouve en ce moment, nous juge peut-être déjà ? Que vaut-il ? Est-il un bonheur profond, indemne de jalousie, de conduites répétitives et addictives, indemne de peur, sur la défensive, borné à nos besoins surévalués autant que nécessaires ? Quel bonheur est le nôtre en ce moment précis et que pourrait-il être ? Qu’est-ce qui lui fait défaut ? Être heureux, le Christ ne peut que désirer ardemment qu’il en soit ainsi pour chacun et pour tous les humains. Ce Royaume préparé depuis la fondation du monde, octroyé en partage à tous ceux qui bien inspirés et probablement heureux d’avoir rendu le service dont les autres avaient besoin, n’est-il pas l’expression du bonheur ? Car, aussi étonnant que cela paraisse, c’est bien sur le service rendu aux autres que notre vie prendra la forme du Royaume de Dieu, que notre vie communiera au Christ. (Mt 25,23 : « bon et fidèle serviteur entre dans la joie de ton maître! »). On n’aurait pu penser que le tri entre les bénis du Père et les autres se ferait sur d’autres critères. Sur celui de l’assiduité au culte par exemple ou même sur celui de la foi explicite. Mais non ! Le souci des autres est, de loin, la première œuvre à effectuer, puisqu’elle est présentée comme le critère du jugement dernier. D’ailleurs on se souvient qu’il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur pour être sauvé. Donc, les autres : mon bonheur et mon salut ? Voici qui dérange l’ordonnancement de mes priorités humaines et religieuses. D’autant plus, qu’il s’agit de tous les autres sans distinction aucune !... L’autre est l’autre, sans autre caractéristique que le besoin d’être heureux lui aussi. Qu’avons-nous entendu tout au long de cet évangile : Les autres, les autres... toujours les autres…! N’est-ce pas assourdissant ? Que fais-je des autres ? Serai-je jugé ? Et vous ?
16 novembre - 33° dimanche ordinaire A
Telle est la question que l’on peut se poser. Est-ce une bonne question ? Il semble que si l’on ne se la pose pas, la parabole restera plutôt floue. Elle pourra s’entendre comme une leçon de morale. Il faut faire fructifier ses talents sinon… Le mot talent étant pris alors dans le sens, utilisé couramment, de qualités, d’aptitudes individuelles à développer. Chacun en étant pourvu différemment, on peut comprendre que l’un en est trois, l’autre deux et l’autre un. Mais est-ce bien de cela qu’il s’agit ? Quel talent ? Si le maître de la parabole est le Seigneur Dieu, plus précisément Jésus le Seigneur, sur le point d’effectuer son voyage à travers la mort pour resurgir dans la vie du Père, que peut-il bien vouloir confier à ses disciples, compte tenu de leurs possibilités respectives ? Alors que la Passion commence (Mt 26, 1) et que notre parabole se situe juste avant, en Mt 25, 14…, de quoi le Maître voudrait-il que ses disciples prennent soin ? Il part… Il part après s’être montré Homme et Dieu, après avoir semé sa vision, accordée à celle du Père, du monde et de l’humanité. Il part après s’être efforcé de montrer où se trouve le vrai bonheur de l’Homme lié au vrai visage de Dieu. Il part tout en annonçant son retour, de sorte que dans le long temps intermédiaire, il faille faire fructifier tout le don qu’il a fait de lui-même. N’est-ce pas cela, la richesse grandissime symbolisée par des talents qui ne sont pas d’abord des qualités mais des monceaux d’or ? Un talent de l’époque ne pesait-il pas trente kilos ? Une fortune d’humanité et de divinité à faire fructifier, de beaucoup plus grande valeur évidemment que cet or qui la symbolise. Quel talent ? N’est-ce pas toute cette vie du Christ, dont nous mesurons sans doute mal l’importance, qui est confiée aux disciples, à nous donc, pour la faire nôtre et se retrouver si conforme à lui, que nous entrerons, le moment venu, dans la joie ? Par contre cette richesse, gardée comme de l’extérieur comme un dépôt protégé, certes, mais inutilisé, inexploité, laisserait celui qui en est le dépositaire hors de la dynamique de la vie du Christ. Celui-là se retrouverait démuni, loin de la joie du Seigneur, dans l’éloignement de ce Dieu dont il a peur, autrement dit là où sont ténèbres et grincements de dents. Le Christ nous est confié, richesse énorme ! Sa Parole, la Bonne Nouvelle, se trouve entre nos mains pour être proclamée, pour nourrir notre coeur et animer nos corps. Cette Parole ne peut rester sous le boisseau. L’Église ne peut la conserver intacte sans en même temps lui faire courir le risque de l’exposition à toutes sortes d’interprétations, à toutes sortes de confrontations culturelles et séculières. Il n’est pourtant pas loin le temps où pour la préserver, la Parole était servie dans une langue morte, inaccessible à ceux qui pourtant en avaient besoin pour vivre. Non cette Parole, le Christ lui-même, doit fructifier, grandir dans nos vies personnelles et dans toutes les sociétés et cultures. Qu’elle soit accessible à tous et à toutes. Chacun selon ses possibilités n’a-t-il pas la responsabilité de développer son influence humanisante et divinisante? Quel talent ? N’est-ce pas d’ailleurs en développant son influence que nous développons notre être jusqu’à ce qu’il soit rendu apte à entrer dans la joie du maître ? Une joie encore plus grande que celle que l’on peut imaginer. Car, dit le Christ, puisque tu t’es montré fidèle en de petites choses, je t’en confierai de plus grandes. La joie d’être dans le Christ définitivement dépasserait-elle de beaucoup celle de le connaître lui, déjà ici-bas ? Quel talent ? Dieu se confie à toi…à nous… La Parole faite chair, Qu’en fais-tu ?
« Trouver Dieu ..? » 9 novembre - Dédicace de la basilique du Latran
V ous êtes-vous posés cette interrogation ? Avez-vous répondu à cette grave question ? Car l’homme quoiqu’il en dise ne peut se contenter de n’être que ce qu’il est !Trouver Dieu, mais où ? L’humanité, au cours de son périple, a développé beaucoup de solutions. De toutes, quelle est la bonne ? A Jérusalem, il y avait le Temple plusieurs fois restauré. Pour tout le peuple juif, il était le lieu par excellence de la « Présence ». C’est là que se liait la vraie relation à Dieu. Qui reconnaissait le Temple avait trouvé le vrai Dieu. Jésus ne dit-il pas, « Ne faites pas de la maison de mon Père, une maison de trafic » ?Le Temple ? Là où l’on trouvait Dieu ? Qui pouvait en douter ? N’était-il pas beau, chargé d’histoire, immense, digne de la Divinité ? Pourtant, voici le Temple contesté… L’homme de Galilée, fils d’Israël lui-même, petit et désarmé, vient y jeter le trouble. Ces marchands, leurs bestiaux, ces changeurs, leur argent : dehors, ou tout renversé par terre ! Le Temple ne serait-il pas, ou plus, ce qu’on croyait qu’il était ? Trouver Dieu ? Faudrait-il changer de lieu ? Pourquoi Jésus fit-il cela ? Quelle en est la raison ? Purifier le Temple ? Allons donc ! « Détruisez ce temple, et en trois jours, je le relèverai » (Jn 2, 19) dit-il en parlant de son corps. Comment ? Attention changement ! Le monument de pierre, si imposant soit-il, n’est plus ce qu’encore il faut croire. Dieu n’est spécifiquement présent dans aucun lieu précis. Dieu serait-il cet homme de Galilée ? Ce qui faisait rêver à Dieu, tant était grande sa beauté, pâlit face à l’homme Jésus en qui est apparu l’unique visage de Dieu. Trouver Dieu ? Changement, ô combien ! Les hommes s’ingénient à chercher à côté. Jésus de Nazareth apparaît trop petit pour rendre compte de Dieu qu’évidemment on imagine grand, très grand et tout-puissant. Mais…! Avez-vous fait le passage entre le Dieu rêvé et l’homme de Galilée ? Êtes-vous persuadés, qu’en lui, Dieu fut entièrement exprimé ? Adieu les temples fabriqués de mains d’hommes, si beaux, si somptueux soient-ils, d’art et d’or à la fois. C’est en homme que Dieu s’est dit, une fois et pour toujours. Trouver Dieu ? Le cherchez-vous au bon endroit ? En quel endroit ?
« Le rendez-vous… » 2 novembre 2008 - Commémoration de tous les fidèles défunts
Les morts sont-ils vivants ? Si oui, à quel endroit ? Que répondre ? Que personne ne le sait, car aucun n’est jamais revenu pour nous le raconter ? Réponse habituelle, ancienne (cf. Sg 2, 1-4) et partagée par les gens non-croyants comme par ceux qui croient;
Chrétiens, en sais-tu davantage ? Hésitations ? Embarras ? Ne sommes-nous pas comme les autres hommes ? Notre regard, comme le leur, n’est-il pas limité ?
Répondre que le Christ dévoilera son visage au-delà de la mort, est-ce dire plus ? Est-ce dire vrai ? Est-ce dire la réalité ? Le Christ de Nazareth, le Bien aimé du Père sera-t-il au terme de mon parcours terrestre ? Rencontrerai-je le Christ quand la mort me dérobera à la vie d’ici ?
Êtes-vous prêts à répondre oui ? A moins qu’une autre question surgisse en ce moment ? Qui est le Christ pour moi ? Peut-être ce pourrait-il que la difficulté à dire ce qui est au-delà de la mort, provienne d’abord d’une méconnaissance du Christ, aujourd’hui ?
Est-il le compagnon de ma vie quotidienne ? Et ma vie quotidienne avance-t-elle vers Lui pour le grand rendez-vous ? (Lc 12, 35-38.40) Ce texte d’évangile ne rappelle-t-il pas ce qui attend chacun si lui aussi l’attend ? Ne rappelle-t-il pas que la vie a un sens..? Qu’elle est compagnonnage en vue de retrouvailles ? Qu’elle est maintenant attente active, service, mais qu’elle s’accomplira dans la joie d’être ensemble avec Celui qui alors servira en partageant sa vie. (Lc 12, 37)
Chrétiens, la vie est rendez-vous, offert à toute l’humanité. Avec le Christ chaque jour pour être avec lui toujours. La Vie est rendez-vous. La mort n’est que passage... Le Christ au rendez-vous…
26 octobre 2008 - 30° dimanche du temps ordinaire A
Voici un commandement qui ne souffre aucune exception. Il s'adresse à tous les hommes. Il exprime la vocation de chacun. Pour le chrétien, a fortiori, il n'est pour lui pas d'autre façon d'être lui-même, pas d'autre mission, non plus. Tu aimeras… un commandement donc, une obligation pour réussir sa vie et dont l'accomplissement n'est jamais achevé. Tu aimeras, pas à moitié, pas à tiers temps, pas selon tes goûts, mais avec toute l'énergie de ton être, jusqu'à l'épuisement de ta vie, jusqu'à ce que tu deviennes toi-même amour.L'amour donc, voilà le grand mot ! Aimer vraiment, la grande affaire ! Tout est là, dit Jésus, en réponse au légiste mandaté par ses pairs, les pharisiens. L'avaient-ils donc oublié ? Ne le savaient-ils pas ? Ne l'avaient-ils jamais su ? Lui, le légiste plongé dans les Ecritures ne l'avait-il jamais compris ? Tu aimeras… ! Envers Dieu, rien de plus ! Et envers les autres de même comme envers soi-même. Dès lors, tout n'est-il pas simplifié dans la compréhension de la Loi. Au diable les six cent treize commandements répartis en trois cent soixante cinq interdictions et deux cent quarante huit préceptes.Il suffit d'aimer… quelle libération ! Pour penser à Dieu, pour répondre à son désir d'alliance, il suffit d'aimer. Plus de tracasseries religieuses méticuleuses, plus de fausse importance accordée à des pratiques qui n'en ont pas ; plus, non plus, d'arrogance pieuse résultat de conduites sacralisées effectuées pour elles-mêmes et pour le sentiment d'autosatisfaction qu'elles procurent. Le légiste, venu interroger Jésus, comme ceux qui l'avaient envoyé, les pharisiens, connaissaient sans aucun doute les éléments de la réponse de Jésus. N'en avaient-ils jamais perçu l'importance ? N'avaient-ils pas su en discerner la signification, eux que Jésus traite d'hypocrites, et de sépulcres blanchis ? Pourtant Jésus n'invente rien en citant Deutéronome 6,5 et en y accolant Lévitique 19,16. Sauf qu'il dit, (est-ce là, la nouveauté ?) que l'amour de Dieu et celui de l'autre comme pour soi, donnent le sens de toutes les codifications ou pour le dire autrement, que tous les autres commandements dépendent de ces deux-là. Aucun autre service de Dieu ne peut les remplacer, aucune autre relation à l'autre ne peut leurs être substituée.Tu aimeras le Seigneur… et ton prochain comme toi-même… Un impératif ! L'ai-je compris ainsi, moi qui me dit ami de Dieu et chrétien ou même moi qui délaisse toute référence explicite à Dieu. L'ai-je compris et puis-je dire où j'en suis ? L'amour n'est pas un aspect de ma vie il est, ou doit être, ma vie, que je me tourne vers Dieu, que je vive avec les autres ou que je me situe face à moi-même. Son exigence est terriblement envahissante ! Mais je n'ai pas le choix car hors de l'amour rien ne subsiste. Peut-être me demanderai-je, est-ce possible ? Et d'ailleurs, que peut bien vouloir dire « aimer Dieu » ? Moi, créature puis-je aimer Dieu ? Spontanément je dirai non, sauf à me souvenir que c'est Dieu d'abord, qui m'aime et me pousse à lui répondre. Ou peut-être, plus exactement, à l'exemple de la « comblée de grâce », que c'est Dieu qui m'invite à l'accueillir en le laissant envahir ma vie, mon être. A me souvenir aussi, que Dieu nul ne l'a jamais vu sauf celui qui est descendu du ciel. « Aimer Dieu » ne prend-il pas alors une connotation spécifique quand je crois au Christ ? Que réclame-t-il à Pierre, ce Jésus qui par trois fois lui demande « m'aimes-tu ? », sinon de le suivre éperdument, de lui faire une confiance totale, de vivre de lui. Aimer Dieu ne passe-t-il pas par cet attachement corps et âme au Christ. Et où nous emmènera-t-il, sinon dans le Père où il vit lui-même et dans la communion avec les autres, jusqu'où lui-même est allé ?Tu aimeras… n'est pas seulement une exigence (même si ç'en est une tout de même) c'est aussi un visage, une vie d'homme assumée en Dieu, celle du Christ. Aimer, peut-il vouloir dire attache-toi à lui de tout ton cœur, de toute ta force, de tout ton esprit ? En lui ton chemin deviendra le sien : celui de l'amour ! Ce que le légiste ne semble pas avoir compris, est-ce si sûr que je l'ai bien saisi ?
« Au-delà… ! » 19 octobre 2008 - 29° dimanche du temps ordinaire A
Au-delà (et non pas : l’au-delà) c’est-à-dire plus loin… Plus loin que nos pensées, nos façons de comprendre… Plus loin que nos façons de voir…Les gens venus pour questionner Jésus (Mt 22, 16) ne s’attendaient pas du tout à se trouver ainsi, plus loin qu’ils ne le prévoyaient. Ils viennent à Jésus, très sûrs de leur astuce. Ils veulent le coincer. Parviendront-ils enfin à lui faire comprendre qu’il n’est pas ce qu’il dit. Que Dieu n’est pas non plus selon ce qu’il annonce à travers ses paroles et son comportement ! Jésus est un problème pour ces gens de la Loi et il le restera…Car leur astuce, pourtant bien ficelée, va complètement foirer. Ils attendent de Jésus une réponse claire, qui le compromettra, soit par rapport au peuple soit face au pouvoir. Jésus a bien saisi le piège qu’on lui tend mais, néanmoins, il ne se dérobera pas. Il répond et selon sa façon il ouvre le débat en le portant plus loin que son point de départ. Qu’en est-il de l’impôt lui est-il demandé ? Faut-il oui ou non l’acquitter à César ? César, Tibère en ce temps-là, n’est que César ! Mais voilà, il gouverne. L’argent utilisé pour la vie du pays porte son effigie. A lui de recevoir les taxes et les impôts puisque c’est lui le maître. D’autant plus, même si on l’oublie ou ne le comprend pas bien, que toute autorité exercée sur la terre ne détient son pouvoir que d’une autre autorité, beaucoup plus élevée, celle de Dieu lui-même. Car rien n’échappe à l’œuvre créatrice de Dieu, ni César, ni personne…. César comme tout homme, qu’il le veuille ou non, est dépendant de Dieu. « Rendez donc à César ce qui lui appartient… » Est-ce une bonne réponse ? Elle ouvre en tous les cas une foule de questions concernant le pouvoir qui va beaucoup plus loin, qu’une simple réponse qui dirait oui ou non. Mais en celle-ci ne se termine pas la réponse de Jésus. S’il faut rendre à César ce qui lui appartient il faut également restituer à Dieu le dû qui est le sien. Mais que doit-on à Dieu ou que faut-il lui rendre ? Voici qui ouvre encore bien d’autres réflexions. Les fabricants de pièges en sont eux-mêmes « surpris » et repartent avec plus de questions qu’ils n’en avaient prévues.(Mt 22, 22) Nous-mêmes en méditant ces versets d’évangile nous ne savons comment les bien interpréter. Ce qui est sûr, cependant, c’est que cette parole devenue proverbiale (Mt 21, 21), ne scinde pas en deux l’activité terrestre, comme pourtant on la comprend souvent. Il n’y a pas d’un côté l’aire du politique, de la chose publique, puis de l’autre celle du religieux. « Tout » est dans la sphère de Dieu ! Ceci dit, en sauvegardant, bien sûr, la liberté garantie par volonté divine comme étant essentiellement principe de dignité humaine. « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu… » Serait-ce notre vie à lui restituer ? Serait-ce notre image, faite à sa ressemblance qu’il nous faut améliorer ? Serait-ce reconnaître que Dieu est tel, qu’il se présente en Jésus, l’Envoyé ? Ces hommes qui questionnent, pharisiens, hérodiens ont un problème majeur. Ils sont face à Jésus sans pouvoir le contraindre à venir les rejoindre dans leurs façons, à eux, de comprendre le monde et de se « servir » de Dieu. Après cet intermède où ils pensaient le prendre aux rets de leur question, insidieuse, les voici démunis bien plus qu’ils ne l’étaient : leur piège n’a pas fonctionné. Reste alors la question, la leur comme la nôtre : Se rendront-ils à Dieu ? Accepteront-ils Jésus comme Christ et Fils de Dieu ? Nous sommes amenés à réfléchir plus loin… Au-delà… de ce que l’on pensait ! 12 octobre 2008 - 28° dimanche ordinaire A
Le roi qui les a préparées ne cesse d’inviter l’humanité. Les premiers qui furent appelés, malgré deux invitations pressentes, ont refusé son offre. Mais loin de se décourager, le roi ( ?) a relancé l’appel au tout venant du monde, à toute l’humanité. Cette offre continue. Le monde est en état de mariage permanent ou, pour mieux dire, destiné à faire alliance. Les noces sont toujours là ! [1] C’est une parabole. Elle dit le sens du monde. Quelqu’un appelle : Dieu, qui pour être en train de créer l’homme, ne le laisse pas moins libre de répondre à son appel afin d’accomplir la création. Dieu et l’homme sont faits l’un pour l’autre. Dieu en Jésus-Christ, le Fils, vient sceller cette alliance en donnant à notre humanité la capacité d’entrer en communion avec Dieu. Le Fils n’a cessé de vivre uni au Père. Chaque être humain, par la ressemblance au Christ et par la force de l’Esprit, peut conduire sa vie jusqu’à l’expérience ultime et décisive de se « marier » avec Dieu. Les noces sont permanentes ! Dieu paraissait lointain et peu intéressant aux premiers invités qui avaient bien d’autres choses à faire. La vie avec ses possibilités, ses joies, ses peines, ses réussites et ses échecs ne porte-t-elle pas en elle-même un dynamisme suffisant ? Acheter, vendre, cultiver, développer, aimer, élever des enfants, réfléchir, penser, écrire : autant d’activités qui donne tout son sel à la vie ici-bas. Est-il bien nécessaire de regarder ailleurs et de faire autre chose pour donner encore un plus à la vie que l’on mène ? Le monde mène sa ronde, pourquoi demander plus ? Pourquoi vouloir que Dieu interfère dans ce jeu ? Il ne se passe rien qui ne soit d’ici-bas ! Au temps où l’Evangile lançait ses premiers mots, comme aujourd’hui encore, l’invitation aux noces tombe toujours à plat. Certes il y aura encore des hommes et des femmes capables de sentir que leur vie ne peut pas se contenter du train-train quotidien, et que l’être aspire à vivre le plein amour. Mais pour l’ensemble des humains peut-il en être ainsi ? L’humanité entière peut-elle vivre de conjugalité avec le Dieu Trinitaire ? Interrogez les hommes, ils ne sauront répondre, à moins qu’ils ne s’en moquent. Mais Dieu, Lui, il y croit ! Son désir est intact malgré les rebuffades. Les noces sont toujours là ! Des noces ! Entendons bien le mot. Le Fils, pour qui le Père les célèbre, est en attente de mariée. Le repas préparé pour cet événement n’est pas simple participation à un repas de fête. Il ne s’agit pas seulement de partager la joie des deux époux qui vivraient leur mariage. Il est la célébration même du « mariage » du Fils avec les invités, avec chacun. L’image a ses limites, mais elle dit bien l’esprit et la saveur de la relation à Dieu dans le Christ : chacun est appelé à vivre son alliance, et tous sont appelés. La salle du banquet finit par être pleine. L’appel est entendu. Mais répondre à cet appel exige de s’engager. Tous l’ont-ils fait ? N’y aurait-il eut qu’un homme qui, bien que prenant part au repas aurait cependant refusé de célébrer « ses » propres noces ? Comment pourrait-on le penser ? N’est-ce pas plutôt une façon de dire, à travers l’homme qui fut exclu, ce que chacun doit faire pour répondre pleinement à l’invitation de Dieu. Revêtir une robe de noce, n’a rien à voir avec une garde-robe, mais touche au cœur, à l’être qui doit se laisser revêtir du Christ. (Rm 13,14) Les noces sont toujours là ! Dieu est en attente. Le Christ se donne au banquet de la foi. Il nous reste à répondre et à aller jusqu’au bout de l’alliance proposée : faire « un » avec le Christ, chacun et tous ensemble. D’eucharisties en eucharisties une alliance se crée où chacun devient Christ pour célébrer des noces qui ne finiront jamais. A qui unissez-vous vos vies ? Se pourrait-il que vous refusiez de les unir à Dieu ? Son invitation est lancée. Voici les noces permanentes... Vivez les ! [1] Mt 22,8 Traduction de la Bible des peuples
Refus et Constance…! 5 octobre 2008 - 27° dimanche ordinaire A
Deux thèmes s’entrecroisent dans cette parabole, ou mieux dans cette allégorie : L’attitude de l’homme et l’attitude de Dieu. Jésus de Nazareth en conflit permanent avec les hommes du Temple ne reçoit que refus. Il a beau insister, s’efforcer de montrer que ce qu’il dit et fait se réfère à Dieu, les hommes qui l’entendent, refusent de l’écouter. Déjà nous nous sommes demandés « pourquoi » de leur part une attitude aussi obstinée. Pourquoi Dieu, quand il se manifeste, n’est pas reconnu tel qu’il est ? Il ne fut pas reconnu par les grands religieux de l’époque. Il n’a pas non plus fait éclore la foi chez les gens ordinaires. Les foules qui le suivaient avec leurs estropiés n’ont pas franchi le cap de l’adhésion totale. Elles se sont retirées quand la situation s’est envenimée et elles se sont même retournées contre lui. Seuls des individus se sont laissés séduire et une fois conquis n’ont plus lâché le Christ. Dieu, semble dire l’allégorie, souhaitait que son peuple soit vraiment « son » peuple dans une réelle amitié. Ce ne fut pas le cas. Malgré tous les efforts pour lui faire entendre raison, le peuple s’est fermé aux sollicitations des différents prophètes et les a massacrés. Et le fils venu pour la même mission ne fut pas épargné. Il fut encore plus mal traité. Cette allégorie n’est-elle pas en fait l’illustration du monde qui fonctionne comme si tout appartenait à l’homme, sans autre loi que le profit et surtout sans avoir de compte à rendre à personne. Refus ! Finalement ne faut-il pas en déduire qu’il n’est pas d’adhésion à Dieu si elle n’est personnelle ? Que vouloir que ce soit tout un peuple qui adhère au Seigneur n’est pas dans l’ordre de la foi. On ne convertit pas un ensemble de gens. Chacun doit s’engager consciemment et personnellement. Dieu ne nous le fait-il pas savoir à travers cette histoire. Ne vivons-nous pas aujourd’hui une situation semblable ? Des régions, des pays, des sociétés toutes acquises semblait-il à l’Église ont quitté cet espace car l’adhésion globale qui tenait ensemble les individus n’a pas pu résister quand est « réapparu » la figure du Christ comme centre de la foi à qui il faut adhérer personnellement. Refus de l’homme mais constance de Dieu ! Face à ce refus de l’homme comment réagit Dieu ? Après que ses envoyés furent massacrés l’un après l’autre et que son fils fut à son tour tué, Dieu jamais découragé, commence un nouveau peuple, qui sera sans frontières, et sans identité due au sang ou à la terre. Il se constituera par l’adhésion individualisée à son Fils mort et ressuscité. Loin de réagir comme le laissait entendre Mt 21,41, Dieu recommence d’une autre façon, la seule qui soit valable. Inlassablement il se propose comme le bien de l’homme. Il ne fera périr quiconque, comme le suggéraient grands prêtres et Pharisiens, bien que tout homme qui refuse son offre se mette lui-même en situation dangereuse. Il ouvre une autre voie, celle où le Christ sera la pierre d’angle à partir de laquelle le royaume prendra forme. Pierre d’angle, la personne du Christ ressuscité par laquelle le Père diffusera ses mœurs pour qu’elles soient adoptées par les disciples à qui l’Esprit fait entrevoir la vérité du Christ. Le peuple de Dieu loin d’exister déjà comme une entité à convertir se construit lentement par l’adhésion de chacun dans la foi au Christ ressuscité dont l’Évangile et l’Église nous livrent le secret et la vitalité. Dieu poursuit son désir quelle que soit l’attitude de l’homme. Il veut faire communion avec l’humanité. Il poursuivra son œuvre jusqu’à ce qu’elle réussisse. Un nouveau peuple est né en Jésus de Nazareth, le Fils du Père. Il n’est plus circonscrit par aucune frontière. Il est l’humanité devenant le Royaume en s’imprégnant du Christ. Refus de l’homme et constance de Dieu… Toute l’histoire de l’homme s’inscrit entre les deux… Ai-je vraiment choisi de dire oui à Dieu offert en Jésus Christ ?
« Où en suis-je ? » 28 septembre 2008 - 26° dimanche ordinaire A
Par rapport à Dieu, où en suis-je ? La petite parabole d’aujourd’hui ne nous pose-t-elle pas cette question ? Et son prolongement, à propos des publicains et des prostituées nous interpelle-t-il ? Ne ressort-il pas de ce passage qu’il est difficile de s’ajuster à Dieu quand on pratique depuis longtemps et que l’on a accumulé des tas d’idées sur Lui sans s’interroger suffisamment sur leur validité ? La discussion de Jésus avec les grands prêtres et les anciens du peuple (Mt 21, 28) ne révèle-t-elle pas l’ambiguïté de la pratique et de l’assurance qu’elle peut générer à bon compte au risque même de s’y retrouver enfermé ? La foi en Dieu doit évidemment s’épanouir en actes et comportements mais ce n’est pas la pratique qui est foi en Dieu. C’est l’adhésion d’un cœur qui cherche, alors même qu’il est bien inséré dans le monde et qu’il prend en charge ses questions, à correspondre à la volonté de Dieu. Les « gens » du Temple auraient-ils déserté la réalité, l’attention aux choses de la vie pour se maintenir au niveau des préceptes sans développer le cœur à cœur avec Dieu ? Sans nourrir et approfondir une relation vitale qui laisse le cœur libre pour entendre Dieu qui parle ? Car Dieu parle ! Et il le fait ici, de façon « extra-ordinaire » en la personne de Jésus de Nazareth qui sera, sur la croix, reconnu comme l’Unique Engendré. Sa Parole porte en elle sa propre vérité. Aucun signe extérieur ne peut la valider ou faire croire en elle. Elle dit le vrai par elle-même et en elle-même. Les publicains et les prostituées, dit Jésus, y furent plus sensibles que les grands religieux qui pourtant pratiquaient beaucoup mieux. Dieu parle de notre propre vie humaine en lien avec la sienne et ceux qui, scrupuleusement pensaient le servir, n’entendent pas sa voix. Ce qu’ils ont vu et entendu de Jésus ne leur a pas ouvert le cœur. Ils voulaient des signes convaincants mais aucun ne pouvaient les persuader puisque déjà ils « savaient ». Où en suis-je ? Mon être est-il ouvert à la nouveauté inépuisable de Dieu ? « Celui » à qui je me réfère est-il un être du passé tel qu’il m’a été présenté ou le Vivant d’hier, d’aujourd’hui et de demain qui échappe à mon entendement et envers qui constamment je dois rester ouvert ? Dieu qui avait parlé par les Pères, a parlé et parle encore par le Christ et son Esprit. Comme les pratiquants du Temple qui cherchaient Dieu ailleurs que là où il parlait, car ils pensaient l’avoir complètement trouvé, serions-nous plus ou moins enfermés nous aussi dans notre suffisance ? Ou bien nous sentons-nous comme ces publicains et ces prostituées en quête encore de vérité, le cœur ouvert et disponible à la bonne nouvelle de l’évangile qui vient régénérer en rendant possible la communion en Dieu ? Dieu : Jésus le Christ ! Toute la conversion se trouve dans ce nom. Non pas parce que, le connaissant, on connaîtrait tout de Dieu mais parce qu’il est le lieu par excellence et unique où s’exprime la vérité de Dieu. Jésus ne raisonne pas sur Dieu, cherchant à le décrire. Il le montre à l’œuvre en sa vie. Jésus ne dit pas, quand vous m’aurez entendu vous aurez la totale connaissance de Dieu, non, il invite ses auditeurs et ceci est important, à le suivre jusqu’au don de soi. Ceux qui ont engagé leur vie sur des routes alléchantes et tellement vantées, de l’argent, du pouvoir, du sexe ou… de bien d’autres choses érigées en absolu, finissent bien par convenir un jour que ces réalités ne les nourrissent pas. Mais ceux qui « pratiquant », et pensant bien, mènent une vie extérieurement sage, peuvent ne pas voir que le dieu qu’ils « adorent » n’est pas Celui qui a parlé et parle encore par l’Esprit en Jésus de Nazareth. Dès lors comment envisageraient-ils de se tourner vers Lui ? Cette situation évoquée par l’évangile existe-t-elle vraiment ? Où en suis-je ? Mon Dieu est-il Jésus Christ ? « Avant tout ! » 21 septembre 2008 - 25° dimanche ordinaire A
Aimé…s…e…es…! Dieu n’est pas un patron. Il est Dieu et Il aime. De quel amour aime-t-il ? Avant même que l’homme ne fasse quoi que ce soit qui « mériterait » récompense ou réprimande, il l’aime. Cela nous heurte et nous surprend. Tant il paraît évident que ne peut être aimé que ce qui paraît aimable, qui fabrique du bien, qui réalise du positif, qui fait quelque chose de bon. Éloigné de ce canon-là, Dieu aime en deçà et au-delà de nos comportements. Les entérine-il ? Pas nécessairement, car comment verrait-il le bien chez celui qui se détruit ? Mais son amour précède, se maintient et s’offre au-delà du bien et du mal. Ce n’est pas le résultat de nos actes qui fait qu’il nous apprécie, mais c’est le fait d’être homme, sa créature, qui nous rend appréciable. Ce que Dieu a créé, quelles que soient par la suite les évolutions de sa créature, reste son bien, son bien-aimé.Reste son bien aimé ! Il aime l’ouvrier de la première heure et celui de la dernière. Tous sont appelés par Lui. Il l’aime non pour le travail accompli ou parce qu’il n’aurai rien fait ou rien pu faire, mais parce qu’avant tout, il est son bien le plus cher. Dieu n’est pas un patron ! Il est Dieu, Père (Mère) au-delà de nos catégories. Son comportement nous choque comme le manifeste l’homme de la première heure rémunéré au même prix que celui de la dernière. Ce n’est pas ainsi qu’on exerce la justice ni qu’on gère une vigne. Mais si la parabole utilise les éléments du marché du travail, elle se réfère à un autre commerce. Nous avons spontanément l’habitude de chercher dans l’Écriture des applications morales pour les mettre en oeuvre et être ainsi fidèle à Dieu. Mais est-ce bien le but de l’Écriture ? Pour le coup dans cette parabole, Dieu, sur le plan de la gestion du travail ne nous paraît guère imitable. Son comportement ne génère-t-il pas de l’injustice? Ne pas rémunérer en fonction du travail accompli, même si le montant fut fixé au départ, déroge à toutes les saines lois du marché du travail et au bon fonctionnement d’une entreprise. Mais cette imitation-là, la parabole ne nous la propose pas non plus. Dieu ne se donne pas à voir comme un chef d’entreprise qui fabrique des choses. Il se présente comme celui qui crée l’homme lui-même et lui garde tout au long de son existence le même amour qui a présidé à sa création.Pour Dieu, l’homme est toujours aimé ! Même enivré par l’orgueil, même rongé par le mal, même possédé par les idoles du monde, il est aimé de la même façon, avec la même intensité que celui ou celle qui fait une expérience positive de la vie, qui réalise de belles et grandes choses provocant l’admiration, susceptibles de passer à la postérité. C’est à la reconnaissance de cet amour « divin » que le Christ appelle par sa parabole. Et dès que l’homme perdu en prend conscience, ouvrier de la dernière heure, il est submergé par cet amour sans autre condition que de l’accueillir. Dieu, essentiellement amour ? Comment faire cette expérience ? Ne serait-ce pas d’abord, en nous la laissant proposer ? La parabole de l’évangile qui heurte notre sens de la justice, nous livre avec des images et des mots de l’expérience commune, ce qu’il nous est possible de vivre. Dieu « est » ainsi envers nous ! Non que l’on puisse en décrypter nécessairement des traces visibles dans notre expérience, mais accueillie comme la « Parole de Dieu », donc dans la foi, cette parole crue, même sans conséquence émotionnelle, à la longue, structure mon être et me révèle qui je suis. Mauvais gérant serait Dieu, si à la tête d’une entreprise humaine, il ignorait le rapport travail-rémunération. Mais l’entreprise de Dieu c’est la réussite de l’humanité. Et pour ce faire, il aime inconditionnellement tout être humain quel qu’il soit.Il aime envers et contre tout ! Inutile de récriminer contre lui. Il aime avant tout !
Communauté... ! 7 septembre 2008 - 23° dimanche ordinaire AEvangile : Mt 18, 15-20 Instructions pour la vie de l'Église. Tout chrétien est responsable de ses frères De la communauté, parlons-en ! N’est-elle pas au cœur des préoccupations du texte évangélique. Elle est le but de notre vie chrétienne. Faire la communauté n’est pas facultatif. Elle est le sceau de vérité de notre foi. Si tu ne cherches pas à faire communauté alors que tu te dis chrétien, tu es un menteur. Car le Christ est venu rassembler l’humanité entière par le don de lui-même afin que ceux qui le suivent apprennent à se donner et deviennent son corps. De sorte que d’autres se nourrissant du don qu’ils leur lèguent d’eux-mêmes se donnent à leur tour pour un « vivre ensemble » animé par l’Esprit. Cette logique n’est-elle pas implacablement évangélique ? Ne nécessite-t-elle pas l’engagement de chaque membre de l’Église ? Est-ce le cas ? Est-ce cet engagement qui fait défaut dans la communauté évoquée par Mathieu ? Est-ce pour maintenir l’intégrité de cette communauté qu’il recommande toute une procédure ? Est-ce pour sauvegarder la vérité évangélique de ce rassemblement qu’il conseille d’avertir le pécheur avec délicatesse jusqu’à la décision la plus digne du Seigneur ? Quelqu’un pèche-t-il ? Il se met en danger et compromet la communauté. Le lui faire savoir est une nécessité. Et s’il reconnaît qu’il s’est trompé, alors il est à nouveau gagné à la cause de l’Évangile et la communauté s’en trouve fortifiée. Sinon ? On ne peut changer l’autre si lui ne le veut pas. Ne plus le dire chrétien n’a rien d’infamant. Il redevient païen, publicain, toujours aimé du Christ, comme il l’était auparavant. Car il ne suffit pas d’être appelé chrétien, d’en avoir les insignes pour l’être effectivement. Ce qui fait le chrétien c’est son engagement à vivre le don de soi que le Christ (Mt 17, 21-28) transmet comme lui-même l’a vécu. Chrétien l’es-tu de nom seulement ? Ne sommes-nous pas tous guettés ou atteints par ce mal-être ? Pour des tas de raisons nous ne nous donnons pas pour que vive la communauté du Christ. Et qu’est-ce qui s’ensuit ? Pas de communauté mais des hommes et des femmes qui se côtoient en mangeant le corps du Christ comme si cet acte n’engageait pas à faire d’abord aux autres ce que l’on souhaite pour soi. N’y a t-il pas trop de messes dites qui n’ont aucun effet sur nos comportements ? Chacun est dans son coin et ne sort pas vers l’autre. Trop risqué, pas intéressant ? Où est « l’être ensemble » ? Célébrer la même action de grâce du Christ ressuscité et se tenir à distance de l’autre que je ne connais pas et ne veux pas connaître, est-ce le sens du don de soi que nous lègue le Christ, auquel pourtant nous communions quand nous tendons la main ou présentons la langue pour recevoir l’hostie ? « …Il ne suffit pas d’aller à la messe pour se réunir au nom du Christ, ni même de faire partie d’une communauté ou d’un mouvement religieux. Il s’agit chaque fois de « s’accorder » pour mettre au monde ce pourquoi le Christ a vécu et donné sa vie. …» (Marcel Domergue, méditation du 23° dim. ord.) Quand ton frère pèche…! Mais quel est son péché ? Celui qui va contre la communauté, qui blesse ou brise « l’être ensemble » voulu par le Christ ? Pour que le frère ou la sœur soient alertés sur son comportement ne faut-il pas d’abord qu’il y ait communauté ? Et pour qu’une communauté existe ne faut-il pas qu’elle énonce sa foi et en précise les modalités adéquates et concrètes ? A partir d’une charte on peut se questionner. Certes il y a l’Évangile qu’il faut nécessairement partager et incarner mais on ne l’embrasse jamais dans sa totalité. Aussi élaborer une charte pour l’actualiser et mieux s’obliger à le vivre, favoriserait-il, sans doute, l’objectif dernier de faire au nom du Christ la communauté. Faire la communauté ! La tâche nous en est confiée par le Christ…! Il s’agit de poursuivre l’œuvre pour laquelle, il s’est donné. Celle de transmettre sa propre filiation qu’il s’est appropriée de plus en plus, au fur et à mesure qu’on la lui contestait, jusqu’au don de sa vie. Ce qui a pour effet de rassembler les hommes et les femmes pour qu’à leur tour, ils se donnent aux autres. Quand deux ou trois seront réunis en son nom, ils n’obtiendront pas des privilèges personnels mais ce qui est le plus nécessaire : faire la communauté. Car chacun alors vivra pour que grandisse « l’être ensemble » et sera libéré de ce poison mortel tant décrié mais tellement cultivé, de l’individualisme forcené. La communauté ? Ce que tu attends d’elle, fais-le pour qu’elle existe ! L’inverse n’est-il pas péché ?
« Vos vues…! » 31 août 2008 - 22° dimanche ordinaire A
« Vos vues ne sont pas celles de Dieu » dit Jésus aux disciples. Qui en aurait douté ? A moins de « se faire un dieu » à notre ressemblance, on ne peut être que différent de Dieu et donc ne pas avoir des idées identiques sur le monde et la vie. En prendre conscience est une bonne chose qui pousse alors à trouver les moyens de s’ajuster ou mieux d’accepter qu’il nous ajuste à lui. Pierre en fit en son temps une double expérience. L’une très positive quand il déclara sous la motion du Père que Jésus est réellement le Fils du Dieu Vivant. L’autre, disons plus négative, quand il suggère au Christ de renoncer à se laisser « tuer ». Selon les vues humaines, que « le Fils du Vivant » aille au devant du danger pour remplir sa mission ne fait pas très sérieux. N’a-t-il pas mieux à faire que… de se laisser assassiner ? N’a-t-il pas mieux à faire que de donner sa vie ? Que lui rapportera de mourir sur la croix ? Quel bénéfice pour les hommes ? De Dieu n’attendons-nous pas autre chose que d’être sacrifié par la haine du monde ? Vos vues… ? Il y a dans le monde tellement de choses à faire, à inventer afin d’améliorer l’existence des hommes, tant de situations précaires à redresser, que l’on ne voit pas en quoi une mort sur la croix pourrait rendre service à toute l’humanité ? En effet pourquoi ? Simon devenu « Pierre » quelques versets plus hauts (Mt 16, 18) exprime sa position, ainsi que celle des autres apôtres et sans doute la nôtre. Cependant il a fait l’expérience que pour connaître en vérité Jésus de Nazareth il devait recevoir cette connaissance du Père. De même maintenant, il fait à nouveau l’expérience qu’il ne peut être « Pierre », « roc » que s’il laisse le Christ poursuivre son chemin plutôt que de vouloir lui dicter ce qu’il aurait à faire. « Dieu t’en préserve Seigneur ! Non cela ne t’arrivera pas ! » En soi il n’y a rien de mal à essayer de dissuader quelqu’un d’aller vers le martyre, à vouloir qu’il évite la souffrance et la mort ! En soi non rien de mal, et pourtant : « Retire-toi ! Derrière moi Satan! (Mt 16, 23) Les bonnes intentions, les vues humaines « bonnes » peuvent-elles être en fin de compte, des tentations apparentées à celles du diable au début du ministère de Jésus ? On apprend bien Dieu que de Dieu lui-même ! D’ailleurs n’a-t-il pas pris la peine de venir montrer qui il est et quel est l’essentiel pour une vie en vérité ? L’essentiel, serait-ce le brillant d’une grande intelligence, serait-ce le nombre d’inventions, serait-ce d’être grand et fort, serait-ce tout ce qui est prisé parce qu’extraordinaire ? Des manifestations symboliques artistiquement présentées, peuvent être d’excellente qualité. Des mises en scène pour flatter l’idéal peuvent être des plus réussies, mais à condition d’améliorer la qualité humaine ? L’essentiel alors ? Jésus l’exprime par « il fallait ». (Mt 16, 21) Il lui fallait non seulement parcourir la distance de Césarée de Philippe jusqu’à Jérusalem, mais par-dessus tout poursuivre le chemin, même s’il était ardu, du don de sa vie. Personne ne doit vivre pour lui-même. Dieu lui-même en Jésus Christ nous le révèle. Il faut passer par le don de soi. Ce à quoi on rechigne tout en faisant semblant de le réaliser. Pourtant ne cherchons pas ailleurs l’essentiel de l’humain dont dépend le bonheur. Pierre qui le rejette s’est fait réprimander. Donner sa vie, l’essentiel, loin d’être une qualité égale à beaucoup d’autres, est l’attitude dynamique qui donne sens et fait fructifier tout le reste. Sortons donc de notre confort humain et religieux où quelques idées sur Dieu nous tiennent lieu de foi. Faisons don de nous-mêmes. La miséricorde de Dieu n’est pas de la guimauve. Lui-même ne peut se donner à notre propre place, bien que pour y parvenir il faille en recevoir de Lui, la possibilité. Quelles sont nos vues sur Dieu et sur nous-mêmes ? Ne craignons pas de nous interroger . Il faut se « donner »… Est-ce là, la « Vue » qui est celle de Dieu…?
« Comme au ciel… ! » 24 août 2008 - 21° dimanche ordinaire A
Dans ce monde qui s’agite et ne sait plus où donner de la tête, entendrons-nous, dans cet évangile, de quoi nous rasséréner? Nous y voyons le Christ curieux de savoir ce que les gens pensent de lui. Nous y entendons la réponse de Pierre, déclinant sa véritable identité. Cette réponse dépasse les possibilités de la perception humaine. Elle nous est présentée comme une déclaration qui émane du Père : « Heureux es-tu Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » (Mt 16, 17b) Notons au passage le parallélisme des formulations qui appuie avec force l’origine divine de Jésus. En effet, de même que Simon est fils de Jonas, Jésus est le Fils du Dieu Vivant, de façon non imagée mais réelle. Notons également que l’intuition de Pierre ne pouvait être suggérée que par le Père, car qui d’autre que le Père pouvait déclarer Jésus comme son propre Fils ? Donc dans le cœur de Pierre habitait une parole déposée par le Père. Non pas la chair et le sang ! Une question se pose. Cette façon de découvrir le Christ, dans son identité d’origine divine, est-elle un privilège accordé à Pierre ou est-ce la procédure habituelle de la naissance de la foi ? Le Père s’y prend-il toujours de la même façon quand des hommes découvrent, en leur for intérieur, la qualité hors de portée humaine de Jésus de Nazareth ? Est-ce un privilège réservé exclusivement à Pierre ou est-ce la façon ordinaire dont fonctionne la foi au Christ ? Face à Jésus de Nazareth, Pierre reçoit du Père ce qu’il « doit » confesser. Le Père, en ce qui nous concerne, procède-t-il de même ? Ou bien, compte tenu de la suite du texte évangélique, devons-nous envisager une autre façon de révéler le Fils du Père ? Comment naît notre foi ? Les disciples avaient déjà déclaré Jésus Fils du Dieu Vivant (Mt 14, 33), mais c’était au terme d’une nuit agitée et après que Pierre eut été « repêché » (Mt 14, 31) par jésus dans une mer redevenue calme. Ici, rien de spectaculaire qui pousserait à une déclaration de divinité. Ce qui est déclaré vient du Père en toute sérénité. Privilège de Pierre, là est notre question ? Et qu’en n’est-il pour nous, comment nous vient la foi ? Regardons encore le face à face de Pierre et de Jésus. Entendons le don que le Christ fait à Pierre. Pierre est établi « roc » par le Christ. (Mt 16, 18) Le roc sur lequel le Fils du Dieu Vivant bâtira son Église. Dés lors, Pierre reçoit les clefs du Royaume des cieux avec cette possibilité « énorme » de lier et de délier sur la terre en lien avec le ciel..(Mt 16, 19) Jésus confie à Pierre l’annonce de ce Royaume des cieux qu’il est venu lui-même proclamer, instaurer en sa personne même, et qui doit survivre à sa présence humaine. Le royaume des cieux, cette façon d’être ensemble agis par l’Esprit du Christ devient à un titre particulier la responsabilité de Pierre. Il est en même temps un don à recevoir, dont l’Église est une ébauche en même temps que le lieu où il est proposé. En transférant à Pierre la mission dont il était porteur, tout en assurant lui-même la construction de l’Église, Jésus invite-t-il l’humanité, donc nous aussi, à nous tourner vers l’Église par laquelle et dans laquelle le ciel parle à la terre ? Comme au ciel ? Pierre en charge de l’Église deviendrait-il, avec l’Église elle-même, le passage obligé d’une foi véritable en la divinité de Jésus de Nazareth, confessée un jour à Césarée de Philippe ? Et si Pierre fut le destinataire de la Parole du Père concernant Jésus de Nazareth, nous-mêmes ne pouvons parvenir à la même confession de foi autrement quand recevant de Pierre et de l’Église le don de la foi, qui porte à « voir » et à « entendre » Dieu en Jésus, l’homme de Nazareth ? Entendre Dieu sur terre comme il se dit au ciel, est-ce une chose possible ? Le ministère confié à Pierre nous laisse entendre que oui. Dans ce monde qui s’agite, un pôle d’humanité s’enracine-t-il dans les cieux ? Voici qui pourrait stabiliser nos vies, les établir sur le roc si ce roc encore leur manquait ! Pierre, ce n’est pas la chair et le sang….mais mon Père… Pour nous maintenant, le Père parle à travers la confession de Pierre devenu le rocher sur lequel le Christ bâtit son Église. L’Église, serait-elle cette communauté où Dieu s’exprime sur la terre comme au ciel ? Faut-il mieux percevoir cette réalité pour fortifier nos vies ? La Parole de Dieu ici en elle, comme au ciel ? Comme au ciel ? N’y a t-il pas de quoi nous faire réfléchir ?
Dépassement... ! 17 août 2008 - 20° dimanche ordinaire A
Jésus, le Christ, nous surprend. Nous sommes tellement habitués à le voir transgresser les tabous et autres limites qui enferment les hommes, que l’on ne comprend pas très bien pourquoi, il dit d’abord non à la Cananéenne. Pourtant que ne lui demande-t-elle qu’il ne pourrait donner ? Sa fille est malmenée par un démon qui l’oppresse, par une malignité qui en fait son jouet. ((Mt 15, 22) Qui va l’en délivrer ? Jésus de Nazareth ? La mère de l’enfant le croit. Mais, lui, Jésus ne le veut pas. Pourquoi ? Sa mission le lui interdirait-il ? Il le pense et le dit : « Je n’ai été envoyé qu’au brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15, 24) comme aussi il en donnait consigne à ses disciples « Ne prenez pas le chemin des païens, n’entrez pas dans une ville des Samaritains; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mat 10, 6). Jésus serait-il lui-même bloqué par un principe qui répartit les hommes en « brebis à sauver » et « en chiens de païens » ? En cela il est bien un membre du peuple élu mais l’on pourrait, de sa part, s’attendre à une plus grande ouverture. Surtout que quelques versets plus haut, il a bien fait savoir à la foule et aux Pharisiens que la notion de pur et d’impur n’avait rien à voir avec l’extériorité… que c’était dans le cœur que ces notions se vivaient. (Mt 15, 17-20). Prenons donc note de ce blocage, gardons notre interrogation et écoutons la suite. Bloqué Jésus ? La femme qui connaît bien la tradition des Juifs et qui se sait païenne ne conteste pas cette mentalité. Elle demande simplement que sa fille soit guérie. Et avec insistance renouvelle sa foi dans le Christ. Pour elle, il possède la puissance de libérer sa fille, d’ailleurs, il ne le conteste pas. Mais il y a le principe : un Juif ne fraie pas avec une païenne. Cependant le principe ne vaut pas plus que la réalité. Jésus l’a déjà démontré dans ses nombreux contacts : il sait voir le cœur et remettre le principe à sa place. Or le cœur de cette femme est juste devant Dieu. Elle aime son enfant et la veut libérée. Elle croit au Christ et implore sa pitié. Il est Seigneur pour elle et aussi, elle l’admet, il est fils de David. (Mt 15, 22) Elle acquiesce à ce qui est dit des païens, mais elle sollicite, pour les petits chiens, au moins les miettes qui tombent de la table des maîtres. (Mt 15, 27) Ce qu’elle veut et ce sur quoi elle ne cèdera pas, c’est la guérison de sa fille de la part de Celui en qui elle a vraiment la foi. Foi et Amour liés pour la demande ! Voici un cœur pur plus que celui de ceux qui respectent les règles de la pureté rituelle. Les disciples qui partagent le point de vue du Peuple, conseillaient à Jésus de renvoyer la femme qui leur cassait les oreilles, (Mt 15, 23b) comme d’ailleurs ils l’avaient déjà fait, face à la foule à qui pourtant Jésus, par eux, allait donner à manger. (Mt 14, 15) Tout est ligué contre cette femme, sauf finalement Jésus qui se laisse toucher. Il regarde le cœur, nous l’avons déjà dit, car répétons-le, c’est dans le cœur que gît la réalité, la vraie. Alors touché par la foi qui l’implore, Jésus en fait l’éloge. De ce fait la femme, la païenne, la cananéenne, autant de tares dépassées, est exaucée : « Femme, ta foi est grande ! Qu’il t’arrive comme tu le veux ! (Mt 15, 28) Une vraie prière ? Qu’allons-nous retirer de cet échange entre Jésus et la Cananéenne ? De multiples idées ont pu germer en nous. Peut-être entre autres celle-ci : que les principes sont bons mais que c’est dans les cœurs qu’il faut voir qu’elle est la réalité, là où Dieu lui-même regarde ? Et l’autre que le Christ, pleinement membre de son peuple, a su dépasser ce qui le limitait par rapport à toute l’humanité. Accomplissant ce dépassement devant ses disciples qui ne l’avaient pas envisagé, c’est aussi devant nous qu’il exprime ce que Dieu est et attend des disciples. Prise en compte de la réalité… Le cœur de l’homme doit être écouté… Pour un dépassement vers plus de vérité…
Oui... ! » 10 août 2008 - 19° dimanche ordinaire A
Oui, ce mot monte à mes lèvres en méditant ce texte. En percevant le Christ qui a nourri les foules et puis s’est retiré pour prier à l’écart, peut-être pour éviter qu’on ne le fasse roi, je dis : oui, tu es bien le Seigneur ! En le voyant encore, avec les yeux de Pierre et de ses compagnons, s’avançant sur les eaux, déclenchant la panique dans le cœur des disciples qui croient voir un fantôme, je dis encore : oui Seigneur, tout humble que tu sois, tu es maître du monde…! Et quand j’imagine Pierre plus hardi que les autres qui interpelle le soi-disant fantôme comme pour vérifier qu’il est bien autre chose et qu’il répond à son invitation en posant les deux pieds sur les eaux qui le portent, j’ose encore dire : oui en toi je fais confiance même si je n’ai pas vécu une semblable expérience..! Enfin quand un vent de panique souffle dans la tête de Pierre et lui donne le vertige au point de s’enfoncer, au risque de se noyer, je dis : oui à la main qu’il lui tend en réponse à l’appel « mais Seigneur, sauve-moi ! » (Mt 14, 30b) Oui, à Lui… ! Comme tout semble simple et profond à la fois : La puissance de Dieu à l’œuvre en Jésus, homme qui, plus qu’aucun autre, connaît la vérité et la vit en toute humilité comme un service pour la croissance et le salut de notre humanité. Il domine les flots calmes ou en furie, il transgresse les lois de l’espace et du temps, il est présent partout, il est ressuscité mais ce qu’il est surtout et même par-dessus tout un amoureux de l’homme. Oui, est bien le mot qui seul peut-être dit en s’adressant à Lui. « Viens » disait-il à Pierre et Pierre, même si en marchant sur les eaux sa foi a défailli, a tout de même répondu Oui. Oui…! Jésus et Pierre ont-ils vraiment posé leurs pieds sur les eaux et s’y sont-ils maintenus comme sur la terre ferme ? Ce que l’on peut répondre c’est que depuis longtemps tout ce qui était mer, vaste masse d’eau profonde, faisait peur, déjà par le danger qu’elle représentait d’engloutir dans les flots et à cause aussi des monstres, des êtres maléfiques qui, on le pensait, trouvaient à s’y loger. La peur sous toute forme habite l’être de l’homme. Dans la vie ordinaire comme en nos profondeurs n’y-t-il pas des peurs ? N’explosent-elles pas en tempête au point de perturber notre fonctionnement et de faire chavirer même notre entendement ? La vie n’est pas, et on le dit souvent, un grand fleuve tranquille. Elle ressemble plutôt à une mer agitée bien que chacun ne vive pas de la même façon les épreuves de la vie. Non seulement sur la mer mais sur la terre ferme beaucoup peuvent perdre pied, ignorant à quel saint, ils pourraient se vouer, à qui ils pourraient s’accrocher. Pierre nous inspire-t-il avec son Oui concret, celui qui s’aventure en direction du Christ, même si comme nous le voyons, ce oui reste encore imparfait. « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? » (Mt 14, 31) Il n’est pas de situation qui puisse engloutir l’homme quand, fort de sa foi, il se tourne vers le Christ même si tout en le percevant, il ne le voit pas bien encore. (Mt 14, 26) Combien de peurs ne peut-il nous faire dépasser, à quelle expérience de la réalité démasquée de toutes nos projections humaines, ne peut-il nous faire parvenir ? Le Christ par sa puissance humble peut nous faire émerger à notre véritable identité et nous faire exister selon sa propre simplicité dans un monde agité, perturbé, convulsé. Du lieu où je me trouve, dans la situation où je suis oppressé, est-ce que j’aperçois dans la nuit, la silhouette du Christ qui vient comme une aurore ? Comme Celui qui m’appelle à lui faire confiance ? Pierre nous inspire-t-il une bonne façon d’être ? Son « oui » suscite-t-il le nôtre ? Et quand tous les disciples déclarent en chœur au Christ, « Vraiment, tu es le Fils de Dieu » (Mt 14, 33) notre cœur et notre intelligence aux prises avec la vie du monde, répondent-ils aussi: OUI ? « En quoi… ? » 3 août 2008 - 18° dimanche ordinaire A
En quoi ce récit évangélique peut-il nourrir notre vie ? Puisque tel est son propos, nourrir, en quoi, pour nous, atteindra-t-il sont but? Va-t-il nourrir notre intelligence, en dévoilant du sens; notre volonté, en la fortifiant pour mieux tenir le cap de notre vie; notre affectivité, en approfondissant et en ajustant notre relation au Christ et aux autres ? En quoi ? Autrement dit encore, comment allons-nous chacun nous approprier ce texte d’évangile ? Qu’allons-nous y trouver qui soit bonne nouvelle, qui soit la nouveauté encore inexplorée ? La personne du Christ prendra-t-elle plus d’éclat ? Ces foules, qui le cherchent avec empressement, m’apprendront-elles, même si elles ne parlent pas, quelque chose sur les besoins du monde ? La personne de Jésus, en quête de désert mais assailli par les foules, me dira-t-elle l’importance de Celui qui guérit, nourrit, et renvoie à la liberté (Mt 14, 22)? Et les disciples, avec leurs questions et suggestions, me donneront-ils à penser au rôle de l’Église qui, à la demande de Jésus, doit donner à manger aux foules de tous les temps (Mt 14, 16b et 19b)? En quoi suis-je touché ? Ne faut-il pas se réjouir que l’homme, cet être de besoin, puisse trouver un jour quelqu’un qui apaise sa faim ? Qu’il puisse se trouver en face, à un moment donné, de Celui qui … De Celui qui peut, par sa personne même, être « la nourriture » forte et vraie qui répond aux besoins de son identité ? Dans cet épisode, plutôt mal nommé de multiplication des pains, Jésus suit une certaine progression quand il répond aux besoins des personnes. D’abord il guérit les infirmes dispersés dans la foule (Mt 14, 14), puis, à une heure déjà tardive, il fait donner le pain et le poisson, sans qu’il nous soit montré de pains en train de se multiplier. En effet, le texte ne fait que noter qu’il y eut du pain pour tous au-delà des besoins (Mt 14, 20). Enfin, et ce n’est pas la moindre signification, Jésus, ayant pris le pain et ayant prononcé dessus la bénédiction (action de grâce), l’a donné aux disciples pour qu’ils le donnent eux-mêmes aux foules présentes et à venir. Autant de termes gestués qui renvoient à la Cène, au repas eucharistique où le Christ se donne lui-même par le ministère de l’Église. Vraie et substantielle nourriture ? Guérir les infirmes est une chose importante dont le Christ éprouve, au plus profond de lui-même, l’impérative nécessité (Mt 14, 14). Nourrir de « pain et de poissons » en est une autre qui renvoie, chaque individu comme chaque collectivité, à la production et au partage des biens pour que tous reçoivent de quoi s’alimenter. Mais tous ces biens ne comblent pas encore le besoin plus profond de notre humanité, n’apaise pas sa véritable faim. « L’homme n’est-il pas invité à se nourrir de la substance de Dieu ? » (M. Domergue, 18° dim. ord.) « Jésus prit les cinq pains et les deux poissons et, levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction; puis rompant les pains, il les donna aux disciples, et les disciples aux foules (Mt 14, 19). Vouloir guérir, satisfaire sa faim de pain, s’alimenter de la vie du Christ….Tout un cheminement ! Celui-ci n’est-il pas inscrit dans ce récit où les foules malades, aux prises avec la faim intérieure, viennent se refaire auprès du Christ et sont invitées à se nourrir de Lui ? En quoi suis-je interpellé (e) ? En quoi ce chemin me concerne? En quoi ?
« Réaction identique…! » 27 juillet 2008 - 17° dimanche ordinaire A
Il en est du royaume comme de la chance de sa vie. Un homme le découvre sans trop l’avoir cherché, quelque part dans le champ probablement alors qu’il est en train de labourer. Un autre, marchand de perles fines, tombe sur « une » de grand prix et en est tout ébloui. Les deux réagissent de la même façon. Ils vendent ce qu’ils possèdent et acquièrent leur découverte, c’est dire son importance par rapport à tous les autres biens. Le royaume ne fait pas nombre avec les réalités du monde. Il est le bien suprême. Celui qui mobilise les forces et éclaire en donnant du sens à tout le reste. Le royaume ? Est-ce ce mouvement en trois temps qui rend compte de l’importance du royaume : découverte, vente de tout, acquisition ? Le découvrir ne dépend pas d’une quête permanente. On tombe dessus, par hasard, au moins à vues humaines, dans l’exercice ordinaire des œuvres les plus courantes. L’important est alors de se décider : choisir de l’acquérir, d’y consacrer sa vie ou de laisser tomber. Pour l’ouvrier paysan comme pour le négociant une même réaction : vendre tout pour acquérir. Vendre tout ? N’est-il pas judicieux de faire le rapprochement avec le jeune homme riche (Mat 19, 16….) Alors que celui-ci est un homme en tout conforme à la loi, il refuse la « chance » que lui offre le Christ de se mettre à sa suite, à condition (la dernière…) de s’être débarrassé des biens qu’il possédait. Mais les biens dont il n’a pas voulu se défaire l’ont rendu prisonnier et la chance de sa vie a passé, le laissant triste et désemparé. Qui comprendra le don de Dieu ? Se laisser surprendre et ne pas hésiter quand Dieu frappe à la porte (quand ?) et invite à tout laisser ( c’est-à-dire ?) pour continuer la route en le laissant lui, régner, en vivant à sa façon à lui. Le royaume serait-il autre chose que la montée en notre humanité des mœurs même de Dieu tel que Jésus Christ les a développées et insérées en notre monde, que ses disciples ont mis en œuvre et transmises par l’Église et l’Évangile? Découvrir qu’il existe une façon de vivre qui répond pleinement à notre humanité n’est-ce pas le trésor qui vaut tous les dépouillements, la perle fine qui, unique, vaut plus que toutes les autres ? Qui peut dire ce qu’il a trouvé ? Qui retrouve en sa propre expérience le choix sans condition de l’homme de l’évangile ? Face à la chance de sa vie… Qui a eu une réaction identique ? Pas de purge ! 20 juillet 2008 - 16° dimanche ordinaire A
« Purge » ? Ce mot du langage courant, absent de l’évangile, vise pourtant une réalité qui s’y trouve dénoncée. A travers une parabole horticole, celle de l’ivraie envahissant le blé, Jésus donne plus que des conseils aux jardiniers. S’il est imprudent, dans l’ordre des choses de la nature, de retirer l’ivraie avant qu’elle ne se distingue clairement du blé, tant, paraît-il, comme jeune pousse, elle lui est ressemblante, il serait encore bien plus grave d’engager un même traitement quand il s’agit d’humains. La parabole, au-delà du jardinage, porte sur le comportement des hommes et des femmes dans le monde et de la conduite à tenir, les uns envers les autres. Pas de purge ! Quand une idéologie apparaît et impose à tous les citoyens d’entrer dans les mêmes schèmes de pensée, les réticents sont poursuivis, châtiés, torturés. Le temps des purges est alors commencé. Qu’en pense l’évangile ? La parabole le dit. Il s’inscrit en faux contre une volonté imaginaire et déviée de pureté idéologique, prônée quelque fois au nom de Dieu lui-même ou pour l’éliminer. Pas de purge ! Les disciples s’inquiètent. Beaucoup ne suivent pas ou plus Jésus, et certains vont jusqu’à penser le supprimer. Face à ce manque d’intérêt pour l’Envoyé de Dieu, ne faudrait-il pas une bonne semonce pour que chaque récalcitrant se range à la bonne place ? Ce qui n’est pas conforme, supprimons-le doivent penser les disciples ainsi qu’il nous arrive de le penser nous-mêmes. En bas comme en haut de toute société, les tendances ne diffèrent guère que par l’ampleur qu’elles prennent et les moyens qu’elles utilisent. Pas de purges, dit Jésus, du moins c’est ce que j’entends, quand il parle du monde en évoquant le Royaume de Dieu. Il y a dans notre monde des pousses multiformes. Des plants de bons grains mélangés à l’ivraie. Il y a ceux qui accueillent Jésus dans sa messianité et ceux qui le rejettent. La chose est évidente, inutile d’insister. Mais que faire ? Faut-il éliminer, arracher l’ivraie, ou la laisser pousser avec les plants de blé ? Faut-il purger le terrain de tout ce qui est détraqué, déviant, mauvais ? Ne vaut-il pas mieux laisser Dieu combler les bons comme les mauvais, jusqu’à ce qu’il se charge d’engranger le bon grain parce qu’il est du grain, en laissant dessécher l’ivraie, une l’herbe tout juste bonne à être brûlée ? Pas de purge ! D’ailleurs, comment la justifier ? Si l’évangile peut donner l’impression qu’il y a du blé et de l’ivraie comme des plantes opposées, il est bien évident que dans la réalité humaine chaque individu est porteur du meilleur et du pire. Comment fais-tu pour voir la paille dans l’œil de ton voisin alors qu’une poutre occupe tout l’espace du tien. (Luc 6, 41) Chacun doit être conscient de son ambiguïté, chacun doit s’interdire de répartir les autres en bons et en mauvais, même s’il est nécessaire de neutraliser, de soigner et d’appeler certains à une vie plus humaine. Le monde dont on dit pis que pendre s’organise pourtant, sans autre référence explicitée que celle du plus humain, en droits et devoirs constamment corrigés pour être améliorés. Dieu ne fait-il pas briller son soleil sur les bons comme sur les méchants, (Mt 5, 43-48) sur moi comme sur mon ennemi, sur moi qui est peut-être son ennemi. Tenir cette position n’est pas tout à fait naturelle. D’emblée, on classifie en bons et en mauvais et l’on cherche le triomphe de ses propres intérêts. Lorsqu’on invoque Dieu pour justifier ce type de comportement, en fait, alors que l’on se dit chrétien, on se trompe de dieu. Celui au visage du Christ, exprimé dans l’évangile, croit beaucoup plus en l’homme et lui laisse le temps de redevenir bon. Nous ne sommes pas Dieu, cela nous humilie, mais quand nous cherchons à l’être par nos propres moyens c’est notre humanité qui tout à coup régresse. Pas de purge ! L’histoire saigne de celles mises en œuvre… Bon grain – ivraie ? Le Père y voit plus clair que nous ! Pour être bons, Sommes-nous prêts à s’en remettre à Lui ?
13 juillet 2008 - 15° dimanche ordinaire A
Sont-ils visibles ? Jésus, qui se démène sans compter, obtient-il de bons résultats ? Les hommes et les femmes, ses contemporains, sont-ils entrés dans son état d’esprit ? Est-il parvenu à les convaincre du bien-fondé de sa mission ? Est-il reconnu finalement comme le véritable Fils du Père, celui qui vient de Dieu et en qui Dieu se voit quand on sait « regarder » ? Parole, enseignement, miracles et guérisons, présence et bonté ont-ils eu raison des réticences et des fausses perceptions ? La foi est-elle née ? Question ! A parcourir les pages d’évangile d’où provient la parabole du semeur, on ne peut qu’en douter. Allez donc les visiter…Et d’ailleurs, plus Jésus avance vers l’échéance finale, plus les rangs de ceux qui l’ont suivi, s’amenuisent, jusqu’au moment où ne restera que l’une ou l’autre personne. Alors échec ? Jésus, aussi conscient que ses disciples des difficultés du moment, répond par cette parabole. Le semeur est sorti pour semer… ! « Semer » n’est pas encore le temps de moissonner. Or, en ce temps des semailles, le grain est amplement jeté. Il en tombe partout et sur toutes sortes de terrains plus ou moins bien préparés. Le Christ ne se ménage pas, à tout moment, il ensemence par son enseignement, ses miracles, son dialogue de personne à personne, son pardon. Mais la semence lève-t-elle ? Les disciples ne la voient pas. La réponse de Jésus appelle à l’espérance. Il voit, certes, l’étiolement des graines, mais également le succès de celles qui portent cent, soixante ou cent pour un ? Réconfort ? Espérance ? Pour ceux qui, à sa suite, veulent annoncer le Royaume, il est bon de l’entendre pour avancer sans se décourager. Ne sont-ils pas ses disciples ? Il dit et vit en vérité. Cependant, il faut également discerner l’illusion et se soustraire aux faux contentements. Le semeur est sorti… et il sème aujourd’hui par notre intermédiaire, car ce qui est semence est la vie même du Christ. Et cette vie, nulle ne peut la trouver si elle ne lui parvient par l’intermédiaire des disciples, de ceux qui font église. N’est-il pas bon alors, pour les chargés d’affaires, certes portés par l’espérance, de se demander si la Parole est encore bien proclamée, où et quand et à qui ? Où, quand et à qui ? La parabole parle d’une abondance qui frise le gaspillage. Le Christ a parcouru le pays, si l’on peut dire, sans se lasser. Mais où aujourd’hui la Parole est-elle entendue ? Qui en est-il destinataire et à quel moment de la vie ? Allez-vous en sur les places, disait la chanson… Allez sur les marchés, répétaient quelques chrétiens ou pasteurs engagés, intervenants du Congrès Eucharistique, voyez les pauvres qui attendent, ici pas loin, à votre porte… Allez. Allez, semez. Pas seulement sur les lieux publics pour chanter, danser et prier, mais dans les questions des hommes et des femmes d’aujourd’hui, dans leurs préoccupations, dans la façon de promouvoir la culture et de prendre les décisions. Dans la façon de voir le monde et de l’exprimer. Entrer dans leur esprit avec celui de Jésus-Christ pour qu’il leur apparaisse comme le don suprême, merveille d’humanité. Allez, non pas pour le folklore, mais là où le monde vit à l’intérieur de lui-même, là où se tressent ses pensées, où explosent ses joies, où sévit sa misère interne, là où le pardon et la réconciliation doivent arriver. Là où se trouve le chercheur et l’employé d’usine, le médecin, le cadre, le journaliste, là où la pensée se crée et la vie se façonne. Là ! La Parole, en nos mains parce qu’elle est en nos cœurs, doit être proclamée sur tous les terrains du monde et de notre société. C’est le temps des semailles… Le semeur est sorti… Dehors il nous faut être… Les résultats ? A Dieu de s’en charger !
" Tout " 6 juillet 2008 - 14° dimanche ordinaire A
Jésus peut affirmer des choses qui, dans la bouche d’une personne autre que lui, paraîtraient insensées, sembleraient provenir d’un esprit détraqué. Pourtant, dites par Jésus, il n’en est rien. Il affirme tranquillement, sans paraître délirant, que tout lui a été remis par son Père. « Tout », c’est beaucoup, tout c’est tout, beaucoup et sans ajouts. Provenant de sa façon d’être en général, cette façon de dire appelle à l’attention plus qu’à la suspicion, à l’adhésion plus qu’au rejet. Jésus n’est pas fou, même si sa famille un moment a pensé qu’il n’avait plus sa tête. (Mc 3, 21) Tout lui a été remisIl se comporte envers les gens avec une intense présence (homme riche), grande et fine intelligence (samaritaine), immense respect (femme adultère), inlassable bonté (Pierre) et totale vérité (scribes et pharisiens). Ces personnes, qui l’abordent ou qu’il aborde, en sont impressionnées et s’interrogent sur son identité. Les hommes et les femmes reconnaissent en lui un homme sain de corps et d’esprit. Même les démons ne s’y trompent pas, eux qui, connaissant son Nom, voudraient le fuir mais n’y parviennent pas. Même les pharisiens et les responsables du Temple, qui ne veulent pas céder à son charme divin, attachent beaucoup d’importance à ce qu’il fait, au point de craindre pour leur autorité, d’où leur projet de s’en débarrasser. Chacun reconnaît en Jésus un homme équilibré, bien campé en lui-même, à la parole juste, nullement ébranlé par les méchancetés. Pilate lui-même n’en revient pas d’avoir devant lui quelqu’un à la fois vrai et innocent, qui se laisse malmener par les forces du mal sans jamais utiliser les mêmes armes. Quand il déclare que « tout » lui a été remis par son Père, il ne fabule pas, car il se montre fort dans la confiance de celui qui lui a tout remis, et se tient dans un amour inébranlable. Il affirme en même temps qu’il n’est pas d’autre chemin que lui-même pour aller au Père et, sans exagération aucune, que pour le Père il n’est d’autre chemin que lui pour aller à l’homme. « Tout » (Mt 11, 27)« Tout » signifie donc, si l’on en croit les versets qui suivent, le lien étroit entre Jésus et son Père, et l’idée qu’il n’y a d’autre connaissance de Dieu et de chemin pour y parvenir que Lui. L’homme Jésus, physiquement si fragile et vulnérable, démuni de tout avoir et pouvoir séculiers, porte en lui la puissance de Dieu capable de faire monter l’homme au sommet de son humanité, en l’amenant à sa propre ressemblance. Si « tout » Dieu pour l’homme se trouve en Jésus Christ et aussi si tout l’homme se trouve en lui, alors inutile d’aller chercher ailleurs la nécessaire vie dont les hommes ont besoin. Mais n’est-ce pas trop dire, que de se représenter le Christ comme le « tout » de Dieu, et le « tout » de l’homme pour l’homme ? N’est-ce pas une vue de l’esprit qui fait d’un « être humain » la réalité et de Dieu et de l’homme ? Cette réalité « universelle » du Christ, le « tout de l’être », est tellement exorbitante que pouvoir y adhérer réclame que la foi soit donnée. Car Dieu « visible » dans le Christ est à cent lieux de notre vue humaine de la divinité, et qu’il soit l’homme accompli déroute de la même façon nos espoirs de puissance que nous appliquons à Dieu et que nous souhaitons pour l’homme. Car celui qui se présente comme le dépositaire de « tout » vit comme un pauvre. Il ne possède rien et surtout il ne s’impose pas. Il essuie le doute (Mt 11, 2 – 19) et le refus (Mt 11, 20), mais ne pouvant obliger personne à croire en lui, il se contente de poursuivre sa route en déplorant le manque à gagner pour ceux, qui l’ayant entendu, ont fini par s’en écarter en se vengeant de lui. « Tout » Qui peut comprendre ? Dans quelles conditions faut-il être ? Les sages et les savants n’y parviennent pas. Mais qui sont-ils ? Ceux qui ne se fient qu’en eux et qui ne demandent rien à Dieu ? Les tout-petits comprennent. Seraient-ils ceux qui savent qu’ils ne savent pas tout, que le « tout » est un autre, à la fois pauvre, démuni, et toute vérité. Que le « tout » est Jésus qui se laisse approcher, et qui, sous le même joug, se propose de tirer avec chacun de nous la vie qui nous échoit (Mt 11, 28-30). Mon joug est doux et mon fardeau léger…Le « tout » est le tout proche de toute l’humanité, mais ne s’en rendent compte que les tout-petits, ceux qui, dans l’évangile, estropiés, sourds-muets, aveugles, meurtris dans leur corps et dans leur âme, rejetés, lépreux, appelés devenus disciples, y compris Marie des évangiles, se laissent toucher, pardonner, réconcilier, régénérer, conduire jusqu’à la confession de foi, reconnaissant que le Christ est « tout » et que seule la vie qui aime comme lui est une vie accomplie. Le Christ tire avec nous notre vie. Son « joug » est doux, et sa sainteté qui effrayait devient un fardeau léger qu’avec lui, on peut porter. Le Père lui a tout remis. Remettons-lui notre vie ! « Tout » en Christ sera donné.
« Sa différence ? » 29 juin 2008 - Fête des saints Pierre et Paul
Quelle est sa différence et comment l’exprimer ? Quand Jésus pose à ses disciples la question de son identité, il les oblige à se déterminer en fonction de lui-même. Les disciples le suivent depuis un certain temps, mais qu’ont-ils compris de lui ? Pensent-ils aussi comme les gens ou bien ont-ils saisi son originalité ? Jésus ne laisse pas indifférent. Les hommes qui l’ont entendu, approché, côtoyé ont une idée de qui il pourrait être. Le Fils de l’homme, comme Jésus s’auto-déclare, pourrait être un personnage du passé, Jean-Baptiste, Élie, Jérémie ou l’un des prophètes. (Mt 16, 14) Qu’en pensent les disciples ? Sont-ils dans un même état d’esprit ? Identifient-ils Jésus à des personnages connus ou ont-ils découvert en lui une différence ? Quelle est sa différence ? Dans le contexte actuel de nos sociétés où le phénomène religieux à la fois périclite et resurgit constamment, la question de l’originalité de Jésus se pose à tout moment. Face au nivellement de « toutes les religions se valent », la foi en Jésus Christ exprime-t-elle une différence ? Apporte-t-elle à l’humanité une dimension irremplaçable à son développement ? En même temps qu’il faille toujours sonder l’identité du Christ, il faut aussi, et peut-être plus encore, découvrir et montrer ce qu’il est pour le développement et l’avenir de toute l’humanité. Est-il le seul à apporter à l’homme ce que nul autre grand maître en religion ne pourrait lui fournir ? Par rapport aux guides qui proposent un chemin de vie, en quoi la proposition évangélique, donc du Christ, est-elle originale et touche à l’essence même de l’homme ? Quelle est sa différence ? La question n’est pas nouvelle. L’apologétique s’est efforcée d’y répondre. Pour prouver qui il est, on a déjà évoqué sa puissance sur les êtres et sur les éléments du monde. Mais en énonçant les miracles accomplis, a-t-on vraiment touché au plus original de son identité ? Ne faut-il pas chercher plutôt du côté de l’idée qu’il s’est fait de notre humanité et de la possibilité qu’il offre pour la réaliser, la mener à sa plénitude, pour porter le projet humain jusqu’à son accomplissement ? Qu’est-ce qui est indispensable à l’homme et que l’on ne trouve que dans le Christ ? Quelle est sa différence ? Quand Pierre déclare le Fils de l’homme, Messie et Fils du Vivant (Mt 16, 16). il ne l’a pas découvert au terme d’une comparaison entre les différents prophètes de l’ancien Testament, mais par intuition intérieure, don du Père, comme Jésus le lui fait remarquer. Docile à cette motion intérieure, don du Père, ne confesse-t-il pas en Jésus la totalité de l’Être ? Ne découvre-t-il pas, en Jésus, le Christ, le Fils du Vivant, la personne ultime de l’humanité véritable et de la divinité pleinement révélée ? Le « lieu » absolu où aboutit toute recherche humaine, le « lieu » indépassable au-delà duquel il n’y a rien d’autre ? Dans le dialogue entre Jésus et Pierre, il y a bien plus qu’un lien entre maître et élève; il y a la découverte du fondement de l’être. Je suis par toi, ainsi s’exprime Pierre. Et Jésus lui répond en le « créant » roc de la communauté régénérée par lui, l’Église, hommes et femmes qui puisent en lui leur humanité. (Mt 16, 16-20) Certes en ce passage nous n’entendons pas Pierre déclarer : « Mais à qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle », mais n’est-ce pas cette même réalité qui s’y trouve sous-jacente ? Et n’est-ce pas en cela que se trouve la grande différence d’avec les autres grands hommes religieux ? Jésus est l’extrême de l’homme et de Dieu. En lui se trouve notre propre image à devenir en tant qu’être humain. Nul ne peut être pleinement humain en dehors du Christ. Quelle est sa différence ? Retournons chacun à notre méditation. C’est dans notre intériorité, située en plein monde et au contact de la Parole évangélique, que le Père opère afin de nous révéler que l’identité du Christ est également notre propre identité. Pas facultative, comme si l’on pouvait être pleinement humain sans lui, mais identité universelle pour chaque être humain, hommes et femmes, de notre planète. Ensuite, qu’avec nos propres mots, nous puissions, non pas répéter des phrases mémorisées sur qui pourrait être le Christ, mais balbutier notre expérience du Christ dans son rapport au devenir de toute l’humanité. Nous saurons peut-être mieux alors saisir la différence. Nous saurons éviter de nous en laisser conter par ceux qui aujourd’hui pensent et disent que le Christ tel que l’Église le porte en elle, est dépassé. Jésus de Nazareth ! Qui est-il ? Face à tous les guides religieux, Quelle est sa différence ?
« Parler fort ! » 22 juin 2008 - 12° dimanche ordinaire A
Une invitation du Christ adressée aux disciples ! Ce que le Christ fut et ce qu’il est encore, il faut le proclamer haut et fort. Non pas nécessairement en décibels, mais en comportement et par le témoignage. « Ce que je vous dis dans l’ombre, dites-le au grand jour : ce que vous entendez dans le creux de l’oreille, proclamez-le sur les terrasses. » (Mt 10,27) Tout le monde doit l’entendre, quels que soient les obstacles. Ce que l’Eglise de Mathieu avait besoin de se remémorer, l’Eglise d’aujourd’hui doit l’entendre à son tour et le mettre en pratique. Ce que le Christ fut, nous le savons un peu, mais, par ceux sensés être disciples, cela risque d’être vite oublié. Cette pauvreté de vie qui le caractérisa peut rapidement être recouverte par le faste et l’éclat. Pour impressionner le monde, que ne ferait-on pas ? L’Église cherche à montrer sa force avec son apparat, mais qu’en est-il alors de sa seule référence ? La gloire de Dieu n’a guère besoin d’éclats, elle brille suffisamment, et même pleinement, sur le visage du Christ et son comportement. Parler haut et fort c’est parler comme lui. Dire, avec l’engagement de soi, dans le dépouillement, ce qu’est Dieu en Jésus, n’est-ce pas se tenir devant l’homme, non en le condamnant, mais en l’ouvrant à lui-même, et en lui permettant de se voir dans son manque d’amour ? Zachée, comme la Samaritaine, et tous les personnages présents dans l’évangile, se découvre en manque, en même temps qu’ils se sentent aimés. Certes, il y a ceux qui refusent et s’emportent, et s’insurgent, et trouvent que l’amour ne peut venir de Dieu. Être trop « complaisant » avec ceux qui, aux yeux des hommes, ne le méritent pas, peut attirer les foudres des hommes de la Loi. Ce que Jésus fut et ce qui lui arriva, n’est-il pas de cet ordre-là ? Parler haut et fort comme lui ! Il n’a pas fait trois ans dans ce régime-là. On lui a vite enlevé le droit à la parole. Il peut, à juste titre, craindre que ses disciples ne le suivent pas jusque au bout. « Ne craignez pas… ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent tuer l’âme ! » (Mt 10,28) Cependant, comment humainement ne préférerait-on pas le statu quo de la tranquillité à la contestation risquée de tout ce qui est faux, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Eglise, et qui oblige soi-même à vivre en vérité ? Alors il les exhorte : « Ne craignez pas… ne craignez pas… » Être fidèle au Christ, être soucieux de l’homme : un combat identique… Pour cela parler fort Si l’on vit comme le Christ !
« Solitude et communion » 15 juin 2008 - 11° dimanche ordinaire A
La solitude humaine est grande à l’infini. Rien de ce qui est humain ne pourra la réduire. Elle est un grand désir toujours inassouvi. Chacun la porte en soi, plus ou moins prise en charge. On court vers des choses en croyant l’oublier, on cherche des expériences pour ne pas l’assumer. Mais que l’on possède plus ou que l’on s’étourdisse, dès qu’on est dégrisé, elle se tient là, toujours aussi présente. Solitude ! Comment puis-je l’assumer et même l’habiter mais sans m’y enfermer ? L’autre, celui qui comme moi vit le même isolement, peut-il avec moi entrer en communion ? Le début du salut ne s’appelle-t-il pas relation ? Même si elles sont très précaires et toujours à refaire, les relations humaines répondent à cet appel qui monte de mon être et qui dit impérativement « communions ensemble ». Mais aucune n’épuise le désir très profond qui réclame la présence au centre de mon être, capable d’habiter ma propre solitude sans pour autant aliéner ma propre identité, lui donnant au contraire de se sentir exister en vérité car aimée. Bonne nouvelle du Royaume ! Un homme l’a proposée, criée, réalisée. Quand il voyait les foules, il en avait pitié, ses entrailles se nouaient. Les foules, elles étaient (elles sont ?) harassées, prostrées comme des brebis qui n’ont pas de bergers. (Mt 9, 36) Pourtant à cette époque, il ne manquait ni chefs, ni savants, mais aucun n’atteignait l’intime de l’être humain pour faire naître en lui un lien de communion. Celui qui est venu et envoie ses disciples dotés du même pouvoir que lui, saura-t-il pénétrer le centre du cœur humain pour l’ouvrir et lui faire expérimenter ce qu’est la communion ? Pour créer le lien unique et salutaire qui permet « d’être avec » sans cesser « d’être soi » ? Il s’avance (ils s’avancent) vers chaque être humain, en leur annonçant que le royaume est là à portée de leur main. Qu’ils peuvent être guéris de cette solitude encore inhabitée et qui les laisse seuls aux prises avec la vie sans pouvoir réaliser le désir plus fondamental encore, celui d’entrer en relation jusqu’à la communion. Il va (ils vont) vers chaque personne humaine sans texte ni programme, sans consigne morale, riche de l’état de son cœur, et qu’il veut partager : entrer en relation, exprimer une grande bonté, donner la paix, faire sentir à chacun combien il est aimé. Jésus (et ses disciples qui proposeront son être), parviendra-t-il à faire se rencontrer des hommes et des femmes au niveau de leur être, sans nul autre objectif que d’expérimenter qu’ils sont gratuitement aimés ? (Mt 10, 7-8) Amour et communion ! Le Christ peut-il faire que l’homme ne soit plus seul tout au fond de lui-même ? Que le cœur de chacun devienne communion, en l’accueillant lui-même présent en ses disciples ? Le Christ n’est-il pas communion ? Peut-il faire que des gens se rencontrent comme ils ne le pourraient pas, en se livrant à l’autre dans le seul désir d’être avec, pour le bonheur de l’autre, gratuitement ? Ce type de communion, comme le veut le Christ, ne supprime pas les maladies physiques, ni le scandale de la mort, mais change considérablement la vie, car chacun porte avec l’autre la douleur ou la joie de sa vie et leur cherche remède. Le royaume est proche ! (Mt 10, 7) Les disciples disent et font comme leur maître. Pourtant ils ne sont guère différents de ce que nous pouvons être. Dans la liste des Douze, plusieurs sont inconnus et, parmi les deux qui sont plus populaires, l’un renia son maître et l’autre le livra. Pourtant ils sont institués comme ministres de la communion afin que les humains atteignent la plus profonde relation. (Mt 10, 2-4) Guérir l’homme des maux dont il est accablé passe-t-il par une plus grande communion au sein de notre humanité ? De notre solitude où chacun est tapi, plus ou moins enfermé, comment passer à une communion universellement désirée de sorte que la vie soit complètement changée ? A relire l’évangile qui nous est proposé, on se prend à penser que bien des maladies proviennent d’une carence. En regardant le Christ envoyer ses disciples, accueillerons-nous la grâce de mieux encore comprendre que rien n’est plus miraculeux que d’être en communion ? Mais comme cela est au-delà de nos forces, accepterons-nous de la recevoir du Christ et de la donner gratuitement ? (Mt 10, 8) Nés dans la solitude, Deviendrons-nous un peu plus communion ?
Qu’attend-il ? 8 juin 2008 - 10° dimanche ordinaire A
Pourquoi ne pas se poser cette question en méditant l’évangile de ce jour ? La réponse pourrait-elle nous remettre en face de l’essentiel ? En effet, Dieu, qu’attend-il des publicains, personnages aux marges du Temple pour cause d’impuretés rituelles, et des pharisiens observateurs scrupuleux de la loi émiettée en détails, autrement dit de l’humanité répartie en ces deux catégories ? Qu’attend-il d’eux ? Les pharisiens pensent sûrement le savoir et même en satisfaire au mieux cette attente. Ne sont-ils pas d’impeccables pratiquants et ne repèrent-ils pas chez les autres les infractions à la Loi ? Ils ne se privent pas de penser que Dieu doit être content d’eux puisqu’ils organisent tous leurs allers et venues en fonction de lui. Les publicains, qui vivent leur vie professionnelle en levant l’impôt pour le compte de l’occupant romain, qui fréquentent toute sorte de monde sans craindre de perdre la pureté rituelle, ressentent peut-être au fond d’eux-mêmes une sourde culpabilité. Eux, que l’on traite de pécheurs publics (publicains), ne se sentent peut-être pas très à l’aise avec Dieu. Éprouvent-ils d’être rejetés de Dieu, comme ils le sont de la part de ceux qui se prétendent les meilleurs? Dieu, qu’attend-il ? Et voici que Jésus survient. Il n’est pas n’importe qui. Les gens le trouvent « singulier ». Il parle, il vit d’une façon originale, d’une façon bien à lui qui se distingue de celle des autres hommes religieux. Contrairement aux pharisiens, ils fréquentent volontiers les pécheurs. Il dit même qu’il conçoit sa vie pour eux. Qu’il ne les craint pas. Manger avec eux ne lui fait pas peur, n’en déplaise aux biens pensants. Jésus, que les pharisiens appellent maître, fait même plus que de communier au même repas, il appelle Matthieu à le suivre. Il veut en faire son disciple. Et à travers Matthieu, n’est-ce pas tous ceux qui lui ressemblent qui sont ainsi approchés et appelés par le Christ ? Et n’est-ce pas parmi eux que Jésus reçoit la réponse la plus empressée et la plus radicale ? Matthieu, appelé, se lève et suit le Christ aussitôt. Les pharisiens voient ce qui se passe et pourtant n’entendent pas d’appel, à moins qu’ils ne l’étouffent à l’intérieur d’eux-mêmes. Ce qu’attend Dieu, ne le savent-ils pas déjà ? Dieu, selon eux, ne reçoit-il pas abondamment de leur part ? Jésus n’appelle pas explicitement les pharisiens, du moins cela n’est pas dit qu’il l’a fait. Le leur dire n’aurait-il pas de réponse ? Et pourtant, Dieu qu’attend-il, sinon d’être pris en compte tel qu’il est, en Jésus de Nazareth ? Qu’attend-il sinon qu’on le laisse s’approcher pour qu’il puisse se révéler? Qu’on laisse de côté ce que l’on pense connaître de lui pour l’entendre nous solliciter ? Les pharisiens passent à côté de la rencontre, perdus dans leur bonne conscience; les publicains s’empressent de se laisser libérer. Dieu est miséricorde, il aime l’humanité et entend le lui faire savoir : « Viens suis-moi » Qu’attend-il d’autre ? Sinon que l’homme se laisse aimer et, par là même, vive une purification plus profonde que la rituelle. N’est-ce pas la seule réponse à la question du début ? Il attend qu’on lui dise « oui » quand il s’exprime en Jésus Christ à travers l’évangile qui nous le montre aujourd’hui. Qui nous le montre « préférant la miséricorde à tous les sacrifices » (Mt 9, 13) « privilégiant la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. » (Osée 6, 6) Dieu aime, il ne sait faire autre chose. Il aime tout être humain, y compris les pharisiens. Mais pour se laisser aimer, il ne faut pas être pharisien. Sentez-vous donc publicain. Dieu m’aime-t-il ? Qu’attend-il ? Sinon qu’il lui soit dit « Oui ». 1er juin 2008 - 9° dimanche ordinaire A
Si, bien sûr, cela est nécessaire ! Détrompez-vous ! Peut-être n’êtes-vous pas autant chrétiens, c’est-à-dire disciples du Christ, que vous l’imaginez ? C’est un avertissement majeur, et même brutal, que Jésus adresse à ses disciples. Il vient de longuement les enseigner. Avec la proclamation des Béatitudes et leur prolongement pour dénicher le mal blotti au fond des cœurs (Mt 5, 1-48), en passant par la reddition du Notre Père et ses déclarations sur la prière, l’aumône et le jeûne (Mt 6, 1…), jusqu’à cette finale méditée aujourd’hui (Mt 7, 21-27), Jésus a vraiment pris le temps d’informer ses disciples sur ce qu’ils devaient être. Mais des illusions sont toujours possibles. Les meilleures intentions, comme les plus belles paroles, peuvent n’être que du vent. Nous sommes, bien sûr, alertés sur le décalage entre dire et faire, mais il est meilleur d’en prendre conscience dans notre vie. Et n’est-ce pas le moment aujourd’hui ? Que nous évoque les Paroles du Christ lorsqu’il déclare « qu’il ne suffit pas de lui dire Seigneur, Seigneur », mais, qu’avant tout, il faut faire la volonté de son Père qui est aux cieux; (Mt 7, 21) Ressentez-vous un décalage entre invocations pieuses et ce qui fait par ailleurs l’essentiel de votre vie ? L’essentiel, en effet, n’est-il pas que Jésus soit Seigneur en nos vies? Appelé Jésus Seigneur est une belle et bonne chose, c’est même l’appellation la plus juste, le summum de la foi proclamée par Thomas au soir du dimanche après Pâques. (Jn 20, 28) Mais faire en sorte qu’il soit le Seigneur de ma vie, qu’il en soit le Maître et l’Inspirateur, que son Esprit m’habite et m’anime est une longue entreprise. Seigneur un nom juste qui pourrait sonner faux, si je ne fais attention ! Détrompez-vous ! Il ne suffit pas de dire Seigneur, Seigneur… A chacun de voir ce qu’il en est. Et, comme peut-être nous sommes prêts à protester de notre bonne foi, voici encore de quoi affiner le discernement. Comment ? Ne serions-nous pas de bons chrétiens, d’excellents disciples nous qui en son nom avons fait tant de choses bonnes et dévouées ? Lesquelles ? Chacun entretient son estime de soi grâce aux bienfaits qu’il prodigue. Comme ces gens dont il est question dans l’évangile qui présentent des états de services surprenants et même des plus valables ! « N’est-ce pas en ton Nom que nous avons prophétisé, chassé les démons et accompli de nombreux miracles ? » (Mt 7, 22) En effet, comment avec de telles prouesses ne seraient-ils pas disciples du Christ ? Qui ne serait surpris d’apprendre le contraire ? Nous sommes tellement marqués par l’éclat de la puissance, que celui qui réalise des miracles ne peut être que de Dieu, du Christ ! Pourtant … Pas plus que de s’en tenir à dire Seigneur, cela n’est suffisant. Êtes-vous troublés d’entendre cela ? Sans doute, ne faites-vous pas de miracles, mais peut-être rêvez-vous d’en faire ou tout au moins leur accordez-vous beaucoup de crédit et regardez-vous les faiseurs de miracles comme des hommes ou femmes de Dieu ? Certes, le miracle est un bienfait pour le destinataire, jusqu’à un certain point au moins, mais pas nécessairement pour celui qui l’accomplit. Sinon, comment comprendre les propos de Jésus dans un contexte d’évaluation d’une vie (de jugement : en ce jour-là. Mt 7, 22) A ceux qui en son Nom ont accompli des miracles sans faire la volonté du Père (est-ce donc possible ?), Jésus déclare : « Je ne vous ai jamais connus; écartez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité » (Mt 7, 23) Les satisfactions à bon compte, la bonne conscience confortablement assise sur de bonnes œuvres, le sentiment d’avoir fait beaucoup pour le Christ sont là, stigmatisées de façon radicale. Détrompez-vous donc s’il en est besoin ! La question qui surgit, est : Alors que faut-il faire pour être sûr d’appartenir au Christ ? Si les seules invocations mêmes ferventes ne suffisent pas, si les actions d’éclats et bonnes en soi ne valent pas nécessairement, alors comment faut-il s’y prendre ? Quelle est cette volonté du Père que, pour réussir sa vie, il faut mettre en pratique ? La réponse se trouve dans l’expression elle-même, puisqu’on parle de Père, ne faut-il pas être fils ? Certaines personnes cherchent la volonté de Dieu à travers des signes extérieurs ou des rêves intérieurs. Ce qui les amène à vivre dans une sorte d’apesanteur et comme déconnectés de la vie. Ils voient des signes partout (autrement dit, ils en fabriquent), au point d’en oublier les exigences élémentaires d’une vie de travail ou de passer à côté des normes du vivre ensemble. Faire la volonté du Père, marcher comme disciple du Christ, n’est-ce pas devenir fils comme lui et donc faire passer l’autre, non en parole mais en acte, avant soi, comme il l’a fait lui-même? Avant soi ! Toute démarche, même au nom du Christ, qui ne prend pas naissance dans cette volonté de faire passer le bien de l’autre avant l’intérêt que je pourrais en retirer, est entachée du mal originel et écarte du Christ. Dans ce choix s’effectue le jugement. Et cette attitude fondamentale qui fut celle du Christ est en même temps le seul vrai nom de l’amour. Après avoir relu l’évangile (Pt 7, 21-28), nous pouvons réentendre 1Co. 13 : Quand bien même je déplacerais les montagnes, vendrais tous mes biens pour en donner le montant aux pauvres, parlerais toutes les langues ou livrerais ma vie aux flammes, si je n’ai pas la charité…je ne suis rien. Réentendons également la litanie qui suit et définit l’amour. Un autre passage d’évangile peut entrer encore dans notre méditation. Quand les soixante douze reviennent de mission pleins d’allégresse parce qu’ils ont chassé les démons, Jésus leur rappelle le vrai motif de la joie : Avoir son nom inscrit dans les cieux et non tirer vanité d’actions d’éclats. (Lc 10, 17-20) Être du Christ n’est-ce pas construire sa vie pour l’autre, y compris vers l’autre le plus différent, l’ennemi ? (Mt 5, 43-48) En regardant nos vies, est-ce bien dire que de s’inviter à se détromper soi-même? Vous dites être chrétien : Ne vous trompez-vous pas ?
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Le commentaire biblique de la semaine homélie du dimanche évangile du dimanche méditation