Les A.A.A.

Du P. Benoît Bigard

JANVIER 2003 

(Encart n°5)

 

La collaboration laïcs-religieux a.a.

Dans cette rubrique à la découverte du charisme de l’assomption, vous avez déjà pu découvrir, une formulation rapide de notre charisme (La Vie au Montmartre n°2) ce qui se cache derrière le nom assomptionnistes (n° 3), mais aussi nos trois notes distinctives : doctrinal, social, œcuménique (n°4). Dans ce cinquième numéro nous abordons un sujet d’actualité pour le Montmartre : la collaboration laïcs-religieux à l’assomption.

Pour entrer dans le sujet, je vous propose un premier extrait d’une lettre de 1994, du supérieur général à ses religieux. Après avoir situé les « trois petites révolutions » sur la place des laïcs dans l’Église depuis le concile Vatican II, le P. Maréchal évoque l’histoire de cette collaboration à l’Assomption :

Extrait de la lettre : « La collaboration religieux-laïcs » , 1994 du P. Claude Maréchal, supérieur général de 1987 à 1999

 

Notre tradition propre

"Les associés se partagent en deux classes : ceux qui vivent dans la maison, ceux qui sont au-dehors et qui même sont mariés. Les uns et les autres doivent prendre autant que possible l'esprit de la vie religieuse. Ils doivent se considérer comme des religieux, non par leurs vêtements mais par leurs mœurs; non par certaines pratiques plus ou moins acceptables de tous mais par leurs vertus."

(Règle de l'Association des Maîtres du collège de Nîmes, 27 décembre 1845).

En homme de son temps, car à l'époque une telle pratique était relativement fréquente, E. d'Alzon associe étroitement religieux et laïcs dans cette fondation. Une vie évangélique rigoureuse est exigée des uns et des autres, les mœurs et les vertus comptant plus que le vêtement ou les pratiques. Chez le P. d'Alzon l'unité est première : exigées, les distinctions ne viendront qu'ensuite : Congrégation d'une part, Tiers-Ordre de l'autre. La première ébauche n'est pas le brouillon de la réalité à venir; elle est indicative : religieux et laïcs sont liés par une communauté de vues et de vie évangélique dans la réalisation d'un projet apostolique.

Il en sera bien ainsi au Collège de Nîmes : les professeurs seront en grande majorité des laïcs, tous gradués de l'Université, rétribués au tarif des Collèges Royaux, prenant le relais des Ordres religieux pour l'éducation chrétienne. Avec les années, le projet d'éclairer les esprits de la lumière de la Vérité deviendra volonté de régénérer le tissu chrétien de la société. Fidèle à son intuition initiale, E. d'Alzon cherchera encore à associer à cette entreprise de grande envergure des laïcs, véritables légions mobilisées pour la Cause de Dieu, riposte chrétienne aux maux de l'époque:

"Comment combattre de si grands maux? Ne pensez-vous pas qu'un Tiers-Ordre ou tout autre association, à laquelle vous donnerez le nom qu'il vous plaira, aurait une immense utilité, si vous y groupiez des hommes intelligents et si, par eux, vous prépariez des cercles de formation, des Universités catholiques, le noyau de toutes les oeuvres ouvrières dont il est si nécessaire de s'occuper?" (3e circ. en vue du Chapitre général, 1874)

La perspective reste bien apostolique. Elle suppose, bien sûr, un style de vie conséquent. Comme on l'a dit judicieusement, "le Tiers-ordre n'est pas une pieuse association, mais un moyen pour rendre aux laïcs, voulant vivre de notre esprit, leur responsabilité dans la défense des droits de Dieu et de l'Église." Percevant clairement la valeur et les travers de l'esprit ecclésiastique comme la vigueur et les possibles excès de l'esprit laïque, E. d'Alzon avait vite compris combien la combinaison des deux pourrait être fructueuse. Ses premiers disciples, les Pères Pernet et Picard mirent en pratique ces idées en fondant diverses associations, comme Notre-Dame de Salut et sa branche hospitalière.

Qu'en est-il advenu par la suite? L'expulsion de France, le déploiement en Europe orientale, le développement rapide de la Congrégation ont amoindri peut-être une collaboration religieux-laïcs qui fut intense. "Nul ne peut dire, déclarait le P. E. Bailly au Chapitre général de 1912, la part considérable que nos anciens tertiaires, hommes ou femmes, ont prise à la création et aux développements de l'Assomption dans le passé."

L'histoire de cette collaboration resterait à écrire. Dans une Église très cléricalisée, peut-être a-t-elle subi des éclipses, alors même qu'elle s'amplifiait à la Bonne-Presse. Mais si l'association la plus étroite prescrit bien un style de vie évangélique, c'est pour un but apostolique. La visée est délibérément apostolique. Mais le Règne de Dieu ne progresse autour de nous que s'il advient en nous.

Après avoir parlé des fraternités assomptionnistes du Tiers-Ordre de saint Augustin, les Règles capitulaires (1964), ce premier fruit du renouveau conciliaire, invitent " à proposer dans nos contacts individuels ou organisés les richesse de notre spiritualité à ceux qui attendent de nous une animation plus directe". Pourquoi les personnes généreuses qui tissent un réseau autour de nos oeuvres ne connaîtraient-elles pas davantage notre famille religieuse, ne bénéficieraient-elles pas d'écrits susceptibles d'enrichir leur vie chrétienne? "Ne pourraient-elles pas être rassemblées dans un organisme très large qui faciliterait notre action auprès d'elles et rendrait celle-ci plus efficace?" Une suggestion qui n'a pas eu de suite sous cette forme. Car pour la Règle de vie (n° 16), la formation de laïcs responsables est bien l'une de nos priorités.

Les associations de laïcs en lien avec les Augustins de l’Assomption

République Démocratique du Congo : AAA du Kivu

Chili : Les Assomptionnistes laïcs du Chili

Mexique : Les Assomptionnistes laïcs de Mexico

USA : Les Laïcs Amis de l’Assumption Collège

Bulgarie : Les Anciens du Collège de Plovdiv

France : Les Amis de l’Assomption

Un exemple : les Amis de l’Assomption en France

Quel est le but de l'association A.A.A.( Association des Amis de l’Assomption) ?

Cette association a pour objet de regrouper les personnes qui ont des liens avec la famille religieuse des Augustins de l'Assomption.

Elle se met à la disposition de ses membres pour les aider à :

connaître et faire connaître la spiritualité assomptionniste, par l'étude des textes fondateurs comme ceux du Père Emmanuel d'ALZON, de Saint AUGUSTIN...

partager et soutenir des activités avec les religieux assomptionnistes, sessions, retraites, universités d'été, pèlerinages, rencontres diverses ... dans le but d'un approfondissement de la foi.

collaborer aux œuvres ou à l'apostolat dans lesquels la famille assomptionniste est engagée : présence auprès des jeunes, éducation, université d'été, œuvres sociales, présence auprès des plus démunis, vocations, missions lointaines, aide au développement, Presse, … soutien de communautés et toute autre œuvre inspirée par la famille assomptionniste …

Les demandes spécifiques de notre époque

Curieusement, un nombre croissant de laïcs séculiers demande à partager le charisme des Instituts religieux masculins ou féminins. La collaboration apostolique ne leur suffit pas; ils désirent un type d'appartenance beaucoup plus profonde, souhaitent s'abreuver à la source, quitte à peiner sur les textes du fondateur !

Ce n'est pas, semble-t-il, une mode passagère. Le transfert à des laïcs d'institutions scolaires, hospitalières, caritatives n'est pas étranger à ce phénomène assez neuf. Les Congrégations enseignantes ont joué un rôle décisif. Tenant à maintenir la réputation mais aussi l'esprit de l'établissement qu'elles léguaient, elles ont invité directeurs et professeurs à découvrir leur charisme pour s'en inspirer et même en vivre à leur manière. La communion à un même charisme de gens mariés, de célibataires, de consacrés, de personnes de tous milieux et de toutes professions dans les Mouvements charismatiques ou autres a certainement joué un rôle exemplaire.

Peut-on, doit-on accueillir cette requête de participer au charisme comme laïcs à part entière? Doit-on encourager, à bon escient, cette demande comme une grâce pour une famille religieuse, son charisme trouvant une fécondité nouvelle? Pourquoi ce désir de spiritualité? L'Institut religieux ne va-t-il pas être dessaisi de l'interprétation du charisme qui ne relevait jusqu'à présent que de lui? Et surtout, en affiliant des laïcs à des Ordres religieux, ne les éloigne-t-on pas de leur mission propre au sein de l'Église locale? Les questions ne manquent pas.

  

Clarifications indispensables

- Tout charisme à l'origine d'une Congrégation comporte trois éléments : une perception originale du mystère du Christ (la spiritualité propre), un certain type de vie communautaire, des apostolats spécifiques ou une manière caractéristique de vivre les tâches apostoliques communes.

- La participation de laïcs au charisme, au sens fort du terme, ne peut se réduire à une simple collaboration à des tâches apostoliques. La communion à la spiritualité propre, qui marque profondément l'activité apostolique, est indispensable : c'est la respiration et le fondement de tout.

- Un charisme est un don fait à l'Église pour la construire et la vivifier. Il est normal que les religieux ne soient pas les seuls à en bénéficier. On l'a compris depuis longtemps. Les Tiers-Ordres élargissaient pour ainsi dire la zone d'influence du charisme au profit des laïcs. Aujourd'hui le canon 303 accorde ce droit à tout Institut religieux. Tout charisme peut être partagé selon des formes et des degrés divers, à la mesure de l'Esprit.

- Mais un charisme destiné à des religieux peut-il convenir à des laïcs ? Au prix de quelle transposition deviendra-t-il pour eux aussi source de vie et de foi ?

Une source n'est parfois qu'un filet d'eau ne pouvant abreuver le grand nombre ou , à l'inverse, une fontaine abondante et inépuisable. Un charisme trop particulier ne peut avoir qu'une portée limitée. En revanche une spiritualité forte et simple, qui a traversé les siècles et les cultures, peut inspirer à coup sûr la vie évangélique de baptisés aux vocations diverses et complémentaires. A condition de bien respecter l'originalité de chacune. C'est la règle d'or en la matière.

Si le laïc ne prend pas au sérieux sa propre vocation, il se contentera d'une spiritualité religieuse taillée sur mesure pour lui. Les religieux décalqueront la leur à son intention. On se satisfera des aménagements indispensables. Une telle attitude serait pernicieuse pour les laïcs, pour l'Église et pour le charisme. Même si le fondateur a procédé ainsi, on ne peut faire de même, après Vatican II. Les laïcs ont à accueillir le charisme mais pour le faire leur et le réexprimer à leur façon. Avec eux, il apporte alors son message au cœur du monde. L'intuition qui a présidé au Tiers-Ordre a toujours sa raison d'être. Mis à jour et revitalisé, l'ordre séculier est un défi pour l'Institut religieux ; il l'aide à être fidèle à son propre charisme. […]

La prière nous rend disponibles à l’action du Père. L’Esprit nous la suggère. Nous l’exprimons dans le Nom du Christ, le Fils Bien-Aimé. Chaque jour la prière nous façonne en fils et en frères, en assomption, dans l’Église et pour le monde. Aussi chaque jour osons-nous dire avec tous les Augustins de l’Assomption et leurs amis :

Notre Père ! Que ton règne vienne.

Nous sommes solidaires des hommes et des femmes du monde entier.

Nous voyons leurs réalisations et leurs combats.

Nous sommes sensibles à leurs questions

et à leurs projets.

Nous prenons part à leurs soucis et à leur quête.

Notre Père,

Affine encore notre intelligence. Féconde notre cœur.

Fortifie notre volonté.

Rends-nous perspicaces, donne-nous de voir large.

Rends-nous généreux, donne-nous d’accueillir.

Rends-nous zélés, donne-nous d’être vraiment engagés.

Nous confessons que seuls nous ne pouvons rien faire pour l’avancée de ton Règne :

Garde-nous en Église. Fais-nous aimer la communauté.

Rassemble-nous dans l’Eucharistie.

Notre Père, que chaque jour vienne ton Règne.

En nous et autour de nous par le Christ et dans l’Esprit qui nous fait tes fils.

Oui Père nous croyons que tous les hommes

sont tes enfants. Amen

 

 

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