Règle de vie assomptionniste...

Texte issu d’une rencontre assomptionniste de 1999

JANVIER 2002

(Encart n°2)

Assomptionnistes, nous sommes des hommes de foi, de fraternité et d'action.

"Jésus-Christ est au centre de notre vie... " (RV, 2)*. L'évangile nous inspire dans les grands débats de notre temps. Nous nous attachons à faire advenir le Royaume de Dieu, en nous et autour de nous. Notre nourriture, c'est la Parole de Dieu lue, méditée et célébrée, en église. "La prière nous ouvre à l'action de Dieu. Elle est la source toujours renouvelée de notre action apostolique" (RV, 44).

150 ans après les commencements, notre amour de Dieu et de l'homme continue à nous mobiliser. "L'Esprit de notre fondateur nous pousse à faire nôtres les grandes causes de Dieu et de l'homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l'homme, et l'homme menacé comme image de Dieu " (RV 4).

Assomptionnistes, nous sommes habités par la passion du Royaume de Dieu. Nos contemporains, en particulier beaucoup de jeunes, sont déboussolés, regroupés autour de margelles aux puits desséchés. L'homme souvent manque de souffle. Or, quand l'homme respire mal, c'est Dieu lui-même qui étouffe. Avec nos frères, nous nous engageons, au nom de notre foi, au service des hommes.

  " L'esprit du Fondateur nous pousse à faire nôtres les grandes causes de Dieu et de l'Homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l'Homme et l'Homme menacé comme image de Dieu. "

 

P. Emmanuel d’Alzon

(1810-1880)

 

Aujourd'hui apparaissent de nouvelles formes d'exploitation liées à la mondialisation. Les exclus et les blessés de la vie se multiplient ; entre les riches et les pauvres la fracture s'élargit. Nous ne devons pas être absents de tous les lieux où des hommes et des femmes luttent contre l'exploitation et l'exclusion.

Nous avons conscience de notre fragilité. Mais nous comptons sur la force de l'Esprit et l'appui de la communauté. Inspirés par l'exemple de la première communauté chrétienne et de la communauté augustinienne, nous ne sommes jamais seuls sur le chantier du Royaume. Nous vivons en communauté apostolique. Cette communauté est un témoignage dans un monde individualiste, anticipant la venue d'un monde plus juste et plus convivial. Elle est le lieu de la vie fraternelle, empreinte de franchise et de cordialité, d'un véritable esprit de famille.

Nous apprenons à tisser des liens, à bâtir des ponts, à oeuvrer pour que l'homme puisse vivre debout. Nous cherchons sans cesse à nous adapter aux mutations de la société, à rejoindre les lieux significatifs où se joue le salut de l'homme.

Nous mettons toute notre intelligence et tout notre cœur au service de notre mission, et des laïcs s'engagent avec nous.

Le Royaume de Dieu déborde les frontières de l'église. Sa réalisation est encore balbutiante. Membres d'une Congrégation aux moyens limités, nous voulons croire à l'utopie évangélique. Pour cela, avec d'autres, nous voulons structurer les personnes humainement, intellectuellement et spirituellement, et construire un peuple pour Dieu.

* R.V. signifie Règle de Vie

 

" Quand l’homme respire mal, c’est Dieu lui-même qui étouffe ! "

Notre Règle de Vie, chapitre 1

1. Assomptionnistes, nous sommes des religieux vivant en communauté apostolique. Fidèles à notre fondateur, le P. d'Alzon, nous nous proposons avant tout de travailler, par amour du Christ, à l'avènement du règne de Dieu en nous et autour de nous.

2. Jésus-Christ est au centre de notre vie. Nous nous engageons à le suivre dans la foi, l'espérance et la charité.
Comme lui, témoin de l'amour du Père et solidaires des hommes, le religieux assomptionniste veut être homme de foi et homme de son temps.

3. Le Christ est celui qui nous rassemble. Nous vivons en communauté suivant l'esprit de Saint Augustin: "Avant tout, vivez unanimes à la maison, ayant une seule âme et un seul cœur tourné vers Dieu" (Règle I,2)*
Nous cherchons une vie fraternelle faite de franchise, de cordialité, de simplicité.
Notre prière commune est celle de l'Église. La communauté y célèbre sa foi et s'ouvre à l'Esprit pour la mission.

4. La communauté assomptionniste existe pour l'avènement du Royaume. L'esprit du fondateur nous pousse à faire nôtres les grandes causes de Dieu et de l'homme, à nous porter là où Dieu est menacé dans l'homme et l'homme menacé comme image de Dieu.
Nous avons à faire preuve d'audace, d'initiative et de désintéressement, dans la fidélité à l'enseignement et aux orientations de l'Église.
C'est notre manière de participer à sa vie et à sa mission.

5. Fidèles à la volonté du P. d'Alzon, nos communautés sont au service de la vérité, de l'unité et de la charité. Ainsi, elles annoncent le Royaume.

* En référence à la Règle de St Augustin qui est citée en exergue à notre propre règle de Vie. Notre nom complet n’est pas Assomptionnistes mais Augustins de l’Assomption (a.a.)

 

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AU SERVICE DE L’ÉGLISE :

Esprit doctrinal, social et œcuménique

Du Père Jean-Chrysostome

Kanyororo a.a.

NOVEMBRE 2002

(Encart n°4)

Le Vénérable Père Emmanuel d’Alzon (1810-1880), fondateur des Augustins de l’Assomption et des Sœurs Oblates de l’Assomption, est un homme d’Église dans toute la force de l’expression. Être homme de l’Église aujourd’hui, à son école et à son exemple, c’est participer à ce qui s’y cherche, s’y vit et s’y crée, en une action concertée, ouverte, sans limite, qui fait bouger et progresser des ensembles vivants et mobilisateurs.

Début d'une vocation

Prêtre à vingt-quatre ans, le jeune abbé E. d’Alzon offre sa disponibilité à l’évêque de Nîmes, Mgr de Chaffoy, puis à ses successeurs : Mgr Cart, Mgr Plantier et Mgr Besson, en assumant la charge de vicaire général du diocèse de Nîmes pendant quarante ans (1838-1878). Ce service de l’Église locale, doublé de l’animation de ses fondations religieuses, a été, pour lui, le creuset d’un apostolat intensif et diversifié. André Sève, dans son livre « Ma vie, c’est le Christ : Emmanuel d’Alzon », l’appelle avec une admiration filiale « le bourreau de l’action ».

Il est question prioritairement chez le Père d’Alzon de l’amour de l’Église ainsi que de ses pasteurs. Il faut se demander d’abord comment la veut Jésus-Christ, comment il la regarde. Si elle ne coïncide pas avec le Royaume, elle en est une réalité signe, un corps visible, un chemin, le commencement du prodigieux rassemblement ultime où Dieu sera tout en tous. L’Église, vue moins comme autorité, hiérarchie ou ensemble de dogmes secs que comme communion ou Peuple de Dieu en marche, est digne d’amour, d’attachement, de confiance et de sollicitude. Qui la regarde ainsi parle bien d’elle, s’engage pour elle et, en elle, entend plus souvent ce cri de saint Paul : Ô vous, mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur, jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous !

Une vie en assemblée

Dès le début, l’amour de l’Église est constitutif de l’Assomption. En nous consacrant à elle, comme l’a vécu le Père E. d’Alzon, nous nous consacrons à l’œuvre par excellence du Christ. Avec quelles attitudes, avec quels moyens ? Le R.P. Claude Maréchal, ancien Supérieur général de 1987 à 1999, nous le redit en ces termes bien frappés : « C’est à cette Église passionnée de Dieu et de l’homme, portant un regard d’espérance sur le monde, que va notre amour. Adhésion, fidélité, dévouement à l’Église font partie de nous-mêmes. Hardi, désintéressé, surnaturel, ces trois épithètes fréquemment cités qualifient d’abord notre amour de l’Église qui doit être surnaturel par opposition au rationalisme orgueilleux, hardi à l’encontre d’une prudence trop humaine et timorée, désintéressée comme tout authentique amour ».

L’héritage augustinien

Le Père E. d’Alzon pense et propose notre manière d’être et d’agir en Église en tirant trois concepts dynamiques de l’héritage augustinien : vérité, charité et unité, dont Jésus-Christ est la synthèse vivante. À l’erreur, au mensonge et à l’obscurantisme,

le Père d’Alzon oppose Dieu-Vérité, Dieu-Sagesse, Dieu-Lumière et sa souveraineté. La charité est la passion du Règne, la hantise du salut de tous, l’attention au prochain est la réponse adéquate à ses besoins. L’unité, c’est une des grandes préoccupations alzoniennes, unité d’une Église divisée en factions rivales et en proie des dépréciations, unité entre les diverses confessions chrétiennes.

La mission

La fidélité à l’esprit du Fondateur a trouvé des expressions actualisées : doctrinal, social et œcuménique. Il faudrait s’y attarder, leur accorder une grande importance. Ce sont les trois traits caractéristiques de l’apostolat de l’Assomption ; ils ont été bien honorés dans notre histoire. Voici le condensé de l’expérience d’hier et d’aujourd’hui, telle qu’elle est décrite dans nos Constitutions : « Nous travaillons à l’édification de l’Église par l’annonce de Jésus-Christ. Nous privilégions l’éducation de la foi, la formation de laïcs responsables, l’éveil et le soutien des vocations chrétiennes, particulièrement des vocations religieuses et sacerdotales. L’annonce de Jésus-Christ est inséparable de la promotion de tout l’homme dans la justice, l’amour et l’unité. Toutes nos activités seront animées d’un esprit doctrinal, social, œcuménique ». Ces trois notes continuent d’inspirer des réalisations, privilégiant l’une ou l’autre d’entre elles, suivant les contextes. Il est vrai que l’Assomption ne s’est jamais limitée à une liste d’œuvres arrêtée une fois pour toutes.

Pôle de l’enseignement. Ici Assumption College à Worcester USA

Pôle social. Ici réhabilitation d’une favella à Rio de Janeiro Brésil

Pôle œcuménique. Ici rencontre entre le Patriarche Bartholomée et Mgr Pelâtre à Istanbul Turquie

Sur le terrain

L’apostolat doctrinal concerne l’enseignement « sous toutes ses formes ». Cela peut vouloir dire enseigner au sens strict, dans une école, mais aussi prêcher, catéchiser, inculturer la foi en profondeur, diffuser de bons livres, animer des cercles d’étude, cheminer avec les gens, être attentifs à ce qu’ils vivent et ressentent pour leur dire, là-dedans, Jésus-Christ. Les mass-médias, les pèlerinages et la réflexion scientifique de haut niveau en font partie intégrante. La recommandation est claire : nous plongerons notre enseignement dans « la vérité catholique ». Avec hardiesse et compétence. Car le désert croît. « Il y aura une époque où la saine doctrine ne pourra être supportée : les esprits amoindris n’en auront plus la force ».

Les œuvres sociales appellent des engagements concrets, soit pour soutenir l’effort de gens qui cherchent et luttent, soit pour remédier à diverses formes de pauvreté ou les combattre : foyers d’accueil, centres de santé, orphelinats, centres d’éducation, de rééducation et de formation, écoles techniques d’apprentissage, paroisses populaires, mouvements catholiques ouvriers, etc.

D’autres œuvres enfin se sont tournées vers l’unité de l’Église ou le rapprochement des Églises chrétiennes, comme la Mission d’Orient, comme les investissements en études byzantines et en dialogues inter-religieux, liés aux exigences d’une part de notre présence à l’orthodoxie et au christianisme oriental, et à celles d’autre part d’une meilleure compréhension et d’un apport mutuel de qualité entre les grandes traditions religieuses.

Que ton règne vienne !

Cette triple exigence de notre apostolat - doctrinal, social et œcuménique - nous pousse à être solidaires des Églises locales, à nous y insérer et à y travailler à la promotion de la foi, de la justice et de la communion, de la paix, de la solidarité et de l’égalité de chances. Où que l’on soit, où que l’initiative puisse conduire, ce sont les trois principaux moyens traditionnels à l’Assomption pour réaliser notre devise, l’A.R.T. (Adveniat Regnum Tuum).

Nous sommes en face des fameuses trilogies significatives, à creuser, bien sûr : hardi, désintéressé et surnaturel ; vérité, charité et unité ; doctrinal, social et œcuménique ; foi, justice et communion. Une triple attitude où chaque élément appelle l’autre pour la cohérence et des conséquences pratiques dans nos différents apostolats. Un esprit qui doit être à la source de nos activités ecclésiales, qui permet d’identifier tel apostolat comme assomptionniste et qui nous guide dans notre collaboration avec les laïques et dans notre souci des vocations religieuses et sacerdotales.

La visée fondamentale de notre fondateur reste toujours actuelle, urgente : faire advenir le Règne de Dieu, (re)christianiser les intelligences et les cœurs pour (re)constituer une société conforme au dessein de Dieu révélé en Jésus-Christ. Je suis persuadé que l’esprit apostolique de l’Assomption mobilise et dynamise, qu’il ouvre des perspectives et qu’il structure des personnes en vue du service de Dieu et de son Peuple.

 

 

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