Aimer tout Jésus-Christ !Une spiritualité Christo-centrée |
D’après le Père André Sève, a.a. AVRIL 2003 (Encart n°6) |
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Nous poursuivons notre rubrique sur l’Esprit de l’Assomption, qui au fil du temps reflètera ce que voulait le Père Emmanuel d’Alzon en fondant sa congrégation et dira en même temps la spiritualité des Augustins de l’Assomption. Aujourd’hui : comment comprendre que nous sommes une congrégation centrée sur le Christ tout en affirmant le triple amour, l’Amour de Jésus-Christ, de Marie sa Mère et de l’Église son épouse ? Laissons nous éclairer par le Père André Sève * : |
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Aimer tout Jésus-Christ « Aimons-nous Jésus-Christ ? » Cette question définit le P. d’Alzon « Tout est là, aimer Jésus-Christ et tout ce qu’il aime » Lorsque au sortir de l’épreuve de 1859, il rédigera le Directoire, les premières lignes seront des brûlures d’amour. « Toutes les affections de mon cœur, toutes les puissances de mon être doivent tendrent vers Jésus-Christ – Voilà ma vie. Jésus-Christ est-il mon tout ? » « Mon tout ». Il n’y a pas Jésus-Christ et autre chose. Celui qui veut se mettre à l’école du Père d’Alzon se trouve devant l’intuition la plus éclairante, à accepter telle quelle, sinon le soleil s’éteint et lire le P. d’Alzon devient terne. Jésus-Christ est soleil, il est tout, parce qu’il est la réalité la plus englobante…Le P. d’Alzon voit nos autres amours à l’intérieur de notre amour pour Jésus-Christ, éclairés, purifiés et transfigurés par cet amour. C’est ce qu’il vit. Un de ses nombreux examens sur l’amitié qui le lie à Mère Marie Eugénie (la fondatrice des religieuses de l’Assomption) en donne un exemple : « Je me demandais pourquoi je vous témoignais si peu d’amitié quand j’en avais une si grande dans le cœur. Aimant un peu plus Notre Seigneur, je me sentirais capable de beaucoup plus d’ouverture, je serais moins gêné dans une affection où tout passerait par lui. » On voit le mouvement : non pas aller d’abord à son amitié pour elle mais à ce qu’il vit avec Jésus-Christ… Dans ce soleil les problèmes s’évanouissent, le brasier purifie tout. Encore faut-il aimer vraiment et aimer le vrai le vrai Jésus-Christ.Saisi par le Christ A 21 ans, essayant d'esquisser son portrait, il pressent qu'il va vivre « les yeux toujours fixés sur Jésus-Christ », Il médite un texte qui restera jusqu'au bout l'un de ses préférés, le chapitre 15 de Jean: « Et bien oui, Sauveur Jésus, que je sois en vous et vous en moi. » Le désir est encore très vert, mais à 44 ans l'amour enfin l'habite. « Notre-Seigneur s'empare tous les jours un peu plus de moi. C'est un mélange de gravité, de simplicité, de sécheresse, de tendresse douloureuse, d'abandon, de terreur, de renouvellement d'esprit de foi, mais surtout du besoin de beaucoup aimer Jésus-Christ et tout ce qu'il aime. » Au Chapitre de 1868, il lance la proclamation fameuse: « Oui, nous allons à Jésus-Christ, nous affirmons Jésus-Christ en face de ceux qui le nient, ou le détestent, ou l'abandonnent. La négation, la haine, l'indifférence sont pour nous autant de motifs d'entourer Jésus-Christ d'un amour plus ardent, plus actif, plus tendre et plus solennellement manifesté. En lui, nous aimons, nous proclamons sa divinité; nous aimons l'homme, le plus parfait des modèles et le plus tendre des amis; nous aimons l'Homme-Dieu, l'initiateur au monde surnaturel. Nous l'aimons parce qu'il nous apporte la véritable lumière et les véritables biens, nous l'aimons de cet amour des premiers temps qui faisait dire à saint Paul : « Si quelqu'un n'aime pas Jésus-Christ, qu'il soit anathème ! »Un amour difficile Comment être saisi ? Le P. d'Alzon dit : méditez l'Évangile. Pas seulement pour aimer, mais surtout pour comprendre que vous êtes aimé. Vers la fin de sa vie il note sur une feuille : «Comme chrétien, prêtre et religieux, Jésus m'a appelé son ami. » Et dans une méditation : « Contemplons-le sur la croix lorsqu'en expirant il nous dit : vous ai-je assez aimés ? Celui qui nous aime à ce point, comment ne pas l'aimer ? » Nous sommes plus habitués à dire: «Mon Dieu je vous aime » qu'à nous laisser pénétrer par cette révélation inouïe : nous sommes aimés. Le P. d'Alzon unit ces mouvements, une meilleure connaissance de Jésus fait de nous quelqu'un qui se sent aimé et qui veut aimer. On retrouve son idée chère: aimer parce qu'on connaît et mieux connaître pour mieux aimer. C'est son génie d'avoir lié l'étude et l'amour, pour que l'amour ne soit pas chimérique et que l'étude ne soit pas un rendez-vous sans amour. « Il m'a appelé son ami! »Le triple amour Aimer tout Jésus-Christ nous tourne d’abord vers sa vie trinitaire : « L’amour qui unit Dieu le Père et Dieu le Fils est Dieu lui-même, et c’est par cet amour, qui est le Saint-Esprit, que je puis aimer Dieu »... Notre regard va maintenant se fixer sur l'autre part de son mystère : sa vie humaine. Le P. d'Alzon a longuement traqué une intuition qui allait devenir une caractéristique de sa spiritualité. « J'ai besoin de beaucoup aimer Jésus-Christ, écrit-il à 44 ans, et tout ce que Jésus-Christ aime. » Qu'aime-t-il ? Sa Mère et son Église.Le P. d'Alzon va désormais se river à cette trilogie qui a de quoi nous surprendre, mais il faut s'y attarder puisqu'il en fait très officiellement le condensé de son esprit en la plaçant en tête du Directoire.. « L'esprit de l'Assomption se résume dans ces quelques mots : l'amour de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge sa mère, et de l'Église son épouse. »On pourrait croire à une juxtaposition très disparate de trois amours, l'un immense et primordial, Jésus-Christ ; l'autre, secondaire, Marie ; et le troisième d'un tout autre ordre, l'amour d'un ensemble comme l'Église étant bien différent de l'élan qui nous pousse vers les visages de Jésus et de Marie. Ce n'est pas cela : Nous sommes devant Jésus de Nazareth, nous ne regardons que lui, il ne s'agit pas d'aligner des amours mais de voir comment notre amour pour Jésus s'épanouit tout naturellement en triple amour, parce que l'aimant, lui, nous voulons aimer ce qu'il aime. Pour le connaître le plus possible nous entrons dans son cœur d'homme. C'est de ce cœur que nous allons vers Marie et vers l'Église, pour les aimer parce qu'il les aime et comme il les aime.Nous nous écartons ainsi de la formule célèbre: « A Jésus par Marie ». Osons dire, dans l'esprit du P. d' AIzon, « À Marie par Jésus », en sachant bien que cela signifie seulement : essayons de voir pourquoi Jésus aime Marie et comment il l'aime. Ce qui nous maintient évidemment devant Jésus.Et nous libère d'un culte marial délirant et faux : comment penser qu'on puisse glorifier Marie en la tirant, même passagèrement, hors de cette gloire qui ne lui vient que de Jésus et du regard de Jésus sur elle? Voilà l'intuition du P. d'Alzon : la regarder comme Jésus la regarde. Elle a été sa première affection, avec Joseph, et sa première disciple, la contempler c'est savoir ce qu'il faut être pour plaire à Jésus. Quoi de plus profond et de plus sûr pour la dévotion mariale? Aucun éloge ne vaudra jamais cette pensée: elle lui plaisait en tout. Ce que nous pouvons imaginer de plus parfait et de plus délicatement nuancé est dans ce cœur de femme, dans cette vie d'épouse et de mère. Une vie très différente d'ailleurs de ce que nous aurions composé pour une telle maternité. La plus grande entre toutes les femmes a mené une existence inimaginablement simple…Si Marie nous renvoie au cœur de Jésus, l'Église nous renvoie à ses mains. Pour le P. d'Alzon, l'Église c'est Jésus au travail, Jésus créant la grande œuvre dans laquelle il nous engage. Autrement dit, aimer l'Église c'est travailler avec Jésus-Christ, sous son regard et dans sa gigantesque entreprise de salut. Ce serait assez stupide de faire la fine bouche pour quelques détails alors que l'ampleur de la tâche atteint de telles dimensions. Notre amour pour l'Église trouvera sa justesse et son élan non en la défendant pour elle-même et en l'imaginant selon nos vues mais en nous demandant comment la veut Jésus, comment il la regarde. Si tous les chrétiens se mettaient à regarder l'Église avec les yeux de Jésus-Christ ils parleraient d'elle, et surtout ils travailleraient pour elle avec peut- être encore plus d'exigence mais sûrement plus d'amour. Le triple amour n’est donc qu’une manière originale de mieux connaître Jésus-Christ, et on sait la logique du Père d’Alzon : plus on connaît, plus on aime ! xExtrait de son livre : Ma Vie c’est le Christ. Emmanuel d’Alzon. ( Bayard Edition, 2000) |
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| Les
Confessions de Saint Augustin
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En lecture continue...
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Du frère Lucian Dîncà, a.a. JANVIER 2003 (Encart n°5) |
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Le moment est venu de vous donner quelques nouvelles de ce groupe, une trentaine de personnes qui se réunissent tous les mois pour mieux approfondir leurs cheminements spirituels à la lumière de l’expérience de saint Augustin. Cet homme, dans sa recherche de la vérité, et dans sa quête de Dieu, découvre un jour ce qui va rester la révélation de sa vie : « Le Christ, seul Sauveur du monde ». Cette révélation met fin à tant d’années de recherche, d’inquiétude, d’approfondissement des sciences profanes et philosophiques. Enfin, la Vérité était en lui même alors qu’il la cherchait dehors : « intimor intimo meo – plus intérieur que mon intérieur ». Une telle découverte ne peut pas rester sans fruit pour sa vie spirituelle dans sa quête de Dieu. Une nouvelle vie commence pour lui où le seul véritable Maître n’est autre que le Christ, le Verbe de Dieu fait chair pour notre salut. Sœur Carmelle, Augustine de la miséricorde de Jésus, et moi-même, partageant la même passion pour saint Augustin, avons voulu en faire profiter un plus grand nombre. Suivre pas à pas ce grand saint de l’Église qui a marqué à jamais la pensée chrétienne, nous a paru un bon projet pour approfondir notre propre foi. Combien de fois saint Augustin répétait lui-même : l’Église n’est pas faite d’individus isolés, mais de chrétiens se réunissant et témoignant de leur foi (cf. Confessions livres XI-XII) !!! C’est dans l’esprit du partage et de la convivialité que nous avons voulu nous mettre à « l’école de saint Augustin » pour mieux découvrir Dieu dans notre vie. Le cheminement de saint Augustin, avec ses hauts et ses bas, ressemble beaucoup à nos propres cheminements. Quel réconfort lorsqu’enfin nous trouvons un peu plus d’espoir et de confiance en ce Dieu qui nous aime inconditionnellement ?! Saint Augustin en a fait l’expérience. Devenu évêque d’Hippone, il veut partager son expérience, aux fidèles et à tous ses lecteurs, en la mettant par écrit dans ses Confessions. Chef d’œuvre de la littérature antique, les Confessions doivent être comprises comme étant un « grand psaume lyrique » chantant les actions de grâce d’un Dieu qui ne l’a jamais quitté, même quand il était le plus éloigné de Lui. « À qui fais-je ce récit ? » se demande-t-il au début du livre. Et la réponse vient sans tarder : « Ce n’est pas à toi mon Dieu, mais en m’adressant à toi, je m’adresse au genre humain, celui auquel j’appartiens, si minime soit le nombre des personnes entre les mains de qui peuvent tomber sur ces pages… afin que quiconque les lira, et moi-même, mesurions les profondeurs de l’abîme d’où nos cris doivent s’élever vers toi » (Confessions II, 3, 5, 8). Nous sommes aussi ces lecteurs qui voulons rendre grâce à Dieu pour les merveilles de son amour dans nos vies et reconnaître que nous sommes ses enfants bien-aimés dans le Christ. |
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Les derniers jours du Père d’AlzonL’Église face au Laïcisme intégralLe 21 novembre est jours de fête pour les Augustins de l’Assomption, jour de l’entrée au ciel de leur fondateur. Une fin peu banale, car le P. d’Alzon fera sont grand passage, au moment même où la police veut enfoncer la grande porte du collège de Nîmes, sa grande œuvre, pour faire appliquer les décrets anti-religieux du gouvernement.Le texte est extrait du dossier sur la Vie et les vertus du P. d’Alzon, présenté à Rome en 1986. x |
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Les décrets d’expulsion
« L'année 1880, la dernière année de la vie du P. d'Alzon, s'ouvrait sous de fâcheux auspices. Presque toutes les conquêtes des catholiques au XIXème siècle étaient de nouveau compromises. La Révolution déclarait la guerre ouverte au Christ, surtout dans la personne de ses ministres les plus intimes, les re1igieux. La croix était arrachée de l’école, de même qu’on la brisait sur les grands chemins et qu’on ne la dressait plus sur les tombes. |
Dans la loi sur l'enseignement supérieur, Ferry avait introduit un article - le fameux article 7 - interdisant l'enseignement aux membres des Congrégations non autorisées: l'article 7 fut rejeté par le Sénat, mais Ferry fera expulser par décret les religieux et fermer leurs maisons en 1880.
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C’est alors que le P. d’Alzon l’arborera fièrement en tête d’une revue mensuelle, intitulée la Croix et qui était dans sa pensée, appelée à sauvegarder les libertés de l’Église menacées…. Les 29 et 30 mars 1880 deux décrets paraissent à l'Officiel; l'un expulsait les Jésuites et l'autre imposait, aux congrégations non autorisées (quatre seulement l'étaient) de déposer leurs statuts et de solliciter une autorisation légale dans un délai de six mois. Un comité de défense religieuse s’organise aussitôt et les religieux, appuyés par l'ensemble de 1’épiscopat, optent pour l'union dans le refus, avec le soutien de jurisconsultes qui assureront leur défense. […]A l'échéance des décrets le 30 juin, le gouvernement expulse les Jésuites. Fort calme devant les mesures qui en présageaient d'autres, le P. d'Alzon cherchait un refuge pour les siens. Il songeait à la Belgique et à l'Angleterre pour ceux du Nord, à l'Espagne pour ceux qui l'entouraient, ajoutant toutefois: "Peut-être n'iront-ils nulle part". […] Au début d'août 1880, le P. d'Alzon est accablé par les fortes chaleurs de l'été, sa santé profondément altérée marque un épuisement général . Ses médecins et ses amis le conjurent d'aller se reposer soit à Nice, soit à Notre-Dame des Châteaux, soit à Lavagnac, soit à Lama1ou, soit à Lourdes. Le Père demeure invincible dans la reso1ution qu'il a prise de ne plus quitter Nîmes. Le souci de la congrégation le poursuivait sans cesse, mais aussi une secrète conviction le poussait à se préoccuper de sa mort et à s'y préparer comme à un événement prochain. "Je baisse très fort depuis quelque temps, écrivait-il le 10 août, je sens que l'heure de la fin approche." En cette fin d'octobre, la menace des expulsions passait dans les faits. A Nîmes, le 30 octobre, on sévissait contre les Récollets.
La foule massée aux abords du collège
Mgr Besson exprima le désir que le P. d'Alzon soit transféré à l'évêché, afin de lui éviter l'émotion de voir son collège forcé par la police et ses religieux expulsés. Le Père voulut demeurer en sa maison et auprès des siens. Pour tout confort, il "consentit à abandonner ses tréteaux et ses planches et accepta, pour les dernières heures à passer sur la terre, un lit d'emprunt offert par Mlle Joséphine Fabre". La fenêtre de sa chambre donnait sur la rue de la Servie au-dessus de la porte d'entrée et, malgré tous les ménagements pris, il ne pouvait ignorer le bruit de la foule massée aux abords du collège, soit pour défendre les religieux et protester en cas d'intrusion de la police, soit aussi pour s'amuser de l'événement qui ne manquerait pas de saveur. Le 2 novembre Mère Marie du Christ écrit que « le docteur Comba1 déclare le P. d'Alzon perdu... Il constate un grand progrès dans le mal... Il craint une anémie cérébrale. Le Père peut finir d'un moment à l'autre, subitement. Comme on a averti que l'expulsion est pour six heures demain matin, Comba1 vient de donner un certificat pour qu'on ne force pas le P. d'Alzon à sortir ». […]Il y avait donc lieu de songer aux derniers sacrements. Le 3 novembre donc, alors que depuis six heures la rue de la Servie était envahie par une foule bruyante et sympathique attendant les crocheteurs (1) d'un moment à l'autre, pendant que cinquante amis, anciens élèves et parents étaient dans les parloirs et les cours pour nous défendre, écrira le P. E. Bailly dans une lettre circulaire, le P. d'Alzon recevait les sacrements de l'Eglise. Lorsqu’on sut par télégramme, le vendredi 5 novembre, que les communautés de Paris et de Sèvres avaient été expulsées, tout le monde, y compris les novices dispersés, revint au collège, puisqu'il était évident, qu'on poursuivait les religieux comme religieux, et que la présence des novices ne compromettait pas davantage le collège. La rumeur toujours insistante laissait prévoir pour le lendemain l'intervention des agents du gouvernement, à tel point que Mgr Besson décida de passer la nuit à la Maison de l'Assomption. Il rédigea une protestation qu'il se proposait de lire lui-même.
« Je proteste comme évêque au nom de la religion, [...] comme citoyen, au nom de la liberté de conscience méconnue, [...] comme homme, au nom de la nature et de l'humanité, puisque vous n'êtes arrêtés ni par les trois-cents enfants qui peuplent le collège, ni par la maladie très grave du T.R.P. d'Alzon qui en est le fondateur et la gloire. Je suis l'ami de cet illustre malade et il est mon grand vicaire. A ce double titre il est de mon devoir de vous arrêter au seuil de la chambre où ses médecins et ses amis veillent sur une existence si chère. »
Tout le monde a voulu devancer 1’action de la police, prévue pour six heures du matin. La population chantait des cantiques sous la fenêtre du P. d'A1zon devant la grande porte qui devait être enfoncée. Rien n'arriva ce jour-là. La menace se fit plus précise le 13 novembre. Dumaret, préfet du Gard, faisait remettre au supérieur de la congrégation un arrêté préfectoral déclarant dissoute "l'agrégation formée à Nîmes par les membres de l'Association non autorisée, dite des Pères Augustins de l'Assomption", un délai de trois jours étant accordé pour se disperser. Averti de Nîmes, le sénateur Numa Baragnon, ancien élève du collège, eut deux entretiens, les 16 et 17 novembre, avec Jules Ferry, président du Conseil et ministre de l'Instruction publique, auteur et responsable en haut lieu de l'exécution des décrets. Il fit savoir qu'une tractation était en cours auprès du Conseil académique de Montpellier: à la date du 9 décembre, un laïc serait pleinement chef d'institution, le nombre des religieux serait réduit au minimum, une société civile assumerait la responsabilité de l'établissement. De son côté, Mgr Besson porta lui-même, ainsi qu'il le dira dans sa lettre d'éloges du 25 novembre, jusque devant le Président de la République l'expression de ses doléances, "réduit à demander pour le religieux mourant quelque sursis à l'exécution d'un décret que la postérité la plus reculée ne saura jamais absoudre, ni excuser, ni comprendre".
"Si tu vas chez d'Alzon, tu verras !".
Depuis
que le préfet avait dissous, le 6 novembre, le Conseil municipal, le
peuple était de plus en plus exaspéré. Mère Marie-Eugénie (2)
écrivait le 16 novembre: « On fermerait le collège si on n'avait
pas peur de la population. Le préfet a été pris à la gorge par des
femmes qui lui ont dit: "Si tu vas chez d'Alzon, tu verras ! ». Le dimanche 21 novembre, jour de la fête de la Présentation de la Sainte Vierge, vers 9 h, les novices sont invités à se rendre de nouveau en leur chapelle, car le P. d'Alzon se trouve à ses derniers moments. Puis, ils rejoignent les élèves dans la chapelle du collège et l’on récite ensemble la prière des agonisants, tandis que les Pères ne quittent pas le chevet du P. d’A1zon. "A midi, est-il écrit dans les éphémérides, notre bien-aimé Père et Fondateur s'endort dans le Seigneur et nous quitte pour aller prendre au ciel la place que lui ont méritée sa sainteté et tout ce qui constitue une vie longue et sainte." Tandis que se répandait la nouvelle du décès du P. d'Alzon, son corps était exposé dans la chapelle du collège, à laquelle le public eut accès à partir du lundi 22 novembre. Ce jour-là et le lendemain, ce fut dans la chapelle un défilé incessant de fidèles. Beaucoup manifestaient leur émotion et exprimaient la vénération qu'ils portaient au défunt en faisant toucher au corps ou, après la mise en bière, au cercueil, leur chapelet ou quelque autre objet de piété. Un registre avait été ouvert: il porte 1377 signatures. Et tandis que tous les religieux qui le pouvaient rejoignaient Nîmes, les témoignages de sympathie affluaient, disant la peine éprouvée mais aussi l'estime, la vénération, la reconnaissance portées au défunt que beaucoup n'hésitaient pas à qualifier de saint. Les funérailles eurent lieu dans la matinée du 24 novembre et se déroulèrent en deux temps. Dans la chapelle du collège d'abord, où Mgr de Cabrières, évêque de Montpellier, présida le chant solennel de la messe des morts. Après ce service plus intime, eurent lieu les obsèques à l'église paroissiale de Sainte-Perpétue où l’absoute fut donnée par l'évêque de Nîmes Mgr Besson. Sur le trajet du cortège funèbre qui gagna ensuite le cimetière Saint-Baudile, se pressait une foule qu'on a évaluée à 30 000 personnes et dont le silence recueilli impressionna tous les témoins. Les décrets qui avaient tué le P. d’Alzon menaçaient de mort toutes ses maisons de religieux… Son œuvre elle-même n’allait-elle pas s’effondrer ? (43 religieux en 1880 et une quinzaine de novices)… Après une cinquantaine d’année, les maisons de l’Ancien et du Nouveau Monde atteindront la centaine et celui des Religieux le millier ! Le Père n’écrivait-il pas en 1879 : « Figurez-vous que je me compare à Abraham qui n’eut qu’un Fils, lequel n’en eu que deux, dont un fur écarté, et pourtant il a été le père du peuple de Dieu » x
(1)Nom donné habituellement aux malfaiteurs qui forçaient les portes avec un crochet. (2)Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
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